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Légionnaire toujours...

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Adolphe CANAL


C'était une belle compagnie que la 3e du 1er bataillon de la Légion Étrangère ! (1) Composée d'hommes braves et résolus, de sous-officiers et caporaux d'une rare valeur, tels que : Tonnel, Morzicki, Maine et Berg (2), d'officiers intelligents et intrépides comme MM. Danjou, capitaine adjudant-major, "Vilain, sous-lieutenant et Maudet, porte-drapeau, elle devait dans le combat qui se livra à Camarone (Mexique), le 1er mai 1863, prouver ce qu'on pouvait attendre d'elle.

 


Attaquée par onze cents dissidents, elle soutint héroïquement une lutte inégale et des plus terribles. Accablés par le nombre, (car ils n'étaient que 65, officiers compris,) ayant brûlé leur dernière cartouche, ils préférèrent succomber glorieusement plutôt que de se rendre.

C'est pour chanter ce beau fait d'armes et rendre hommage aux mânes des héros de cette compagnie, la plupart mes camarades, que j'ai osé faire vibrer entre mes doigts inexpérimentés la lyre du poëte.

 

 

(1) M. Jeanningros, actuellement général de division, commandait alors la LégionEtrangère.
(2) Le caporal Berg, un des héroïques défenseurs de Camarone, reçut son brevet d'officier la veille de sa mort ; il était neveu de M. le général Rolland, commandant la 51°brigade à Saint-Etienne.

CAMARONE

 

Tambours, battez au champ, et vous, fils de Bellone,
Inclinez-vous ; c'est ici Camarone !
Rendons à nos guerriers qui dorment au cercueil,
Un hommage d'amour, de regret et de deuil ;
Ils sont morts ! mais leur nom, dont parlera l'histoire,
Vivra dans notre coeur et dans notre mémoire ;
Les peuples étonnés de ce combat sanglant,
En honneur parleront de notre régiment ;
Ils diront, en voyant tant de noble vaillance ;
« Qui peut se mesurer aux enfants de la France !
L'ennemi se confond en efforts impuissants,
Soixante-deux soldats luttent contre onze cents;
Chacun vèst en ce jour glaner sa part de gloire
Et semble s'attacher au char de la victoire ;
Le Mexicain recule, il hésite, il a peur,
En voyant tant d'audace et cette fière ardeur ;
Déjà ses escadrons dispersés dans la plaine,
Voient s'enfuir devant eux leur aigle Mexicaine,
Quand leur terrible chef, le colonel Milan,
Par un discours pompeux enflamma leur élan ;
« Revenez, disait-il, courons sur ces esclaves,
« La victoire est à nous, en avant donc, mes braves,
« En avant, en avant ! » et ce cri répété
Ramena dans leur coeur l'instinct de cruauté.


  Bientôt un tourbillon d'une blanche poussière,
  S'élevant dans !es airs, obscurcit la lumière ;
  On entend les tambours et les mâles clairons,
  Puis la mousqueterie de nombreux bataillons,
  Les cavaliers dans l'air font mouvoir leur grand sabre,
  Le cheval hennissant et galoppe et se cabre ;
  Les cris : sus aux Français ! il nous faut tout leur sang,
  En hourras prolongés, s'échappent de leur rang ;
  Ils chargent, et bientôt une horrible mêlée,
  Doit laisser de mourants la terre parsemée !
  C'est là, brave Danjou, héros tant regretté,
  Que tu montras à jour ta bouillante fierté ;
  C'est là que ton sang-froid et ta valeur stoïque,
  Soutinrent noblement ce combat héroïque ;
  Comme un simple soldat, le mousquet à la main,
  Tu leur disais : amis, espoir dans le destin ;
  Ils sont nombreux, c'est vrai, mais qu'importe le nombre,
  Ils tremblent de frayeur rien qu'en voyant votre ombre,
  Courage, mes enfants ! à la besogne, allons !
  Culbutons, renversons ces furieux escadrons !

 

A peine il a parlé que, déjà dans la plaine
On voit se diriger l'illustre capitaine ;
Sa phalange le suit ; tel un torrent fougueux,
Tombant du haut des monts dans son lit tortueux
Entraîne les moissons qu'en son cours il rencontre,
Tels, nos jeunes héros, à qui Danjou se montre,
Courent sur l'ennemi qui recule d'effroi !
S'il fut un homme heureux, oh ! Danjou, ce fut toi !
De ce choc si hardi, la colonne ébranlée,
Allait se retirant au fond de la vallée,
Quand soudain son retour qu'on ne prévoyait pas,
Vint mettre dans nos rangs, le trouble et l'embarras;


Tout fesait présager une horrible défaite,
On forme le carré, puis on bat en retraite ;
L'ennemi les poursuit, c'en est fait de leurs jours,
Car, personne n'est là pour leur porter secours ;
Devant eux est la mort, et, leur sang qui bouillonne,
Doit rougir les pavés des rues de Camarone !
A ce moment fatal, rempli de désespoir,
Chacun de nos soldats fit plus que son devoir ;
Ils se multipliaient, et, leur balle meurtrière,
A plus d'un Mexicain fit mordre la poussière.
Une vieille maison à leur regard s'offrit,
Entrons, leur dit Danpu, dans cet obscur réduit,
Qu'on garde les issues, barricadons les portes,
Amis, défendons-nous, montrons à ces cohortes
Que le soldat français se doit tout à l'honneur !
Courage et fermeté, discipline et valeur !
Un concert de bravos alors se fit entendre,
Ah ! mourons, dirent-ils, plutôt que de nous rendre,
Mourons pour le pays, pour l'honneur du drapeau,
Quand on fait son devoir le trépas semble beau !
Et, chacun transporté d'une indicible rage,
Apprit à l'ennemi ce que peut le courage.
Mais, ô fatalité ! triste revers du sort,
Pendant qu'on se croyait à l'abri de la mort,
Hélas ! elle était là, hideuse et menaçante,
Moissonnant nos guerriers avec sa faux tranchante ;
On ne voyait partout que des mares de sang ;
Rien ne fut respecté, ni l'âge ni le rang,
Et le brave Danjou, des héros le modèle,
Celui que protégeait la victoire fidèle,
Mortellement atteint d'une blessure au coeur,
Ne pouvant plus longtemps contenir sa douleur,
Expira lentement en excitant ces braves,
A vaincre, à ésister, à briser leurs entraves !


  Vilain, jeune officier, au coeur noble et ardent,
  De ces hardis soldats prit le commandement ;
  Vengeons, leur cria-t-il, notre bon capitaine,
  Notre perte en ce jour, paraît plus que certaine,
  Mais puisqu'il faut mourir, finissons bravement ;
  Vive notre drapeau, noire cher régiment !
  Il a dit, et voilà que lui-même il succombe,
  C'est encore un héros que nous ravit la tombe,
  Un ami dévoué, sensible, tendre et bon,
  Intrépide à l'excès et fier comme un lion.
  Hélas ! dans cette lutte inégale et terrible,
  En cet instant lugubre, effrayant, solennel,
  Vous tombâtes aussi, criblés comme une cible,
  Valeureux Morzicki, digne et vaillant Tonnel.;
  Restait encore Maudet, Maudet c'est le courage,
  C'est la foudre et l'éclair qui présagent l'orage,
  C'est l'officier hardi dont le terrible bras,
  Massacre sans merci plus de vingt guérillas ;
  Il était hors de lui, son regard était louche,
  L'écume avec le sang s'échappaient de sa bouche,
  On le voyait partout affrontant le trépas,
  Et la cruelle mort semblait suivre ses pas !
  Soutenus seulement par leur froide énergie,
  Chacun sentait venir l'heure de l'agonie,
  Car, depuis plus d'un jour nos illustres héros,
  Étaient privés de pain, de vivres, de repos ;
  Les cartouches manquaient, 0 ! moment plein d'alarmes,
  Il ne leur restait plus qu'à mourir sur leurs armes ;
  Plus d'espoir de salut, l'ennemi s'approchait,
  Et le furieux .Milan,, de très-loin leur criait ;

 

« Rendez-vous, rendez-vous, troupe noble et vaillante,
« Votre rage aujourd'hui me paraît impuissante ;
« C'est assez combattu pour l'honneur du pays,
« Votre vigueur, soldats, à mes yeux est sans prix ;
« Contre les coups du sort, il faut donc vous soumettre,
« Vous trouverez en moi, non un terrible maître ,
« Mais un ami vainqueur ravi de vos exploits,
« Qui veillera sur vous et vous rendra vos droits ;
Mais pendant qu'il parlait une flamme rougeâtre,
Calcinait, dévorait ceux qu'on n'avait pu battre ;
On entendait parfois au milieu d'un soupir,
Ces mots : « Se rendre ! Oh non ! nous préférons mourir !
Maudet était mourant, une large blessure,
Expliquait sa pâleur et le mal qu'il endure,
Lui qu'on voyait si fier maintenant abattu,
Murmurait et disait : « Mon Dieu, tout est perdu !
Et ses vaillants soldats, fatigués, hors d'haleine,
Furent faits prisonniers par l'armée mexicaine !
Honneur, trois fois honneur, aux morts de Camarone,

Plaçons sur leur cercueil "une belle couronne,
Et que leur nom béni par la postérité-
Acquière en un seul jour, la gloire et l'immortalité !


 

 

 

Adolphe CANAL, Capitaine au 61e de ligne. 


Traduction

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