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1890

Album de l'Armée Française - 1890

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Légion étrangère.

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Le Monde illustré

04/01/1890

Légion étrangère. — A l'époque de la Révolution de 1789, sur les cent-six régiments dont se composait l'infanterie française il y avait vingt-trois régiments étrangers : Suisses, Allemands, Irlandais. Mais ils n'avaient d'étranger que le nom. Recrutés exclusivement de sujets français ils étaient soumis à la même organisation et à la même discipline que les troupes nationales. La seule différence était que les commandements ne s'y faisaient pas en français.

La Convention nationale dans son manifeste du 20 avril 1792 fit la déclaration suivante : « La nation française adopte d'avance tous les étrangers qui, abjurant la cause de ses ennemis viendront se ranger sous ses drapeaux et consacrer leurs efforts à la défense de la liberté. Elle favorisera même, par tous les moyens en son pouvoir, leur établissement en France. »

Les légions étrangères de la première République furent nombreuses. Citons les légions Batave, Germanique (où Augereau fut officier); Italique, Polonaise,Maltaise, etc.

Bonaparte créa la Légion Grecque, la Légion Cophte et le Corps des Mamelucks qui formèrent de 1802 à 1814 les escadrons des Guides de la Garde.

Dans les armées impériales il y eut plusieurs corps destinés à recevoir les étrangers : le bataillon des déserteurs étrangers, des déserteurs allemands; les vétérans romains; les régiments suisses; la légion Hanovrienne; la légion du Nord, de la Vistule; Portugaise; le régiment Albanais, le bataillon des chasseurs à pied Grecs; les régiments Croates et Illyriens; la légion Irlandaise, etc.

Pendant la campagne de Russie un des corps de la Grande Armée était formé des contingents étrangers : Portugais, Espagnols, Hollandais,Saxons, Bavarois, etc., obligés par les traités à combattre à nos côtés. Ces troupes alliées firent d'ailleurs défection aux jours sombres des années 1813 et 1814.

La première restauration avait eu un régiment colonel-général étranger, qui devint en 1815 la légion royale étrangère, et prit ensuite le nom de légion de Hohenloë, dissoute en 1821.

Il ne resta comme étrangers en France que les régiments suisses de la légion et de la garde royales licenciés après le départ de Charles X et l'avènement de Louis-Philippe.

La véritable organisation de la légion étrangère telle qu'elle existe actuellement, remonte seulement à 1830. Le nombre des réfugiés polonais en France fut alors si nombreux que plusieurs bataillons de légion étrangère furent organisés avec les déserteurs étrangers.

En dehors de quelques engagements volontaires contractés par de rares Français, les soldats de la légion se recrutent parmi les étrangers qui ont quitté volontairement ou de force leur pays, où ils ne peuvent plus rentrer. Une compagnie de la légion est une tour de Babel où l'on entend parler toutes les langues. Les pays, les rangs y sont confondus. Les professions les plus diverses sont représentées.

A l'assaut de Bac-Ninh un ancien prélat étranger que ses camarades appelaient l'évêque, simple soldat à la légion étrangère, donnait sur le champ de bataille l'absolution à ses camarades tombés. Des hommes ayant occupé des professions libérales sont mêlés à des artisans. Les uns et les autres deviennent égaux sous l'uniforme. Ballottés par les vents contraires ces naufragés de la vie sont venus chercher dans nos rangs le repos et l'oubli et retrouvent à l'ombre du drapeau français la paix, la règle, le calme, l'esprit de discipline et jusqu'au sentiment de l'honneur, souvent endormi chez ces rudes natures.

Les officiers se divisent en deux catégories : ceux qui servent à titre français ; ceux qui servent à titre étranger. Les premiers, sortis de Saint-Cyr ou de Saint-Maixent, officiers à titre régulier, ont la propriété de leur grade. Ils ont été envoyés à la légion comme dans tout autre corps de l'armée ou ont demandé à y venir par nomination ou promotion, selon les règles officielles de l'avancement dans l'armée française. A cette catégorie appartiennent tous les officiers supérieurs et les capitaines.
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Les officiers qui servent au titre étranger sont recrutés parmi les officiers français démissionnaires, ou ayant servi comme officiers pendant une guerre dans des corps auxiliaires.

Aujourd'hui ce recrutement se fait surtout avec les officiers de réserve de tous les corps, qui venus de la Tunisie ou du Tonkin après avoir fait campagne sont admis à la légion à titre étranger. Ainsi après la guerre de 1870 plusieurs officiers de la garde nationale mobile étaient entrés dans la Légion comme officiers à titre étranger 1. Enfin les officiers sortis des écoles militaires de leur pays et qui présentent, outre les garanties morales une instruction militaire suffisante sont admis à servir au titre étranger. C'est le petit nombre. Ils sont inscrits sur les contrôles avec cette mention « venant des officiers des armées étrangères ». Ils reçoivent du ministre de la guerre une commission provisoire et révocable et ne jouissent pas de la loi sur l'état des officiers. La légion étrangère - ouverte aux réfugiés de tous les pays est d'autant plus chère à nos coeurs que là seulement peuvent venir s'enrôler sous le drapeau de la France des frères exilés que nous aimons du plus profond de notre cœur, les jeunes Alsaciens-Lorrains qui chaque année réussissant à se soustraire au joug détesté de la conscription allemande s'engagent à la légion. Dans les deux régiments les sous-officiers, adjudants, sergents-majors, fourriers et sergents sont presque tous Alsaciens-Lorrains.

Le collet rouge et les étoiles (aujourd'hui la grenade) de la légion étrangère ont paru avec honneur sur tous les champs de bataille depuis cinquante ans : Crimée, Italie, Mexique, France, Algérie, Tonkin. En Algérie elle est intimement liée à l'histoire de la conquête.

Elle a pris part à de nombreuses campagnes et réprimé plus d'une insurrection.

C'est au siège de Constantine (1837) que la légion étrangère, qui venait d'être organisée à deux bataillons reçut vraiment le baptême du feu. Cent légionnaires sous le commandement du capitaine de Saint-Arnaud firent partie de la deuxième colonne d'assaut. Ils laissèrent à la brèche le cinquième de leur effectif. La réputation de la légion était établie. Un troisième bataillon, puis un quatrième, puis un cinquième furent créés de 1837 à 1840. Enfin en 1841, il y eut deux régiments étrangers à trois bataillons, qui concoururent glorieusement à la pacification de l'Algérie.


En 1854, les deux régiments étrangers formant brigade furent envoyés dans le Dobrutscha où le choléra fit dans leurs rangs des ravages meurtriers. Le colonel Carbuccia, commandant la brigade fut enlevé un des premiers. En présence de la désorganisation apportée dans les rangs de la légion par la maladie un bataillon d'élite formé des compagnies de voltigeurs et de grenadiers des quatre bataillons fut seul envoyé d'abord en Crimée. Il prit une part glorieuse à la bataille de l'Alma et mérita une lettre spéciale de félicitations adressée à son chef de bataillon par le général de brigade. Les deux régiments rejoignirent seulement pendant les opérations du siège.

En Italie les deux régiments étrangers faisaient brigade avec le 2e zouaves. A la bataille de Magenta, un des lieutenants-colonels, M. de Chabrières, fut tué l'épée haute. Lors de l'entrée à Milan de l'armée française la légion étrangère si brave sur le champ de bataille se fit remarquer par sa belle prestance et son excellente tenue.

Au Mexique où la légion passa cinq années, une de ses compagnies accomplit à Càmaron un des plus glorieux faits d'armes des temps modernes. Le 17 avril 1863, à sept heures du matin, soixante-deux hommes de la légion étrangère et trois officiers, MM. le capitaine Danjou et les sous-lieutenants Vilain et Maudet- furent assaillis en route, au moment où ils faisaient le café, par trois escadrons mexicains. Nos soldats formèrent le carré, repoussèrent les assaillants et se retranchèrent dans la ferme de Camaron. Les cavaliers ennemis mirent pied à terre et commencèrent la fusillade. Ils furent bientôt renforcés par trois bataillons mexicains forts chacun de quatre cents hommes. Le combat s'engagea bientôt avec une extrême violence. Le capitaine Danjou qui avait fait promettre à ses hommes de tenir jusqu'à la dernière extrémité fut tué vers onze heures du matin.


Le sous-lieutenant Vilain prit le commandement. Il fut tué à deux heures. Le sous-lieutenant Maudet le remplaça. La chaleur était accablante. Les légionnaires n'avaient rien mangé depuis la veille. Personne n'avait bu depuis le matin. Pourtant trois sommations de se rendre furent accueillies à coups de fusil par nos soldats qui, épuisés de fatigue, de faim et de soif, garnissaient les brèches et les créneaux. Enfin, vers six heures du soir les Mexicains donnèrent l'assaut. Il y avait onze heures que le petit détachement de la légion étrangère soutenait un héroïque combat. Deux officiers étaient tués; le troisième mortellement blessé. Vingt sous-officiers et soldats avaient été tués ; trente-deux avaient été blessés, sur lesquels sept moururent le lendemain. « Le général mexicain, dit le lieutenant- colonel Niox, ramena à Jalapa ses troupes fort impressionnées des pertes sanglantes que leur avaient coûtées cette victoire1. »

Aussi est-ce à bon droit que, sur le drapeau de la légion étrangère, après les noms de Sébastopol 1855, Kabylie 1857, Magenta 1859, est inscrit le nom glorieux de Camaron.-Un survivant de ce superbe combat, nommé Brunswick, existait encore à la légion en 1883.

La légion étrangère si souvent à l'honneur est toujours à la peine. La loi qui l'organisa dispose en effet « qu'elle ne peut être réunie en armes que hors du territoire. » Toutefois exception à cette règle a été faite en 1870, en province. A la bataille d'Orléans livrée par l'armée de la Loire le 11 octobre, le régiment étranger défendit les Aydes et le faubourg Bannier. Une plaque de marbre a consacré le souvenir de ce combat. La légion combattit encore à Coulmiers, à Cercottes, à Chevilly.

Attachée ensuite à l'armée de l'Est, elle fit partie de la garnison de Besançon et réussit ainsi à éviter l'entrée en Suisse. Elle prit aussi part à la répression de la Commune à Paris et fut attachée à la division du général Montaudon. Elle attaqua le pont de Neuilly et prit les Buttes-Chaumont où s'étaient concentrées les dernières bandes de la criminelle insurrection.

Enfin au Tonkin la légion étrangère a montré qu'elle était toujours à la hauteur de sa réputation. Elle a même conquis en Extrême-Orient, où elle n'avait pourtant qu'un seul bataillon, de nouveaux titres à notre estime et à notre admiration.

A l'assaut de Son-Tay, sur les cinq capitaines de la Légion l'adjudant-major M. Mehl fut tué, MM. Bergounioux et Conte furent blessés ; le bataillon fort de six cents hommes perdit le sixième de son effectif. La 3e compagnie (Bergounioux) avait donné en tête pour l'assaut. Son sous-lieutenant M. Macquard entra le premier dans la ville après avoir vu tomber à ses côtés l'adjudant-major M. Mehl et tous les hommes de sa section, à l'exception d'un seul. Ce ne fut qu'au bout de cinq minutes que le flot des soldats de la légion se précipita sur les traces des lieutenants Macquard et Poymiro, qui les premiers avaient trouvé un bon passage.


A Bac-Ninh la légion fut tête de colonne pour l'assaut.

C'est encore au sous-lieutenant Macquard, envoyé en reconnaissance par le général de Négrier, que revient l'honneur d'avoir pénétré le premier dans la citadelle et hissé, sous le feu de l'ennemi, à la place du drapeau chinois, le drapeau tricolore sur le mirador élancé de la citadelle.

A Chu, à Tuyen-Quan, à Thaï-Ko-Ha, à Lang-Son, la légion combattit bravement. Au siège de Tuyen-Quan en particulier les deux compagnies de Borelli et Mouliney (celui-ci tué pendant le siège) furent héroïques. Ces deux compagnies, à l'effectif de huit officiers et de trois cent quatre-vingt-dix hommes, composaient plus de la moitié de la garnison et soutinrent pendant trente jours, dans un fortin mal protégé, les assauts d'un corps de vingt mille Chinois armés de fusils à tir rapide et d'artillerie de siège.

Pendant la retraite de Lang-Son qui faillit se changer en - un désastre, la légion forma l'arrière-garde et soutint la retraite qui se fit régulièrement grâce au sang-froid de cette troupe éprouvée.


Dans la marche pour débloquer Tuyeh-Quan la 3e compagnie du 1er bataillon, capitaine Chaitlin, lieutenant Poymirg et sous-lieutenant Macquard, enleva un fortin casematé et flanqué d'un blockhaus enterré. Cette attaque décida du sort de la journée.

A Min-Bop et à Chu la légion fut admirable. A ce dernier combat la 4e compagnie du 2e bataillon engagée sur les crêtes enleva deux forts ennemis. Le capitaine Gravereau fut tué ; le lieutenant Lacroix et le sous-lieutenant Ruspoli furent blessés, ce dernier mortellement.

Après la paix signée avec la Chine la légion fut employée à un rôle moins glorieux mais très pénible : aux opérations contre les pirates ; à la formation de colonnes-mobiles circulant à travers le pays, incomplètement pacifié.

De nombreux officiers d'élite ont appartenu à la légion. Il convient de citer au premier rang la haute personnalité militaire de M. le général Saussier, gouverneur de Paris, le généralissime désigné des Armées françaises qui a fait toute sa carrière militaire, jusqu'au grade de colonel, à la légion étrangère où il a laissé les plus brillants souvenirs.

Nous ne pouvons mieux terminer cette rapide esquisse de la légion étrangère qu'en citant quelques-uns des beaux vers qu'un de ses capitaines, le vicomte de Borelli, lauréat de l'Académie française, un des héros de Tuyen-Quan, a consacrés à ses compagnons d'armes.


Il serait temps qu'en France on se prît de vergogne
A connaître aussi mal la vieille légion,
De qui, pour l'avoir vue à sa dure besogne, -
J'ai la très grande amour et la religion.


Or écoutez ceci : « Déserteurs ! Mercenaires !
Ramassis d'étrangers sans honneur et sans foi ! »
C'est de vous qu'il s'agit, de vous, légionnaires !
Ayez-en le cœur net et demandez pourquoi ?


Mercenaires? Sans doute : il faut manger pour vivre.
Déserteurs ? Est-ce à nous de faire ce procès ?
Étrangers ? Soit. Après. Selon quel nouveau livre
Le maréchal de Saxe était-il donc Français?

Et quand donc les Français voudront-ils bien comprendre
Que la guerre se fait dent pour dent, œil pour œil,
Et que ces étrangers qui sont morts, à tout prendre,
Chaque fois en mourant leur épargnaient un deuil ?


Les grands services qu'a rendus au Tonkin la légion ont déterminé la création, comme en 1840, d'un deuxième régiment étranger. Il avait été supprimé après la guerre de Crimée.

Cette troupe solide servira, avec les régiments d'infanterie de marine, de noyau à notre prochaine armée coloniale.


Le Bel-Abbèsien. 28/09/1890

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Le Bel-Abbèsien. 06/07/1890

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