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2012


Les fortifications de la Baie de Diego Suarez (3/5) - Diego Suarez « Point d'appui de la Flotte : le front de mer

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8 octobre 2012

En 1898, la France décide de créer à Diego Suarez un point d'appui pour la flotte de l'Océan Indien. Par arrêté du 13 mars 1900, la province est érigée en « Territoire Militaire », sous le commandement du Colonel Joffre. En cinq ans, la baie est transformée en un immense camp retranché présentant deux fronts : face à la mer et face à la terre.

La batterie de rupture du Cap Miné
La batterie de rupture du Cap Miné verrouille l'entrée de la baie avec ses cinq canons M de 32 cm Mle 1870-81, pouvant tirer chacun un obus de près de 400 kg à une cadence de un coup toutes les quatre minutes. Quatre des canons de la batterie sont abrités dans une solide casemate bétonnée, qui les protège des coups, mais ne laisse un angle de tir de 3° seulement par pièce qui sont disposées par deux selon deux axes divergents de 9° portant la champ de tir de la casemate à 12° au total. C'est pourquoi le cinquième canon de la batterie fut installé sur une deuxième position, non casematée, à une cinquantaine de mètres à l'est, disposant d'un débattement de près de 180°, pour servir de « pièce de chasse », qui devait tenter d'endommager suffisamment les navires qui tenteraient de forcer la passe pour les ralentir et qu'ils restent le plus longtemps sous le feu de la casemate principale.

La batterie de rupture du Cap Miné

Le front de mer

Le front de mer de Diego Suarez a été constitué d'après les principes posés par l'Instruction du 4 Décembre 1897 sur l'organisation des points d'appui de la flotte aux Colonies. D'après ces principes, le système défensif du front de mer doit comprendre :

1ère ligne : défense au large

Une première ligne ou position avancée qui, « obligeant les navires à rester en mouvement et à commencer le feu d'assez grande distances, rendra leur tir peu efficace et peu dangereux pour les établissements maritimes du point d'appui et pour les navires réfugiés dans la rade ».
A Diego Suarez, cette première ligne comprend en 1905 :
- Une batterie de 19cm G sur affûts modèles 1875-76 à pivot avant (batterie du Phare). Chaque pièce est dotée d'un appareil de visée Déport et la batterie dispose d'un télémètre sur un support indépendant. Tournés vers la mer, ses canons, du fait des restrictions budgétaires, sont d'un modèle qui fait douter de l'efficacité du tir contre les bâtiments à grande vitesse.
- Une batterie de mortiers de 270 (batterie du Glacis). Cette batterie ne dispose que d'un champ de tir direct très limité du côté de la haute mer. Elle a été placée en effet, de manière à pouvoir tirer à la fois au large, dans la passe et dans l'intérieur de la rade. Aussi a-t-il été nécessaire de prévoir une organisation pour le tir indirect. Chaque pièce est dotée d'un appareil de visée Déport.
- Une batterie de 138,6 (batterie du poste optique). Cette batterie peut tirer au large, dans la passe et dans l'intérieur de la rade. Située en hauteur mais bénéficiant d'affuts permettant un angle négatif de 12), la plongée, au lieu d'être plane comme dans toutes les batteries de côte est composée d'une série de surfaces coniques de révolution dont la génératrice fait un angle avec la verticale de 78°). En outre, on a pensé que cette batterie qui tire au large et possède un champ de tir étendu devait avoir le meilleur canon de moyen calibre existant et, on a en conséquence, remplacé ses canons modèle 70, par des canons modèle 70 M initialement prévus pour la batterie de la Baie des Boutres.
En résumé, l'organisation de la défense extérieure ou position avancée comprend deux batteries de gros calibre et une de moyen calibre. Comme le fait remarquer le Colonel Gallieni dans son rapport de 1905, c'est peu au regard des enseignements des tous récents évènements des guerres russo-japonaise et hispano-américaines qui ont démontré toute la nécessité de donner une importance plus grande à la position avancée et lui permettre notamment de faciliter, dans la plus large mesure, le débouché d'une escadre au delà de la passe.
Une escadre en effet, qui franchit une passe étroite comme celle de Diego Suarez, se trouve dans une situation critique : obligée de marcher en ligne de file, elle ne peut faire usage de tous ses moyens d'action, et elle risque, comme l'escadre espagnole à Santiago, des voir ses divers éléments annihilés successivement sous le feu convergent de navires ennemis battant le débouché à distance efficace. Il est donc de toute nécessité d'obliger les navires ennemis à se tenir à grande distance de l'entrée d'une passe.
Cet éloignement des navires ennemis est d'ailleurs nécessaire non seulement pour permettre le cas échéant à une escadre importante d'engager le combat dans de bonnes conditions mais encore pour « permettre à des navires isolés, des croiseurs corsaires de tromper la surveillance d'une escadre de blocus et de sortir de la rade, soit pour porter une nouvelle importante soit pour se jeter inopinément sur des navires transporteurs de troupes, soit enfin pour se diriger sur les routes du commerce ennemi ».
Une batterie de très grande puissance est donc souhaitée pour renforcer cette première ligne. Ce sera la batterie du Point de Vue, qui remplira correctement sa mission en 1942 en contraignant la flotte britannique à se retirer au delà de ses 19 000 m de portée.

Carte : le front de mer

Carte : le front de mer

2ème ligne : les abords de la passe

D'après l'Instruction du 4 décembre 1897 sur l'organisation des points d'appui de la flotte, la deuxième ligne a pour rôle de « défendre l'entrée des passes et de s'opposer à leur forcement ». A Diego Suarez, cette deuxième ligne comprend les batteries énumérées ci-après et dont quelques unes ont été déjà indiquées comme concourant à la défense de la première ligne.
- La batterie de 19 Est d'Orangea (batterie du Phare), qui peut non seulement tirer au large mais encore jusqu'à l'entrée même de la passe.
- La batterie de mortier de 270 (batterie du Glacis), qui tirant au large, surtout à tir indirect, peut aussi faire du tir direct sur toute la longueur de la passe et dans l'intérieur de la rade.
- La batterie de 138,6 Est d'Orangea (batterie du poste optique) qui tire sur la passe dans les mêmes conditions que la batterie de mortiers de 270.
- la batterie de rupture de 320 du Cap Miné. Cette batterie est casematée, abritée des coups du large et n'est aperçue par l'ennemi que lorsqu'il se présente sous le feu de ses pièces.
à ces quatre batteries pouvant tirer dans la passe il convient d'ajouter les batteries suivantes :
- la batterie de Vatomainty qui peut exécuter un tir d'enfilade sur une escadre essayant de forcer la passe,
- la batterie de 138,6 Ouest d'Orangea et la batterie de 47 T.R. qui l'encadre (batteries de la Baie des Boutres),
- la batterie de 194 modèle 70-93 Ouest d'Orangea (batterie de la pointe de l'Aigle),
- la batterie de 240 modèle 70 de Cap Diego (batterie d'Andrahampotsy) qui bat à une distance de 8 000 m ce même débouché.
Ce sont donc six batteries de gros calibre, deux de moyen calibre et une de petit calibre, soit trente-six pièces qui peuvent faire converger leurs feux sur une escadre ennemie essayant de franchir la passe. Deux de ces batteries de gros calibre, celle de 270 et celle de 320 sont susceptibles de causer des avaries sérieuses à des cuirassés. Deux batteries, celle de 19 G (Phare) et de 194 modèle 70-93 (Pointe de l'Aigle) peuvent tirer utilement sur des croiseurs cuirassés et, enfin deux autres, celle de 240 Modèle 70 de Cap Diego (Andrahampotsy), et celle de 19 de Vatomainty peuvent exécuter un tir de bombardement sur les navires ennemis.
La défense de deuxième ligne est donc assurée de façon satisfaisante, même si une nouvelle batterie de rupture de gros calibre sera fortement suggérée mais en vain.


La batterie de 240 d'Andrahampotsy, à Cap Diego
Ci-dessus vers 1900, à droite et ci-dessous de nos jours

La batterie de 240 d'Andrahampotsy, à Cap Diego

La batterie de 240 d'Andrahampotsy, à Cap Diego
Ci-dessus vers 1900, à droite et ci-dessous de nos jours

La batterie de 240 d'Andrahampotsy, à Cap Diego

La batterie de 240 d'Andrahampotsy, à Cap Diego

 

3ème ligne : l'intérieur de la rade

Toujours selon l'Instruction du 4 décembre, la troisième ligne a pour objet « d'obliger l'ennemi qui a forcé la passe à se retirer ou à entamer une nouvelle lutte pour ne pas rester aux coups des batteries ». A Diego Suarez, cette troisième ligne comprend les batteries énumérées ci-après et dont quelques unes ont été déjà indiquée comme concourant à la défense de la deuxième ligne.
- la batterie de 194 modèle 70-93 Ouest d'Orangea (batterie de la pointe de l'Aigle). Cette batterie a un rôle très important. Elle suit en effet un navire depuis son débouché dans la rade jusqu'à son entrée dans la baie de la Nièvre et l'empêche de stationner dans la Baie du Tonnerre ainsi qu'à l'entrée de la Baie des Français et de celle des Cailloux Blancs.
- la batterie de 138,6 Ouest d'Orangea et la batterie de 47 T.R. qui l'encadre (batteries de la Baie des Boutres),
- la batterie de 138,6 d'Antsirane (batterie du Lazaret) qui souffre de la faiblesse de son armement eu égard à la distance qui la sépare des navires ennemis qui chercheraient à pénétrer dans la baie de la Nièvre.
- la batterie de 240 modèle 70 de Cap Diego (batterie d'Andrahampotsy),
- la batterie de 138,6 Modèle 70 M de Cap Diego (batterie de l'Hôpital). Cette batterie comprend 6 canons de 138,6 Modèle 70 M sur affûts de bord surélevés.
- la batterie de Vatomainty
Un ensemble de magasins de secteur est construit pour assurer l'approvisionnement des batteries : magasin à munitions souterrain d'Orangea et de Vatomainty, amménagés dans des cavenes naturelles, et les abris entrrés du Lazaret et de Cap Diego. Ces magasins doivent en permanence entretenir une réserve de cent coups par pièce pour chacune des batteries qu'il a en charge, soit environ 3 500 obus de différents calibres pour les plus grands.
Les conditions de températures et d'hygrométrie de la Baie rendent le stockage des munitions délicat. Le métal et la poudre souffrent en effet beaucoup de la chaleur et de l'humidité, contraignant à les batisseurs à modifier plusieurs fois leurs ouvrages pour en améliorer la ventilation et l'isolation. Les parois du magasin d'Orangea sont ainsi doublées d'un mur en maçonnerie pour limiter les infiltrations ; des puits de ventilation sont partouts aménagés.

La batterie de rupture du Cap Miné

Canon G de 19 cm Mdle 1875-76 sur affût PC

L'Eclairage de la Baie

Depuis sa première utilisation par la Marine Royale en 1882 pour empêcher des forces égyptiennes de tenir des batteries d'artillerie à Alexandrie, puis son utilisation intensive pendant la guerre russo-japonaise de 1904-1905, le projecteur d'artillerie s'impose au début du XXème siècle comme un accessoire indispensable à la défense d'une place. Utilisant un réflecteur parabolique pour concentrer la lumière produite par un arc électrique, il permet de surveiller les abords d'un mouillage, mais aussi de créer le « clair de lune artificiel » propice aux attaques. C'est devenu un élément essentiel au tir nocturne.

Le Général Joffre a ainsi prévu, en complément du plan de défense, un Plan d'Eclairage de la Baie qui a pour objectif de permettre la surveillance des abords de la passe d'une part, et ceux de Diego Suarez et du Port de la Nièvre d'autre part. Les projecteurs, appelés alors «  photo-électriques », sont placés dans des abris de combat maçonnés ou bétonnés selon les cas. Ils sont posé sur des chariots et une voie de 60 permet de les transférer rapidement à l'abri-usine généralement situé à quelques dizaines de mètres en retrait de l'abri de combat. Celui ci contient le groupe électrogène à pétrole qui fournit l'énergie au projecteur, ainsi que des installations de réparation et d'entretien.

Carte : l'éclairage de la baie
Carte : l'éclairage de la baie

Eclairage de la passe
Celui ci comporte dans un premier temps deux projecteurs Mangin de 90 cm abrités chacun dans une casemate spéciale, l'un à la Baie des Dunes et l'autre à la Pointe de l'Aigle. Il s'avère rapidement que cette disposition laisse un angle mort très important au niveau du Cap Miné. Le Colonel Gallieni propose en 1903 que soit construit au Gros Rocher un abri supplémentaire qui recevra un projecteur d'artillerie et un de signalisation pour relayer les nouvelles en provenance du large.
En 1942, ce dispositif sera complété par l'adjonction d'un projecteur de 150 cm à la Côte 84, étendant la surveillance vers le large à près de 5km de la passe.

Diego Suarez et le Port de la Nièvre.
Un projecteur de 90 cm est placé sous abri à la Pointe d'Andrahampotsy, à Cap Diego, qui permet de fouiller la Baie et barrer l'entrée du Port de la Nièvre.
Un feu mixte de 90 cm est installé à la Pointe du Corail, dont les feux convergent avec le précédent pour renforcer son action.
En 1940, un nouveau projecteur est installé sous abri près de la batterie de 138,6 du Lazaret. Il permet la surveillance de la Baie des Français dans laquelle des navire pourraient se mettre à l'abri des 2ème et 3ème lignes du front de mer.

Abri à projecteur de la Baie des Dunes

Ci-dessus : Abri à projecteur de la Baie des Dunes

Projecteur d'artillerie Mangin Sautter-Harlé de 90 cm Mdle 1897
Ce projecteur électrique fonctionne grâce à une lampe à arc. Il est utilisé depuis 1877 dans les 4 places de l'est ou sur les ouvrages côtiers pour éclairer les abords des ouvrages ou les aéronefs. Les premiers modèles sont placés sur un chariot attélé à une machine Gramme et son moteur, le tout était tiré grâce à une locomotive routière à vapeur. Après cette date, les projecteurs vont évoluer avec des diamètres allant de 45 à 120 cm permettant d'éclairer de plus en plus loin (jusqu' à 3km par temps clair pour un projecteur de 90 cm de diamètre). Ils seront alimentés avec des groupes électrogènes mobiles à pétrole de marque Sautter Harlé. Après 1906, on placera ces engins dans les ouvrages prioritaires sous tourelles ou sous casemates pour les protéger des bombardements. Leur alimentation se fera depuis l'usine électrique de l'ouvrage.

La batterie de rupture du Cap Miné


Les fortifications de la Baie de Diego Suarez (2/5) : 1885 - 1895 : les guerres franco-merinas

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24 septembre 2012

Vue d'Antsirane vers 1890

Vue d'Antsirane vers 1890

La marine française du XIXème siècle a pour ambition de rattraper son retard sur la Royal Navy anglaise qui dispose de bases navales un peu partout dans le monde. Quand, par le traité de 1885, la France obtient le droit de faire à Diego Suarez « des installations à sa convenance », la nécessité de fortifier la baie de Diego Suarez s'impose comme une évidence, mais ne vas pas aller sans heurts avec le gouvernement Merina...

François de Mahy, le député réunionnais , partisan de la présence de la France à Madagascar, exprime dans une lettre du 26 octobre 1885 un avis qui va dans ce sens : « L’entrée de la baie est large de 800m environ. A peu près au milieu est un îlot relié à la côte nord par des hauts-fonds, de sorte que la passe se trouve au sud de l’îlot, et réduite à une largeur de 300m environ. Quelques torpilles et quelques batteries la rendraient inabordable. Dans l’intérieur de la baie, en face de l’entrée, l’île aux Aigrettes ; plus loin, le Cap Diego Suarez. Des fortifications sur ces hauteurs complèteraient le système de défense. »

Mais de défense contre qui ?

Dans les premières années de l’occupation, pour les français, les risques viennent de l’intérieur. Il s’agit du gouvernement merina, installé dans la région depuis l’expédition de Radama Ier dans le nord. Ce dernier a laissé un poste militaire, transformé ensuite en un fort d’accès difficile au sommet du mont Reynaud, dans la montagne des français. Dénommé « Ambohimarina », il devint le quartier général de la province d’Antomboko.
De leur côté, les français, dès leur installation à Diego Suarez, établirent un petit fortin « construit sur le monticule par lequel se termine le plateau de la péninsule dominant la rade et protégeant les établissements » (Société de géographie de Marseille – 1886).

Ambohimarina

Situé au sud de la Montagne des Français, face au mont Reynaud à l’Est (Mont Carré) et au-dessus de l’actuel village de Mahagaga, le Fort d’Ambohimarina était le siège du pouvoir merina dans la Province d’Antomboka. Il fut construit, à partir de 1837 pour répondre aux attaques incessantes des Antankaranas.
Sa position stratégique lui permettait de dominer toute la région. Il accueillait une garnison comprenant jusqu’à 2000 hommes qui vivaient dans une véritable cité au sommet du plateau d’Ambohimarina. Il était ravitaillé par mer par des bateaux partant de Vohemar et accostant dans la Baie d’Ambodivahibe.

Mahatsinjoarivo

Dès juillet 1886, le commandant Caillet établit une solide redoute au sommet du plateau de Mahatsinjoarivo, à une altitude de 215 m au sud de la baie et à 6 km au N.- du fort d’Ambohimarina. Un autre poste fut installé au « Point 6 » sur le chemin d’Ambohimarina, où les Merina avaient un poste de douane : il était destiné à surveiller le chemin qui reliait Ambohimarina au village d’Antsirane.
Considéré comme une position stratégique de premier ordre en raison de sa situation sur une hauteur qui domine à la fois le chemin d’Ambohimarina et les riches plaines d’Anamakia, il fut doté d’une garnison de 300 soldats, composée de 2 compagnies de disciplinaires et d’une compagnie de tirailleurs indigènes et encadrée par 37 officiers et sous-officiers. Des gendarmes à cheval faisaient la liaison avec le quartier général et les autres postes. Un chemin de fer Decauville reliait Mahatsinjoarivo à Antsirane. Dans la nuit du 23 décembre 1894, le poste fut attaqué par les soldats merina qui furent repoussés sans trop de difficultés.

La Baie

Par ailleurs, le Commandant Caillet commença à mettre en place une ligne de défense intérieure :
- 2 blockhaus équipés d’artillerie, l’un sur les hauteurs d’Orangea, l’autre dans le nord de la Montagne des Français
- Un poste dans la Baie du Courrier, tenu par une vingtaine de tirailleurs indigènes sous le commandement d’un sergent français
L’installation de la défense du front de mer ne fut réellement entamée qu’à partir de 1893.
Elle comprenait :
- Les batteries défendant la passe : batterie haute d’Orangea armée de 4 canons et batterie de la Pointe de l’Aigle(au sud de la passe)armée aussi de 4 canons de 138,6m/m
- Les batteries destinées à la défense de l’intérieur de la rade :batterie du Cap Diego Suarez armée de 6 canons et celle de la Pointe du Corail, armée de 2 canons de 194m/m
Cependant aucune organisation de défense sérieuse ne fut entreprise jusqu’en 1898.

Le fortin d'Antsirane, constitué d'une petite enceinte maçonnée et de bâtiments en bois, dominait l'actuelle ville basse

Le fortin d'Antsirane, constitué d'une petite enceinte maçonnée et de bâtiments en bois, dominait l'actuelle ville basse

Les relations avec la population locale

Pour obtenir la fidélité des populations locales , le gouvernement d’Antomboko va changer sa politique en améliorant la vie de ses sujets et en supprimant les abus comme les réquisitions, l’usure, et d’une façon générale les pratiques dont sont victimes les côtiers. Le Premier Ministre donne ordre « de bien administrer les Sakalava et de ne pas les pressure ».
Mais cette politique va s’avérer inopérante en raison de l’attirance de la ville naissante de Diego Suarez. En effet, les français, à la recherche de main d’oeuvre vont tout faire pour attirer les populations.
Payant des salaires aux ouvriers alors que les merina pratiquent la réquisition, accueillant les esclaves évadés, séduisant les populations par les nouveautés que l’on y trouve (maisons, chemin de fer, richesse en comparaison du dénuement d’Ambohimarina), Antsirane n’a pas de mal à attirer les sujets d’Antomboko.

Le face à face Ambohimarina-Diego Suarez

Gravure montrant les «échelles» à Ambohimarina en 1886

Gravure montrant les « échelles » à Ambohimarina en 1886

Il est très tôt matérialisé par la construction du fort de Mahatsinjo :  construit par les tirailleurs, faisant face au fort d’Ambohimarina, il est une provocation permanente pour la garnison merina.
En effet, le Gouverneur de Diégo, Froger, ne cesse de grignoter des territoires au-delà de la zone qui a été accordée à la France par le traité de 1885. Mahatsinjo, domine ainsi le poste de douane merina d’Antanamitarana qui formait la limite du territoire concédé.
Mais l’insuffisance des moyens de la garnison merina la contraint à accepter ce qu’elle ne peut empêcher. Les incidents sont donc fréquents. Un des plus célèbres se produit lorsque le Gouverneur Froger, invité à la fête de la Reine en 1891 se voit obligé de grimper aux échelles de la falaise alors qu’il sait qu’un bon chemin lui permettrait de se rendre à cheval à Ambohimarina . Considérant qu’il s’agit d’une « insulte à la France » il porte plainte auprès du Résident Général.
Cependant, il semble que les relations entre les merina et les français ne soient pas toujours aussi mauvaises et que des relations sociales se soient établies entre eux :  « Ce matin, nous avons donc vu arriver à Diégo, portées en fitacon, les femmes de ces officiers (merina). Le gouverneur les a pilotées toute la journée, reçues à déjeuner, logées au gouvernement, puis, finalement, conduites au bateau et recommandées chaudement au commandant ». (C.Vray )
Cependant, le fort d’Ambohimarina reste pour les français un lieu mystérieux :  « Des légendes assez bizarres courent sur cet endroit qu’on prétend en communication avec l’intérieur de l’île par de longs couloirs souterrains qui conduiraient directement à Tananarive… » (C.Vray) ;

La détérioration des relations et la marche à la guerre

A partir de 1886 les relations vont prendre un tour plus agressif. D’abord en raison de l’attitude expansionniste et de la mauvaise volonté du gouverneur de Diego Suarez, Froger , qui entraîne des incidents diplomatiques et militaires. En réponse, les merina tentent de multiplier leurs postes de douane, puis, à partir de 1892, leurs postes militaires. La situation devient alors de plus en plus tendue :  le fort d’Ambohimarina est sur le qui-vive et les français renforcent la surveillance dans leurs postes militaires. En 1893 les Merina forment un blocus destiné à intercepter l’approvisionnement de Diego Suarez. En 1894, la garnison d’Ambohimarina est renforcée. Les Merina installent un camp à Mahagaga et une batterie près du Point 6. Antsirana se met alors sur pied de guerre, l’usine d’Antongombato est dotée de canons et les colons sont armés ou évacués sur Diego Suarez. Le 20 décembre 1894 la Colonie de Diego Suarez est déclarée en état de siège. Dans la nuit du 23 au 24 décembre les merina attaquent le poste de Mahatsinjarivo mais ils sont repoussés. Dans la nuit du 11 au 12 avril 1895, 3 compagnies d’infanterie de marine, une section d’artillerie et un bataillon de volontaires de La réunion attaquent le fort d’Ambohimarina qu’ils enlèvent à l’aube. Les français s’emparent de ce que les merina ont laissé derrière eux :  « un butin considérable » selon certains, « peu de choses » selon d’autres… Deux des drapeaux merina saisis à Ambohimarina furent envoyés au maire de Saint-Denis par les Réunionnais ayant participé à l’attaque.
Une poste optique ainsi qu’un canon de campagne seront ensuite installés par les français  à Ambohimarina pour surveiller les abords de la Baie de Rigny.

La forteresse d'Ambohimarina

La forteresse d'Ambohimarina vue de Mahagaga

Ambohimarina vue du village de Mahagaga

Une tourelle occupait le piton sommital . Un village de garnison qui accueillait 2 000 soldats et leurs familles était bâti en contrebas sur le plateau supérieur. Le fort était ravitaillé par des bateaux en provenance de Vohémar qui accostaient en Baie d'Ambodivahibe . L'accès par l'Est, depuis la Baie d'Ambodivahibe se faisait par une bonne piste en pente douce. L'accès par l'Est et la vallée de Mahagaga était beaucoup plus périlleux en raison des falaises qui bordent le plateau et nécessitaient l'emploi d'echelles ou d'escaliers.

Ci dessous : gravure représentant le village de garnison sur le plateau supérieur d'Ambohimarina, vue depuis le piton sommital. On distingue nettement la ligne de bord du plateau d'Ambohimarina. A l'arrière plan, la vallée de Mahagaga.

Le village d'Ambohimarina


Les fortifications de la Baie de Diego Suarez (4/5) - Diego Suarez « Point d'appui de la Flotte » : le Front de Terre (1/2)

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Lundi, 29 Octobre 2012

Le fort du Cap Bivouac (Ouvrage C), à Cap Diego, caractéristique du système Séré de Rivière avec sa plongée renforcée par un mur de contrescarpe et sa casemate « de Bourges ».

En 1898, la France décide de créer à Diego Suarez un point d'appui pour la flotte de l'Océan Indien. Par arrêté du 13 mars 1900, la province est érigée en « Territoire Militaire », sous le commandement du Colonel Joffre. En cinq ans, la baie est transformée en un immense camp retranché présentant deux fronts : face à la mer et face à la terre.

Le rôle d'un front de terre tel que celui de Diego Suarez est défini par l'Instruction du 4 décembre 1897 comme le devoir de :
« 1°)- Mettre à l'abri d'un bombardement la ville d'Antsirane et les établissements de la Marine.
2°)- Protéger les batteries de Côte contre les attaques d'un ennemi qui aurait débarqué, soit sur la côte Ouest, où la mer est toujours calme (baie du Courier, d'Ambararata, de Befotaka, etc.) soit sur la côte Est (Baies de Rigny et d'Ambodivahibe) ».

Dès son arrivée à Diego Suarez, le général Joffre s'oppose à tous les projets antérieurs d'organisation défensive. Ces plans étendaient beaucoup trop les positions à occuper par la défense fixe du côté de terre et auraient conduit à « donner à la Place [de Diego Suarez] une garnison que les ressources budgétaires ne permettaient pas d'y entretenir ». Le programme d'organisation défensive a donc été établi sur ce principe que le périmètre à occuper par la fortification devait être réduit au minimum de manière à réduire autant que possible le chiffre de la garnison.
Une défense centrée sur l'intérieur
de la Baie
La solution retenue consista à barrer par des fortifications les quatre presqu'îles d'Orangea, de Vatomainty, d'Antsiranana et de Cap Diego qui contenaient toutes les batteries de côte du point d'appui, la ville et les établissements de la Marine. Il fut ainsi constitué quatre petites places « ayant un périmètre défensif minimum, ne pouvant être tournées puisqu'appuyées à la mer, communiquant facilement entre elles par la rade intérieure et dont la défense peut également être appuyée par des bâtiments légers se trouvant rade ».
Chacun de ces petites place fut ainsi organisée d'après les principes admis en France à cette époque pour l'organisation d'un secteur de place forte. Des reconnaissances exécutées ans les environs de Diego Suarez avaient permis de constater qu'il était possible à l'ennemi d'amener devant la Place de l'artillerie de siège et qu'il était par suite nécessaire de construire des ouvrages pouvant résister à cette artillerie. « Organisés pour résister à un tir de siège réglé et soutenu, il set permis d'espérer qu'ils résisteraient aux coups isolés des navires ennemis ».
Le système « Séré de Rivières »

La doctrine alors en vigueur avait été énoncée par le Général Séré de Rivières qui avait adapté les principes élaborés par Vauban aux enseignements du désastre de la guerre de 1870 contre la Prusse. Pour l'essentiel, cette doctrine prenait acte des progrès considérables de l'artillerie, en portée et en puissance, et renvoyait la défense des places à un rideau d'ouvrages défensifs se protégeant mutuellement placé à plusieurs kilomètres en avant des zones à défendre pour les maintenir à l'abri des bombardements. Chaque secteur de défense comprenait une position principale et une position avancée. Les ouvrages défensifs étaient constitués de forts abritant une casemate d'artillerie (casemate dite « de Bourges ») et des positions pour des batteries de campagnes. L'intervalle entre les forts était habituellement complété par un réseau de tranchées et de barbelés, puis, avec l'apparition des blindés, d'un fossé et d'obstacles antichars.
La guerre russo-japonaise qui avait vu le concours de forces terrestres débarquées avec celles de la Marine, confirmait la pertinence de cette doctrine. L'opération Ironclad, en 1942, allait cependant en montrer l'obsolescence qui ne prévoyait notamment pas le rôle fondamental joué par l'aviation pendant la seconde guerre mondiale.

Le front de terre de Diego Suarez :
un système de défense basé sur les principes énoncés par le Général Séré de Rivière
Le général Séré de Rivières
Le général Séré de Rivières
Le Fort de Douaumont près de Verdun, un des plus célèbres forts Séré de Rivière.
Le fort des Mapous (Ouvrage A), sur les hauteurs de Cap Diego présente encore sa casemate « de bourges », désarmée mais en excellent état.
Front de terre d'Ankorika
L'instruction du 4 décembre 1897 prévoyait que « les formes du terrain environnant la Place sont l'élément essentiel de la détermination des emplacements fortifiés ». Or, dans la presqu'île d'Orangea, il n'existe que deux coupures nettes et naturelles du terrain : les vallées d'Ambararata et la vallée de la Manantanana. La première fut utilisée comme position principale, la seconde comme position avancée.

Position avancée

Elle est située à environ deux kilomètres de la position principale. Elle utilise une série de points d'appui naturels constituée de boqueteaux et de légères ondulations de terrain. Elle s'appuie à gauche à la mer, à droite à la Montagne des Français. Les deux canons de montagne affectés à l'ouvrage d'Anosiravo auraient en cas d'attaque étés transportés à bras par la garnison sur un emplacement de batterie situé sur une position inaccessible pour l'ennemi et d'où les vues s'étendent au loin sur la vallée du Manantanana. Hormis l'ouvrage d'Anosiravo, il n'en reste quasi plus de traces.

Position principale

Cette position comprends :
- Aux ailes deux ouvrages fortifiés (D et E) placés sur les deux points saillants de la ligne : le sommet sud des hauteurs d'Ankorika (un ancien cratère volcanique) et le Mamelon Vert, qui domine la baie des Sakalava. Ces deux ouvrages se flanquent mutuellement à l'aide de leurs canons de 95.
- En arrière de la ligne, sur une position dominante, une batterie de sureté de 155 Long (Batterie du Champ de Tir) permet de battre sur une longue distance les positions d'artillerie de gros calibre que pourrait occuper l'ennemi pour contrebattre les ouvrages D et E.
- Dans les intervalles, une ligne presque continue de tranchées épouse les formes du terrain. Le réseau est constitué d'une tranchée au profil dit « tranchée abri renforcée » (1,60 m de profondeur et 3 m d'épaisseur de parapet). En avant de ces tranchées, une ligne de défense accessoire est constituée par des cactus. Ces défenses sont placées « dans les couverts naturels du terrain où l'assaillant pourrait se mettre à l'abri des vues et des coups des défenseurs ». Les cactus offrent en effet une défense formidable une fois qu'ils ont poussés, et remplacent avantageusement et à moindre coût les rouleaux de fils de fer barbelés dont la corrosion est très rapide dans l'air marin de la presqu'île d'Orangea. Plantés en 1903, on les retrouve encore en de nombreux endroits, même si leur implantation se révéla plus ardue que prévu : « ces plantations doivent être l'objet de beaucoup de soins, car le terrain n'est pas très favorable et les herbes, les feux de brousses et les troupeaux de bœufs les empêchent de pousser rapidement ».

- Un magasin de secteur relié à celui du front de mer (Magasin à munitions souterrain) par une voie de 60.

Plantations de cactus sur la position avancée du secteur d'Ankorika, près de l'embouchure de la rivière Manantanana

Front de terre de Vatomainty

La falaise de Vatomainty est reliée à la presqu'île d'Anosirabe par un isthme bas, entièrement découvert, bordés de palétuviers et de plages de vase ou de galets. La largeur minima près du Cap est de 190 mètres avec une altitude de 9 mètres à la crète.
Le Général Joffre a estimé qu'une petite garnison d'une cinquantaine d'hommes armés de deux mitrailleuses était suffisants pour défendre ce front. Elle serait en cas d'attaque appuyée par des canons de 75 en position sur les hauteurs de Cap Diego, et par des troupes qu'il serait facile de débarquer sur les derrières de l'ennemi ou par des bâtiments légers.
La garnison était cantonnée dans un baraquement construit à proximité de l'entrée du complexe souterrain de la batterie.

Carte : le front de terre de Diego Suarez

Front de terre de Cap Diego

L'organisation du front de terre de Cap Diego fut longuement débattue. Alors qu'il aurait pu sembler évident de placer la position principale sur l'isthme d'Andrakaka, très étroit et offrant de bonnes postions d'artillerie sur les hauteurs à ses défenseurs, il fut en effet préféré de l'installer en retrait sur le plateau, beaucoup plus à l'ouest, et ce pour plusieurs raisons :
- les positions sur l'isthme d'Andrakaka auraient été dominées à courte distance par les hauteurs de l'Ambongoabe et du Babaomby-vatobe, éloignées de 5 ou 6 kilomètres seulement et où l'ennemi aurait pu trouver de bonnes positions d'artillerie.
- Des navires embossés dans la Baie des Cailloux Blancs auraient facilement pu prendre d'enfilade et à revers ces positions d'une altitude relativement faible tout en ne se tenant exposés qu'au feu de l'unique batterie de Vatomainty.
Au contraire, ces mêmes navires n'auraient pu prendre d'enfilade et à revers la ligne des hauteurs qui dominent le Port de le Nièvre qu'en se plaçant à l'intérieur même de la grande rade, en un point où ils se seraient alors retrouvés sous les feux combinés des batteries de Vatomainty, Cap Diego, et de la Pointe de l'Aigle.
- De petits bâtiments légers n'auraient pu appuyer la défense du front de terre de Cap Diego si ce front avait été placé à l'isthme même d'Andrakaka, ou même un peu en arrière. Par contre, ces même bâtiments auraient pu agir efficacement contre un ennemi qui aurait attaqué la ligne A-B-C telle qu'elle fut organisée.
- La défense de Cap Diego était essentielle principalement parce que l'ennemi, s'il avait pu se rendre maitre de ces hauteurs qui dominent le Port de la Nièvre, aurait ainsi pu bombarder non seulement la ville et toutes les installations portuaires, mais aussi contrebattre l'ouvrage H (Fort d'Anamakia), et prendre en enfilade la ligne de tranchées reliant les ouvrages G et H.
Il était donc rationnel d'occuper ces hauteurs par des ouvrages solides, susceptibles d'une très longue résistance.
La défense du front de terre de Cap Diego fut donc organisée comme suit : une position d'arrêt au milieu de l'isthme d'Andrakaka ; une position avancée sur le haut de la partie ouest du plateau d'Andrakaka ; et la position principale sur les hauteurs à l'est du même plateau.

Isthme d'Andraka
L'ennemi qui attaquerait ce secteur se heurterait d'abord à une première position d'arrêt organisée à l'isthme d'Andrakaka. Cet isthme, très resserré, d'une largeur maximum de 800 mètres, peut être barré avec des effectifs très restreints. Cette position était solidement organisée avec une série de petites tranchées placées sur la hauteur située au milieu de l'isthme, appuyée par trois pièces de 75 à tir rapide.
Cette position mettait le secteur de Cap Diego à l'abri d'un coup de main et permettait d'en réduire la garnison au strict nécessaire et de « forcer l'ennemi à dévoiler ses intentions en l'obligeant à faire de grands efforts pour s'en emparer ».

Position avancée
Cette position, organisée à l'extrémité Ouest du plateau d'Andrakaka, était naturellement très forte. Elle battait en effet à bonne distance l'isthme d'Andrakaka et possédait un excellent champ de tir, de bons emplacements pour disposer de l'artillerie de campagne, tout en n'étant pas très étendue. Elle constituait en quelque sorte la défense en arrière de la position de l'isthme d'Andrakaka.

Position principale

La position principale barrait toute la largeur de la partie Est du plateau d'Andraka. Trois ouvrages fortifiés à profil triangulaire type Séré de Rivière occupaient les points culminants :
- Le Fort des Mapous (ouvrage A), au Sud, non loin de la pointe du même nom, dominait tout le plateau. Il flanquait la droite de l'intervalle A-B avec ses deux canons de 95 sous casemate de Bourges, mais pouvait également disposer de l'artillerie de campagne pour appuyer la batterie des Caïmans et la Ligne Joffre qu'il protégeait d'un tir à revers en enfilade. Cet emplacement stratégique en faisait un point d'attaque tout désigné pour l'ennemi.
- Le Fort du Centre (ouvrage B) flanquait les intervalles A-B et B-C au moyen de deux casemates de Bourges abritant chacune deux canons de 95.
- Le Fort du Cap Bivouac (ouvrage C), au Nord, flanque l'intervalle B-C avec ses deux canons de 95 sous casemate de Bourges.
- Une batterie mobile de 120 devait constituer l'armement de sureté du secteur. L'organisation de la défense se proposait de mettre à profit la mobilité de ces pièces en les transportant au moment du besoin sur des emplacments reconnus et préparés d'où elle auraient pu tirer, soit sur le plateau des Caïmans et la Plaine d'Anamakia pour protéger la droite du front de terre d'Antsiranana, soit sur des navires stationnés dans la Baie de la Nièvre ou la Baie de Cailloux Blancs.
- Un réseau de tranchées fermait les intervalles et se prolongeait des deux côtés jusqu'à la mer. Il était organisé selon les mêmes principes que celui d'Ankorika, avec notamment des plantations de cactus, qui semblent avoir causé de grandes difficultés à leurs « jardiniers » et dont il ne reste guère de traces.
Un magasin de secteur complétait le dispositif, en retrait de l'intervalle B-C.
Une « route stratégique » fut construite pour permettre l'acheminement d'artillerie de campagne par voie de terre. Cette route, très dégradée à l'heure actuelle, permet toujours de se rendre à Cap Diego en contournant par l'Ouest le Cul-de-sac Gallois.
Le Canon G de 95 mm Modèle 1888

Les fortifications de la Baie de Diego Suarez (3/5) - Diego Suarez « Point d'appui de la Flotte : le front de mer

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Lundi, 08 Octobre 2012

En 1898, la France décide de créer à Diego Suarez un point d'appui pour la flotte de l'Océan Indien. Par arrêté du 13 mars 1900, la province est érigée en « Territoire Militaire », sous le commandement du Colonel Joffre. En cinq ans, la baie est transformée en un immense camp retranché présentant deux fronts : face à la mer et face à la terre.

La batterie de rupture du Cap Miné verrouille l'entrée de la baie avec ses cinq canons M de 32 cm Mle 1870-81, pouvant tirer chacun un obus de près de 400 kg à une cadence de un coup toutes les quatre minutes. Quatre des canons de la batterie sont abrités dans une solide casemate bétonnée, qui les protège des coups, mais ne laisse un angle de tir de 3° seulement par pièce qui sont disposées par deux selon deux axes divergents de 9° portant la champ de tir de la casemate à 12° au total. C'est pourquoi le cinquième canon de la batterie fut installé sur une deuxième position, non casematée, à une cinquantaine de mètres à l'est, disposant d'un débattement de près de 180°, pour servir de « pièce de chasse », qui devait tenter d'endommager suffisamment les navires qui tenteraient de forcer la passe pour les ralentir et qu'ils restent le plus longtemps sous le feu de la casemate principale.

Le front de mer

Le front de mer de Diego Suarez a été constitué d'après les principes posés par l'Instruction du 4 Décembre 1897 sur l'organisation des points d'appui de la flotte aux Colonies. D'après ces principes, le système défensif du front de mer doit comprendre :

1re ligne : défense au large

Une première ligne ou position avancée qui, « obligeant les navires à rester en mouvement et à commencer le feu d'assez grande distances, rendra leur tir peu efficace et peu dangereux pour les établissements maritimes du point d'appui et pour les navires réfugiés dans la rade ».
A Diego Suarez, cette première ligne comprend en 1905 :
- Une batterie de 19cm G sur affûts modèles 1875-76 à pivot avant (batterie du Phare). Chaque pièce est dotée d'un appareil de visée Déport et la batterie dispose d'un télémètre sur un support indépendant. Tournés vers la mer, ses canons, du fait des restrictions budgétaires, sont d'un modèle qui fait douter de l'efficacité du tir contre les bâtiments à grande vitesse.
- Une batterie de mortiers de 270 (batterie du Glacis). Cette batterie ne dispose que d'un champ de tir direct très limité du côté de la haute mer. Elle a été placée en effet, de manière à pouvoir tirer à la fois au large, dans la passe et dans l'intérieur de la rade. Aussi a-t-il été nécessaire de prévoir une organisation pour le tir indirect. Chaque pièce est dotée d'un appareil de visée Déport.
- Une batterie de 138,6 (batterie du poste optique). Cette batterie peut tirer au large, dans la passe et dans l'intérieur de la rade. Située en hauteur mais bénéficiant d'affuts permettant un angle négatif de 12), la plongée, au lieu d'être plane comme dans toutes les batteries de côte est composée d'une série de surfaces coniques de révolution dont la génératrice fait un angle avec la verticale de 78°). En outre, on a pensé que cette batterie qui tire au large et possède un champ de tir étendu devait avoir le meilleur canon de moyen calibre existant et, on a en conséquence, remplacé ses canons modèle 70, par des canons modèle 70 M initialement prévus pour la batterie de la Baie des Boutres.
En résumé, l'organisation de la défense extérieure ou position avancée comprend deux batteries de gros calibre et une de moyen calibre. Comme le fait remarquer le Colonel Gallieni dans son rapport de 1905, c'est peu au regard des enseignements des tous récents évènements des guerres russo-japonaise et hispano-américaines qui ont démontré toute la nécessité de donner une importance plus grande à la position avancée et lui permettre notamment de faciliter, dans la plus large mesure, le débouché d'une escadre au delà de la passe.
Une escadre en effet, qui franchit une passe étroite comme celle de Diego Suarez, se trouve dans une situation critique : obligée de marcher en ligne de file, elle ne peut faire usage de tous ses moyens d'action, et elle risque, comme l'escadre espagnole à Santiago, des voir ses divers éléments annihilés successivement sous le feu convergent de navires ennemis battant le débouché à distance efficace. Il est donc de toute nécessité d'obliger les navires ennemis à se tenir à grande distance de l'entrée d'une passe.
Cet éloignement des navires ennemis est d'ailleurs nécessaire non seulement pour permettre le cas échéant à une escadre importante d'engager le combat dans de bonnes conditions mais encore pour « permettre à des navires isolés, des croiseurs corsaires de tromper la surveillance d'une escadre de blocus et de sortir de la rade, soit pour porter une nouvelle importante soit pour se jeter inopinément sur des navires transporteurs de troupes, soit enfin pour se diriger sur les routes du commerce ennemi ».
Une batterie de très grande puissance est donc souhaitée pour renforcer cette première ligne. Ce sera la batterie du Point de Vue, qui remplira correctement sa mission en 1942 en contraignant la flotte britannique à se retirer au delà de ses 19 000 m de portée.

Carte : le front de mer

 

2e ligne : les abords de la passe

D'après l'Instruction du 4 décembre 1897 sur l'organisation des points d'appui de la flotte, la deuxième ligne a pour rôle de « défendre l'entrée des passes et de s'opposer à leur forcement ». A Diego Suarez, cette deuxième ligne comprend les batteries énumérées ci-après et dont quelques unes ont été déjà indiquées comme concourant à la défense de la première ligne.
- La batterie de 19 Est d'Orangea (batterie du Phare), qui peut non seulement tirer au large mais encore jusqu'à l'entrée même de la passe.
- La batterie de mortier de 270 (batterie du Glacis), qui tirant au large, surtout à tir indirect, peut aussi faire du tir direct sur toute la longueur de la passe et dans l'intérieur de la rade.
- La batterie de 138,6 Est d'Orangea (batterie du poste optique) qui tire sur la passe dans les mêmes conditions que la batterie de mortiers de 270.
- la batterie de rupture de 320 du Cap Miné. Cette batterie est casematée, abritée des coups du large et n'est aperçue par l'ennemi que lorsqu'il se présente sous le feu de ses pièces.
à ces quatre batteries pouvant tirer dans la passe il convient d'ajouter les batteries suivantes :
- la batterie de Vatomainty qui peut exécuter un tir d'enfilade sur une escadre essayant de forcer la passe,
- la batterie de 138,6 Ouest d'Orangea et la batterie de 47 T.R. qui l'encadre (batteries de la Baie des Boutres),
- la batterie de 194 modèle 70-93 Ouest d'Orangea (batterie de la pointe de l'Aigle),
- la batterie de 240 modèle 70 de Cap Diego (batterie d'Andrahampotsy) qui bat à une distance de 8 000 m ce même débouché.
Ce sont donc six batteries de gros calibre, deux de moyen calibre et une de petit calibre, soit trente-six pièces qui peuvent faire converger leurs feux sur une escadre ennemie essayant de franchir la passe. Deux de ces batteries de gros calibre, celle de 270 et celle de 320 sont susceptibles de causer des avaries sérieuses à des cuirassés. Deux batteries, celle de 19 G (Phare) et de 194 modèle 70-93 (Pointe de l'Aigle) peuvent tirer utilement sur des croiseurs cuirassés et, enfin deux autres, celle de 240 Modèle 70 de Cap Diego (Andrahampotsy), et celle de 19 de Vatomainty peuvent exécuter un tir de bombardement sur les navires ennemis.
La défense de deuxième ligne est donc assurée de façon satisfaisante, même si une nouvelle batterie de rupture de gros calibre sera fortement suggérée mais en vain.

La batterie de 240 d'Andrahampotsy, à Cap Diego
Ci-dessus vers 1900, ci-dessous de nos jours

 

3e ligne : l'intérieur de la rade

Toujours selon l'Instruction du 4 décembre, la troisième ligne a pour objet « d'obliger l'ennemi qui a forcé la passe à se retirer ou à entamer une nouvelle lutte pour ne pas rester aux coups des batteries ». A Diego Suarez, cette troisième ligne comprend les batteries énumérées ci-après et dont quelques unes ont été déjà indiquée comme concourant à la défense de la deuxième ligne.
- la batterie de 194 modèle 70-93 Ouest d'Orangea (batterie de la pointe de l'Aigle). Cette batterie a un rôle très important. Elle suit en effet un navire depuis son débouché dans la rade jusqu'à son entrée dans la baie de la Nièvre et l'empêche de stationner dans la Baie du Tonnerre ainsi qu'à l'entrée de la Baie des Français et de celle des Cailloux Blancs.
- la batterie de 138,6 Ouest d'Orangea et la batterie de 47 T.R. qui l'encadre (batteries de la Baie des Boutres),
- la batterie de 138,6 d'Antsirane (batterie du Lazaret) qui souffre de la faiblesse de son armement eu égard à la distance qui la sépare des navires ennemis qui chercheraient à pénétrer dans la baie de la Nièvre.
- la batterie de 240 modèle 70 de Cap Diego (batterie d'Andrahampotsy),
- la batterie de 138,6 Modèle 70 M de Cap Diego (batterie de l'Hôpital). Cette batterie comprend 6 canons de 138,6 Modèle 70 M sur affûts de bord surélevés.
- la batterie de Vatomainty
Un ensemble de magasins de secteur est construit pour assurer l'approvisionnement des batteries : magasin à munitions souterrain d'Orangea et de Vatomainty, amménagés dans des cavenes naturelles, et les abris entrrés du Lazaret et de Cap Diego. Ces magasins doivent en permanence entretenir une réserve de cent coups par pièce pour chacune des batteries qu'il a en charge, soit environ 3 500 obus de différents calibres pour les plus grands.
Les conditions de températures et d'hygrométrie de la Baie rendent le stockage des munitions délicat. Le métal et la poudre souffrent en effet beaucoup de la chaleur et de l'humidité, contraignant à les batisseurs à modifier plusieurs fois leurs ouvrages pour en améliorer la ventilation et l'isolation. Les parois du magasin d'Orangea sont ainsi doublées d'un mur en maçonnerie pour limiter les infiltrations ; des puits de ventilation sont partouts aménagés.

Canon G de 19 cm Mdle 1875-76 sur affût PC
L'Eclairage de la Baie

Depuis sa première utilisation par la Marine Royale en 1882 pour empêcher des forces égyptiennes de tenir des batteries d'artillerie à Alexandrie, puis son utilisation intensive pendant la guerre russo-japonaise de 1904-1905, le projecteur d'artillerie s'impose au début du XXème siècle comme un accessoire indispensable à la défense d'une place. Utilisant un réflecteur parabolique pour concentrer la lumière produite par un arc électrique, il permet de surveiller les abords d'un mouillage, mais aussi de créer le « clair de lune artificiel » propice aux attaques. C'est devenu un élément essentiel au tir nocturne.

Le Général Joffre a ainsi prévu, en complément du plan de défense, un Plan d'Eclairage de la Baie qui a pour objectif de permettre la surveillance des abords de la passe d'une part, et ceux de Diego Suarez et du Port de la Nièvre d'autre part. Les projecteurs, appelés alors «  photo-électriques », sont placés dans des abris de combat maçonnés ou bétonnés selon les cas. Ils sont posé sur des chariots et une voie de 60 permet de les transférer rapidement à l'abri-usine généralement situé à quelques dizaines de mètres en retrait de l'abri de combat. Celui ci contient le groupe électrogène à pétrole qui fournit l'énergie au projecteur, ainsi que des installations de réparation et d'entretien.

Carte : l'éclairage de la baie

Eclairage de la passe

Celui ci comporte dans un premier temps deux projecteurs Mangin de 90 cm abrités chacun dans une casemate spéciale, l'un à la Baie des Dunes et l'autre à la Pointe de l'Aigle. Il s'avère rapidement que cette disposition laisse un angle mort très important au niveau du Cap Miné. Le Colonel Gallieni propose en 1903 que soit construit au Gros Rocher un abri supplémentaire qui recevra un projecteur d'artillerie et un de signalisation pour relayer les nouvelles en provenance du large.
En 1942, ce dispositif sera complété par l'adjonction d'un projecteur de 150 cm à la Côte 84, étendant la surveillance vers le large à près de 5km de la passe.

Diego Suarez et le Port de la Nièvre.
Un projecteur de 90 cm est placé sous abri à la Pointe d'Andrahampotsy, à Cap Diego, qui permet de fouiller la Baie et barrer l'entrée du Port de la Nièvre.
Un feu mixte de 90 cm est installé à la Pointe du Corail, dont les feux convergent avec le précédent pour renforcer son action.
En 1940, un nouveau projecteur est installé sous abri près de la batterie de 138,6 du Lazaret. Il permet la surveillance de la Baie des Français dans laquelle des navire pourraient se mettre à l'abri des 2ème et 3ème lignes du front de mer.

Ci-dessus : Abri à projecteur de la Baie des Dunes

Projecteur d'artillerie Mangin Sautter-Harlé de 90 cm Mdle 1897

Ce projecteur électrique fonctionne grâce à une lampe à arc. Il est utilisé depuis 1877 dans les 4 places de l'est ou sur les ouvrages côtiers pour éclairer les abords des ouvrages ou les aéronefs. Les premiers modèles sont placés sur un chariot attélé à une machine Gramme et son moteur, le tout était tiré grâce à une locomotive routière à vapeur. Après cette date, les projecteurs vont évoluer avec des diamètres allant de 45 à 120 cm permettant d'éclairer de plus en plus loin (jusqu' à 3km par temps clair pour un projecteur de 90 cm de diamètre). Ils seront alimentés avec des groupes électrogènes mobiles à pétrole de marque Sautter Harlé. Après 1906, on placera ces engins dans les ouvrages prioritaires sous tourelles ou sous casemates pour les protéger des bombardements. Leur alimentation se fera depuis l'usine électrique de l'ouvrage.

Les fortifications de la Baie de Diego Suarez (2/5) : 1885 - 1895 : les guerres franco-merinas

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Lundi, 24 Septembre 2012

Vue d'Antsirane vers 1890

La marine française du XIXème siècle a pour ambition de rattraper son retard sur la Royal Navy anglaise qui dispose de bases navales un peu partout dans le monde. Quand, par le traité de 1885, la France obtient le droit de faire à Diego Suarez « des installations à sa convenance », la nécessité de fortifier la baie de Diego Suarez s'impose comme une évidence, mais ne vas pas aller sans heurts avec le gouvernement Merina...

François de Mahy, le député réunionnais , partisan de la présence de la France à Madagascar, exprime dans une lettre du 26 octobre 1885 un avis qui va dans ce sens : « L’entrée de la baie est large de 800m environ. A peu près au milieu est un îlot relié à la côte nord par des hauts-fonds, de sorte que la passe se trouve au sud de l’îlot, et réduite à une largeur de 300m environ. Quelques torpilles et quelques batteries la rendraient inabordable. Dans l’intérieur de la baie, en face de l’entrée, l’île aux Aigrettes ; plus loin, le Cap Diego Suarez. Des fortifications sur ces hauteurs complèteraient le système de défense. »
Mais de défense contre qui ?

Dans les premières années de l’occupation, pour les français, les risques viennent de l’intérieur. Il s’agit du gouvernement merina, installé dans la région depuis l’expédition de Radama Ier dans le nord. Ce dernier a laissé un poste militaire, transformé ensuite en un fort d’accès difficile au sommet du mont Reynaud, dans la montagne des français. Dénommé « Ambohimarina », il devint le quartier général de la province d’Antomboko.
De leur côté, les français, dès leur installation à Diego Suarez, établirent un petit fortin « construit sur le monticule par lequel se termine le plateau de la péninsule dominant la rade et protégeant les établissements » (Société de géographie de Marseille – 1886).

Ambohimarina

Situé au sud de la Montagne des Français, face au mont Reynaud à l’Est (Mont Carré) et au-dessus de l’actuel village de Mahagaga, le Fort d’Ambohimarina était le siège du pouvoir merina dans la Province d’Antomboka. Il fut construit, à partir de 1837 pour répondre aux attaques incessantes des Antankaranas.
Sa position stratégique lui permettait de dominer toute la région. Il accueillait une garnison comprenant jusqu’à 2000 hommes qui vivaient dans une véritable cité au sommet du plateau d’Ambohimarina. Il était ravitaillé par mer par des bateaux partant de Vohemar et accostant dans la Baie d’Ambodivahibe.

Mahatsinjoarivo

Dès juillet 1886, le commandant Caillet établit une solide redoute au sommet du plateau de Mahatsinjoarivo, à une altitude de 215 m au sud de la baie et à 6 km au N.- du fort d’Ambohimarina. Un autre poste fut installé au « Point 6 » sur le chemin d’Ambohimarina, où les Merina avaient un poste de douane : il était destiné à surveiller le chemin qui reliait Ambohimarina au village d’Antsirane.
Considéré comme une position stratégique de premier ordre en raison de sa situation sur une hauteur qui domine à la fois le chemin d’Ambohimarina et les riches plaines d’Anamakia, il fut doté d’une garnison de 300 soldats, composée de 2 compagnies de disciplinaires et d’une compagnie de tirailleurs indigènes et encadrée par 37 officiers et sous-officiers. Des gendarmes à cheval faisaient la liaison avec le quartier général et les autres postes. Un chemin de fer Decauville reliait Mahatsinjoarivo à Antsirane. Dans la nuit du 23 décembre 1894, le poste fut attaqué par les soldats merina qui furent repoussés sans trop de difficultés.

La Baie

Par ailleurs, le Commandant Caillet commença à mettre en place une ligne de défense intérieure :
- 2 blockhaus équipés d’artillerie, l’un sur les hauteurs d’Orangea, l’autre dans le nord de la Montagne des Français
- Un poste dans la Baie du Courrier, tenu par une vingtaine de tirailleurs indigènes sous le commandement d’un sergent français
L’installation de la défense du front de mer ne fut réellement entamée qu’à partir de 1893.
Elle comprenait :
- Les batteries défendant la passe : batterie haute d’Orangea armée de 4 canons et batterie de la Pointe de l’Aigle(au sud de la passe)armée aussi de 4 canons de 138,6m/m
- Les batteries destinées à la défense de l’intérieur de la rade :batterie du Cap Diego Suarez armée de 6 canons et celle de la Pointe du Corail, armée de 2 canons de 194m/m
Cependant aucune organisation de défense sérieuse ne fut entreprise jusqu’en 1898.

Le fortin d'Antsirane, constitué d'une petite enceinte maçonnée et de bâtiments en bois, dominait l'actuelle ville basse

Les relations avec la population locale

Pour obtenir la fidélité des populations locales , le gouvernement d’Antomboko va changer sa politique en améliorant la vie de ses sujets et en supprimant les abus comme les réquisitions, l’usure, et d’une façon générale les pratiques dont sont victimes les côtiers. Le Premier Ministre donne ordre « de bien administrer les Sakalava et de ne pas les pressure ».
Mais cette politique va s’avérer inopérante en raison de l’attirance de la ville naissante de Diego Suarez. En effet, les français, à la recherche de main d’oeuvre vont tout faire pour attirer les populations.
Payant des salaires aux ouvriers alors que les merina pratiquent la réquisition, accueillant les esclaves évadés, séduisant les populations par les nouveautés que l’on y trouve (maisons, chemin de fer, richesse en comparaison du dénuement d’Ambohimarina), Antsirane n’a pas de mal à attirer les sujets d’Antomboko.

Le face à face Ambohimarina-Diego Suarez

Gravure montrant les « échelles » à Ambohimarina en 1886

Il est très tôt matérialisé par la construction du fort de Mahatsinjo :  construit par les tirailleurs, faisant face au fort d’Ambohimarina, il est une provocation permanente pour la garnison merina.
En effet, le Gouverneur de Diégo, Froger, ne cesse de grignoter des territoires au-delà de la zone qui a été accordée à la France par le traité de 1885. Mahatsinjo, domine ainsi le poste de douane merina d’Antanamitarana qui formait la limite du territoire concédé.
Mais l’insuffisance des moyens de la garnison merina la contraint à accepter ce qu’elle ne peut empêcher. Les incidents sont donc fréquents. Un des plus célèbres se produit lorsque le Gouverneur Froger, invité à la fête de la Reine en 1891 se voit obligé de grimper aux échelles de la falaise alors qu’il sait qu’un bon chemin lui permettrait de se rendre à cheval à Ambohimarina . Considérant qu’il s’agit d’une « insulte à la France » il porte plainte auprès du Résident Général.
Cependant, il semble que les relations entre les merina et les français ne soient pas toujours aussi mauvaises et que des relations sociales se soient établies entre eux :  « Ce matin, nous avons donc vu arriver à Diégo, portées en fitacon, les femmes de ces officiers (merina). Le gouverneur les a pilotées toute la journée, reçues à déjeuner, logées au gouvernement, puis, finalement, conduites au bateau et recommandées chaudement au commandant ». (C.Vray )
Cependant, le fort d’Ambohimarina reste pour les français un lieu mystérieux :  « Des légendes assez bizarres courent sur cet endroit qu’on prétend en communication avec l’intérieur de l’île par de longs couloirs souterrains qui conduiraient directement à Tananarive… » (C.Vray) ;

La détérioration des relations et la marche à la guerre

A partir de 1886 les relations vont prendre un tour plus agressif. D’abord en raison de l’attitude expansionniste et de la mauvaise volonté du gouverneur de Diego Suarez, Froger , qui entraîne des incidents diplomatiques et militaires. En réponse, les merina tentent de multiplier leurs postes de douane, puis, à partir de 1892, leurs postes militaires. La situation devient alors de plus en plus tendue :  le fort d’Ambohimarina est sur le qui-vive et les français renforcent la surveillance dans leurs postes militaires. En 1893 les Merina forment un blocus destiné à intercepter l’approvisionnement de Diego Suarez. En 1894, la garnison d’Ambohimarina est renforcée. Les Merina installent un camp à Mahagaga et une batterie près du Point 6. Antsirana se met alors sur pied de guerre, l’usine d’Antongombato est dotée de canons et les colons sont armés ou évacués sur Diego Suarez. Le 20 décembre 1894 la Colonie de Diego Suarez est déclarée en état de siège. Dans la nuit du 23 au 24 décembre les merina attaquent le poste de Mahatsinjarivo mais ils sont repoussés. Dans la nuit du 11 au 12 avril 1895, 3 compagnies d’infanterie de marine, une section d’artillerie et un bataillon de volontaires de La réunion attaquent le fort d’Ambohimarina qu’ils enlèvent à l’aube. Les français s’emparent de ce que les merina ont laissé derrière eux :  « un butin considérable » selon certains, « peu de choses » selon d’autres… Deux des drapeaux merina saisis à Ambohimarina furent envoyés au maire de Saint-Denis par les Réunionnais ayant participé à l’attaque.
Une poste optique ainsi qu’un canon de campagne seront ensuite installés par les français  à Ambohimarina pour surveiller les abords de la Baie de Rigny.

La forteresse d'Ambohimarina

 


Ambohimarina vue du village de Mahagaga

Une tourelle occupait le piton sommital . Un village de garnison qui accueillait 2 000 soldats et leurs familles était bâti en contrebas sur le plateau supérieur. Le fort était ravitaillé par des bateaux en provenance de Vohémar qui accostaient en Baie d'Ambodivahibe . L'accès par l'Est, depuis la Baie d'Ambodivahibe se faisait par une bonne piste en pente douce. L'accès par l'Est et la vallée de Mahagaga était beaucoup plus périlleux en raison des falaises qui bordent le plateau et nécessitaient l'emploi d'echelles ou d'escaliers.

Ci dessous : gravure représentant le village de garnison sur le plateau supérieur d'Ambohimarina, vue depuis le piton sommital. On distingue nettement la ligne de bord du plateau d'Ambohimarina. A l'arrière plan, la vallée de Mahagaga.

 


Les fortifications de la Baie de Diego Suarez (1/5) - XIXème siècle : Madagascar dans le « Grand Jeu »

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Mercredi, 05 Septembre 2012

 

Encore mal connue des Européens, Madagascar au XIXe s'ouvre peu à peu au reste du monde. Mais le développement rapide des échanges commerciaux mondiaux va lui donner une importance dans le « Grand Jeu » de géostratégie auquel s'adonnent les nations commerçantes qui va lui valoir bientôt de perdre son indépendance.

Le XIXe siècle en Europe est celui de la Révolution Industrielle. En quelque décennies, l'utilisation de la vapeur dans l'industrie, l'agriculture et les transports va radicalement changer la nature des échanges commerciaux et décupler leur volume, donnant une importance toute nouvelle aux anciens comptoirs de commerces qui vont devenir un enjeu crucial pour les nations commerçantes.

La colonisation européenne

La colonisation européenne est une manifestation des rivalités entre les grandes puissances. Les États colonisateurs se sont d'abord concurrencés et combattus (corsaires français et britanniques contre les Espagnols aux Antilles, les Néerlandais contre les Portugais aux Indes et en Indonésie, les Français contre Britanniques aux Indes et au Canada).
Les missionnaires ont joué un rôle important dans l'expansion coloniale : un prêtre était présent dans la première expédition de Christophe Colomb, et les Jésuites ont acquis une grande influence aux Indes, en Chine et au Japon. Les missionnaires protestants (britanniques, norvégiens ou américains) ont joué un rôle important à Madagascar, en Chine ou à Hawaii. Ces actions participent d'initiatives privées et d'une volonté de répandre la parole du Christ, mais l'État, à travers son armée, est souvent présent pour les protéger (en Cochinchine et en Afrique noire notamment). Les explorateurs, comme le Britannique Mungo Park en Afrique occidentale, ou David Livingstone en Afrique centrale, jouèrent un rôle d'avant-garde dans l'expansion coloniale.

La colonisation française n'a pas fait oublier la perte de l'Alsace-Lorraine en 1871, mais elle a pu compenser ou tenter de compenser la défaite française. De même, l'Angleterre fait de son empire économique la base de sa puissance politique ; le contrôle d'un territoire allant de l'Égypte à l'Afrique du Sud en passant par le Soudan visait à sécuriser la route des Indes qui passait par Le Cap. L'Allemagne, dont l'unité date de 1871, cherche à s'affirmer comme grande puissance mondiale.
La colonisation conduit d'ailleurs à des crises annonciatrices de la Première Guerre mondiale (Fachoda entre la France et la Grande-Bretagne, les deux crises marocaines d'Agadir et de Tanger entre la France et l'Allemagne).
Suite à ces conflits, ils choisissent de s'entendre :
- Pour le partage des territoires à coloniser (conférences de Bruxelles et de Berlin (organisée par le chancelier Bismarck) au XIXe siècle). La conférence de Berlin regroupe plus de 14 nations et a pour but de définir les règles de la colonisation : pour qu'il y ait colonie, il faut l'occupation effective du territoire (c'est en d'autres termes légitimer le partage de l'Afrique).
- Pour l'administration en commun de certaines colonies (condominiums britanno-égyptien du Soudan et britanno-français des Nouvelles-Hébrides).

La conférence de Berlin
(15 novembre 1884 - 26 février 1885)
Dessin montrant les participants à la conférence de Berlin en 1885

La conférence de Berlin marqua l'organisation et la collaboration européenne pour le partage et la division de l'Afrique. Cette conférence commença le 15 novembre 1884 à Berlin et finit le 26 février 1885. À l'initiative du Portugal et organisée par Bismarck, l'Allemagne, l'Autriche-Hongrie, la Belgique, le Danemark, l'empire ottoman, l'Espagne, la France, la Grande-Bretagne, l'Italie, les Pays-Bas, le Portugal, la Russie, la Suède-Norvège ainsi que les États-Unis y participèrent. Une conférence antérieure fit débuter le débat sur la conquête des Congos et amorça ainsi le début des luttes coloniales. La conférence de Berlin aboutit donc à édicter les règles officielles de colonisation. L'impact direct sur les colonies fut une vague européenne de signature de traités.
Pendant de longues années, l'intérieur du continent africain, souvent difficile d'accès, n'a pas intéressé les puissances européennes qui se contentaient d'y établir des escales ou des comptoirs de commerce. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, l'appétit des blancs est stimulé par la découverte de richesses insoupçonnées, à l'image des mines de diamants du Transvaal découvertes en 1867. Durant les années 1880, les visées colonisatrices européennes en Afrique s'intensifient jusqu'à créer des tensions entre les différentes puissances.
Bismarck se pose en médiateur de la crise, profitant de l'occasion pour affirmer un peu plus le rôle central de l'Allemagne dans le concert des nations. Quatorze puissances participent aux débats : Allemagne, Autriche-Hongrie, Belgique, Danemark, Empire ottoman, Espagne,États-Unis, France, Grande-Bretagne, Italie, Pays-Bas, Portugal, Russie, Suède. Les peuples et les rois africains sont tenus à l'écart de toutes les discussions. La conférence présente un ordre du jour plus important que la simple question congolaise. On y parle principalement de la liberté de navigation et de commerce ainsi que des modalités d'installation sur les côtes.
Deux conceptions s'opposent. D'un côté, Bismarck entend garantir la liberté de navigation et de commerce dans toute la zone. De l'autre, le Portugal, soutenu par le président du conseil français Jules Ferry, conçoit les colonies comme un monopole commercial détenu par la métropole. Au final, la conférence établit une liberté de commerce étendue dans les bassins du Congo et du Niger, mis à part dans le domaine du transport d'armes.

L'« Acte » de Berlin

Le 23 février 1885, les membres de la conférence s'entendent sur un « acte » qui établit les points suivants :
- Toute puissance européenne installée sur la côte peut étendre sa domination vers l'intérieur jusqu'à rencontrer une « sphère d'influence » voisine. Mais le traité exclut le principe de l'hinterland qui permet l'annexion automatique de l'arrière-pays par un État maîtrisant son littoral.
- Il ne peut y avoir annexion que par l'occupation effective du terrain et les traités conclus avec les populations indigènes doivent être notifiés aux autres nations colonisatrices.
- Liberté de navigation sur les fleuves Niger et Congo et liberté de commerce dans le bassin du Congo.
- Interdiction de l'esclavage.
- La Conférence a, enfin, pris acte de l'existence de l'État indépendant du Congo en tant que puissance souveraine, territoire appartenant en propre au roi Léopold II de Belgique (et qui deviendra une colonie belge en 1908). La France obtient la reconnaissance de son autorité sur la rive droite du Congo et de l'Oubangui.
La Conférence de Berlin rappelle l'interdiction de la traite et invite les signataires à contribuer à son extinction.
La notion de « sphère d'influence » apparaît pour la première fois dans un traité international à cette occasion.
Découpages bilatéraux
Des négociations particulière se déroulent en parralelle, elles aboutissent à des accords billatéraux. Entre la France et le Royaume-Uni, une ligne courant depuis Say au Niger jusqu'à Baroua, sur la côte nord-est du lac Tchad, détermine la zone dévolue à chacun des deux pays. La France se voit doter du territoire situé au nord de cette ligne et le Royaume-Uni la zone au sud de la limite. Le bassin du Nil reste la propriété des Britanniques. De plus, entre le onzième et le quinzième degré de longitude, la frontière passera entre le royaume du Ouaddaï, qui sera français, et le Darfour au Soudan, qui sera britannique. En réalité, une zone tampon de 200 kilomètres est mise en place entre le vingt-et-unième et le vingt-troisième parallèle. Le contentieux sera levé en 1898 à l'issue de la crise de Fachoda.

L'« Acte » de Berlin attribue à la France l'île de Madagascar, qui devient sa seule position stratégique face aux Anglais dans l'océan Indien. La France signe alors un traité avec le Royaume de Madagascar qui repose sur l'ambiguïté de la langue malgache et qui ne donne théoriquement aucun droit à la République française sur le Royaume de Madagascar. Ce traité permet à la France de commencer à faire des installation dans la Baie de Diego Suarez, qui prendrait toute son importance en cas de fermeture du Canal de Suez par lequel transite une grande part du trafic mondial.
Mais, au fil des incidents diplomatiques qui entraîneront les guerres de 1885 et 1895 à Diego Suarez, la France mène une politique de plus en plus agressive, puis entreprend la conquête de l'île qui est achevée en 1896.

Sites pittoresques de la Province de Diego Suarez

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Mercredi, 08 Août 2012
Carte postale truquée montrant un crocrodile devant l'entrée des gorges de l'Ankarana

Par Alphonse Mortages, 1924

Cet article, paru dans la Gazette du Nord du 25 juillet 1924 a été écrit par Alphonse Mortages, le célèbre bâtisseur de l'Hôtel des Mines, personnalité mythique et chaleureuse du Diego Suarez d'il y a 100 ans dont nous raconterons la vie aventureuse -digne d'un roman ou d'un film- dans un article à venir. ■ S.Reutt

Aux note fournies par Monsieur l'Administrateur Adjoint Mérignant, sur les sites pittoresques, excursions, chasses, pêches, etc. de la région nord de l'île, Province de Diego Suarez, il y a lieu de signaler en premier lieu, comme la fait succinctement remarquer Monsieur Claude Administrateur du District d'Ambilobé, l'a région d'Ambondrofé, région formée de calcaires et où prend naissance ce que l'on a appelé « La muraille de l'ANKAR ».

C'est certainement la curiosité naturelle la plus remarquable de Madagascar. Tout le contrefort de la Montagne d'Ambre dans la région d'Ambondrofé ainsi que le mur de l'Ankar renferment des grottes très intéressantes, fort jolies et qu'on ne se lasse d'admirer. Elles sont très peu connues encore et quelques privilégiés ont pu visiter les plus faciles à explorer. La grotte la plus visitée à ce jour, est celle qui se trouve entre Antsambalay et Ambatorano, très peu distante de ces deux villages. Cette grotte est immense et peu être parcourue en filanjanna. Jadis avant la conquête elle servait de refuge aux Antakaras, lorsque ces derniers fuyaient devant les razzias faites par le Gouvernement Hova. Des barricades en pierre y ont été érigées dans l'intérieur, dans le but de s'y défendre ; ces barricades sont assez éloignées les unes des autres, permettant à ceux qui occupaient la grotte de retarder l'avance des assaillants. Je l'ai visité pour la première fois au mois d'Octobre 1912, ce mois étant le plus propice pour les excursions, la saison sèche battant son plein. La caravane se composait de plusieurs personnes européennes. Nous fûmes conduits par les hommes de l'ex-roi Tsialana qui connaissent admirablement ces lieux, et qui débarrassèrent avant notre arrivée les abords de la grotte, de tous les arbustes et de ce désagréable poil à gratter qui pousse admirablement dans cette région. Nous visitâmes la grotte de huit heures du matin à midi et demi. L'entrée est assez difficile et il nous fallait ramper pour y accéder. Après un parcours dont je ne puis indiquer la longueur, la caravane vint buter contre une muraille à gauche. A notre droite un immense vide, dont nous ne pûmes apprécier la profondeur, ni l'immensité, s'ouvrait à nos pieds ; une voûte immense s'élevait au dessus de cet abîme et malgré l'éclairage de torches faites en latanier sec, et l'éclairage au magnésium, nous ne pûmes distinguer que des stalactites énormes ayant la forme de pieuvres suspendues aux voûtes, sans pouvoir estimer l'immensité du gouffre. Nous restâmes quelques instant pour contempler ce troublant et saisissant spectacle ! Après cet arrêt nous passâmes sous la muraille par une ouverture très basse, toujours en rampant. Il doit y avoir d'autres issues plus spacieuses, puisque les Antakaras y faisaient leurs troupeaux !

De l'autre côté de l'ouverture, nous pûmes utiliser de nouveau nos filanjanas et, après un assez long parcours, nous sortîmes à ciel ouvert pour éviter une barricade très dure à grimper, pour redescendre à nouveau et s'enfoncer dans la grotte une dernière fois. Après un nouveau trajet, on arrive enfin à l'extrémité Ouest. Là, on sort de la caverne par une fissure en forme de triangle de la grandeur d'une vaste fenêtre. Un immense cirque à ciel ouvert 's'ouvre à nos pieds et, c'est dans ce cirque que le bétail était conduit pour échapper aux razzias. L'accès de cette immense cuvette est très difficultueux par suite des forts peuplements de bambous, d'arbustes, de lianes de la flore madécasse et aussi des éboulements calcaires qui se sont produits à cet endroit. Une jolie petite rivière à l'eau limpide et claire coule au milieu du cirque. La muraille, à la sortie de la grotte pour accéder au cirque, forme une falaise à pic. Il doit être impossible d'atteindre le sommet du mur de l'Ankar à n'importe quel point où on voudrait tenter l'ascension, par suite de l'érosion de la formation calcaire. Par suite des pluies il s'est formé dans ce calcaire des aiguilles tellement fine et acérées que la marche y est impraticable. Après la visite du cirque, la caravane revint sur ses pas, sortit de la grotte et se réconforta par un excellent déjeuner servi sous une immense marquise naturelle, qui mettait tout le monde hors d'atteinte des rayons du soleil.

Après le déjeuner quelques excursionnistes firent la sieste, mais d'autres plus curieux continuèrent l'exploration. A quelques pas de notre salle à manger, ils découvrirent une grande entrée de la grandeur d'un portail d'église, mais presque complètement murée, par un énorme tas de pierres avec un seul orifice en haut, suffisant cependant pour y passer. Les traitants de caoutchouc de la région, Antaimoros, Antakaras, avaient déjà visité ces lieux, car nous trouvâmes un amas de lianes sèches dont on avait extrait le latex et des bambous fendus en deux qui avaient servis à la recueillir.

Une grotte dans l'Ankarana

Deux d'entre nous pénétrèrent par l'orifice du sommet et munis d'une lampe acétylène suivirent le boyau de cette nouvelle grotte. Après un cours trajet, ils se trouvèrent près de l'abîme dont je parle plus haut et comme il était un peu tard et que nous ne voulions pas être surpris par la nuit, nous repartîmes sans avoir pu nous rendre compte où pouvait conduire cette entrée. La caravane se dirigea sur Ambatorano pour y passer la nuit, et nous fûmes admirablement reçus par l'ex-roi sialana qui nous offrit une hospitalité charmante.

Le lendemain nous visitâmes l'entrée de la muraille de l'Ankar de la rivière Mananjeba. On y entre en filanjana, les porteurs ayant tantôt de l'eau jusqu'à la cheville parfois jusqu'à mi-jambe. Je ne vous conseillerai pas d'y aller tout seul car c'est un fameux repaire de caïmans. Les porteurs de filanjana les effrayaient en poussant des cris et ces reptiles aquatiques fuyaient de toute part faisant même tomber mon équipe bourjanes. Ce n'est pas la légende comme le lecteur pourrait supposer ; il y a plusieurs témoins qui ont vu la chose et cette équipée ne fût pas la moins drôle de cette excursion. Après un parcours de cent mètres environ, sous une voûte au plafond lisse, on arrive à une ouverture à ciel ouvert d'une trentaine de mètres de diamètre. on voit de très beaux stalactites à la falaise du côté est. La rivière se répand dans tout le cirque alimentant son cours, les trou où se réfugient les caïmans, puis s'enfonce dans la falaise ouest pour déboucher à nouveau sous cette falaise et se répandre dans la plaine. Après avoir pris quelques photos nous ressortîmes pour aller visiter le débouché de la rivière à la sortie de montagne.

Ici la falaise est à pic, tranchante, garnie d'arbustes rabougris. A sa sortie la rivière forme un gouffre immense et l'eau sort de la montagne comme une source. La quantité de caïmans à cet endroit est inimaginable et un bon tireur n'a que l'embarras du choix pour tirer sa victime. Avec un peu de patience, il peut tirer à bout portant celle qu'il aura choisie. La rivière déborde du gouffre et on suit son cours jusqu'à la mer à ciel ouvert avec un très léger courant. Tous ces parages sont très giboyeux et les disciples de Saint-Hubert ont le choix entre le sanglier, le canard à bosse, le col vert, la sarcelle, toutes les variétés de gibier d'eau de nos régions, le ramier, le pigeon vert, bleu, etc, etc.. La sortie de la rivière Mananjeba, fût le point terminus de cette première excursion.

Un an après, un employé de la Société des Mines d'Or de l'Andavakoera, Monsieur Herpe, Chef du poste d'Andranofotsy, vint nous signaler qu'il avait découvert une grotte à l'extrémité Sud-Ouest de l'Ankara. On décida son exploration. Pour y arriver, on suivit un sentier de chèvres à travers la montagne.

L'entrée est large et haute et pour y entrer on franchit un arroyo. J'en crois l'accès praticable en toute saison, cette grotte n'étant pas un ancien lit de rivière. Ici, la caverne est divisée en deux parties. La première partie forme un grand vestibule, d'aspect très joli et très clair et, au fond, se trouve une entrée assez vaste, communiquant avec une deuxième grotte mais complètement obscure. Les deux grottes servaient de refuge à des milliers et des milliers de fannies (roussettes). Le sol est recouvert d'une couche épaisse de guano provenant des déchets de ces mammifères ailés, ce qui donne l'impression, en arpentant la grotte, de marcher sur un parquet caoutchouté. Notre entrée dans la deuxième partie de la grotte mit la révolution parmi ces volatiles nocturnes. Deux feux de Bengale, allumés aussitôt, mirent le comble à leur affolement. Se détachant de la voûte, elles volèrent dans tous les sens, se jetant sur nous, éteignant les bougies, nous empêchant d'allumer d'autres feux de Bengale à cause du vent produit par leurs ailes, nous forçant à quitter la place. La voûte de cette grotte est assez élevée dans le fond; les stalactites tombant sur les stalagmites ont formé un amoncellement touchant la voûte et en grimpant sur ces éboulements on pourrait l'atteindre, ces éboulements formant un plan incliné.

Avant de quitter la place, un de nous resta dans la grotte, continuant comme il pouvait à allumer des feux de Bengale; les porteurs se postèrent à la sortie avec des bâtons et bien qu'il fut midi environ, les fannies se précipitaient vers l'issue. Ce fut une hécatombe extraordinaire. Cinq cent quatre-vingt-huit fannies restèrent sur le carreau. Ce jour-là, les porteurs de filanjanas ne demandèrent pas l'omby maty [Omby maty : viande de bœuf.] , mais ils mangèrent les cinq cent quatre-vingt-huit fannies!

Vers le 90ème kilomètre de la route des placers et à gauche en allant vers le village qui porte ce nom, la rivière d'Ambondrofé sort de dessous la grande masse calcaire qui s'étend aux contreforts de l'Andrafiamona, signal géodésique de premier ordre. Je pris la résolution d'explorer cette rivière souterraine.

J'eus la bonne fortune de trouver une équipe d'Antaimoros qui se rendaient à Diégo et qui restèrent vingt-quatre heures avec moi. Cette région était désignée sous le nom de zone désertique. Un poste militaire était établi au village et comprenait vingt-cinq tirailleurs sous le commandement d'un Sergent.

L'accès de la grotte était un peu difficile, la rivière à sa sortie formant un gouffre et les parois de l'entrée étant à pic. Il fallut un radeau que je fis construire avec un baobab pouvant supporter trois hommes; on fit quatre voyages pour passer de l'autre côté du gouffre, ayant pris la précaution de se munir d'un puissant phare acétylène avec son générateur, un paquet de bougies et des allumettes, précaution qui nous fut utile. Dès que nous fûmes de l'autre côté, j'allumai le phare. Le cours de la rivière était Est-Ouest. L'entrée de la grotte était d'environ sept mètres de largeur et cinq de hauteur, avec très peu de stalactites, d'ailleurs grisâtres. Après avoir parcouru une soixantaine de mètres, tantôt à pied sec, tantôt dans l'eau, je fus arrêté par un gouffre au milieu duquel émergeait un rocher. Je me fis transporter le radeau, traversai l'espace qui me séparait du rocher et m'y installai. Avec l'aide du phare, je m'aperçus que la rivière faisait un coude presque à angle droit, son cours passant direction Nord-Sud. Avant de m'engager plus loin, je fis monter deux hommes sur le radeau et les envoyai en exploration, dirigeant dans leur direction le faisceau lumineux du phare. Après avoir parcouru une trentaine de mètres, ils me crièrent que la rivière tournait encore brusquement pour reprendre son cours Est-Ouest. Tenant à m'en rendre compte moi-même, je les rappelai pour venir me prendre. Malheureusement, en embarquant sur le radeau qui était trop petit pour nous porter à trois, le radeau chavira et nous voilà tous en train de patauger dans le gouffre. Nous en sortîmes presque aussi vite que nous y avions été précipités. La crainte d'être happés par un caïman nous avait fait nager en vitesse. Après ce bain forcé, deux hommes repêchèrent le radeau pour nous permettre de sortir de la grotte, abandonnant au fond du gouffre le phare et le générateur. C'est alors que les bougies nous furent d'un grand secours pour la sortie. Le gibier, surtout la pintade, les pigeons, la caille, sont en abondance dans ces endroits, peu de gibier d'eau.

La rivière Mananjeba avant son entrée dans les Gorges de l'Ankarana

A droite du village d'Ambondrofé, en allant sur Ambilobe et à environ cinq cents mètres, il y a une petite grotte assez jolie. L'intérieur est garni de quelques niches naturelles qui rappellent les petites niches de certains villages français, et que l'on rencontre parfois aux carrefours. L'accès en est très facile. Du kilomètre 86 au 110 on voit tout le long de la route, à droite et à gauche, des excavations en forme d'entonnoirs. J'en avais remarqué de plus importantes lorsque je sillonnais ces parages en filanjana. L'eau de pluie s'y engouffre pour aller se perdre on ne sait où. La route traverse trois fois la Betsabona, qui, deuxièmement, prend le nom de Andranoako, et, troisièmement celui d'Ambodimaro. Puis l'Ankiriky. Presque tous les cours d'eau se déversent en plaine après avoir passé sous les falaises de calcaire. Le nombre de grottes dans ces formations calcaires et à la muraille de l'Ankara doit être considérable. Il n'est pas douteux qu'on en découvrira tôt ou tard de plus importantes que celles connues à ce jour.

Et, enfin, voici Joffreville, situé à sept cents mètres d'altitude et à trente-deux kilomètres de Diégo-Suarez. Comme son nom l'indique, il lui a été donné pour perpétuer le souvenir du Maréchal Joffre. A l'époque où il marqua son passage à Diégo-Suarez d'une si forte empreinte, celui qui n'était pas encore le vainqueur de la Marne, et qui avait fait l'admiration et eut la sympathie de tous, était appelé par nous comme par ses poilus plus tard: «Papa Joffre».

Joffreville est une des plus belles stations, un des plus admirables points de vue de Madagascar par son altitude et son climat délicieux, et peut rivaliser sous le rapport de station climatique avec n'importe quel point de la région des Hauts Plateaux. Malheureusement, ce site unique de la Grande Ile se trouve dans une province que l'on appelle excentrique dans les milieux administratifs. Il paraît qu'en haut lieu (sans l'affirmer) on dénomme excentriques certaines provinces de la Côte, mais plus particulièrement Diégo-Suarez.

De Joffreville, on aperçoit le canal du Mozambique, l'Océan Indien; on domine toute la baie si remarquable de Diégo-Suarez et ses environs: Windsor et Douvers Castle, La Montagne des Français, Le Pain de Sucre, Les Aigrettes, tous ces points se détachant en relief d'un effet magique. Une route va bientôt conduire le touriste aux deux sauts de la rivière des Makis, dont un forme une belle cascade de soixante-dix mètres de chute. L'ancienne route qui est en réfection permettra sous peu aux automobiles d'aller jusqu'au petit et au grand Lac qui sont d'anciens cratères situés en pleine forêt.

Aux environs de Diégo, on peut visiter des usines très importantes: l'Usine à conserves d'Antongombato, celle de la S.C.A.M.A., l'usine Jeanson, pour fécules et tapioca, et les importantes Salines de Diégo-Suarez au fond du cul-de-sac Gallois.


L'Arsenal de Diego Suarez : de la Direction de l'Artillerie à la SECREN

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Jeudi, 05 Avril 2012

le Vaucluse, aviso de transport de 1 600 tonneaux est le
premier navire à entrer dans la forme de radoub le 17 mars 1916

Pendant longtemps, la rade de Diego Suarez resta relativement en dehors des routes maritimes en raison de la barrière que constituait le Cap d'Ambre « fascheux à passer », comme on l'avait écrit dès le XVIème siècle. Cependant, dès la seconde partie du XIXème siècle, la France commence à se préoccuper de la nécessité de se doter de bases navales susceptibles d'assurer sa présence dans les mers lointaines. Ceci pour des raisons coloniales et pour des raisons stratégiques.

Les progrès techniques font de ce souci une nécessité: en effet, avec l'invention de la propulsion à vapeur, les navires deviennent tributaires du ravitaillement en charbon, leurs soutes ne pouvant contenir les énormes quantités de combustible nécessaires. Sous le Second Empire sont alors créés, à Sainte-Marie, à Nosy Be et à Mayotte de petits dépôts de charbon.
A cette nécessité s'ajoute, vers la fin du XIXème siècle la rivalité avec l'Angleterre dans la perspective de la conquête coloniale. En 1885, Jules Ferry s'écrie, devant la Chambre des Députés: « dites-moi si ces étapes de l'Indochine, de Madagascar, de la Tunisie, ne sont pas des étapes nécessaires pour la sécurité de notre navigation? »
Aussi, dès que le Territoire de Diego Suarez est cédé à la France, en 1885, l'idée d'y créer un arsenal s'impose immédiatement. Le médecin du navire La Dordogne, sur laquelle se trouvent les premières troupes d'occupation écrit, en 1886 : « Des magasins, des ateliers de réparation, un petit arsenal en un mot, doivent y être établis, assurant le ravitaillement et l'entretien de nos navires de la mer des Indes ».
Il faudra cependant attendre presque 20 ans pour que Diego Suarez, promue au rang de « Point d'Appui de la Flotte de l'Océan Indien » devienne une véritable base navale

Diego Suarez, Point d'Appui de la Flotte

Dans le dernier quart du XIXème siècle la question de doter les colonies d'une organisation défensive revenait régulièrement. Le Conseil d'Amirauté français propose dix bases d'opérations. Parmi celles-ci, Diego Suarez est considéré comme une excellente base d'opérations en cas de fermeture du Canal de Suez, d'autant plus qu'elle dispose d'une magnifique rade, qu'il faudrait cependant mettre en position de défense.
Cependant, les crédits ne seront votés qu'en 1901.
Le décret du 3 juin 1902 relatif aux points d'appui de la flotte, ne mentionne plus que cinq places (qui seront ensuite réduites à quatre) dont Diego Suarez « qui deviendrait la base d'opérations, en temps de guerre, de la seconde division de l'escadre de guerre » 20,5 millions (sur 75) furent affectés à Diego Suarez pour la mise en état du Point d'Appui de Diego Suarez qui fut confiée au Colonel (puis Général) Joffre.

Le bassin de radoub

Pièce essentielle de l'arsenal de Diego Suarez, il est créé en exécution de la loi du 2 mars 1901 décidant la création de Points d'Appui de la Flotte dans les colonies.

Remplissage du bassin de radoub

Le choix de l'emplacement

Plusieurs emplacements furent successivement examinés:

- Cap Diego : d'abord considéré comme l'emplacement le plus convenable, cette option fut abandonnée en raison des alizés qui, pendant une grande partie de l'année, rendraient périlleuse l'accès à la forme. De plus, l'arsenal serait alors isolé de la vie économique d'Antsirane, et notamment du trafic des navires de commerce ainsi que des possibilités d'approvisionnement à partir de l'intérieur.

Cette solution fut donc écartée.

- Orangea : Ce choix, qui avait les mêmes inconvénients d'éloignement d'Antsirane, avait également celui d'offrir un mouillage moins sûr : très exposé au vent en période de mousson, le site offrait des fonds vaseux et d'une profondeur insuffisante ce qui aurait occasionné des travaux très onéreux.

- le cirque d'Antsirane : Le choix se porta alors définitivement sur l'emplacement actuel du port de commerce: protégé par le plateau, offrant un mouillage sûr et un accès facile à la ville, il semblait présenter toutes les qualités. Le bassin aurait été construit sur l'axe de la rue de la République (rue principale de la ville basse, perpendiculaire au port, à l'emplacement approximatif de PFOI).

Cependant, une fois encore, des difficultés surgirent: de mauvaises conditions d'exposition aux vents et - surtout- l'expropriation obligatoire de presque tous les bâtiments de ce qui constituait alors la ville basse: docks, ateliers, bureaux, magasins.

-Baie des Amis : On se reporta alors sur un emplacement précédemment écarté parce que trop malsain : le fond de la baie.

On constata qu'une fois l'assainissement effectué, ce site avait de grands avantages: sûreté du mouillage, accès facile à la ville, possibilités d'installations sur le haut du plateau.

Il fut donc décidé que là serait installé l'Arsenal avec son bassin, ses ateliers, ses magasins et ses bureaux.

La construction

Le caisson métallique utilisé pour la construction du bassin de radoub

Elle fut d'abord envisagée à une assez grande distance du rivage Est de la baie mais il fallut y renoncer en raison de la qualité des sols qui aurait obligé à établir des fondations d'une très grande épaisseur.

Le Ministère ayant refusé d'approuver le projet, le tracé définitif adopta une direction de 30°NO; par ailleurs, on rapprocha la forme de la côte de façon à rencontrer un sol résistant à 15m de profondeur: parallèle à la rive Est de la baie des Amis, elle en est distante de 50m. Si cette option entraina des travaux de renforcement du plateau, ceux-ci s'avérèrent assez peu onéreux;

La construction de l'ouvrage fut confiée le 25 mars 1905, après concours, à l'Entreprise parisienne Fougerolle frères.

Les entrepreneurs opérèrent une fouille rectangulaire de 45 m de largeur et de 209,60 m de longueur, dont le fond serait arasé à la cote moins 15m. L'angle N.O de cette fouille fut consolidé par des blocages, des piliers et des voutes de soutènement destinés à supporter la pression de l'eau de mer lors des plus hautes marées.

A proximité de la fouille, on construisit un caisson métallique rectangulaire de 209 m sur 41 m, muni de patins métalliques, qui fut amené par flottage à son emplacement définitif. Puis, les maçonneries furent édifiées à l'intérieur du caisson. Au fur et à mesure de l'enfoncement, tout le tour du bassin fut surélevé pour éviter à l'eau de l'envahir jusqu'au moment où le bassin ait atteint la profondeur de quinze mètres.

Dans cette enceinte étanche, on acheva le mur du fond et l'écluse d'entrée au nord pour achever la construction. Puis, par des cheminées on insuffla à l'air comprimé du ciment à prise rapide dans les vides laissés par les patins entre le dessous du caisson et le fond de la fouille.

Dans l'ensemble, les résultats furent satisfaisants malgré quelques infiltrations que l'on fit disparaître par des injections de ciment sous pression.

Les résultats

Le bassin devait avoir une longueur réelle de 200 m. Cependant, l'étude du projet fut revue pour le porter à 250 m. L'entrée est formée par un bateau-porte qui est un écran étanche amovible. Il est amené dans l'écluse et échoué avant l'assèchement de la forme; il est relevé après le remplissage de la forme, par l'enlèvement du lest en eau qui a servi à le couler.

L'ouvrage est entouré de 2 terre-pleins de 250 m de longueur. Les bureaux furent installés dans l'ancienne Direction de l'Artillerie.

Les essais eurent lieu le 17 mars 1916 par la rentrée dans la forme de radoub du « Vaucluse », aviso de transport de 1 600 tonneaux.

Carrière de pierres pour le bassin de radoub (Montagne des Français - 1907)

 


L'évolution de l'arsenal

La SCAB

Du fait des retards apportés à sa construction (notamment un allongement de la longueur du bassin), l'arsenal ne fut pas utilisé pendant la première guerre. D'ailleurs, l'importance de Diego Suarez en tant que point d'appui avait été revue à la baisse. D'après un rapport confidentiel de 1904, l'arsenal « est, en effet, trop éloigné du grand fleuve commercial (qui, sortant de la mer rouge, coule vers les Indes et l'Extrême-Orient) pour que nos bâtiments de guerre puissent y trouver un point de relâche ordinaire, et un lieu de ravitaillement constant... ».

Par mesure d'économie la Marine française céda son exploitation à la colonie. La SCAB (Société des Chantiers et Ateliers du Bassin) fut chargée de gérer l'arsenal en 1917.Mais malgré les possibilités du bassin d'accueillir des carénages de navires importants, Diego Suarez n'offrait que des moyens restreints de ravitaillement.

L'arsenal ne bénéficia pas, dès lors, du programme de grands travaux de modernisation qui fut décidé à Paris.

1942

Lors de l'attaque des forces anglaises sur Diego Suarez, en mai 1942, les portes du bassin de radoub sont détruites: accident, sabordage de la part des français?

Quoi qu'il en soit, maîtres de Diego Suarez, les anglais assureront la gestion de l'arsenal jusqu'en 1945, époque à laquelle ils remettront la base à la France.

Entre 1943 et 1945, 35 BATRAL (Bâtiments de transport légers mesurant 53,46m)seront construits; ils étaient destinés au ravitaillement et au soutien des troupes débarquées en zones dénuées d'infrastructures portuaires.

La DCAN

La Direction des Constructions et Armes Navales (DCAN) va remplacer la SCAB sous la direction de l'Ingénieur en chef du Génie Maritime, Gilles. Le développement de la base est alors conçu pour lui permettre de soutenir l'escadre d'Extrême-Orient, engagée en Indochine.

Dès 1945, les effectifs sont renforcés. 9 ateliers sont construits. La plupart des constructions seront achevées en 1951. Mais l'arsenal devient insuffisant pour l'assistance aux bâtiments modernes sophistiqués, bourrés d'électronique.

L'arsenal, dont les effectifs ont chuté ( de 1650 à 600 entre 1946 et 1951) doit envisager une reconversion vers le secteur civil. Cette diversification des activités va permettre une relance qui se traduit par l'accroissement des effectifs vers 1970. Les chantiers bénéficient en particulier de la fermeture du Canal de Suez qui va amener à Diego Suarez les gros pétroliers passant par le Cap de Bonne Espérance.

Lors des évènements de 1972, les accords de coopération entre la France et Madagascar sont dénoncés. Les activités de la DCAN doivent cesser au 4 juin 1975. Le 1er septembre 1973 la base passe sous commandement malgache. Le 31 janvier 1975 le remplacement de la DCAN par la SECREN (Société d'Etudes et de Constructions et Réparations Navales) est effectif. A cette date, la DCAN laisse la place à la SECREN où 70 coopérants français assureront la transition.

■ S.Reutt - Ass.Ambre


Mahatsinjoarivo : la sentinelle oubliée

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Vendredi, 27 Janvier 2012

Du fortin de Mahatsinjarivo, perché sur le plateau au dessus de l'aéroport d'Arrachart, il ne reste quasiment plus rien qu'un bosquet d'arbres visible de toute la région, se détachant sur la ligne du plateau, et quelques pans de mur qui disparaissent peu à peu. Cette petite bâtisse oubliée a pourtant constitué le « point d'appui principal de la colonie » à la fin du XIXe siecle, qui défendait le jeune établissement de Diego Suarez contre les menaces venues du sud.

Dès le mois de juillet 1885, le Commandant Particulier Caillet établit une solide redoute au sommet du plateau de Mahatsinjoarivo à une altitude de 215 mètres sur le versant nord de la Montagne d'Ambre, à 15 kilomètres environ au sud de la baie et à 6 kilomètres au nord-ouest du Fort d'Ambohimarina.

Ce poste qui se trouvait à mi-chemin du Canal du Mozambique et de l'entrée de la Baie, devait par la suite jouer un rôle important pour la politique de pénétration entreprise par les autorités de Diego Suarez. Mais il fallut attendre l'inspection générale effectuée en 1887 par le Général Borgnis-Desbordes pour qu'un plan définitif du dispositif de défense de Diego Suarez soit décidé par le département.

Le poste de Mahatsinjoarivo, considéré comme une position stratégique de premier ordre fut choisi comme « point d'appui principal de la colonie ». Ce choix était surtout motivé par sa situation sur une hauteur qui domine les plaines du sud de la Baie et par le rôle stratégique qu'il pouvait être appelé à jouer dans une guerre contre les Merina.
Par un décret en date du 8 février 1888, il a été décidé que le poste de Mahatsinjoarivo devait être organisé pour entretenir une garnison de trois cent soldats composée de deux compagnies de "disciplinaires" (cent hommes par compagnie) et d'une compagnie de tirailleurs indigènes (cent hommes). Trente sept hommes de cadre européen dont quatre officiers et huit sous officiers furent chargés de l'encadrement de cette garnison. On y affecta aussi cinq gendarmes à cheval chargés de faire la liaison avec le quartier général d'Antsiranana et les autres postes de la ligne de défense sud.
Cependant, le Général Borgnis- Desbordes avait trouvé le fort de Mahatsinjoarivo peu opérationnel : placé trop près de la Montagne d'Ambre, il ne permettait pas de surveiller suffisamment la vaste plaine de la Betahitra où le passage d'une colonne ennemie venue du Fort Merina d'Ambohimarina serait passée inaperçue. C'est pourquoi, dès octobre 1887, un nouveau fort fut créé au Point 6.
Mais, en dépit de la volonté affirmée par les administrateurs, les travaux et l'armement de la garnison furent ralentis par le manque de moyens mis à disposition par l'administration. En juin 1892, le botaniste Kergovatz écrivait : « Le fort de Mahatsinzo(sic) n'est encore qu'une longue caserne défensive en pierre, entourée d'une forte palissade. Les courtines et les bastions sont tracés, mais on n'a pu encore commencer les terrassements. On attend que le camp des tirailleurs de Diégo-Suarez, qui, pour le moment, est établi autour de la caserne, ait été transporté aux environs immédiats d'Antsirane. Le capitaine Lamiable, commandant des tirailleurs, voulut bien me faire visiter le camp et m'expliquer par quelles vicissitudes a passé ce malheureux corps indigène. Formé pendant la guerre de Madagascar sous le nom de tirailleurs sakalaves, il rendit les plus grands services et se distingua sous le commandant Pennequin au combat d'Andampy, le 27 août 1885, où soixante tirailleurs, non seulement protégèrent la retraite d'un peloton d'infanterie de marine tombé dans une embuscade, mais encore, immobiles à leur poste, autour du commandant blessé, attendirent sans broncher la charge furieuse de quinze cents Hovas, ne firent feu qu'au commandement et finalement mirent l'ennemi en complète déroute. C'est grâce à l'énergie, au dévouement, à l'ingéniosité des capitaines qui se sont succédés à la tête de la compagnie, grâce aussi au concours tout patriotique du service local, qui employa ses premières ressources à donner un uniforme aux tirailleurs, que l'on a pu attendre le décret récent organisant deux compagnies de tirailleurs de Diégo-Suarez, en attendant le bataillon complet. Ils ont fort bon air, ces tirailleurs, sous leur uniforme provisoire; chéchia, blouse bleue à parements et pattes rouges et pantalons blancs. Les compagnies comptent déjà 200 hommes qui manoeuvrent comme de vieux troupiers. »

Dans la nuit du 23 au 24 décembre 1894, pendant la montée des tensions qui aboutirent au conflit franco-merina de 1895/96, plusieurs soldats Merina encerclèrent le poste de Mahatsinjoarivo, ils essayèrent d'organiser une attaque, mais ils furent rapidement repoussés.

En 1900, quand Diego Suarez fut déclarée « Point d'appui de la Flotte », la ligne de défense du Front de Terre fut déplacé un peu plus au sud de la ligne établie en 1887 par le Général Desbordes ; le poste de Mahatsinjoarivo fut déplacé à Sakaramy à 6 km plus au sud, formant ainsi une ligne qui va d'Orangea-sud à l'est en passant par Ambohimarina, Sakaramy, Montagne d'Ambre et la Baie du Courrier à l'ouest.


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