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Hans HARTUNG

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Publié le 25/11/2014

 

Hans Hartung, Paris, 1958 DR

 

1904

Naissance le 21 septembre à Leipzig. Son père est médecin.
Très jeune, il remplit ses cahiers d’écolier de nombreux dessins. Il est fasciné par les éclairs d’orage qu’il fixe sur le papier à l’aide d’innombrables lignes en zigzag tracées avec fulgurance.
« Quand j’étais à l’âge où on fait des bonshommes, j’ai dessiné sur des cahiers entiers, en quantité infinie, tous les éclairs que je pouvais voir. Voir ou ne pas voir. Du haut jusqu’en bas, toujours des éclairs, des éclairs, des éclairs. Il est probable que cela subsiste encore dans ma manière de dessiner qui très souvent a ce côté zigzaguant, ce côté du trait qui traverse en vitesse une page. Cela se peut tant les échttp://www.artcotedazur.fr/ecrire/... m’avaient vivement impressionné. »

1912-1914

La famille déménage à Bâle. L’astronomie et la photographie enchantent Hans. Il se construit lui-même un télescope auquel il adapte un appareil photographique. En 1914, la famille retourne à Leipzig à cause de la guerre.

Son père est muté en tant que médecin-chef à l’hôpital militaire de Dresde. Hartung obtient son baccalauréat littéraire début 1924. Il découvre au musée de Dresde les bleus et les rouges superbes du Destin des animaux de Franz Marc, qui le bouleverse. Il admire aussi les oeuvres de Goethe, Titien ou encore Raphaël.

1922-1924

En 1922, Hartung réalise ses premières aquarelles abstraites, des encres entre figures et taches ; à la fin de l’année 1923 et début 1924, une importante série de dessins au fusain et à la sanguine. Ces oeuvres qui traverseront la guerre et qu’il emportera avec lui à chaque déplacement seront régulièrement exposées après 1945. Il entreprend des études de philosophie et d’histoire de l’art à l’Université et à l’Akademie für graphische Künste und Kunstgewerbe à Leipzig. Il découvre les écrits de Johannes Müller et Ernst Weber en psychologie, les théories sur l’ordre par Spinoza et Hans Driesch, les tableaux d’Emil Nolde, de Hodler, de Kokoschka.
La mort de sa mère le 23 mars 1924 l’incite à revenir à Dresde et marque une rupture dans son travail.

1925

À l’automne, il s’inscrit à l’Akademie der Künste à Dresde. C’est là, en février, qu’il assiste à une conférence de Kandinsky parlant de l’abstraction comme d’une valeur acquise dans l’histoire de l’art. Il est confronté, stupéfait, à d’autres courants de l’art non figuratif.

1926

Il découvre, lors de l’Exposition internationale de Dresde, l’impressionnisme, le fauvisme et le cubisme. « En 1926, j’ai vu pour la première fois l’art français à Dresde
dans une très grande exposition internationale, et c’est la partie française qui m’intéressait le plus. Je voyais pour la première fois des choses de Rousseau, de Picasso, de Rouault, de Matisse, de Braque. » Il effectue des copies d’après Goya, Frans Hals, Le Greco, Picasso et Matisse. Après plusieurs excursions à vélo à travers la France et l’Italie pendant l’été, il effectue son premier voyage à Paris en octobre et s’inscrit à l’académie André Lhote où il restera jusqu’en février 1928.

1927

Il séjourne dans le Sud de la France, à Barcarès et sur la plage de Leucate, près de Perpignan. « Je vivais au bord de la plage, dans une cabane de pêcheurs. Je la dessinais inlassablement sous tous ses angles. »

1928

Il étudie durant l’été, à l’académie des Beaux-Arts à Munich. « [...] en 1928, j’approfondis mes connaissances techniques en me faisant élève du professeur Schinnerer à l’académie des Beaux-Arts de Munich. » Il effectue plusieurs voyages d’étude en Hollande et en Belgique.

1929-1930

Il rencontre Anna-Eva Bergman à Paris. En septembre 1929, après leur rencontre à Paris et un séjour à Leucate durant l’été, Anna-Eva Bergman et Hans Hartung se marient à Dresde où ils demeurent jusqu’au mois d’octobre 1930. Le couple passe l’hiver 1930-1931 à la Colle- sur-Loup près de Saint-Paul de Vence.

1931

De retour à Dresde, Hartung travaille beaucoup. En novembre, il y expose pour la première fois à la galerie Heinrich Kühl : Hans Hartung, Gemälde, Aquarelle und Zeichnungen. « [...] J’eus même la surprise de vendre une petite toile abstraite à un collectionneur célèbre, Fritz Bienert. Plus important pour moi encore, j’y fis la connaissance de Will Grohmann, l’historien d’art le plus important d’Allemagne et connu dans le monde entier. »

1932

En février, il participe à une exposition de groupe Junger Kunstler à la galerie Flechtheim à Berlin. En avril, il part pour la Norvège où il expose avec Anna-Eva Bergman chez Blomqvist à Oslo. En septembre, la mort subite de son père, dont l’importante correspondance témoigne de la bienveillance pour le couple, provoque une crise profonde chez l’artiste. Le couple alors à Homboröen retourne à Dresde puis part à Paris fin octobre pour vivre chez Bao Bergman, la mère d’Anna-Eva. Hartung lui laisse alors des oeuvres qui seront mises en dépôt à la galerie Jeanne Bucher à Paris en janvier 1933. « Sa disparition marqua la fin de notre insouciance. Les années noires commençaient. [...] Jusque-là j’avais vécu comme un enfant, sans me soucier du lendemain, comptant sur l’aide de mon père, comme si elle m’était acquise pour toujours. »

1933

Fin 1932, ils s’installent aux Baléares, sur la côte nord de Minorque et à proximité du village de pêcheurs de Fornells, dans une maison à l’aménagement monacal qu’ils ont fait construire d’après leurs propres plans. « Nous vivions pauvrement mais le bonheur rayonnait de nouveau. [...] je reprenais goût à la peinture. »
Hartung abandonne le calcul par le nombre d’or qu’il a tenté d’appliquer jusqu’alors aux proportions du tableau et produit à nouveau avec force, comme à ses débuts en 1922, une peinture guidée par l’instinct.
« J’en avais assez. Un beau jour, j’envoyai tout au diable et je sortis mes anciens dessins, je retournai à mes taches des années 1922-1924. […] Et je retrouvai la liberté de peindre Biographie

1934

La situation se dégrade. Le couple, suspecté d’espionnage, est forcé de quitter Minorque pour aller à Paris puis à Stockholm. AEB : « Nous étions tout le temps, constamment entourés de gardes civils [...] et, finalement, le consul allemand nous a donné le conseil de quitter l’île parce que la guerre civile commençait de se montrer à l’horizon. Exactement au même moment, vient une horrible nouvelle disant que notre compte bancaire en Allemagne était bloqué... On n’avait plus un sou et notre seul espoir était les futures expositions qui étaient prévues en Norvège et en Suède. »
« Les tableaux étaient tous emballés en caisse et devaient suivre. Nous sommes allés d’abord à Paris, où il y avait ma mère et nous étions toujours sans un sou, tout juste de quoi arriver. Mais après un séjour à Paris, nous sommes partis en Norvège pour notre exposition, mais les tableaux n’arrivaient pas. Ils étaient confisqués par la douane à Barcelone, qui réclamait trois photos de chaque tableau et dessin, plus les mesures exactes de chaque objet. Et comme rien ne marchait, après cela, nous sommes allés en Suède avec l’espoir que la famille pouvait nous aider d’une façon ou d’une autre. [...] Alors, on a finalement loué un atelier sous la condition de fournir des références de nos familles. Et nous sommes restés quelques mois à Stockholm, toujours sans tableaux d’Espagne. »

1935

L’exposition prévue à Oslo est annulée. Le couple s’installe à Berlin dans l’espoir de clarifier sa situation matérielle. Suite au conseil de Will Grohmann et après une lettre de Christian Zervos (qui a visité son atelier à Berlin) lui demandant de venir à Paris, Hartung quitte l’Allemagne en octobre 1935 ; Anna-Eva part, elle, à Oslo. Le premier atelier parisien de Hartung est situé au 19 de la rue Daguerre, près de celui d’Henri Goetz. Il y vit très simplement. « Je me mettais chaque jour à la même table, au [café du] Dôme, sans parler à personne, et je commandais un café crème. En commandant un café crème, on avait droit aussi à du papier et de l’encre. J’ai fait beaucoup de dessins au Dôme, jusqu’au jour où le garçon m’a dit : « C’est pour écrire ou c’est pour barbouiller ? » Il fallait que j’attende quelque temps pour retourner au Dôme, et trouver un autre garçon, si c’était possible. » Il expose pour la première fois au Salon des surindépendants. Il se lie d’amitié avec Henri Goetz et Christine Boumeister, ses voisins d’atelier, avec Jean Hélion, et, par son intermédiaire, rencontre Kandinsky, Mondrian, Magnelli, Domela, Miro et Calder.

1936

L’année est marquée par une abondante correspondance avec Anna-Eva, souffrante, en convalescence dans le Sud de la France. En octobre, il s’installe dans un nouvel atelier, 8 rue François Mouthon. En mai, il expose à la galerie Pierre à Paris avec Arp, Ferren, Giacometti, Hélion, Kandinsky, Nelson, Paalen et Sophie Taeuber. Deux de ses oeuvres sont reproduites dans Axis, une revue anglaise : la T 1936-2 dans le n°6 (été) et une mine de plomb dans le n°7 (automne). En novembre, il participe à une exposition collective à la London gallery à Londres et au Salon des surindépendants.

1937

Au cours de ces années, s’accentue le procédé éprouvé à Minorque, celui de la transformation détaillée de dessins produits spontanément en tableaux à l’huile et sur toile. Ce système sera utilisé de façon variée jusqu’en 1956. Fin juillet, il participe à l’événement Origines et développement de l’art international indépendant, organisé par Christian Zervos au musée du Jeu de Paume à Paris avec, entre autres, Magnelli, Baumeister, Arp, Hélion, Kandinsky, Miro, Delaunay. C’est à cette occasion qu’il rencontre Julio González et découvre ses sculptures. Une de ses toiles est reproduite dans Transition, une revue américaine aux côtés d’oeuvres de Magnelli, Miro et Albers.

1938

Il se sépare d’avec Anna-Eva qui se rend en Italie pour se soigner. Quelque temps après, le divorce est prononcé à la demande d’Anna-Eva Bergman. L’ambassade d’Allemagne lui retire son passeport, son existence tout entière devient de plus en plus difficile. « Je me sentais persécuté, oui, même en France. Tout le monde se méfiait de moi, et je me méfiais de tout le monde. »
Il trouve refuge pour un an dans l’appartement d’Henri Goetz et travaille dans l’atelier de Julio González auquel il se lie d’une étroite amitié. S’ensuit le début d’une relation amoureuse avec Roberta Gonzalez, la fille du sculpteur. Il crée lui-même une sculpture (une autre restera inachevée), qui sera exposée au Salon des surindépendants. En juillet, il participe à Exhibition of Twentieth Century German Art, à la New Burlington gallery à Londres puis en novembre, à Exhibition of collages papiers-collés and photo-montages chez Guggenheim Jeune. Une de ses oeuvres est reproduite dans le n°1-2 de Cahiers d’art.

1939

En avril, la galerie Henriette présente Roberta Gonzalez et Hans Hartung - Dessins et pastels à Paris. En mai, il expose à Abstract Concrete Art chez Guggenheim Jeune à Londres et aux Réalités nouvelles à la galerie Charpentier à Paris (est présenté un dessin, sans mention au catalogue, car il n’a été accepté qu’au dernier moment grâce à l’insistance de Jean Hélion).
Le 22 juillet, il épouse Roberta González. En septembre, la guerre est déclarée. Il est d’abord retenu dix jours au stade de Colombes puis quatre semaines au camp de Meslay-en-Maine. Le 26 décembre, il signe son engagement dans la Légion étrangère, sous le pseudonyme de Jean Gauthier et est envoyé en Afrique du Nord pour recevoir une formation militaire. On sait maintenant qu’à la Légion, Hartung a réalisé des peintures inspirées des figures de Picasso et Gonzalez. La Sculpture de 1938 apparaît dans Partisan Review à New-York.

1940-41

L’armistice est signé le 7 octobre. Démobilisé, Hartung revient en France, dans la zone libre et vit auprès de la famille González, réfugiée dans le Lot. Il travaille comme ouvrier agricole auprès du châtelain de la région et ne pratique qu’occasionnellement son art.
En 1940, la toile T 1938-2 est exposée et reproduite dans Museum of Living Art, à New York dans la collection d’art d’Albert Eugène Gallatin (celui-ci visita l’atelier d’Hartung en 1938). En 1941, un dessin est reproduit dans Partisan Review.

1942-44

En mars 1942, Julio González meurt. En mai 1943, à la suite de l’occupation du Sud de la France, Hartung prend la fuite en Espagne où il est arrêté par la garde civile et emprisonné dans les geôles de Figueras, Gerone, Barcelone et au camp de Miranda de Ebro. Après sept mois de captivité, déplacé au Maroc, il s’engage dans l’armée régulière française, mais il est renvoyé de force dans la Légion étrangère en raison de sa nationalité allemande. Il signe un nouvel engagement en décembre 1943 sous le nom de Pierre Berton. Isolé de tout, Hartung n’a plus de contact avec l’actualité
artistique. Dans une lettre adressée au collectionneur Gallatin en décembre 1943, il s’enquiert sur les expositions récentes en Amérique et demande ce qu’il y a d’intéressant et si les peintres d’Europe y sont nombreux… Le 20 novembre 1944, lors d’une attaque à Belfort, alors qu’il y est brancardier, il est gravement blessé et sera amputé de la jambe droite.

1945

Durant l’été, Hartung retourne à Arcueil. Il apprend que la plupart des toiles de ses débuts (jusqu’en 1932), restées à Leipzig chez sa soeur, ont été détruites par un bombardement.
Heureusement, certaines pièces ont été protégées chez le galeriste Pierre Loeb et chez Hans Landgraf et Eva Knabe. Il reprend courageusement le travail, après six années perdues pour la peinture. Des « grands noms » de la peinture ont disparu : Klee en 1940, Delaunay en 1941, Kandinsky et Mondrian en 1944. Hartung lui, « recommence comme avant ».
« Mes dessins étaient traversés de traits entortillés, étranges, embourbés, désespérés comme des griffures […] C’était une peinture véhémente, révoltée. Comme moi-même. J’avais le sentiment d’avoir été floué. À part quelques Français qui avaient été mobilisés, les autres peintres avaient tous passé la guerre réfugiés quelque part. Ils n’avaient cessé de travailler, de progresser. »
Il participe aux Surindépendants en octobre avec Goetz, Deyrolle, Ubac, Bryen… Son travail, sous le nom de Jean Hartung, est évoqué dans le Journal des Arts de Zurich.

1946

Il participe à plusieurs expositions de groupe : deux fois à la salle du centre des Recherches, rue Cujas (dirigée par Doméla) à Paris en février et en mai où il expose aussi à la galerie Denise René (peintures abstraites). En juillet, ses toiles sont montrées aux côtés de celles de Kandinsky, Magnelli, Delaunay ou encore Mondrian au Salon des réalités nouvelles. Sa première exposition personnelle après-guerre se tient à la galerie Gasser, à Zurich sous le titre Jean Hartung, reprenant ici son prénom de guerre (Jean Gauthier) associé à son nom de famille en tant que civil. Sept toiles sont montrées, révélant un style rare chez Hartung,
car essentiellement géométrique. Le 9 novembre, Hartung obtient la nationalité française. Will Grohmann évoque le travail réalisé en 1938 par Hartung dans Cahiers
d’art (deux toiles y sont reproduites). Dès 1946, les critiques d’art Charles Estienne et Léon Degand défendent l’abstraction spontanée des oeuvres d’Hartung.

1947

En février, la galerie Lydia Conti à Paris ouvre ses portes avec l’exposition Hans Hartung qui montre sept peintures de 1935 à 1947. Le catalogue est préfacé par Madeleine Rousseau, qui dirige la revue Le Musée vivant. En juillet, il participe au Salon des réalités nouvelles avec Mathieu, Wols, Bryen, Schneider ou encore Poliakoff. Par l’intermédiaire de Madeleine Rousseau, le cinéaste Alain Resnais tourne un court-métrage sur Hartung dans son atelier. Le film est présenté en Allemagne en 1948, et à la librairie-galerie La Hune en 1950, lors de la sortie de la première monographie sur son oeuvre.

1948

En février, la galerie Lydia Conti présente Hans Hartung, Dessins 1922 – 1948. Hartung participe ensuite à Paris à Prise de Terre, à la galerie René Breteau, et HWPSMTB chez Colette Allendy. En juillet, il participe au Salon des réalités nouvelles puis à la Biennale de Venise avec Hélion, Calder, Brancusi et Giacometti. Fin 1948, il retourne pour la première fois depuis la guerre en Allemagne où il séjourne
chez l’esthète et collectionneur Ottomar Domnick à Stuttgart. Là, il réalise plusieurs toiles.

1949

Les expositions se multiplient en France et à l’international : à Paris, chez Denise Renée, Colette Allendy et Lydia Conti (avec Soulages et Schneider), au Salon de mai, et celui des réalités nouvelles, à Londres à la Hanover gallery (Peter
Foldes and Hans Hartung) et Munich à la galerie Otto Stangl. Il figure aussi parmi les artistes de l’exposition itinérante,
Wanderausstellung französischer abstrakter Malerei, organisée par Ottomar Domnick. L’exposition se déplace dans plusieurs villes d’Allemagne dont Stuttgart, Munich, Düsseldorf, Hanovre, ou encore Francfort. Du côté transatlantique,
Hartung figure dans deux expositions collectives, l’une à New York dans la galerie Betty Parsons (Painted in 1949), l’autre au musée d’Art moderne de São Paulo, organisée par le critique d’art Léon Degand : Do Figurativismo ao Abstracionismo. Une pièce d’Hartung datée de 1947 figure aux côtés d’oeuvres de Magnelli, Soulages, Calder, Gonzalez, Kandinsky, Doméla, Arp ou encore Poliakoff.
Est également publiée la première monographie consacrée
à Hartung avec des textes de Madeleine Rousseau et Ottomar Domnick et une préface de James Johnson Sweeney. Celui-ci, directeur du département de peinture du MOMA depuis 1935 connaît bien l’oeuvre d’Hartung depuis l’année 1938, date à laquelle il visita son atelier.

1950-1951

En avril 1950, Hartung participe à la première exposition Advancing French Art à la galerie Louis Carré à New York. À Paris, le film de Resnais est diffusé à la galerie La Hune où le public, selon Léon Degand dans Combat, fait montre d’une « approbation admirative » unanime. En mars 1951, il participe à Véhémences confrontées, organisé par Tapié à la galerie Nina Dausset à Paris, avec Wols, Pollock, de Kooning et Mathieu. En avril, la galerie Louis Carré à Paris montre son travail avec Schneider et Lanskoy ; une exposition lui est consacrée à la galerie d’Art moderne de Bâle (Hans Hartung) puis en août, à Cologne, à la galerie Der Spiegel : Hans Hartung Pastelle und Zeichnungen. Hartung reçoit la décoration de chevalier de la Légion d’honneur.

1952

En février, la Kunsthalle de Bâle présente Hans Hartung - Walter Bodmer. En juin, il expose pour la deuxième fois à la Biennale de Venise puis en octobre à la galerie Rudolf Probst (Hans Hartung) à Mannheim. Pour la première fois depuis leur séparation de 1937, Hartung rencontre à nouveau
Anna-Eva Bergman, revenue en France. Leur relation et de dessiner d’une manière tout autre et dans ma liberté antérieure. Ce fut un grand moment. »
« Enfin en 1933 [...] j’ai compris que le chemin que j’avais pris dix ou onze ans avant était le vrai pour moi. J’ai regardé
enfin mes anciens dessins du temps de l’école. J’ai tout lâché et j’ai recommencé d’après eux. »

1953

Janvier, The Lefevre gallery de Londres présente Paintings by Hans Hartung, et en décembre, il participe à Younger European Painters, au Solomon R. Guggenheim Museum de New-York.
Hartung s’installe avec Anna-Eva Bergman dans un atelier 7 rue Cels à Paris.

1954

En avril, une rétrospective lui est consacrée au palais des Beaux-Arts de Bruxelles. Il participe à la 27e Biennale de Venise et est invité en novembre à exposer des gravures au musée d’Art moderne de São Paulo pour Artistas de Vanguarda da Escola de Paris avec Magnelli, Bloc, Arp et Vasarely. De nombreux lieux parisiens continuent de montrer
son travail (Petit Palais, les galeries La Hune, Craven, Allendy, Charpentier, Ariel).

1955

En juillet, il participe à la première Documenta à Kassel. Il est également invité à l’exposition internationale de Pittsburgh, au musée d’Art de San Francisco (Art in the Twentieth Century), à la troisième exposition internationale de Tokyo, ainsi qu’à la troisième Biennale d’art moderne de São Paulo avec Zao Wou Ki, Matta, Brauner, Tobey, Burri…

1956

En novembre, est organisée Hans Hartung Peintures récentes à la galerie de France à Paris. La galerie de France, sous la direction de Myriam Prévot et Gildo Caputo, représentera Hartung jusqu’en 1980. En novembre se tient Hartung Dessins 1921-1938 à la galerie Craven, Paris.
Hartung est nommé Membre extraordinaire de l’Akademie der Künste de Berlin.

1957

Il commence une série de pastels qu’il poursuivra jusqu’en 1961. Hans Hartung et Anna-Eva Bergman se marient à nouveau. Une importante rétrospective itinérante s’organise en Allemagne (85 tableaux de 1932 à 1956, dessins et aquarelles de 1921 à 1954, gravures et lithographies), qui débute en janvier au Kestner-Gesellschaft, Hanovre ; puis, Württembergische Staatsgalerie, Stuttgart ; Haus am Waldsee, Berlin ; Kunsthalle, Hambourg ; Germanisches Nationalmuseum, Nuremberg ; Kölnischer Kunstverein,
Cologne.
En mars, la Kleeman gallery expose Hartung à New York. Son travail figure aussi dans Art Abstrait, Les Premières Générations au musée d’Art et d’Industrie de Saint-Étienne.

1958

À Paris, Hans Hartung et Anna-Eva Bergman s’installent dans une maison cubique construite en 1928 par l’architecte Zielinski, non loin du parc Montsouris, au 5 rue Gauguet. D’après leurs propres plans, ils font surélever le bâtiment pour disposer chacun de leur atelier à des étages différents.
Les expositions personnelles de 1958 présentent essentiellement
des oeuvres sur papier : en avril, à la Moderne galerie Otto Stangl de Munich ; en mai, Il Segno, Hans Hartung - Pastels et gravures à Rome ; en juin à la galleria Blu (Hans Hartung) de Milan ; en novembre à la galerie de France. Il reçoit en juin le Prix Rubens de la Ville de Siegen. Il participe à de nombreuses expositions collectives : De l’impressionnisme à nos jours, musée national d’Art moderne,
Paris ; Origine de l’art informel, galerie Rive droite, Paris ; Cinquante ans d’art moderne, Exposition internationale de Bruxelles, Pavillon français, Bruxelles ; Peintures informelles, galerie Beyeler, Bâle ; Orient Occident, musée Cernuschi, Paris. Il devient membre correspondant de la Bayerische Akademie der schönen Künste, Munich.

1959

Installation au 5 rue Gauguet et constitution d’un vaste catalogue
de son oeuvre. Cet inventaire, qui sera tenu jusqu’à sa mort, est documenté par une reproduction photographique et de nombreux éléments descriptifs. Les oeuvres créées en 1959 sont très majoritairement sur papier. Seulement
six toiles sont produites cette année-là. Plusieurs expositions : en mars à la Kleemann gallery à New York (Hartung Drawing) ; en juillet, première rétrospective en France au musée d’Antibes, le château Grimaldi qui deviendra le musée Picasso. Participation à la Documenta II.

1960

Il achète avec Anna-Eva un champ d’oliviers de deux hectares
près d’Antibes. Il expérimente les couleurs vinyliques pour sa peinture, couleurs séchant rapidement et pouvant être diluées : elles lui permettent de parvenir spontanément, sans passer par le report d’esquisses, à la forme recherchée,
sur des toiles de grand format. Premier pastel sur carton baryté.
« Dès 1960, je me mis à improviser directement, même sur les grandes toiles, sans passer par des esquisses préalables
[…] Souvent je ne touche pas à certains accidents, certaines ratures ou contradictions qui ont influé sur la création du tableau et qui lui ont donné plus de vie. »
Sortie de la monographie sur Hans Hartung de R.V. Gindertael.
Première publication sur l’oeuvre photographique de Hartung dans la revue Camera. Grand Prix international de Peinture (à l’unanimité) ; XXXe Biennale de Venise
où une salle du pavillon français est consacrée à son oeuvre. Parmi les peintres sélectionnés pour exposer dans les différents pavillons nationaux de la Biennale, Victor Pasmore représente la Grande-Bretagne, Philip Guston, les États-Unis ; Hans Hartung, la France et Willi Baumeister, l’Allemagne. Quant au pavillon central, il accueille, entre autres, Jean Fautrier, Jorge Piqueras ou encore Luigi Spazzapan. À Fautrier est attribué le Grand Prix de la Biennale de Venise. Il est nommé Officier de l’Ordre des Arts et des Lettres.

1961

Une nouvelle phase est entamée, caractérisée par le grattage de lignes graphiques dans la peinture encore fraîche. Hartung pratique l’expérimentation systématique d’un grand nombre d’outils servant à peindre et à abraser, dont il établit le catalogue descriptif par groupes d’instruments selon l’effet particulier donné sur la toile. En juin, une exposition de ses premiers travaux est montrée à la galerie de France : OEuvres de 1922 à 1939.

1962

La proportion d’oeuvres sur papier et de toiles s’inverse en 1962 : plus de 300 toiles pour une dizaine d’oeuvres sur papier et carton. Les lignes obtenues par grattage se réduisent de plus en plus à quelques griffures qui s’inscrivent dans les surfaces obtenues par pulvérisation.
« Pendant cette période de « grattage », s’infiltrait lentement
une tendance aux grandes surfaces soufflées. Mon travail alors, à cette époque, était le résultat de la rencontre entre deux techniques qui, toutes deux, me permettaient
des formes et des signes que je cherchais à extérioriser. J’avais trouvé un moyen pour souffler la couleur sur la surface
de la toile - d’abord à l’aide d’un aspirateur inversé et plus tard par l’air comprimé - et j’employais ces deux techniques simultanément… »
En octobre, une première présentation du travail sur toiles de grand format expérimenté depuis 1960 est réalisée à la galerie de France, intitulée Hans Hartung - Cinquante oeuvres nouvelles.

1963

L’année est exceptionnelle. Hartung fait preuve d’une activité débordante, dans la production de sa peinture, dans les nombreuses expositions qui lui sont consacrées, ainsi que par les voyages qu’il effectue pour suivre les présentations de son oeuvre.
« Je dois dire que je n’ai jamais autant peint qu’en ce moment,
dans toute ma carrière. Jadis j’hésitais longtemps avant d’entreprendre une toile ; je me préparais dans de très nombreux dessins. Aujourd’hui j’ose commencer directement sur le tableau. »

1964

Hans Hartung et Anna-Eva Bergman font un voyage en bateau le long des côtes norvégiennes, au-delà du cap Nord jusqu’à la frontière soviétique, et réalisent près d’un millier de photographies. « J’ai la manie de tout photographier parce que la photo est ma seconde mémoire. Fixé sur la pellicule, le souvenir reprend toute sa force, toute son acuité, réveille les circonstances. »
Le couple effectue son premier voyage aux USA pour participer
au jury du Carnegie Institute de Pittsburgh. En juin, est organisée l’exposition Hans Hartung - Quinze peintures 1963-1964 à la galerie de France. Il reçoit le Grand-Croix de l’Ordre du Mérite de la République fédérale d’Allemagne.
« Cela m’a prouvé que certains de mes compatriotes comprenaient les raisons qui m’ont poussé, en me battant contre l’hitlérisme, à me battre contre mon pays. Et comme, en France, je suis décoré [...], je crois bien être un des seuls civils [...] à avoir reçu des décorations des deux côtés ! »

1966

Il réalise ses premières toiles faites de taches sombres obtenues
par pulvérisation, généralement de grands formats et sans signes (grattages) complémentaires.
« Par ces grandes masses brunâtres ou noires, j’essayais de saisir de l’intérieur, de m’identifier aux tensions atmosphériques
et cosmiques, aux énergies, aux rayonnements qui gouvernent l’univers. » En février à l’invitation de l’UNESCO, il se rend au Japon pour participer au symposium L’Art de l’Est et de l’Ouest. En mai, une rétrospective lui est consacrée à la galleria civica d’Arte Moderna de Turin. En décembre, il se rend pour la deuxième fois aux USA pour l’exposition Hartung Paintings 1966 à la André Emmerich gallery à New York.

1967

L’année est marquée par la production d’une importante série de peintures sur carton. Le nombre de toiles réalisées diminue. En mars, il expose au musée de Saint-Paul de Vence (avec Arp, Magnelli et Bergman), puis à la galleria La Polena à Gênes et la galleria Narciso à Turin. En mai, il participe à 10 années d’art vivant 1955-1965 à la fondation Maeght de Saint-Paul de Vence. Il est nommé Commandeur de l’Ordre des Arts et des Lettres.

1968

L’année est consacrée au projet de construction des bâtiments comprenant habitation et ateliers, à Antibes, avec Anna-Eva. Ils ont minutieusement imaginé les plans, les matériaux à utiliser ainsi que la fonction des bâtiments. Ils suivront chaque détail de l’exécution du vaste chantier.
« La maison pour moi, c’est un cube. Des cubes blancs aux lignes simples comme la maison des pêcheurs espagnols de l’île de Minorque, ou du sud de l’Espagne, comme celle que nous avions fait construire à Fornells.[...] Les jeux du soleil et de l’ombre, la lumière reflétée sur les murs et les plafonds par la blancheur des lames savamment inclinées des persiennes valent, pour un peintre, bien des toiles. »
Très peu d’oeuvres sont produites et aucune toile n’est réalisée durant l’année 1968. En mars, le City museum and Art gallery de Birmingham lui consacre une rétrospective. Celle prévue pour l’été au musée national d’Art moderne de Paris est reportée en 1969 à cause des événements de 1968. Il est nommé Commandeur de la Légion
d’honneur.

1969

En janvier, lui est consacrée une grande rétrospective itinérante
au musée national d’Art moderne de Paris (elle part ensuite en avril au museum of Fine Arts, Houston ; puis en septembre au musée du Québec, Québec ; enfin, en octobre au musée d’Art contemporain de Montréal). Il reprend
la série des peintures sur carton entamée en 1967.

1970

Il réalise les premières toiles de grand format et de couleurs
vives proches de la série des peintures sur carton des années précédentes.

1971

En février, il est exposé à New York, à la Lefebre gallery (Hartung - Selected works montrant surtout les oeuvres de 1970), puis en mai, à la galerie René Métras à Barcelone (Hartung - Toiles, peintures sur carton), lithographies et gravures, et en juin, à la fondation Maeght, à Saint-Paul de Vence (Hartung - Grands formats 1961-1971). Participation à Hommage à Christian et Yvonne Zervos, galeries nationales du Grand Palais à Paris.

1973

Le 31 janvier marque la fin de la construction des ateliers et de la villa d’Antibes où le couple vivra désormais, excepté quelques brefs séjours à Paris. L’ensemble comprend quatre bâtiments : l’un pour l’habitation et le secrétariat, les deux autres consacrés aux ateliers d’Anna-Eva et de Hartung (comprenant
aussi l’atelier des assistants, une menuiserie et un dépôt, véritable chambre forte pour les tableaux). Un autre bâtiment, plus petit, est affecté au logement du gardien et des assistants. L’année est très productive : Hans Hartung crée des centaines de dessins et peintures. Il expose à la galerie Maeght et à Zurich.

1974

Pour ses 70 ans, un numéro spécial de la revue Cimaise lui est consacré. En mai, ses peintures récentes sont exposées galerie de France : Hans Hartung 1971-1974 et en septembre, une rétrospective itinérante en Allemagne lui est consacrée (Wallraf-Richartz museum, Cologne puis Berlin et Munich en 1975). Est publié Un monde ignoré vu par Hans Hartung, poèmes et légendes de Jean Tardieu avec des reproductions photographiques de pierres par Hans Hartung, édité par Albert Skira.

1975

En octobre, le Metropolitan museum of Art à New York célèbre
ses toiles de 1971 avec Hans Hartung - Paintings 1971. En novembre, la Lefebre gallery, quant à elle, fête son anniversaire Salute to HH in celebration of his seventieth birthday.

1976

Son autobiographie Autoportrait est publiée en collaboration avec Monique Lefebvre aux éditions Grasset.

1978

En juin, le musée de l’Abbaye Sainte-Croix des Sables-d’Olonne lui consacre une rétrospective : Hans Hartung - OEuvres sur papier 1922-1978.

1980

En avril, ses premiers travaux sont montrés au musée d’Art moderne de la Ville de Paris : OEuvres de 1922 à 1939.

1981

Hartung est lauréat du Prix Kokoschka. Traduction en allemand de Autoportrait, présenté à l’Akademie der Künste. Plusieurs rétrospectives ont lieu en Allemagne : à la Städtische Kunsthalle à Düsseldorf (HH - Malerei, Zeichnung, Photographie) et à la Staatsgalerie Moderner Kunst, Haus der Kunst à Munich (HH - Rétrospective).

1982

Une salle permanente (donation de l’artiste et achat du musée) lui est consacrée à la Staatsgalerie Moderner Kunst de Munich. Ses photographies font pour la première fois l’objet d’une exposition au musée national d’Art moderne, centre Georges Pompidou de Paris : HH photographe.

1983

La galerie Sapone de Nice présente Hartung - Peintures 1980-1983 et la Fritz-Winter-Haus d’Ahlen - Westphalie, HH – Gemälde.

1984

Hartung fête son 80e anniversaire.
- Noroît, HH - Douze ans de travail 1971-1983, Arras
- Roswitha Haftmann, Modern Art, HH - Pastelle, Mischtechnik
1960-1983, Zurich
- Biennale de Venise, Palazzo de Sagredo, Peinture en France. HH - 10 grandes peintures, Venise
- Museum der Bildenen Künste, HH - Graphik 1953 - 1973 aus dem Besitz der Dresdner Kunstsammlungen, Leipzig
- Galerie Wolfgang Ketterer, HH zum 80. Geburstag : Gemälde, Lithographien 1964-1984, Munich
- Städtische galerie Haus Seel, HH - Gemälde, Siegen
- Salle permanente (11 toiles de très grands formats, en partie don de l’artiste), Hessisches Landesmuseum (nouveau
musée pour l’art moderne), Darmstadt
Il est fait membre de l’Ordre de Maximilian de Bavière pour la Science et l’Art et Grand-Croix de l’Ordre du Mérite de la République fédérale d’Allemagne.

1985

Nouvelles techniques de pulvérisation : sulfateuse et tyrolienne.
- Musée Picasso, Fabian - Bergman – Hartung : peintures et tapisseries, Antibes
- Salle de Saint-Jean, Hôtel de Ville de Paris, Grands formats
1971-1984, organisée par l’association pour la Promotion
des Arts, Paris

1987

Le 24 juillet, décès d’Anna-Eva Bergman à Antibes.
- Musée Picasso, Premières peintures 1922-1949, Antibes

1988

- Musée des Beaux-Arts, HH - Travaux récents, 1985-1986-1988, Carcassonne
- Palazzo dei Diamanti, Hans Hartung, Ferrare

- Chapelle de la Sorbonne, HH - Peintures 1974-1988, Paris
- Abbaye des Cordeliers, Châteauroux

1989

- Musée d’Unterlinden, HH - Premières recherches abstraites 1922-1938, Colmar
Il est fait Grand Officier de la Légion d’Honneur, par François
Mitterand, président de la République.
Le 7 décembre, à l’âge de 85 ans, Hans Hartung décède à Antibes.


Traduction

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