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« Les premiers résistants venaient de tous les horizons »

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17.10.2014

Pour Daniel Cordier, ancien secrétaire de Jean Moulin, les thèses d'Eric Zemmour n'ont
Pour Daniel Cordier, ancien secrétaire de Jean Moulin, les thèses d'Eric Zemmour n'ont "aucun sens". | Lea Crespi / Pasco 

A priori, Daniel Cordier illustre à la perfection une des théories d'Eric Zemmour : les premiers résistants venaient de l'extrême droite, tandis que la gauche alimentait les rangs de la collaboration. Anti-dreyfusard, antisémite, membre de l'Action française, fondateur du Cercle Charles-Maurras à Bordeaux : voilà qui correspond en tous points aux canons du polémiste médiatique. Fervent nationaliste, Daniel Cordier avait rejoint Londres et les rangs de la France libre dès juin 1940, alors qu'il n'avait que 19 ans. Parachuté en France, il était devenu le secrétaire de Jean Moulin dans la clandestinité. A 94 ans, le compagnon de la Libération est un des derniers témoins de cette époque revisitée par Eric Zemmour. Et la démonstration vivante de la thèse que le journaliste défend sur tous les plateaux de télévision et dans son dernier livre, Le Suicide français.

Pourtant, Daniel Cordier, qui se consacre à un travail d'historien depuis la fin des années 1970, conteste cette caricature. « Prétendre cela, n'a aucun sens. Notre engagement était un choix individuel qui n'avait rien à voir avec telle ou telle opinion. Il s'est déterminé sur quelque chose de beaucoup plus profond, de plus personnel. » L'homme explique comment toutes les tendances, toutes les influences, toutes les philosophies étaient représentées à Olympia Hall, le vaste hangar londonien où étaient réunis les premiers volontaires de la France libre. « La plupart n'avaient aucune appartenance idéologique d'ailleurs, comme ces Bretons qui se rallièrent en masse à l'époque. Très peu de recrues avaient déjà, comme moi, un vécu politique. »

« Au début, nous n'étions pas trois mille », poursuit Daniel Cordier. Le témoin rappelle que nombre de ces premiers « Français libres » n'étaient même pas français... Les hommes de la Légion étrangère, rescapés des combats de Norvège, formaient en effet une large part des maigres effectifs. « Sur une photo célèbre, de Gaulle passe en revue des soldats au garde-à-vous, le 14 juillet 1940, à Londres. Elle symbolise aujourd'hui l'engagement de la première heure d'une poignée d'hommes. Personne n'a remarqué que ces soldats portaient un foulard blanc, celui de la Légion. » Des étrangers donc, qui se sont ensuite battus et sont morts pour la France. Voilà qui est assez loin de l'idéologie véhiculée par Eric Zemmour.

Le 14 juillet 1940, de Gaulle passe en revue ses troupes à Londres. Parmi ces résistants de la première heure, des soldats de la Légion, comme en témoigne  leur foulard blanc. Des étrangers, donc.
Le 14 juillet 1940, de Gaulle passe en revue ses troupes à Londres. Parmi ces résistants de la première heure, des soldats de la Légion, comme en témoigne leur foulard blanc. Des étrangers, donc. | AFP

« Nous ne parlions guère de politique entre nous, explique Daniel Cordier. Nous n'avions en commun qu'une seule idée : nous condamnions totalement le choix de Pétain d'arrêter le combat. » Plus tard, Daniel Cordier a côtoyé presque quotidiennement Jean Moulin. Dans de magnifiques pages de son autobiographie, Alias Caracalla (Gallimard, 2009), il raconte leur première rencontre à Lyon. Il décrit comment lui, le Camelot du roi - ces jeunes royalistes qui vendaient l'Action française - l'ennemi juré du socialisme, fut immédiatement subjugué par l'homme de gauche qui déjeunait en face de lui. Il a fréquenté plus tard, dans l'armée des ombres, Georges Bidault, un démocrate chrétien, ou Pierre Meunier et Robert Chambeiron, des communistes. « Nous venions de tous les horizons », insiste-t-il.

La tentative de réhabilitation de Philippe Pétain et de son attitude pendant l'Occupation orchestrée par Eric Zemmour hérisse au plus haut point Daniel Cordier. « Pétain était le traître absolu et je regrette qu'il n'ait pas été fusillé après la guerre » , assure-t-il. Il rappelle comment le discours de capitulation du Maréchal, le 17 juin 1940, le fit pleurer de rage et décida de son départ vers Londres. Il évoque à toutes fins utiles la collaboration volontaire du gouvernement de Vichy, et notamment les premières lois juives votées avant même que l'Allemagne n'en formule l'exigence. L'antisémitisme de Daniel Cordier ne résista pas à cette application brutale du discours théorique qu'il défendait avec l'Action française. L'image d'un homme et d'un enfant portant l'étoile jaune acheva de le révulser. Alors Pétain, défenseur des juifs, comme le prétend Eric Zemmour ? Daniel Cordier part d'un grand éclat de rire.

Benoit Hopquin

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