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Légionnaire toujours...

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COMLE

Éditorial...

                   Lettre...

                                 Dossier de presse...


Le képi blanc et la fête nationale

En 1939, lors du défilé du 14 juillet, le képi blanc entrait dans l'histoire de France sous les bravos, les vivats et les cris de « vive la Légion ! ». Fiers, impassibles, certains de leur force comme de leur élégance, les légionnaires en prirent possession ce jour là.

Le képi blanc et la fête nationale

J'ai désigné cette année le 4e Etranger pour défiler le 14 juillet sur les Champs Elysées, afin de mettre à l’honneur l’effort porté par les "fortes têtes" ces dernières années pour former, éduquer et instruire la vague des jeunes engagés volontaires, puis celles des sous-officiers, gradés et spécialistes, venues grossir nos rangs. La désormais traditionnelle prise d’armes du 13 juillet au Sénat a été l’occasion pour le 4e Etranger de procéder à une remise de képis blancs, à une jeune section d’engagés volontaires. Je profite de cette circonstance pour faire un retour sur les liens entre le képi blanc et notre fête nationale.

 

Le légionnaire n’est pas comme les autres, et il veut qu’on le remarque

Dans ses souvenirs, le colonel Maire écrivait sur la période des années 1930 : « Si le légionnaire arrive à se distinguer par sa tenue étrange, disparate, lorsqu’il est en colonne, dès qu’il se retrouve en garnison il met son point d’honneur à devenir le soldat coquet, élégant même, qui n’a pas son égal parmi les autres troupes. Il est fier de ses épaulettes, de sa ceinture bleue, de son couvre-képi qui est devenu d’une blancheur éclatante, bien qu’à plusieurs reprises des ordres aient été donnés pour le teindre en marron en raison de sa grande visibilité. Mais là, on se heurte à la tradition, et le légionnaire est traditionnaliste. Il est légionnaire, il n’est pas comme les autres, et il veut qu’on le remarque. »

Le képi blanc, avec ou sans son légendaire couvre-nuque, s’est donc identifié au légionnaire pendant cette période de l’entre-deux-guerres. Au point d’ailleurs que le légionnaire est devenu, dans le langage courant, un képi blanc. Pourtant, le port du couvre-nuque est antérieur. Il date de la conquête de l’Algérie un siècle plus tôt. Astuce imaginée pour éviter les insolations, créé officiellement vingt ans plus tard en 1850 pour la Légion et les bataillons d’Afrique, le couvre képi n’est plus porté pendant la guerre de Crimée. Il réapparait au Mexique : « Chacun devra être pourvu d’un couvre-képi, car la cause principale des maladies est l’insolation » ordonne le général Forey. Officialisé en 1874 pour les troupes qui servent en Algérie, il devient blanc dans les années 1910, par le soleil et les lavages, et s’impose au Maroc comme signe distinctif de « la Légion de Lyautey ». Vers 1920 au Maroc, l’Intendance liquide pour la Légion un stock de vieux képis marrons, que les légionnaires s’empressent de recouvrir de couvre-képis blancs. L’état-major s’insurge contre cette mode non réglementaire, mais finit par donner raison aux légionnaires, certes frondeurs, mais avant tout courageux et efficaces au combat. Pour les cérémonies du Centenaire en 1931 à Sidi-Bel-Abbès, les 2e et 3e Etrangers sont en képi blanc. Des querelles persistent cependant au Maroc avec l’état-major qui veut imposer le casque en métal ou à nouveau le manchon marron. Le légionnaire Martin relate : « Ce fut un beau chahut ! Avec quelques inspirations comme celles-là, on aurait vite fait de la Légion un collège d’enfants de troupe ! »

 

Les voilà ! les voilà ! Ce sont eux !

La Légion, on peut bien le redire, fut le « clou » de la revue

C’est en fait la foule parisienne qui clôt la polémique, par son extraordinaire ovation le 14 juillet 1939 lors du 1er défilé de l’histoire de la Légion étrangère en képis blancs sur les Champs Elysées. La Légion étrangère avait certes déjà défilé à Paris pour la fête nationale, mais jamais sur les Champs Elysées. A l’issue de la campagne d’Italie, le défilé du 14 août 1859, se déroule de la Bastille à la place Vendôme ; celui du 14 juillet 1917, sur le cours de Vincennes où le Régiment de marche de la Légion étrangère arbore pour la 1ère fois la fourragère de la médaille militaire, nouvellement créée. La Légion ne participe pas au défilé de la victoire après la Grande Guerre.

Pour ce célèbre 14 juillet 1939, laissons parler la presse de l’époque. Le journal « Vu » est dithyrambique : « La Légion, on peut bien le redire, fut le « clou » de la revue. Après avoir follement acclamé les soldats anglais, ceux de l’Empire et les nôtres, il semblait que la foule immense n’aurait plus de voix, lorsque, soudain, après un grand trou de silence, on entendit des éclats de cuivres qui la firent frissonner. « Les voilà ! les voilà ! Ce sont eux ! » Puis on se tut… Alors, on vit s’avancer une troupe massive, sombre, vêtue de kaki délavé, coiffée de képis blancs cabossés mais recouverts du bout de toile blanche que chaque légionnaire, où qu’il soit, trouve le moyen de laver et de repasser. Les visages étaient durs, brûlés, creusés de rides, mais les torses se bombaient, les jambes se raidissaient, et les têtes hautes regardaient la foule avec un dédain superbe… Ils marchaient lentement, lourdement, prenant possession du sol chaque fois qu’ils y posaient le pied, comme des hoplites pesamment armés, entraînés par le rythme large et puissant qui roulait sur les tambours et se cuivrait dans les clairons. Un moment interdite, par la beauté âpre et par l’impression de force qui se dégageaient de ces hommes ne paraissant faire qu’une seule masse, qu’un seul bloc, la foule se mit à hurler soudain – l’expression n’est pas trop forte- « vive la Légion ! » Cependant, sous cet ouragan de bravos et de vivats, ils passèrent impassibles, fiers et crispés, le menton en avant, sans daigner regarder ni les drapeaux, ni les femmes qui les couvaient des yeux. »

Nombre d’entre eux tomberont au champ d’honneur sur le front de France, dans la neige de Norvège, dans les sables d’Afrique, et jusqu’en Italie et en Allemagne. Parmi eux, parmi tant d’autres, à la tête de sa compagnie, un prince géorgien qui ne deviendra Français que quelques mois plus tard : le capitaine Amilakvari.

Ce triomphe du képi blanc clamé par la population parisienne se renouvelle le 2 avril 1945, où une compagnie d’honneur du RMLE défile en képi blanc et est follement acclamée, alors que la compagnie de la 13e DBLE qui la suit en bérets kaki n’attire qu’une attention polie. Trois mois plus tard, pour le 14 juillet de la Victoire, la 13 coiffe le képi blanc et est alors acclamée à la hauteur de son sacrifice de cinq années de guerre ininterrompue.

Depuis, chaque année, dans un rite immuable de communion avec la foule, le légionnaire est fier de porter devant la Nation son képi blanc, signe de son service de la France avec honneur et fidélité.

 

Par le Général de division Jean Maurin commandant la Légion étrangère (Képi-blanc Magazine N°801)


Dossier de presse 14 juillet 2017


Le KB-Mag : «Marque particulière : grand esprit de famille»

"On le prendra comme on voudra mais, dans une certaine mesure la terre tourne à l’ombre du képi blanc." C'est avec cette formule provocante que le capitaine Ghesens, premier rédacteur en chef du magazine képi blanc, annoncait la parution du premier numéro de cette institution qu'est devenu ce mensuel de la Légion étrangère. La volonté est d'en faire une lettre de famille plus qu'un journal de communication. Aujourd'hui encore, le légionnaire engagé au Mali prend des nouvelles de son camarade stationné à Mayotte... c'est ainsi que la terre tourne encore !

Le KB-Mag : «Marque particulière : grand esprit de famille»

Baptême au champagne

Fin novembre 1946, le capitaine Gheysens, officier chargé du service de l’information du Dépôt commun des régiments étrangers, trouva dans un dossier revenant du chef de corps, le colonel Gaultier, une note de ce dernier lui demandant d’envisager la création d’un journal à caractère légionnaire. Son premier réflexe fut de classer cette note, à la suite de quelques autres, dans un dossier sur lequel était calligraphié un mot pourtant très simple, mais lourd d’espoirs et de projets : « Instance ». Mais quand deux semaines plus tard, une autre note du colonel Gaultier vint lui demander si le journal était susceptible de paraître dans quinze jours, c’est-à-dire pour le 1er janvier 1947, le capitaine Gheysens, assisté seulement d’un sous-officier, comprit l’urgence de la mission donnée. Quatre mois plus tard, le 30 avril 1947, grâce aux conseils de l’Echo d’Oran qui fournit également le papier, et à l’aide de la Maison Roidot qui mit à disposition son matériel d’imprimerie, naquit le 1er numéro de Képi blanc, tiré à 15 000 exemplaires et expédié sur les cinq continents ; cette naissance fut baptisée au champagne.

Pour le cinquantenaire le rédacteur en chef édita l’acte d’engagement suivant :

« L’an mille neuf cent quarante-sept, le 30 avril, s’est présenté devant nous, colonel Gaultier, chef de corps du Dépôt commun des régiments étrangers, M. Képi blanc, exerçant la profession de Journal d’information de la Légion étrangère, résidant à Sidi-Bel-Abbès, fils du capitaine Gheysens, ... Constatant que M. Képi blanc n’est atteint d’aucune infirmité, qu’il réunit la taille et les autres conditions requises pour servir dans la Légion étrangère,… Nous, intendant militaire… avons reçu l’engagement de M. Képi blanc, lequel a promis de servir avec honneur et fidélité pendant une durée indéterminée, le contractant a promis également de servir le corps ou toute fraction du corps partout où il conviendrait au gouvernement de l’envoyer. Lecture faite à M. Képi blanc du présent acte, il a signé avec nous. Signalement de M. Képi blanc : 64 pages, taille d’un mètre 21x29,7. Poids : 0,210 kg. Marque particulière : grand esprit de famille. »

 

Le KB Mag à 70 ans

Képi blanc vient de fêter ses 70 ans à Camerone et son 800ème numéro parait ce mois-ci !  70 ans, soit la durée des jours d’un roi selon Isaïe, le cours ordinaire de la vie humaine selon le psalmiste, ou bien le symbole de la régénérescence dans l’Egypte antique. Cela pour illustrer la maturité, la sagesse et la pérennité de l’œuvre lancée par le capitaine Gheysens. C’est à lui que ce numéro de Képi blanc est dédié.

Officier Saint-Cyrien au rayonnement extraordinaire, qui commença sa carrière chez les tirailleurs tunisiens, le capitaine Gheysens rejoignit la Légion en 1939, et fut fait chevalier de la Légion d’honneur au feu comme commandant de la 3ème compagnie du 11ème REI. Prisonnier au camp de Lübeck, il retrouva la Légion étrangère après la guerre, appelé à y servir à nouveau par le colonel Gaultier qui l’avait connu au feu au 11ème Etranger. On le décrivait comme « pétri d’esprit et de finesse, fantaisiste mais énergique, passionné malgré un fort esprit critique, réalisateur obstiné bien qu’affichant volontiers un peu de scepticisme et pas mal de dilettantisme, ouvert à toutes les formes d’art… ». Il sut s’entourer d’une équipe solide pour créer le journal : le sergent-chef Dauxy, ancien préfet, un certain Deville qui signait ses articles sous le nom de Deschamps par dérision ou par humour, « homme pourri d’esprit, d’une haute culture historique et rédacteur de grand talent » dira de lui le général Hallo. Il y avait aussi Brainois, un agrégatif de grec. Plus tard, l’équipe s’agrandit encore avec un légionnaire grand prix de Rome, et d’autres légionnaires dessinateurs dont l’un finira premier décorateur de l’opéra de Paris. Ces hommes de talent restaient légionnaires : après son temps de rédacteur en chef, le capitaine Gheysens partit pour l’Indochine où il fut tué au combat en mars 1950. Quatre ans après, en juillet 1954, le sergent Mairken, premier reporter de Képi blanc envoyé en opération et son photographe le sergent Mirka tombèrent également au champ d’honneur au Tonkin. Ils furent parmi les tous derniers légionnaires tués en Indochine.

 

Un organe de liaison entre tous les légionnaires qui servent dans l’Empire

Les principes fondamentaux de Képi blanc ont clairement été énoncés par le capitaine Gheysens dans son éditorial du premier numéro de Camerone 1947 : « un organe de liaison entre tous les légionnaires qui servent dans l’Empire et tous les anciens légionnaires épars dans le monde est une nécessité qui se fait sentir. On le prendra comme on voudra mais, dans une certaine mesure la terre tourne à l’ombre du képi blanc. « Pas moins-se » comme on dit au Détachement de Légion étrangère de Marseille. Un organe de liaison, un journal, si je puis employer ce mot pour une publication qui ne sera que mensuelle, un journal, donc, qui racontera à Tong ce qui se passe à Taroudant, à Ouargla ce que l’on pense au Ke, un journal qui permettra à toute la Légion de savoir ce qui se passe dans toute la Légion… Un journal qui serait la lettre de famille. Un journal à la hauteur de cette grandiose Famille qu’est la Légion…»

Aujourd’hui encore, c’est bien le grand esprit de famille, la marque particulière signalée sur l’acte d’engagement de Képi blanc, qui donne toujours son sens à notre si belle revue. Car Képi blanc, en plus d’être un vecteur de la communication de la Légion, est avant tout une œuvre de la solidarité légionnaire : les recettes des abonnements participent directement au bon fonctionnement de l’Institution des invalides de la Légion étrangère. C’est pour cette raison que le directeur du Foyer d’entraide de la Légion étrangère est le directeur de la publication de Képi blanc.

Le capitaine Gheysens terminait son premier éditorial en ces termes : « Voilà donc Képi blanc, il doit coiffer toute la Légion, c’est-à-dire qu’il doit être magnifique – indispensablement. Il le sera si vous nous aidez tous. » Pour ce soixante-dixième anniversaire et ce 800ème numéro, rendons hommage à cet officier magnifique, tombé au champ d’honneur à Don Giap en Indochine en criant « Vive la Légion ! », alors qu’il allait au-devant d’un partisan blessé. Aidons-le ! Aidons Képi blanc ! Aidons l’équipe de Képi blanc d’aujourd’hui qui fait son maximum pour poursuivre l’œuvre lancée par le capitaine Gheysens !

Que chaque lecteur s’abonne à Képi blanc, si ce n’est déjà fait, et qu’il y abonne deux amis, voisins ou camarades. Pour le capitaine Gheysens, et pour la solidarité Légion d’aujourd’hui !   

 

Par le Général de division Jean Maurin commandant la Légion étrangère (Képi-blanc Magazine N°800)


La fraternité d’armes, c’est la partie humaine du combattant… sa partie profonde.

Publié le 10/05/2017 à 08:18 | DRP

Que représente la fraternité d'armes ? Inscrite dans le code d'honneur du légionnaire, qu'est-ce que cela lui impose ?

 

Que représente la fraternité d’armes ?

 

La fraternité d’armes est un état d’esprit qui sous-tend naturellement toutes les relations d’hommes appelés à vivre intensément le service des armes, avec « la mort comme hypothèse de travail », pour reprendre l’expression du colonel Goya. Ce n’est ni une qualité, ni un dogme, ni une matière que l’on instruit, c’est plutôt  une condition essentielle du principe de l’esprit de corps. Vous direz alors : « Mais qu’est-ce que l’esprit de corps ? ». C’est justement l’ensemble des valeurs qui forgent l’âme des combattants légionnaires : la discipline, le culte de la mission, l’amour du travail bien fait, le respect, la solidarité, la fraternité, l’honneur et la fidélité. L’adhésion profonde à ces valeurs  rend possible la cohésion de ces hommes aux origines diverses, pour constituer une troupe moderne, efficace et au fort potentiel d’adaptation. L’esprit de corps se distingue aussi par la confiance tissée entre les légionnaires et leurs chefs, gage de fidélité de ces étrangers au service de la France. La fraternité d’armes, c’est la partie humaine du combattant… sa partie profonde.

Mais la fraternité d’armes peut également s’entendre comme fraternité entre formations. Elle répond à la même exigence que la fraternité d’armes entre deux légionnaires : un socle commun de valeurs. Cette fraternité d’armes n’est pas une nouveauté pour la Légion qui a toujours livré bataille aux côtés d’autres unités. A  Narvik, en 1940, elle s’est engagée aux côtés des chasseurs et des troupes alpines, avec l’appui de la marine.  En Indochine, en 1950, elle était avec des parachutistes coloniaux, des Tabors et des tirailleurs. En 1990, dans le Golfe, elle s’est lancée à l’assaut sous commandement américain, protégée par une couverture de l’armée de l’Air, avec des artilleurs, des marsouins et des équipages de l’aviation légère de l’armée de Terre. Plus récemment, comme par exemple en ex-Yougoslavie, en Afghanistan ou au Mali, les engagements se sont tous inscrits dans une triple logique : interarmes, interarmées et interalliée. Avec les autres armes, nous partageons certes des souvenirs, mais nous partageons surtout le même sang, comme des frères.

 

Au sein de la Légion étrangère, cette notion fait partie du code d’honneur, qu’est-ce que cela implique pour chaque légionnaire, et pour ses chefs ?

 

Le code d’honneur est la formalisation de ce dont nous venons de parler. Dans les années 80, ayant constaté qu’une partie des jeunes légionnaires manquait parfois de repères, mais aussi parce qu’il fallait nous assurer que chacun, venant de cultures différentes, se retrouve dans des principes communs, le Commandement  de la Légion étrangère a décidé de  rédiger un recueil de principes destinés à guider son action au quotidien, tant au plan personnel que dans le domaine professionnel. Il sert de guide et de référence à tout légionnaire. Il est également utile au chef  dans sa compréhension du  légionnaire et lui permettra d’enrichir son style personnel de commandement.

Plus précisément, le code d’honneur, structuré autour de sept articles, souligne en des mots simples, détachés des modes, et compréhensibles par chacun, quelle que soit sa culture, les valeurs de volontariat, de fraternité d’armes, de respect, de dignité, de rigueur, de solidarité et de sacrifice. Tout cela s’impose au légionnaire, et tout cela forme l’âme du légionnaire. Tout cela définit la fraternité d’armes.

Par le Lieutenant-colonel Bourban Jean-Philippe

Droit Légion étrangère 2017©BRN


Ici passa la Légion !

Le mot du général COM.LE - Képi blanc N° 799

 

Rien ne dit mieux l'œuvre de bâtisseur de la Légion étrangère que cette phrase du général Pélissier « Les routes carrossables, les barrages, les ponts, les canaux d’irrigation qui ont changé la face du pays vous sont dus et c’est à vous que le colon reconnaissant saura reporter le mérite de ces grandes œuvres si dignes des légions romaines. A Sidi Bel Abbès, vous avez fait d’un camp une ville florissante, d’une solitude un canton fertile, image de la France. »

"Ici passa la Légion !" Ainsi pourrait être résumée l’œuvre gigantesque de bâtisseur entreprise par la Légion étrangère au cours des deux derniers siècles, plus particulièrement en Afrique du Nord.

En 1858, après la construction de la route Sétif-Bougie taillée à flanc de montagne, un légionnaire tailleur de pierre avait commencé à sculpter sur la paroi de la falaise une énorme grenade à sept flammes. Des pressions furent exercées pour détruire, au besoin à coup de canon, ce magnifique travail. L’œuvre fut interrompue, mais non détruite. Cette grenade est sans doute la première des nombreuses signatures, qui dans tant de contrées, encore aujourd’hui, scellent l’œuvre du légionnaire bâtisseur qui clame à tous, par la qualité de son travail : « Ici passa la Légion ».

 

« Nous avons marché l’épée dans une main, la pelle dans l’autre »

 

« Nous avons marché l’épée dans une main, la pelle dans l’autre », disait le Maréchal Bugeaud, montrant ainsi à quel point étaient liées dans l’armée d’Afrique, comme dans les Légions romaines, la force qui conquiert, plus d’ailleurs par démonstration que par utilisation, la pelle qui bâtit, et la charrue qui féconde.

Le général Gaultier écrivait : « les légionnaires ne sont pas des êtres parfaits, mais ils ont de solides vertus…  Trois de leurs vertus ou aptitudes surclassent les autres : par l’exercice de la première, ils font d’excellents infirmiers aussi bien pour la troupe que pour les populations voisines… La deuxième relève de leur activité combattante. Elle se manifeste aussi bien au feu que lors des trêves… Les légionnaires sont enfin des pionniers qui découvrent et aménagent des territoires, des bâtisseurs qui construisent villes et ouvrages d’art, et qui ont droit, comme tels, à l’hommage réservé à ceux qui créent. »

 

le Génie n’a cessé d’être présent à la Légion. Car le légionnaire est un soldat, un pionnier et un bâtisseur.

 

Depuis sa création en 1831, la Légion étrangère a ouvert des routes, s’est battue et a construit.

Même si l’accolement des mots Génie et Légion est relativement récent, puisqu’il n’est apparu qu’en 1949 avec la création en Afrique du nord de la 1ère compagnie de Génie-Légion, aussitôt dirigée sur Madagascar, le Génie n’a cessé d’être présent à la Légion. Car le légionnaire est un soldat, un pionnier et un bâtisseur.

A la création de la Légion étrangère en 1831, il est mentionné une « compagnie hors rang » qui comprenait un caporal et quatre sapeurs par bataillon.

En 1833, les légionnaires construisirent en deux mois la chaussée de Boufarik : « on vit sortir du fond des marais infects et souvent impraticables une chaussée élevée de deux mètres au-dessus du sol, bordée de fossés larges et profonds, de deux rangs de peupliers et de fontaines », rapporte le général Bernelle.

Le premier barrage voûté créé en France, retenant les eaux de ruissellement de la Sainte-Victoire, inauguré en 1854, est l’œuvre de l’ancien légionnaire Zola engagé en 1831, revenu à Marseille en 1833 comme ingénieur topographe, et père de l’écrivain.

En 1840, les sapeurs furent bien identifiés avec le tablier, la hache et les gants.

Plus tard, en 1851, le 2ème Etranger fut récompensé pour ses travaux archéologiques de découverte de plus de 40 villes, positions romaines, et postes fortifiés.

 

Vous avez fait d’une solitude un canton fertile, image de la France.

 

Aux légionnaires en partance pour la Crimée, le général Pélissier dira : « Les routes carrossables, les barrages, les ponts, les canaux d’irrigation qui ont changé la face du pays vous sont dus et c’est à vous que le colon reconnaissant saura reporter le mérite de ces grandes œuvres si dignes des légions romaines. A Sidi Bel Abbès, vous avez fait d’un camp une ville florissante, d’une solitude un canton fertile, image de la France. »

En Crimée, 100 légionnaires volontaires placés sous les ordres du sergent-major Valliez ouvrirent la voie aux zouaves en prenant d’assaut la citadelle de Malakoff : les légionnaires pionniers appliquèrent les échelles, les madriers et les ponts flottants sur les obstacles et les murs des bastions russes. Sortant de la tranchée qui fut amenée jusqu’à 25 m des positions de l’ennemi, ils franchirent cet espace battu par le feu, puis le fossé et pénétrèrent les premiers dans l’ouvrage.

Fin 1884, à Tuyen Quang, le sergent du génie Bobillot édifia pendant deux mois les défenses du poste avec les légionnaires. Les Chinois, à cent contre un, traqués jusque sous terre par les légionnaires, n’arrivaient pas à passer. L’assaut dura deux mois, et les Chinois renoncèrent. De nos héros légionnaires, naîtra sous la plume du capitaine de Borelli une des plus belles pages écrite sur la Légion : « A mes hommes qui sont morts ».

En 1920 et 1921, une compagnie de sapeurs pionniers fut créée dans chaque régiment étranger d’infanterie, afin de construire routes, ponts et tunnels. Celle du 3ème Etranger fut mise à l’honneur lors du Centenaire en 1931, en ouvrant la marche en tenue traditionnelle. Le colonel Gaultier, en 1946, rétablira cette tradition oubliée pendant la guerre.

Les pionniers ne participèrent pas à la campagne de la Libération. Quand éclata la guerre d’Indochine, la démobilisation avait privé l’arme du Génie d’une grande partie de ses cadres, et son recrutement se trouva fortement ralenti par les besoins en spécialistes pour la reconstruction civile. Par ailleurs, l’envoi du contingent en Indochine ne fut pas envisagé. Il fallut donc remplacer, et créer. La 40ème compagnie de camions bennes, mise sur pied à Nîmes en septembre 1945 embarqua pour l’Indochine dès janvier 1946. D’autres unités suivirent. En 1952, l’effectif légionnaire servant dans le Génie atteignait 2 400 hommes, mais l’appellation restait « Génie ».

En 1963, le 5ème Régiment mixte du Pacifique vit le jour. L’héritage du 5ème Etranger, la composition et les missions du nouveau corps marquèrent cette double appartenance à la Légion et au Génie. Le 61ème Bataillon mixte Génie-Légion, créé en 1969, fit les travaux du camp de Canjuers. A Djibouti et en Guyane, les compagnies de travaux ou d’équipement ouvrirent et construisirent de nombreuses routes et pistes. On constate ainsi que sur cette période le Génie Légion a été essentiellement tourné vers la mission de pionnier et de bâtisseur. Cent ans après Tuyen Quang, la « sape » s’imposa alors à nouveau à la Légion après l’expérience opérationnelle du Liban qui fit reprendre conscience du danger des mines. Le général Coullon, COMLE, proposa alors la création du 6ème Régiment étranger de génie.

 

 

Aujourd’hui, nos deux régiments étrangers de génie, créés en 1984 et en 1999, partagent avec leurs camarades des autres régiments les traditions du légionnaire, combattant, pionnier et bâtisseur. Par leurs savoir-faire spécifiques de sapeurs, ils font vivre l’héritage de leurs anciens de Malakoff et de Tuyen Quang.

Maniant le fusil, la pioche, la hache ou la truelle, que tous conservent l’amour du travail bien fait, et qu’ils signent leurs œuvres de grenades orgueilleuses sculptées dans la pierre !

 

Par le Général de division Jean Maurin commandant la Légion étrangère (Képi-blanc Magazine N°799)


Dossier de presse Camerone 2017.


La même solidité que dans la compagnie de Camerone

Le mot du général COM.LE - Képi blanc N° 798

On doit trouver dans toutes les compagnies des régiments étrangers la même solidité que dans la compagnie de Camerone... Il s’agit d’une mission, d’un ordre, plus que d’actualité. Les compagnies nouvelles doivent se tenir plus que jamais prêtes à affronter, tant sur le territoire national qu’en opérations extérieures, l’ennemi actuel : imprévisible, déterminé, destructeur et maléfique.

Le journal de marche du régiment étranger rend compte ainsi du combat de Camerone : « Le 30 avril a lieu le combat de Camerone, un des plus beaux faits d’armes des guerres modernes, combat sous lequel 3 officiers et 62 soldats ont combattu, sans vouloir se rendre, jusqu’à complet anéantissement. Ces gens, de nationalités diverses, soutenus par le sentiment du devoir, se sont fait tuer pour illustrer le drapeau sous lequel ils servaient. » Puis, le journal de marche relate le rapport du 17 août 1863 du chef de bataillon Regnault, commandant provisoirement le régiment étranger, au général de Maussion, commandant la brigade de réserve. Ce rapport se conclut ainsi : « Je suis heureux, mon général, d’avoir à vous rendre un bon compte de la conduite de la 3ème compagnie du 1er bataillon, j’ai espoir que vous approuverez sa bravoure et son énergie comme elle le mérite. Veuillez je vous prie, mettre sous les yeux de son Excellence M. le Maréchal Forey les noms de tous les braves gens qui se sont distingués dans cette journée, et lui garantir que, quand l’occasion s’en présentera, son Excellence trouvera dans toutes les compagnies du régiment étranger la même solidité que dans la compagnie de Camerone. »

 

Il s’agit d’une mission, d’un ordre, plus que d’actualité

 

Ces deux dernières années, j’avais choisi comme thèmes pour l’éditorial de Camerone les citations célèbres « Elle n’avait que de bons soldats », et « On ne refuse rien à des hommes comme vous ! ». Cette année, je souhaite que la phrase de conclusion du rapport du chef de bataillon Regnault résonne et soit vivante dans chaque compagnie de chaque régiment de la Légion étrangère. « On trouvera dans toutes les compagnies du régiment étranger la même solidité que dans la compagnie de Camerone ». Il s’agit d’une mission, d’un ordre, plus que d’actualité. Car aujourd’hui, avec la création d’une unité supplémentaire au 2ème REI, au 2ème REP, aux 1er et 2ème REG et au 1er REC, et avec la renaissance de celles de la 13ème DBLE, les compagnies nouvelles, et toutes leurs sœurs qui ont mécaniquement été rajeunies, doivent se tenir plus que jamais prêtes à affronter, tant sur le territoire national qu’en opérations extérieures, l’ennemi actuel : imprévisible, déterminé, destructeur et maléfique. La jeunesse de nos compagnies actuelles n’est pas un fait nouveau. N’oublions pas qu’à Camerone, un tiers de la troisième compagnie avait entre trois et neuf mois de service. Mais les officiers, les sous-officiers et les gradés étaient expérimentés et aguerris, et l’amalgame entre anciens et jeunes, une réalité : le deuxième tiers de cette compagnie avait combattu en Crimée ou en Italie, et le troisième tiers avait entre un et quatre ans de services. Cet amalgame d’anciennetés, d’expériences, de nationalités, de caractères, et le commandement exemplaire du capitaine Danjou, qui appelait par leur nom tous les hommes qui venaient de lui être confiés, avaient forgé la solidité de cette compagnie, qui gagna sa plus belle victoire : le respect qu’elle imposa à l’ennemi.

Nous nous apprêtons à fêter Camerone. Qu’au-delà du traditionnel cérémonial annuel du 30 avril, cet ordre de « solidité » nous fasse réfléchir au sens profond de cette commémoration. Car du serment du capitaine Danjou, et de la solidité de sa compagnie, est né à Camerone l’esprit immuable de la Légion. Des Camerone, il y en eut d’autres dans l’histoire de la Légion. Il y en aura d’autres, et ce n’est qu’une question de temps : demain, dans 10 ans ou dans 50 ans, les compagnies, « solides », devront alors se souvenir des hommes du capitaine Danjou, et mettre leur honneur à mériter la confiance léguée par leurs anciens.

 

Fidèles jusqu’au bout, simplement, sans calcul

 

Cette année, le thème « Volontaire » nous amène à rendre un hommage particulier à ceux qui, à l’autre bout du monde, ont cru en la France, l’ont servie à la Légion, souvent au début par faim, mais qui lui sont restés fidèles jusqu’au bout, simplement, sans calcul, sans jamais trahir, souvent au péril de leur vie, et par reconnaissance pour ce que notre pays leur avait apporté. Le sergent-chef (ER) Phong Nguyen Van est l’un d’entre eux. Il est l’un des derniers témoins vivants de ces hommes qui ont tout donné pour la France en rejoignant les rangs de la Légion étrangère au combat, en Indochine. Nul doute qu’en remontant la Voie sacrée, les milliers de supplétifs vietnamiens fidèles à la France, tués ou massacrés par le VietMinh communiste l’accompagneront. Il sera entouré des pionniers et d’un carré de 11 légionnaires venant de chacune des formations de la Légion d’aujourd’hui. Ce carré, la garde actuelle du capitaine Danjou, marque la pérennité de la Légion étrangère entre ses morts, ses anciens et ses jeunes.

Que chaque compagnie prenne exemple sur le capitaine Danjou et sur tous ces volontaires. Que chaque compagnie médite ces paroles de Charles Péguy : « Soyez opiniâtres, ayez la vaillance claire, un courage de belle tenue. Soyez tout ensemble fanatiques et mesurés, forcenés et pleinement sensés. Ayez de la bonne humeur. N’acceptez pas de consentir à l’injustice ni de prendre votre parti de rien. »

Que chaque compagnie se remémore Camerone par ces paroles que citait il y a 60 ans  le colonel Lennuyeux, alors commandant de la Légion étrangère: « Cent ans de gloire et de fidélité vous lèguent ces vertus. Légionnaires, elles sont vôtres. Contre ceux qui en font fi ou les voudraient détruire, dressez-vous, unis : faites Camerone. Camerone n’est pas seulement la fête du courage. C’est la fête des nobles armes, c’est, au combat, la fête des Seigneurs ! »

 

Par le Général de division Jean Maurin commandant la Légion étrangère (Képi-blanc Magazine N°798)


Que dire de plus à un jeune lieutenant en 2017 ?

Publié le 28/03/2017

« Je demande à avoir l’honneur de servir la Légion étrangère». Voici, au moment du « grand amphi », la formule rituelle, la promesse de grandeur, que prononce le jeune Lieutenant lorsqu’il termine sa formation en École d’Arme et choisit sa première affectation.

« Je demande à avoir l’honneur de servir la Légion étrangère»

« Je demande à avoir l’honneur de servir la Légion étrangère». Voici, au moment du « grand amphi », la formule rituelle, la promesse de grandeur, que prononce le jeune Lieutenant lorsqu’il termine sa formation en Ecole d’Arme et choisit sa première affectation. Debout, face à ses cadres, le regard haut, il articule cette phrase qu’il s’est répété si souvent depuis son entrée en formation. Tout est dans la formulation « servir la Légion » et non pas « servir au xième régiment»… Le choix des mots est intentionnellement exigeant. Est sous-entendu qu’il faudra de la disponibilité, de la bienveillance, du courage bien sûr, mais aussi de l’ardeur. Il est fier de ne pas avoir renoncé à se frotter au difficile. Tout ça,le lieutenant le sait d’instinct. Il n’empêche, quelques questions restent en suspend…

L’officier qui entre à la Légion entend d’abord résonner le chant « l’amour du chef, l’obéissance, sont de plus pure tradition ». Il prend alors conscience que la confiance lui est donnée d’emblée, quelle que soit son origine. Saint-Cyrien, EMIA, OAEA, monté par le rang, le légionnaire ne regarde pas ce détail, il va à l’essentiel, il cherche le cœur et l’âme de son chef ! Car c’est bien cela qui est demandé, le reste est acquis dans les écoles de formation de l’armée de Terre : les cadres d’ordres, la formation à l’exercice de l’autorité, la tactique et l’éthique. La psychologie du légionnaire, ses motivations, ses qualités, son cafard, son statut, le lieutenant aura le temps de les distinguer dans son régiment. Entre ces deux temps, le légionnaire, lui, cherche immédiatement l’épaisseur de l’homme chez son lieutenant.

C’est donc bien l’homme qui fait l’ « officier de Légion ». L’homme et sa capacité à aimer ses légionnaires, à toujours trouver du temps pour chacun d’eux, à exiger, à être juste, à montrer l’exemple, à commander. L’homme avec son caractère trempé, ses failles, son engagement et ses valeurs. Ces valeurs doivent être celles dans lesquelles le légionnaire a également forgé son identité. Des valeurs de famille : fraternité, don de soi, esprit sacré de la mission, rusticité. Le lieutenant, ce n’est pas celui qui court le plus vite. C’est celui qui amène sa section complète au meilleur niveau d’endurance. Le Lieutenant, ce n’est pas celui qui tire le mieux, il y a des tireurs d’élite pour ça. C’est celui qui guide le feu, qui cadence la mitraille. Le lieutenant, ce n’est pas un chef de certitudes. C’est un homme de résilience, qui se relève, qui va de l’avant. Le lieutenant, ce n’est pas celui qui boit le plus ou qui parle le plus fort. C’est celui qui est là le soir de Noël, qui sort en ville et qui chante avec ses Légionnaires, qui trinque « à la santé de nos morts », qui reste digne dans ces moments. Le Lieutenant a le même âge que le légionnaire, le même idéal, les mêmes valeurs. Mais il a, en plus, choisi de porter la responsabilité de tout cela au plus haut niveau d’exigence.

L’attitude, c’est ce qui tient l’âme !

Le lieutenant n’est pas seul, il y a les autres officiers. Il y a les compagnons d’armes, les camarades de promo, les aînés et les chefs. Derrière une attitude parfois rigide, des règles d’ancienne politesse, il y a là un type particulier d’officier de Légion. Leurs regards ne proposent aucun itinéraire de fuite mais incitent à affronter ses doutes et à les dépasser. Leurs traits sont creusés aux nuits de veille au grand air. Leur langage sans enluminure est celui des gens de guerre, ils parlent comme on donne des ordres : clair, précis, complet, direct et franc. Ils maintiennent  le voussoiement comme une marque de respect autant qu’une marque de fabrique. L’attitude, c’est ce qui tient l’âme ! Et c'est l’âme des officiers qui a reçu la bonté que l’attitude ne montre pas. Et cette bonté, cette générosité, l’officier de Légion les donne sans compter à ses légionnaires, à ses camarades officiers, à ses frères d’armes.

Alors certains esprits chagrins demanderont : « et la popote des lieutenants, celle dont on parle dès l’école de formation, dès Coëtquidan ?». La popote ! Rien de folklorique, c’est un concentré de traditions distillé au moment du repas, selon un rituel bien établi. Il faut connaître l’origine et la provenance des souvenirs accrochés aux murs, se positionner par rapport à ses anciens, apprendre vite pour être rapidement à l’aise dans l’histoire du régiment et dans ses relations entre officiers. Le temps de la popote est le temps consacré à la formation du lieutenant dans le domaine des traditions de la Légion (chant, histoire, anecdote) et du régiment (opérations, anciens, etc.). Des rumeurs ont traîné sur cette popote, lui collant une aussi mauvaise réputation qu’une certaine presse aime à colporter sur la Légion. Persiflage de mauvaises personnes, assurément ! Au « mess des officiers » aujourd’hui, si on se saoule, c’est d’histoire de conquêtes ou de rapports d’opérations, qui ramènent au même désir de grandeur et de valeur.

Ne laisser rien supposer qui ne soit pas vous !

Que dire de plus à un jeune lieutenant en 2017 ? Aujourd'hui comme hier, la Légion étrangère réclame engagement et enthousiasme, un regard franc, des convictions, et des os bien accrochés. Aujourd’hui encore, tout est possible si vous le voulez ! Si vous demandez à avoir l’honneur de servir la Légion étrangère, il faudra simplement tout donner ! Faites-le avec un esprit libre et ouvert, selon votre caractère, mais toujours avec abnégation. Ne laisser rien supposer qui ne soit pas vous ! Alors vos légionnaires vous le rendront au centuple. Et dans vos régiments vous trouverez, à vos côtés, des frères d’armes avec qui vous irez fréquenter le monde en ébullition et qui vous donneront en échange une Patrie dont ne connaissiez même pas les frontières.

Par le Lieutenant-colonel Jean-Philippe Bourban
rayonnement & patrimoine
commandement de la Légion étrangère


Légionnaire, tu es un volontaire servant la France avec honneur et fidélité

Ce premier article du code d’honneur du légionnaire est l’alpha du credo des képis blancs. Déjà en 1937, le mémento du soldat de la Légion étrangère, commençait en ces termes : « Légionnaire, tu es venu volontairement à nous. De ton gré, tu t’es engagé à servir avec Honneur et Fidélité… Comme tes anciens, tu serviras de toutes les forces de ton âme et, s’il le faut, jusqu’à l’ultime sacrifice, cette Légion devenue ta nouvelle Patrie, et tu conserveras toujours en ton cœur cette devise : « Legio Patria Nostra ». »

Le thème « Volontaire » de cette année 2017 rend hommage à tous ceux qui ont choisi de rejoindre les rangs de la Légion étrangère pour défendre la France. Képis blancs d’hier ou d’aujourd’hui, ou bien supplétifs vietnamiens ou encore harkis combattant dans les rangs de la Légion, leur seule volonté a été d’être à la hauteur de l’héritage légué par nos héros de Camerone, en restant fidèles souvent jusqu’au sacrifice ultime : « dans un monde et une époque de petite foi, ce legs donne la certitude grave, exaltante, durable, d’agir et de servir un idéal d’honneur et de fidélité qui nous dépasse » écrivait le général Olié.

 

Volontaire et libre.

A l’origine de cet idéal, il y a d’abord le volontariat, expression pleine et tangible de la liberté individuelle. Pourquoi s’engage-t-on à la Légion étrangère ? « A cette question, il y a presque autant de réponses qu’il y a de candidats, car le cœur et la volonté des hommes sont mus par des pulsions les plus variées », répondait humblement le général Gaultier, qui précisait par ailleurs : « Le légionnaire anonyme ! C’est celui qui certain matin éclatant de soleil ou certain soir déjà envahi par la nuit a débarqué du train à Marseille, lourd d’un passé qui ne regarde que lui et qui ne sera scruté, avec toute la discrétion requise, que pour évincer les brebis galeuses indignes de l’honneur de porter le képi blanc et germes de contamination. Encore hésitant, il est attiré par le havre où il pourra oublier ses misères, guérir de ses blessures, se racheter de ses fautes, fuir la géhenne d’une existence trop veule ou mal engagée ou décevante ou trop avare de ses faveurs, contracter des amitiés et vivre avec elles et avec honneur dans l’exaltation d’aventures avouables. »

Cet acte de volontariat est donc intrinsèquement libre. Pierre Mac Orlan écrivait en 1935, dans « Légionnaire » : « les légionnaires sont libres autant qu’un homme peut l’être. Ils paient leur impôt à un seul guichet. Dans quelques années, ce ne sera plus le chômage qui enverra des hommes à la Légion, mais le besoin de reconquérir une liberté de pensée, asservie par une discipline sociale autrement rude que la discipline militaire de la Légion. »

 

Volontaire, discipliné, et déterminé.

Le légionnaire s’engage à servir, en acceptant les règles de la Légion. « Ici, c’est comme çà ! » pourrait-on résumer. Cette discipline stricte mais librement consentie fait la force de la Légion. Elle répond à la fois aux exigences du combat et aux nécessités de la vie en communauté de la famille légionnaire. C’est d’abord en cette unité des cœurs que croit le légionnaire. Déjà en 1937, le mémento du soldat de la Légion étrangère rappelait cette vérité : « la force de la Légion réside avant tout dans la confiance absolue et réciproque qui lie les légionnaires et leurs chefs... Ces chefs sont tes compagnons de souffrance et de danger… »

La détermination est le triomphe du « malgré », comme le dit clairement le général Olié : « rien de grand ne s’accomplit que « malgré », malgré les obstacles dont le plus sévère est l’égoïste instinct de conservation. Tout le courage du soldat est fondé sur le triomphe de ce « malgré ». »

 

Volontaire, honnête et fidèle au service éternel de la France.

Citant un légionnaire, M. Messmer disait : « Beaucoup des hommes qui, au cours des âges, au cours des générations, sont venus à la Légion étrangère, y sont venus pour la liberté. Et en même temps, ils y sont venus par volonté de servir la France. » Dans le livre d’or de la Légion, une personnalité écrivait d’ailleurs : « la France trouve ici son laboratoire d’humanité où scintillent les diversités du monde agrégées sur l’unité des cœurs ».

Le caractère intemporel de la Légion est cité dans le 1er couplet du Boudin, « Au Tonkin, la Légion immortelle… ». Le Maréchal Juin traduisait cette immortalité en ces mots : « Et le temps passera, ces hommes anonymes sous le képi blanc continueront de défiler et de se battre comme ils l’ont toujours fait, relevés par d’autres hommes au même képi blanc, ayant toujours dans les yeux le reflet de cette foi intérieure qui ennoblit la Légion. »

 

Un béret blanc, et onze képis blancs, volontaires !

A l’heure où l’opprobre est à nouveau jeté sur l’histoire de la colonisation française, il me parait essentiel de rendre hommage à ceux qui, à l’autre bout du monde, ont cru en la France, l’ont servie souvent au début par faim, mais qui lui sont restés fidèles jusqu’au bout, simplement, sans calcul, sans jamais trahir, souvent au péril de leur vie, et par reconnaissance pour ce qu’elle leur avait apporté. Le sergent-chef  (ER) N’Guyen Van Phong est l’un d’entre eux. Il est l’un des derniers témoins vivants de ces hommes qui ont tout donné pour la France en rejoignant les rangs de la Légion étrangère au combat. Nul doute qu’en remontant la Voie sacrée, les milliers de supplétifs vietnamiens fidèles à la France, tués ou massacrés par le VietMinh communiste l’accompagneront.

Il sera entouré des pionniers et d’un carré de 11 légionnaires venant de chacune des formations de la Légion d’aujourd’hui. Cela marque la continuité de la Légion étrangère entre ses morts, ses anciens et ses jeunes, car comme l’écrivait  le chef de bataillon de Saint-Marc dans « Toute une vie » : « Le jeune engagé est porté par les ombres de ceux qui l’ont précédé. C’est dans cette invisible compagnie qu’il puise la force d’avancer la nuit. »

 

Par le Général de division Jean Maurin commandant la Légion étrangère

 


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