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Guerre de 14-18 : "L'hécatombe des officiers catalans est titanesque"

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Le 03 août par Vincent Couture

 

Renaud Martinez travaille sur ce conflit et les P.-O. depuis de nombreuses années.
Renaud Martinez travaille sur ce conflit et les P.-O. depuis de nombreuses années. PHOTO/D. R.

Non, les P.-O. n'ont pas été sacrifiées par la patrie durant la Grande Guerre. Oui, les régiments catalans se sont battus avec courage, par fidélité à la France. Plongée au cœur du conflit avec l'historien Renaud Martinez. Des Poilus aux villages les plus reculés du département…Il est LE grand spécialiste de la première Guerre mondiale concernant le département des P.-O. L'historien Renaud Martinez, officier de tradition, a ainsi reçu le premier prix du Salon du livre d'histoire pour 'En avant, quand même !', ouvrage sur le 53e RI, l'un des deux régiments catalans avec le 253e. Démontant de nombreux mythes liés au sacrifice des Catalans durant la Grande Guerre, Renaud Martinez livre un éclairage passionnant sur le tribut payé par le département durant les quatre années de conflit.

Ainsi donc le premier officier français à périr était Catalan… Réglementairement, le lieutenant Lucien Bedos, qui était de Rivesaltes et appartenait au 149e régiment d'infanterie, est le premier officier mort, en tout début de guerre, en Lorraine. Cependant, on apprend aujourd'hui qu'un autre officier aurait été tué avant lui.

Parce que les régiments catalans ont été parmi les premiers à être envoyés au front ? Aujourd'hui, le problème est qu'il existe de nombreux mythes entourant la Grande Guerre. Les premiers régiments à avoir combattu sont ceux qui se trouvaient dans le 20e corps (Nancy, Epinal, Belfort). Mais, comme il n'y avait pas assez de soldats en Lorraine, on a incorporé dans ces régiments des gens de partout, dont des Catalans. Dès le début de la guerre, tous les corps d'armée sont montés à l'assaut. Environ 80 % des Catalans servaient dans le 16e corps (2e armée) - basé à Montpellier (régiments P.-O., Aude, Tarn, Aveyron, Lozère et Hérault) - ou dans la coloniale.

La mémoire collective retient que le département a été sacrifié… Dire qu'on a forcé les gens à partir est une falsification de l'histoire. Pourquoi devrait-on enlever aux Catalans le fait d'avoir été courageux ? Dire qu'on les a forcés, c'est dénier leur part de courage. Quand on voit des soldats avec sept citations et quatre blessures revenir au front, pourquoi n'auraient-ils pas le droit d'avoir été courageux ? Au bout de quelques semaines de bataille, ils étaient certes moins enthousiastes, mais ils se sont battus par fidélité à la France.

Comment s'organisent les premières semaines du conflit ? Il y avait le 20e corps de Nancy, le 15e corps de Marseille et le 16e corps de Montpellier. Dès le 18 août, de violents combats ont éclaté. Les Allemands ont choisi leur terrain, qu'ils préparaient depuis quarante ans, pour nous amener dans une souricière à partir de laquelle ils nous ont massacrés du côté de Dieuze et Morhange, en Lorraine annexée. Le 16e a donc subi de très lourds dégâts. Le colonel Lamolle, qui commandait le 142e RI et était de Sournia, a fait partie des premiers colonels tués. Le colonel du 53e RI de Perpignan a péri lui aussi, ainsi que le général Diou, qui commandait la brigade des régiments de Narbonne et Perpignan.

Comment expliquer que le nombre de morts recensés dans les P.-O. (4,23 % de la population) ait été supérieur à la moyenne nationale (3,55 %) ? Ça ne veut pas dire que c'est le département où il y en a eu le plus (8 445). La Creuse, par exemple, en a compté 11 500 mais ce sont les Bretons qui ont payé le plus lourd tribut (145 000 morts). A l'époque, on disait qu'un paysan faisait un bon fantassin mais 80 % de la société était rurale. Quand le 16e corps est monté au front, il a lutté et perdu quasiment 1 000 hommes en quelques heures (morts, blessés, portés disparus). Les 15e, 16e et 20e corps, tout le monde a reculé, pour revenir à la lutte à partir du 25 août dans la bataille de la Mortagne. Le nombre de morts dans les P.-O. est le fruit de deux combinaisons : la malchance et, surtout, la contre-artillerie allemande, qui a causé d'énormes pertes dès le début de la guerre au sein du 53e RI. En 1914, l'hécatombe des officiers catalans est titanesque. Le début de la guerre est violent, c'est un choc épouvantable. D'où le traumatisme vécu par l'ensemble du département*.

L'impréparation des Poilus est-elle responsable de cette hécatombe ? Elle est due à un excès de confiance. Comme le conflit devait être court, le haut commandement avait choisi la guerre à outrance. Le fantassin français ne se complaisait que dans l'offensive. On pensant alors : "On monte à l'assaut et, en quinze jours, on a gagné". D'où des pertes immenses et dramatiques. Les Allemands avaient une autre théorie, le plan Schniffen : défense en profondeur, coup d'arrêt et contre-attaque. Seulement deux Catalans ont été fusillés pour l'exemple

Vous soulignez également que les régiments catalans n'ont pas été touchés par les mutineries… Ni le 53e RI, ni le 253e, le 24e RIC ou le 44e RIC n'ont connu de mouvements de révolte. Une étude a été faite sur les fusillés pour l'exemple durant la guerre. Il s'avère que seulement deux Catalans l'ont été, l'un pour meurtre, l'autre pour désertion devant l'ennemi. Malgré la proximité de l'Espagne, il y eut très peu de déserteurs dans les P.-O. Le sentiment patriotique était très fort.

A l'arrière, comment les villages vivent-ils la guerre ? Il y a de l'héroïsme un peu partout. Des villages sont morts, comme celui d'Oreilla : 31 personnes parties, 19 tués, dont trois fratries de trois frères et deux fratries de deux. Les morts ? Le maire, le médecin, le curé, le forgeron… Toute une société disparaissait. Autre exemple dramatique, les 18 et 19 juillets 1915 : huit Canétois meurent le même jour dans le 253e RI. Pour un village, c'est un drame épouvantable, sachant que les femmes devaient travailler à la place de leurs maris. Des exploitations agricoles ont périclité, des instituteurs retraités ont repris du service…

Dans quelle ambiance s'effectue le retour des soldats ? Le retour n'est pas typiquement catalan. Le 11 novembre, quand l'armistice est signé, le premier sentiment est la joie. La guerre est finie en France, cependant, elle continue en Bulgarie, en Turquie, en Sibérie. Le travail n'est donc pas terminé. Un 'piou-piou' (le premier surnom des Poilus) de Canet est mort en mars 1919, à côté d'Arkhangelsk, en Russie, lors d'une opération 'Ours Blanc' dont personne ne parle. Des Catalans sont également morts au Maroc ou au Cameroun. Les litanies de L'Indépendant, la voix des gueules cassées

Qu'en est-il du traumatisme psychologique des soldats ? Quand on lit les litanies de L'Indépendant de 1914 à 1918, on tombe sur des pages entières de soldats décorés de médailles militaires avec la mention suivante : 'a perdu ses deux bras', 'mutilé au visage'… Il y eut quatre millions de blessés durant la guerre, la plupart sont revenus mutilés. C'est à ce moment que la chirurgie maxillo-faciale et orthopédique a connu un essor considérable. Les médecins ont été absolument fantastiques dans leur volonté de redonner visage humain aux gueules cassées.

Un siècle plus tard, il reste les monuments aux Morts… Ils sont chargés de symboles. Un : immortaliser le soldat. Deux : montrer aux générations futures ce qui s'est passé, sortir de l'oubli. Trois : dire aux enfants 'plus jamais ça'. Le problème, c'est la récupération politique des communes juste après la guerre. Certains monuments glorifient l'héroïsme, comme ce soldat montant à l'assaut baïonnette au canon, à Trouillas ; le monument de Villeneuve-de-la-Raho évoque l'homme qui garde la ligne bleue des Vosges. Parfois, le Poilu est en tenue de garde, d'autres fois il n'y a pas de soldats mais Marianne, ce qui implique un hommage à toute la France. Un monument, quel qu'il soit, exprime toujours une posture, un message. Environ 2 500 Espagnols se sont engagés dans la Légion étrangère ; plus d'un quart d'entre eux étaient Catalans. L'historien Renaud Martinez éclaire sur le tribut payé par les P.-O. durant le conflit.


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