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Légionnaire toujours...

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La maison du Légionnaire

Hommage à un grand serviteur.

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01-08-2012

Vivre de son art est une joie et un réel privilège.

 

D’excellents artistes sont morts dans la misère et certains médiocres ont eu un succès mondial, mondain et financier. Le jeune homme qui venait de terminer son service militaire ne se posait pas ce genre de question quant à prévoir son avenir d’artiste. Pour lui, vivre son art était une joie même si cela devait l’amener dans de sombres voies de garage ou la lumière de l’esprit  brille peu et où parfois, l’inspiration aboutit à des extravagances artistiques. 


La vie, tout jeune, lui avait appris que pour pouvoir vivre son art et de son art, il lui fallait abandonner un peu de sa liberté de création au profit de certaines contraintes, indispensable obligation pour survivre dans une société où il est peu ou pas admis de vivre en marge.


Sous quelle forme pouvait-il s’engager professionnellement en plaçant cet art au centre de sa vie et de sa profession, tout en étant conscient ne pas être un génie,  mais bien un homme à la recherche du beau travail au profit du bel ouvrage ?


Peu avant, en 1954, la Légion avait regroupé sa cohorte de grands blessés, victimes de la guerre d’Indochine, au château dit « du Général », vaste propriété de 220 hectares sise sur la commune de Puyloubier, au pied même de la montagne Sainte Victoire si chère à Cézanne qui l’a rendue célèbre. Elle avait trouvé l’endroit idéal pour que ses fidèles serviteurs, marqués dans leur chair et sans doute dans leur esprit, puissent vivre à l’abri d’autres aléas de la vie, entre eux, chez eux et non chez les autres.


Mais l’oisiveté étant la mère de tous les vices, l’idée de  trouver des occupations se faisait jour ; encore fallait-il trouver des moniteurs pour ouvrir des ateliers qui restaient à imaginer, à construire et à mettre en œuvre dans l’enceinte du domaine, permettant la réinsertion de ces hommes marqués par les guerres, parmi les autres hommes.


C’est ainsi que la Légion étrangère fit appel à ce tout jeune artiste au nom capital, Paris.


Pour Guy Paris, c’était l’occasion de vivre de son art, même si en contrepartie, cela signifiait pour lui la perte d’un peu de sa liberté créative en tant qu’artiste indépendant.


Monsieur Paris, comme tous l’appelaient, accepta le challenge et se mit à réaliser les conditions de ce qui allait devenir une des plus intéressantes activités du Domaine. C’est tout naturellement que sous sa patte, l’atelier de céramique, cet art issu de la conjonction de la terre et du feu, a vu le jour dans ce riche paysage de Provence si bien chanté par Mistral et si propice à la création. Petit à petit monsieur Paris réussit le tour de force de faire de  nos anciens, des santonniers et artisans céramistes, sous  l’œil expert du maître, patient et généreux, qui leur offrait son savoir faire, sa jeunesse et son enthousiasme de créateur.  


Notre jeune artiste devenu professeur semblait, pour un temps, dégagé des contingences matérielles. Un seul danger guettait : le possible glissement vers les fantasmes d’une reconnaissance artistique, devant se plier malgré tout au conformisme commercial – il faut bien manger pour vivre – et l’enfermement dans une bulle égocentrique, sans aucune possibilité d’en sortir.


Heureusement, pour l’Institution et pour les pensionnaires de l’atelier, monsieur Paris avait contracté le virus du beau travail au profit du bon travail.


C’est ainsi que cet homme, profondément humain et témoin de la vie en communauté des anciens légionnaires, parvint à devenir un véritable pilier de l’Institution qui l’employait. La satisfaction des différents Directeurs qui s’y sont succédé et qui l’appréciaient à sa juste valeur n’était pas feinte. Ce jeune homme d’alors, à la surprise de tous, réussit à gérer parfaitement et d’une main habile et généreuse  cet espace d’une importance capitale, qui offrait aux   pensionnaires la conviction  salutaire d’être utiles et d’exister encore pour quelqu’un, grâce à lui et à une activité artistique, quelquefois apprise un peu à leur corps défendant. Ce « civil » sut, par son travail,   sa discrétion, la qualité des relations humaines tissées, s’imposer et trouver parfaitement sa place au milieu des légionnaires. Il comprit l’esprit de cette Légion qui le considéra comme l’un des siens en lui attribuant la distinction de légionnaire d’honneur, ce titre tant envié.  


Aujourd’hui, retraité après 42 ans au service de la Légion à Puyloubier, monsieur Paris nous dit à travers ce livre, ce qui fut sa vie, consacrée à son art et aux anciens légionnaires dont il avait l’amitié, la responsabilité et aussi la confiance.
Artiste de cœur, il précise à qui peut ou veut l’entendre  qu’il aspire désormais à faire ce qu’il veut, quand il veut et à la vitesse qu’il veut… mais  en réalité c’est ce qu’il a fait toute sa vie durant, malgré les contraintes imposées.


Sculpter pour se nourrir revient à travailler par nécessité, certes, mais également pour son propre plaisir et pour le plaisir des autres ; l’artiste doit se réaliser. L'Institution des Invalides de la Légion étrangère lui a offert une forme de liberté doublée d’une indiscutable sécurité et la possibilité de pérenniser son travail, clé d’une existence réussie. La Boétie ne disait-il pas que : « la réussite était la laisse de la servitude volontaire » ?


Monsieur Paris, comme tout artiste qui se respecte, veut atteindre de nouveaux horizons dans la pratique de son art. Ce retraité se sent aujourd’hui libre, pour réaliser ce plongeon dans l’inconnu et dans le mystère qui lui dicte  sa vocation. C’est une énergie remuante comme le vif argent.  Ce sont les élans qui font les grands artistes de ce monde.

Monsieur Paris artiste distingué par le  titre de meilleur ouvrier de France, impose le respect pour une belle œuvre au service de nos anciens légionnaires. Il a mon amitié et mon estime pour ce bout de chemin que nous avons fait ensemble sur la route de la solidarité légionnaire.


Merci l’artiste.
Christian Morisot


Tout a une fin

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Tout a une fin. Malheureusement, les bonnes choses aussi.

Notre ami Christian quitte la direction de la Maison du légionnaire à Auriol. Avant de proposer à votre lecture le texte de l’allocution qu’il a prononcé - que je me suis procuré - à l’occasion du repas organisé en son honneur, je voulais dire ce que je pense de son mandat.

Après 34 ans au service des armes de la France, Christian a été choisi pour remplacer notre grand ancien, le capitaine Cataneo, qui avait dirigé cette maison pendant 27 ans ; plus encore qu’il n’avait accompli de services à la Légion. Après une année d’attente comme adjoint civil au chef du SM.FELE d’alors, le voilà qui prend les rênes de cette indispensable institution. Le challenge était important à plus d’un titre…

Comme la société, la Légion a changé, dans un mouvement naturel d’épousailles avec son temps. La Maison du légionnaire vieillissait doucement dans la méconnaissance même, par beaucoup, de son existence. Elle avait peu de liaisons avec la maison mère de la Légion, pourtant située à un jet de pierre en quelque sorte, et semblait vivre repliée sur elle-même.

Son directeur un authentique héros de guerre en imposait naturellement par son passé militaire et cela suffisait…

Alors le chef de bataillon Morisot, mon ami, héros commun de la Légion quotidienne, sans guerres, prend le relais.

D’emblée il constatait qu’au contraire du dicton « Pour vivre heureux, vivons cachés », il lui fallait entamer une campagne d’information intra et extra muros. Comment « recruter » (c’est son propre mot, on ne se refait pas !) des pensionnaires alors que peu de légionnaires connaissaient l’existence de cette structure ? Une campagne d’information s’imposait et c’est ce qui va marquer le départ de son action. Rosenberg, notre regretté peintre, fait une aquarelle allusive, un complice à « Képi Banc », imprime quelques documents et passe des publicités dans la revue…

Vint alors le temps des pèlerinages. Grâce à son carnet d’adresses, il peut prendre son bâton de pèlerin et se lancer dans la quête des fonds nécessaires aux améliorations indispensables. Il sait convaincre et défendre par-là, les intérêts de la Maison et des anciens légionnaires qui l’ont faite leur. Avec succès, il va pendant près de quatorze années mener sa barque à bon port, conscient qu’il est qu’elle n’affale pas les voiles aujourd'hui, puisque la route continue.

Je considère, observateur extérieur, que cette route n’a été possible, sous sa direction que par l’énergie peu commune que Christian a mise au service des légionnaires, sans compter ni son temps ni sa peine , réussissant à mener conjointement et avec bonheur sa vie familiale et sa vie professionnelle. Grâce au soutien de sa femme et de ses enfants bien sûr, mais surtout à la confiance entière que lui ont fait les conseils administration et les successifs présidents de ceux-ci. Il faut savoir ce qu’on veut. Dès lors que l’on désigne un officier issu du rang Légion, comme prévu statutairement à tort ou à raison, pour assumer la direction « d’Auriol », il est indispensable que l’autorité de tutelle, le conseil d’administration et son président, lui fassent entièrement confiance et, tout en exerçant leurs prérogatives de contrôle – qui n’exclut pas la confiance – et une autorité morale, lui laissent l’entière responsabilité de sa charge. Même quand un équipage est tiré par deux chevaux, les rênes ne se partagent pas.

Ancien légionnaire ayant vu de près fonctionner cette maison dans les bons moments comme dans les mauvais, je témoigne des qualités de son directeur qui a consacré 50 ans de sa vie à la cause légionnaire. Bien sûr, il faut travailler pour nourrir sa famille, mais il est des professions qui ne sont pas un métier mais une vocation. Pour les exercer il faut des hommes qui s’acquittent de leur tâche comme d’un sacerdoce. Christian est de ceux-là. Je ne serai pas là pour son départ mais mes pensées seront avec lui. Bonne route ami, bon vent et belle mer vieux frère. Comme je le disais dans un autre billet, tu es à l’aurore du crépuscule de ta vie. Profites-en, tu le mérites et tu le vaux bien.

Antoine Marquet.

Allocution de Christian Morisot

Chers pensionnaires, chers amis

Je remercie le général Goupil, qui répond toujours favorablement à nos invitations, pour sa présence fidèle, qui nous honore.

J’en profite pour faire le bilan, devant lui, de ces 13 ans et 3 mois dont 6 ans et 4 mois partagés avec mon adjoint, l'adjudant-chef (er) Jean-Jacques Basile, passés au service de cette “Maison du légionnaire”, avant qu'un nouveau livre ne s'ouvre pour permettre à la nouvelle direction d'écrire d'autres pages de la vie de nos légionnaires.

Je tiens à le remercier tout comme je tiens à remercier le général Le Corre, présidents du Conseil d’Administration de cette maison, pour la confiance qu’ils m’ont accordée. Ils avaient compris, forts de leur expérience, que la responsabilité ne se partage pas et m’ont laissé carte-blanche, indispensable outil pour créer et maintenir dans cette maison, un bien être indispensable pour lui donner une âme.

Au départ, trois axes d’effort se présentaient à moi :

1/ Faire connaître à la Légion, aux anciens légionnaires et aux éventuels amis sympathisants qui ne manquent jamais, l’existence de cette "Maison du légionnaire", de cet original "foyer-logement" constitué par et pour les anciens légionnaires depuis 1933,

2/ Comme il n’existe pas de « social » sans argent, le penser serait utopique, il me fallait trouver les moyens financiers d’une politique sociale adaptée à un établissement, où il était devenu nécessaire d'effectuer une très sérieuse remise en état. C’était le constat majeur de mes premières réflexions et la principale préoccupation qui s'imposait à moi, compte tenu de l'état de vieillissement de l'ensemble des installations, bâties et non bâties.

3/ «Recruter» de nouveaux pensionnaires afin d’amener la Maison à disposer d'un budget minimum de survie. En ce mois d'avril 1999, le nombre de pensionnaires présents ne nous aurait pas permis de vivre au-delà de quelques années.

Pendant tout ce temps passé à la Maison, mon rôle de directeur, en dehors du service courant et quotidien, consistera à rechercher les financements des projets indispensables, qui ne manquaient pas de se présenter.

Petit à petit une réelle prise de conscience se fit jour et le Commandement de la Légion étrangère s’est mis - tout naturellement - à apporter de l'aide à cette maison; dans un premier temps, en permettant d’équilibrer le budget et par la suite, avec une aide conséquente qui permit la réalisation d'une salle à manger climatisée, d'une indispensable infirmerie accessible de jour et de nuit et, aujourd’hui, d'une remise en état d’un de nos plus vieux bâtiments : celui baptisé “Chenel”.

Une convention précise la possibilité, voulue par la Légion, d’attribuer les aides accordées par l'intermédiaire de son organisme “Foyer d’entraide de la Légion étrangère” et une grande partie de cette action bienveillante fut l'œuvre du lieutenant-colonel Xavier Lantaires qui maitrise parfaitement un discours imprégné en filigrane d’une amitié incorruptible et bienveillante envers les anciens légionnaires.

Rien, ne peut se faire sans le financement.  On a beau avoir une forte volonté, s’impliquer personnellement quant à peindre, construire, embellir, si l’argent n’est pas là, il ne reste que l'utopie du rêve.

A ce sujet, je remercie infiniment tous ceux qui ont répondu à notre appel de détresse et en premier, notre chère Légion, la Fédération des Sociétés d’Anciens de la Légion Etrangère, le Secours de France et également la Fondation Maginot, les “Gueules cassées”, un donateur fidèle, monsieur Boulanger et toute la cohorte de petits donateurs et amis qui ont fait une grande rivière où coule, à un rythme régulier, la solidarité légionnaire.

L’aventure continue aujourd'hui avec d’autres acteurs et je souhaite la bienvenue au nouveau directeur, le lieutenant-colonel (er) Zlatko Sabljic et à son adjoint, l’adjudant-chef (er) Noël Noviot ; qu’ils trouvent au sein de cette maison tout le bonheur que nous y avons trouvé, Jean-Jacques Basile et moi-même.

Je forme le vœu sincère que le nouveau président du Conseil d’administration le général (2S) Roland Petersheim ici présent, à la manière de ses illustres anciens présidents et prédécesseurs (more majorum), laissera la nouvelle direction vivre sa responsabilité pleine, entière et sans partage.

Chers anciens, cette maison est la vôtre, vous êtes ici chez vous et non chez les autres ; n’oubliez jamais les valeurs qui sont les nôtres, soyez, en toutes occasions, solidaires les uns des autres. Vous aurez ici l’ambiance que vous ferez et surtout, celle que vous méritez.

J’ai, avant de quitter cette belle maison, une pensée amicale et légionnaire pour tous les pensionnaires qui sont décédés depuis que cette maison existe.

Je vous garde mon amitié légionnaire, vous ne quitterez jamais mes pensées.

Christian Morisot


Chronique d'une misère ordinaire

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Lundi 14 mai 2012

Je visitais dernièrement un de nos camarades placé,  pour raison de santé, dans une maison médicalisée, son témoignage est éloquent sur ces fins de vie où l’espoir, quoi qu’en disent certaines bonnes âmes bien intentionnées, n’est plus de mise…

tout est froid et pas de micro-ondes à la ronde...

Bonjour Christophe, comment va ?

-       Bonjour  mon commandant.  Je vais mal dans ma tête plus encore que dans mon corps qui m’impose de vivre ici.

-       Tu n’es pas bien ici ?

-       Parlons-en, j’ai l’impression très nette d’être l’homme invisible chez les fantômes. Je n’existe encore aux regards des autres que si je fais des bêtises, alors, et alors seulement, je vis. Les infirmières et aides-soignantes habillées de blanc, la couleur des fantômes, traversent l’établissement de part en part sans me voir, comme je n’ai rien à perdre, je fais tout pour qu’elles me regardent, mais j’ai beau faire, je reste invisible…

-       Que fais-tu à longueur de journée ?

-       Dans la journée, je m’isole des autres, les pensionnaires sont, pour la plupart, séniles, et heureusement pour eux, Il vaut mieux qu’ils n’aient plus leur tête. Le soir, dans la chambre, je regarde la télé, quand le fou avec qui je partage cet endroit me laisse tranquille, ce qui n’est pas le cas tous les soirs…

-       Que faire, Christophe, tu ne peux revenir à la Maison, ta santé nous l’interdit.

-       Bof ! c’est foutu, je suis aspiré par le passé, mal dans le présent parce qu’il n’a d’avenir que souffrances et malaises. Je suis là, à mendier à un Dieu, qui lui aussi ne m’entend pas, de ne pas subir les maux d’un corps qui ne me fait aucune concession et qui m’impose les misères physiques des vieux, sans aucune possibilité  de retour en arrière. Je me prive de tout, le train est inexorablement en marche vers une destination meilleure puisque inconsciente.

-       Nous viendrons te chercher pour que tu passes «quelques heures avec tes camarades de la Maison du légionnaire.

-       Je vis dès maintenant pour ce moment, merci !

-       A plus Christophe, garde confiance, combat comme si tu faisais un peu Camerone, je te laisse le dernier « Képi Blanc » et quelques friandises.

-       Au revoir, mon commandant, ne m’oubliez surtout pas !

 

Sans commentaires !


Décès du caporal Van Nieuwenhuyse

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Mon Cher Robert,

 

Ton décès lundi dernier nous a tous surpris et tout décès inattendu est brutal et choquant. Nous ne pouvions prévoir nous retrouver aujourd’hui devant notre carré Légion d’Auriol à te donner ce dernier hommage.

Encore une disparition qui nous rappelle combien nous sommes  fragiles, le temps n’est qu’une impression furtive qui passe trop vite, n’avons nous à peine le temps de naître qu’il nous faut quitter ce monde et rejoindre l’immense cohorte des disparus.

S’il nous fallait aujourd’hui trouver l’expression qui te conviendrait, la mieux te caractérisant est de dire que tu étais un homme profondément humain fragilisé par l’adversité qu’impose une santé déficiente.

Engagé volontaire au titre de la Légion étrangère pour un premier conrat de 5 ans, tu avais déjà pratiqué le service militaire pendant 18 mois dans la marine nationale avant de t’engager comme légionnaire.

Tu commences réellement ta carrière sous le fanion vert et rouge le 13 novembre 1975, pour une instruction à Corte.

A l’issue de celle-ci, tu reçois une première affectation au 1er Régiment Etranger de Cavalerie où tu y resteras 2 ans et demi pour embarquer le 20 mai 1978 pour Dzaoudzi affecté au Détachement de Légion etrangère de Mayotte. 2 ans après, tu rejoins le 1er Régiment étranger le 13 juin 1980. Le caporal Van Nieuwenhuyse 2 ans après, est à nouveau affecté à Mayotte.

Après cet ultime séjour, c’est le retour pour une Métropole que tu ne devais plus quitter et le 28 juillet 1989, après 15 ans de service, tu fais valoir tes droits à pension et retraite.

Mon cher Robert, ton nom posait sans cesse un problème, l’épeler n’était pas si facile: Van Nieuwenhuyse, voilà bien un nom peu commun et cela aussi était une des caractéristiques qui te différençiait de tout un chacun.

Nous garderons de toi le souvenir d’un merveilleux camarade, de ceux  qui sont toujours présents pour les autres et qui rendent dans la mesure de leurs moyens, le meilleur service avec une générosité hors du commun.

Dès ton arrivée ici au domaine, tu t’es présenté avec une fragilité physique et morale, conséquence implacable d’une vie qui ne t’avais guère épargné. Désemparé, tu avais fait le choix judicieux de faire appel à nouveau à ta famille d’adoption: la légion étrangère à travers la Maison du légionnaire.

Petit à petit, chemin faisant, tu refaisais tout doucement surface.

Ton choix quant à notre éloge funèbre et ta manière de concevoir tes obsèques est sans appel, tu avais décidé de ne pas passer par l’église et d’être incinéré. Nous respectons ton souhait, cher Robert, pour toi, comme pour chacun de tes camarades dont les dépouilles reposent dans ce carré, nous aimons penser que tu deviens aujourd’hui une de ces étoiles qui dimensionne notre position insignifiante d’être humain dans un univers infini et dont l’immensité vertigineuse nous donne une maigre notion de ce que doit-être l’éternité.

Pour les uns, la vie n’est qu’un passage, pour toi, avant était le néant et tout naturellement tu retrouves le néant.

Devant ton cercueil, nous avons une pensée fraternelle, nous avons la certitude que nous ne sommes réellement morts que lorsque nous sortons de la mémoire des vivants. Tous ici présents nous ne t’oublierons pas.

Notre mission à la Maison du légionnaire se justifie parfaitement et en particulier pour des anciens comme toi. La Légion aurait mauvaise conscience de laisser à l’abandon ses anciens serviteurs qui étaient prêts pour elle au sacrifice suprême. Pour elle a l’inverse de ce qui est maintenant général dans une société civile impuissante devant le naufrage de la vieillesse, elle applique l’esprit qui doit animer une famille et s’occupe de ses vieux ce qui lui fait dire à chaque jeune légionnaire au moment où il revêt le célèbre képi Blanc, qu’à partir de ce moment, il ne sera plus jamais abandonner dans sa vie.

J’avais pour toi une affection et une amitié, tu étais un homme bon et loyal.

Repose en paix au milieu de tes camarades de la dernière route.

Va rejoindre ton dernier bivouac.

Adieu Robert.

Chef de bataillon Christian Morisot


Lettre à une mère.

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Le lieutenant-colonel (er) Antoine Marquet nous autorise à publier cette "lettre à une mère", romancée mais inspirée de faits réels. Une grande première inédite à ce jour, un vrai cadeau.

Chère Madame,

Me voici un peu plus libre. J’ai passé mon examen, et n’ai plus qu’à attendre le résultat. Je profite de mes loisirs pour vous envoyer le récit de la Campagne de votre fils comme je vous avais promis.

Nous partons de Melun le 25 août à midi. Dans la nuit était arrivé un ordre de départ pour mille hommes, destinés à combler les vides laissés par les combats des 21, 22 et 23 août. René, Doisneau et moi sommes volontaires et dans la même section. Doisneau vient d’être nommé adjudant et commande la section et nous deux, encore sergents, sommes en serre-files, en route pour Troyes et ensuite, destination inconnue…

Nous passons à Troyes dans la soirée. En gare, des trains remplis de blessés - première vision de la guerre. Profitant de l’arrêt, nous allons les voir. Par eux, nous avons les premiers récits des combats meurtriers qui ont fait rage pendant les trois journées fatales. « Les allemands, qui avaient étudié notre manière de manœuvrer, nous attiraient par de faibles contingents fuyant devant nous. Quand nous pensions les atteindre à la baïonnette, nous tombions sur de formidables tranchées garnies d’hommes et hérissées de mitrailleuses qui fauchaient nos rangs ». Les artilleurs, sur les quais, nous donnent de sages conseils : « Attention les p’tits gars, ne chargez pas comme des fous, attendez que nous ayons préparé le terrain ». Les commissaires de la gare écartent bien vite ces aimables conseilleurs… il ne faut pas que nous sachions ! Dans la nuit nous traversons le Camp de Châlons, le Camp de Mailly.

Nous voici maintenant en Argonne et nous débarquons le 26 à 8 heures du matin à Dombasle-en-Argonne à 18 kilomètres de Verdun. Nous assistons à la retraite du corps d’armée. Devant nous défilent pendant des heures toutes les voitures, le Génie, les aéroplanes, les parcs. Les Chasseurs à pied du 8ème passent également, ils viennent de se battre et sont gris de boue séchée et de poussière. En même temps, sur la route encombrée, cheminent de longues files de grandes voitures assez semblables à des prolonges dans lesquelles les habitants ont entassé, à la hâte, ce qu’ils ont de plus précieux. Les vieillards et les petits enfants sont sur les voitures, les valides marchent à côté, peu ou pas d’hommes parmi eux. C’est l’exode des habitants chassés par l’envahisseur. Ils viennent d’Etain – en flammes – Ce tableau est navrant et, la rage au cœur, nous avons hâte de prendre contact avec l’ennemi.

Nous partons enfin et, après marches et contre marches nous arrivons, sous la pluie, à Avocourt à 9 heures du soir. Le lendemain 27, nous repartons. Il pleut encore. A Apremont nous fusionnons avec des unités d’active et nous y cantonnons. Ce soir-là, nous sommes quatre à dormir sur la paille dans une cuisine : René, Doisneau, Lévy et moi. Toute la nuit nous entendons le canon tonner au loin. Nous sommes versés à la 5ème compagnie dont le lieutenant Laborde prend le commandement. René et moi restons dans la section Doisneau. Nous avons alors les récits des combats précédents qui furent en effet terribles. Pour reprendre les hommes en main, on nous fait pivoter et manœuvrer sans repos. Le 28 à 8 heures du soir, nous rentrons pour cantonner à Charpentry.

Pour le lendemain, ordre de se tenir prêts à partir à 3 heures du matin. Nous ne savons pas si nous aurons le temps de préparer la soupe. Nous sommes là, tous les cinq très déçus, causant en attendant le départ… C’est donc cela la guerre. Il y a René, Doisneau, Lévy, Caillat et moi. Nous souhaitons nous battre bientôt et prenons nos adresses, nous promettant mutuellement de prévenir nos familles en cas de malheur.

Sur les cinq, je resterai seul. Je viens en effet d’apprendre la mort de Lévy, au Bois de Grurie. Il avait déjà été blessé une fois et venait de repartir.

Enfin à 10 heures du matin, le ventre vide, nous repartons et après avoir encore marché et pivoté toute la journée, nous arrivons à la tombée de la nuit à Saint Julien-sous-les-Côtes. De là, on nous envoie prendre les avant-postes. Nous nous arrangeons pour rester ensemble, René, Doisneau et moi. La nuit est froide et l’humidité rend le froid plus pénible encore. Chacun sort ses provisions et nous soupons en commun à l’orée d’un bois où nous avons établi nos petits postes. Nous passons la nuit à nous relayer pour veiller puis, nous recevons l’ordre de rejoindre l’unité.

Nous sommes le 30 août. La chaleur est accablante. Nous marchons toujours, laissant du monde en route. Le soir, vers six heures, le capitaine Savanne qui commande le bataillon, nous tient le discours suivant : « Une grande bataille vient de se livrer, les allemands sont battus et nous allons apporter notre concours pour transformer leur retraite en déroute ». Et nous voilà repartis, ardents quoique fourbus. Au bout de deux heures d’une marche forcée, nous arrivons sur le terrain. Là, nous recevons le baptême du feu.

Le champ que nous avons à traverser est criblé d’obus de toute sorte ; un gros percutant tombe près de nous et ensevelit Doisneau qui se relève indemne - simple émotion. Nous sommes en rangs serrés et le commandant du bataillon se démène pour que nous restions en ordre sous la mitraille comme à l’exercice. Notre général de brigade est blessé au pied. Nous nous rangeons sur son passage et lui rendons les honneurs, sous le feu, en présentant les armes. Nous continuons notre marche en avant. La nuit est maintenant presque complète. Nous marchons sur des cadavres allemands. Au loin, sonne la retraite allemande, lugubre, traînarde. Nous entendons la charge d’un de nos régiments qui se précipite sur les boches en hurlant. « En avant à la baïonnette », commande le capitaine Savanne. Il fait nuit noire. Ce que nous faisons est fou, il nous sera impossible de reconnaître l’ennemi.

A ce moment notre chef fait sonner la charge par un clairon. Devant nous retentit la même sonnerie. « Nous les tenons » dit le capitaine et « voilà du renfort » crie-t-il. Comme nous allons atteindre le bois où nous pensons nous joindre à des forces amies, nous entendons des commandements en allemand. Une vive fusillade et le feu des mitrailleuses nous accueillent. Ce sont les boches qui ont sonné la charge pour nous attirer et nous sommes tombés dans leur piège. Une panique folle s’ensuit. Me ressaisissant, j’avise dans l’obscurité un vallonnement où je me couche à l’abri et je rassemble autour de moi un grand nombre de fuyards désemparés que je fais coucher également. La position est intenable car un régiment français qui croit à un retour offensif des boches nous tire sur le flanc droit. Je peux enfin, après de nombreuses émotions, rejoindre le point de rassemblement, semant encore pas mal de gens en route. Il est plus de minuit, nous faisons des tranchées et nous endormons sur place.

Vers trois heures du matin, réveillés par la fusillade suivie d’un feu d’artillerie très bien réglé, nous devons nous replier. Je retrouve une partie de la compagnie avec le lieutenant Laborde et René qui a pu s’en tirer dans les mêmes conditions que moi. Toute la journée, à Fossé, nous combattons l’un près de l’autre, échangeant de temps à autre nos impressions. Le soir, nous bivouaquons à 2 kilomètres en retrait de ce village. Nous n’avons pas été ravitaillés de deux jours. Nous retrouvons Doisneau et partageons ce qui reste de nos maigres provisions. Nous nous couchons côte à côte, nous serrant pour avoir moins froid, car si les journées sont torrides, les nuits sont extrêmement froides.

Nous partons le 1er septembre avant le jour. Nous reformons les sections très amoindries et nous sommes alors séparés. Je vais dans la section Lévy mais nous ne sommes pas loin l’un de l’autre. Nous défendons Apremont-en-Argonne où nous étions déjà passés le 27 août. Toute la journée, nous tirons sur les masses allemandes et couchons sur nos positions. Le lendemain nous continuons. Je m’installe avec Lévy dans le cimetière dont nous crénelons les murs. Doisneau défend une ferme et René une autre un peu plus loin.

Toute la journée, leurs positions sont criblées d’obus. Le soir, ils partent avant moi et rejoignent la colonne. Je dors dans la forêt d’Apremont et les retrouve tous deux le lendemain sur la route de Clermont-en-Argonne. Là, notre commandant de bataillon, le capitaine Savanne, se casse la jambe en tombant de cheval. Le soir nous faisons la popote à Clermont et couchons tous trois dans une grange. Le 4 septembre, pas de combats. Après une longue marche de retraite, nous dormons cette fois-ci dans une grange à Waly. Le lendemain, nous refaisons une longue marche, toujours en retraite, et arrivons à Louppy-le-Château. Je prends la garde au poste de police sans avoir réussi à me débrouiller pour trouver de la nourriture, étant tenu de rester au poste. René, lui, a pu faire la popote avec Doisneau. Ils m’envoient de quoi me restaurer ainsi qu’une bouteille de mousseux, que j’accepte avec joie.

Nous repartons à deux heures et demie le lendemain matin. Nous marchons vite, serrés de près par l’ennemi. A Laheycourt nous nous heurtons à lui par surprise et lui faisons face pour arrêter sa marche en avant. Toute la journée nous livrons un combat acharné. Nous essuyons, pendant six heures, un très violent feu d’artillerie. Nous dormons sur place et le lendemain, avant le jour, nous suivons la route de Bar-le-Duc. Nous prenons position sur des lisières de bois à environ huit kilomètres de cette ville, face à Fontenoy. Nous tenons bon et repoussons les attaques allemandes. René et moi commandons chacun un peloton de la 5ème compagnie et ne nous quittons plus, nos tranchées se faisant suite sur la même lisière. Il pleut sans arrêt depuis deux jours et nous sommes traversés.

Impossible de faire du feu, les allemands sont trop près. Nous passons la journée du 8 à repousser des attaques partielles sur notre front et à démolir des patrouilles allemandes. Au 9ème emplacement, après avoir tiraillé toute la matinée, nous subissons vers midi une attaque que nous repoussons. Après nous avoir bombardés pour se venger, les allemands reviennent à la charge vers 4 heures. Nous les repoussons encore, en leur infligeant de lourdes pertes. A ce moment nous recevons l’ordre de nous replier, René et moi décidons de ne pas bouger. Nous en avons assez de toujours battre en retraite. On nous en intime l’ordre une seconde fois. Nous demandons alors un ordre écrit qui nous est donné. Il faut obéir. Nous sommes furieux, les hommes aussi. Nous voyant sortir de nos tranchées, les allemands dirigent sur nous un feu violent. Nous nous en sortons et rejoignons le bataillon où nous sommes fort mal reçus.

Arrive un ordre, correspondant aux directives de Joffre, de tenir les positions jusqu’au bout. Nous comprenons qu’il n’y a plus qu’à reprendre nos tranchées. Les hommes refusent. René et moi faisons de notre mieux pour entraîner nos hommes et réussissons à convaincre une vingtaine d’entre eux. Laborde, resté en arrière, rallie à nous peu à peu, tous ceux qu’il peut empêcher de fuir. L’instant est critique, les boches sont là, à deux cents mètres, la tranchée juste au milieu… Qui arrivera le premier ? Nous tirons debout et en marchant sans songer à ceux qui tombent alentour. La tranchée est maintenant à dix mètres de nous, à plus de cinquante mètres des allemands. Nous faisons un feu d’enfer et ce qui reste de l’ennemi s’enfuit poursuivi par nos tirs. Nous sommes désormais maîtres du terrain. René et moi nous nous serrons les mains avec effusion, une fois encore nous sommes saufs.

Le soir nous sommes proposés comme sous-lieutenants et sommes nommés deux jours plus tard. Le lendemain, le 10, nous nous écartons un peu plus à droite pour laisser la place à des unités renvoyées à l’arrière. C’est une aubaine car les boches, furieux de l’échec de la veille, bombardent l’emplacement que nous venons de quitter. Ils tuent et blessent malgré tout, beaucoup des nôtres. Nous sommes toujours trempés jusqu’aux os et n’avons rien de chaud dans le corps depuis dix jours. On s’habitue à tout et notre amitié nous réconforte. Les nuits sont de plus en plus fraîches et nous nous attendons à tout moment à l’attaque des allemands. Tous trois, avec Doisneau, nous passons de longues heures à veiller et à causer de nos familles et de Paris. Pendant ce temps nous oublions nos maux. Le 2 septembre, nous recevons l’ordre d’attaquer mais cette attaque ne se fera que lorsque le canon aura soigneusement battu le terrain, en avant de nos positions.

Nous assistons au plus beau feu d’artifice qui soit. Pendant plusieurs heures les obus pleuvent sans arrêt devant nous, bouleversant les tranchées ennemies, faisant sauter les boches en l’air. Le mouvement d’offensive se fait sur la gauche. Nous restons sur place. Ce n’est que le lendemain, en avançant, que nous constatons les dégâts faits par nos 75. Il y a là des monceaux de cadavres, nous avançons sans combattre, l’ennemi est en pleine déroute. Nous trouvons des fusils, des casques et des équipements ; il y a là également des munitions, cartouches et obus, en nombre considérable. Le soir nous dormons en plaine, sous une pluie torrentielle et glaciale, renforcée par un vent violent. Nos vêtements à peine secs des pluies des jours précédents, que nous voilà à nouveau trempés. Nous repartons de bonne heure et traversons des villages pillés, brûlés, rasés. Les boches ne laissent que ruines sur leur passage. Tous les soirs devant nous, de grandes lueurs embrasent l’horizon. Ce sont les villages qui flambent. Ce soir du 13 septembre nous dormons dans une grange à Belval. Nous pouvons enfin faire du feu, nous sécher et nous réconforter. Le 14, nous repartons. Il pleut encore et nous sommes trempés à nouveau. Il n’y a pas d’ennemi en vue, la route est libre. Le soir nous pouvons dormir à nouveau dans une grange, à Froidos. Nous avons traversé de nombreux villages sans nous y arrêter. Tout est dévasté, il n’y a pas d’abri.

Le lendemain, après une longue marche, nous arrivons au bois de Cheppy au sud de Monfaucon. Nous recevons quelques coups de fusil, patrouillons devant nos positions, et après avoir reconnu les avant-postes ennemis, nous nous reposons dans le bois par une nuit pluvieuse. Le jour suivant, le 16, la pluie tombe sans arrêt. Nous sommes exténués et recevons un déluge incessant  d’obus. La section de René est particulièrement éprouvée, mais nous restons sur nos positions. A ce moment, on nous fait relever par le 3ème bataillon pour nous mettre en repos, mais l’unité ne tient pas sous le feu et nous devons retourner à nos tranchées. Nous n’avons rien bu depuis deux jours, les bidons sont vides.

Le ruisseau qui coule à proximité de nos lignes est plein d’animaux crevés et il est défendu d’utiliser cette eau. Toute la journée du 17 nous résistons sous une avalanche d’obus qui blessent et tuent nombre d’entre nous, mais nous ne bronchons pas. A 8 heures du soir on nous donne l’ordre d’aller nous reposer à Avocourt, à quelques kilomètres en arrière. Nous y arrivons tard dans la nuit car la route est un véritable bourbier. A 2 heures du matin, nouvel ordre de départ. Nous n’avons pas eu le temps de nous reposer. La route est pénible et nous aurions préféré ne pas quitter nos tranchées. Nous allons reprendre position face à Monfaucon. La pluie n’a pas cessé, et la boue atteint le haut de nos chaussures. René commande alors la 5ème compagnie. J’ai la 6ème et Doisneau la 7ème. Nous nous installons à côté l’un de l’autre, sur des crêtes bombardées sans arrêt. Les 19 et 20 nous restons sur place.

Nous sommes couverts de boue, les tranchées sont inondées et les nuits de plus en plus froides. Le canon tonne sans interruption du côté allemand et nous n’avons pas d’artillerie lourde pour leur répondre, mais ne bronchons pas. Enfin, le 21, on nous annonce que nous partons au repos. Nous faisons une longue marche très pénible, toujours dans la boue. Le colonel s’installe dans une ferme et nous à l’extérieur. Nous pouvons tout de même nous sécher et nous restaurer un peu, mais au début de la nuit il se remet à pleuvoir. Le matin du 22, départ précipité. Nouvelle attaque violente des allemands que nous repoussons. Enfin, le soleil brille. Ce n’est pas trop tôt, nous nous sentons à bout de forces et ce rayon de soleil nous fait le plus grand bien. Nous établissons nos tranchées au bord d’un chemin derrière une haie. René est un peu en avant, à la ferme de la Neuve Grange, mais sa position est intenable et il revient près de nous. L’endroit se trouve à Verny. Monfaucon, occupé par nous, est en avant d’Avocourt, tenu aussi par les nôtres.

Devant nous se trouve un troupeau de moutons. J’ai appris ensuite que ces moutons étaient conduits par des allemands, des espions, et marquaient l’emplacement de nos positions. Les obus allemands s’abattent juste sur nos lignes et nous déplorons d’importantes pertes. Vers midi, Doisneau est sérieusement blessé à la cuisse. Caillat tombe mortellement frappé. L’endroit est mauvais mais nous y passons toute la nuit et tout le jour suivant. Le 23 sera le jour fatal à mon pauvre ami. Dans la matinée, alors qu’il est assis au bord de la tranchée, une balle perdue le frappe au côté. Il tombe évanoui. Ses hommes, dévoués, le transportent sur des fusils.

Je vois le médecin qui me rassure en me disant qu’aucun organe vital n’est touché. Ce n’est que plus tard, en cherchant à avoir de ses nouvelles, que j’apprends qu’il a, à Clermont-en-Argonne, succombé à sa blessure. Son départ me cause une profonde tristesse. Ses hommes, auxquels il a toujours donné le plus bel exemple de courage, d’endurance et de bonne humeur malgré notre pénurie et nos misères, sont profondément affectés.

Je vous suis très reconnaissant de m’avoir offert son portrait. C’est désormais pour moi une précieuse relique, qui me permettra de conserver intact, le souvenir de mon cher frère d’armes.

Veuillez agréer, chère Madame, avec mes hommages, l’assurance de mes sentiments de sympathie.

Antoine Marquet
Sous-lieutenant au 31e d’infanterie à Melun.


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