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2014

La Newsletter 14/20 de l'AALEME

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La Newsletter 14/20 de l'AALEME

Nôtre Grand Ancien,

le colonel Roland Jean Richard, dit Bressel, est hospitalisé au centre Antonin Balmes, avenue Flahaut : USSR "B" chambre 69, à Montpellier.

Son épouse, quant à elle, est hospitalisée au Centre de Rééducation Motrice du Docteur Ster, zone artisanale St Sauveur, 34980 SAINT CLEMENT DE RIVIERE.

Bressel, correspond grâce à une ardoise. Alors, merci à ceux qui pourront se déplacer.

FL.


La Newsletter 14/19 de l'AALEME

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La Newsletter 14/19 de l'AALEME

Castelnaudary : la magie des crèches de la Légion

Le 26 décembre à 6h00 par P.O.

Des figurines naïves et splendides. PHOTO/© D.R

Avec des objets de récupérations, les militaires ont fait preuve d'une grande créativité.

Comment un simple reportage peut-il se transformer en conte de Noël ? La magie de cette nuit qui opère depuis … 2014 années ? A moins qu'il s'agisse de la magie de cette armée si particulière, la Légion Etrangère ? Toujours est-il qu'un correspondant de presse, encore au carrefour de l'athéisme, de l'agnosticisme et de la libre-pensée, malgré un âge certain, s'est laissé émouvoir, et le mot est faible, par les crèches réalisées au Quatrième Régiment Etranger de Castelnaudary.

Certes, le caractère religieux était là, mais ce n'est pas tant la naissance de l'enfant Jésus, qui dégageait l'émotion ressentie par notre mécréant, mais les magnifiques histoires de nuits de Noël passées aux quatre coins de la planète, dans des circonstances parfois terribles. En ce jour de Noël, le public pouvait entrer dans le quartier D'Anjou pour y admirer les crèches. L'appareil photo en bandoulière, nous avons donc suivi le sens de la visite effectuée par les civils, les "pékins" en jargon militaire.

Les six compagnies qui composent le régiment, étaient en compétition, un jury étant chargé de désigner la meilleure d'entre elles. Pour cette tradition, née en opération extérieure (aujourd'hui appelée Opex), les légionnaires ne disposent de … rien. Seulement des trésors d'imagination, de l'astuce et de la débrouillardise, comme s'ils se trouvaient perdus dans un coin de campagne à l'autre bout du monde. Bouts de ficelle, chiffons, papiers, et tout ce qui peut traîner sur le site d'un cantonnement.

Des compositions, qui non contentes de parvenir à nous émouvoir, sont de véritables œuvres d'art éphémères, confectionnées par des hommes capables de prodiges. Une bien belle tradition, tout comme la fameuse veillée de Noël avec les cadres. Sous-officiers, officiers du régiment sans exception, passent le réveillon avec leurs hommes, car la Légion est avant tout une grande famille, et surtout, la seule, pour un grand nombre de ses personnels qui avaient tout perdu avant de découvrir cette nouvelle famille.

Noël, fête chrétienne au départ, est devenu aujourd'hui une fête culturelle et familiale. Certes, le christianisme est toujours bien présent et le millier (largement dépassé) de militaires du 4e Régiment Etranger, fort de ses 110 nationalités, reste fidèle à la tradition. "Sans distinction de race, de nationalité ou de religion", une phrase qui revient toujours dans la bouche de ceux qui servent dans la Légion étrangère.

Mécréant, athée, agnostique, libre-penseur, peut être, mais insensible certainement pas. Vos scènes de la Nativité, messieurs les légionnaires, m'ont donné par moment la chair de poule. Peu importe laquelle de ces crèches a gagné, toutes ont contribué à faire passer le message de paix et d'amitié, même auprès des moins réceptifs. Une belle leçon.


La C. C. S. vainqueur

Bien évidemment les six crèches et leurs histoires étaient magnifiques. Il fallait un vainqueur et c'est la C.C.S qui a été (à juste titre) désignée. Un magnifique conte de Noël que l'on doit au talent et à l'imagination de l'Adjudant Cappello. Un décor saisissant réalisé par les hommes de la CCS, et enfin le talent de conteuse d'un officier féminin, du "4", en l'occurrence le dentiste du régiment. Un couple, son bébé qui naît dans la nuit du 24/12 et trois légionnaires qui marchaient dans la tempête de neige, une bien belle histoire. Bravo à la C.C.S.

Noël à la Légion étrangère

Publié le 25/12/2014

L'une des crèches visible aujourd'hui à la légion étrangère de Castelnaudary/Photo DDM, Gladys Kichkoff

C'est une tradition et un moment fort pour la Légion étrangère. Six crèches (une par compagnie) sont ouvertes au public aujourd'hui de 14 heures à 18 heures au quartier D'Anjou.

Avec Camerone le 30 avril, Noël c'est l'autre fête de la Légion étrangère. La première s'ouvre sur le monde extérieur, celle-ci est interne, intime, c'est la fête de la famille Légion, fêtée depuis la nuit des temps, depuis, en fait, que la Légion existe. Ce soir-là, officiers et sous-officiers, et plus généralement tous les cadres, recréent la chaleur d'un foyer. Tous partagent la veillée avec leurs hommes et non leur épouse ou compagne, et leurs enfants. «Le plus ancien témoignage sur cette tradition est oral et date de 1912, à Fès au Maroc, avec des veillées articulées autour des crèches vivantes et, à minuit, des officiers qui allaient partager un verre avec leurs hommes», rapporte le commandant François Hervé-Bazin, officier supérieur adjoint en charge de la communication au 4e régiment étranger de Castelnaudary. Rien n'a changé. Le soir de Noël, le repas est amélioré, chaque légionnaire reçoit un cadeau. Le colonel Lobel, chef de corps, et ses adjoints ainsi que les présidents de catégorie rendent visite à tous, compagnie après compagnie, et commencent par ceux qui ne sont pas de la fête mais soit de garde ou d'intervention ou malades consignés à l'infirmerie. «Que pouvons-nous offrir de plus beau à nos légionnaires que cette veillée de Noël, que pouvons-nous leur offrir de mieux, nous, officiers français, que le sacrifice librement consenti de cette plus belle soirée de l'année à ces étrangers venus librement servir avec honneur et fidélité un pays qui n'est pas le leur» ? Il parle de la magie de Noël, de ce soir où ces légionnaires qui n'ont pas l'habitude de s'épancher sur leur passé auront envie de se confier, de demander une aide particulière. «Ce soir-là, il n'y a pas de barrière».

La crèche, l'autre tradition de la légion, celle à laquelle sacrifie tout légionnaire, où qu'il soit dans le monde, en garnison comme en opération, avec quatre bouts de bois, un peu de ficelle mais beaucoup d'imagination et de débrouillardise. «Souvent marquée par les souvenirs d'enfance de chaque légionnaire qui y fait vivre ses coutumes locales et y met un peu de sa culture. C'est ce qui fait la richesse de ces crèches». Loin des débats sur la laïcité qui agitent la société civile, elle est ici symbole de cohésion, de fraternité, loin des clivages de religions, de races, la crèche ici ne divise pas, au contraire, elle rapproche. Réalisée après la journée d'instruction, «à reculons au début, avec passion ensuite. Au départ, c'est compliqué de leur faire faire une crèche, ils ne comprennent pas et puis ils se prennent au jeu». C'est à qui fera la plus belle, la plus symbolique, la plus artistique, la plus, la plus… Il faut séduire le jury pour le concours du 24, une autre tradition. On raconte qu'en 1962, à la maison mère alors à Sidi-Bel-Abes, le colonel Vaillant, au prestigieux passé de légionnaire, en avait visité trente-trois, le soir de Noël.

Aujourd'hui, au «4», il y a six crèches à voir, une par compagnie, qui seront ouvertes au public l'après-midi du 25 décembre, de 14 heures à 18 heures. Une visite qui voit affluer au quartier Danjou des centaines de visiteurs et briller les yeux de tous, petits et grands.

Gladys Kichkoff

Les crèches dans la tradition de Noël et de la Légion au 2e REP de Calvi

Rédigé par (Jean-Paul-Lottier) le Jeudi 25 Décembre 2014

Le public était invité jeudi à visiter les crèches réalisées par les légionnaires dans les différentes compagnies du 2e Régiment Etranger de Parachutistes au Camp Raffalli


Les crèches dans la tradition de Noël et de la Légion au 2e REP de Calvi
C'est une tradition à la Légion Etrangère et plus particulièrement au 2e Régiment Etranger de Parachutistes de Calvi.. Dans chacune des huit compagnies du régiment d'élite, les légionnaires sont invités à réaliser une crèche. Celle-ci, à la veille de Noël est jugée par un jury et le lendemain, le public est invité à visiter gracieusement ces crèches.
La nouveauté cette année, c'est qu'à l'arrivée, chaque visiteur s'est vu remettre une fiche sur laquelle ils devaient noter chaque réalisation, histoire sans doute de comparer les résultats de la veille.
Les huit crèches devaient être notées sur 20 à partir de plusieurs critères: Traditions de Noël, aspect Légion, valeur artistique et travail d'ensemble.
Une place était également réservée aux observations.
Le public s'est pressé très nombreux dès 14h30 pour visiter ces crèches.
Le jury de la veille n'a semble t-il pas réussi à départager la réalisation de la 2e Compagnie et celle de la CAS.
Pour notre part, côté émotionnel, nous retiendrons celle de la CCL.
Peu de recherche artistique, un travail d'ensemble pas très recherché mais un texte chargé d'émotion avec d'entrée la voix de de "Nini" Luciani, 1re classe d'honneur du 2e REP évoquant l'époque du "Calypso" avec son regretté mari Michel où les légionnaires étaient chez eux. Etablissement qu'elle devait reprendre par la suite. "Nini" parle des légionnaires comme de ses enfants. Il n'en fallait pas plus pour faire le lien avec l'amitié, la solidarité entre Corses et Légionnaires. En cette année de centenaire de la Guerre 14/18 un hommage était bien évidemment rendus à tous ceux tombés au combat.
Plus près de nous, ce sont les légionnaires du 2e REP morts pour la France qui étaient cités avant de faire une nouvelle fois le lien entre les Corses et les légionnaires unis dans le dernier voyage en ayant leurs noms gravés dans le marbre de monuments aux morts, comme c'est le cas à Calvi.
A noter qu'un DVD des crèches de l'année dernière était en vente et que devant chacune des huit crèches, un tronc était à disposition pour des dons au profit des blessés de l'Armée de terre.
Le chef de corps Jean-Michel Meunier, enfant de la citadelle de Calvi et son adjoint, le colonel Guillaume le Segretain du Patis, étaient présents lors de cette visite des crèches au cours de laquelle ils ont notamment rencontré le Père John Michaël Paul, prieur du couvent de Corbara et les frères de la congrégation de Saint Jean.















Les légionnaires dévoilent leur crèche

Nantes 17 Décembre

Quatre des légionnaires du poste de Nantes autour de la crèche qui sera ouverte au public pendant trois jours. |

La Légion étrangère de Nantes présente au public sa crèche, en son et lumière, jusqu'à vendredi.

C'est une tradition. Où qu'ils se trouvent, les légionnaires fabriquent une crèche dans l'esprit de Noël. Et les cinq militaires du poste information de la Légion étrangère (Pile) de Nantes n'ont pas failli à cette habitude. Ils en ont réalisé une avec le peu de moyens dont ils disposent.

Leur chef, l'adjudant Marek Salamon, explique leur choix : « Nous avons décidé de prendre la guerre 1914-1918 comme base de construction et une partie du texte du Petit Prince de Saint-Exupéry. Cela correspond bien à l'esprit d'humanité, de sacrifice et de famille qui nous unit tous, à la Légion. »

Un jeu de lumières rythme le fond sonore. Hormis les santons et les petits soldats de plomb, qui, pour la plupart, leur ont été prêtés, les légionnaires ont tout fabriqué eux-mêmes : tranchées, maisons, rochers... Il ne manque rien autour de cette crèche !

Jusqu'au vendredi 19 décembre, de 10 h à 12 h et de 14 h à 20 h, au Pile, 14 bis, rue des Rochettes, à Nantes. Tél. 02 28 24 20 70. Gratuit.

Lille : les légionnaires présentent leur crèche de Noël

Publié le 11/12/2014

La Légion étrangère de Lille a inauguré mercredi sa crèche de Noël dans le prestigieux Hôtel de commandement d’Hailly d’Aigremont.

La crèche.

Jean-Marc Prévot et Adin Oltreanu.

En présence de nombreuses personnalités militaires, c’est au son des cornemuses écossaises de la Garde celtique du Nord que la Légion étrangère de Lille a inauguré mercredi sa crèche de Noël installée dans le prestigieux Hôtel de commandement d’Hailly d’Aigremont. Une crèche atypique soulignant l’importance que revêt cette fête traditionnelle pour tous les soldats séparés de leur famille.

Les visiteurs pourront également admirer les très belles œuvres d’inspiration militaire de Jean-Marc Prévot, Prix du musée de l’Armée 2013, et d’Adin Oltreanu. L’ancien légionnaire a abandonné l’acrylique pour l’huile, s’inspirant de ses voyages en Bretagne et en Normandie (entrée libre sur présentation d’une pièce d’identité).

Hôtel d’Hailly d’Aigremont, 45, rue de Roubaix. Les 11, 12 et 13 décembre, de 10 h à 19 h

Noël, l'autre fête de la Légion étrangère

Publié le 10/12/2014

Les crèches à la Légion, créations magnfifiques / Photo DDM, archives, Gladys

C'est, avec Camerone, la fête qui rythme l'année des jeunes légionnaires et de leur cadre. Noël à la Légion, c'est la veillée tous ensemble -les cadres réveillonnant avec leurs hommes- ce sont les crèches aussi, miraculeuses créations faites de bouts de ficelle et de bois, c'est le concours pour dire laquelle de toutes est la plus belle, la plus originale, créative… L'émulation est forte et il faudra attendre le soir du 24, la visite du colonel Lobel, commandant le «4», pour connaître le nom de la compagnie lauréate. Le 25, de 14 à 18 heures, c'est l'ouverture au public qui vient en nombre, en grand nombre, admirer ces belles réalisations. Noël à la Légion, c'est également un challenge sportif. «Ludique», nous affirme le commandant François Hervé-Bazin. Ludique ? Euh… il faut être des «fortes tête» pour le voir ainsi. Les épreuves sont… légion et aux côtés des classiques tournois de football ou de volley-ball., des épreuves plus «musclées» comme un relais 8x25 mètres en apnée ou un «tracter» de VAB, véhicule blindé de 13 tonnes sur 70 mètres. Pour tous les hommes du «4», Noël, c'est aussi le cross qui aura lieu cette année autour du lac de Saint-Ferréol. Noël, c'est aussi, surtout et avant tout, la visite du père Légion, le général Jean Maurin, commandant Légion étrangère, qui sera en terres lauragaises le 19 décembre. Il remettra, à cette occasion, des galons aux nouveaux jeunes sous-officiers. Noël à la Légion commence avec quelques jours d'avance et dure du 15 décembre jusqu'au 9 janvier, avec la fête des Rois, une «trêve» qui se terminera par une remise de képis blancs avec tout le régiment.

Gladys Kichkoff

L’ARDOISE En images : retour sur la Sainte Barbe au 1er régiment étranger de génie

9 décembre 2014

(Photo : Karl Riegel / Légion étrangère)

(Photo : Karl Riegel / Légion étrangère)

Vendredi, le 1er régiment étranger de génie de la Légion étrangère, basé à l’Ardoise, célébrait la Sainte Barbe.

Pour l’occasion, la société de production Lignes de Front est venue filmer avec notamment un drone, pour un reportage diffusé dans plusieurs mois sur M6.

Un drone a filmé une partie de la cérémonie (Photo : Thierry Allard / Objectif Gard)

Un drone a filmé une partie de la cérémonie (Photo : Thierry Allard / Objectif Gard)

Un parterre d’élus, parmi lesquels le député du Gard Patrice Prat, avait fait le déplacement sous la pluie.

Durant la cérémonie (Photo : Thierry Allard / Objectif Gard)

Durant la cérémonie (Photo : Thierry Allard / Objectif Gard)

Dans son discours, le général de division Jean Maurin, commandant la Légion étrangère, a évoqué Sainte Barbe comme une « figure emblématique, dont la force de caractère légendaire commande à la foudre et donc au feu, reste le symbole de la détermination, du courage, de la constance de la résistance et de l’abnégation face à l’injustice et la barbarie. »

(Photo : Karl Riegel / Légion étrangère)
(Photo : Karl Riegel / Légion étrangère)

(Photo : Karl Riegel / Légion étrangère)

Le général de division a ensuite eu un mot pour le Major Nikolic, légionnaire de l’Ardoise tué au Mali le 14 juillet dernier, puis a rappelé que l’exemple de Sainte Barbe « nous fixe une seule exigence : être prêt à tout donner pour accomplir la mission donnée, pour ‘être à la hauteur’ de la gloire que les anciens nous ont léguée en servant avec honneur et fidélité. »

(Photo : Karl Riegel / Légion étrangère)

(Photo : Karl Riegel / Légion étrangère)

(Photo : Karl Riegel / Légion étrangère)

(Photo : Karl Riegel / Légion étrangère)

La cérémonie a été marquée par la remise de képis blancs aux engagés volontaires. Un passage symbolique, qui fait d’eux des légionnaires, après avoir traversé des tests exigeants qui écartent en moyenne 90 % des prétendants.

(Photo : Karl Riegel / Légion étrangère)

(Photo : Karl Riegel / Légion étrangère)

Notez que deux compagnies laudunoises étaient absentes de la cérémonie pour cause d’opérations extérieures : la 3e compagnie à Djibouti et en Indonésie, et la 1ère compagnie en Guyane, engagée dans la lutte contre les orpailleurs et trafiquants d’or.

Thierry ALLARD

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Pour l’honneur de la Légion

le 25/11/2014

Clément Launay porte dans ses mains son CV militaire, « celui qu’on accroche sur la poitrine ». Photo Ch. R.

Originaire de La Guiche, où vivent ses parents, Clément Launay a dirigé 150 légionnaires dans les montagnes du Mali, pendant l’opération Serval. À 31 ans, il a reçu la Légion d’honneur.

Après l’école de Saint-Cyr et le choix de l’infanterie, pourquoi avoir opté pour la Légion étrangère ?

Je trouvais extraordinaire que des hommes des quatre coins du monde viennent servir la France. Il y avait autant de raisons que de légionnaires. Parmi eux, nous étions les Français, les garants de la loyauté de la troupe. Comme chef de section, je les formais pendant quatre mois dans le savoir-faire et le savoir être. Il n’y avait pas qu’une dimension militaire, il fallait apprendre à des hommes qui n’avaient rien en commun à vivre ensemble.

Avez-vous déjà perdu un de vos hommes ?

En 2010, j’ai perdu un de mes hommes dans la vallée de Kapisa, en Afghanistan, les montagnes à l’est de Kaboul, où nous exécutions une mission de contrôle de zone. Un jour, nous avons été au contact et un légionnaire slovaque est mort. C’était assez rare là-bas, pour des opérations très rôdées, préparées. La nation est reconnaissante, ils reçoivent un hommage aux Invalides, mais on les oublie vite. Tous les ans, j’envoie des fleurs.

En 2013, vous êtes parti au Mali. Comment s’est passé l’engagement de votre régiment de Calvi ?

On a reçu une « Alerte guépard » fin 2012 pour la Centrafrique, c’est-à-dire que nous étions prêts à partir à tout moment. On prépare la logistique, les hommes, on vérifie les vaccins, etc. Les soldats préviennent leur famille. C’est de l’adrénaline, même si on est préparé. Comme un pompier qui risque d’être appelé en intervention. Sauf que nous, c’est dans le monde entier. Les alertes s’arrêtent, puis reviennent. On attend l’arme aux pieds.

C’est comme ça que vous êtes parti au Mali ?

Le 21 janvier 2013, nous étions en alerte. Cette fois, c’était la bonne. Nous avons rejoint Abidjan, en Côte d’Ivoire, pour une opération aéroportée sur Tombouctou. Le président de la République voulait porter une atteinte forte aux rebelles en reprenant cette ville symbolique sur le fleuve Niger. Nous devions être parachutés dans le désert et clairement aller les déloger. Les terroristes ont fui avant notre arrivée, il n’y a a pas eu de confrontation directe. C’est mieux. Il n’y a pas de plus belle guerre que de l’emporter sans verser le sang.

Votre mission sur place n’était pas terminée. Votre compagnie a été sollicitée pour l’opération Serval…

Les rebelles sont allés se réfugier dans les montagnes, l’Adrar des Ifoghas, leur repère. Notre président a ordonné d’aller les chercher là-bas pour détruire leur potentiel humain, matériel et psychique. L’opération a duré deux fois dix jours et notre troupe en faisait partie. Nous avancions à pied dans les montagnes, dans des conditions très difficiles, avec des règles d’engagement très claires. Il n’y avait aucune autre population locale.

Comment s’est déroulée l’opération ?

En tant que chef, on organise la force pour contenir la violence au niveau le plus bas. Nous nous savons très puissants et nous limitons notre force. Nous avons surpris des troupes très organisées et armées. Certains de leurs chefs ont été tués pour les désorganiser. Nous sommes formés pour cela, nous avons été très procéduriers : beaucoup de reconnaissances, de prudence et aussi d’audace. Je n’ai perdu aucun soldat là-bas. Après la mission, nous sommes restés pour aider l’armée malienne à reprendre le dessus, à recréer des conditions de vie. Des troupes françaises y sont encore dans ce but.

Quel recul avez-vous aujourd’hui ? Comment s’est passé votre retour en France ?

Je suis rentré en avril 2013. J’ai eu deux semaines de permission durant lesquelles j’ai pu rencontrer ma dernière fille, alors âgée de 3 mois. Je suis retourné au 2e REP et nous avons repris l’entraînement. J’ai vécu des conditions extrêmes que tous les militaires ne rencontrent pas dans une carrière. J’étais entraîné pour et j’ai appliqué tout ce que j’ai appris à Saint-Cyr, ce n’est pas exceptionnel, d’autres l’ont fait. Mais voir la peur changer de camp, avoir eu ce contact avec la population locale… Je suis peut-être un peu angélique mais j’ai l’impression d’avoir fait une guerre juste. Je ressens un sentiment d’accomplissement.

C’est suite à cette opération que vous avez été décoré de la Légion d’honneur, le 13 juillet…

Une dizaine de capitaines l’a été, j’étais de ceux-là. De nombreuses nations ont salué cette intervention française au Mali. Généralement, un militaire la reçoit vers 40 ans, après avoir servi une vingtaine d’années, c’est assez naturel. Là, c’était exceptionnel. Je suis sans doute l’un des plus jeunes décorés à ce jour.

Vous avez quitté cet été le 2e REP de Calvi…

J’ai rejoint le centre d’entraînement tactique de Mailly-le-Camp, dans l’Aube, où j’ai été affecté pour partager mon expérience. Je ne pars plus en opération pour l’instant.

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Pourquoi la FSALE ?

Jeudi, 25 Décembre 2014

Publié le 9 décembre 2014 par légionnaires-officiers

Après le dossier présentant la FSALE dans le dernier “Képi Blanc”, nombreux encore se demandent: “A quoi peut bien servir la FSALE”. Une amorce de réponse s’impose :

La cohésion, l’indivisibilité du monde légionnaire sont un principe, une réalité.

Ses générations s’y interpénètrent et il n’y a pas de hiatus entre la Légion d’active et celle des anciens.

Ce qui est certain c’est que, pour avoir le titre d’ancien, il faut avoir fait ses preuves et fournir des garanties. Il faut avoir honoré sa signature, celle de son combat qui est d’avoir servi avec honneur et fidélité.

Ne seront jamais “anciens légionnaires”, même s’ils se disent avoir été légionnaires, ceux que nous rejetons pour rupture volontaire de contrat, par excès de liberté prise avec nos règles. Ceux, en général, à qui il est refusé le certificat de bonne conduite.

De la masse des anciens, après élimination des indésirables, se détachent encore les inadaptés sociaux, parfois sympathiques, quelques faibles qui se laissent entraîner mais n’inspirent aucune répulsion sans retour. Nous ne les bannissons pas mais, ce sont tous les autres, “les bons”, qui retiennent surtout notre attention.

Quand il sait qu’il va quitter le service actif, “l’ancien du lendemain” sait qu’il pourra toujours venir exposer ses soucis, solliciter de près ou de loin une amicale d’anciens légionnaires, il sait avec certitude ne jamais être abandonné.

Répartis dans le monde entier, les anciens peuvent, grâce aux amicales se faire épauler. C’est la force des amicales qui quadrillent un vaste domaine dans leurs zones d'influence. Il y a toujours une amicale concernée assez proche.

Sans attendre l’orage, les anciens se regroupent autour des amicales car elles ont besoin du nombre pour être puissantes et pouvoir apporter appui et protection en cas d’infortune ou, tout simplement, pour se retrouver entre camarades et revivre ensemble le culte des souvenirs.

En ordre dispersé, sans l’affiliation à la Fédération, les amicales auraient une vie quelque peu anarchiste et manqueraient d’efficacité lorsque les besoins et les dossiers se présentent. D’où la nécessite de coiffer nos associations par un organe fédératif bien introduit dans les ministères et susceptible de les aider, les orienter et les conseiller. D’autant que la FSALE fait montre, sur le plan de l’aide sociale, d'une générosité certes insuffisante, mais qui a accordé cette année 310 000 euros d’aides et de secours.

Pour aboutir à la possibilité de cette entraide, les cotisations des seuls membres des amicales sont loin d’être suffisantes et l’appel aux dons auquel répondent favorablement de généreux donateurs, nous permet de répondre à l’aide demandée par certains d’entre nous en réelles difficultés. Nous remercions nos amis, Jean Busnot ainsi que ceux des “Gueules Cassées” et de la “Fondation Maginot” sans lesquels rien de tout cela ne serait réalisable.

La FSALE soutient également nos deux maisons qui hébergent des anciens légionnaires à Puyloubier et à Auriol et demande régulièrement aux responsables des amicales de ne pas oublier les anciens en difficulté, se trouvant dans leur secteur géographique, de leur proposer ces deux refuges où se promènent paisibles et sereins tant de nos camarades témoins et acteurs de nos gloires d’hier.

Oui, la FSALE reconnue d’utilité publique a encore un rôle important à jouer dans le monde associatif des anciens légionnaires, n’en doutons surtout pas !

Christian Morisot

Béarn : en immersion avec les anciens légionnaires

Publié le 23/12/2014 par

Le cérémonial de la poussière, l’une des innombrables traditions de la Légion. © Photo photo David Le Deodic

Tendu, hostile, menaçant… C'est peu dire que d'affirmer que notre premier contact avec les anciens légionnaires du département a été froid. Le major François Varesano et ses hommes ont très peu goûté notre article consacré à Marcel, un ancien de la Légion habitué des bars de Pau. « Il ne représente pas la Légion » ou « salit son image », « c'est un fieffé menteur », « on a essayé de lui tendre la main mais il est irrécupérable » sont parmi les mots les plus doux entendus à cette occasion.

Rendez-vous était donc fixé avec la soixantaine d'anciens légionnaires des Pyrénées-Atlantiques pour une explication de texte. La rencontre a eu lieu le premier mardi de décembre dans le restaurant d'Artix qui sert de QG à la réunion mensuelle de l'amicale.

Tchad, Liban, Algérie

Il a bien sûr été question de notre ami commun. « Marcel ne respecte pas le code d'honneur », martelait d'emblée le major, en s'appuyant sur le point cinq du règlement partagé : « Ma tenue, mon comportement sont exemplaires en restant modeste ».

Il a surtout été question de la Légion et de ces anciens, toujours aussi fiers d'avoir œuvré en Indochine, au Congo, au Tchad, au Liban ou en Algérie. « On a ici un ancien du 1er REP qui était là au moment du putsch », assument-ils sans ambages. Partie prenante du soulèvement, le 1er Régiment étranger de parachutistes avait été dissous après l'échec du coup d'État des généraux Challe, Jouhaud, Zeller et Salan. À Artix, le plus ancien de la tablée a 84 ans. Le plus jeune, 56 ans. Des années après avoir raccroché les képis, les militaires du rang et les « sous-off'» gardent encore toute leur révérence à l'égard des anciens officiers à qui ils donnent du « Mon colonel ».

« L'amicale sert à garder le lien qui nous unit, expliquent-ils. C'est une entraide entre frères d'armes. » La Légion est une famille qui, cette année encore, fêtera Noël ensemble. Une nouvelle occasion de s'adonner à l'impressionnant rituel de la « poussière ». Une cérémonie qui rappelle que l'eau était parfois plus rare que le vin sur les théâtres d'opération.

« Cela a commencé en Afrique, on rinçait les grains de sable tombés dans le verre avec un fond de vin. On a gardé cette tradition et on boit toujours la poussière », explique le major. Avant chaque repas des anciens, les verres des convives sont donc remplis d'un fond de vin. Les militaires se tiennent debout. « Attention pour la poussière ! Envoyez ! » Puis vient l'hymne immuable de la Légion, « Tiens ! Voilà du boudin ! »

>> Avant chaque repas, la tradition veut que les légionnaires entonnent le fameux "boudin" :

Des histoires de légionnaires

Ces rencontres sont surtout l'occasion pour les militaires de se raconter et raconter encore les anecdotes qui ont fait la légende de leur Légion. « Le général qui était aux côtés d'Hollande l'autre jour, c'était mon lieutenant à Kolwezi, plastronne l'un. C'est lui qui m'a appris à rédiger les citations. » Un autre raconte comment son supérieur a recousu un camarade blessé avec du fil et une aiguille, au milieu du RC4 en Indochine. « Il pensait que c'était fini et un jour, trente ans plus tard, il l'a recroisé à une cérémonie ! »

Autant d'histoires que vous pourrez écouter en vrai si d'aventure vous rencontrez les légionnaires autour du 30 avril. C'est à cette date anniversaire que la Légion étrangère commémore la bataille de Camerone, au Mexique. Chaque 30 avril, les légionnaires regagnent leur régiment d'origine pour la célébrer.

La plupart des anciens du 64 sont français mais n'ont pas fait leurs classes dans les mêmes corps. Aussi, l'amicale organise un pré-Camerone des Pyrénées-Atlantiques le 23 avril à Bayonne et le 24 avril au monument aux morts de Pau. Pour les Alsaciens, les Suisses et les Lorrains, il y aura du boudin. Pour les Belges en revanche…

Repas de Noël pour les anciens de la Légion à Pérols

le 21/12/2014

L'Amicale des Anciens et Amis de la Légion Étrangère de Montpellier et Environs (AALEME) a célébré la fête de Noël dimanche 14 décembre, à l'Eurotel de Pérols.

Après la poussière (apéritif des combattants), ils ont dégusté un bon repas, où les jeunes côtoyaient les Anciens, dans une ambiance chaleureuse et conviviale.

François Le Testu, président, a souhaité à tous de très bonnes fêtes de fin d'année et donne rendez-vous à tous les membres de l'AALEME le 9 janvier au local pour préparer l'assemblée générale.

Les légionnaires en sommeil


Publié le 04/12/14

Association. L’assemblée générale a entériné l’impossibilité de respecter les nouveaux statuts.

Les légionnaires en sommeil

L’assemblée générale s’est tenue sous la présidence de Jean-Claude Largouët, aux côtés de sa secrétaire et de sa comptable

L’assemblée générale de l’amicale des Anciens et amis de la Légion étrangère s’est déroulée dimanche dans les locaux de la Maison des combattants. « Aujourd’hui, nous sommes réunis pour prendre une décision concernant l’avenir de notre amicale », expliquait le président, Jean-Claude Largouët.

Pour la deuxième fois

En effet, celle-ci était tombée en sommeil en 1992, puis a été reprise en 2004 par une poignée d’amis légionnaires ou de sympathisants. Aujourd’hui, et pour la deuxième fois, les statuts déposés en sous-préfecture ont changé. Ils sont établis sur le fait que le bureau doit être constitué de deux légionnaires pour un sympathisant.

Dans l’impossibilité de respecter ces dispositions, il a été décidé unanimement de mettre à nouveau l’amicale en sommeil.

Puis la secrétaire a détaillé le rapport d’activité 2014. Elle a rappelé que les adhérents assistaient à de nombreuses manifestations. Cette dernière a remercié les porte-drapeaux pour leur fidélité ainsi que la municipalité du Havre et le conseil général pour leurs subventions. Quant à la trésorerie, elle s’avère saine avec un bilan largement excédentaire.

Le 11 novembre 2014 à Diégo Suarez.

Une cérémonie haute en couleurs, un soleil radieux, le cimetière militaire français de Diégo "refait à neuf", une participation exceptionnelle...Une réussite.L'organisation parfaite, le nouveau consul de France , Monsieur MAIZIERRE, maître de cérémonie , accompagné du Préfet de Région, des généraux commandants les forces armées et la gendarmerie.

Les légionnaires;

Ahmad ALY MOHAMED, président des anciens combattants Maginot de Diégo,

Yves GALVEZ, AACLEM, délégué pour Madagascar

Gérard DAMBIELLE, Agrlem , (anciens légionnaires /Madagascar)

Une couronne commune aux 3 associations a été déposée, marquant ainsi la fraternité qui unit, dans toutes les circonstances, les anciens légionnaires.




Créche de Noël du PILE de Toulouse


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La crèche au cœur de la Légion étrangère

Le 24 décembre 2014

Noël est la fête légionnaire par excellence. Très vite après sa création en 1831, la Légion étrangère adopta Noël. Elle le fit avec d’autant plus de facilité qu’elle était composée essentiellement d’hommes venus de toute l’Europe et pour qui, même lorsqu’on était un « paria », Noël constituait une fête traditionnelle, à défaut d’être religieuse.

Voici comment, à Fez, le 2e étranger fêtait Noël en 1912 : « La veillée de Noël se passait autour d’une crèche vivante, comme c’était alors la tradition. Les draps, les chèches, les ceintures bleues constituaient l’essentiel des déguisements de la sainte Famille et des bergers ; une poupée représentait l’enfant Jésus et parfois un bourricot ajoutait au réalisme du tableau. À minuit, les officiers venaient dans les chambres et la veillée commençait alors autour de la crèche avec ses chants, ses chœurs allemands, russes, espagnols. » Depuis lors, le déroulement de la fête a peu évolué. Au cours de la Grande Guerre, une dimension supplémentaire fut ajoutée avec la réalisation de spectacles, de jeux ou de sketches. Peu à peu, les crèches vivantes laissèrent la place à des crèches confectionnées par les légionnaires. Après la guerre d’Algérie apparaîtra le concours de crèches avec attribution de prix par un jury.

Si la Légion s’est appropriée Noël, si cette fête s’est inscrite rapidement et naturellement dans ses traditions, c’est parce que l’on retrouve des fondements religieux, historiques ou culturels, communs à la fois à Noël et à la Légion étrangère : la nativité n’est-elle pas en effet la fête de l’enfance, la fête de la famille et celle de l’espérance ?

Pour la tradition chrétienne, Noël marque la venue au monde d’un enfant, promis et attendu pour sauver les hommes et en qui les chrétiens voient Dieu incarné. Le nouveau-né, comme l’enfant, est donc naturellement placé au cœur de cette fête. Au sein de la Légion : même principe. Les légionnaires sont au cœur de la fête, surtout les plus jeunes et les nouveaux arrivants. Ce sont eux qui reçoivent les cadeaux, ce sont eux qui conçoivent et réalisent la crèche, ce sont eux, encore, qui montent les sketches. C’est pour eux que les cadres restent toute la nuit, si bien que durant ces festivités, il n’y a plus ni cadres, ni légionnaires, mais seulement des compagnons d’armes.

Le monde entier a retenu de Noël l’image de la sainte Famille. Noël, dans la tradition chrétienne, est devenu ainsi la fête de la famille. Cette fête de la famille a largement dépassé la chrétienté, puisque toute famille, de par le monde, a le souci de se réunir à cette occasion. La Légion se présentant comme un refuge et une famille d’accueil pour tous ses hommes venus du monde entier, il paraissait naturel qu’elle intégrât cette fête à son patrimoine. Le légionnaire a fui ou quitté un métier, une patrie, des amis, une fiancée, et seule la chaleur d’une famille peut remplacer un tel vide dans le cœur et l’esprit d’un homme, surtout la nuit de Noël.

Enfin, cet enfant, né d’une vierge, était annoncé et attendu comme le sauveur du peuple d’Israël ; il devait apporter le salut aux hommes de bonne volonté, il était donc un signe d’espérance. Là encore, ce symbole d’espérance a trouvé naturellement sa place au sein de la communauté légionnaire, car la plupart des candidats arrivent en situation d’échec professionnel, affectif ou psychologique ; ils viennent chercher, consciemment ou non, quelque chose d’autre, qu’ils ont souvent du mal à exprimer. La Légion, où ils s’engagent généreusement, incarne à leurs yeux une nouvelle chance, un rayon d’espoir, voire une espérance.

Noël dans le cœur des hommes de bonne volonté. Noël, au cœur de la Légion étrangère.


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Repas de Noël de l'AALEME

Le dimanche 14 décembre 2014 à 12h00 à l'€urotel, Centre Commercial du Fenouillet, 34474 Pérols. Tel : 04 67 50 27 27.

 

Apéritif : kir pétillant, jus de fruit, feuilletés chauds, olives et cacahuètes

 

Menu :

Foie Gras des Landes et ses toasts

Pavé de veau braisé sauce aux morilles, gâteau léger aux pommes de terre

Fromage

Omelette norvégienne

Vin et café compris

Prix : 30,50€ par personne.

Participation de l'AALEME pour ses membres à jour de leur cotisation : 5.50€. A régler auprès de notre trésorière, avant le jeudi 11 décembre 2014 : 25€.

A l'adresse suivante : Trésorière AALEME, Espace les Chênes, 8 chemin des chênes, 34170 Castelnau le Lez.

Réunion mensuelle du mois de Janvier 2015

Le vendredi 9 janvier 2015 à 20h00, salle général Michel Poulet.

Calendrier 2015 de l'AALEME

 

Camerone : le dimanche 19 avril 2015.

Repas champêtre : samedi 13 juin 2015.

Pique-nique : samedi 12 septembre 2015.

Repas de Noël : dimanche 13 décembre 2015.


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A 80 ans, le colonel passe son doctorat

Publié le 12/06/2006

Études. Yves Racaud est le doyen des facultés de Toulouse.

D'ici la rentrée, Yves Racaud aura soutenu sa thèse de doctorat. Près de 400 pages sur le thème : « Formation des officiers compte tenu de la professionnalisation et des nouvelles missions dévolues aux armées ». Et Yves maîtrise le sujet. Cet étudiant en 4e année à l'Institut d'études politiques de Toulouse est aussi un ancien colonel de la Légion étrangère. Car Yves Racaud est né le 20 février 1927...

À bientôt 80 ans, ce Toulousain est le doyen des étudiants. Un hyperactif qui se lève à 4 heures et n'hésite pas à faire 11 km à pied pour se rendre de Saint-Geniès-Bellevue à Sciences po au centre ville, quand il ne prend pas le bus ! Avec sa gouaille, Yves suscite le respect, sinon l'admiration, sans parler de l'amitié que lui vouent des étudiants. Intarissable lorsqu'il disserte de la vie derrière ses lunettes, en chuchotant plus qu'il ne parle avec l'accent d'ici. « J'ai toujours un peu flirté avec le milieu universitaire. Tout m'intéresse », raconte-t-il amusé. Que ce soit le Stade Toulousain ou son passe-temps favori, les mots croisés : « Ça fait travailler les méninges ».

LÉGIONNAIRE

« J'ai interrompu mes études en 1951, j'avais à l'époque un certificat de licence d'histoire, lorsque je suis entré à la Légion étrangère. C'est un cousin légionnaire qui rentrait d'Indochine qui m'a convaincu». Yves a donc « épousé la Légion » et a été parachuté -car c'est aussi un ancien para- à Madagascar, aux Comores, fait la guerre d'Algérie.. . Des contrées dont il a gardé « la nostalgie d'une carrière de légionnaire passé outre mer ». « J'ai eu une vie riche et bien remplie. Y compris une belle vie de famille avec cinq grands enfants et une kyrielle de petits enfants.»

Dans la Légion, Yves a suivi des cours à Aix-en-Provence pour achever sa licence d'histoire puis une maîtrise de géographie. Lorsqu'il prend sa retraite en 1981, il travaille à l'État-major de l'Armée de terre à Paris. Yves est revenu près de Toulouse. « Je voulais meubler ma retraite de façon positive». Il a été président d'associations pendant 20 ans (UNAFAM), il a fondé une fédération régionale d'anciens militaires (la FRAAM), une amicale des anciens de la Légion étrangère pour ne citer que celles-là. Sur le conseil d'un ami, l'ancien recteur de Toulouse, Yves est retourné il y a quatre ans sur les bancs de la faculté, à l'IEP. « J'ai passé un DEA de relations et sécurité internationales ». Son seul souci d'étudiant, « c'est de m'initier à internet. Je tape encore à la machine. J'ai peur de perdre du temps avec l'ordinateur. » Et que va t-il faire avec son doctorat ? « Je n'ai rien à gagner, rien à perdre. Je vis. Peut-être que je vais entrer ensuite en théologie à l'Institut d'études catholiques. Mieux vaut préparer le terrain. Sait-on jamais ! »

Valérie Sitnikow

Visite guidée du musée de la Légion étrangère

 

Chemin de la Thuilière
13400 AUBAGNE

Tél : 04.42.18.12.41 (Réservation obligatoire)
E-mail : Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.
Site web : http://www.samle.legion-etrangere.com

Venez découvrir le musée de la Légion étrangère dans son tout nouvel écrin !

Vous pourrez parcourir près de 1500 m² d'espace consacré à l'histoire de ce corps militaire unique au monde : souvenirs des fondateurs de la Légion étrangère, tableaux, portraits, armes, photos, objets divers....

Les visites guidées et commentées seront menées par un conférencier de 15h à 16h les samedis 11, 18, 25 octobre ainsi que le samedi 1er novembre.

Pensez à réserver.

Anne Ballereau hôte du 2e REP de Calvi

Rédigé par (Jean-Paul-Lottier) le Mercredi 29 Octobre 2014

Anne Ballereau, sous-préfète de l’arrondissement de Calvi, Conca D’Oro, Haut-Nebbio était, mercredi, l’hôte du 2e Regiment Etranger de Parachutistes de Calvi. Déjeuner avec les officiers du régiment à la caserne Sampiero, présentation du Régiment par le chef de corps le colonel Jean-Michel Meunier, visite du Camp Raffalli et remise de diplômes de naturalisation à des légionnaires étaient au programme de cette visite.

Anne Ballereau, sous-préfète de Calvi, Conca d’Oro, Haut-Nebbio a visité hier le Camp Raffalli, un mois et demi après avoir officiellement pris ses fonctions dans l’arrondissement de la microrégion de Balagne.
Reçue dans un premier temps à la caserne Sampiero pour un déjeuner partagé avec les officiers, Anne Ballereau assistait, ensuite, à une présentation exhaustive de la Légion étrangère et du 2e REP faite par le Colonel Jean-Michel Meunier, chef de corps du 2e REP.
Puis, la sous-préfète découvrait le camp par une visite aux plus jeunes légionnaires du régiment, récemment affectés et en cours de stage au Centre d’entraînement au saut.
Ce fut pour elle l’occasion d’échanger par ce premier contact avec de jeunes légionnaires, majoritairement peu francophones.
L’adjudant Walter Dromart l’accueillait devant l’armurerie peu après avec un descriptif précis de quelques-unes des armes en dotation avant qu’elle ne se fasse une idée des lieux de vie des légionnaires et de l’infrastructure, par un passage à la 3e Cie ainsi que dans les locaux de l’infirmerie.
L’adjudant Alexandre Blévin a ensuite pris le relais, présentant à la sous-préfète le détachement technique du matériel de parachutage et de largage, cœur de l’activité parachutiste tandis que l’adjudant-chef Pascal Scheibel la guidait dans sa découverte du tout récent bâtiment de logement des cadres.

Remise de décrets de naturalisation
Tout en cheminant, Anne Ballereau pouvait alors se figurer réellement les termes du commentaire du chef de corps qui lui faisait noter que le camp Raffalli était « quasiment une vraie petite ville miniature, avec sa place centrale, sa zone « commerciale », résidentielle, ses zones d’activités. Un village singulier où les légionnaires vivent et s’entraînent, en ne manquant de rien ». En fin de visite, une cérémonie de remise de décrets de naturalisation avait lieu en salle d’honneur. Devant le drapeau du régiment, six cadres et légionnaires sont solennellement devenus français et ont été accueillis chaleureusement dans la communauté nationale par la représentante de l’Etat. Avant de quitter le 2e REP, la représentante de l’Etat n’a pas manqué de parapher le Livre d’or du régiment, tout en remerciant le Colonel Meunier de la qualité de son accueil.

A Marseille, la Légion panse ses plaies

Lundi 27/10/2014

Actualités - A Marseille, la Légion panse ses plaies
La bâtisse longue et blanche du CCPEM, avec vue mer, pourrait être ancrée en Grèce ou au Maghreb. Elle est à Malmousque. Photo T. Garro

Le seul centre des convalescents et permissionnaires des Képis Blancs au monde est basé à Malmousque

Si on vous dit légionnaire, vous pensez... Tête brûlée ? Mercenaire en treillis ? Peut-être homme à femmes et amateur de beuveries ?Les clichés ont la vie dure. "Même s'il y a des imbéciles partout, les légionnaires sont avant tout des hommes courageux, prêts à se battre pour un pays qui n'est pas le leur et solidaires comme des frères d'armes", énonce Emmanuel Pavillard, officier supérieur adjoint du 1er régiment étranger d'Aubagne (1).

Car la solidarité fait partie intégrante des valeurs de la Légion étrangère. "La nécessité de prendre en charge ces militaires dans les moments de légitime repos ou les passes difficiles, pour leur apporter assistance et réconfort, en se substituant à une famille absente ou défaillante, est apparue très tôt, rappelle Emmanuel Pavillard. Dès 1834, les premiers centres de repos ont été créés pour accueillir les malades et blessés au combat."

Digne héritier de ces centres, le CCPLEM de Malmousque est un lieu unique en son genre, réservé aux légionnaires en convalescence et sans famille, mais aussi aux permissionnaires loin de leur pays. "Les gars blessés restent sans limite dans le temps, tant qu'ils ne se sont pas reconstruits, ou - pour ceux qui devront être réformés à cause de leurs blessures - tant qu'ils ne se sentiront pas prêts à retourner à la vie civile", explique le chef de centre Jean-Jacques Meister. Un bureau de reconversion, à Aubagne, aiguille même ces derniers vers une formation et jusqu'à une validation des acquis.

De l'extérieur, le bâtiment fait penser à une pension de famille avec une vue sur la mer qui donne le tournis : 122 lits, 110 couverts, mais aussi une zone de repos (billard, salle de télé), un club de plongée et un club nautique. Un centre pris d'assaut par des permissionnaires venus du monde entier entre juin et septembre au prix dérisoire de 9,20 € par jour en pension complète. "Un juste retour des choses", selon le chef de centre, au vu de la vie décousue de ces hommes.

Sous un nom d'emprunt

"Le légionnaire, qui sert sous le statut 'à titre étranger', ne peut servir que dans la Légion étrangère et dans aucune autre unité de l'armée française, poursuit Jean-Jacques Meister. Cela limite ses droits en tant que citoyen. Les cinq premières années, il est ainsi astreint à vivre en caserne, ne peut avoir de véhicule ni de compte en banque personnel, et encore moins de vie de famille".

En dehors de ces "sacrifices" choisis, chacun doit adopter un nom et une nationalité d'emprunt qu'il conserve au minimum un an (par ses statuts mêmes, la Légion n'est censée engager que des "étrangers").

Ce qui peut en arranger certains (ceux qui fuient leur pays d'origine pour une raison ou une autre), permet à d'autres d'entamer un nouveau départ, certes, mais dans l'anonymat. Une situation où le fait de se sentir soutenu par les siens est d'autant plus important. "Legio patria nostra est notre devise, appuie Emmanuel Pavillard. Pour tous ces hommes déracinés, la Légion constitue bien plus qu'un simple métier. Elle est leur seconde famille."

Une solidarité qui se traduit par une action sociale forte (2), reconnue par l'État lui-même : depuis la loi de programmation militaire du 18 décembre 2013, le FELE (Foyer d'entraide de la Légion étrangère), qui permet à cette institution de fonctionner, est érigé en établissement public.

Retrouvez dans notre Edition Abonnés qui sont ces hommes de l'ombre ainsi que la rencontre avec Onyx, la mascotte du régiment

L’unité de l’armée française en danger

21.10.2014 Par Ramu de Bellescize (Maître de conférences à l'Université de Rouen, ancien militaire en Afghanistan et en Yougoslavie)

L’interdiction du syndicalisme dans l’armée française n’est pas conforme à la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH). La CEDH en a décidé ainsi dans l’affaire Matelly du 2 octobre 2014.

Selon la Cour, l’exercice de la liberté d’association des militaires peut faire l’objet de restrictions légitimes. Mais l’interdiction pure et simple, comme c’est le cas au sein de l’armée française, de constituer un syndicat ou d’y adhérer, porte atteinte à la liberté d’association, une atteinte prohibée par la Convention européenne des droits de l’homme.

Si l’arrêt de la CEDH est appliqué, les militaires pourront se regrouper au sein de syndicats ou de groupements professionnels en vue d’actions collectives.

L’interdiction semblait pourtant prendre racine dans une conception de l’armée et de la démocratie solidement établie en France. Le rôle des militaires est d’assurer la défense de la nation par la force des armes. Ils peuvent être amenés à contraindre ou détruire l’ennemi, à donner la mort ou à le recevoir, sans se trouver en état de légitime défense.

L’usage des armes étant en soi contraire à une exigence de morale fondamentale - le respect de la vie humaine - ils ne sauraient agir que par délégation de la nation. Le pouvoir politique qui décide, au nom de la nation, de l’emploi des armées, doit avoir la certitude que les ordres seront respectés et que la mission sera accomplie avec fidélité. Formulée en d’autres termes, cette idée est celle de la primauté de la toge sur les armes : en démocratie, l’autorité militaire est subordonnée au pouvoir civil. D’où une organisation particulière au sein de laquelle tout converge vers l’unité et la cohésion de l’armée. Rien ne doit venir troubler la cohésion qui soude les militaires entre eux.

Cette unité de l’armée se fait notamment autour d’un élément visible, signe d’une réalité tangible : le salut. Lorsque deux militaires se rencontrent, quel que soit leur grade, tous deux ont a cœur de se faire souvenir l’un et l’autre de l’obligation commune qu’ils ont envers le drapeau, en levant la main droite vers le ciel. Le salut devient une preuve de confiance mutuelle, un signe de cohésion, le témoignage de la certitude que l’officier, le sous-officier et le soldat peuvent compter l’un sur l’autre.

Cette recherche constante d’unité et de cohésion explique notamment que la hiérarchie fasse l’objet d’une certaine sacralisation. La discipline étant la force principale des armées, cette hiérarchie se matérialise par une stricte subordination de grade à grade. Tous les militaires sont ainsi rassemblés autour d’une conception identique du service de l’Etat, le loyalisme de ceux qui servent sous les drapeaux étant ainsi assuré.

La CEDH en a décidé autrement. La règle qui a pour objet d’assurer l’unité, la neutralité et la loyauté des militaires doit être abolie. En cas de conflit entre les droits de l’homme et la démocratie, ce sont les droits de l’homme qui doivent l’emporter. Au nom des droits de l’homme, une double atteinte à la démocratie est réalisée par la CEDH.

La première est l’affaiblissement de la défense de la France. Car le pluralisme syndical recèle un danger potentiel : celui de la division de l’armée en une multitude de courants qui viendraient rompre son unité. Ce danger ne peut être écarté, la liberté syndicale supposant une liberté de choix du syndicat. Laisser des courants d’opinions variés s’affirmer au sein de l’armée, c’est cultiver des ferments de division. C’est aussi compromettre la neutralité dont elle tire, en définitive, sa force et son autorité morale. S’il y a syndicat, il peut encore y avoir atténuation de la subordination hiérarchique. Tout groupement quel qu’il soit, constitue une force corporative qui vient doubler les forces individuelles des militaires et augmenter sensiblement le pouvoir de résistance contre l’autorité hiérarchique. Un pouvoir concurrent apparaît qui, inévitablement s’interpose, à un moment ou un autre, entre les différents échelons de l’autorité hiérarchique.

La seconde atteinte à la démocratie est constituée par la manière dont cette décision a été prise. Le gouvernement et le législateur, dans la loi du 24 mars 2005 portant statut général des militaires, en continuité avec les précédents statuts, ont rappelé que le service des armes était incompatible avec le syndicalisme. Si le peuple français souhaite être défendu par une armée au sein de laquelle les syndicats sont autorisés, c’est à lui d’en décider. Il dispose pour cela de représentants qui siégeant au parlement. La Cour européenne des droits de l’homme, dans une décision impériale, a préféré montrer qu’elle dispose de tout, y compris de l’armée de la France. En s’en prenant à l’essence même de l’Etat, elle manifeste son mépris pour la démocratie et sa préférence pour une certaine idée des droits de l’homme.

Destruction de l’Armée française et sacrifice de la Défense

J'ai tout compris

Blog de Guillaume Faye,

essayiste patriote français

et européen

24 octobre 2014 Par Guillaume Faye

Depuis maintenant près de trente ans, sous les gouvernements de droite de gauche, l’Armée française est sacrifiée. Dans ses effectifs, ses équipements, son budget. Analysons ce drame, le sacrifice de la Défense, son ampleur, ses causes, ses conséquences et ce qu’il faudrait faire pour y remédier. Bien entendu, les autres pays européens suivent la même voie funeste de diminution drastique des budgets de Défense. Ce qui donne l’impression que l’Europe, aux frontières ouvertes, baisse la garde. Au moment même où les menaces intérieures et extérieures s’accroissent.

Sacrifier la Défense : une constante politique droite/gauche.

Chirac a été le premier à restreindre le budget militaire et a entamer la réduction du format des armées et même, à réduire les vecteurs de la dissuasion nucléaire aux composantes sous marines et aériennes en supprimant les composantes fixes et mobiles terrestres. Chirac, le pseudo-gaulliste, a entamé la démolition de l’armée française. Non pas tant en supprimant le service militaire qu’en inaugurant une diminution des effectifs et des budgets des armées professionnelles.

Aucune des LPM (lois de programmation militaire) n’a vraiment été respectée depuis trente ans. Non seulement on baisse régulièrement les crédits de l’armée française, mais les promesses de ”sanctuarisation” du budget de la défense n’ont jamais été tenues. Tous les gouvernements, adeptes du mensonge élastique, se sont assis sur les besoins des armées. Avec à peine 1,9% du PIB, leur budget est ridiculement insuffisant.

Moins naïfs que les Européens et pas si bêtes, les Américains maintiennent leurs capacités militaires. Le budget du Pentagone représente 50% de tous les autres budgets militaires internationaux. Partout dans le monde, on réarme, sauf en l’Europe où l’on désarme. Depuis 30 ans, l’armée ne cesse de fondre comme peau de chagrin ; un tiers des départements n’a plus de garnison ; cette désertification militaire provoque à la fois un délitement du tissu social et un recul de l’activité économique locale. Entre 2009 et 2019, au terme de la loi de programmation militaire en cours, l’armée professionnelle aura perdu 80.000 hommes, soit un quart des effectifs. Beau suicide, accompli au nom de la ”rationalisation”. La loi de programmation militaire 2008-2014, votée par l’UMP et le PS, a sabré 54.000 postes. Les socialistes prévoient encore 23.500 suppressions d’ici 2019. Dissoudre des régiments, couper dans les budgets d’équipement ou les reporter, voici les principales missions des ministres de la Défense successifs. Aucun(e) n’a osé protesté, droite et gauche confondues, puisque leur carrière politicienne passe avant tout.

À la paupérisation des unités s’ajoute l’obsolescence des matériels. L’armée accomplit ses opérations dans des conditions acrobatiques. Les réformes successives de réduction du format des armées les ont affaiblies dans leurs capacités et minées dans leur solidité psychologique. On se dirige vers une situation de rupture, de la troupe comme de l’encadrement. L’armée est employée à 120% de ses capacités. Chaque année, la liste des régiments dissous s’accroit.. On s’attaque même maintenant à l’hôpital militaire du Val de Grâce ! Cette réduction globale des moyens et du format des trois armées avait commencé avec Chirac, preuve qu’il s’agit bien d’une politique (suicidaire) consensuelle partagée par la classe politicienne de droite comme de gauche.

Nos voisins et amis européens belges, néerlandais, italiens, espagnols, allemands, scandinaves, portugais, etc. suivent la même politique de baisse des budgets de la Défense, négligeant leurs capacités militaires. La situation des armées allemandes, Bundeswehr, Luftwaffe et Bundesmarine, (seulement 1,4% du PIB ) est dramatique : plus de 50% des matériels des trois armes, déjà très réduits, sont hors d’usage, faute de crédits de renouvellement et de maintenance. Bien sûr, en tout, les Européens entretiennent 1,5 millions de militaires. Mais ces chiffres sont fallacieux et cachent une autre réalité : de moins en moins de soldats capables de se battre, des matériels hors d’usage, des moyens de transports déficients.

Sacrifier la Défense : une ineptie économique.

Sacrifier les dépenses et investissements de la Défense, en les considérant comme variables d’ajustement budgétaire est d’une stupidité économique totale à notre époque. Car le secteur de la Défense, porteur de hautes technologies aux retombées importantes multisectorielles, est capital pour les exportations et l’emploi. Restreindre les crédits d’achats et d’équipements pour l’Armée française induit une baisse des exportations de notre industrie de Défense, aéronautique, maritime, terrestre, électronique, équipementière, etc. L’industrie de la Défense assure, de manière directe ou indirecte, par sous-traitance et retombées technologiques civiles, environ un million d’emplois. Et pas n’importe lesquels : des emplois hautement qualifiés, pas des balayeur ou des livreurs de pizzas. Sacrifier le budget de la Défense, c’est torpiller un peu plus l’industrie et la recherche françaises. Comme politique ”anti-croissance”, il n’y a pas plus efficace que de sabrer dans le budget de la Défense. Le programme spatial européen Ariane est la retombée directe de budgets militaires français sur les missiles.

Internet (dont la domination mondiale est américaine) est né grâce aux budgets de la défense du Pentagone. Les commandes du complexe militaro-industriel américain alimentent toujours le dynamisme des grands groupes américains, notamment informatiques et numériques. Idem en Chine. Le budget d’équipement de nos armées est le seul budget d’État qui soit créateur, en termes de retombées technologiques dans tous les secteurs innovants. Et c’est le seul que l’on sacrifie. Cherchez l’erreur. Elle est le fruit de la bêtise idéologique.

Sacrifier la Défense : un ineptie idéologique et stratégique

Derrière cette diminution constante du budget de la Défense et de la réduction de la taille de l’outil militaire se cachent des relents d’idéologie antimilitariste et antipatriotique. Ainsi qu’une vision pacifiste et irénique du monde, naïve et irréaliste. Mais il faut mentionner aussi une inconscience géopolitique : on s’imagine que le XXIe siècle sera pacifique, dominé par les négociations, les petites crises gérables, les interventions humanitaires des armées. Après l’effondrement de l’URSS, on s’est dit que toutes les guerres étaient finies et que seules ne compteraient plus sur une planète globalisée que les opérations de police ponctuelles. Or les conflits majeurs, les guerres de haute intensité ont autant de chance de disparaître que le soleil de cesser de se lever chaque matin.

Au moment où le monde s’arme, la France et l’Europe désarment. Très intelligent ! La Russie est le seul pays européen à accomplir un effort de défense et à essayer d’augmenter ses capacités. Mais on présente la Russie de Poutine comme agressive, comme un danger, un contre-exemple. C’est au contraire un exemple

Pour s’amuser, les chefs d’État (Sarkozy, puis Hollande) lancent des OPEX (Opérations extérieures), mini-guerres inefficaces, improvisées, en Afrique ou au Proche-Orient, avec de moins en moins de moyens, puisqu’ils coupent eux mêmes dans les budgets. Pour ces OPEX, l’armée est à bout de souffle, en capacités ou en moral. Moins on lui donne de moyens, plus on la sollicite sur des terrains extérieurs, et souvent pour des missions stupides et contre productives, lancées par des présidents de la République avides de se poser, de manière immature, en ”chefs de guerre”. Ces opérations inutiles et précipitées réduisent d’autant plus les budgets.

Prendre le budget militaire comme variable d’ajustement sacrificielle constitue une quadruple faute : sur le plan de la cohésion nationale, du rang international de la France (et de l’Europe), de la croissance économique et de la sécurité face aux menaces prévisibles et imprévisibles. Quand le ministre de la Défense, Le Drian, raconte qu’ « il faut faire porter aux armées leur part dans l’effort budgétaires du pays », il se moque du monde. Car, en réalité, seules les armées sont appelées à faire des efforts.

Où sont les efforts sérieux d’économie dans l’Éducation nationale pachydermique et impotente, les dépenses sociales délirantes de l’État Providence, les aides et allocations aux migrants clandestins, etc. ? En réalité, deux catégories ont été sacrifiées : les familles des classes moyennes (par hausses fiscales et coupes dans les allocations familiales) et les armées. Tout un symbole : la famille et l’armée. Tout ce que déteste sans l’avouer vraiment une oligarchie formatée selon certains dogmes idéologiques officialisés depuis Mai 68.

Les deux seuls secteurs qui ne devraient pas ”faire d’effort” dans la rigueur budgétaire mais au contraire bénéficier de crédits accrus sont précisément la politique familiale et la Défense ! Et c’est sur eux qu’on s’acharne ! Toujours ce suicide français. Les bla-blas politiciens flatteurs sur l’ ”armée, symbole de la République et de la Nation” ne doivent tromper personne. Ils sont destinés à prévenir une possible révolte (sous forme de démissions d’officiers et de rébellion gréviste ?) des forces armées.

Questions polémologiques prédictives et inquiétantes

Il est facile de sacrifier le budget de la Défense, puisqu’on s’est habitué à ce les militaires (de tout rang) se taisent, obéissent, se sacrifient. Mais à un moment, trop c’est trop. La corde casse à partir d’un certain seuil de tension. Un risque d’implosion des armées existe, ce qui, depuis que nous connaissons ce qui s’est produit dans les légions romaines au IVe siècle, se nomme d’un terme dévastateur : la désobéissance. Les chefs militaires sont souvent tentés de créer un clash et de dire les choses clairement. Mais les dirigeants de la ”grande muette” renoncent et, en bons fonctionnaires obéissants, pratiquent la langue de bois ou se taisent. Pour combien de temps ?

L’armée est la colonne vertébrale de la Nation – de toute Nation pourvue d’une ambition de rang et de rayonnement, d’indépendance et de souveraineté – parce qu’elle représente, d’un point de vue pratique et moral, l’organe de sa sécurité et de sa crédibilité. De plus, répétons-le, au XXIe siècle, les budgets de défense sont devenus des facteurs centraux de cristallisation et de retombées technologiques et économiques de pointe dans la recherche et innovation (R&D) et les exportations. Les grandes et moyennes puissances mondiales l’ont parfaitement intégré. Apparemment pas les gouvernements européens, ni les opinions publiques. Ce genre d’indifférence peut devenir dramatique.

Au XXIe siècle, nous sommes entrés dans un monde ”plurimenaçant”. Les menaces sont polymorphes et viennent de partout. La chute de l’URSS en 1991 a joué comme une gigantesque illusion pour les Européens. Qui peut savoir – au delà de la ”menace terroriste” et de la ”cyberguerre” souvent exagérées – si l’Europe au XXIe siècle ne risque pas une guerre civile ethnique, une ”attaque intérieure” armée sur son propre territoire ? Voire même une agression extérieure sous une forme classique, voire nucléaire ? Les armées européennes seront-elles capables d’assurer la défense du territoire ? Au rythme actuel d’embâcle et de fonte des moyens, certainement pas. Et inutile de faire un dessin : la menace physique ne vient plus du tout de l’Est européen slavo-russe, mais du Sud et du Moyen-Orient.

Et ce ne sont pas les Etats-Unis qui nous défendront. Notre seul véritable allié serait la Russie.

Faute d’une armée robuste et disciplinée, suffisamment nombreuse et équipée, la France ajoute encore un handicap aux autres. Pour l’instant, elle n’a pas encore, comme la Grande Bretagne, sacrifié sa dissuasion nucléaire, mais qui sait si nos politiciens pusillanimes ne vont pas être tentés de le faire ? La logique suicidaire est une pente savonneuse. D’autre part, un autre problème lourd se pose : le recrutement très important dans l’armée de personnels issus de l’immigration, notamment musulmane. Cette question, c’est le tabou absolu. Je n’aborderai pas ce point ici mais un parallèle éclairant doit être fait avec les légions romaines du Bas-Empire qui engageaient pour défendre Rome les frères de ceux qui l’assaillaient. On sait comment la tragédie s’est terminée.

La constitution d’une armée européenne, serpent de mer récurrent depuis la CED des années 50, faussement revigorée depuis vingt ans par toutes les tentatives d’”euroforces”, franco-allemandes ou autres, est une impossibilité, qui s’appuie sur des gadgets. L’Europe n’a aucune politique étrangère commune, mis à part la blague des Droits de l’homme et la soumission volontaire à Washington et à l’OTAN.

Le Front National a raison de protester contre le sacrifice du budget des armées. Il demande un minimum de 2% du PIB consacré à la Défense – ce qui est d’ailleurs encore insuffisant, il faudrait 3%. C’est un point positif dans son programme, par rapport à ses positions erronées socialo-étatistes dans l’économie. Mais il se méprend quand il affirme que c’est ”Bruxelles” qui oblige les pays européens à tailler dans leurs dépenses militaires ; même l’Otan incite au contraire à les augmenter ! Ce qui pousse la classe politicienne française à tailler dans les budgets de Défense, c’est un mélange d’indifférence, de solutions de facilités à court terme et d’ignorance des enjeux stratégiques et économiques. Il est tellement plus facile de sacrifier des régiments ou des commandes d’équipement que de s’attaquer à la gabegie de l’ État Providence.

Les sept pistes à suivre

Examinons maintenant ce qu’il faudrait faire, dans l’absolu : 1) Rétablir le budget de la Défense à 3% du PIB minimum. 2) Honorer et augmenter les commandes de l’armée à l’industrie nationale de défense, dans les domaines terrestres, aéronautiques/spatiaux et maritimes, mais aussi dans les budgets R&D. 3) Mettre en chantier un second porte-avion à propulsion nucléaire. 4) Rétablir les régiments dissous et durcir les conditions de recrutement. 5) Effectuer les commandes promises à la Russie de navires BPC. 6) Construire un ensemble techno-industriel européen de défense indépendant, avec obligation pour chaque pays de l’UE de pratiquer la préférence de commandes à l’industrie européenne et non plus américaine. 7) Travailler intelligemment à moyen terme, avec pragmatisme et avec diplomatie à une dissolution de l’OTAN au profit d’une organisation militaire intra-européenne puis euro-russe. Sans que, bien entendu, les USA n’aient rien à craindre et ne soient désignés comme ennemis. Au contraire, ils pourraient être des alliés s’ils ont l’intelligence de comprendre qui sont les véritables ennemis communs.

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L'armée n' a plus de graisse, on attaque le muscle!

Commission de la défense nationale et des forces armées

Mardi 7 octobre 2014

Séance de 17 heures

Compte rendu n° 5

Présidence de Mme Patricia Adam, présidente

— Audition du général Pierre de Villiers, chef d’état-major des armées, sur le projet de loi de finances pour 2015. 2

La séance est ouverte à dix-sept heures.

Mme la présidente Patricia Adam. Nous avons le plaisir d’accueillir le général Pierre de Villiers, chef d’état-major des armées, que nous allons entendre sur les nombreux sujets se rapportant au projet de loi de finances pour 2015, notamment les restructurations au sein du ministère et les opérations extérieures (OPEX).

Général Pierre de Villiers, chef d’état-major des armées (CEMA). Je voudrais en tout premier lieu vous remercier de me donner l’occasion de m’exprimer une nouvelle fois devant vous. C’est pour moi un honneur et un rendez-vous majeur, car le projet de loi de finances, objet de cette audition, vise à donner à la France, pour l’année 2015, les moyens dont elle a besoin pour sa défense.

La loi de programmation militaire (LPM) 2014-2019 a été bâtie sur la base de la vision stratégique de la France, exprimée dans le Livre blanc de 2013. Aujourd’hui, cette analyse stratégique, qui a conduit au choix d’un modèle d’armée complet, est confortée par la nette dégradation du contexte sécuritaire international.

À l’heure où je vous parle, nos forces sont engagées sur plusieurs fronts. Elles contribuent ainsi à la protection de nos concitoyens et des intérêts de la France. Dans le même temps, ces armées continuent à se réformer en profondeur. Elles consentent des efforts considérables, sept jours sur sept, vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

La loi de programmation doit beaucoup à l’engagement des parlementaires, ce dont je vous suis très reconnaissant. Le Président de la République a répété à plusieurs reprises son engagement à maintenir les crédits de la LPM. Il l’a encore fait le 28 août dernier, lors de la conférence des ambassadeurs.

C’est la troisième fois que je viens, en tant que chef d’état-major des armées, devant votre commission. Je souhaite aujourd’hui vous donner ma vision des enjeux que porte la loi de finances 2015 pour notre défense et notre sécurité. Pour moi, chef militaire, l’année 2015 s’annonce comme l’année charnière de la LPM, l’année de vérité. Pour vous le démontrer, j’articulerai mon discours autour de trois axes : le contexte sécuritaire, en pleine évolution ; la transformation de notre défense, et les pressions qu’elle fait peser sur notre organisation ; les enjeux qui en découlent et qui sont pour moi autant de sujets de préoccupation.

En quelques mois, le contexte sécuritaire s’est profondément dégradé. Il s’est durci et la conflictualité, le « tumulte du monde », a augmenté. Les fractures sont multiples : sur le flanc est de l’Europe, la crise ukrainienne renoue avec les conflits de type interétatique. Sur le flanc sud, des guerres hybrides, transnationales, de plus en plus violentes, se multiplient : Syrie, Irak, Libye. Dans le même temps, l’épidémie Ebola se propage et menace la stabilité de pays entiers. La menace de type cyber est elle aussi en pleine expansion. Daech, mais aussi Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), Boko Haram ou encore les Shebab somaliens forment une nébuleuse d’organisations terroristes et de trafics mafieux, dont les activités s’enchevêtrent.

Les échos de ce monde tumultueux se font entendre sur le sol national, avec la menace grandissante d’actes terroristes commandités depuis l’extérieur ou celle du retour des ressortissants français partis combattre au Levant ou ailleurs. Des appels à enlever, à tuer des Français se font entendre. Nos concitoyens sont menacés, ils ont besoin de protection. Nous avons le devoir de ne pas baisser la garde !

Face à ces menaces croissantes et multiformes, les armées françaises sont déjà pleinement engagées sur le territoire national, mais aussi au-delà de nos frontières. Elles offrent une protection globale qui passe par la posture permanente de dissuasion nucléaire, laquelle sanctuarise nos intérêts vitaux grâce à ses deux composantes.

C’est également le sens de la surveillance de nos espaces aériens et maritimes, grâce à la police du ciel et à l’action de l’État en mer. Le contre-terrorisme maritime et la lutte contre tous les trafics en mer constituent, eux aussi, un enjeu majeur, notamment outre-mer. C’est l’une des missions de notre marine.

À l’heure où je vous parle, nous avons plus de 20 000 militaires déployés hors de la métropole, dont plus de 8 000 au profit de vingt-sept opérations, sur quatre continents, dans les airs et sur tous les océans. Ils participent à la résolution des crises, à la protection des populations civiles et de nos ressortissants, et à la défense de nos intérêts et de nos valeurs. Les autres préparent et soutiennent ces opérations ou y contribuent directement, depuis nos bases prépositionnées, outre-mer et à l’étranger, en Afrique subsaharienne, comme dans le golfe Arabo-Persique.

Dans la bande sahélo-saharienne, l’opération Serval a été un succès. Partout dans le monde, mes homologues, quelle que soit leur nation, témoignent toujours d’une véritable admiration pour ce que nos armées ont réalisé. Aujourd’hui, notre stratégie a évolué, avec la régionalisation du dispositif et le renforcement du partenariat avec nos alliés africains. Ce changement d’échelle est porté par la nouvelle opération transfrontalière Barkhane, qui s’étend de la Mauritanie au Tchad. Notre but est maintenant de transférer la sécurisation de la zone aux pays concernés, en accompagnant la montée en puissance de leurs capacités. C’est le sens du partenariat élargi que nous avons établi avec la Mauritanie, le Mali, le Niger, le Burkina-Faso et le Tchad. Ces pays forment le groupe baptisé « G5 Sahel » ; c’est à mon sens la meilleure instance pour faire progresser la sécurité dans la région. J’ai des contacts permanents avec mes homologues de ces cinq pays, auxquels j’ajoute évidemment le Sénégal, ainsi que l’Algérie, où j’étais il y a trois semaines. Nous pouvons voir dans l’efficience de ce G5 Sahel, le résultat d’années de coopération avec nos amis africains.

Avec ce dispositif dans la bande sahélo-saharienne, nous sommes au croisement des menaces terroristes, au premier rang desquelles AQMI et Boko Haram. Nous regardons au nord en direction de la Libye, qui sert de zone de transit et de refuge, et vers le Sud où s’étend la menace de Boko Haram. Nous devons aussi rester vigilants au Nord-Mali, où les groupes armés terroristes pourraient se reconstituer dans les mois à venir.

L’opération Barkhane est ma priorité opérationnelle. La défense de la Nation ne commence pas à nos frontières immédiates. Nous menons au Sahel une défense de l’avant, qui participe directement à la défense de la France et de l’Europe. Pour mener cette opération, outre l’action conduite avec nos partenaires africains, j’attache une grande importance aux coopérations actives avec nos alliés. Les Américains, les Allemands, les Espagnols, les Britanniques, mais aussi d’autres pays européens, renforcent nos capacités. Ils le font dans le domaine du recueil de renseignements, avec l’emploi de drones, dans le transport tactique et logistique ou encore dans celui de la formation. Ces coopérations pragmatiques sont d’autant plus indispensables que nous subissons des réductions temporaires de capacités, qui ne seront comblées que par l’arrivée de nouveaux équipements.

S’agissant de la République centrafricaine, nous sommes actuellement arrivés à un palier militaire ; la prochaine étape sera avant tout politique. Elle devra mener à la restauration de l’État, de son administration et à la réconciliation nationale. L’opération Sangaris installe et consolide les conditions de cette nouvelle étape, clé de la pacification du pays. Le travail effectué depuis le début de cette opération a été aussi remarquable que difficile. En intervenant, en premier, nous avons évité le pire, c’est-à-dire un massacre interethnique et un désastre humanitaire. Les écoles ont rouvert, les marchés sont réapprovisionnés. Mais, en RCA comme ailleurs, rien ne sert de gagner la guerre si nous ne gagnons pas la paix. Cette paix, nous la gagnerons par une approche globale, qui conjugue les champs de la sécurité, du développement et de la gouvernance.

Pour ce qui concerne la crise ukrainienne, elle est un enjeu collectif de défense pour l’Europe et un défi pour l’OTAN. À cette occasion, l’Union européenne a redécouvert que ses frontières étaient instables. La France a été solidaire et a assumé ses responsabilités au sein de l’OTAN. Nous avons déployé des Rafale en Pologne et des navires en Baltique pour « réassurer » certains de nos alliés. Nous étudions actuellement le déploiement, en partenariat avec les Allemands, d’un module de drones en Ukraine dans le cadre de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), pour surveiller la mise en œuvre effective du cessez-le-feu. Le déploiement en mer Noire de navires de notre marine nationale a permis à la France d’évaluer la situation en toute autonomie et nous a donné du poids dans les choix de l’Alliance.

Le dernier sommet de l’OTAN, qui s’est tenu le mois dernier au pays de Galles, a également adopté différentes mesures. La plus emblématique est la création d’une force à très haute réactivité, sorte de « guépard de l’OTAN ». Nous en avons parlé avec les chefs d’état-major des vingt-huit pays membres, lors de la réunion que nous avons eue il y a quelques jours à Vilnius, et nous travaillons à la mise en œuvre de cette force, en liaison avec SACEUR (Supreme Allied Commander Europe) et SACT (Supreme Allied Commander Transformation), les deux commandements stratégiques concernés.

Cette situation sur le flanc est rappelle, me semble-t-il, l’actualité et la pertinence de notre dissuasion nucléaire, qui ne doit pas être remise en cause à travers le seul prisme des conflits non étatiques, de type terroriste.

Il nous faut également être présents au Levant, car notre sécurité s’y joue aussi. Nous parlons là de notre flanc sud. Les djihadistes de Daech représentent une véritable armée d’hommes expérimentés, bien équipés et disposant de ressources financières importantes. Là encore, nous sommes engagés en première ligne avec nos alliés. Nous participons aux frappes aériennes, mais aussi au recueil et au partage du renseignement.

Une conséquence directe des conflits au Levant est la menace grandissante du retour sur le sol national des Français partis y combattre. Cette problématique est là pour rappeler le lien très fort, le continuum, qui existe entre sécurité extérieure et sécurité intérieure. Ces combattants étrangers sont un véritable défi pour notre sécurité, celles des Français et, plus généralement, celle des Européens.

Le Levant met l’accent sur l’indispensable nécessité d’une capacité autonome d’appréciation de la situation tactique et stratégique. C’est la vocation de nos capteurs de renseignement, de nos satellites, mais aussi des efforts consentis pour améliorer nos capacités Cyber. Ce constat conforte la priorité accordée au renseignement par la LPM.

Ce rapide parcours, non exhaustif, des principaux foyers de crise rend compte de la réalité de l’augmentation des menaces. Et les menaces actuelles n’effacent pas celles d’hier. Mi-septembre, en moins de deux semaines, nous avons ouvert trois nouveaux théâtres de nature bien différente : l’Irak, l’Ukraine et Ebola, avec notre participation, en cours de définition, à la lutte contre ce fléau déstabilisateur de l’Afrique de l’Ouest. Le corollaire direct de cette situation est que nos opérations s’installent dans la durée – c’est un constat que je partage avec mes homologues américain, britannique et allemand.

Dans ce contexte, la France peut s’appuyer sur un modèle d’armée, certes taillé au plus juste, mais qui saura répondre aux surprises stratégiques évoquées dans le Livre blanc. Après la Libye, le Mali et le Levant, que peut-il arriver ?

Nous avons de belles armées et elles sont efficaces. Nous avons un outil militaire très réactif. C’est le fruit d’une culture, d’un processus décisionnel extrêmement performant, d’une préparation opérationnelle rigoureuse et d’une grande expérience, acquise sur tous les fronts. C’est aussi ce que permet notre dispositif de forces prépositionnées, comme le rappellent les frappes aériennes lancées depuis la base d’Al Dhafra, aux Émirats arabes unis, où sont présentes les trois armées. Parce qu’il est crédible, notre outil militaire est considéré par nos alliés, craint par nos adversaires.

Ces succès entretiennent le moral de nos soldats, avec la contrepartie, bien sûr, de peser sur la préparation opérationnelle et d’user les matériels. Deux exemples concrets permettent de l’illustrer : en l’espace de vingt-cinq mois, une chirurgienne de trente-deux ans a participé à cinq opérations extérieures, de deux à trois mois chacune, en parallèle de son travail en hôpital militaire ; sur le plan des matériels majeurs, nos hélicoptères s’usent très vite au Sahel, avec pour résultat un taux de disponibilité réduit parfois à moins de 50 % de l’ensemble du parc. Il nous faut prendre en compte cette usure des personnes et des matériels.

Pour autant, ces opérations sont aussi pour moi une source de grande fierté. Le comportement opérationnel de nos armées est le révélateur des qualités de nos jeunes militaires. Elle est la preuve de l’endurance et du dévouement à notre pays de nos jeunes engagés. Nous avons une belle jeunesse. Elle est généreuse. Elle mérite le respect de la Nation, sa considération et son soutien. Très concrètement, nos armées transforment parfois des jeunes, aux parcours chaotiques ou dans la difficulté, en véritables héros.

La crédibilité opérationnelle des armées est également à mettre au crédit de nos équipements et donc de la Direction générale de l’armement et de nos industriels. C’est la force de ce trinôme armées-DGA-industrie qui permet de trouver les solutions les plus adaptées, mais aussi de gagner des parts de marché à l’exportation. On n’insiste pas assez sur « l’équipe de France de Défense ».

Au bilan, les constats établis au cours de cette première partie confirment la pertinence de notre modèle d’armée complet, des choix exprimés dans le Livre blanc et inscrits dans la LPM. Nos armées sont au rendez-vous. Elles s’adaptent aux évolutions du contexte sécuritaire et sont en ordre de marche pour y faire face. Dans le même temps, la vente continue pendant les travaux : pendant qu’elles sont engagées en opérations, souvent dans des conditions très difficiles, nos armées consentent aussi d’énormes efforts pour se transformer ; ce qui m’amène à évoquer, en second lieu, leur transformation.

En effet, pour continuer à être au rendez-vous, les armées se transforment sous forte pression budgétaire. Depuis de nombreuses années, nos armées françaises se sont pleinement engagées dans une profonde transformation, dont le but est de concilier les efforts budgétaires demandés avec le maintien de leur excellence opérationnelle. Il s’agit de fournir à la France le meilleur outil de défense possible pour faire face aux menaces et donner à notre pays les moyens de ses ambitions.

Tout au long de cette manœuvre, alors que les lignes bougent, et tout en continuant à assurer les opérations, nous devons conserver la cohérence de nos armées sous forte contrainte budgétaire. Cette contrainte, nous ne voulons pas la subir mais mettre les forces en mouvement par leur adhésion à un projet porteur d’avenir, réaliste. C’est un exercice particulièrement compliqué, et nous nous sommes organisés avec soin. Un plan stratégique a été construit, qui s’appuie sur une cartographie des risques et sur une analyse fonctionnelle. Nous avons ensuite élaboré le projet CAP 2020, projet global et cohérent avec la LPM, qui traduit le plan stratégique en actions à conduire. Les trois armées et les six directions et services ont, à leur tour, construit et rédigé des projets pour leurs propres entités, chacun d’eux s’inscrivant dans le plan d’ensemble de CAP 2020. Enfin, trente et un chantiers transverses ont été lancés : les projets « état-major », « formation », « modèle RH » ou « supply chain » – processus logistique – sont les plus structurants et aussi les plus sensibles. J’insiste sur la grande cohérence qui existe entre les conclusions du Livre blanc, la loi de programmation militaire, le plan stratégique des armées, le projet CAP 2020 et les projets des armées, directions et services. Ils s’inscrivent tous dans le même horizon temporel. C’est aussi un ensemble fragile, une sorte d’ensemble où chaque pièce repose sur les autres : si une seule bouge, l’ensemble est remis en question.

Oui, le costume est taillé au plus juste. Les marges de manœuvre sont inexistantes. Avec la révision générale des politiques publiques, puis la modernisation de l’action publique, toutes les pistes d’optimisation ont été explorées et mises en œuvre, et ce dans les trois grands domaines qui structurent le budget : la masse salariale, le fonctionnement et les équipements.

Le PLF pour 2015 prévoit, pour la quatrième année consécutive, une baisse de la masse salariale, en diminution de 2,1 % par rapport à 2014. Cette baisse concrétise les efforts des armées. Sur l’année 2015, la masse salariale représentera 10,9 milliards d’euros, sur le budget global de 31,4 milliards d’euros alloué à la mission « Défense ». Ce sont 7 500 postes qui doivent être supprimés, dont 7 046 pour les armées, directions et services, sous mon autorité, soit une économie de plus de 210 millions d’euros. En outre, nous maintenons l’effort de dépyramidage de nos effectifs, en particulier pour les officiers, avec la suppression de 1000 postes par an, soit trois fois plus que la déflation précédente. Dans le même temps, les mesures catégorielles ont été réduites à 40 millions d’euros par an, soit la moitié du montant inscrit dans la précédente LPM. Compte tenu des efforts demandés à nos personnels, militaires et civils, on ne peut pas descendre plus bas.

En dix ans, entre 2009 et 2019, nos effectifs auront diminué d’un quart. C’est considérable ! En 2014, le ministère de la Défense assumera à lui seul près de 60 % des suppressions d’effectif de l’État. En 2015, ce ratio augmentera encore jusqu’à 66 %. Plus on avance, plus il est difficile d’identifier des postes à supprimer. On ne peut pas aller plus vite, car, tout en réalisant la déflation d’effectifs prévue par la LPM, il faut continuer à s’adapter, c’est-à-dire à rénover le modèle RH et à simplifier nos procédures.

Notre modèle RH évolue en effet vers un modèle optimisé, plus fluide, mieux maîtrisé et capable de conserver son attractivité. Il s’agit aussi d’adapter notre organisation. Pour cela, nous réduisons la taille des états-majors centraux, notamment l’état-major des armées qui a vu son effectif passer, en deux ans, de 900 à 600 personnes : je ne connais pas d’équivalent dans la fonction publique. Nous aurons aussi à conduire le déménagement du commandement des armées à Balard. C’est un défi supplémentaire qui nous attend en 2015, défi dont il ne faut pas sous-estimer l’ampleur.

Ces réorganisations toucheront aussi les forces de présence et les forces prépositionnées. Il faudra bien en mesurer les conséquences en termes de perte de réactivité, de connaissance des théâtres et, in fine, de liberté d’action.

On ne peut donc faire mieux en matière de masse salariale, à moins de rompre la cohérence de la LPM.

Le budget de fonctionnement s’élève à sept milliards d’euros pour 2015 et se décompose en deux types d’agrégats : le fonctionnement courant d’une part, l’activité opérationnelle d’autre part, autrement dit, tout ce qui est nécessaire à la vie quotidienne des unités et à l’entraînement des forces.

S’agissant du fonctionnement courant, à hauteur de 2,6 milliards d’euros, il doit permettre d’assurer des conditions de vie et de travail décentes. Sur ce point, nous sommes déjà à la limite de la rupture, et ce dans des proportions telles que le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a décidé un abondement de 30 millions d’euros en fin d’année dernière, afin de soutenir les bases de défense, pour satisfaire en partie les besoins les plus basiques, comme le chauffage ou la réparation des douches !

Comment peut-on envisager d’aller plus loin en matière de fonctionnement, quand la hausse de la TVA notamment est prise sous enveloppe et que les coûts de l’énergie et des fluides, également pris sous enveloppe, représentent 40 % des dépenses des bases de défense ? Que les choses soient dites : il n’y a plus de gras dans nos armées, si toutefois il y en a eu. J’invite ceux qui n’en sont pas convaincus à aller voir les conditions de travail et de vie de nos soldats.

Pour réduire nos coûts de fonctionnement, nous devons continuer à densifier nos emprises, ce qui signifie des restructurations – j’y reviendrai.

Quant à l’agrégat de l’activité opérationnelle – 4,4 milliards d’euros –, il comprend l’entretien programmé du matériel et les frais de fonctionnement liés à l’entraînement, comme les munitions et le carburant opérationnel nécessaires aux exercices.

La préparation opérationnelle, c’est le gage de notre réactivité ; c’est l’assurance de la sécurité de notre personnel. Seul un niveau suffisant de préparation opérationnelle et d’entraînement permet, par exemple, à des pilotes d’hélicoptère de poser leurs machines sur le pont d’envol d’un bâtiment de la marine, ou à un pilote de l’armée de l’air de poser son avion de transport tactique sur un terrain de fortune : il n’y a rien d’inné en la matière ; il n’y a que de l’acquis au fil du temps, lorsque les moyens sont suffisants pour le faire.

S’agissant de l’entretien du matériel, là encore nous avons dû nous adapter : à l’usure du matériel existant d’une part, et à l’attente de l’arrivée des matériels nouveaux d’autre part. L’objectif est de remonter progressivement, à partir de 2016, les indicateurs d’activité opérationnelle. Notre ministre, Jean-Yves Le Drian, l’a rappelé devant vous, la semaine dernière, lors de son audition : c’est une priorité de la LPM. Cela nécessite de réaliser des économies structurelles dans le domaine du maintien en condition opérationnelle (MCO). C’est l’enjeu du projet « supply chain », qui vise, entre autres choses, à optimiser les fonctions liées aux approvisionnements et à la logistique.

Nous comptons également sur les coopérations internationales, sur lesquelles la LPM insiste et pour lesquelles il s’agit maintenant de faire effort. Cela doit se faire dans une approche que je souhaite pragmatique, dans un objectif d’interopérabilité, mais aussi de recherche de gains financiers. C’est par exemple l’enjeu de l’état-major de forces conjointes avec nos amis britanniques, projet qui avance de manière remarquable. Nous serons au rendez-vous en 2016.

Pas plus que pour la masse salariale, je ne vois donc de marges d’économies en matière de fonctionnement.

Restent les équipements, auxquels sont affectés 13,5 milliards d’euros pour 2015 et qui concernent principalement trois grands domaines : la dissuasion, les programmes d’armement et l’infrastructure.

En matière de dissuasion, les investissements représentent 3,6 milliards d’euros annuellement, sur la période. La LPM 2014-2019 prévoit 1,9 milliard d’économies : on ne peut aller plus loin sans remettre en cause les choix fondamentaux, ce qui n’est pas souhaitable.

Pour ce qui concerne les programmes d’armement, les commandes comme les livraisons attendues visent en premier lieu au remplacement de matériels qu’il n’est plus possible de prolonger davantage. Nos avions ravitailleurs actuels, les KC135, ont plus de cinquante ans. Ils datent du début des années 1960, tout comme les avions Caravelle. Qui accepterait aujourd’hui de voler dans une Caravelle ? Nos véhicules blindés déployés en RCA ont quarante ans, et la moyenne d’âge de nos véhicules de l’avant blindés (VAB) est de trente et un an. Nos hélicoptères Puma ont presque trente ans et nos Alouette III plus de cinquante ans. Je pourrais multiplier les exemples.

Enfin, comme je l’ai déjà dit en juillet devant la commission des finances du Sénat, lors de mon audition sur l’exécution du budget 2013, le budget alloué aux infrastructures est sous-doté. Le flux financier est déjà sous tension, et un plan d’urgence pour l’infrastructure a dû être mis en œuvre. Ce plan pluriannuel, qui représente 67 millions d’euros en 2014, nous permettra de résoudre 310 points durs sur 670 identifiés. Il s’agit aussi, en 2015, de lancer les réparations de bâtiments d’hébergement à Coëtquidan, à Toulon et à Brest, ou encore d’un point d’alimentation sur la base aérienne d’Orléans.

Environ 200 millions d’euros supplémentaires par an seraient nécessaires, ne serait-ce que pour stabiliser la situation actuelle de nos infrastructures, sauf si nous acceptons collectivement de réduire notre empreinte au sol par des effets de structure. Je rappelle de nouveau que la plupart de nos jeunes soldats et sous-officiers vivent dans une enceinte militaire, donc sur leur lieu de travail.

Mesdames et messieurs les députés, il n’y a pas de gras dans nos armées. On attaque le muscle, alors que la situation sécuritaire se dégrade ! C’est mon devoir de vous le dire. Cela m’amène à vous faire part de mes principales préoccupations, qui sont au nombre de quatre : la conduite des opérations, le budget, les restructurations, et le moral de nos troupes.

Pour conduire les opérations d’aujourd’hui, j’ai besoin, en tant que chef militaire, d’être réactif, de durer, de protéger mes forces, de les soutenir. J’ai aussi besoin d’allonge pour me renseigner et frapper au plus loin. Nos armées engagées au front attendent des drones, des ravitailleurs en vol, des véhicules de transport tactique, du blindage pour la protection des forces, des hélicoptères de manœuvre, des navires pour le contrôle des flux maritimes. J’ai besoin que le calendrier de l’arrivée de ces nouveaux équipements soit respecté.

Il me faut aussi de la souplesse et de la liberté d’action pour adapter les équipements et les effectifs de façon réactive aux contingences des guerres que nous menons.

J’ai besoin de poursuivre les coopérations militaires internationales, dans un esprit de partage des coûts et du fardeau sécuritaire.

Enfin, les opérations et les nouveaux engagements doivent faire l’objet d’un remboursement budgétaire. Nous payons le prix du sang. Nous attendons une légitime solidarité pour les coûts financiers.

Ce besoin essentiel de stabilité budgétaire est mon second point de préoccupation. Le chef des armées, le Président de la République, m’a confié une mission. Il a garanti les moyens de cette mission : ce sont les 31,4 milliards d’euros pour 2015 ; rien que les 31,4 milliards d’euros, mais la totalité des 31,4 milliards d’euros – c’est sur ce projet que nous sommes engagés. Or je crains l’infiltration rampante, le grignotage progressif de nos ressources financières. J’ai besoin des ressources 2015 en temps et en heure. Cette lisibilité m’est indispensable pour maîtriser les risques et mettre en œuvre une gestion efficiente.

Les surcoûts OPEX doivent donc être partagés conformément à la LPM qui comporte, dans son article 4, le principe de leur couverture par recours, sans condition, à la réserve interministérielle de précaution.

Le dégel des crédits doit intervenir suffisamment tôt, ne serait-ce que pour la santé, voire la survie financière des entreprises qui nous fournissent, en particulier les PME.

Les ressources exceptionnelles doivent être confirmées. Je me réjouis sur ce point de la décision de création d’une structure ad hoc pour disposer de l’intégralité des 2,3 milliards de ressources exceptionnelles (REX) pour 2015. Les armées ne peuvent qu’être favorables à cette recherche de solutions financières innovantes. Je rappelle que 2015 est l’année la plus richement dotée en REX, avec une part relative s’élevant à 7,3 % des crédits.

Le risque lié aux prévisions d’export du Rafale doit, lui aussi, être couvert ; uniquement si nécessaire, bien sûr.

Enfin, ces principes vertueux, mais élémentaires, doivent être mis en œuvre dès l’exercice 2014 afin de ne pas hypothéquer l’année 2015, dont la réussite est aussi conditionnée par les données d’entrée de gestion. L’enjeu est en particulier la maîtrise du report de charges. Je rappelle que celui-ci a atteint, fin 2013, la somme de 3,45 milliards d’euros. Là encore, on ne peut pas, me semble-t-il, aller plus loin. Seule l’obtention de l’intégralité des ressources, en volume et au bon cadencement, permettra de franchir la barre. 2015 est l’année de vérité.

J’en viens aux restructurations. La réduction des coûts de fonctionnement n’est possible qu’en fermant des sites et en en densifiant d’autres, bref en regroupant nos emprises chaque fois que cela est possible et pertinent. Cette manœuvre doit être mise en regard de celle de la déflation des effectifs. Nous sommes prêts à effectuer ces mouvements de rationalisation. Là encore, conduire une manœuvre cohérente, préparée et accompagnée dans sa dimension sociale nécessite de la lisibilité. Nous attendons donc avec impatience l’annonce des restructurations pour 2015, qui devrait intervenir dans les jours à venir. L’inquiétude est là, l’attente des annonces de fermeture de site est une période anxiogène et interdit toute programmation ; c’est la première préoccupation actuelle de nos personnels, toutes catégories confondues.

Considérant les conséquences familiales, personnelles et professionnelles de ces décisions, j’estime également indispensable que les annonces relatives à la période 2016-2019 interviennent avant la fin de cette année, ou au plus tard en début d’année 2015. Les chefs d’état-major d’armées et moi-même sommes particulièrement attentifs à ce point, qui pèse sur le moral de nos personnels.

Les hommes et les femmes de nos armées ont un sens aigu du service. Ils se font une haute idée de leur métier, qu’ils vivent comme une véritable vocation. Je l’ai encore constaté lors des commémorations « Cent villes, cent héros, cent drapeaux », liées à la Grande Guerre, nos soldats d’aujourd’hui se reconnaissent dans les mêmes valeurs qui ont guidé leurs anciens de 14 : le courage face à l’adversité, la fraternité d’armes, le sens du service, l’abnégation, le dévouement pouvant aller jusqu’à donner sa propre vie.

Nos armées sont engagées dans de nombreuses opérations, de plus en plus dures et vouées à se prolonger. Dans le même temps, elles se réforment et consentent des efforts sans équivalent pour absorber les contraintes budgétaires qui leur sont imposées. Dans ce contexte difficile, le moral de nos soldats, marins et aviateurs est changeant. Il est excellent en opérations ; il est parfois fragile dans la vie quotidienne. Il est à surveiller, c’est ma principale préoccupation. Dans notre organisation humaine, le succès repose d’abord sur la cohésion et les forces morales. Ce sont elles qui nous permettront de franchir l’obstacle et d’être au rendez-vous des combats de demain.

Les efforts consentis, au quotidien, par nos soldats ne se conçoivent que dans une réelle perspective de retour à des conditions de vie et de travail acceptables. Ce n’est que justice sociale. Il ne faut pas se cacher que toute économie supplémentaire demanderait d’autres efforts et induirait un risque non maîtrisé d’aller au-delà du seuil de l’acceptabilité sociale. Nos soldats râlent parfois, mais parce qu’ils veulent faire leur métier. Ils ne demandent qu’une chose : Da materiam splendescam, « Donnez-moi les moyens et je resplendirai » – c’est la devise du 2e régiment de Dragons, mon premier régiment.

La défense est plus que jamais au cœur de l’intérêt national. Le contexte sécuritaire actuel renforce la pertinence de la loi de programmation militaire en faveur d’un modèle d’armée complet. Nous sommes persuadés que c’est le bon choix, et nous sommes prêts à poursuivre les efforts qui nous sont demandés pour cela.

Les hommes et les femmes de nos armées, nos jeunes, risquent leurs vies au nom de la France, en notre nom à tous. En retour, nous avons un contrat moral avec eux. Ils ne comprendraient pas, pas plus d’ailleurs que nos concitoyens, que la LPM puisse être amputée de quelconque manière, dans le contexte actuel en France et dans le monde.

Le Président de la République, chef des armées, a garanti le respect de cette LPM. Nous attendons donc une exécution conforme pour l’exercice 2015, d’autant que 2015 constitue une année charnière dans tous les domaines. Il ne faut pas baisser la garde ! Vous pouvez compter sur mon engagement sans faille et sur ma totale loyauté. Je compte sur votre soutien pour le succès des armes de la France.

Mme la présidente Patricia Adam. La commission de la Défense connaît le travail de nos armées, sur le territoire national comme en opérations extérieures, et sait la reconnaissance qu’elle doit à nos militaires. Je veux témoigner ici de l’admiration que nous leur portons.

La loi de programmation militaire constitue un exercice difficile dans un contexte budgétaire particulièrement tendu. Néanmoins, nous pensons comme vous qu’elle doit être totalement respectée, le Président de la République s’y est d’ailleurs engagé. La LPM inclut des outils qui doivent nous permettre de vérifier sa bonne exécution budgétaire, et nous nous y emploierons, en lien avec la commission des Finances. Nous serons particulièrement vigilants concernant la déflation des effectifs et les restructurations.

Le service militaire a été supprimé il y a une quinzaine d’années, et nous avons désormais une armée de professionnels, en pleine réorganisation. Estimez-vous que les efforts portés par la loi de programmation militaire en la matière sont conformes aux objectifs que nous nous sommes fixés ? En d’autres termes, pensez-vous que les restructurations envisagées étaient nécessaires, abstraction faite du contexte de restrictions budgétaires dans lequel elles interviennent ?

Général Pierre de Villiers. La réorganisation de nos armées et la déflation de nos effectifs sont forcément synonymes de restructurations, qu’il s’agisse du transfert, total ou partiel, d’unités ou de la suppression pure et simple de certaines d’entre elles. Il ne s’agit pas de jouer les variables d’ajustement, mais d’organiser notre défense de manière à conduire les missions assignées à nos armées, en garantissant leur qualité opérationnelle. Cela peut entraîner des rééquilibrages entre les différentes composantes, comme nous en avons connu au cours de ces dernières années.

Sont également synonymes de restructurations, la mutualisation et la différenciation, ces deux principes mis en avant par le Livre blanc et qui doivent permettre des gains de productivité et des économies. Nous connaissons ces effets de structure lorsque l’on fusionne deux régiments à structure bataillonnaire pour n’en faire qu’un seul ou lorsque l’on rapproche deux bases aériennes. Le mouvement est amorcé : si l’on veut boucler la LPM, il faudra toutefois l’amplifier et aller plus loin. Il nous manque 200 millions d’euros pour les infrastructures, et la déflation mécanique des effectifs ne suffira pas à combler ce manque : il faut également réduire notre empreinte au sol et mettre en œuvre des projets cohérents, comme le projet CAP 2020.

Au-delà des restructurations mécaniques, nous travaillons également à améliorer notre organisation, en réduisant nos états-majors mais également notre composante formation ; nous rationalisons aussi nos réseaux de dépôts logistiques de munitions ou d’essence.

Ce dispositif, plus regroupé, plus cohérent et donc plus efficient emporte des conséquences en termes d’aménagement du territoire, et il importe de trouver le juste équilibre entre les gains attendus de ces restructurations pour le budget de la Défense et la désertification militaire. Je suis particulièrement sensible à cette question et nous mettons tout en œuvre pour pouvoir annoncer d’ici à la fin de l’année les restructurations à venir pour les années 2016-2019. Il est essentiel que les élus aient de la visibilité en la matière, sans parler de nos soldats, dont cela affecte directement la vie familiale et que les diminutions des effectifs militaires qui, depuis plusieurs années, tournent autour de 7 000 à 7 500 postes par an, ne laissent pas d’inquiéter.

C’est dans cet esprit qu’ont été lancés les trente et un chantiers de réforme que j’ai évoqués. À titre d’exemple, la fermeture d’une base d’aérienne représente une économie de 3,5 millions d’euros en seuls coûts de fonctionnement et celle d’un régiment 2 millions d’euros, économies auxquelles il faut ajouter le gain d’effectifs de soutien. En regroupant ses écoles, l’armée de l’air va ainsi réaliser des gains en termes de personnels, mais aussi d’efficacité. J’ajoute que cette tendance au regroupement, que nous entendons poursuivre, est conforme à ce que l’on constate dans l’ensemble des armées de taille comparable à la nôtre.

M. Damien Meslot. La Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a récemment condamné la France, qui interdit les associations de défense des militaires. Beaucoup se sont émus de cette décision, craignant que ce ne soit un premier pas vers la création de syndicats. Quelle est votre appréciation de cette condamnation ?

M. Joaquim Pueyo. Vous avez évoqué la réorganisation de nos forces prépositionnées. La suppression annoncée de 7 000 postes, dont 900 officiers, n’implique-t-elle pas de revoir notre dispositif en le concentrant sur des zones désignées comme prioritaires ?

Le PLF pour 2015 prévoit une enveloppe de 204,6 millions d’euros consacrés aux mesures d’accompagnement, dont 119 millions au profit des personnels militaires. Est-ce suffisant ? Malgré les contraintes budgétaires, des plans d’action sont-ils envisagés pour améliorer les conditions de vie de ces personnels, qui en ont grand besoin ?

M. Marc Laffineur. Vous avez évoqué l’usure qui touche nos hélicoptères. Sur les 50 % qui sont immobilisés, combien le sont pour des questions de maintenance et combien parce qu’ils sont hors d’usage ?

De combien d’heures d’entraînement bénéficie aujourd’hui un pilote de chasse ? Dans quelles proportions ce volume horaire a-t-il diminué ces dix dernières années ?

Quelle est la fréquence de rotation des militaires sur les terrains d’opération extérieure ?

M. Yves Fromion. Mon général, je ne partage pas votre point de vue sur la LPM, qui ne me paraît pas à la hauteur des ambitions qui figurent dans le Livre blanc, ce que tout votre propos a par ailleurs tendu à démontrer. Dans tous les domaines, nous sommes en train de manger notre capital et de reporter les échéances.

J’étais vendredi à Bayonne, avec le 1er régiment de parachutistes d’infanterie de marine – mon ancien régiment – pour fêter la Saint-Michel. Autrefois, tous les paras de chaque régiment sautaient à l’occasion de ce qui était une grande fête. À Bayonne, seuls huit chuteurs ont sauté, et c’était d’un avion loué au ParaClub de Pau ! C’est une réalité que le 1er RPIMa, qui donne tant à nos armées, vit assez mal. Les SAS, qui ne manquent pas d’humour, se sont par ailleurs rebaptisés les « SAS Rotofil », car, en l’absence de budget pour confier le débroussaillage à une société extérieure, ils sont obligés d’entretenir eux-mêmes les fossés de la citadelle de Bayonne… Les chirurgiens et les médecins entretiennent-ils eux-mêmes les plates-bandes de leurs hôpitaux ? Les enseignants celles de leurs lycées ?

Vous avez dit les choses avec modération, et on ne peut qu’admirer votre maniement de la langue française, mais ne nous le cachons pas : il y a un énorme problème. L’écart entre les capacités nominales de nos forces armées, telles qu’elles sont décrites dans le Livre blanc ou la LPM, et la réalité sur le terrain ne cesse de s’accroître.

M. Francis Hillmeyer. Ce n’est plus le muscle que l’on attaque mais l’os, et je m’inquiète du maintien de nos armées en conditions opérationnelles. À vous écouter, en effet, le matériel est obsolète, ce qui rend difficile le travail des hommes sur le terrain, malgré leurs immenses qualités. Pourrons-nous continuer ainsi longtemps ?

Général Pierre de Villiers. Lorsque l’on compare le passé et le présent, il faut le faire à périmètre constant. Si l’on omet cette précaution, on trouvera toujours que c’était mieux avant ! Je ne nie pas les difficultés actuelles des armées, mais je ne partage pas votre sentiment concernant la LPM, monsieur Fromion. Pour moi, il s’agit d’un bon texte qui est en corrélation avec les ambitions du Livre blanc.

Il faut raisonner en termes de contrat opérationnel. Celui du Livre blanc de 2008 fixait à 30 000 les effectifs projetables – ce qui n’a jamais été réellement possible –, celui du Livre blanc de 2013 à 15 000. Aujourd’hui, j’estime que je suis en mesure de remplir ce nouveau contrat.

Certes, les difficultés rencontrées quotidiennement sont réelles. Les ravitailleurs KC-135 ont cinquante ans, les Transall quarante ou quarante-cinq. Vous avez même évoqué, monsieur le député, la question des contrats d’externalisation pour l’entretien des espaces verts. Je pense néanmoins que nous sommes dans une période de transition profonde. Notre système de soutien a été transformé en profondeur, avec une large interarmisation, alors que les régiments étaient organisés depuis des dizaines d’années avec un soutien accolé. La LPM nous permettra donc, si nous obtenons les crédits au bon moment, de pallier les insuffisances.

Peu importe que les parachutistes du 1er RPIMa sautent d’un avion civil lors d’une démonstration : ce qui compte, c’est qu’ils s’entraînent de façon satisfaisante pour pouvoir sauter d’un avion militaire en opérations. Avec les crédits dont nous disposons, nous devons faire autrement, avec d’autres formules. L’essentiel est que nous soyons capables de remplir le contrat opérationnel.

À l’heure actuelle, nous avons entre 8 000 et 8 500 personnes en opérations extérieures. Nous faisons l’admiration de toutes les armées, y compris les armées américaine et britannique. Nos soldats sont bien formés et, globalement, bien équipés. Nos missions, nous les remplissons. Certes, il y entre une part de débrouillardise française, mais cela a toujours été le cas. Nous n’étions pas une armée de moyens il y a quarante ans, nous ne le sommes pas aujourd’hui et nous ne le serons pas demain.

Bref, je ne partage pas votre pessimisme. Nous pouvons être fiers de nos armées. Nous avons des jeunes d’une qualité exceptionnelle. Et nous ne gaspillons pas notre potentiel !

M. Yves Fromion. J’ai dit que nous le consommions.

Général Pierre de Villiers. Je n’en suis pas persuadé, même si j’ai longtemps eu cette impression. Le budget de la Défense représentait presque 5 % du PIB après la guerre d’Algérie, il sera de 1,3 % à la fin de la LPM. Les armées n’ont cessé de se réformer, et toujours dans le même sens. On ne peut pas faire mieux avec moins, vous avez raison sur ce point. Mais nous faisons au mieux. Si l’on se réfère à la cohérence du projet et aux ambitions politiques affichées, j’estime que nous rendons une bonne copie.

Je conviens volontiers des difficultés rencontrées. Il arrive que seulement 50 % des hélicoptères soient opérationnels. À d’autres moments, on remonte à 65 ou 70 %, parfois à 80 % en opérations. L’usure des équipements – notamment les Puma, les Alouette III, certaines Gazelle – se fait sentir. La part des appareils en maintenance et celle des appareils indisponibles sont à peu près équivalentes. Les problèmes sont dus à la température, au sable, aux turbines. J’ai d’ailleurs mené à ce sujet un plan d’action pour les hélicoptères avec le délégué général pour l’armement et l’industriel concerné. Précisons que les autres pays rencontrent des difficultés comparables.

La durée de l’entraînement est proche des seuils prévus – quatre-vingt-dix jours pour l’armée de terre, 180 heures pour les pilotes. Elle ne les atteint pas encore, c’est pourquoi nous la ferons augmenter à partir de 2016. L’entraînement est encore inégal selon les équipements. Des pilotes de char, par exemple, partent en opérations sur d’autres types de matériel. Globalement, toutefois, le tableau n’est pas si sombre.

L’accompagnement, monsieur Pueyo, doit d’abord porter sur la condition du personnel, comme l’exige toute réforme en profondeur. Nous disposons de 42 millions d’euros par an, soit deux fois moins que la LPM précédente. Je ne suis pas sûr que ce sera suffisant.

L’accompagnement consiste d’autre part à aider les personnes à partir en leur proposant un pécule, une promotion fonctionnelle, etc. Nous en sommes à la première année du dispositif et je ne suis pas encore en mesure de faire un bilan. Il y aura certainement des retouches à apporter pour faire partir les personnes dans de bonnes conditions et sur la base du volontariat. Je doute en effet que l’on atteigne l’objectif de 1 000 départs d’officiers cette année.

Dans les forces prépositionnées, l’effectif de 12 300 sera réduit de 1 100 personnes, réparties à parts égales entre les forces de présence et les forces de souveraineté. Nous sommes en train d’y travailler.

Les forces de présence au Sénégal sont de 350 personnes. Celles de Libreville passeront à un effectif identique. Dans les deux cas, il s’agit de pôles de coopération comportant des détachements d’instruction opérationnelle beaucoup mieux organisés et efficaces qu’auparavant.

À côté de cette « classe 300 », nous avons deux gros pôles qui représentent la « classe 1 000 » : Djibouti, dont l’effectif va baisser légèrement – la cible étant de 1 200 ou 1 300 personnes, en conservant la composante aérienne et la composante terrestre –, et Abidjan, dont l’effectif va augmenter.

S’agissant de réduction des effectifs des forces de souveraineté, la réflexion est en cours.

J’ai pris connaissance avec intérêt des arrêts de la CEDH. Le communiqué du ministre de la Défense à ce sujet est parfait : premièrement, nous prenons acte ; deuxièmement, nous travaillons déjà à la rénovation de la concertation ; troisièmement, nous n’ignorons pas que les arrêts seront d’une manière ou d’une autre exécutoires.

Le ministre a aussi affirmé que les syndicats dans l’armée ne sont pas à l’ordre du jour. Ce n’est d’ailleurs pas une exigence de la CEDH, qui parle de droit d’association et de représentation. Depuis plus d’un an, sur ordre du Président de la République, nous réfléchissons à l’amélioration de la concertation. C’est un sujet qui m’est cher. Notre dispositif, j’en suis persuadé, n’est pas optimal. Peut-être ces arrêts nous donneront-ils l’occasion d’améliorer encore les choses. Mais la ligne rouge est claire : nous n’irons pas vers la création de syndicats.

Précisons que ce dossier très technique et juridique est interministériel. Il concerne le ministère de l’Intérieur, puisque la gendarmerie est visée, et le ministère des Affaires étrangères, puisqu’il s’agit de la décision d’une Cour européenne.

M. Christophe Guilloteau. Le ministre nous a indiqué la semaine dernière qu’il était sur le point de signer la commande des deux premiers Airbus A330 MRTT (Multi Role Tanker Transport) sur les douze que prévoit la LPM. Pourquoi ne pas prévoir l’intégralité du programme ? La première livraison est prévue pour 2018. Les avions en service actuellement étant très anciens, n’allons-nous pas au-devant de difficultés, notamment pour les forces aériennes stratégiques ?

M. Bernard Deflesselles. Mon général, vous avez employé des mots très forts lors de votre présentation : « année charnière » ou « année de vérité » pour la LPM, usure des personnes et des matériels, marges de manœuvre inexistantes, limite de rupture…

J’aimerais donc que vous dissipiez l’ombre d’un doute, un doute que nous nourrissons sur l’idée trop souvent répétée de « sanctuarisation » de la LPM. Pour certains, cette sanctuarisation équivaut à 31,4 milliards d’euros. Or ce montant sera « grignoté », selon le terme que vous avez vous-même employé, par la déflation des effectifs – réduction de 7 500 personnes pour atteindre 30 000 en 2019 –, par les reports de charges, qui s’élèvent à 3,5 milliards, par les crédits exceptionnels – 6 milliards d’euros dans la LPM, dont 2,3 milliards pour 2015…

Général Pierre de Villiers. La LPM prévoit 8,1 milliards d’euros.

M. Bernard Deflesselles. La vente des bandes de fréquences ne se fera pas dans les temps, vous le savez. La vente des terrains traîne en longueur. La vente des Rafale à l’exportation est tributaire de notre propre obligation d’achat de onze appareils tous les ans. On connaît les difficultés rencontrées au Brésil et on constate que la vente en Inde n’est toujours pas bouclée.

Dernier facteur de « grignotage », les OPEX, pour lesquelles on a provisionné 450 millions d’euros et qui représenteront 1,15 milliard à l’arrivée. Traditionnellement, la différence – 700 millions – fait l’objet d’une répartition interministérielle, mais avec une imputation à hauteur de 20 % sur le budget de la Défense. Il y aura donc une charge supplémentaire de 140 millions.

M. Jacques Lamblin. À propos de l’opération Sangaris, vous affirmez qu’il faut maintenant gagner la paix. Ce n’est plus forcément une affaire de militaires, puisque le problème est principalement ethnique et religieux. Néanmoins, à la lumière des renseignements que vous pouvez détenir, pensez-vous que nous aurons des chances de gagner cette paix à court ou moyen terme ? En d’autres termes, l’armée française n’est-elle pas pour longtemps en Centrafrique ?

M. Serge Grouard. Mon général, je considère que vous avez exercé un devoir d’alerte et je vous en remercie. Je souscris entièrement aux propos d’Yves Fromion et de Bernard Deflesselles sur la réalité de ce que vivent nos forces actuellement, tout en saluant leur abnégation, leur sens du devoir et leurs réussites.

L’équation est cependant impossible. Le report de charges de 3,45 milliards d’euros est reconduit d’année en année. À ce train-là, il est évident que l’on ne bouclera pas la LPM !

Enfin, si tout ou partie des recettes exceptionnelles prévues à hauteur de 2,3 milliards d’euros en 2015 ne rentrent pas, que faites-vous concrètement ?

M. Philippe Nauche. Vous nous avez convaincus que nous devrons être extrêmement vigilants. Je me rappelle l’époque, pas si lointaine, où l’on parlait de la « bosse budgétaire » !

Le renseignement est une des priorités fixées par le Livre blanc. Quel est votre regard sur les évolutions de la direction du renseignement militaire (DRM) dans le cadre du projet de loi de finances pour 2015 ? On sait que des mutualisations sont prévues et que l’outil doit monter en puissance.

M. Nicolas Dhuicq. Mon général, on ne peut vous faire grief d’appliquer ce que le politique vous demande d’appliquer ! Voilà des années qu’il pense que la paix est la norme historique et qu’il restreint les dépenses pour la défense de la Nation. J’ai parfois honte d’être français quand je vois le niveau des matériels. Nous sommes en régression, alors que nous sommes face à des gens qui ont le culte de la mort jusqu’à l’absurde. Notre avantage technologique est en train de disparaître. Voyez les responsables politiques : peu sont à l’aise avec l’informatique, alors qu’un enfant de trois ans est déjà habitué à des manipulations très rapides.

Les opérations extérieures se développent à un rythme effréné. Il ne me semble nullement nécessaire d’envoyer des drones en Ukraine : ce n’est pas là que se situe la menace. Ils seraient bien mieux employés face aux islamistes.

Les unités de l’armée de terre reçoivent de nouveaux matériels. Étant donné la sollicitation croissante dont elles font l’objet en opérations extérieures, disposez-vous du temps nécessaire de former les personnels à l’utilisation de ces équipements ?

Par comparaison avec les nouveaux matériels de la Bundeswehr ou de l’armée suédoise, considérez-vous que ces équipements ont un niveau de blindage suffisant ?

Je m’inquiète aussi du temps de reconfiguration des munitions, qui, d’après le service interarmées des munitions, est passé de trois mois à un an.

M. Philippe Meunier. L’armée française est présente sur plusieurs fronts. Vous avez parlé de l’engagement des hommes et de l’usure du matériel. L’opération Sangaris, qui devait s’étendre sur quelques semaines, se comptera désormais en années. Quelles conséquences financières ces opérations auront-elles sur le renouvellement du parc ?

M. Philippe Folliot. « Il n’est de richesse que d’hommes. » Cette maxime s’applique particulièrement bien à la Défense nationale. Nous ne pouvons que louer, comme vous l’avez fait, la qualité et le sens de l’engagement et du devoir de l’ensemble de nos militaires.

Vous avez également souligné, mon général, l’effort consenti pour la réduction des déficits publics. Dorénavant, la Défense supporte à elle seule 66 % des baisses d’effectifs de la fonction publique d’État. Nous sommes au muscle, dites-vous comme vos trois prédécesseurs. Pour filer la métaphore, je pense que nous ne sommes même plus à l’os : nous arrivons à la moelle !

Dans ce contexte, la déflation des effectifs ne restera pas sans conséquence. Aucune décision n’étant prise s’agissant de fermetures d’unités, on s’achemine, pour respecter la LPM, vers des rebasages qui feraient passer uniformément les régiments de 1 000 à 870 hommes. Cette architecture vous semble-t-elle opérationnelle à moyen et long terme ?

Mme Marianne Dubois. Pourriez-vous faire le point sur le budget du service de santé des armées ? Le report de la deuxième tranche de travaux à l’hôpital Bégin ne trahit-il pas un désengagement des armées dans ce secteur ? L’existence de tous les hôpitaux militaires est-elle confortée ?

M. Philippe Vitel. À la fin de 2013, le report de charges s’élevait à 2,4 milliards d’euros pour le programme 146 et à 3,4 milliards pour la mission « Défense ». L’instauration d’une solidarité en matière de coûts financiers, que vous venez d’évoquer, me semble indispensable dans ce domaine si nous voulons éviter la cessation de paiement. Où en est-on à la fin de 2014 ? Quelles sont les perspectives pour 2015 ?

M. Jean-Jacques Candelier. Disposez-vous de crédits suffisants pour remettre à niveau les matériels rapatriés d’Afghanistan ?

Le VAB est-il véritablement obsolète ? Son blindage est-il suffisant pour protéger nos soldats en opération ? Comment et quand comptez-vous renouveler ces engins très anciens ?

Quelles forces pourrons-nous aligner en 2015 par rapport à 2014 ?

Quel est l’effort consenti en faveur des forces spéciales ?

Général Pierre de Villiers. Les matériels sont revenus d’Afghanistan en mauvais état, notamment les VAB, qui sont un matériel critique pour l’infanterie et les postes de commandement. Ils font l’objet d’un plan de remise à niveau d’une trentaine de millions d’euros sur 2014-2015. Leur remplacement par des VBMR (véhicules blindés multi-rôles) est prévu dans le cadre du programme Scorpion qui doit être engagé avant la fin de l’année. Sous réserve du respect de l’enveloppe de la LPM, cette transition se fera conformément aux prévisions.

Les forces spéciales sont une priorité de la LPM et je crois que c’est un bon choix. Que ce soit au Nord-Mali ou au Nord-Niger, elles ont la réactivité et la souplesse requises. Nous sommes actuellement sur la trajectoire de rejointe telle qu’elle a été inscrite dans le Livre blanc.

S’agissant des équipements, il s’agit, je le répète d’un projet global et cohérent qui inclut les forces spéciales mais aussi le renseignement. La direction militaire du renseignement (DRM) verra son budget maintenu et ses effectifs seront augmentés en 2015. Cela étant, le renseignement d’origine électromagnétique (ROEM) est mutualisé avec d’autres services et les principaux programmes concernant la DRM – systèmes satellitaires CERES et MUSIS, drones Reaper – sont lancés. Il est exact, mesdames et messieurs les députés, que le report de charges s’élevait au niveau jamais atteint de 3,45 milliards d’euros à la fin de 2013. Il ne doit pas augmenter. Dans le cas contraire, nous découvririons en milieu de gestion 2015 que la LPM est structurellement caduque.

Le service de santé des armées (SSA), madame Dubois, est porteur du beau projet SSA 2020, qui s’intègre parfaitement au plan CAP 2020. Il s’agit de recentrer le SSA non pas sur sa composante hospitalière, mais sur sa vocation opérationnelle. Le directeur central a valorisé les différents hôpitaux par des partenariats locaux avec les agences régionales de santé (ARS). De là à conserver nos neuf hôpitaux, je n’en suis pas certain. Nous menons un dialogue au cas par cas. Dans la perspective du contrat opérationnel, il devrait y avoir deux grandes plateformes au nord et au sud.

Les mesures concernant les effectifs, monsieur Folliot, seront « cousues main ». Les régiments ayant été dépossédés de leur soutien, il ne faut pas descendre en deçà d’une taille critique. C’est tout le débat : faut-il dissoudre des régiments pour procéder à des rassemblements ou les maintenir en supprimant des compagnies ? De ce que je peux observer, je conclus qu’il vaut mieux rassembler et aller vers des structures bataillonnaires plutôt que de diminuer la taille des régiments.

Le temps des opérations s’est en effet allongé, monsieur Meunier, et l’usure des matériels s’en est trouvée accrue. Pour le renouvellement des parcs, la LPM est un costume taillé au plus juste. Nous ne pouvions prévoir au départ l’usure qui résulterait des opérations que nous menons actuellement dans la bande sahélo-saharienne, en Irak et ailleurs. La « clause de revoyure » est précisément conçue pour opérer de tels réajustements.

Pour un soldat, le doute, c’est le début de la défaite, monsieur Deflesselles. Pour ma part, je ne doute pas, même si je connais les fragilités de la LPM.

Mme la présidente Patricia Adam. Nous les connaissons également.

Général Pierre de Villiers. Vous les avez du reste très bien énumérées : les difficultés que pose la réduction de 34 000 personnes, les reports de charges, les 8,1 milliards de recettes exceptionnelles, l’exportation du Rafale, le surcoût des OPEX. Je vous ai cependant indiqué que la partie est jouable à la condition que nous ayons les 31,4 milliards sans dégradation rampante. Je serai très vigilant, mais je compte aussi sur votre vigilance !

Vous avez rappelé, monsieur Guilloteau, la cible d’achat de douze Airbus A330 MRTT. Le rythme doit être impérativement maintenu, car on n’ira pas plus loin avec les appareils existants. Il en va de la posture de dissuasion. Quoi qu’il arrive, la procédure sera lancée avant la fin de 2014.

Enfin, monsieur Vitel, nous n’irons pas au-delà de 3,45 milliards d’euros de reports de charges. Le ministre s’y est engagé. La chose est techniquement possible, mais je me battrais, tout comme le ministre, contre cette solution de facilité si elle devenait d’actualité.

Mme la présidente Patricia Adam. Nous aussi ! Merci, général.

La séance est levée à dix-huit heures quarante-cinq.

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Membres présents ou excusés

Présents. - Mme Patricia Adam, M. Olivier Audibert Troin, M. Jean-Jacques Bridey, M. Jean-Jacques Candelier, M. Guy Chambefort, M. Bernard Deflesselles, M. Guy Delcourt, M. Nicolas Dhuicq, Mme Marianne Dubois, M. Philippe Folliot, M. Yves Fromion, Mme Geneviève Gosselin-Fleury, M. Serge Grouard, M. Christophe Guilloteau, M. Francis Hillmeyer, M. Marc Laffineur, M. Jacques Lamblin, M. François Lamy, M. Charles de La Verpillière, M. Gilbert Le Bris, M. Frédéric Lefebvre, M. Bruno Le Roux, M. Jean-Pierre Maggi, M. Alain Marty, M. Damien Meslot, M. Philippe Meunier, M. Jacques Moignard, M. Alain Moyne-Bressand, M. Philippe Nauche, M. Jean-Claude Perez, Mme Émilienne Poumirol, M. Joaquim Pueyo, Mme Marie Récalde, M. Eduardo Rihan Cypel, M. Gwendal Rouillard, M. Alain Rousset, M. Stéphane Saint-André, M. Philippe Vitel

Excusés. - Mme Danielle Auroi, M. Claude Bartolone, M. Daniel Boisserie, M. Philippe Briand, Mme Catherine Coutelle, M. Lucien Degauchy, M. Yves Foulon, M. Éric Jalton, M. Jean-Yves Le Déaut, M. Maurice Leroy, M. François de Rugy, M. Michel Voisin

Assistait également à la réunion. - M. Jean Launay

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Monclar, le Bayard du XXe siècle

 

 

Format : 20.5 x 13.5 cm

Pages : 468

Prix : 25.00 €

ISBN : 979-10-90029-87-3

Date de parution : 2014

Commander à Via Romana

En librairie le 13 novembre

 

« Héros légendaire, guerrier tel qu’on en a connu seulement dans les récits populaires ou sur les images d’Épinal, un héros fait pour le baroud et pour la gloire. » Ainsi les journalistes annonçaient-ils la disparition de l’officier le plus décoré de France, à une époque où tout le monde connaissait le général Monclar (1892-1964) qui signait autant de photos dédicacées que la môme Piaf et que BB. Car, pour les anciens combattants du XXe siècle de la France libre comme de la Résistance intérieure, il restait leur « héros national », ce chevalier d’un autre temps qui guerroya partout, sans épouser aucun parti politique. Raison pour laquelle il disparut de l’Histoire de France.
Appelé par les poilus l’As des As, il termina la Grande Guerre avec sept blessures et onze citations. Du Maroc au Levant en passant par l’Asie et la vieille Europe, le lecteur revit le corps à corps des tranchées, les campagnes africaine et tonkinoise du Légionnaire et la seule victoire de 40, jusqu’à l’épopée coréenne.
A partir d’archives inédites, sa fille relate la vie de ce soldat chrétien, stratège, meneur d’hommes vénéré par ses soldats qu’il aimait comme ses enfants, et de ses officiers qui le prirent pour modèle. De son récit historique qui se lit comme un roman d’aventures, jaillit le caractère bien trempé de ce soldat rompu à tous les pièges de la guerre, ceux de la guerre révolutionnaire et ceux des politiques ou des assassins de l’opinion. Une vraie leçon de maintien, d’honneur et de fidélité d’un gentilhomme de guerre, à méditer par les nouvelles générations en proie au doute ou au découragement face aux assauts des ennemis de la France et de notre civilisation chrétienne. »

Poussée par les Anciens Combattants français de Corée à réhabiliter leur chef, Fabienne Monclar a pu, à travers cette guerre occultée et pourtant point charnière de ce terrible XXe siècle, exercer sa passion pour l’Histoire et ses “vérités indésirables”. L’émotion ressentie en écoutant les anciens combattants coréens parler de leur chef français lui a fait comprendre pourquoi ses poilus lui étaient tant attachés et comment les Français de 14 et de 50 ont gagné la guerre.

Un jeune Chinois rejoint la Légion étrangère française

Mercredi, 15 Octobre 2014

Fu Chen

 

Avant de rejoindre la Légion étrangère, le jeune Fu Chen était employé de bureau en Chine. Son compte Weibo, « Combattre dans la Légion étrangère française » a déjà séduit plus de 40 000 fans, et a attiré l’attention des médias.

Plusieurs raisons de s’engager, une même raison de partir

Après avoir obtenu son diplôme de l’École de commerce de Tianjin, Fu Chen a commencé à travailler dans le commerce international. Tous les jours, il se rendait au port et inspectait les containers, ce qui lui permettait de rencontrer beaucoup de gens mais de faire peu d’exercice. En mars 2010, il a obtenu un visa d’étudiant pour la France. Trois mois plus tard, il déposait son surplus de bagages au domicile de la vieille dame qui l’hébergeait, et prenait le train jusqu’à la petite ville d’Aubagne pour s’engager dans la Légion.

« La plupart de ceux qui rejoignent la Légion étrangère le font pour obtenir la nationalité française », explique-t-il. Avant, il suffisait de trois ans de service pour demander la nationalité, aujourd’hui il faut faire cinq ans. La Légion est composée de soldats de plus de 100 pays ; les deux nations les plus représentées sont la Roumanie et Madagascar.

La Légion recrute en permanence. Sur 100 candidats, à l’issue des examens physiques, écrits et de l’entretien, seuls 50 sont retenus et revêtent l’uniforme militaire pour commencer leur formation spéciale dans un lieu reclus. La formation des soldats ordinaires dure trois mois, celle des Légionnaires se déroule sur quatre mois. La plupart des soldats viennent de familles modestes, où l’on devient agriculteur, réparateur ou chauffeur de poids lourd. Beaucoup ne sont pas allés à l’école, et avoir terminé le collège est déjà mieux que la moyenne. Sur les 50 nouvelles recrues, Fu Chen et un soldat tchèque étaient les seuls à être allés à l’université.

Après la formation initiale, beaucoup de recrues décident de partir. « Il suffit de lever la main et dire qu’on en a assez, de signer un papier et l’on peut partir le lendemain », explique Fu Chen. Les raisons de s’engager sont toutes différentes, mais ceux qui partent le font pour la même raison. Selon lui, beaucoup rêvent de porter l’uniforme, mais ils réalisent vite que la vie militaire est ennuyeuse, et pour ceux qui se laissaient dériver au quotidien, il est dur de voir ses libertés soudain restreintes, de s’habituer à ne dormir que quatre ou cinq heures par nuit, et de passer le reste de son temps à courir, à rester debout et à sauter. Outre les exercices, il y a de nombreuses sanctions, et si une recrue fait une erreur, le groupe entier est puni. Après quatre mois, il ne restait que 30 recrues sur les 50 du départ. Fu Chen, lui, a signé un contrat de cinq ans.

La guerre au Mali, le danger permanent

Après le coup d’État militaire survenu au Mali, en Afrique de l’Ouest, en 2012, l’ancienne colonie a demandé un soutien militaire à la France. La Légion étrangère, qui fait partie de l’Armée française, a été envoyée sur place. C’est ainsi que le 30 mai dernier, Fu Chen a été stationné au Mali.

Pendant la phase de répression contre les rebelles, le risque de mort un omniprésent. Fu Chen conduisait un véhicule de reconnaissance en première ligne, et devait repérer les véhicules parfois abandonnés au milieu du désert. « Nous avions peur de ce que nous appelions le tonnerre fantôme, lorsqu’il suffit d’ouvrir une portière pour déclencher une explosion », explique-t-il. Après plusieurs incidents similaires, les ordres sont venus d’en haut de ne plus inspecter sans précaution les véhicules suspects.

La pression du front amène de nombreux soldats au bord de l’effondrement. À la fin de l’année dernière, pendant des vacances à Tianjin, Fu Chen jouait sur son iPad lorsqu’un pétard a retenti. De choc, il a immédiatement jeté son iPad, s’est prostré sous la fenêtre et a fait le geste de saisir son arme à feu. Deux secondes plus tard, il est revenu à lui et en a ri.

Le désert du Sahara est encore plus impitoyable que les bombes. La température tourne autour de 50 degrés Celsius chaque jour de l’année, voire 70 degrés en hauteur. La Jeep de Fu Chen était devenue un sauna. Il devait souvent faire des rondes au pied levé, pendant plus de dix heures sur les bosses du désert.

Il n’a parlé de son départ au Mali qu’à son père. À sa mère, il a dit qu’il irait faire « un exercice dans les montagnes ». Ce n’est qu’après ses quatre mois là-bas qu’il lui a révélé qu’il était allé faire la guerre en Afrique.

Dans moins d’un an, Fu Chen sera démobilisé et pourra demander la nationalité française, à condition de rester en service actif pendant deux ans. Il n’en a pas l’intention. « Ce statut ne m’intéresse pas, je vais sans doute rentrer en Chine après mon contrat », révèle-t-il.

L'Allemand de l'ALN nous quitte

Mardi 28 Octobre 2014

Dimanche matin s'est éteint à l'hôpital de Aïn Naâdja un moudjahid pas comme les autres sous l'appellation algérienne Aït Ali Oudia Ali dit «Ali Lalmani». Il était allemand de naissance, jeune engagé dans la Légion étrangère, puis envoyé en Algérie. Ne voulant pas cautionner la France coloniale il rejoindra les rangs de l'ALN FLN après sa désertion, à laquelle il se dévouera. «Lalmani» ne quittera jamais l'Algérie même pendant ses pires périodes, il apprendra l'arabe et le berbère et élèvera ses enfants sur cette terre pour laquelle il a combattu et où il a souhaité être enterré. Le hasard a voulu que ce moudjahid d'exception tire sa révérence à la veille du 60e anniversaire du déclenchement de la Révolution nationale. Il repose en paix désormais au cimetière de Sidi Yahia, dans son Algérie libre et indépendante.

Cérémonie Drakkar à Béziers le 23 octobre 2014

La Garde du Diable

Mercredi, 22 Octobre 2014 04:30

Jean FARRET 2014


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Cérémonie en hommage «aux morts de l'AALEME»

Dates 2015 des activités de l’AALEME.

Conseil d'administration du 24 septembre 2014

AG : le samedi 17 janvier 2015.

Camerone : le dimanche 19 avril 2015.

Repas champêtre : samedi 13 juin 2015.

Pique-nique : samedi 12 septembre 2015.

Repas de Noël : dimanche 13 décembre 2015.

Nouveau logo du CEACH.


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Pèlerinage de Saint Jacques de Compostelle et... Solidarité.‏

Chers amis(es)

Notre camarade Jean-Louis COMBAT, matricule 165 391, 59 ans, ancien de la CEA du 2e REI, 1982 - 1987, aujourd'hui pensionnaire de l’IILE, a entrepris le pèlerinage de Saint Jacques de Compostelle. Cette démarche a pour but de récupérer des fonds auprès des généreux donateurs (amicales Légion étrangère) afin de financer l’achat d’un fauteuil roulant électrique (3800€) pour son ami Lucien BROUILLET handicapé (mutilé des jambes) également pensionnaire de l’institution, qui n'a plus assez de force dans les bras pour pousser son fauteuil manuel.

Jean - Louis Combat

Si vous souhaitez l’aider dans son projet vous pouvez adresser un chèque à l’ordre de L’IILE avec mention au dos : projet Compostelle.

Envoi à :

Institution des Invalides de la Légion étrangère

BP 20

Domaine Capitaine Danjou

13114 PUYLOUBIER

AALE. Le Bureau

La légionnaire

Le destin de Susan Travers, une aristocrate britannique qui s'est illustrée dans de nombreux combats après avoir rejoint les volontaires de la France libre, à Dakar, en Syrie, en Tunisie, en Italie, etc. Très tôt affranchie des contraintes de son milieu, elle eut également de nombreuses aventures amoureuses, notamment avec le général Koenig, héros de Bir Hakeim. ©Electre 2014

Castelnaudary: Le 37e semi-marathon de la Légion organisé "au carré"

Lundi 6 Octobre 2014

C'est dans une excellente ambiance que se sont courues samedi les deux épreuves d'athlétisme mêlant militaires et civils. PHOTO/© D.R

La qualité de l'organisation de cette épreuve sportive a manifestement plu aux civils qui s'y étaient inscrits. L'accueil chaleureux et respectueux a également été très apprécié.Ils sont accueillants ces légionnaires !", s'exclamait hier David en compagnie de Manuelle, qui découvraient tous les deux l'épreuve des 10 kilomètres à l'occasion du "37e semi-marathon de la Légion Étrangère". Manuelle : "L'année prochaine, c'est...certain, on reviendra courir en invitant nos amis. Nous habitons Carcassonne et sommes agréablement surpris par l'organisation et la convivialité qu'il y a ici. Je me suis inscrite par internet, tout c'est passé impeccablement, c'est parfait !". Le 4e Régiment Étranger, organisateur de l'épreuve, annonce "environ 900 militaires" inscrits pour cette manifestation, et "environ 250 civils" soit, au cours de ces dernières années, des "chiffres constants" pour cette dernière catégorie. On souligne que "l'inscription est gratuite pour les participants", tout comme la restauration durant l'épreuve, avec un tee-shirt à l'effigie de la Légion, distribué à tous les sportifs.

Une "organisation au carré"

Si l'année dernière, les dossards classiques avaient à nouveau été employés en raison de chronométrages peu fiables, liés à des puces électroniques capricieuses utilisées dans la précédente édition, samedi de nouvelles puces irréprochables se sont à nouveau fixées sur les baskets des athlètes. À cet effet, l'école militaire de Draguignan avait envoyé "deux sous officiers en renfort". Les "civils" qui s'étaient mis en short hier semblaient donc aussi unanimes qu'admiratifs face "à l'organisation au carré" de l'épreuve avec, soulignait Jean s'étant déplacé de Carcassonne, un "beau parcours au bord du canal, pas trop difficile" en raison de la planéité du terrain. "C'est la quinzième fois que je viens courir à Castelnaudary, et je me souviens qu'au début nous étions entre 50 et 100 civils. Nous sommes de plus en plus nombreux et en plus, aujourd'hui avec cette météo, c'est des conditions idéales".

Rock

Les derniers mots prononcés par Jean sont soudain scandés par des notes déroulant une musique rock largement amplifiée. Des hommes en treillis installés sous une tente militaire, armés de guitares électriques et de leur batterie, s'activent pour plonger la place de la République dans un air de fête. Il s'agit "du groupe de musique du régiment" et c'est une première sur ce type de manifestation.

Cornemuse

À propos de musique "militaire", Manuelle adresse un message à l'attention des organisateurs : "Au bout de 5 kilomètres, ils nous ont mis de la cornemuse pour nous accueillir. Alors ça, c'est fabuleux ! Moi je dis qu'ils n'oublient surtout pas la cornemuse l'année prochaine !". Bref, encore mieux que le baladeur sur les oreilles.

Légion : "La boule" du Quartier Viénot se refait une beauté

Publié le Mardi 07/10/2014

Avant les travaux, de nombreux détails n'étaient plus visibles sur le monument. Ici, le 17 juillet. Photo M.S.
Alexandre Rondi et Carole Sanchez de l'entreprise Tollis travaillent notamment à la réfection du globe terrestre. Photo M.S.

Les spécialistes de la boule. C'est ainsi qu'Alexandre Rondi, Carole Sanchez et leurs collègues restaurateurs ont été surnommés par les légionnaires, dès leur arrivée au Quartier Viénot, à la fin du mois de juillet. Bien que le surnom ne soit pas très conventionnel, il n'en reste pas moins particulièrement adapté à cet énorme globe terrestre reposant sur une couronne de palmes supportée par un cénotaphe orné de guirlandes et dont les quatre coins sont gardés par une statue d'un légionnaire géant, en armes.

Inauguré à Sidi-bel-Abbès en 1931 pour le centenaire de la Légion, le monument a été démonté puis reconstruit à Aubagne en 1962 quand, l'Algérie ayant accédé à son indépendance, le premier régiment dû s'établir en France, au Quartier Viénot. Un déménagement qui ne fut pas sans effets sur le monument dont certaines pièces ont été découpées avant d'être recollées Aubagne.

"Nous avons eu deux phases de travail principales, explique Alexandre Rondi. La première sur les bronzes qui composent la mappemonde, la frise et les soldats. La seconde sur le socle en pierre recouvert de marbre". Car si les légionnaires ont bien entretenu la boule, le monument, jamais restauré depuis 1962 avait bien besoin d'un petit coup de neuf. "Nous avons enlevé entre un demi-centimètre et un centimètre et demi de vernis et d'huile de lin avant de recouvrir le bronze de cire, poursuit le restaurateur. Nous avons également récupéré toutes les pierres pour les réparer, les consolider et reconstituer les morceaux brisés". Un gros travail a également été effectué sur les détails de la mappemonde dont la différence entre la terre et la mer n'était plus visible. Carole Sanchez y a apposé de nouvelles feuilles d'or, représentant les pays qui sont ou ont été des théâtres d'opérations.

La semaine prochaine, les échafaudages seront démontés et le monument aux morts, gardien des traditions de la Légion couronnant la voie sacrée de la place d'armes, sera complètement rénové à la fin du mois. Une livraison que les légionnaires attendent impatiemment d'après les témoignages des restaurateurs. "Ils sont nombreux à passer voir l'avancée des travaux. Nous avons fait monter un caporal-chef sur l'échafaudage pour lui montrer la boule. Il n'osait pas la toucher et quand enfin il a osé la frôler, c'était du bout des doigts et avec beaucoup d'émotion."


À la fin des années 1920, le ministre de la Guerre refuse de financer le monument aux morts et ce sont les légionnaires qui paieront sa construction en y sacrifiant un mois de solde par an durant quatre années. Aujourd'hui, les budgets de la Défense ne permettant pas d'effectuer de travaux d'une telle ampleur, la Légion bénéficie du mécénat d'Axa qui finance la réfection du monument aux morts. Henri de Catries, le président directeur général du groupe, est par ailleurs colonel réserviste citoyen du deuxième Régiment de parachutistes de la Légion étrangère, un engagement réservé aux personnes bien intégrées dans la société civile, ayant des affinités avec la Légion étrangère et désireuses d'aider à son rayonnement.

Marine Stromboni

Les Bérets verts fêtent la Saint-Michel

Publié le 01/10/2014

Une centaine d'anciens parachutistes . /Photo DDM, Gladys.

Algérie, Indochine, théâtres d'opération extérieure… Ils ont été de tous les fronts. Ce lundi, les légionnaires parachutistes d'active ou non étaient mis à l'honneur pour la Saint-Michel, leur saint patron. «Fêter la Saint-Michel au quartier Danjou, au sein du creuset de la Formation de la Légion étrangère, c'est assumer le lien évident entre jeunes et anciens», a salué le général Maurin, commandant la Légion étrangère. Et s'adressant aux plus jeunes, de leur rappeler que «le succès n'arrive que s'il est précédé du dépassement de soi». L'occasion de leur dire et redire ces valeurs qui font la Légion : culte de la mission, parole donnée, courage… «Elles doivent être notre marque de fabrique quel que soit le prix à payer». Et de conclure :

«On n'abandonne jamais un légionnaire ni au combat, ni dans la vie».

La musique de la Légion était présente à cette prise d'armes au cours de laquelle une section d'engagés volontaires a coiffé le képi blanc.

La Dépêche du Midi

Benoît Puga, le général qui a conquis l'Elysée

Par , publié le 02/10/2014

Benoît Puga, chef d'état-major particulier du président, est devenu un personnage clef. Cet ex-légionnaire rassure un chef de l'Etat de plus en plus replié sur lui-même.

Benoît Puga informe en temps réel François Hollande de la situation au Moyen-Orient. REUTERS/Jacky Naegelen

Dans la solitude du pouvoir, François Hollande peut s'appuyer sur un légionnaire qui ne le quitte plus d'une semelle : son chef d'état-major particulier. Au moment où la politique étrangère permet au chef de l’État de se concentrer sur des problèmes éloignés des tracas intérieurs, Benoît Puga est devenu un personnage essentiel. Avec sa gouaille d'ancien parachutiste, ses cigarillos et ses traits taillés à la serpe, voilà un homme qui rassure.

Dans l'Airbus présidentiel, le 22 septembre, "le général", comme on l'appelle à l’Élysée, interrompt François Hollande en plein dîner. Les Américains viennent de le prévenir qu'ils vont bombarder en Syrie. Le haut gradé, muni de deux cartes plastifiées indiquant les cibles, explique le plan des Alliés. Le lendemain, alors que la délégation française, arrivée à New York, se repose à l'hôtel, il se présente à 7 heures du matin devant la chambre du chef de l'Etat, avec Jacques Audibert, responsable de la cellule diplomatique de l’Élysée, pour un rapport sur les frappes en cours. La-situation-est-sous-contrôle.

Des opérations spéciales au renseignement militaire

"Benoît Puga n'est pas un officier de salon se perdant en théories, mais un homme de terrain, un fonceur", souligne un parlementaire spécialiste des sujets de défense. Il possède l'un des plus beaux CV de l'armée : il a occupé tous les postes clefs, des opérations spéciales au renseignement militaire. C'est à l'occasion de la guerre au Mali, le baptême du feu du quinquennat, que Benoît Puga obtient la confiance du président, même s'il est, au début, réticent face à une intervention - l'ancien soldat du 2e régiment étranger de parachutistes (REP), qui a sauté sur Kolwezi (Zaïre, aujourd'hui République démocratique du Congo) en 1978, puis a baroudé au Tchad ou à Djibouti avant de mener des troupes en Centrafrique, notamment, connaît parfaitement l'Afrique.

Au quotidien, son rôle consiste à transmettre les ordres du président au chef d'état-major des armées, à préparer les Conseils de défense, qui entérinent l'engagement des troupes françaises, et à mobiliser les canaux d'information militaires et du renseignement. Le 24 septembre au matin, dans son hôtel new-yorkais, Benoît Puga est ainsi le premier conseiller à recevoir la note tragique qui évoque l'assassinat d'Hervé Gourdel. Le document passe bientôt de main en main, dans la salle où le cabinet s'est réuni, jusqu'à François Hollande.

Tranchant et onctueux à la fois

Sa proximité avec le chef de l’État est jalousée. "Le général a un côté abbé de cour, tranchant et onctueux à la fois, grince un habitué de Élysée. Il sait se glisser dans les interstices du pouvoir et jouer sur sa dégaine de légionnaire pour séduire les civils." Sa nomination par Nicolas Sarkozy en 2010 ainsi que ses liens avec les milieux catholiques traditionalistes (il est père de 11 enfants, frère d'un prêtre de l'église parisienne Saint-Nicolas-du-Chardonnet et fils d'un colonel proche des putschistes d'Alger en 1961) font jaser. Mais, en interne, il ne laisse jamais transparaître ses convictions religieuses.

François Hollande, qui est convaincu de la loyauté absolue du militaire, l'a reconduit dans ses fonctions en janvier 2014, malgré les réserves du ministre de la Défense (et ami de toujours du chef de l'Etat) Jean-Yves Le Drian et alors que Puga avait dépassé l'âge de la retraite pour les militaires. Il restera donc dans le sillage du président jusqu'en août 2015. Avoir l'oreille du chef de l'Etat est une décoration qui se fait rare.

Bernard Werlé est le nouveau président des AFN

Cléder - 02 Octobre

Bernard Werlé est président et secrétaire de la section locale des anciens combattants AFN. |

À la suite du décès de Jean Jaouen le 7 juin dernier, président des anciens combattants d'AFN, Bernard Werlé a été élu président et secrétaire de la section locale le 30 juillet.

Bernard Werlé est né à Strasbourg le 24 décembre 1941. Le 6 janvier 1960, il s'engage à la Légion étrangère et suit une formation militaire intense et accélérée en passant par Sidi-Bel-Abbès, Saïda et Tébéssa en Algérie. Il part ensuite à Négrine et Touggourt avec le 4e REI jusqu'en fin 1962.

À la fin de la guerre d'Algérie, Bernard Werlé gagne les côtes françaises de Somalie en 1963 pour deux ans. Il est libéré des obligations militaires le 1er novembre 1964. Devenu Clédérois en 1998, il adhère à la section AFN en 2000. En 2008, il est nommé secrétaire et occupe aujourd'hui le poste de président et secrétaire des anciens combattants.

Sous sa présidence, le bureau est composé de deux vice-présidents, François Appéré et François Quéré. Yves Milin est trésorier. Marie Bellec et Jeanne Marc sont coresponsables des veuves. Pierre Combot est porte-drapeau. Membres : Jo Bloch, Joseph Cadiou, François Creff, Louis Dantec, François Edern, François Guillerm, Louis Quéguiner et Norbert Robillard.

Le groupe s'emploie actuellement à préparer un après-midi récréatif fixé au dimanche 12 octobre, à 14 h 30, à la salle Kan ar Mor. Contes, chants, théâtre en breton. Entrée : 5 €.

UNC. Un nouvel élan à travers le président

11 octobre 2014
De gauche à droite : Marcel Rinfray et Pierre Lenouvel, secrétaire et... De gauche à droite : Marcel Rinfray et Pierre Lenouvel, secrétaire et trésorier, qui ont reçu un diplôme d'honneur, puis Christophe Dubois, correspondant défense ; José Arias, président de l'UNC ; André Simon, vice-président, jeudi soir, à l'hôtel de ville.
L'assemblée générale du comité de l'Union nationale des combattants (UNC) s'est déroulée jeudi, salle de la mairie, en présence de Christophe Dubois, correspondant défense, représentant Mireille Airault, et de Claude Morin, maire honoraire et président d'honneur. José Arias a présenté son premier compte rendu moral. L'arrivée de cet ancien légionnaire âgé de 66 ans, aux états de services impressionnants, a donné un nouvel élan à l'association, qui enregistre de nombreuses adhésions : Philippe Bilger, Jean-François Bothorel, Laurent Boulaire, Christophe Dubois, André Gaspel, Christophe Le Thuilier, Gilbert Ponnelais, Roger Quémar, Alain Toullic, Erwan Trévisson... Un renouveau qui se ressent également dans l'intervention d'André Simon, vice-président, notamment sur la présence de l'UNC dans les commémorations, congrès et autres manifestations officielles. La rénovation du drapeau est également un signe fort. Il sera désormais porté par Jean-Yves Guillou qui remplace Jean-Pierre Cardani, tout en acceptant le poste de trésorier. Deux départs du bureau Pierre Lenouvel, qui tenait les comptes depuis 19 ans, a en effet souhaité passer le relais. Il a présenté un bilan équilibré, soulignant la subvention municipale de 225 €. Secrétaire depuis 24 ans, Marcel Rinfray quitte également le bureau tout en restant membre. Il sera remplacé prochainement. Les deux sortants ont reçu chacun un diplôme d'honneur. José Arias a donné rendez-vous au vendredi 31 octobre (fleurissement du carré militaire) et bien sûr au 11-Novembre.

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« Mandataire immobilier indépendant »

La FSALE a décidé d’appuyer l’initiative lancée par le cabinet immobilier « GARNIER* CONSEILS AVIGNON » qui consiste à recruter – former – tutorer – accompagner quelques anciens légionnaires (5/7) pour leur permettre d’accéder à ce métier qui peut sous réserve d’une forte implication être très rémunérateur.

Le métier : Prospecter – Trouver – Accompagner le client - Vendre

*Le Capitaine GARNIER est un ancien officier de Légion ayant servi principalement au sein des 6e REG, 5e RE et 2e REG. Il est secondé par le Capitaine KESSLER, lui aussi ancien du 1er REG. Tous deux ont brillamment réussi leurs conversions professionnelles dans l’immobilier.

Profil recherché :

Grade totalement indifférent, débutant motivé, rigoureux dans sa vie personnelle et dans ses façons de travailler, méthodique et organisé, ayant le goût du contact, la fibre commerciale, l’envie de s’intégrer dans un réseau professionnel pré existant en cours de développement tout en étant épaulé, accompagné par un cabinet spécialisé. Il est impératif que le personnel sélectionné puisse accéder rapidement (sous 6 mois) à l’autonomie.

Conditions particulières :

  • Etre titulaire du certificat de bonne conduite
  • Etre en capacité de ne percevoir une rémunération qu’à la conclusion de la 1ère affaire (en règle générale, plusieurs mois)
  • Etre titulaire du permis B – Posséder une voiture – Habiter la région : 84/30/34/26/13
  • Avoir une autonomie en communication : ordinateur/téléphone portables
  • Accéder ou être en capacité d’accéder au statut d’auto entrepreneur
  • Acheter le logiciel immobilier commun : coût 240€ remboursés à la conclusion de la 1ère affaire.

Rôle du Cabinet GARNIER :

  • Informer/ sélectionner/former les candidats retenus
  • Mettre en place la formation continue ad hoc - valoriser le parcours d’intégration par l’accès aux diplômes de la filière : capacité, le cas échéant : certificat

Statut :

  • Auto entrepreneur (travailleur indépendant) oeuvrant au sein d’un réseau fédéré.

Rémunération :

  • Sur commission après vente bien immobilier ou sur conclusion de prêt.
  • Commission incrémentée sur le chiffre d’affaire
  • Rémunération substantielle à compter de 4 ventes conclues par an.

Pour candidater :

Adresser par mel dossier comprenant : CV + Lettre de présentation avant le 10 octobre 2014 à : Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.
copie à : Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.
Pour tout renseignement : Philippe GARNIER : 06 76 38 60 53/09 73 19 59 50

Le Képi Blanc

 

La pluie d’octobre tambourinait sur les carreaux. Devant une photographie, une bougie dansait sur le bureau. La rengaine qui pleurait depuis minuit empêchait, avec tout son bruit, l’insomnie de se retirer. Laissait Malory s’embourber dans les méandres de ses souvenirs avec le fantôme de cet amour qui la torturait depuis bien des jours.

— Le képi… grenier… la malle en osier… tu… tu comprendras... avait réussi à balbutier sa mère avant de fermer les yeux à tout jamais.

Demain, en suivant son cercueil couvert de fleurs, elle l’accompagnerait en sa dernière demeure. Après, elle irait dans le grenier, comme sa mère le lui avait demandé.

Son cœur en deuil, troublé d’étranges émotions, se balançait entre tristesse et appréhension avec en leitmotiv cette lancinante question : quel lien entre le grenier et le képi ?

Dans l’attente de comprendre ce que la mort lui avait interdit de lui révéler en abrégeant son dernier souffle de vie, Malory déversait son chagrin en longs sanglots comme la pluie qui frappait sur ses carreaux.

Avec mélancolie, du grenier des souvenirs enfouis, elle poussa la lourde porte en chêne d’une main incertaine. Avec les odeurs et les objets du passé dans la pénombre, se trouvait une masse sombre : la malle en osier sur laquelle attendait, pour être bercée, une poupée au regard figé. Comme sa solitude lui faisait peine, Malory la déposa sur une commode ancienne afin qu’elle tienne compagnie à l’ourson gris qui y était déjà assis.

Puis devant cette malle qui, probablement devait renfermer un secret, elle hésita un instant....

© M. De Rodrigue

 

Détails du livre

Auteur : M. De Rodrigue

Rubrique : Littérature

Style : Romans amour

Format : 14,8x21cm (Exlibris)

Impression : Noir & Blanc

Pages : 190

Référence : 115894

Acheter ce livre : http://www.thebookedition.com/le-kepi-blanc-m-de-rodrigue-p-115894.html

Appel à témoins

Publié le 9 octobre 2014 par légionnaires-officiers

CbA Faulques. Huile sur toile d'Isabelle Maury

Appel à témoins

Très peu de témoignages nous parviennent malgré les nombreuses sollicitations et « appels à témoins » faits auprès de ces mémoires vivantes que sont nos anciens légionnaires. Le constat est sans équivoque : timorés, craignant le qu’en dira-t-on d’une sorte de mise en avant de soi, ou ce que l’on pourrait penser du style de leur écriture, les anciens se défaussent et rarissimes sont les témoignages qui nous parviennent, alors que ces vieux soldats peuvent être si prolixes lors de retrouvailles traditionnelles comme à Camerone, aux fêtes « légionnairement » carillonnées : saint Georges, saint Michel, sainte Barbe, etc. C’est pourquoi, histoire “d’amorcer la pompe”, ce témoignage pourrait, devrait servir d’exemple, d’incitateur et inspirer nos anciens à se lancer dans l’aventure pacifiste de l’écriture. Ils ont beaucoup de choses passionnantes à nous faire partager de leur vécu légionnaire.

Vocation enfantine

“Jeune garçon, chaque année le 14 juillet, je me trouvais avec mon père devant le petit écran pour voir défiler notre armée. De ce rendez-vous annuel, j’ai gardé, caché au fond de ma mémoire, l’image vivace de cette splendide avenue où la musique de la garde républicaine entrainait, de tous ses cuivres et batteries, les écoles militaires, les fantassins, les chasseurs, l’infanterie coloniale et, une fois leur passage effectué, un grand vide impressionnant s’installait, un silence auguste envahissait l’atmosphère… Alors, dans les années avec, car il y avait des années sans, se faisaient entendre au loin les notes bien scandées du fameux refrain de la Légion: “Le boudin”. A ce moment tout le monde relevait la tête et regardait vers « l’Arche immense ». C’était la Légion qui arrivait. Elle était là, majestueuse dans sa cadence, impeccable dans son port, imperturbable dans son allure. D’abord les sapeurs-pionniers, barbus habillés de fauve, portant à l’épaule une hache de bûcheron, précédaient le prestigieux tambour-major qui lançait vers les hauteurs la canne symbole de sa fonction et donnait la cadence devant la musique rugissante ; les tambours battaient d’une façon vive, juste et si dextre que les baguettes semblaient disparaître dans la rapidité des mouvements, les clairons faisaient virevolter leurs instruments renvoyant, avec les hélicons, des reflets de soleil cuivrés, le cri aigu des fifres semblait vouloir percer jusqu’au ciel. Un légionnaire portait un instrument à clochettes, orné de queues de cheval qui, étrangement, semblait ne produire aucun son, mais comme c’était beau. La musique de la Légion, forte d’une centaine d’exécutants avançait tranquille et sereine derrière ses chefs, la grosse caisse et les soubassophones donnant la cadence, assurant le rythme. Venait ensuite, chamarré d’or et aux plis couverts de gloire, le drapeau. Emblème chargé d’inscriptions, de rubans de décorations, de fourragères, il devançait avec sa garde austère les compagnies qui défilaient dans un alignement parfait. Les légionnaires coiffés du képi blanc avançaient au pas Légion, ce pas lent qui donne le sentiment que rien ne peut arrêter la masse qui s’avance. Ils avaient fière allure ces hommes aux visages impénétrables portant des épaulettes vertes à franges rouges, la taille prise dans leurs ceintures de flanelle bleue. Dans les tribunes personne ne bougeait. Je ne perdais pas une miette de l’événement, je voulais moi aussi “faire légionnaire” ; alors, immuablement, une grande émotion me submergeait quand, brusquement, fusait de toutes parts une énorme acclamation. Une grande clameur s’élevait de la foule, les gens criaient: “Vive la Légion”. Plus tard, j’apprenais que cette troupe magnifique avait laissé partout, sur tous les continents, des tombes où reposaient les siens. Je découvrais aussi, enchanté, qu’il y avait des poètes, Alan Seeger, Pascal Bonetti, Arthur Nicolet et bien d’autres dont le capitaine de Borelli qui, au Tonkin en 1855, composa un magnifique poème à la mémoire des hommes de sa compagnie. Une véritable institution qui avait son magazine Képi Blanc, ses « Invalides » où elle héberge les siens qu’elle n’abandonne jamais, ses œuvres, ses chants, son folklore intime, son musée, ses peintures, ses musiciens, ses artistes. Son œuvre est immense. Mais avant tout cela, elle a ses héros, qui furent de tous les coups durs, toujours présents sur les champs de bataille lorsque se livrait un combat sans merci et qui sont morts pour les causes les plus nobles et les plus belles. Pour la France ils ont versé leur sang, sacrifié leurs vies. Enfin, j’ai découvert le monument aux morts de cette troupe à nulle autre pareille. Dans le culte du souvenir, au cœur de la maison-mère, quatre légionnaires de bronze montent la garde autour d’un globe terrestre: “La Légion à ses morts”. Je ne peux que m’incliner devant ces généreux étrangers qui sont morts pour un pays qui n’était pas le leur, mais qui représentait à leurs yeux, une terre de liberté. Comment donc aurai-je pu ne pas être des leurs, ne pas être ce légionnaire que je suis fier d’avoir été et d’être encore à travers mon amicale ? Je suis devenu, moi aussi, de ceux [trop bien dressés par la désillusion et la souffrance pour ne pas avoir fait de leur vie un accessoire qu’on donne pour rien, si cher qu’on la vende…] ».

Légionnaire anonyme

Le général d’armée Jean Olié de 1924 à 1962

Le colonel Fesneau, qui a été aide de camp du général Olié, a fait éditer en 1996 une plaquette dans laquelle est soulignée la forte personnalité et les services rendus par « Jean Olié, général d’armée ». Pensionnaire aux Invalides, il avait totalement perdu ses brillantes facultés intellectuelles et mentales. « Homme de foi, écrit son aide de camp, oblat de Saint-Benoît, le général Olié souffre sans se plaindre, et attend en soldat l’appel qui lui viendra un jour du Seigneur. » Cet appel est venu le 30 mars 2003 et ses obsèques ont été célébrées à la chapelle de l’École militaire le 1er avril, selon un cérémonial simple que le général lui-même avait fixé en 1970. Le général Gobillard, gouverneur des Invalides, a prononcé son éloge funèbre, avant que Jean Olié ne soit inhumé au carré de la Légion à Puyloubier, aux côtés du colonel Jeanpierre. Les lettres et documents conservés dans ses archives personnelles présentent un intérêt historique, dont fait état le présent article. Les écrits du général Olié, qui ne sont pas abondants, nous décrivent de l’intérieur ce que fut l’armée des années 1920 à 1960, sur laquelle il nous donne un remarquable et vivant témoignage.

Fidèle à la tradition patriotique de sa famille (son père et ses oncles ont été tués à la guerre de 1914), Jean Olié fait partie de la promotion du Rif de Saint-Cyr (1924-1926). Dans un article de 1977, il évoquera ses souvenirs de l’École spéciale militaire : « Idéalisée par le sacrifice des anciens. Un engagement mystique nous liait à nos morts. Il nous faisait légataires de l’esprit Saint-Cyrien [...]. L’honneur intransigeant, le refus de toute médiocrité et de tout calcul, l’élégance morale et chevaleresque avec un brin de panache l’inspiraient. Notre style de vie ressemblait à celui d’un noviciat, son régime était rude [...]. En fait nous sommes tous fondus dans le même moule. Notre collectivité concilie l’esprit aristocratique – car nous devons tous appartenir à une élite – et l’égalité démocratique – car chacun a le même devoir. » Cependant, ajoute-t-il, « nous étions de nombreux camarades que consternait le manque absolu d’ouverture sur l’extérieur [...]. Cette parenthèse fermée, ce qui m’intéressait le plus c’était l’instruction militaire. Les qualités humaines du lieutenant Carolet, chef de section, lui valaient un légitime prestige [...]. Son exemple nous fit comprendre que l’autorité n’exclut pas l’amitié et nous fit sentir la portée du rayonnement [...]. Ainsi l’École – en dépit de certaines imperfections comme en comporte toute institution – nous a donnés à l’Armée aptes et déterminés à entreprendre ce pourquoi nous sommes faits [...]. Si Saint-Cyr venait à disparaître ou à être transformé de façon que son esprit s’efface alors il manquerait à la France quelque chose d’irremplaçable ».

Ce magnifique hommage au « Vieux Bahut » n’exclut pas la critique ayant trait à l’enseignement général. Son affectation à l’École comme sous-lieutenant instructeur lui donne l’occasion de recueillir l’opinion des instructeurs plus anciens sur « la politique générale, la dégradation de nos forces, la réduction des effectifs, la perte de prestige de l’uniforme, la lenteur de l’avancement, la modicité de la solde [...]. Pour moi, c’est la première rencontre avec le malaise des cadres, lointain écho aux plaintes de Vauvenargues et de Vigny ».

Lui-même prend la liberté de confier à ses camarades sa perplexité au sujet de la manœuvre tant offensive que défensive prévue par le RM II (Règlement). « À l’époque, le dogme de la toute-puissance du feu régnait sans partage ; son instrument était le couple infanterie-artillerie. En cherchant bien, je ne repère aucune recherche de la décision par d’autres moyens, encore moins aucun recours à l’audace stratégique [...]. Mes interlocuteurs, à l’exception de Carolet, se montrent étonnés et réprobateurs : cette doctrine était le Règlement, c’était l’enseignement fondamental de la Guerre qu’ils avaient faite ; c’était enfin la pensée du maréchal Pétain qu’ils vénéraient. »

La carrière d’officier d’Olié est ensuite partagée entre la Légion et les Affaires indigènes (AI). Il combat au Maroc dans les rangs du 4e RE en 1928 ; titulaire de deux citations, il est blessé en septembre 1933, et est affecté alors à la direction des Affaires politiques. Dans son texte de 1977, il rappelle l’enthousiasme qui fut le sien lors de son service au Maroc « joie d’appartenir à l’Armée d’Afrique, frivole d’apparence mais glorieuse à juste titre ; grandeur de participer humblement à l’entreprise lyautéenne qui avait rappelé à la nation le sentiment de sa mission civilisatrice ; prime expérience des réalités de l’initiative et de la responsabilité ; séduction du bled et de ses gens ; conquête de soi enfin [...].

« La Légion me prit entièrement comme le premier amour auquel un être demeure à jamais fidèle. Je devais y servir à plusieurs reprises [...].

« Maints métropolitains de stricte obédience considèrent les “Africains” avec la condescendance indulgente de l’aîné envers le cadet qui se laisse aller à des fredaines. En toute impartialité l’armée d’Afrique, solide et joyeuse, est une belle et noble école où l’énergie se forge durablement au feu de l’expérience. Ses souvenirs affluent à ma mémoire. Je m’y abandonne délibérément.

« Son exceptionnel recrutement de Nord-africains et d’étrangers lui confère originalité, combativité et valeur opérationnelle. Il va de soi que les liens unissant officiers, sous-officiers et soldats sont très forts. Dans une telle existence, les relations se fondent sur la confiance et l’estime réciproque. Les rapports hiérarchiques sont empreints d’un humour qui refuse de dramatiser ainsi que du sens du relatif qui remet choses et gens à leur vraie place. »

Suit un hommage à l’adversaire marocain et à l’œuvre de Lyautey.

« Ce métier dont j’avais rêvé est exaltant. C’est aussi la belle aventure que j’avais souhaitée. Il s’en élève un parfum à la fois âpre et grisant. Nous avons affaire à un adversaire valeureux, intrépide et fier qui veut défendre sa liberté. Il se bat avec acharnement. Vaincu après un ultime baroud – baroud d’honneur – sa soumission au Maghzen est scellée, dans un rite antique, par le sacrifice d’un taureau ou d’un chameau. C’est le couronnement de l’action militaire proprement dite conjuguée avec l’action politique des Affaires indigènes que je devais bien connaître : le dissident d’hier est devenu notre protégé et notre allié.

« Impériale réussite d’un maréchal de France de la IIIe République, l’application qui découle du principe du protectorat est conforme au généreux humanisme de notre pays. L’objectif final, plus ou moins éloigné, sera atteint lorsque l’évolution de l’État protégé lui permettra de se libérer de la tutelle de la Nation protectrice en accord avec celle-ci. Cette haute conception que Lyautey tenait de Galliéni, son chef au Tonkin et à Madagascar, donne son plein sens et sa véritable justification à notre action militaire au Maroc.

« Chacun s’enorgueillira d’appartenir à la grande équipe des pacificateurs, bâtisseurs et organisateurs de l’empire chérifien restauré et modernisé. »

Reçu major au concours d’entrée à l’École supérieure de Guerre, il est affecté à l’état-major de la 4e DI et cité en novembre 1939 pour des actions de reconnaissance en territoire allemand ; blessé et fait prisonnier en mai 1940, il s’évade immédiatement. Le général Huntziger le considère comme un « officier d’état-major de tout premier ordre. Actif, passionné de son métier, allant toujours au-devant des intentions de ses chefs, aimé de la troupe, s’imposant à elle par sa haute compréhension du devoir, par son sens tactique avisé et par sa magnifique attitude sous le feu ».

Après un nouveau séjour au Maroc, il devient chef du 3e Bureau de la Première Armée, puis chef de cabinet du général de Lattre. Il participe au débarquement de l’île d’Elbe avec l’échelon de tête qui est cloué au sol par le feu ennemi, puis à celui de Provence, avant d’avoir « l’insigne honneur d’être le chef du légendaire régiment de marche de la Légion, mon plus beau commandement [...] » Il suit les bataillons au plus près, payant sans cesse de sa campagne, le RMLE est « partout au premier rang des combats livrés par la 5e Division blindée, admiré de tous, recevant et assénant les coups les plus rudes, triomphant des résistances les plus acharnées au prix de sévères sacrifices ».

En 1946, Olié commande les territoires d’Agadir et les Confins algéro-marocains, puis dirige le cours des AI à Rabat en 1948. À la tête du Groupement autonome de la Légion étrangère à Sidi Bel Abbès en 1950, il est chargé par de Lattre de former les renforts pour l’Indochine.

Il est, en 1951-1952, adjoint du général Guillaume, résident de France au Maroc, puis dirige l’ESMIA de Coëtquidan en 1954-1955. De janvier à septembre 1956, il est commandant civil et militaire de Kabylie. Après un séjour au CHEM comme directeur des études, il revient en Algérie à la tête du corps d’armée de Constantine en août 1958. Il est chef d’état-major particulier du général de Gaulle en avril 1960. Chef d’état-major général de la Défense nationale en mars 1961, il est promu Grand Croix de la Légion d’honneur et nommé commandant en chef pendant le putsch d’Alger ; il donne sa démission en août et quitte le service le 1er novembre 1961.

Parmi les aspects peu connus d’une carrière très active, on retiendra les difficultés rencontrées lors de son commandement en Kabylie :

—  il renonce à visiter les communes mixtes, après avoir constaté que les anciens combattants convoqués à cette occasion sont égorgés à leur retour dans les villages ;

— les groupes messalistes auxquels les Services secrets avaient confié des armes (Action K, dite Oiseau bleu), désertent le 1er octobre ;

— il doit ménager les commandants de division qui se trouvent sous sa juridiction (27e DIA et 7e DMR aux ordres des généraux Gouraud et Beaufre).

À son départ de Kabylie, la déclaration du ministre résident Robert Lacoste, selon laquelle il a su redresser la situation en quelques mois et obtenir d’importantes manifestations de loyalisme, apparaît prématurée. La sécurité en Kabylie ne sera rétablie qu’avec les opérations du plan Challe. La volonté du gouvernement de rétablir des préfets civils est sans doute à l’origine de cette relève précipitée.

Le commandement du corps d’armée de Constantine permet en revanche au général Olié de donner toute sa mesure. Alors qu’il avait été réservé sur le 13 mai 1958, il adhère totalement au plan de Constantine qui doit selon lui conduire à la défaite du FLN, et travaille de confiance avec l’équipe Challe-Delouvrier. Lorsque le ministre des Armées Guillaumat lui propose en avril 1959 de devenir chef d’état-major de l’Armée (Terre), il décline cette offre dans une lettre du 16 avril :

« L’affaire algérienne est l’affaire nationale essentielle. Dans cette perspective la mission du corps d’armée de Constantine est la plus difficile [...] c’est une lourde responsabilité civile, militaire et politique [...].

« Je suis remplaçable, mais pas avant un certain temps. Je suis sûr de la confiance du général Challe et de M. Delouvrier. Après une nécessaire adaptation, je commence à avoir le contact, je puis faire sentir mon action sur les officiers, les fonctionnaires, la troupe et les populations [...]. Il est difficile de constituer une équipe [...] il faut y regarder à deux fois avant de la détruire.

« Il est certain que l’Est algérien se pacifiera, il faudra encore du temps. La période des grandes difficultés s’étendra jusqu’à l’été 1960. »

La nécessaire continuité du commandement est ainsi la première raison de son refus ; la seconde est qu’il n’est pas qualifié pour ce poste, n’ayant jamais servi à l’administration centrale.

Après avoir été chef de l’état-major particulier du chef de l’État, il succède en mars 1961 au général Ély [1] Cette nomination est marquée par de nombreux commentaires... [1] à l’état-major de la Défense nationale, et se rend immédiatement en Algérie. Il adresse au Premier ministre, le 26 mars un compte rendu pessimiste. Il constate une « perte de la confiance de l’armée dans le gouvernement et dans le commandement en général. [Certes], l’armée n’est pas hostile à la politique du général de Gaulle, [qu’elle interprète comme visant] une Algérie gouvernée par les habitants de toutes les communautés dans une étroite liaison. [Mais] le désaccord subsiste sur les moyens employés, l’absence d’une action dynamique de la part des autorités civiles ». L’inquiétude des militaires, qui seuls ont le contact avec la population du bled, concerne en particulier l’état d’esprit des milieux musulmans, qu’une « habile propagande », soutenue par « une presse néfaste et une information officieuse », persuade de la « victoire politique » du FLN et de « l’abandon » de la France. Dans cette ambiance défaitiste, « les musulmans engagés à nos côtés sont soumis à une intense propagande, non sans résultats. Il paraît nécessaire de réaffirmer avec force qu’ils auront une place de choix dans l’Algérie nouvelle ». En conclusion, le général Olié « demande que le général de Gaulle traite lui-même ce point délicat ». Pour nous qui connaissons la fin de l’histoire, il n’est pas besoin de souligner combien ce jugement est prémonitoire, tout en se faisant des illusions sur la politique qui sera suivie.

Moins d’un mois plus tard, le général Olié désapprouve l’aventure du putsch des généraux ; il estime qu’en cas de désaccord politique avec le gouvernement, un officier doit obéir ou partir. Nommé commandant en chef pour quelques jours, il accompagne M. Joxe dans un tour clandestin de l’Algérie. M. Peyreffitte a écrit dans C’était le Général qu’Olié dans l’avion était « vert de peur ». Cette information sur un officier qui, davantage que les civils qui l’accompagnaient, a fait ses preuves au combat, fait sourire. Il est sans doute plus exact de dire que confronté à la révolte d’une partie de l’armée dont il est le chef le plus élevé en grade, il était fortement inquiet, n’ayant rencontré que trois généraux pour soutenir le gouvernement : Fourquet, de Pouilly par discipline et Ailleret après avoir longtemps hésité (témoignage des officiers de son état-major de Bône).

Ayant repris ses fonctions de chef d’état-major général de la Défense nationale, Olié souligne « les illusions des putschistes », en même temps que « les défaillances des chefs » et estime qu’il faut « renouveler l’encadrement ». Mais il ne retrouve pas la sérénité, car il constate que des décisions graves sont prises sans que lui-même et les autres chefs d’état-major ne soient consultés. Il estime que les capitaines et les lieutenants ne doivent pas être sanctionnés. Il écrit à M. Debré, de qui il dépend, à plusieurs reprises.

Sa lettre du 22 mai 1961 confirme ses réserves. Des mesures délicates et essentielles : « l’élimination des officiers coupables, incapables ou irrécupérables, l’adaptation de l’armée à ses tâches prochaines, la valorisation de la condition militaire », sont prises sans consultation du haut commandement. Il n’a pas reçu le rapport du général Noiret sur les responsabilités des putschistes.

« Cette armée de 1961 risque de perdre confiance dans la nation et l’État, en elle-même et dans ses chefs. Elle comprend mal sa mission actuelle et ne connaît pas sa mission future... L’élimination de certains cadres pourrait être suivie de la démission des meilleurs éléments... Nos armées doivent être informées par leurs chefs. Il demande instamment que toute sa responsabilité soit redonnée au Haut Commandement. »

Dans une note personnelle du 8 juin 1961 à l’attention du Premier ministre, il revient sur le problème des sanctions. Il approuve la position prise par son adjoint le général Puget, qui s’oppose à la procédure accélérée et sans formalité prévue pour l’application des sanctions. Le cas de quelques dizaines d’exclusions ne justifie pas le recours à une procédure exceptionnelle, d’autant plus que la loi du 19 mai 1834 donne au ministre la possibilité d’éliminer tout cadre, sans convoquer un conseil d’enquête. Il donne donc un avis formellement défavorable et suggère que le général Noiret soit consulté.

Sa lettre du 14 juillet au Premier ministre constitue une remarquable synthèse sur l’évolution du conflit algérien. Elle souligne en particulier le déphasage entre les missions de l’armée et les données actuelles du problème algérien, ainsi que les responsabilités des gouvernements successifs. Elle mérite d’être largement citée.

Dans un rapide survol, le général Olié évoque la première période de 1954 à 1958 : « phase d’expériences et de tâtonnements. À côté des bandes de hors-la-loi, on découvre peu à peu l’organisation politico-militaire rebelle, ses structures, son emprise sur la population. On met au point les méthodes de lutte contre la rébellion... La conquête des populations est admise par tous – suivant les directives du gouvernement (je le souligne) – comme l’objectif fondamental.

« Cette phase est marquée en 1956 par la participation du contingent... ; dès lors la guerre d’Algérie devient une affaire nationale... Je dénonce personnellement alors l’engagement (voulu par le gouvernement) de l’armée dans le domaine politique et demande formellement qu’une sorte de “mobilisation civile” permette de remplir les tâches non militaires, non seulement de pacification, mais hélas de police, vers lesquelles le gouvernement engage l’armée, de plus en plus. Vainement.

« La seconde période va durer jusqu’en juin 1960. C’est celle de l’expansion, marquée par les espoirs d’option des populations en notre faveur après le 13 mai. Priorité fut donnée aux tâches de pacification. Pour reconquérir la population, on cherche à l’isoler et à la détacher de la rébellion. C’est l’époque des regroupements... des écoles et des dispensaires militaires, des crédits largement dispensés, de la création des autodéfenses, de la formation des responsables de villages, des centres de jeunes, etc. Simultanément l’étanchéité des barrages est assurée...

« L’unité d’action politico-militaire s’affirme par le duumvirat Delouvrier-Challe, nous atteignons le point haut de la courbe... On se rend compte, à Paris et Alger, que les fruits attendus ne sont pas mûrs, parce que la rébellion est encore trop forte et fait encore planer la peur sur les populations que nous voulons rallier. Priorité est alors donnée aux opérations tandis, que, toujours suivant les instructions du gouvernement, l’effort de pacification par l’armée est accentué. C’est une époque de dynamisme militaire : celle du plan Challe où de puissantes opérations sont montées en cascade par d’importantes réserves générales... cependant que l’OPA est traquée sans merci... et que sont développées les activités pacificatrices confiées à l’armée... en l’absence, ou du moins devant la faiblesse de l’effort civil que j’avais demandé trois ans avant.

« Nous entrons dans une troisième phase. Je l’appellerai sans détours, avec brutalité, phase de désengagement de l’armée face aux missions non militaires, caractérisée par l’interruption unilatérale des opérations offensives et la libération de nombreux prisonniers, l’ouverture d’un front urbain, la déflation des effectifs, et sur le plan politique pur, l’acheminement vers un État algérien indépendant. »

Cette situation est pleine de contradictions pour l’Armée, qui, attachée à l’Algérie, court sur sa lancée. Nous devrons compter avec la « sensibilisation » de l’armée depuis les événements d’avril. Elle s’ajoute en surimpression à l’attachement de nos cadres (et aussi de nos soldats) pour des coins de terre où l’armée a tant peiné, à ses écoles et à ses infirmeries qu’elle a créés, aux nouveaux villages qu’elle a construits, à toutes ses réussites dans le bled qui sont sa fierté. Depuis mai 1958, elle a pris des engagements, en suivant d’ailleurs les instructions du pouvoir.

Il faut donc changer les missions de l’armée, faire effort sur la sécurité et réduire les tâches de pacification. L’armée et la nation doivent être informées sans tricherie de notre politique militaire en Algérie. Une campagne d’information psychologique devrait précéder une déclaration gouvernementale. Par discipline, l’armée se résoudra alors à « se désengluer » des problèmes non militaires. La nouvelle directive sur les missions doit suivre la définition nette, précise et ferme par le gouvernement de sa politique militaire en Algérie.

Le problème qui se pose est celui de la dépolitisation de l’armée. Les conflits d’Indochine et d’Algérie ont été politisés. Les gouvernements ont engagé l’armée dans des tâches non militaires. L’action psycho-politique a été acceptée par le commandement et le gouvernement. On ne peut reprocher aux exécutants d’avoir fait cette guerre politique, et... d’avoir voulu la gagner.

Cette analyse est suivie de propositions d’études à confier au Comité de défense :

—  dans l’hypothèse de l’association, les besoins de la défense en Algérie et au Sahara (bases de souveraineté, stationnement des forces, clauses de stationnement) ;

—  dans l’éventualité d’un regroupement sans association réelle, les besoins minimes de la défense en Algérie, et la définition de la politique française au Sahara.

Le général Olié note enfin l’acuité des problèmes maghrébins. Il estime que nos diplomates, et l’amiral Amman, ne tiennent pas assez compte de la « duplicité musulmane ». Les ambitions de Hassan et de Bourguiba sont démesurées. Alors que le Maroc fait pression face à Béchar, et revendique le Touat, Gourara et la Mauritanie, la position de Bourguiba sur Bizerte est inadmissible. Il ne faut pas lui céder.

Le général Olié avait-il été convaincu par de Gaulle de la nécessité de donner l’indépendance à l’Algérie ? On peut en douter, car sa lettre du 14 juillet 1961 n’envisage que l’association et le regroupement sans association, et non l’abandon total qui sera finalement retenu.

La rupture avec le général de Gaulle intervient en juillet 1961, à la suite d’une intervention d’Olié en faveur du colonel Coustaux, éminent officier polytechnicien, et du fils du général Jacquot. Le chef de l’État le reçoit le 28 juillet, puis lui adresse un message verbal, dans lequel, après avoir pris connaissance d’une lettre de M. Messmer, ainsi que du dossier Coustaux, il écrit que :

« 1 / Le colonel Coustaux a été un participant actif et considérable à l’insurrection militaire d’avril ; 2 / cet officier doit de toute façon passer devant la justice ; 3 / ce n’est pas la lettre d’un officier général, si éminent soit-il (Olié), qui change quoi que ce soit à la culpabilité de Coustaux. Un témoignage de moralité n’est pas une disculpation ; 4 / il est déplorable à tous égards que le général CEMGDN ait pu à ce point confondre ses sentiments à l’égard d’un homme et son jugement au sujet d’une faute aussi grave.

« Je l’ai dit formellement au général Olié. S’il devait être fait état de sa lettre au cours de l’audience du tribunal, sa position dans son poste actuel, voire en activité, deviendrait sans doute impossible. »

Le tribunal ne confirmera pas ce jugement comminatoire. Il reconnaîtra le non-lieu de Coustaux, que le ministre des Armées mettra à la retraite d’office.

Le même jour (28 juillet), le général Olié écrit à M. Debré. Il lui fait part de son entretien douloureux avec le chef de l’État, et des reproches qui lui ont été infligés. « Au-delà de cet incident, écrit-il, le problème s’élargit pour moi. Aux soucis précis de santé dont je vous ai fait confidence s’ajoute la conviction que les choses, l’organisation, les hommes étant ce qu’ils sont, je ne suis pas, je ne suis plus à ma place. »

Le 16 août, après avoir reçu la lettre de démission d’Olié, le général de Gaulle lui adresse une lettre manuscrite dans laquelle il se déclare navré et très ému. « C’est l’état de votre santé, écrit-il, qui vous détermine à m’adresser cette demande... J’apprécie votre hauteur d’âme... Venez me voir à votre retour à Paris. Si votre décision est irrévocable (je voudrais) voir avec vous comment les choses devront se passer dans l’intérêt de l’armée. »

Alors que M. Debré et M. Messmer essaient de le faire revenir sur sa décision, de nombreuses personnalités expriment leurs regrets au général Olié : général Ély le 30 août, de Rougement le 21 août, de Vernejoul le 22 août, Partiot le 29 août, Martin et amiral Cabanier le 27 octobre, de Boissieu le 30 octobre (très personnelle) ; Michel Debré exprime son « souci de la manière dont l’armée apprendra votre retraite ». Le général Dodelier souhaite que son « départ ne puisse être interprété tendancieusement par l’opinion ». Il faut éviter de faire des vagues !

Dans une lettre du 29 novembre 1961, le chef de l’État fera l’éloge de la personnalité éminente d’Olié ; de « sa capacité militaire exemplaire », et exprimera le regret qu’il a de le voir partir « pour de graves raisons de santé ».

Ce n’est évidemment que le prétexte officiel, que le général Olié se gardera de démentir. Mais à côté de son désaccord sur les sanctions infligées aux officiers qui n’ont fait qu’obéir à leurs chefs, le colonel Fesneau estime que le général Olié ne voulait pas prendre la responsabilité de désengager la France de l’OTAN, mission que lui avait annoncée le général de Gaulle. Il dira qu’en cas de conflit entre sa conscience et les ordres reçus, il faut toujours choisir la voix de sa conscience.

Après son départ, il constatera que son courrier et son téléphone sont surveillés, et que Mme Olié n’est plus invitée. En 1962, il conseillera au général Partiot, commandant la subdivision de Versailles de refuser de désigner un peloton d’exécution pour le général Jouhaud. Il adressera également au Tribunal militaire un témoignage de moralité en faveur du lieutenant légionnaire Godot (ce dernier lui adresse une lettre de remerciement). Mais il refuse les sollicitations des médias :

« Sollicité d’écrire mes mémoires et souvenirs, de donner mon témoignage sur les événements, les hommes, les situations, d’accorder des interviews, ma ligne de conduite inébranlable a toujours été de décliner ces offres, du fait de mon éthique personnelle : discrétion vis-à-vis d’autrui, pudeur réservée vis-à-vis de moi-même en raison des responsabilités que j’ai exercées et aussi de mon éducation militaire. Pour certains d’entre nous, seul le silence est grand pour ce qui nous tient à cœur. »

« L’information, poursuit-il, est un mal de notre époque (un mal dans certains domaines à tout le moins, car elle est utile dans d’autres, mais c’est comme la langue du vieil Ésope : le meilleur et le pire), mal nécessaire et inévitable estime-t-on généralement. L’armée actuelle s’y donne à cœur joie sans réussir que je sache à effacer les critiques ou à secouer l’indifférence dont elle est l’objet.

« Pour défendre tel ou tel point de notre appareil militaire, un officier est bien souvent mal armé pour ne pas tomber dans le piège perfide qu’un journaliste, plus ou moins bien intentionné, peut dresser sous ses questions : nous en avons des exemples pénibles.

« Enfin, à la rigueur, on peut en appeler au témoignage d’un ancien soldat pour un fait passé et clos. On ne saurait, à mon sens, recourir à quelqu’un qui a quitté l’uniforme pour traiter un phénomène militaire toujours vivant, en constante évolution, car ce témoignage risque d’être déphasé par rapport à la politique militaire du moment, sinon même en opposition avec elle.

« L’armée d’aujourd’hui, dans son esprit, son éthique, son organisation, ses hommes et ses matériels tout autant que dans son emploi, s’éloigne de plus en plus de l’armée d’hier que j’ai servie, et elle en train d’atteindre le “point de non-retour”. »

Il fera quelques travaux de géopolitique, et n’acceptera pas les hautes fonctions qui lui seront proposées : ambassade en Amérique du Sud ou en URSS, poste de grand chancelier de la Légion d’honneur. Il rédigera quelques articles : sur le maréchal de Lattre, sur ses camarades Lemarchand et Andolenko, sur « le vieux chef » (le général Dunoyer de Segonzac), et sur « les années d’apprentissage d’un Saint-Cyrien » (cité plus haut).

Parmi les hommages qui lui ont été rendus au cours de sa carrière, on retiendra ceux du général Bridoux en avril 1941, celui du général de Lattre en juin et août 1945, celui du commandant supérieur américain en Méditerranée, qui le 23 mars 1945 cite le chef du 3e Bureau de l’Armée B, dont le rôle a été inestimable grâce à son jugement infaillible et à son appréciation sur les possibilités des unités françaises. Les services qu’il a rendus ont été un facteur décisif du succès des débarquements, et par suite, de la Libération de la France.

Le général de Gaulle, en janvier 1970, rappelle sa personnalité éminente, sa capacité militaire exceptionnelle dans son commandement du corps d’armée de Constantine, au moment le plus important des opérations et de la pacification en Algérie, puis comme chef de son état-major particulier, enfin celui de la Défense nationale. Il loue son caractère irréprochable et, par-dessus tout, une valeur morale exemplaire.

Par son expérience de soldat, et par ses écrits, sommairement rapportés ici, Jean Olié a particulièrement mis en lumière la qualité de la formation à Saint-Cyr, et le rayonnement de l’armée d’Afrique et de la Légion. Son intelligence des situations tactiques dans les campagnes du Sud-Maroc, de France et du débarquement est remarquable, ainsi que son appréciation des rapports du politique et du militaire dans la guerre d’Algérie, et sa prudente méfiance envers les médias. Sa foi religieuse, qui le conduisit au mysticisme des oblats, n’a pas besoin d’être rappelée. Mais il faut sans doute souligner, pour les jeunes générations, ce que fut sa conception de la discipline, de la fidélité et de l’honneur, qu’il a lui-même exprimée en traçant le portrait de son camarade de promotion et ami Dunoyer de Segonzac [2] Témoignage du général Jean Olié, dans Le vieux chef,... [2] :

« Par expérience, il avait compris que seule l’adhésion peut conférer à l’obéissance son efficacité et que cet assentiment vient avant tout du prestige personnel du chef. Il réussit toujours à rester fidèle à l’esprit de discipline sans renoncer pour autant à faire connaître ses convictions. Il sut aussi ne pas subir, confirmant par son exemple la valeur de son éthique. Cela ne signifie pas qu’il ne connût jamais ce combat intérieur – honneur et douleur du soldat – où l’affirmation du caractère s’affronte à l’humilité de l’obéissance. Convaincu de la nécessaire neutralité de l’armée, il fut un archétype du soldat dans la nation. C’est à l’épanouissement de la condition humaine qu’il se voua. Dans le combat qu’il mena, c’est l’homme qu’il s’agissait de sauver. »

Notes

[1]

Cette nomination est marquée par de nombreux commentaires dans la presse, parmi lesquels on notera le Times du 3 février : « Un intellectuel à la tête de l’Armée ». M. Delouvrier le félicite le même jour, en souhaitant qu’il puisse « guider l’armée dans la crise qu’elle traverse ».

[2]

Témoignage du général Jean Olié, dans Le vieux chef, mémoires de Pierre Dunoyer de Segonzac, Le Seuil, p. 221. Il faut rappeler que cet officier de cavalerie blindée, héroïque combattant en 1940, créa l’École de cadres d’Uriage qui forma de jeunes responsables destinés à l’élite de la nation, avant de les entraîner dans la Résistance. Pendant la guerre d’Algérie, il donna une remarquable impulsion au Service de formation de la jeunesse algérienne. À la fin du conflit, il s’intéressa aux harkis rapatriés. Très lié à son camarade Olié, il lui demande de rédiger l’Avertissement à ses Mémoires.

Pour citer cet article

Faivre Maurice, « Le général d'armée Jean Olié de 1924 à 1962 », Guerres mondiales et conflits contemporains 3/ 2004 (n° 215), p. 107-117
URL : www.cairn.info/revue-guerres-mondiales-et-conflits-contemporains-2004-3-page-107.htm.
DOI : 10.3917/gmcc.215.0107

Patria obscura

le film

Un photographe part sur les traces de ses grands-pères militaires morts depuis longtemps, Pierre le légionnaire et Paul le parachutiste. Il explore avec eux l’histoire de sa famille, une histoire bornée par les guerres, rongée par les silences et les non-dits. Il dévoile dans un film impudique le roman d’un pays, la France, en guerre avec elle-même.

Patria obscura est un long-métrage documentaire d’1h23 produit par Les Films du Jeudi (DCP-HD 16/9). Il est distribué par DHR et sort en salles en France le 22 octobre 2014. Le film est soutenu par le CNC (fonds d’aide à l’innovation audiovisuelle, fonds Images de la diversité, avance sur recettes après réalisation), par la région Limousin (aide à la production), par la SCAM (bourse Brouillon d’un rêve audiovisuel), et par l’institut Faire Faces (programme Interreg IV de l’Union Européenne).

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Je suis Français. Je veux regarder en face l’histoire dont je suis l’héritier. Je veux interroger un récit familial et national qui ne va pas de soi. Je suis Français de souche comme on dit, de cette souche vantée par les nationalistes et méprisée par les humanistes. Je refuse l’orgueil que me promettent les uns et je refuse la honte que me prescrivent les autres. Le pacte est rompu. Je suis Français et je refuse de me résigner au repli, à la défense, même passive, surtout passive, d’une permanence figée et imaginaire de l’identité française. Je suis photographe et je veux faire un film qui porte mon refus. Je veux donner à voir mon histoire, affirmer ma place. Tenir debout face à la violence symbolique d’une identité nationale asservie.

le livre

Patria lucida est un livre de photos et de textes de 180 pages, format 20×28, à paraître en octobre 2014 aux éditions Le Bord de l’eau.

Patria lucida et Patria obscura sont les deux faces d’un même examen du passé, entre désir d’identité et refus d’injonction identitaire.

 

 

Le manuscrit est lauréat de la bourse Brouillon d’un rêve d’écriture de la SCAM et a reçu le soutien à l’édition de la région Limousin.

« Les temps étaient accomplis, l’heure venue, pour le rejeton d’une lignée de militaires de carrière, de faire retour sur les trois générations qui sont l’éternité ici-bas. Ce sont les innocents de 1968, devenus grands, qui s’enfoncent, les yeux ouverts, dans un passé dont l’étreinte s’est desserrée en cette année fameuse, après la fin des guerres coloniales et de la petite paysannerie, avec la déchristianisation, la disparition de la vieille société patriarcale et des antiques interdits. La loi de l’histoire que nous écrivons, vaille que vaille, nous oblige à prendre acte des chapitres précédents pour ne pas les répéter. C’est à cette condition que nous inventerons celui qu’il nous incombe de rédiger. »

Pierre Bergounioux

J’ai découvert tardivement l’œuvre de Pierre Bergounioux. C’était à l’automne 2007, je pressentais que mon travail de collecte photographique, mené des années durant, touchait à sa fin. La lecture des Carnets de notes ne m’a pas seulement ouvert la porte d’une œuvre titanesque, elle m’a convaincu de la nécessité d’actualiser mon regard sur les centaines de planches contact, les milliers de photographies récoltées avec mon vieux 6×6. « Le fait de voir une chose pour ce qu’elle est change la chose, change le monde, et nous change. Ce qui nous accablait, nous aliénait, perd de son pouvoir. Le monde n’est ce qu’il est que parce qu’il inclut l’idée qu’on se fait de lui. » J’étais sidéré par l’ampleur du projet littéraire d’un écrivain habité par la question des origines : déchiffrer l’énigme du monde, interroger l’existence soumise au travail du temps. Bergounioux me persuadait de tenir. Alors j’ai vu, incrédule, les images du passé comme épinglées au mur, mises à distance du tréfonds, couchées dans les deux dimensions des photos. C’en était fini du ramassis de douleurs et de hontes qui m’accablaient. Le temps était venu de regarder en face l’histoire dont j’étais l’héritier. Mon double désir était inavouable. Non, je ne me trompais pas d’objet, non je ne confondais pas les formes. Je ferai un film et je ferai un livre.

 

J’ai fait part à Pierre Bergounioux de cette double forme dont j’avais rêvé, Nous avons imaginé un livre ensemble, Patria lucida, un travail complice autour des photos carrées, une sorte de face-à-face. Il y a le récit de celui qui voit. C’est le récit à la première personne d’un photographe qui tourne l’objectif vers lui, qui rassemble les traces d’un passé mal assumé. Il y a le regard posé sur celui qui voit. Bergounioux éclaire l’intime d’une lumière universelle, il relie nos petites vies aux mouvements de l’histoire.

Rendez-vous le 22 octobre 2014 pour la sortie conjointe du livre et du film.

ST MICHEL 2014

La FSALE dossier KB N° 769

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La Newsletter 14/13 de l'AALEME

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La Newsletter 14/13 de l'AALEME

Extraits de l’hommage émouvant rendu par son camarade de promotion, le lieutenant-colonel (er) André Barraquier, au Colonel Jean Sarrabère.

Colonel Jean SARRABERE, commandeur de la LH, le 10 août, à presque 87 ans


Salut Sarrabère ! Donne-moi la force nécessaire pour contenir mon émotion pour que je puisse aller au bout de cet hommage que je tiens absolument à te rendre.


Après quatre ans au prestigieux Prytanée Militaire de La Flèche, tu es admis à l’École Spéciale Militaire Interarmes, notre chère école.


Saint-cyrien de la promotion GARIGLIANO, à la sortie de l’École d’application de l’infanterie à Saint-Maixent, où nous nous sommes côtoyés pour la première fois en 1951, tu ne choisis pas la Légion mais le 3e Régiment de tirailleurs algériens à Constantine.


Puis, passé par Bel Abbès tu arrives au 5e Régiment étranger d’infanterie. Je suppose combien grande était ta fierté de servir dans la même unité que ton père, le Régiment du Tonkin. Je t’y rejoins au 1er Bataillon en octobre 1953. Tu étais l’adjoint du capitaine commandant la 4e compagnie. Un poste difficile qu’il fallait affecter à un officier de confiance, car la 4 était la compagnie ‘jaune’ du bataillon, celle composée essentiellement de ‘tirailleurs annamites’, des vietnamiens, malheureusement mal formés militairement et dont le moral était parfois défaillant car ils pressentaient le sort funeste réservé à leur patrie.


Rapidement, nous avons combattu côte à côte lors de l’opération MOUETTE, avec les deux gros accrochages de Chi-Phuong et Yen-Mong, au Sud du Tonkin, dans la région de Phu-Nho-Quan.


Suivent quelques opérations dans le delta. Puis, fin décembre nous embarquons pour Saigon, que nous quittons trop rapide-ment pour prendre la piste vers le Moyen Laos. Nous atteignons Seno, notre base de départ et début janvier 1954, nous entrons dans la forêt laotienne. Nous n’en ressortirons qu’au mois de mai très affaiblis avec des effectifs squelettiques et le moral au plus bas.


Dans cette campagne, tu vas te montrer déterminant dans les deux plus gros combats que nous avons menés.


Le 31 janvier à Bang-Poung, notre point d’appui est menacé par un régiment vietminh. Tu es chargé de donner l’alerte en cas d’attaque avec une vingtaine de tirailleurs à quelques centaines de mètres en avant de notre dispositif, ce que tu as parfaitement exécuté. J’entends encore l’ordre hurlé par mon commandant de compagnie aux avant-postes : « N’ouvrez le feu qu’après le passage du lieutenant Sarrabère » et puis le cri d’un légionnaire : « Le lieutenant est rentré ». Ouf ! est la réaction de tout le bataillon. Nous avons gagné la bataille, d’abord grâce à toi, sans aucun doute.


Moins de trois mois plus tard, à Ban-Sen-Phan, tu es en tête de ta nouvelle unité, entièrement légionnaire : la 3e compagnie. Tu disais alors : « l’officier adjoint est toujours en tête ou en queue mais jamais ‘peinard’ au milieu ». Ce jour-là, tu pénètres dans cette maudite clairière jusqu’au fond de la nasse où le feu, le fer et une nuée de bô-doi s’abattent sur ta troupe en la disloquant totalement. Je ne sais pas comment tu es revenu vers nous pour participer aux contre-attaques qui nous ont permis de récupérer les survivants, les morts et le corps du lieutenant Vaugrente, ton commandant de compagnie froidement exécuté d’une balle dans le front.


Dans le courant du mois de mai, le moral affaibli par la fin de Dien Bien Phu, nous revenons au Tonkin. Nous participons aux opérations de récupération des postes à la périphérie du delta. Tu vas une nouvelle fois te distinguer dans la région des Sept Pagodes en prenant d’assaut avec une seule section, un piton, le « piton Sarrabère ». Et voilà l’armistice, notre régiment sera le dernier à évacuer Hanoï. Puis, il rejoindra l’Annam à Tourane (aujourd’hui Da-Nang). Nous devons quitter le 5 et rejoindre le 2e Régiment étranger d’infanterie en vue d’un rapatriement en Afrique du Nord. Nous débarquons à Bizerte et rapidement, les opérations de sécurisation de la mise en place de la nouvelle République tunisienne ressoudent nos unités. C’était en 1956. Le travail terminé, nous recommençons au Maroc pour l’installation de Mohammed V.


Tu nous quittes pour l’ESMIA qui a besoin d’officiers exemplaires, comme toi, pour former nos jeunes camarades. D’ail-leurs, tu exerceras tes talents d’instructeur à l’Ecole d’Application de l’Infanterie par deux fois, à Saint Maixent puis à Montpel-lier.


Revenu à la Légion au 4ème REI dans le Sud Constantinois puis au 1er RE à Saïda, tu commandes la 4ème Compagnie.


Tu vas nous quitter car tu rejoins la métropole. Puis, c’est la fin de l’Algérie et commence la valse des mutations : Place de Paris, 19e BCP, État Major de la 1re Division puis de la 6e Région. Mais la Légion te réserve le commandement du Détachement de Légion étrangère de Mayotte comme Chef de corps, récompense suprême pour un officier de Légion !


Tu reviens à l’EAI en 1979 et tu plantes des racines à Montpellier. Et nous sommes à nouveau réunis jusqu’à la fin...


Jean SARRABERE tu étais un homme valeureux, un soldat discipliné, un officier de Légion honnête et fidèle.

Adieu Sarrabère ! Mon vieux compagnon, mon très cher frère d’Arme.


Extraits de l’hommage émouvant rendu par son camarade de promotion, le lieutenant-colonel (er) André Barraquier

 

ANOCR 34 - Antenne Défense Mobilité - 3 Boulevard Henri IV - 34000 Montpellier - CCP185579 Montpellier

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Hélie de Saint-Marc en BD: sobre et efficace

08.09.2014

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Les éditions Artège viennent de publier une BD consacrée à Hélie de Saint-Marc (cliquer ici pour accéder au site d'Artége et voir la présentation de cet ouvrage).

Jean-François Vivier est au scénario et Pierre-Emmanuel Dequest au dessin. Le tandem avait déjà travaillé sur Tom Morel, le héros des Glières (voir ici la présentation de ce livre sur le site d'Artège). Avec tout autant de bonheur (même si on peut regretter qu'en 61 pages certains épisodes soient rapidement traités), le voilà qui se penche sur une autre grande figure de l'histoire militaire française dont le testament spirituel clôt la BD.

Je ne vais pas revenir sur le commandant de Saint-Marc; le site officiel d'Hélie de Saint-Marc est à consulter ici. Mais pour ceux qui ignorent la vie et les convictions de l'ancien résistant déporté, cette BD est une excellente introduction.

Hélie de Saint-Marc, par Vivier et Dequest, éditions Artège, 61 pages, 14,90 €.

Agen : elle retrouve son père après onze ans de recherches

Publié le 19/09/2014

Ils ne s'étaient pas vus depuis vingt-neuf ans

Agen : elle retrouve son père après onze ans de recherches
Daniel Lambert rêve désormais de s’installer à Paris, près de Laura. © PhotoThierry-daniel vidal
Elle a des yeux de biche dans lesquels il n'avait pas pu plonger son regard depuis… vingt-neuf ans. À l'heure de rattraper le temps perdu, ceux de ce dur à cuire ne restent pas longtemps secs. Daniel Lambert en a pris « des tartes dans la gueule » au fil de soixante-sept années d'une vie chaotique : « J'étais à la limite de l'extrême, dégoûté de la vie. Là, ça donne un coup de fouet. »

Placé à l'orphelinat à l'âge de 3 mois avant de devenir garçon de ferme, pour finalement épouser, contraint et forcé, la Légion étrangère à tout juste 18 ans, Daniel Lambert a souffert. Et continue aujourd'hui à se battre pour joindre les deux bouts. « Pas déserteur mais révolté », il n'a pas rempilé dans la Légion et s'assoit donc sur la retraite que ces années noires auraient pu lui octroyer. Idem pour ses dix-sept années de businessman dans les Balkans, dont il n'a ramené qu'une fillette qu'une femme qui n'en voulait qu'à sa nationalité française lui a donnée. Aujourd'hui âgée de 9 ans et demi, elle vit seule avec lui à Agen. C'était sa première fille.

Prié de mettre les voiles

Désormais, il en a une seconde. Plus vieille de vingt ans… Laura a la trentaine, un salon de coiffure à Paris et une obstination qui a payé, après onze années de sa vie consacrées à rechercher celui qui l'a tenue six mois dans ses bras avant de se voir contraint de s'éclipser. Père et fille n'ayant aujourd'hui que l'intime volonté de passer du temps ensemble, ils tairont « la sale histoire de famille » à l'origine de cette séparation. Tout juste indiquent-ils que Daniel n'étant pas juif, comme la mère de Laura, sa « belle-famille » l'a empêché de la reconnaître et lui a gentiment prié de disparaître. Après s'être accroché quelques années, Daniel Lambert s'est résigné. Et a mis les voiles. Une nouvelle épreuve dans une vie qui n'en manquait pas.

Mais voilà qu'à 18 ans Laura apprend que « le père » avec lequel elle vit n'est pas le sien. « J'ai su la vérité, du moins une partie. Et je me suis mise à chercher. Dans l'annuaire d'abord, mais des Daniel Lambert, il y en a des milliers… » à ses débuts, elle ne connaît que son identité et à peu près son âge. Les années passent et les souvenirs remontent peu à peu : « Ma mère se souvenait qu'il avait eu des ennuis de santé. Je suis donc allée dans la clinique où il avait été suivi. En vain. Elle s'est ensuite rappelé qu'il avait vécu à Noisiel, en Seine-et-Marne. »

Identifié par… un voisin

La jeune femme frappe à toutes les portes, embauche un détective, contacte des émissions de télévision pour le retrouver, puis se ravise : « J'avais besoin de chercher, mais j'étais sûre que ça ne marcherait jamais. » En 2011, elle poste sur plusieurs sites Internet, dont doctissimo.fr, un avis de recherches. Dans les réponses, on lui conseille de créer une page Facebook dédiée et d'y ajouter une photo de Daniel, si vieille soit-elle. Ce sera « Laura recherche Daniel Lambert ». À Noisiel, elle en retrouve un. Selon les témoignages, c'est bien lui. Le tatouage « Mort aux vaches » cher aux légionnaires, la date de naissance, qu'elle finit par apprendre, tout semble coller. Ce n'était finalement qu'un parfait homonyme.

Le découragement gagne. Jusqu'à ce 14 juillet dernier, où, sur Facebook, un homme pense le reconnaître. Un Albanais arrivé à Agen presque en même temps que Daniel et qui n'habite qu'à 500 mètres de chez lui. Le lendemain, père et fille se retrouvaient. Et, depuis, ne se lâchent plus…

L'ancien légionnaire prend sa plume pour un fusil

Orange / Publié le Jeudi 11/09/2014

Antoine Chapelle revendique un humour décadent et décapant

L'ancien légionnaire prend sa plume pour un fusil

On commence à bien le connaître, ici à La Provence ! Quatrième fois qu'il vient nous présenter ses écrits. Antoine Chapelle, ancien légionnaire, chauffeur routier de son état, écrivain à ses heures perdues, la nuit dans la cabine de son poids lourd, adore choquer et secouer les esprits.

Née de son imagination débordante, voire dévorante, sa dernière oeuvre, sous son nom d'artiste Markus Selder est "Marek et colegram". Une série de nouvelles, dans laquelle il raconte ses souvenirs et surtout ceux des autres. "Des anecdotes indispensables et des propos irresponsables" dit l'auteur.

Fil conducteur de ces histoires, Marek Volsky. Un ancien de la légion, comme lui, rencontré dans le désert djiboutien au sein de l'escadron de reconnaissance. "Il était fou, un vrai fou", raconte Markus Selder.

Dans les pages, l'on rencontre d'autres légionnaires, dont l'infirmier-major de Djibouti : "C'était un gros fayot de Français, il écœurait même le commandement par sa servilité, sa propre épouse le méprisait, alors forcément, pour tenter d'exister, ce collabo faisait chier les légionnaires." Ces militairesdont il avance : "Une femme dans chaque port et un porc dans chaque homme !"

Dans Marek et colegram, "j'ai décidé d'être ignoble, foncièrement malsain, politiquement effroyable et surtout très cynique". Voilà pour la couleur. "J'en ai marre du politiquement correct. Ici, tout le monde ramasse. Le livre contient même une parenthèse peu flatteuse sur Antoine de Saint -Exupéry".

Sans orgueil, l'Orangeois, en écrivant, veut simplement s'amuser et se faire plaisir. Face à ces mots acerbes et gras, "il ne faut pas se prendre au sérieux, c'est du 15e degré, pour rire", prévient Markus Selder.

"Marek et colegram" de Markus Selder aux éditions A Verba Futurorum disponible sur http://www.averbafuturorum.com

Caroline Denime

Le 2e REP de Calvi fête Saint-Michel en ville

Rédigé par (Jean-Paul-Lottier) le Samedi 27 Septembre 2014

Le 2e Régiment étranger de parachutistes de Calvi a innové en fêtant la Saint-Michel au pied de la citadelle de Calvi, en lieu et place du Théâtre de verdure, derrière la jetée du port de commerce. La prise d’armes présidée par le général de corps d’armée Pierre Chavancy a été suivie d’un défilé des troupes en ville.


Il y avait foule samedià 10h30 dans le centre-ville de Calvi pour assister aux cérémonies de la Saint-Michel.
Une cérémonie que le 2e REP de Calvi a souhaité faire partager à la population avec qui elle entretient de très bons rapports.
C’est donc derrière la jetée du port de commerce, au pied de la citadelle,que les troupes étaient rassemblées pour cette prise d’armes présidée par le général de corps d’armée Pierre Chavancy, gouverneur militaire de Lyon, officier général de zone de défense et de sécurité Sud-Est et commandant la région terre Sud-Est.
En attendant l’arrivée des autorités civiles et militaires, une présentation était faite du partenariat que le 2e REP mène avec les hommes du commando parachutistes de l’armée de l’air N°20 qui se fonde sur l’échange de procédures et sur des séances d’entraînements tactiques communes dans le domaine de la 3e dimension.

Une section de la BA 126 de Solenzara
A ce titre l’exemple d’une projection de forces interarmées et réussi e au Mali en 2013 n’est plus à démontrer.
A noter à cette cérémonie la présence de la musique militaire de la Légion étrangère d’Aubagne sous les ordres du chef de musique Emile Lardeux, d’une section d’honneur de l’Escadron de protection de la BA 126 de Solenzara aux ordres du Cpt Jérôme Sylvestre.
Six compagnies du 2e REP étaient présentes à cette prise d’armes (CCL, CAS, 1re Cie, 5e Cie, CEA, 6e Cie de réserve), tout comme des délégations des associations d’anciens combattants, de commandos de l’Air N°20, des cadres des personnels civils de l’armée, amicale des anciens parachutistes et anciens du 2e REP….
Le colonel Jean-Michel Meunier, chef de corps du 2e REP de Calvi inspectait les troupes, avant de rendre les honneurs au drapeau et présenter le régiment au général de corps d’armée Pierre Chavancy qui à son tour passait les troupes en revue.
Les autorités civiles et militaires se dirigeaient vers le drapeau pour rendre les honneurs.
Parmi elles, outre les personnes déjà citées Ange Santini, maire de Calvi, Jean-Toussaint Guglielmacci, conseiller général de Calvi-Lumio, Pierre Guidoni, maire et conseiller général de Calenzana, Jean-Jo Allegrini-Simonetti, maire de l’Ile-Rousse, Etienne Suzzoni, maire de Lumio, Dominique Andreani, maire de Cateri, colonel Didier Rahmani, commandant le Groupement de gendarmerie de Haute-Corse….

"Sous le regard bienveillant de l’Archange"
Le Général Pierre Chavancy proclamait ensuite son ordre du jour N°1 pour s’adresser à l’ensemble des légionnaires : « Comme chaque année en cette fête de la Saint-Michel, nous voici rassemblés ici sous le regard bienveillant de l’archange autour de notre drapeau ici à Calvi mais également en République Centre Africaine où la 4e Cie se comporte brillamment dans un contexte très tendu et aux Emirats Arabes Unis où la 2e Cie s’entraîne sans relâche dans cette région du monde particulièrement infâme.
Alors qu’Il y a exactement 60 ans, le 2e BEP quittait l’Indochine, qu’il y 50 ans les premiers légionnaires parachutistes découvraient la Balagne, et qu’il y a exactement 20 ans était créée la 5e Cie, il est opportun de se souvenir que cette cérémonie dépasse largement le traditionnel, elle vise à vous rappeler ainsi qu’à tous ceux qui vous entourent aujourd’hui le temps trop court de votre mission au service de la France partout dans le monde(…)
Vous êtes forts d’un héritage prestigieux que vous faites fructifier au quotidien ici à Calvi et dans tous les camps d’entraînement, mais aussi ailleurs(…)
En ce jour, mes pensées vont plus particulièrement vers l’adjudant Harold Vormezeele et au sergent Marcel Kalafut tués au Mali ou encore à d’autres morts en héros
Je pense également toujours au Père Casta bien connu ici en Corse (…)
« Je vous souhaite à tous et à chacun une bonne fête de la Saint-Michel ».
Une remise de décorations devait suivre (voir par ailleurs), avant que Ange Santini, maire de Calvi ne remette symboliquement le décret de naturalisation à 3 légionnaires.
Sous les applaudissements nourris des très nombreux spectateurs, les troupes défilaient en ville.
Un vin d’honneur était enfin offert par le régiment.










La remise de décorations de la Saint-Michel

Médaille Militaire : Adjudant/vhef (er) James Cunningham
Croix Valeur Militaire avec Etoile d’Argent : Capitaine Marc Bouquin, Caporal Gaël Delcour
Croix Valeur Militaire avec Etoile de Bronze : Adjudant/chef Stéphane Hernault, Caporal Jaroslav Stastny, Caporal Constantin Lungu
Croix du combattant volontaire barette missions extérieures : Commandant (r) Raphael Banda
Médaille d’or de la Défense Nationale : avec étoile de bronze : Sergent/chef Krzystof Bredzen, Sergent Alexandre Janvier, Caporal/chef Benavides Garrido, Caporal Romualdas Barkovskis, Caporal Luis Zelteros, Caporal-chef Agostinho Da Cruz Ferreira, Caporal/Chef Cédric Galiana.








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Ivan Roso: Ja u Legiji stranaca

Vojna povijest

Objava: 15.9.2014 Autor:Tomislav Šulj

U Legiji je proveo 37 godina, umirovljen je u funkciji najvažnijeg dočasnika, odnosno kao Président des sous-officiers de la Légion étrangère

Tijekom posjeta francuskoj Legiji stranaca, uvjerili smo se koliko je dubok trag koji su Hrvati ostavili služeći u ovoj elitnoj postrojbi. Štoviše, nemali broj Hrvata ostvario je značajne karijere što je izuzetno postignuće, ako uzmemo u obzir činjenicu koliko je strancu teško napredovati u časničkoj hijerarhiji Legije, koju ipak ponajprije čine francuski časnici. Ove godine Hrvat, pukovnik Zlatko Sabljić, nosio je relikviju Legije, drvenu ruku kapetana Danjoua na obilježavanju Dana Camerone, što je najveća čast koju umirovljeni legionar može doživjeti. Pukovnik Sabljić jedan je od najcjenjenijih časnika Legije stranaca, u što smo se i uvjerili u druženju s legionarima. No i jedan drugi Hrvat koji je nedavno umirovljen, također je cijenjen i omiljen u Legiji kao i pukovnik Sabljić. Zapravo, s kojim god legionarom smo zapodjenuli razgovor osvrnuo se i na karijeru majora Ivana Rose. Naime, Roso je u Legiji proveo 37 godina aktivne službe, a umirovljen je u funkciji najvažnijeg dočasnika Legije stranaca, odnosno kao Président des sous-officiers de la Légion étrangère. Pojednostavljeno, to je funkcija koju obnaša najcjenjeniji (najviši po činu) dočasnik Legije. Osim što je osoba od povjerenja zapovjednika Legije, uz niz drugih obaveza, osnovna zadaća Predsjednika dočasnika Legije jest da rješava eventualne probleme kolega dočasnika. Bilo je to idealno odabrana služba za Rosu jer je po karakteru osoba koja voli pomoći.

FOTO: Ivan Roso za vrijeme intervencije u Beirutu 1983. godine. Pozira pred razrušenim kompleksima zgrada u Sabri i Chatili, u palestinskom dijelu Beiruta (upravo na tom području dogodilo se masovno ubojstvo Palestinaca te godine). Roso je opremljen prvom verzijom puške FAMAS i vojnim prslukom zaduženim specijalno za tu intervenciju.

No, vrijeme treba vratiti na početak priče koja je započela davne 1975. godine. Roso je bio sportaš, perspektivni vratar osječke „Olimpije“. Iako je bio zanimljiv i poznatijem gradskom rivalu, Nogometnom klubu Osijek, ozbiljnu seniorsku karijeru nije započeo jer je otišao na služenje vojnog roka od 1972. do 1974. godine. Kako je stariji brat Ante tada služio u Legiji stranaca, Ivan je uznemirenoj majci za volju pošao u Francusku vidjeti što se točno s bratom događa. Francuska, u odnosu na zatvorenu Jugoslaviju, bila je privlačno mjesto za život. Rosi se nije pretjerano vraćalo, a kao nadobudnom mladiću bilo mu je malo i neugodno vratiti se a da nije ništa postigao. Naime, želio se okušati u Bastiji, u najpoznatijem klubu s Korzike. Iako je interes bio obostran, nakon nekoliko odigranih probnih utakmica, od svega toga nije bilo ništa jer trebala je ispisnica nogometnog saveza koju u ono vrijeme Fudbalski savez Jugoslavije nije izdavao mladim nogometašima, željnima napuštanja Jugoslavije. Stoga se bez prevelikih mogućnosti izbora prijavio u Calvi – logično jer tamo je živio Rosin tetak, a brat Ante bio je u Legiji u tom gradu. Prijam i obuku prošao je bez problema, iako je poznato kako je obuka koja prethodi potpisivanju legionarskog ugovora rigorozna. Ipak, Roso je u Francusku došao kao sportaš, nakon netom okončanog prvenstva. Bio je u iznimnoj kondiciji te mu onoga što je legionaru najpotrebnije, tjelesne spreme, nije nedostajalo. Zanimljivo, nakon odlaska, obuke i konačno potpisanog ugovora za Legiju stranaca, iz Osijeka su tri puta dolazili po njega, no umjesto sportske, odabrao je vojnu karijeru. Mnogo teže od savladavanja fizičkih prepreka, Ivan Roso nosio se s usvajanjem francuskog jezika: „Bilo nas je u klasi 12 iz Jugoslavije. Stalno smo se družili, a ne možeš naučiti s njima francuski ni da si Francuz. Kada smo nakon tri mjeseca obuke prvi put izišli u grad, odmah ih je 6 pobjeglo jer im je obuka bila preteška“. Također valja napomenuti da je Roso bio polaznik prve generacije koja je savladavala obuku u gradiću Castelnaudryu, gdje se od 1976. godine vrši kompletna obuka za novake u Legiji.

FOTO: Ivan Roso, iako veteran, branio je do mirovine za postrojbe Legije. Na slici u paradi brani na golu tijekom turnira legionara u Gvajani prigodom obilježavanja Dana Camerona 2007. godine

Na obuci je postizao zapažene rezultate, od 60-ak polaznika bio je drugi u klasi, u padobrancima, u 2 REP, najvjerojatnije stoga što je brat Ante u to vrijeme vršio dužnost dočasnika u padobranskoj pukovniji Legije. No zasigurno su i njegove fizičke predispozicije utjecale da ga nadređeni usmjere u alpinističku postrojbu 2. pukovnije (2e Régiment Étranger d’Infanterie, 2e REI). U to doba 2 REI bio je smješten na Korzici, u vojarnama u Cortama i Bonifaciu. Ubrzo mu je od koristi bila prednost što se bavio nogometom. Po samom dolasku, već prvog vikenda održavao se nogometni turnir u Ajacciou, trebali su golmana. Ivan se je javio te počeo stjecati prijatelje i izvan matične postrojbe. Bavljenje sportom nedvojbeno mu je pomoglo u karijeri, no u Legiji nema napredovanja ako legionar nije kvalitetan vojnik, a Ivan je to bio. Za manje od dvije godine položio je za čin vodnika i, koliko zna, bio je jedan od najmlađih vodnika u Legiji, jer za takvo što treba odslužiti barem tri godine. Problem s jezikom u tom razdoblju posebno je došao do izražaja, jer više nije trebao znati samo osnove i razumijevati zapovijedi. „Nije bilo lako, prijatelji iz Jugoslavije otišli su u različite postrojbe, a ja nisam imao izbora. Mislio sam čak i da nešto znam dok nisam počeo izlaziti u grad, među Korzikance. Za početak, iako to smiješno zvuči, uzeo sam stripove i počeo na toj razini savladavati jezik. Priznajem, do Korzike sam se švercao s učenjem jezika. Došao bih u grad i da se ne osramotim u nepoznavanju roda umjesto jedne, naručio bih dva piva. Ipak, sve je sjelo na svoje i ubrzo sam usvojio jedan vrlo kompliciran jezik“. U konačnici je Roso itekako bio zadovoljan što su ga izabrali u alpinističku postrojbu jer bio je sportaš, volio je izazove, a došao je iz ravne Slavonije.

FOTO: Fotografija iz ranih dana tijekom služenja 2 REI, Corte Korzika, 1978. godine. Počasna smjena zapovjednika postrojbe, Ivan Roso stupa u sredini, noseći legionarsku “k`epi blanc”

Završio je čitav niz alpinističkih tečajeva. Nakon početaka, vojne obuke o snalaženju u brdima i planinama, slijedile su specijalne obuke (ljetna i zimska) kod francuskih alpinista, što je bila prava kvalifikacija. „Obuku su vršili pripadnici francuske Gorske službe spašavanja. Tamo je stvarno bilo naporno do krajnjih granica jer to su vrhunski svjetski alpinisti. Kako bi oni mogli tolerirati da se na obuci provlači netko tko će danas-sutra po zadaći krenuti osvajati najzahtjevnije svjetske vrhove? Stvarno, nije bilo šale. Obuka je bila rigorozna, testovi zahtjevni do maksimuma. Primjerice, trebaš savladati planinu za tri sata. Zakasniš li minutu – dolaziš iduće godine. Teško, strašno je naporno prolaziti te kvalifikacijske tečajeve alpinista. Ali, kako ćeš ići u Alpe, ako nisi spreman? No išlo je to meni. I volio sam to kao sportaš i zato što je to bila posebna obuka unutar legije. I sami alpinisti jako su mi se svidjeli. Ti ljudi imaju poseban karakter. A da se jesam oznojio za to – jesam. Darove nikad nisam dobio. Jer te su obuke držali i pripadnici regularne francuske vojske. Normalno, kada mi legionari dođemo, jedva su dočekali da nas „srežu“, za dobrodošlicu, samo da vide koliko uopće vrijedimo. A tek onda moraš naporno raditi. Svuda smo se penjali, po Alpama, Pirinejima, gdje god je trebalo. Jedino nisam išao na Mont Blanc, to mi je jedino žao. Jer baš kada smo trebali ići gore, otišli smo za Beirut. A nakon 4 mjeseca Beiruta takvo što je bilo neizvedivo. Jer u Beirutu izgubiš kondiciju potrebnu za takav uspon“. Prije odlaska u Libanon, Roso je obilazio različite terene. Po zadaći je otišao i na višemjesečnu zadaću u Mayotte. Mayotte je francuski prekomorski departman u Indijskom oceanu, između sjevernog Madagaskara i sjevernog Mozambika, u Komorskom otočju. Od 1843. godine cjelokupno otočje, znano kao Komori, nalazilo se pod francuskom upravom. No, za razliku od susjednih otoka koji su izglasali nezavisnost, stanovništvo je odlučilo da Mayotte ostane pod upravom Francuza.

FOTO: Dva hrvatska legionara tijekom intervencije u Beirutu, 1983. godine. Ivan Roso, slijeva, kao zapovjednik straže u glavnom stožeru 2 REI. u Zapadnom Beirutu, nedaleko od Libanonske televizije. Desno, Bruno Zorica – Zulu koji se pripremao za povratak u Francusku.

Za Ivana Rosu, Mayotte je važno odredište jer je tamo našao životnu suputnicu, Aniku. „Tko bi rekao da ću naći suprugu 12.000 kilometara preko oceana, a da nije domorotkinja. Njezin otac bio je iskusan časnik. Prošao je terene Indokine, Alžira, Maroka, ali kao pripadnik francuske vojske, ne kao legionar. Po dužnosti je pred kraj karijere trebao odraditi dvije godine kao nadređeni časnik Legije. Naravno, došao je s familijom. Nije da mu je naša ljubav na početku baš sjela, ipak sam bio legionar, k tome iz Jugoslavije, a bio sam ja malo i mangup, nisam baš bio „vojničina“. No raspitao se pa su mu moji nadređeni rekli da sam kvalitetna osoba i više nije bilo problema. Otada, osim na intervencije, Anika je išla kuda sam i ja išao. Navikla je kao dijete vojnika. Inače, sumnjam da bi netko drugi mogao izdržati više od 30 godina stalnih prekomandi u najzabačenije kutke svijeta“. Ubrzo nakon vjenčanja, Roso je otišao na intervenciju u Libanon. Na niz obračuna, koji su kulminirali građanskim ratom brojnih nacionalno-vjerskih frakcija, međunarodna zajednica reagirala je slanjem mirovnih snaga; američkih, francuskih i talijanskih postrojbi. Obračuni, posebno u Beirutu, nisu prestajali sve do 1990. godine. Grad je bio podijeljen na čitav niz skupina, a uskoro su mete postale i međunarodne snage. Zapravo je to bilo doba začetaka suvremenog terorizma, a svjetsku javnost zaprepastio je teroristički akt koji je rezultirao pogibijom gotovo 300 pripadnika prije svega američkih, ali i francuskih elitnih postrojbi. U zrak su ih tijekom „krvave nedjelje“ 23. listopada 1983. raznijela dva kamiona dupkom natovarena eksplozivom. Neposredno prije Roso je napustio Beirut, no prisjeća se kako je postalo opasno: „U početku je to bio godišnji odmor. Baš se sve malo smirilo kada smo došli. Vršili smo uobičajene patrole, jedno mjesec dana. Štoviše, s Libanoncima i Amerikancima kao instruktor sam provodio alpinističke obuke. Ali onda je počelo gruvati na sve strane. Ne znaš tko je tko, svaka ulica ima neku svoju postrojbu ili bandu. U jednoj ulici su za Arafata, u drugoj Hezbollah, u trećoj su Đumblatovi, pa Druzi, Falange, PLO, Amali, Maroniti...ludnica! A mi smo se baš našli na nezgodnoj lokaciji jer čuvali smo školu od Palestinaca.

FOTO: Prva službena fotografija Ivana Rose pri potpisu ugovora od pet godina, 1977. godine. Običaj u Legiji bio je da pri promjeni identiteta inicijali legionaru ostaju isti (IR), ali se katkada nadređeni časnik, poznavatelj prilika u Jugoslaviji, na zanimljiv način poigrao s identitetima novih legionara. U slučaju Rose, on je sljedećih pet godina bio zaveden kao Igor Raković iz Beograda

Une première sculpture belge à Woluwe-Saint-Lambert pour honorer le régiment para-commando

Publié le Jeudi 4 Septembre 2014

Belga

A l’initiative du conseiller communal de Woluwe-Saint-Lambert Jean-Jacques Vandevelde (LB), une première sculpture belge représentant le régiment para-commando créé en Angleterre en 1942 sera inaugurée, vendredi à 10h00, sur la place de l’église Notre-Dame de l’Assomption, située avenue Emile Vandervelde. L’œuvre du sculpteur flamand Thierry Lauwers est intitulée «Me and my pal».

Le sculpteur flamand Thierry Lauwers est un ancien sous-officier du régiment para-commando, ancien légionnaire du 2e régiment étranger de parachutistes et membre de l’Amicale Nationale Para-Commando Vriendenkring (ANPCV).

La commune de Woluwe-Saint-Lambert a invité plus de 300 anciens militaires et civils. Une parade composée d’un détachement armé de la Brigade Légère descendant du régiment Para Commando, du Corps musical de la police bruxelloise et d’une délégation de militaires écossais jouant de la cornemuse partira de l’église à 11h45 pour rejoindre le Wolubilis, où une réception sera donnée.

L’œuvre en acier inoxydable représente un para-commando secourant sur son dos un de ses frères de combat. Thierry Lauwers a choisi de privilégier l’expression de la solidarité à celle de la violence des conflits. «J’ai évoqué un sauvetage sous les lignes ennemies d’un copain blessé. Il s’agit du test le plus difficile pour obtenir son béret».

Pour rappel, à la suite de la capitulation de la Belgique en mai 1940, quelque 300 volontaires belges ont choisi de continuer à lutter aux côtés des Anglais. Ils entreront alors dans l’Escadron parachutiste SAS et la 4e troupe du 10e commando interallié.

Le Musée Saharien

Depuis son ouverture la notoriété du Musée Saharien ne cesse de s’étendre !

Ouvert à tous, adhérents de La Rahla ou non, c’est un évènement que tous les sahariens attendaient depuis bien longtemps.

Ce musée privé intégralement réalisé par le président de notre comité Languedoc-Roussillon Bernard Adell, abrite ses collections personnelles, une part importante des collections appartenant à La Rahla, le contenu d’une vitrine entièrement dédiée à Théodore Monod présentant divers objets confiés par sa famille à notre association, ainsi que de nombreux objets provenant de collections privées.

Cet ensemble constitue, à notre connaissance, le seul Musée au monde entièrement dévolu à l’histoire et aux populations de Sahara. On y évoque les plus grands noms de l’exploration saharienne, les personnages illustres tels Laperrine, le père de Foucauld, Théodore Monod, la préhistoire (armes, bijoux…), l’épopée saharienne de la France (uniformes, fanions, documents, armes…), l’habitat nomade et l’artisanat véritables expositions ethnologiques. La splendeur des paysages y est aussi représentée dans une collection de photos signées des plus grands noms : Jean-Marc Durou, Alain Sèbe, Raymond Depardon.

Voir galerie photos ci-dessous (clichés Alain Guérin).

Le Musée Saharien est situé dans la proche banlieue de Montpellier
1 avenue de Castelnau, 34920 Le Crès.
Téléphone : 06 67 29 94 42
Gare SNCF-TGV de Montpellier : le musée est à 700 mètres de la station Aube Rouge,
Tramway ligne 2, direction Jacou

Musée saharien
Musée saharien
Musée saharien
Musée saharien

Legio – Patria nostra : les Tchèques dans la Légion étrangère

03-11-2008 16:20 | Anna Kubišta

Legio – Patria nostra. Tel est le titre du documentaire réalisé pour la première chaîne de la télévision publique par la documentariste Lucie Králová, qui est allée à la rencontre de Tchèques qui se sont engagés dans la Légion étrangère.

Il n’existe pas de chiffre officiel, mais il y aurait, d’après Lucie Králová, quelque 800 Tchèques engagés dans cette structure militaire d’élite, vestige de l’histoire coloniale de la France. La Légion étrangère est entourée d’une auréole de mythes et de mystère, en raison du recrutement de ces soldats, mais aussi de la forte dimension identitaire, voire familiale de ce corps militaire qui n’a pas d’équivalent. Une discipline de fer qui « casse » les plus durs, des règles internes qui peuvent paraître absurdes comme lorsque l’on voit ces soldats repasser leurs lacets de chaussures... Pour le commun des mortels, l’idée de s’engager ainsi corps et âme dans une structure qui a la réputation d’envoyer ses hommes en première ligne, est incompréhensible, ce sont donc les motivations profondes de ces hommes que Lucie Králová a cherché à percer :

 

Legio - Patria Nostra

Legio - Patria Nostra

« Ce qui m’intéressait, c’était de savoir ce qui pouvait motiver des hommes à suivre des règles et un régime spécial. La plupart des réponses étaient : je veux de l’aventure, j’aime le monde militaire ou la pensée militaire. Il y avait aussi le fait de pouvoir manipuler des armes. Ils ont un véritable besoin d’héroïsme. »

Ce sont souvent les événements historiques importants qui influencent les effectifs de la Légion. D’ailleurs, de nombreux anciens SS y ont trouvé une couverture efficace après la Deuxième guerre mondiale, dont témoignent encore certains chants aujourd’hui encore entonnés en version française. La chute du rideau de fer, mais aussi les récents conflits dans les Balkans ont fait grimper les statistiques de nationalités issues des anciens pays du bloc de l’Est. D’autant que fidèle à sa tradition, la Légion, en effaçant l’identité de ses engagés, leur permet de commencer une nouvelle vie. Un des Tchèques interviewés par Lucie Králová explique que la Légion lui a permis d’échapper à certains problèmes qu’il ne détaillera pas face à la caméra.

 

Legio - Patria Nostra

Legio - Patria Nostra

Les légionnaires interrogés par Lucie Králová ont tous des états de service de longévité différente, certains ont pris la nationalité française, d’autres pas, mais pour tous se pose le problème de l’après-Légion :

« Un de ces légionnaires, un vrai phénomène, Stanislav Gazdík qui est resté dans la Légion pendant 15 ans, a écrit un livre sur son expérience. Très officiellement, aujourd’hui, il entraîne des unités d’élite de l’armée tchèque... Sinon, je sais de façon non-officielle, que beaucoup d’anciens légionnaires font aujourd’hui partie de l’armée tchèque. Ils voulaient continuer cette vie militaire parce que c’est dur : dans la vie normale, il y a beaucoup d’incertitudes, alors que là tout est tracé. » D’autres se reconvertissent en « contracteurs privés », un euphémisme pour désigner en fait des mercenaires.

 

Legio - Patria Nostra

Legio - Patria Nostra

Dotée d’une identité très forte, la Légion étrangère peut apparaître aujourd’hui comme une structure archaïque. Alors, quel est le sens d’un tel corps militaire dans le monde d’aujourd’hui ? Pour Lucie Králová, la réponse est claire :

« C’est tout simplement un moyen pour la France de défendre ses intérêts dans ses anciennes colonies. D’après moi, ce n’est rien d’autre. Même si aujourd’hui la Légion joue un autre rôle : celui d’éviter des conflits. J’ai demandé aux anciens légionnaires ce qu’étaient pour eux la Légion. Ils m’ont dit qu’au début, ils pensaient qu’ils allaient pouvoir aider les gens, mais certains ont été très déçus. Ils se sont rendus compte de la prépondérance des intérêts économiques et du fait que la guerre était un business. »

Le documentaire Legie - Patria Nostra a été présenté au dernier festival du documentaire de Jihlava.

Aux origines de l’infanterie portée et de la cavalerie blindée : les compagnies montées et la cavalerie de la légion étrangère en Afrique du nord (1881-1939)

Le haut commandement a longtemps considéré la Légion étrangère comme une troupe encombrante, notamment pendant la conquête de l’Algérie, tout en lui confiant des missions délicates. Victime de sa mauvaise réputation, en grande partie due aux généraux de l’armée d’Afrique, le nouveau corps militaire doit gagner la confiance et l’estime du commandement. Il lui fallait donc faire ses preuves, payer le prix fort au combat pour devenir une troupe française à part entière. Les théâtres d’opérations nord-africain et syrien vont offrir aux unités de Légion un champ d’expériences, inédites et innovantes, qui leur permettent de se distinguer parmi les autres troupes impliquées dans la conquête coloniale. C’est ainsi que ces soldats réputés lents à la manœuvre vont devenir tour à tour fantassins « portés » puis cavaliers et porter à leur crédit des succès tactiques entre la fin du XIXe siècle et le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. En effet, quelques officiers de Légion, avisés et perspicaces, perçoivent le problème posé par l’emploi de l’infanterie sur le champ de bataille – dans les colonies en général, en Afrique du Nord en particulier – en raison du manque de mobilité et d’autonomie qui explique les difficultés pour exploiter l’avantage acquis par la cavalerie. Quel corps serait capable de suivre et de soutenir, le moment venu, les cavaliers ? En bref, comment associer la mobilité de la cavalerie à la solidité de l’infanterie, sinon en créant un corps d’infanterie montée ? Le théâtre nord-africain se prête à une expérience déjà tentée pendant la campagne d’Égypte en 1799 avec la mise sur pied d’un « régiment de dromadaires ». Après bien des hésitations et des tâtonnements, le commandement se résout à créer des compagnies montées qui vont rapidement se distinguer entre 1881 et la fin de la « pacification » du Maroc, en 1934. Entre-temps, le Parlement adopte une proposition de loi autorisant la création d’un régiment étranger de cavalerie qui dote la Légion d’une unité, adaptée au théâtre d’opérations méditerranéen.

LES COMPAGNIES MONTÉES (1881-1939)

La première compagnie « montée » de Légion, composée exclusivement de fantassins, est créée pendant la campagne du Mexique en février 1866. Équipée de mulets, elle constitue, pendant les derniers mois du conflit, une unité de contre-guérilla avec pour mission de couvrir les opérations d’évacuation du corps expéditionnaire français, harcelé par les Mexicains. De retour en Algérie, cette « compagnie franche » est dissoute. Quinze années plus tard, le commandement, confronté à la révolte de Sidi Bou-Amama dans le Sud-Oranais et au revers subi par la colonne du colonel Innocenti le 19 mai 1881, se penche à nouveau sur le problème de l’emploi de l’infanterie dans le type de guerre imposé par un ennemi rusé et mobile.

Afin de contraindre les dissidents à accepter le combat, il faut disposer d’une troupe capable de parcourir de longues distances en territoire hostile. Le choix de l’animal capable de transporter les hommes et les équipements se porte sur le mulet, préféré au chameau – résistant, au pas lent mais excellent coursier dans la hamada et l’erg saharien –, en raison de sa cadence très régulière. En effet, il se déplace à une allure proche de celle du pas de l’homme, soit à une vitesse moyenne comprise entre 5 et 6 km/h. Le colonel de Négrier, commandant de la Légion étrangère depuis juillet 1881, chargé de la pacification de la région de Géryville, met en place un dispositif tactique adapté au « pays de la soif ». Le groupe léger ou échelon de manœuvre, composé d’un détachement de cavalerie, d’un goum et d’une section montée, est destiné à pallier l’infériorité de la cavalerie dans les colonnes. Au sein de ce groupe, l’infanterie montée, formée d’une section de légionnaires triés sur le volet, a pour mission d’accrocher les dissidents et de les forcer à combattre. Il convient de souligner que cette unité reste avant tout une troupe d’infanterie. Cette unité se distingue par sa puissance de « marche d’infanterie », associée à celle du mulet qui assure le contact avec la cavalerie pendant les longues recherches ou poursuites qui pouvaient durer plusieurs jours. Car, selon le colonel de Négrier, « le problème n’est pas d’aller vite, c’est d’aller longtemps et loin... Nous nous battons à coups de kilomètres. Il s’agit de marcher » . Un dispositif tactique calqué sur ce modèle est adopté pour la colonne d’Aïn-Séfra avec une compagnie de 100 hommes montés sur la base d’un mulet pour deux légionnaires. Le groupe léger doit pouvoir parcourir jusqu’à 150 km en quarante-huit heures.

Dès lors, Bou-Amama perd l’avantage de la mobilité qui lui permet de bénéficier de l’effet de surprise dans une zone de relief difficile d’accès. En effet, le nouveau dispositif tactique est testé avec succès dès le printemps, après le revers subi le 26 avril 1882 par la section montée de Légion au combat du Chott-Tigri. Les légionnaires affrontent un adversaire très supérieur en nombre. Ils se comportent en cavaliers, font le coup de feu sur leurs montures, rapidement surclassées par les chevaux arabes, et subissent de lourdes pertes. Désormais les « montés » mettront pied à terre pour combattre, après avoir rempli la première de leurs missions qui consiste à chercher le contact avec l’Arabe fuyant et le plus souvent insaisissable. En 1884, le commandement décide de conserver deux compagnies montées de Légion, celle d’Aïn-Séfra au 1er régiment étranger, celle de Géryville au 2e régiment étranger. Cependant la reconnaissance officielle de ces unités tarde à venir. Quelques années plus tard, à l’issue de la campagne du Soudan, la bonne tenue de la compagnie montée – réclamée dès 1892 par le colonel Archinard – convainc le haut commandement de l’utilité de cette infanterie atypique. Une instruction du ministère de la Guerre, en date du 12 juillet 1894, donne son statut aux compagnies montées du Sud-Oranais. Toutefois, leur emploi improvisé dans le corps expéditionnaire envoyé à Madagascar se révèle contre-productif. L’adoption du système d’un mulet pour trois hommes use la monture ainsi que le cavalier et réduit sensiblement le rayon d’action de l’unité et, dès lors, son efficacité en campagne.

DES CONFINS DU SUD ALGÉRIEN AU MAROC (1900-1939)

S’enfonçant dans le Sud, les compagnies montées continuent inlassablement de soutenir la cavalerie dans les confins algéro-marocains devenus leur terre d’élection. Alors que l’occupation du Sahara, longtemps différée, reprend en 1901 avec les troupes spéciales de méharistes qui vont faire merveille contre les Touaregs , les légionnaires chargés d’escorter les convois, traversant les régions insoumises, effectuent en outre des tournées de police destinées à prévenir les incursions des tribus venues du Maroc. En effet, l’agitation reprend dans le Maroc oriental où l’autorité du sultan est ébranlée à l’annonce des accords territoriaux conclus en 1902 entre la France et l’Empire chérifien qui établissent la délimitation des frontières dans les territoires du Sud. Les Beraber, les Doui-Menia se joignent aux Oulad-Djerid pour former une harka forte de 8 000 hommes en vue de repousser les Français. Au lendemain de la première alerte de Taghit en juillet 1903, où la garnison est dégagée contre un parti de 3 000 dissidents, les compagnies montées sont sur le pied de guerre.

Deux mois plus tard, le 2 septembre, la 22e compagnie montée du 2e régiment étranger s’illustre au combat d’El-Moungar. Les 111 légionnaires, chargés d’escorter les chameaux d’un convoi de 2 000 hommes, sont surpris en terrain découvert par un millier de guerriers. Acceptant le combat, ils vont résister et repousser pendant sept heures les assauts répétés des Marocains. La pénétration au Maroc oriental se poursuit jusqu’en 1911 à partir d’Aïn-Séfra où le colonel Lyautey est chargé de soumettre les tribus les plus belliqueuses. Le commandant du territoire (militaire) décide de s’appuyer sur les deux nouvelles compagnies montées, dont une rattachée au 1er régiment étranger, créées au printemps 1904 pour assurer la défense de la nouvelle frontière. Jusqu’en 1908, les Berbères des confins algéro-marocains ne se manifestent pas en dépit de l’avancée des Français après la crise de Tanger, l’occupation de Casablanca en août 1907 et l’offensive lancée par le général Lyautey au nord-est en direction d’Oujda. La guerre éclate dans l’Atlas impénétrable, lorsque les Beraber et autres redoutables Chleuh, farouchement indépendants, se soulèvent. Ils vont opposer aux troupes françaises une longue résistance jusqu’aux dernières opérations dans l’Atlas qui s’achèvent en 1934. Quant aux légionnaires des montées, ils vont rayonner dans toute la région à partir du ksar de Bou-Denib enlevé le 14 mai 1908 aux Berbères qui est aussitôt fortifié. Il faut se préparer à affronter Moulay-Lhassen qui vient de lancer l’appel à la guerre sainte dans le Tafilalet tout proche. De surcroît, les deux régiments étrangers doivent adapter leur organisation aux opérations de pacification exigeant à la fois une mobilité accrue et une dispersion dans des postes d’où les unités rayonnent au cours de tournées de police destinées à « montrer sa force pour en éviter l’emploi », selon la formule de Lyautey. Parmi les quatre compagnies montées, celle du capitaine Rollet – surnommé familièrement « Père espadrille » – est mise à contribution en mai 1911 dans la colonne du général Gouraud, chargée de dégager Fez assiégée par les tribus révoltées contre le sultan.

Pendant la Première Guerre qui survient alors que la pénétration est loin d’être achevée, Lyautey ne peut compter que sur de maigres effectifs pour tenir le Maroc, une vingtaine de bataillons, alors qu’il avait disposé de 70 000 hommes en 1913 . Les légionnaires vont devoir monter la garde aux nouvelles frontières de l’Empire dans des missions sans éclat. Insérées dans les trois groupes mobiles de Taza, de Fez et de Bou-Denib, les compagnies montées sont de toutes les grandes opérations. Dès 1915 et jusqu’à la fin de l’année 1916, il faut réduire le soulèvement des Branès, au sud de Taza, alors que pointe une nouvelle menace au sud sur l’oued Ziz où la 2e compagnie montée se bat à l’entrée du défilé de Foum-Zabel. Le Rif n’est pas en reste ; il s’agite à l’appel d’Abd el Malek, descendant d’Abdel-Kader. La fin du conflit en Europe ne signe pas autant la fin des épreuves pour ces unités chargées de porter tout le poids de la défense des positions chèrement gagnées. En 1919, les tournées de police des montées permettent de tenir la région de la haute Moulouya. Une nouvelle page de leur courte histoire s’ouvre en 1920 lorsqu’elles participent à l’encerclement et à la pacification de la montagne rebelle.

La réorganisation comme le renforcement de la Légion étrangère accroissent sensiblement les effectifs mis à la disposition du résident général du Maroc. La création de trois régiments, les 3e et 4e régiments étrangers d’infanterie ainsi que le 1er régiment étranger de cavalerie, dont le premier escadron est créé à Saïda en décembre 1920, facilite la création de nouvelles compagnies portées. Âge d’or de la vieille Légion, les années marocaines sont aussi, pour les montées, le temps de la pacification marquée par la reprise des combats contre des tribus insoumises qui vont permettre d’améliorer la tactique ébauchée au début du siècle. Entre juin 1923 et juillet 1926, la réduction de la tache de Taza d’abord, la guerre du Rif ensuite, occupent les unités montées des trois régiments. De plus, les Chleuh du Haut-Atlas qui n’ont pas désarmé se montrent menaçants et sont prêts à s’allier aux dissidents du Tafilalet. La guerre se prolonge jusqu’en 1933 alors que la motorisation décidée par le colonel Catroux signe déjà l’arrêt de mort des montées. Toutefois, la conquête du Tafilalet permet de surseoir à la dissolution des compagnies jugées encore efficaces en montagne et dans le Grand Sud.

Cinq ans après la fin de la guerre du Rif, le quart des territoires sous protectorat français depuis 1912 échappent encore à son autorité. Les tribus dissidentes tiennent en effet le cœur de l’Atlas, le Tafilalet, le massif imposant du Sahro et l’Anti-Atlas de même que les bordures sahariennes. Le contrôle par la troupe des accès de la montagne n’empêche pas les razzias au cours des incursions périodiques des bandes. L’encerclement du Grand Atlas est minutieusement préparé par une série d’opérations lancées entre juillet 1931 et janvier 1932 qui achèvent la réduction complète du Tafilalet. La compagnie du 3e Étranger du groupe des confins, aux ordres du général Giraud, se déploie à partir de Bou-Denib pour effectuer de longues reconnaissances sur la hammada du Guir, tandis que les autres fantassins de la Légion du groupe mobile de Marrakech, sous le commandement du général Catroux, se lancent à l’assaut du massif derrière les goumiers et les partisans afin d’économiser le sang des troupes régulières. Après le revers subi lors de l’assaut donné le 28 février 1933 au massif du Bou Gafer, les légionnaires de la 1re montée du 2e Étranger sont à nouveau en première ligne, le 9 août, au violent combat du djebel Kerdous qui clôt la campagne. La soumission de l’Anti-Atlas en 1934 et le rétablissement de la paix au Maroc marginalisent cette infanterie montée sur mulet alors même que la motorisation est en marche, assurant une plus grande mobilité et une autonomie dans la manœuvre. Leur histoire s’achève en 1950 avec la dissolution dans l’indifférence générale – si l’on fait exception des « anciens » – des deux dernières montées devenues mixtes pendant la Seconde Guerre mondiale. La motorisation des régiments d’infanterie de la Légion commencée en 1944 avec le programme de réarmement, décidé à la conférence de Casablanca le 24 janvier 1943, est désormais achevée.

LE 1ER RÉGIMENT ÉTRANGER DE CAVALERIE (1920-1939)

La conduite exemplaire des régiments étrangers dans la Grande Guerre, notamment le rôle modérateur du régiment de marche de Légion étrangère (RMLE), stationné à Mourmelon pendant les mutineries de mai et juin 1917, impressionne ses détracteurs de la veille. On doit au général Mordacq, alors chef de cabinet de Georges Clemenceau, la proposition de renforcement notable de la Légion. Le projet de loi, portant création d’armes spéciales dans les divisions de Légion étrangère envisagées comme « noyau de l’armée nouvelle », est appuyé par Lyautey, confronté au défi de la pacification dans un Maroc en ébullition. Le parlement amende le projet de loi ambitieux pour ne retenir que la création du seul 1er régiment étranger de cavalerie, écartant ainsi l’idée d’une division de Légion étrangère disposant des quatre armes, soit l’infanterie, la cavalerie, l’artillerie et le génie. Le légionnaire, enfin signalé comme fantassin digne d’intérêt, doit le prouver, parmi les engagés volontaires qui se pressent dans les bureaux de recrutement depuis la fin du conflit mondial. L’armée Wrangel, repliée sur Constantinople, va fournir des contingents d’anciens combattants « blancs » sans emploi. Mais l’épisode de la révolte des trois brigades russes du camp de la Courtine, en septembre 1917, comme la conduite pour le moins douteuse des membres de la Légion des volontaires russes – peu motivés et surtout marqués par les actes d’indiscipline et les mutineries –, est encore dans toutes les mémoires. Aussi Paris hésite-t-il à accepter dans les rangs de la Légion des Russes, dont la loyauté ne serait pas assurée. Entre le 1er novembre 1920 et le 1er avril 1922, le renfort inattendu de 2 437 rescapés de l’armée Wrangel qui contractent un engagement rend possible la mise sur pied rapide à effectif complet du régiment de cavalerie à cheval prévu par l’état-major. Le général Niessel, commandant le 19e corps à Alger, va même jusqu’à évoquer la menace d’une recrudescence des désertions.

Les régiments étrangers d’infanterie fournissent les futurs cavaliers des quatre premiers escadrons qui prennent garnison à Sousse entre octobre 1920 et janvier 1923. La nouvelle unité de cavalerie légère et de reconnaissance en garnison à Sousse fait partie de la brigade de cavalerie de la division d’occupation de la Tunisie. Sa mission principale est identique à celle qui est dévolue aux compagnies montées du Maroc : assurer le maintien de l’ordre. Bien que le rôle de la cavalerie soit remis en question par l’état-major – alors même que de nombreux régiments sont transformés en unités-cadres sans emploi –, le maintien du 1er REC constitue une exception. S’il est vrai que cette arme de rupture et de poursuite, chargée d’éclairer, de reconnaître, de combattre et d’exploiter, a été marginalisée pendant et par la guerre de position entre septembre 1914 et la rupture de 1918, il n’en demeure pas moins qu’elle peut encore rendre des services sur les théâtres d’opérations extérieures. La cavalerie à cheval permet les reconnaissances profondes avant que l’utilisation de l’avion d’observation ne rende obsolète outre-mer son emploi comme arme stratégique. Cependant, malgré ses handicaps, l’arme s’intègre dans les groupes mobiles qui s’appuient sur le réseau de postes bien approvisionnés en fourrage, équipements et autres munitions.

LE TEMPS DES DERNIÈRES CHEVAUCHÉES

Le cheval, concurrencé par le chameau et le mulet, rend des services appréciables dans la dernière phase de la pacification de l’Afrique du Nord aux confins du désert et dans les massifs montagneux où sa mobilité lui permet de se déplacer sur tous terrains. Mais la liberté d’action du cavalier souffre des conditions de son rôle au sein des dispositifs car il lui est difficile d’opérer en troupe autonome. Les instructions tactiques prescrivent la liaison intime avec les autres armes afin de conclure par un combat « classique » d’infanterie, auquel le cavalier légionnaire participe en s’accrochant au terrain. Mais la cavalerie peut aussi enlever la décision au cours de charges brutales comme ce fut le cas à plusieurs reprises au Maroc et en Syrie. La rapidité d’action, permettant l’effet de surprise en montagne, explique le maintien d’escadrons à cheval dans l’entre-deux-guerres. Le 3e escadron reçoit le baptême du feu dans le Rif en juillet 1925, avant d’illustrer, le 30 septembre, à la prise d’une mechta située près d’Ain-Ouekara, la supériorité de la cavalerie en terrain découvert. Le peloton du lieutenant Solomirsky charge au grand galop, saute à terre avant que les Rifains prennent la fuite.

Au Levant, la révolte druze qui couve depuis la défaite en 1920 de l’émir Fayçal contraint le haut commandant à envoyer des renforts à Beyrouth. Les victoires d’Abd el Krim sur les Espagnols d’abord, sur Lyautey ensuite entre avril et juin 1925, sont autant d’encouragements pour les partisans d’un soulèvement nationaliste dans le monde arabe. Le 4e escadron est dépêché en Syrie après le massacre de la colonne Marchand, le 18 juillet 1925. Débarqués le 20 août, les 160 légionnaires sont aussitôt dirigés sur le djebel druze, avant de se joindre à la colonne du général Gamelin qui a décidé de fixer des unités dans le village de Messifré en vue de dégager la garnison assiégée de Soueïda. Le 17 septembre, l’escadron résiste aux assauts de milliers de cavaliers fanatiques, avant d’être secouru par des renforts venus de Chalalé. Deux mois plus tard, du 20 au 24 novembre, à Rachaya dans l’ancien château fort, construit par les croisés, aménagé en citadelle aux côtés du 1er escadron du 12e Spahis et d’une centaine de gendarmes libanais, les légionnaires réussissent à repousser avec succès les Druzes. Ces combats d’infanterie sont menés dans la grande tradition de la Légion mais ils ne peuvent entièrement satisfaire des cavaliers. Le Maroc leur offre bientôt l’occasion de se lancer dans les grandes chevauchées dont ils ont été privés.

Pendant la campagne du Maroc, la coopération et la liaison entre les unités à cheval et les éléments motorisés deviennent la règle. Les formations automobiles poussent en avant en terrain découvert, quand les cavaliers montés ouvrent le chemin en terrain couvert ou coupé. Compagnies montées de Légion et escadrons du REC participent parfois en liaison au sein des colonnes marocaines entre 1930 et 1934. Ainsi, dans le sous-groupement Suffren qui opère dans le Sud en janvier 1932, les 3e et 4e escadrons sont engagés au côté de deux compagnies montées. En février 1932, au cours d’un raid dans l’Anti-Atlas, la bonne articulation entre les 4e et 5e escadrons motorisés du 1er REC et les unités à cheval permet d’emporter les positions réputées inexpugnables d’Icht et d’Akka. Les cavaliers opèrent habituellement en flanc-garde en restant à bonne distance des citernes du REC : la combinaison des unités décuple les possibilités de manœuvre en augmentant le rayon d’action ainsi que la mobilité des colonnes enfoncées dans ces contrées désolées.

Mais le grand défi, dans les années 1930, porte sur le problème posé par la transformation des escadrons. En effet, le 1er REC joue un rôle précurseur dans la motorisation de la cavalerie de l’armée d’Afrique. L’expérience marocaine a convaincu le haut commandement de l’urgence et de l’utilité de disposer d’un matériel moderne pour agir en toutes circonstances. Les demi-mesures qui ont prévalu pendant la dernière phase de la pacification du Maroc ont démontré l’obsolescence de procédés tactiques hérités des guerres coloniales. Mais le Maroc a aussi servi de ban d’essai. Le 5e escadron, dès 1933, expérimente en opération des camions blindés tous terrains Panhard, pour la première fois dans l’armée française. À la veille de la Seconde Guerre mondiale, le parc disparate des blindés comprend les automitrailleuses de découverte White-Laffly, ainsi dénommées parce montées sur deux types châssis américains construits sous licence par Renault, et des voitures blindées de prise de contact Berliet équipées de quatre roues motrices fort utiles dans le « bled ». Avec des moyens réduits le 1er REC se prépare, avec le 2e régiment étranger de cavalerie, à une longue et inattendue veillée d’armes, avant de participer en 1944 à la libération de la France.

CONCLUSION

La filiation entre les compagnies montées et les escadrons de cavalerie de la Légion traduit la capacité d’adaptation de ce corps, reconnu en tant que subdivision d’arme en 1928 dotée d’une inspection confiée au général Rollet. Si le mulet – le fameux et familier « brèle » du légionnaire – gagne ses lettres de noblesse, les montées peuvent s’enorgueillir d’avoir été le fer de lance de la pénétration française dans l’Atlas et les régions du Sud marocain. L’introduction du moteur entraîne leur transformation en compagnies montées motorisées avant de devenir les célèbres compagnies portées de l’après-Seconde Guerre mondiale. Parallèlement, la cavalerie connaît la même évolution en devenant une arme blindée. Désormais la Légion étrangère, à défaut de se constituer en division ou grande unité, dispose d’une infanterie motorisée capable de soutenir les blindés. En 1939, alors que se dessine une organisation et une doctrine d’emploi de l’infanterie portée et de la cavalerie blindée, la modernisation de la vieille Légion est en marche.

Notes

[1]

André-Paul Comor, La tradition du recrutement étranger : un long débat entre pouvoir politique et haut commandement, Mélanges offerts à Jean-Claude Allain réunis par Jean-Marc Delaunay, à paraître.

[2]

Bureau d’information et historique de la Légion étrangère (BIHLE), Journaux de marche des régiments étrangers et des compagnies (1866-1950).

[3]

Texte adopté le 20 mai 1920 par les députés et le 30 juillet au Sénat. Cf. BO, no 210-1922 du 5 août 1920.

[4]

Jean-Charles Jauffret, Georges Gugliotta, Les compagnies montées de la Légion étrangère, mémoire de maîtrise sous la direction du Pr Pierre Guiral, Faculté des Lettres d’Aix-en-Provence, 1972, p. 24-26. La seule étude complète sur le sujet.

[5]

Ibid., p. 29.

[6]

Pierre Denis, L’évolution des troupes sahariennes française, thèse, Rennes, 1969.

[7]

Les articles 4 à 7 du traité de Lalla Marnia du 18 mars 1845 concernent la question de la frontière du Sud. L’article 4 stipule que, « dans le Sahara (désert), il n’y a pas de limite territoriale à établir entre les deux pays, puisque la terre ne se laboure pas et qu’elle sert seulement de pacage aux Arabes des deux empires qui viennent y camper, pour y trouver les pâturages et les eaux qui leur sont nécessaires ».

[8]

Le deuxième combat d’El Moungar ou Camerone des sables conduit le commandement à renoncer à l’emploi de l’infanterie portée dans les escortes de convoi alors même que la pacification est loin d’être achevée.

[9]

Daniel Rivet, Lyautey et l’institution du protectorat français au Maroc (1912-1925), Paris, 1988 ; Robert Ageron, « La politique berbère du protectorat marocain de 1913 à 1934 », Revue d’histoire moderne et contemporaine, 1971, p. 50-90.

[10]

Jean Ganiage, Histoire contemporaine du Maghreb de 1830 à 1962, Paris, 1994, p. 399.

[11]

De même, en Syrie les 4e et 5e bataillons du 4e Étranger arrivés en 1921 se dotent d’une compagnie montée installée à Deir-ez-Zor et chargée d’effectuer des tournées de police à la frontière entre la Syrie et l’Irak.

[12]

Le lieutenant Fernand Gambiez, de la 2e compagnie montée du 2e régiment étranger, est chargé de préparer la motorisation de l’unité au courant dans le mois de mars 1930.

[13]

Le même jour, le capitaine Bournazel, l’invulnérable homme rouge, est mortellement blessé au cours de l’attaque d’un piton du massif du Bou Gafer.

[14]

Jacques Vernet (chef de bataillon), Le réarmement et la réorganisation de l’armée de terre (1943-1946), Château de Vincennes, 1980, p. 20.

[15]

J.-H. Mordacq, Souvenirs d’un témoin : le ministère Clemenceau, t. 3, Paris, 1931, p. 239-330.

[16]

Jean-Charles Jauffret, L’idée d’une division de Légion étrangère et le premier régiment étranger de cavalerie, 1836-1940, thèse pour le doctorat de troisième cycle sous la direction du Pr André Martel, Université Paul-Valéry - Montpellier III, 1978, p. 69-78.

[17]

Michel Boyer, Les Russes au service de la France : 1914-1921. Des brigades russes au recrutement russe de la Légion étrangère, mémoire de DEA, Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence, 1997, p. 83-123.

[18]

Douglas Porch, La Légion étrangère, 1831-1962, Paris, 1994, p. 457. Le colonel Rollet lui-même s’inquiète des conséquences de l’appel à des cadres d’autres armes sur la cohésion de la Légion.

[19]

Le général Mordacq réagit vivement à la campagne menée par des parlementaires en 1919 contre la cavalerie, en faisant valoir qu’elle peut encore remplir des missions de reconnaissance, poursuivre et effectuer des raids à l’intérieur des lignes ennemies. Ce combat d’arrière-garde n’empêche pas les dissolutions d’unités et l’adoption du nouveau règlement de 1921-1923.

[20]

BIHLE, ALE, Journal de marches et d’opérations des 5e et 6e escadrons.

[21]

BIHLE, ALE, Journal de marches et d’opérations du 5e escadron.

Résumé

Français

La Légion a réussi à relever les défis qui ont mis en péril son existence dès sa création. L’adaptation aux formes nouvelles de la guerre dans les différents théâtres d’opérations explique sa pérennité. Ainsi, en Afrique du Nord, sa terre d’élection, ses officiers, jouissant d’une liberté d’action que leurs camarades des troupes métropolitaines leur enviaient, innovent en expérimentation un dispositif tactique inédit. Les compagnies montées dotées de mulets vont dans les confins algéro-marocains et dans la pénétration au Maroc jouer le rôle de fer de lance des colonnes et des groupes mobiles. En reconnaissance des services rendus pendant la Grande Guerre, la Légion est dotée d’un régiment de cavalerie à cheval rapidement motorisé puis blindé. Complémentaires, l’organisation et la doctrine d’emploi des compagnies montées et du 1er REC préfigurent celles de l’armée française après 1942.

Plan de l'article

  1. LES COMPAGNIES MONTÉES (1881-1939)
  2. DES CONFINS DU SUD ALGÉRIEN AU MAROC (1900-1939)
  3. LE 1ER RÉGIMENT ÉTRANGER DE CAVALERIE (1920-1939)
  4. LE TEMPS DES DERNIÈRES CHEVAUCHÉES
  5. CONCLUSION

Pour citer cet article

Comor André-Paul, « Aux origines de l'infanterie portée et de la cavalerie blindée : les compagnies montées et la cavalerie de la légion étrangère en Afrique du nord (1881-1939) », Guerres mondiales et conflits contemporains 1/ 2007 (n° 225), p. 37-45
URL : www.cairn.info/revue-guerres-mondiales-et-conflits-contemporains-2007-1-page-37.htm.
DOI : 10.3917/gmcc.225.0037

La légion tchèque de Bayonne

La guerre de Madagascar - 1897


La Newsletter 14/12 de l'AALEME

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Et s’il fallait apprendre à mieux savoir dire non?...

Par le Général de corps d’armée Alain BOUQUIN,
Inspecteur de l’armée de Terre

«La discipline faisant la force principale des armées, il importe que tout supérieur obtienne de ses subordonnés une obéissance entière et une soumission de tous les instants, que les ordres soient exécutés littéralement sans hésitation ni murmure…». Qui ne connaît cet extrait de l’ancien règlement de discipline générale? Ce texte a certes vieilli; peut-être même «mal vieilli»; il n’est d’ailleurs plus en vigueur depuis 1966. Et pourtant… on peut se féliciter, d’une certaine manière, au sein de l’armée de Terre, que son esprit soit demeuré très prégnant.

Car jusqu’ici la culture du «terrien», et son honneur, ont toujours consisté à «faire ce qui est dû» (ou ce qui est ordonné) et à assumer ses obligations en dépit des obstacles, voire des impossibilités. Bref à obéir «sans hésitation ni murmure»…

C’est le culte de la mission, ancré dans nos tripes. C’est une question de dignité, ou d’orgueil, partagée par l’ensemble du
personnel de l’armée de Terre. C’est aussi une question de volonté, qui est souvent la marque de nos décideurs. C’est enfin une question de logique opérationnelle, car au combat on n’a jamais le droit de dire «je refuse», même quand les éléments sont contre soi: on dit «je vais faire le maximum»! Parce que des vies en dépendent, parce que la réussite de la mission va conditionner le succès de la manœuvre…

C’est la logique de la détermination affichée. C’est la logique des éléments que l’on veut à tout prix dominer, de l’adversité vaincue.


C’est aussi la logique très gauloise de la «démerde», celle qui fait trouver des solutions aux situations les plus inextricables; au point que le verbe démerder se conjugue sur le mode transitif dans certaines de nos formations: je démerde un camion, je démerde un pot de peinture, je démerde une carte d’autoroute…


Or le constat de ces derniers mois, au sein des unités de l’armée de Terre, est celui d’une inadéquation croissante entre missions et ressources. Ce constat est souvent aggravé par le fait que celui qui est chargé de la mission n’est pas celui qui exerce la maîtrise des moyens nécessaires à sa réalisation, une partie des leviers appartenant désormais à la chaîne des soutiens. C’est une situation qui, de plus en plus, met nos cadres en difficulté. La démerde est en train de montrer ses limites: elle ne permet plus de résoudre la totalité des impossibilités; elle se heurte aux faits les plus têtus.


Ainsi, les moyens qui nous sont aujourd’hui alloués pour la préparation opérationnelle ou dans la vie courante, mais aussi parfois en opérations, ne sont malheureusement plus toujours correctement dimensionnés au regard des tâches à accomplir. Tous les types de ressources sont affectés par ce phénomène: ressources humaines et financières en premier lieu, mais aussi moyens matériels, véhicules, fournitures diverses, produits courants, carburant ou munitions…


Et tous nous en souffrons, car nous ne sommes plus en mesure d’adopter cette attitude de «bon élève» à laquelle nous sommes tant attachés: celle qui consiste à tout faire pour donner satisfaction à son chef, même quand il faut pour cela imaginer des expédients.


Mais à la réflexion, cette attitude de «bon élève» est-elle toujours la plus raisonnable? Elle peut en effet se révéler particulièrement contre-productive. Car à force de toujours dire oui à tout, on donne l’impression que l’on n’a pas encore atteint ses limites. Et on s’expose ainsi à subir toujours plus de réductions, de déflations. On donne aussi le sentiment que le «ter rien» est bonne pâte: un peu râleur, vaguement pessimiste, mais discipliné et «facile»: il gueule, mais il fait! Certains peuvent être ainsi tentés de profiter de notre nature généreuse et volontaire…


On notera que d’autres administrations, y compris au sein du ministère de la Défense, n’affichent pas les mêmes dispositions, ni les mêmes facultés d’adaptation… et qu’elles ne paraissent pas s’en porter plus mal, bien au contraire! De notoriété publique, on sait qu’on ne peut pas impunément tout leur demander, et personne ne songe à abuser de leur candeur!


On doit donc aujourd’hui se poser la question de savoir s’il ne faut pas, à notre tour, rentrer dans ce jeu subtil de l’opposition raisonnée et de la négociation des objectifs. En clair, changer de «modèle», et devenir capable de dire non chaque fois que cela se justifie.


Savoir dire non à son chef n’est-il pas d’une certaine manière un devoir? Bien entendu, ce n’est jamais un non sec qui s’apparenterait à une fin de non-recevoir; c’est un non argumenté et motivé: «je ne peux pas remplir ma mission parce que des moyens indispensables ne m’ont pas été accordés» ou «les délais impartis pour cette tâche ne sont pas suffisants» ou encore «les contraintes qui me sont imposées ne sont pas compatibles avec les objectifs fixés pour cette mission».
Les seules conditions pour exercer ce «droit d’opposition» sont en général:

  • d’abord de ne pas le faire au combat, bien sûr;
  • d’avoir fait le maximum de ce qui était en son pouvoir;
  • d’alerter son chef à temps;
  • d’être en mesure d’expliquer clairement le refus;
  • d’y mettre les formes, pour éviter de paraître en situation d’indiscipline.


Cette attitude ne doit pas être réservée aux plus hautes sphères de décision de nos forces. Elle doit désormais irriguer l’ensemble des niveaux de la hiérarchie. Car elle peut concerner aussi bien un capitaine vis-à-vis de son chef de corps qu’un officier d’état-major.


Dans cette perspective, il y a un évident devoir d’éducation à soutenir. Il s’agit d’enseigner à nos cadres, dès leur formation initiale, et plus tard lors de leur formation de cursus, un esprit de discernement qui leur permette d’identifier les situations pour
lesquelles le «non» s’impose. Par exemple:

  • lorsqu’un «oui» aura des conséquences plus négatives qu’un «non»;
  • quand le manque de moyens accordés à une mission va générer une fragilité en matière de sécurité ou conduire à une charge de travail non supportable;
  • si la réussite de la mission devient aléatoire du fait d’un manque de ressources…


C’est une pédagogie du «non» légitime qui doit s’instaurer.
Cette pédagogie est d’autant plus nécessaire que l’attitude à adopter est tout sauf naturelle. Elle risque même de rebuter les plus anciens: cesser de considérer la mission comme sacrée pour en faire un objet de négociation ne va pas de soi. Cela heurte la culture inscrite dans les gènes du «terrien».


Mais cette attitude est-elle si nouvelle qu’il y paraît? Cette possibilité du «non» n’est-elle pas inscrite depuis fort longtemps dans les replis de la discipline militaire bien comprise? Quand on parle de la loyauté due au chef, de la nécessaire transparence, de la confiance qui doit irriguer la chaîne hiérarchique, de la notion d’intérêt général et de la discipline intellectuelle, on sous-entend de manière implicite une relation dans laquelle le subordonné a un devoir de vérité vis-à-vis de son chef.
L’indépendance d’esprit et le courage intellectuel y trouvent leur pleine place et ont d’ailleurs toujours été favorisés, et même enseignés. La subsidiarité, quand elle est sainement pratiquée, suppose elle aussi une part d’appréciation de situation et d’initiative qui ouvre la porte à la remise en cause de ses ordres par le subordonné. Enfin, la distinction entre la lettre e t l’esprit de la mission ménage la possibilité pour ce subordonné de modifier l’exécution des ordres reçus pourvu qu’il sache rester dans l’esprit de l’objectif fixé. Il n’y a donc rien de fondamentalement nouveau.


Ce qui est nouveau en revanche, c’est que cette «aptitude au non» est probablement appelée à être utilisée beaucoup p lus couramment dans un environnement économique difficile: elle a vocation à devenir le réflexe quasi-automatique de celui qui reçoit une mission et se pose d’emblée la question des moyens. C’est en ce sens qu’il faut que tous au sein de l’armée de Terre se l’approprient.


Elle peut en effet s’avérer de nature existentielle dans le contexte du moment. Pour préserver l’armée de Terre de la suractivité mais aussi pour lui éviter de nouvelles réductions de ressources. En démontrant au quotidien que des seuils ont été atteints. En faisant rentrer dans les esprits que le maintien de certaines missions ne pourra pas se faire si les ressources continuent à diminuer.


Certains au sein de notre ministère ont déjà compris l’intérêt de cette démarche, qu’ils savent pratiquer avec une grande force de persuasion; et ils ont obtenus des résultats probants. Pourquoi nous, «terriens», ne saurions-nous pas à notre tour rentrer dans ce jeu?


Savoir dire non ne relève pas de la désobéissance, mais au contraire d’une saine et vraie discipline, celle qui doit la vérité à son chef. C’est l’attitude responsable du militaire qui connaît depuis toujours la pertinence du triptyque «un chef, une mission, des moyens». C’est celle de relations de commandement conçues avant tout comme des liens de confiance. C'est surtout une nécessité dans les temps difficiles que nous traversons. Nos personnels attendent de nous ce courage, non seulement pour les protéger d’une certaine forme de surchauffe, mais surtout comme un témoignage de la reconnaissance que nous leur devons.

Au général Soriano succède le général des Minières, futur patron de la 1re BM

24.06.2014

Le 17 juin, le général de brigade Eric Bellot des Minières (un légionnaire qui a commandé le 2e REP) a pris le commandement de l’opération Sangaris. Il relève le général de brigade Francisco Soriano qui a commandé les forces françaises engagées en République Centrafricaine depuis le 5 décembre 2013.

Le général Soriano commandait les Forces françaises au Gabon (FFG) depuis l'été 2013.

Avant de rejoindre la RCA, son successeur avait été nommé à Châlon-en-Champagne, à la tête de la 1ère brigade mécanisée. A compter du 1er août! Or, le nouveau général de brigade est à Bangui. Voilà la brigade orpheline de son futur chef... Un signe? Le général Ract-Madoux pourrait en dire plus bientôt.

Légion étrangère : Record battu pour « La Solidaire » du 4e RE avec plus de 100.000 euros de dons récoltés

Stéphane GAUDIN

Crédit photo : 4e RE. Le GMPA soutient « La Solidaire » depuis sa création.

La Solidaire Légion Étrangère est une randonnée cyclo-sportive caritative créée en 2010 par le 4ème Régiment étranger de Castelnaudary. L’édition 2014 s’est déroulée du 23 au 26 juin. Elle a permis de rassembler plus de 100 000 euros de dons.

L’édition 2014 a battu tous les records : une somme de plus de 100 000 euros de dons a été collectée pour nos anciens. Félicitations aux généreux donateurs, aux courageux coureurs des 500 kilomètres, et à tous les nombreux amis de la Légion étrangère qui ont participé à cet élan solidaire autour de son parrain d’exception : Bernard Thévenet, vainqueur du Tour de France 1975 et 1977.

« La Solidaire » est l’occasion à la fois d’entretenir puis de développer les valeurs de solidarité et de dévouement chères à la Légion étrangère, et de mettre en application de manière très concrète son code d’honneur, qui commande de ne jamais abandonner les siens, au combat comme dans la vie.

Cette année, une centaine de coureurs ont participé. Deux coureurs suisses ont fait le déplacement ainsi qu’un citoyen américain, venu spécialement pour cet événement avec son vélo depuis San Francisco et promettant de revenir les années suivantes avec un groupe constitué.

Action de solidarité majeure annuelle du 4ème Régiment étranger, et parmi les principales de la Légion étrangère, cette manifestation a pour but de lever des fonds au profit exclusif de l’Institution des invalides de la Légion Etrangère (I.I.L.E) à Puyloubier. Située sur le site magnifique du domaine capitaine DANJOU, au pied de la montagne Sainte Victoire, l’I.I.L.E accueille, pour leur redonner une nouvelle chance, une centaine d’anciens légionnaires, célibataires ou acceptant de vivre en tant que tels. Certains en repartent, d’autres y terminent leur vie.

C’est vers eux que notre « Solidaire » est tournée. Pour l’édition de cette année, la somme collectée servira à rénover la vieille chaudière des pensionnaires.

Le général Pierre Chavancy, nouveau gouverneur militaire de Lyon

Photo © Yakinfo.com

Saint-cyrien de la promotion Montcalm (1980-1982), Pierre Chavancy a été élevé aux rang et appellation de général de corps d’armée le 1er août 2014, et nommé Gouverneur militaire de Lyon, officier général de zone de défense et de sécurité Sud-Est et commandant la région terre Sud-Est.

Son arrivée fait suite au départ du général Martial de Braquilanges dont nous avons relaté l’adieu aux armes dans nos colonnes. Agé de 54 ans, le général de corps d’armée Pierre Chavancy est officier de la Légion d’honneur, commandeur de l’ordre national du Mérite et titulaire de la croix de guerre des opérations extérieures et de la croix de la valeur militaire avec 3 citations. Marié et père de trois enfants, il sera reçu en Préfecture par Jean-François Carenco , mercredi 27 août 2014.

L’émouvant adieu au major Dejvid Nikolic, tué au Mali

22 juillet 2014

La cérémonie d’hommage national du Major Dejvid Nikolic, tué le 14 juillet au nord du Mali lors d’une attaque suicide, s’est déroulée ce matin au 1er régiment étranger de génie de l’Ardoise.

La cérémonie était présidée par le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, en présence de nombreux élus, comme le président du Conseil général du Gard Damien Alary, les députés Patrice Prat et Gilbert Collard, le président de l’agglo du Gard Rhodanien Jean-Christian Rey, et du préfet du Gard Didier Martin.

Les élus ont salué le drapeau du 1er REG, puis le ministre de la Défense a passé en revue les troupes.

Sur l’air de la marche funèbre, le cercueil du major Dejvid Nikolic a été amené jusqu’au lieu de la cérémonie, où le ministre lui a remis les insignes de chevalier de la Légion d’honneur à titre posthume.

Le ministre a pris la parole pour saluer « l’engagement difficile » mené au Mali lors de l’opération Serval, débutée en janvier 2013, puis s’est « inclin(é) avec émotion devant la douleur de la famille et des proches » du major décédé.

Le ministre est également brièvement revenu sur le parcours du major Nikolic, né à Belgrade le 16 mai 1969, qui a choisi de s’engager au sein de la légion étrangère en 1988. « Compétent, efficace, il est un exemple pour ses compagnons d’armes » a rappelé Jean-Yves Le Drian. « Il était une référence au sein du régiment », a t-il poursuivi.

Il a terminé son allocution en faisant une promesse : « Major Nikolic, vous avez fait honneur à la France. En retour, la France vous fera honneur en menant jusqu’au bout ce combat qui est à jamais le vôtre. »

Le ministre a ensuite pris la parole pour une courte allocution devant les troupes, qui ont ensuite chanté l’hymne du 1er REG.

Le ministre a ensuite déjeuné à huis clos avec le régiment.

Thierry ALLARD

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La légion étrangère et la franc-maçonnerie

18/04/2014

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Au Légionnaire Gilbert… Ils y viennent pour une raison et y restent pour une autre… (Général Christophe de SAINT CHAMAS).

Parler d’un corps d’armée dans un Temple Maçonnique peut paraître quelque peu incongru ! Et pourtant ! La Légion étrangère, qui inspire tout autant l’admiration que le rejet de nombreux concitoyens, qui suscite des fantasmes et souffre de préjugés et d’ignorances, porte en elle des valeurs qui transcendent les races, les religions et qui, à bien des égards, sont proches des nôtres !

La France a hérité du siècle des Lumières des valeurs qui en font un pays unique au monde. Parmi celles-ci, le sacro-saint droit d’asile qui a été qualifié comme étant le droit, pour les réfugiés persécutés, d’être accueillis sur son sol. La Légion étrangère perpétue ce droit, pratiqué à l’extrême, puisqu’on ne demande pas à celui qui veut s’y engager de justifier son passé ni ses origines. Donner à chacun une deuxième chance est un des principes « sacrés » de la Légion étrangère.

Notre Ordre est bel et bien ancré dans le monde des bâtisseurs. Qu’il s’agisse des constructeurs de temples antiques ou de bâtiments cultuels durant le moyen-âge, la Tradition a été perpétué par des Initiés. Ils se sont appelés Pharaons, Collegia, Guildes, Moines bâtisseurs,... De nos jours, les Maçons, Francs et Acceptés, ne sont plus opératifs. Mais n’existe-t-il pas, en France, des soldats bâtisseurs dont la tradition a été conservée à travers les « Pionniers » de la Légion étrangère ?

Ces hommes, à qui on offre le choix de servir un pays qui va devenir le leur, créent une part de mystère qui fait leur renommée. Créé par Louis-Philippe en 1831, ce corps d’armée, qui a eu pour vocation originelle de protéger et d’étendre l’Empire Colonial, est un brassage humain, formidable condensé d’héroïsme et de courage.

Mais alors, pourquoi parler de ces hommes dans nos Temples ? Une phrase, extraite du rite Émulation peut éclairer peut-être cette question : « En votre qualité de citoyen du monde, je dois vous recommander de vous acquitter de vos devoirs civiques d'une façon exemplaire. …Soumettez-vous franchement aux lois du gouvernement étranger qui vous donnerait provisoirement l'hospitalité ou vous accorderait sa protection… »

Quels sont donc les points communs entre ce corps d’armée et notre Ordre ? Sur quelle mythologie et sur quels rites se fondent ses traditions ? De quelles valeurs supérieures se revendique-t-il ? Telles sont les questions auxquelles ce morceau d’architecture ne prétend pas apporter des réponses mais, humblement, susciter quelques pistes de réflexion.

Un mythe fondateur

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Jusqu’en 1863, la Légion étrangère a été considérée comme une armée de fortes têtes vouée à faire la sale besogne de la colonisation ! Le 30 avril 1863, lors de l'expédition française au Mexique, la bataille de Camerone va définitivement changer l’esprit de ces soldats et le regard porté sur eux.

Il s’agit d’un combat qui opposa une compagnie de soixante fantassins de la Légion étrangère, commandée par le capitaine DANJOU et deux sous-lieutenants, à une armée de deux mille mexicains. Assiégés dans une hacienda, ils résistèrent durant 11 heures, tuant 300 ennemis et en blessant 300 autres.

A dix heures du matin, alors que les Français, qui n'ont rien mangé depuis la veille, commencent à souffrir de la soif et de la chaleur, un officier mexicain leur somme de se rendre, ce à quoi le capitaine DANJOU fait répondre : « Nous avons des cartouches et ne nous rendrons pas ! ». Il fait alors jurer à ses hommes de lutter jusqu’au bout. Il tombera à la mi-journée, touché en plein cœur. Neuf heures durant, les Légionnaires vont affronter les troupes mexicaines, sans boire, étouffés par la fumée de l’incendie provoqué par l’ennemi.

En fin d'après-midi, il ne reste en état de combattre que six Légionnaires. Les mexicains somment alors les survivants de se rendre. Le caporal MAINE répond : « Nous nous rendrons si vous nous faites la promesse la plus formelle de relever et de soigner nos blessés ; si vous nous promettez de nous laisser notre fourniment et nos armes. Enfin, nous nous rendrons, si vous vous engagez à dire à qui voudra l'entendre que, jusqu'au bout, nous avons fait notre devoir », ce à quoi l'officier mexicain répond : « On ne refuse rien à des hommes comme vous ! » Les rescapés sont présentés au colonel MILAN, qui s'écrie : « Mais ce ne sont pas des hommes, ce sont des démons ! » Sur un monument commémoratif, érigé en 1892 au Mexique, figure l'inscription :

« Ils furent ici moins de soixante
Opposés à toute une armée.
Sa masse les écrasa.
La vie plutôt que le courage
Abandonna ces soldats Français
Le 30 avril 1863
A leur mémoire la Patrie éleva ce monument ».

Aujourd'hui encore, les militaires mexicains rendent hommage aux soldats français et mexicains tombés ce jour-là en présentant les armes lorsqu'ils passent devant ce monument.

Chaque 30 avril, les héros de ce combat sont honorés dans tous les régiments de la Légion ; à cette occasion est proclamé le récit du combat de Camerone. L'idée du « serment de Camerone » est là pour rappeler le courage et la détermination des Légionnaires ainsi que le respect à la parole donnée accomplie jusqu'au sacrifice suprême. Aujourd'hui, la main du capitaine DANJOU, prothèse de bois provenant d’une amputation antérieure, est conservée dans la crypte du musée de la Légion étrangère à Aubagne.

Pour fédérer tous ces hommes il fallait leur donner un passé commun, une histoire commune, quelque chose qui dépasse l’engagement de chaque individu. C’est le fait d’arme de Camerone qui tient ce rôle et constitue un acte fondateur.

Le point essentiel de cette histoire se situe à l’instant même où le capitaine DANJOU, transcendé, fait prêter serment à ses hommes. Ce serment, inattendu et exceptionnel dans de telles circonstances, a été gravé par le sang. Le mythe qui en est issu de fait, est le Légionnaire qui trouve la rédemption dans la mort. Ainsi, on plonge implicitement dans le mythe sacrificiel ; on trouve le Salut à travers le don de sa personne…

Il est important de noter que ce fait d’arme s’est déroulé dans le but de remplir une mission particulière qui consistait à protéger de l’armée mexicaine un important convoi français. Depuis lors, remplir la mission confiée et respecter la parole donnée sont devenu sacrés pour la Légion étrangère. Du reste, l'expression « faire Camerone », toujours usitée dans la Légion, signifie remplir sa mission jusqu’au bout, sans concession, s’il le faut au prix de sa vie.

Des rites

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Les traditions au sein de la Légion étrangère sont nombreuses et issues directement de son histoire : du « vert et rouge » au pas lent de ses unités, en passant par les pionniers et Le Boudin (chant de marche de la Légion). Mais contrairement à une idée reçue, elles ne sont pas immuables et vivent avec l'Institution. Elles sont officiellement regroupées au sein d'un « Recueil des traditions de la Légion étrangère » édité par un Comité des Traditions.

La formation des Légionnaires est certes une suite de stages professionnels sophistiqués, mais elle est également émaillée de temps forts qui exigent beaucoup d’abnégation.

Et tout d’abord le changement de nom, pour toute nouvelle recrue, est systématique. Il symbolise la mort de l’homme ancien, permettant de « repartir » sur de nouvelles bases. C’est en quelque sorte une nouvelle naissance. La Légion est le seul lieu où l’on peut « recommencer » sa vie. Mais cette deuxième chance ne blanchit pas le Légionnaire de toute faute qu’il aurait pu commettre avant son admission. Ce n’est qu’au bout de trois ans de service, après qu’il ait prouvé sa bonne moralité et une réelle volonté de s’amender, qu’il peut recouvrer, à sa demande, sa véritable identité.

D’autre part, un des éléments fédérateurs importants dans la Légion est la langue. La majorité des candidats à la Légion ne parlent pas le français. A l’évidence, pour des raisons de sécurité et d’efficacité militaires, tout soldat doit comprendre les ordres qui lui sont donnés en français, et pouvoir communiquer avec ses compagnons. Durant leur formation initiale, chaque légionnaire apprend donc le français, ce qui le lie aux autres de manière encore plus forte puisque sa langue maternelle, si elle n’est bien entendu pas oubliée, n’est plus pratiquée dans les rangs.

Cette formation est ponctuée par une série de « rites », importants pour tout jeune Légionnaire : après un premier stage de sélection, les engagés volontaires retenus reçoivent leur premier contrat d’engagement dans le musée d’Aubagne, où un officier les informe de l’importance de leur futur statut. Ensuite, à l’issue de leur formation, et après avoir prouvé qu’ils en étaient dignes, les nouvelles recrues sont invitées à coiffer pour la première fois leur képi blanc. C’est une cérémonie solennelle durant laquelle ils récitent, en chœur, avec fierté, la tête haute, et dans un français encore hésitant, leur code d’honneur, véritable serment du Légionnaire.

Enfin, la Commémoration annuelle de CAMERONE est un temps fort de la Légion. Le centre de Commandement, situé depuis 1962 à Aubagne, près de Marseille, possède une « voie sacrée » sur laquelle est présentée, puis « élevée », la main du capitaine DANJOU, véritable relique enfermée dans une chasse. Le reste de l’année, ce trophée repose dans une crypte souterraine dans laquelle toute nouvelle recrue est tenue de se recueillir pour honorer tous les Légionnaires morts au combat.

Une mort symbolique, une renaissance sous une autre identité et une autre langue, celle du pays pour lequel on est prêt à donner son sang, une fraternité sans faille et de principe, c'est-à-dire définitive, enfin un rappel périodique et immuable du mythe de CAMERONE ; nous sommes bien en présence de rites pratiqués par des hommes unis dans une cohésion inébranlable.

Une fraternité

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Soyons nets : l’Homme incline facilement au « chacun pour soi », il ne naît pas avec une conscience universelle. S’il lui arrive, dans le cours de son existence, de se sentir solidaire, c’est dans certaines situations, telles que la guerre ou toutes autres épreuves partagées, et ce sentiment disparaît généralement avec les circonstances qui l’ont fait naître.

Or, cette « fraternité de combat » ne constitue pas la véritable « Fraternité », telle que nous l’entendons, nous, et telle que l’entendent les Légionnaires. En effet, elle n’est pas « totale » et, dépendant trop des circonstances qui l’ont créée, reste surtout limitée à quelques individualités vivant ces circonstances. Ainsi des hommes, durant une guerre, peuvent fraterniser, ce rapprochement ne restant que circonstanciel et s’évanouissant souvent avec le temps.

Dans la Franc-Maçonnerie, on admet la réalité de la Création par la notion même de « Fils d’un même Père ». Il est donc normal de nous concevoir « en Fraternité » avec nos semblables : c’est même, presque, une attitude réflexe. Mais alors, comment les Légionnaires déterminent-ils leurs liens entre eux et avec autrui ? Pour prendre conscience de l’importance et de la réalité de la Fraternité telle qu’ils la conçoivent, il est bon de rappeler le contenu de leur code d’honneur, appris et récité en chœur par les nouvelles recrues le jour de la remise du képi blanc :

Art. 1 - Légionnaire, tu es un volontaire, servant la France avec honneur et fidélité (devise de la Légion étrangère NDR).
Art. 2 - Chaque légionnaire est ton frère d'armes, quelles que soient sa nationalité, sa race ou sa religion. Tu lui manifestes toujours la solidarité étroite qui doit unir les membres d'une même famille.
Art. 3 - Respectueux des traditions, attaché à tes chefs, la discipline et la camaraderie sont ta force, le courage et la loyauté tes vertus.
Art. 4 - Fier de ton état de légionnaire, tu le montres dans ta tenue toujours élégante, ton comportement toujours digne mais modeste, ton casernement toujours net.
Art. 5 -Soldat d'élite, tu t'entraînes avec rigueur, tu entretiens ton arme comme ton bien le plus précieux, tu as le souci constant de ta forme physique.
Art. 6 - La mission est sacrée, tu l'exécutes jusqu'au bout et, si besoin, en opérations, au péril de ta vie.
Art. 7 - Au combat, tu agis sans passion et sans haine, tu respectes les ennemis vaincus, tu n'abandonnes jamais ni tes morts, ni tes blessés, ni tes armes.

Il faut rappeler que l’homme n’est jamais aussi isolé que face à la mort. Or c’est précisément ce dénouement qui est au centre du mythe de la Légion : « tu exécutes ta mission jusqu'au bout, …au péril de ta vie », « …tu n'abandonnes jamais ni tes morts, ni tes blessés… ». Dans le fond, ces hommes, animés du désir de changer leur vie et de protéger celle de leurs semblables, font preuve d’une générosité totale et d’un sentiment de solidarité, qu’ils nomment justement « FRATERNITÉ ». En ce sens, implicitement, leur sort est transcendant. Ils se retrouvent d’une certaine manière au cœur même du sacrifice christique.

A défaut d’une image du Dieu-Père, engageant naturellement une perspective de « filiation », c’est la Légion qui va leur donner la conscience d’appartenir à une même « famille », vivant d’elle et la faisant vivre. Du reste, à partir du moment où un homme a rempli avec satisfaction son contrat avec la Légion, celle-ci devient son « obligé ». Elle doit l’aider au moindre problème durant toute sa vie. Cette « morale laïque », morale raisonnée par opposition aux morales impératives des Religions, induit une solidarité sans faille.

Notre Ordre conçoit la Fraternité comme une constante universelle. Mais, à bien des égards, la Fraternité vécue au sein de la Légion dépasse les hommes eux-même par les références existentielles et la mythologie auxquelles elle renvoie. Ainsi, ces hommes, qui recommencent une seconde vie au sein de leur nouvelle famille, famille de substitution, la Légion étrangère, s’interdisent par principe toute discussion relative à leur passé. Il existe entre eux, pour toute leur vie, ce lien invisible, discret, cet attachement indéfectible qu’ils tissent dès leur formation.

Conclusion

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Le Légionnaire, porteur de tous les pêchés, nourrit l’imaginaire populaire. Par définition les premiers sur le terrain et les derniers à partir, les Pionniers, qui perpétuent la tradition du Légionnaire bâtisseur, jouissent du privilège de défiler, avec gants blancs et tablier, à la tête de la troupe. Cette tradition est à rapprocher de l’hommage particulier que rend la Légion à ses sous-officiers, ses « maréchaux » comme on a coutume de les appeler, en laissant à trois des leurs l'honneur de défiler en tête de toute la Légion. Un de leurs chants exprime ainsi leur fierté :

« On nous appelle les fortes têtes,
On a mauvaise réputation.
Mais on s’en fout comme d’une musette,
On est fier d’être à la Légion.
Et ce qu’ignore le vulgaire,
C’est que du soldat au colon,
Ils ont une âme de mousquetaire,
Les Légionnaires ! »

Malgré son apparente rigidité, il n’y a pas plus large d’esprit que la Légion étrangère, accueillant plus de 130 nationalités différentes et les fédérant dans un but unique. Elle constitue un important creuset social. Celui-ci, paradoxalement, pourrait être considéré comme un archétype de la République, au sens français du terme. C’est un lieu de brassage et d’acceptation de règles qui transcende les ethnies, les origines, les religions. Accepter ces règles, c’est devenir français, « français par le sang versé et non le sang reçu… » Une suggestion : dans la Franc-Maçonnerie, ne rassemble-t-on pas ce qui est épars ?

Les mythes sur lesquels se fonde notre Ordre sont révélés et gravés dans le Volume de la Loi Sacrée. Pour la Légion, c’est un mythe construit par l’homme à l’issue d’une épopée historique : CAMERONE, véritable fait d’arme. Il n’empêche, ce mythe est transcendant en ce qu’il engage la vie même de ceux qui y adhèrent.

A la peine comme à l’honneur, le Légionnaire est représenté comme le soldat bâtisseur, celui qui ouvre les voies du progrès au milieu des ténèbres. Le mythe du Légionnaire qui trouve la rédemption dans la mort symbolise, d’une certaine façon, le mythe sacrificiel. On gagne le Salut à travers le don de sa personne…

Ces hommes, qui ont un « passé » et pas d’avenir, et qui, arrivés dans la Légion, oublient leur passé et gagnent un avenir, ne sont point dans le sacré. Pas plus que la Légion n’est un ordre initiatique. Mais un mystère les distingue radicalement de toutes les armées du monde et en font les combattants les plus redoutés de tous. Leur statut juridique demeure exceptionnel. Leur silence et leur pudeur les honorent. A bien des égards, les valeurs dont ils se revendiquent touchent à l’Universel…

Peu importe ce qui motive un homme à s’engager dans la Légion, qu’il y soit attiré par le prestige ou par un désir de changer de vie, le pli sera pris. Une Fraternité entière et une obligation de sacrifice s’imposeront à lui. Il demeurera Légionnaire toute sa vie. Dans notre Ordre également, des hommes et des femmes « s’engagent » pour des raisons diverses mais qui leur sont propres. L’état de Maçon leur sera définitivement acquis.

Je dois maintenant vous faire part d’un point de vue tout à fait personnel. Je suppute que des officiers supérieurs, Francs-Maçons, au sein du Commandement de la Légion, ont vraisemblablement dû influencer durant son histoire l’esprit de cette institution et, ainsi, favorisé la formalisation de nombre de ses rites.

Enfin, pour être franc, et après avoir étudié les valeurs indéfectibles qui sont les leurs, je me pose la question de savoir combien, parmi nous, seraient capables de risquer leur vie pour sauver un Frère ! Telles sont les réflexions que m’inspire, en tant que Franc-Maçon, la Légion étrangère.

A\ L\

Lazare Ponticelli, le témoignage du dernier poilu

 

Marc QUATTROCIOCCHI et Johana SABROUX 5 août 2014

Lazare Ponticelli, le dernier des poilus, ici un an avant sa mort. (Photo Michel Pourny. AFP)
VIDÉOS

Cet Italien, qui a combattu lors de la Première Guerre mondiale sous le drapeau français, est mort en 2008 à l'âge de 110 ans. Avant son décès, il a raconté à «Libération» l'engagement, les tranchées, les blessures et la mort.

Il est mort en 2008, à l’âge de 110 ans. Lazare Ponticelli, était le «der des ders», l’ultime poilu, celui à laquelle la France a offert des obsèques nationales en mémoire des millions de combattants et de morts de la Grande Guerre. Pour Libération, quelques années avant son décès, cet Italien avait raconté sa guerre au micro. Ce récit expose ses souvenirs, mille fois racontés, et polis et repolis par la mémoire collective. On y entend la voix et l’accent de cet homme, encore énergique, parfois secoué par l’émotion. La version en quatre épisodes proposée ici est un remontage d’un premier travail diffusé en 2008: la voix de Lazare Ponticelli est sous-titrée et illustrée par des images d’archives d’époque.


Episode 1: l’engagement

Ponticelli décrit la déclaration de guerre et ses errements d’immigré italien, qui ne voulait pas retourner en Italie car «on y mourait de faim, surtout dans les montagnes». Il s’engage alors dans la Légion étrangère et combattra pour la France.

Episode 2: les tranchées

Dès la fin de 1914, Ponticelli est envoyé en Argonne, où il découvre les tranchées, le feu ennemi, les blessures. Il raconte comment il est allé chercher un blessé à la jambe coupée entre les tranchées. En épargnant au passage un soldat allemand. Il dit aussi franchement son dégoût d’une guerre inutile, sentiment qui revient avec constance dans ses récits.

Episode 3: la fraternisation

Lazare Ponticelli décrit un épisode de fraternisation avec des soldats autrichiens. Décidés à ne pas «se battre pour rien», les combattants baissent les armes. Le mouvement s’étend et provoque la colère des officiers. Pour punition, la compagnie de Ponticelli sera envoyée au feu à un autre endroit, face à des soldats d’élite, où très peu survivront.

Episode 4: Monte Grappa

Ponticelli finira la guerre dans les rangs de l’armée italienne. Il raconte ici sa blessure et son opération – avant d’être renvoyé au front, où il apprendra l’armistice.

Un infirmier français en Guinée Equatoriale victime de la peur d’Ebola

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Cet article relatant le décès d'un infirmier, chef de service des urgences médicales de l’entreprise Bouygues Construction, refoulé de clinique en établissement hospitalier, a été publié par l'Association France-Guinée Equatoriale (pays proche du Gabon où aucun cas n'a pour l'instant été répertorié).

Photo de Shawn Haggerty publiée sur le site de l'Association

Photo de Shawn Haggerty publiée sur le site de l'Association

La semaine passée, Oyala, le chantier titanesque du président Obiang en plein cœur de la forêt tropicale, a connu un vent de panique quand Shawn James Haggerty, le Chef de service des urgences médicales de l’entreprise Bouygues Construction, est tombé gravement malade, le 15 août dernier, présentant des symptômes similaires à Ebola (fièvre, vomissements, diarrhée sanglante).

Transféré en urgence à Bata, son admission dans un établissement hospitalier s’est heurtée à la réticence des personnels hospitaliers et à une évidente impréparation : Refoulé de la clinique La Paz, pourtant présentée comme l’une des plus modernes du pays, on l’a finalement accueilli à l’Hôpital public de la ville où il a reçu des médicaments avant d’être reconduit à Oyala.

Cependant, étant donnés la crainte suscitée par Ebola – et surtout depuis son apparition au Nigeria -, et le risque éventuel de contagion et de propagation, les plus hautes Autorités du pays s’en sont mêlés : la Première Dame, d’abord, qui l’a fait admettre dans sa clinique privée Guadalupe de Mongomo, inaugurée le 8 mars 2014. Mais, faute de moyens adaptés, il a été finalement renvoyé à la clinique La Paz de Bata où le ministre Tomas Mecheba et le président Obiang lui-même ont exigé qu’il soit admis.

Selon Celestino Okenve (qui retrace ce événement sur le site guinea-ecuatorial.net), on aurait alors chargé un soignant malien de le faire sortir de l’ambulance et de le placer à l’isolement dans un coin de l’hôpital où il aurait été laissé sans soins. On aurait seulement effectué sur lui des prélèvements de sang et de salive envoyés par avion à Franceville (Gabon) où se trouve une unité de diagnostic d’Ebola. Malheureusement, Shawn Haggerty est finalement décédé le 18 août 2014, à trois heures du matin.

Originaire de Derby, dans le Kansas (Etats-Unis), formé à l’École militaire de Toulon (France), Shawn Haggerty, 58 ans, travaillait pour Bouygues en qualité d’infirmier urgentiste, responsable du suivi médical des employés de cette entreprise à Oyala. Arrivé en France en 1987, marié à une Française, il a servi dans la Légion étrangère et travaillait désormais en Afrique depuis près de sept ans. Son rêve était de s’installer bientôt en Floride afin de profiter de sa retraite militaire et de parcourir les Etats-Unis sur sa Harley-Davidson.

Mercredi dernier, les résultats d’analyse, revenus de Libreville, ont révélé que le patient franco-américain n’était pas infecté par le virus Ebola. Il est donc mort d’une autre pathologie, non déterminée, à moins qu’il n’ait été victime de la réticence des établissements hospitaliers à l’accueillir et à le prendre en charge.

Selon un communiqué officiel signé par Teobaldo Nchaso Matomba, porte-parole du gouvernement équato-guinéen, Shawn Haggerty serait décédé suite à une surdose de quinine qu’il se serait lui-même administré en automédication contre le paludisme dont il souffrait. « Grâce au traitement administré par les médecins, les vomissement et la diarrhée avec sang se sont arrêtés et les signes vitaux ont amélioré. Mais à cause d’autres maladies qu’il souffrait (hypertension, diabète et obésité), le patient est décédé à 3 h 46, dimanche 17 août dernier », précise ce communiqué.

À la gare : la stèle de Jean Devé restaurée

Le maire Philippe Lemaitre et Christine Lucas-Dzen, adjointe, devant la stèle de Jean Devé à la gare.

Le maire Philippe Lemaitre et Christine Lucas-Dzen, adjointe, devant la stèle de Jean Devé à la gare.

La stèle et son pourtour, érigés à la gare SNCF à la mémoire de Jean Devé, viennent d'être restaurés par la municipalité. Ce fils de marin né à Brest en 1897 a été engagé volontaire en août 1914 dans le 1er régiment de Dragons.

Il entre aux chemins de fer en 1923 comme piqueur de travaux. En 1936, il devient chef de district à la gare de Villedieu. En juin 1940, il n'hésite pas à rejoindre le général de Gaulle à Londres pour poursuivre la lutte.

Affecté comme lieutenant, chef de section, à la 13e demi-brigade de la Légion étrangère, il prend part à l'expédition de Dakar en septembre 1940. Il commande à Bir-Hakeim la section des chenillettes Bren Carriers. Elle est chargée, dans la nuit du 10 au 11 juin 1942, d'ouvrir la voie aux convois d'ambulances. Jean Devé y est tué par un obus antichar.

Jean Devé est chevalier de la Légion d'honneur, compagnon de la Libération et Croix de guerre avec palme.

Samedi, à l'occasion du 70e anniversaire de la libération de Villedieu, les élus lui ont rendu hommage.

La Grande Guerre du typographe Paul Caron

5 août 2014

Paul Caron
Photo: Bibliothèque et Archives nationales du Québec Paul Caron

Typographe au Devoir, Paul Caron s’est engagé au sein de l’armée française dès le déclenchement de la Première Guerre mondiale. Il envoyait régulièrement ses écrits au journal, chronique dont le nom a varié au fil du temps, mais sa conviction de mener une guerre juste, elle, n’a jamais changé.


Nous publions ci-dessous des extraits de cinq de ces chroniques, qu’on peut lire en entier, telles que publiées il y a 100 ans, en cliquant sur les images. Y sont incluses sa première chronique, qui racontait Noël 1914, et sa dernière, consacrée à la Noël de 1916. Paul Caron mourra au combat en avril 1917.

Ironie du sort, il avait conclu sa dernière chronique par les mots suivants: «Je termine, en m’excusant d’être, cette année, si en retard pour offrir mes vœux du Nouvel An à mes amis Canadiens. Mais nombre d’entre entre eux, tous plutôt, lisent le Devoir, et ces lignes leur porteront l’expression tardive, mais sincère de mon souvenir fidèle. »

«Carnet d’un légionnaire: Noël en face de l’ennemi»
Le Devoir, le samedi 23 janvier 1915

Plus fortunés que nombre de nos camarades de l’armée française, nous avons pu fêter la Noël avec un certain luxe de décor et de victuailles — notre bataillon étant en repos ce jour-là. Quand je dis repos, je n’entends pas que nous ayons évacué le théâtre des hostilités et quitté la zone dangereuse. Nous avons tout simplement été remplacés dans les tranchées par un autre bataillon de notre régiment, et sommes venus, à quelque deux kilomètres en arrière, occuper son cantonnement. Et quel cantonnement ! En aval d’une petite colline, dans une forêt, quelques huttes creusées dans le sol et recouvertes de perches, branches, feuillages et sable… Des huttes de deux mètres de largeur, autant de hauteur, et la profondeur voulue pour hospitaliser une section de 54 hommes. Une vraie boîte à sardines, quoi !….

 

«Carnet d’un légionnaire»
Le Devoir, le samedi 20 mars 1915

Acteurs inconnus de cette grande tragédie qu’est la guerre présente, ceux qui auront aimé Marcus et ses camarades n’auront même pas la consolation de dire ce que l’on disait des soldats d’Austerlitz : « Ils étaient à telle bataille. » Il n’y a plus de batailles, c’est un embrasement général. Mourir le cœur troué par une balle ou une baïonnette ennemie, c’est triste, sans doute, mais au moins ce genre de mort se présente sous un aspect plus invitant, au moins on peut mesurer ses forces et son adresse personnelles avec celles de l’adversaire. Autre chose est de se faire occire à distance par un engin qui vous tombe dessus sans crier gare et contre lequel vous ne pouvez rien. C’est là l’épée de Damoclès constamment suspendue sur notre tête.

 

«Grimoire d’un lignard»
Le Devoir, le samedi 23 octobre 1915

Notons tout d’abord ceci que le paysan ou mieux, l’agriculteur français et sa famille sont habitués, dès les temps de paix, à loger, à certaines époques de l’année, lors des grandes manœuvres, par exemple, un certain nombre de militaires de passage dans leur localité. […] Mais en temps de paix, les troupes ne sont que de passage, elles ne font, chez l’habitant, que de courts séjours. Autre chose est, par exemple, d’avoir à loger pendant une année une quantité de militaires allant jusqu’à 40 et 50 par ferme — en passant, il est bien entendu que le soldat couche dans les granges — de voir les unités se remplacer périodiquement par d’autres et partant, d’avoir presque toujours affaire à de nouvelles figures.

 

«Bloc-notes d’un fourrier»
Le Devoir, le samedi 15 avril 1916

Dans ma dernière lettre, je notais au meilleur de ma connaissance les impressions qui m’étaient suggérées par la chute aux abords du village où nous sommes cantonnés d’une certaine quantité d’obus allemands. J’appréhendais aussi que les projectiles dont il était question […] seraient suivis de nombreux autres. Les faits sont venus depuis, et presque quotidiennement, confirmer mes prévisions. Les « marmites » de l’autre jour n’étaient, en effet, que le prodrome de bombardements plus intenses et très fréquents que le village de X n’a cessé de subir depuis. Heureusement, peu de coups portent, et jusqu’à ce jour, nous n’avons que d’insignifiantes pertes à enregistrer. Somme toute, les « boches » tirent assez mal. Toutefois, certaines de leurs marmites poussent parfois l’indiscrétion un peu loin, à preuve, celle qui, ce même jour de février, tombait sur l’habitation où nous avions notre bureau, provoquant un incendie que nous avons été impuissants à réduire avant qu’il eût accompli son œuvre destructrice.

 

«Propos d’un aspirant»
Le Devoir, le samedi 3 février 1917

À l’aube de 1917, le poilu n’a rien perdu de cette superbe confiance dans le succès qui, depuis les jours déjà lointains d’août 1914, ont, je ne dirai pas révélé au monde l’endurance du soldat français, car de toujours, le militaire français, qui n’a rien du mercenaire, a été à la hauteur des circonstances. Et tel on le trouvait à la veille de Noël 1914, on le retrouve en 1916. Peut-être a-t-il perdu un peu […] de sa fougueuse ardeur […], mais en revanche, il a gagné en stoïcisme, en patiente ténacité. […] [L]e poilu tiendra. Et tiendra jusqu’à la victoire finale.

Récits de Kabylie - 1858

L’état déplorable de l’armée Française!

juil13

Interview du général Pinard Legry, Saint-cyrien, ancien chef de corps du 4e Régiment étranger, qui a terminé sa carrière à la Direction du Renseignement Militaire (exploitation du renseignement). Il est désormais le président de l’Association de soutien à l’Armée Française (Asaf).


Décès de notre président d'Honneur... Le Colonel Jean Sarrabère...

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Décès de notre président d'Honneur... Le Colonel Jean Sarrabère...

Le Colonel Jean Sarrabère nous a quitté cette nuit...

Les obsèques auront lieu le mercredi 13 août 2014 à l'église Sainte Thérèse à 10H30.

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