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Légionnaire toujours...

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"Mais ce qu’il me reste, c’est le képi blanc et son âme"

Editorial du COM.LE du Kepi blanc N° 793

 

C’est ainsi, que peu de temps avant sa mort en 1966, le général Pechkoff terminait son dernier poème, véritable testament traduisant son attachement viscéral à Monsieur Légionnaire. Lui, l’engagé volontaire devenu général, ambassadeur de France, qui voulut que sur sa tombe de Sainte Geneviève des Bois ne figure que la seule inscription : “Légionnaire Zinovi Pechkoff ”. Né Sverdloff, fils adoptif de Gorki, Pechkoff, s’engagea à la Légion à 30 ans, pour la durée de la Guerre. Gravement blessé comme caporal en mai 1915, amputé du bras droit, cité à l’ordre de l’armée et médaillé militaire, il souscrivit, bien que réformé, un nouvel engagement comme légionnaire, avant d’être nommé officier interprète. Il partira alors en mission aux Etats-Unis et en Russie. En 1920, capitaine, il retrouvera la Légion étrangère et sera fasciné par le Maroc : “Nous sommes les pionniers qui ouvrent une nouvelle contrée. Travailleurs primitifs aux gestes rudes, nous accomplissons la plus dure besogne. Nous sommes des rêveurs qui voyons de magnifiques possibilités dans l’avenir. Après la Légion, d’autres hommes viendront. Ces hommes seront honorés. Leur nom sera connu. Mais ce sont nos légionnaires qui auront pavé le chemin.” Blessé au pied pendant la guerre du Rif, il alternera entre 1930 et 1940, jusqu’à sa limite d’âge, des postes au Levant et comme commandant de bataillon au 4e et au 2e REI. Jeune retraité, il rejoindra les Forces françaises libres, et le général de Gaulle en fera un ambassadeur itinérant. En 1945, général de corps d’armée, ambassadeur de France en Chine, il remplira sa dernière mission avec la Légion, en accueillant les rescapés du 5e REI.

Le légionnaire Pechkoff est loin d’être un cas unique d’officier étranger à la carrière atypique et exemplaire. D’illustres noms marquent l’histoire de ces officiers étrangers : Aage de Danemark, Louis II de Monaco, le général Andolenko qui fut 9 fois cité, commanda le 5e REI, et dont les écrits d’histoire militaire font référence (fi liation des bataillons de la Légion étrangère, historique du 5e REI, histoire de l’armée russe, histoire du régiment Préobrajenski). Il y eut aussi le lieutenant Selchauhansen, héros d’El Moungar, décoré de la Légion d’honneur le jour de son enterrement par initiative de son capitaine qui prit 8 jours d’arrêts, mais les félicitations de ses camarades. Et bien sûr, le lieutenant-colonel Amilakvari, le 1er des trois chefs de corps de la 13, morts pour la France.
Neuf officiers servant à titre étranger ont porté la main du capitaine Danjou : les lieutenants-colonels Ungerman et Sabljic, le chef de bataillon Dimke, les capitaines Riccio, Sukic, Knippel, Gomez-Urtizberrea et Cattaneo, le lieutenant Gniewek.

Aussi loin que remonte l’histoire militaire française, on trouve toujours, dans nos armées, des officiers étrangers. Souvent contraints de quitter leur pays, ils ont choisi la France comme deuxième patrie. Depuis 1831, la Légion a été leur creuset, sauf dans certains cas particuliers concernant les interprètes ou la Marine qui accueillit des officiers russes après la révolution de 1917. Trois causes majeures expliquent la présence d’officiers étrangers à la Légion étrangère : l’organisation de la Légion, la politique étrangère de la France, et la question du statut des officiers.


Avant l’amalgame des nationalités (1831- 1835) il fallut des officiers parlant la langue des unités composées de légionnaires de même nationalité : ainsi 30% des officiers étaient étrangers, mais il leur manquait la connaissance des règlements et usages militaires français. L’amalgame fut donc un choix réfléchi, et jusqu’en 1895, s’ouvrit une longue période où la question du statut fut prioritaire. La proportion des officiers servant à titre étranger n’était soumise à aucune limitation réglementaire, mais dans les faits, elle n’excédait pas les 30%. Une ouverture au corps des officiers servant à titre étranger fut faite en 1842 aux officiers français, souvent démissionnaires, ou réservistes, ou appartenant à la Garde nationale (1871), qui virent souvent dans cette opportunité l’occasion de rebondir. Mais les officiers français servant à titre étranger furent trop nombreux (les trois quarts). Le ministre prit alors en 1892 la décision de n’admettre comme officiers français servant à titre étranger que les seuls Français servant déjà à titre étranger. Jusqu’à la fin de la 1ère Guerre mondiale, l’accès à l’épaulette pour les sous-officiers de Légion était lié à leur comportement au feu. Pour des raisons de politique étrangère, beaucoup de Saint-Cyriens à titre étranger (Indochinois, Suisses et Danois) rejoignirent la Légion au début du XXe siècle. Puis, pendant la 1re Guerre mondiale, on compta à la Légion plus de 400 officiers étrangers, dont une majorité de Russes. A compter de 1919, le statut des officiers étrangers releva du droit commun de la fonction publique, et à partir de 1974, il fut inclus dans les statuts de la fonction militaire. Dès lors, les sous-officiers servant à titre étranger furent autorisés à présenter les concours d’officiers.


Jusqu’à ces dernières années, les officiers servant à titre étranger n’avaient donc pas tous commencé comme légionnaires. Les admissions directes comme officier à titre étranger ne concernaient généralement que 10% du volume des officiers TE : Russes et Georgiens dans les années 1920, ressortissants d’Etats d’Europe centrale entre 1945 et 1950, Indochinois victimes du communisme dans les années 1970. Aujourd’hui, une quarantaine d’officiers servent à titre étranger et leur doyen, le lieutenant-colonel Hildebert, fêtera cette année son 40e Noël à la Légion. Choisis pour moitié parmi les majors ou adjudants-chefs, ou bien ayant réussi les concours d’accès à l’épaulette (OAEA quasi exclusivement), ils restent fiers de leurs aînés. Quelques-uns d’entre eux témoignent dans ce KB. Leur point commun ? Comme pour le général Pechkoff, “la fierté du képi blanc et son âme”. Leur défi ? Suivre l’exemple de belles figures de la Légion étrangère, dont celle du capitaine Miloyevitch, héros du 1er REC en Indochine. Son commandant d’unité dira de lui à ses obsèques : “une silhouette élégante, un visage énergique et fin, un regard vif et pénétrant. Un tempérament de pur-sang, une volonté de fer, une intelligence claire et rapide. Un soldat sans peur, un homme sans reproche, un chef.”


“La Légion ne pleure pas ses morts, elle les honore !”

Editorial du COM.LE du Kepi blanc N° 792

Les frimas de novembre annoncent chaque année le souvenir des morts, comme un rituel immuable. C’était il y a plus de mille ans, en 998 : les moines de Cluny firent du 2 novembre le “jour des morts”. En choisissant comme date le lendemain de la Toussaint, ils ne se doutaient sans doute pas à l’époque, que de leur décision naitrait un véritable culte populaire des morts qui se répandra au travers des siècles, en France, puis dans tout l’occident chrétien. Aujourd’hui encore, à “la Toussaint”, les Français vont se recueillir sur la tombe de leurs aïeux, même si ce rite millénaire a tendance aujourd’hui à s’atténuer. Cette tradition populaire des chrysanthèmes revêt un caractère avant tout familial. Il exprime le besoin naturel chez tout homme de se tourner vers ceux qu’il a connus et aimés et qui l’ont quitté.

Le culte des morts militaires, en France, est beaucoup plus récent. Le nombre de soldats morts pour la France lors du 1er confl it mondial fut tel, que l’État ne voulut plus confiner uniquement à la sphère privée la mémoire du sacrifice de tous ceux qui donnèrent leur vie pour la survie de la patrie. Des monuments aux morts furent érigés dans chaque village de France, la sonnerie aux morts fut créée, et le 11 novembre entra durablement dans notre mémoire collective de Français.

À la Légion étrangère, le culte des morts revêt une importance particulière. C’est l’essence même du culte du souvenir, l’une de ses quatre traditions majeures. Ce culte trouve sans doute l’explication de sa ferveur dans le fait que la Légion est la famille et la patrie du légionnaire. Par ce double attachement qu’elle crée, elle doit donc marquer plus que quiconque sa fidélité à ses morts. Le général Gaultier écrivait : “chaque fois, c’est la même idée qui revient : vivant, ma peau appartient à la Légion ; mort, elle vous appartient à vous, mes camarades !” Ainsi, l’attachement collectif à ceux qui nous ont quittés prime sur la peine individuelle éprouvée que nous procure leur départ : “La Légion ne pleure pas ses morts, elle les honore !”

Le culte des morts s’exprime à la Légion par des applications morales, par des rites et par la vénération des tombes des légionnaires disséminées à travers le monde.

Les obligations morales sont simples, et dictées par le code d’honneur : “tu n’abandonnes jamais ni tes morts, ni tes blessés, ni tes armes”. Elles sont aussi données par la cohorte des 40 000 légionnaires morts au combat qui veillent sur leurs jeunes. En retour, ces derniers ont le devoir d’être à la hauteur du glorieux passé dont ils ont hérité de leurs anciens. Cet aspect de la mémoire est essentiel pour ancrer les jeunes légionnaires dans l’histoire collective prestigieuse de la Légion en général et de leur régiment en particulier. Il s’agit d’un réel besoin d’identifi cation au passé glorieux de la Légion. Ces dernières années, de nombreuses initiatives ont vu le jour, grâce à la volonté de sous-offi ciers déterminés : un mémorial avec le nom de tous les cadres et légionnaires du régiment, morts au combat, a été créé à Calvi, à Nîmes, à Laudun, à Saint-Christol. Je salue également le travail de bénédictin fait par le major (er) Midy, de la FSALE, qui recherche dans les archives et recense depuis plusieurs années les noms de tous les légionnaires morts au combat. Je voudrais également avoir une pensée toute particulière pour tous les volontaires vietnamiens qui sont tombés en combattant avec les légionnaires, dans les unités de Légion, en Indochine. Prochainement, nous inaugurerons une plaque en leur mémoire à l’entrée du musée d’Aubagne.

Les rites sont relatés dans nos chants “un copain dit au bord d’notre trou quelque bout d’prière”, par les témoignages lus dans KB ou dans les livres sur les obsèques tant d’un légionnaire anonyme que d’un maréchal de la Légion. Aujourd’hui, ces rites se traduisent aussi par le cérémonial immuable pour nos morts qui allie solennité du geste et simplicité légionnaire.

Le culte des morts s’exprime enfi n et beaucoup par les tombes, par les soins apportés à leur édifi cation et à leur entretien. Le Foyer d’entraide de la Légion étrangère s’attache à cette mission avec détermination.

Le 2 novembre, le 11 novembre, les légionnaires d’aujourd’hui, entourés de leurs anciens, rendront les honneurs à leurs morts, dans les carrés Légion des cimetières, aux monuments aux morts, à certains mémoriaux, au Coudoulet, à Puyloubier... Il s’agit d’un devoir, d’une mission aussi noble que celle de s’entraîner au combat, aux valeurs éducatives que l’on ne soupçonne pas. Comme Victor Hugo, ils penseront : “Ceux qui pieusement sont morts pour la patrie Ont droit qu’à leur cercueil la foule vienne et prie. Entre les plus beaux noms leur nom est le plus beau. Toute gloire près d’eux passe et tombe éphémère ; Et, comme ferait une mère, La voix d’un peuple entier les berce en leur tombeau !”

Ce peuple entier, c’est la Légion d’aujourd’hui, qui clame pour les hommes sans nom ce qu’écrivait en 1885 le capitaine de Borelli : “Mes morts, je vous salue, et je vous dis : Merci !”


"Sans peur, en route pour la Légion !"

Editorial du COM.LE du Kepi blanc N° 791

"La famille s’agrandit !". Par ce titre de couverture, KB met en avant sept remises de képi blanc, 66 sous-officiers nouvellement nommés et davantage encore de spécialistes brevetés. Ce succès a une genèse : la qualité du recrutement. "Recruter des volontaires pour en faire des légionnaires" chante le Groupement de recrutement de la Légion étrangère. C’est l’objet du dossier de ce mois-ci.
Le recrutement à la Légion étrangère est un vrai sujet, qui depuis 1831 suscite a minima de la curiosité, toujours une part de mystère, souvent des fantasmes, parfois de la calomnie, mais jamais d’indifférence. Sa richesse vient bien sûr de la diversité des origines des légionnaires (aujourd’hui 154 nationalités), mais la Légion n’est pas l’ONU ! Cette richesse vient d’abord et surtout de la démarche initiale de volontariat du candidat à l’engagement, dont il est très difficile de déterminer la motivation profonde : mais franchir la porte d’un poste de recrutement de la Légion, a fortiori pour un étranger, est surtout un acte de courage.

Pourquoi s’engage-t-on à la Légion étrangère ? "À cette question, il y a presque autant de réponses qu’il y a de candidats, car le coeur et la volonté des hommes sont mus par des pulsions les plus variées", répondait humblement le général Gaultier, qui précisait par ailleurs : "Le légionnaire anonyme ! C’est celui qui certain matin éclatant de soleil ou certain soir déjà envahi par la nuit a débarqué du train à Marseille, lourd d’un passé qui ne regarde que lui et qui ne sera scruté, avec toute la discrétion requise, que pour évincer les brebis galeuses indignes de l’honneur de porter le képi blanc et germes de contamination. Encore hésitant, il est attiré par le havre où il pourra oublier ses misères, guérir de ses blessures, se racheter de ses fautes, fuir la géhenne d’une existence trop veule ou mal engagée ou décevante ou trop avare de ses faveurs, contracter des amitiés et vivre avec elles et avec honneur dans l’exaltation d’aventures avouables."

Cet acte de courage est intrinsèquement libre. C’est ce qu’écrivait le légionnaire Martin, engagé dans les années 1920, dans son livre "Je suis un légionnaire", préfacé par le général Rollet : "La seule impression qui me soit restée de cette première semaine au Fort Saint-Jean en attendant l’embarquement, la seule que j’ai éprouvée, fut un immense soulagement, un apaisement total à me sentir ainsi détaché de tout."

La meilleure description de la typologie du recrutement de la Légion étrangère est celle faite par les légionnaires eux-mêmes, à travers leurs chants. Ils traduisent :
- la motivation : "quand on a une fi lle dans l’cuir, et que la vie vous dégoûte, on s’engage sous le fanion vert et rouge de la Légion, et sac au dos on prend la route" ; "quand on a bouffé son pognon ou gâché par un coup d’cochon toute sa carrière, on prend ses godasses sur son dos et l’on file au fond d’un paquebot aux légionnaires" ;
- la diversité : "On y trouve des copains d’partout, y en a de Vienne de Montretout, pas ordinaires, des aristos et des marlous qui se sont donnés rendez-vous aux légionnaires. Y a des avocats des médecins, des juges, des marquis, des roussins, d’anciens notaires, même des curés qui sans façon baptisent le Bon Dieu d’sacrés noms, aux légionnaires";
- les blessures intérieures et physiques : "Nous les damnésd’la terre entière, nous les blessés de toutes les guerres, nous ne pouvons pas oublier un malheur, une honte, une femme qu’on adorait" ;
- le volontariat : "nous sommes tous des volontaires, les gars du 1er Étranger".

Cette diversité est également soulignée par le général Gaultier : "il n’y a pas un type de légionnaire ; il n’y a que des cas particuliers dans le temps et dans l’espace". Comment le recruteur détectet-il donc, dans cette diversité, le futur légionnaire ? D’abord, par sa propre expérience de légionnaire. Il ne s’agit pas d’une cooptation, mais plutôt d’un premier filtre. C’est ce qu’explique le Général Hallo dans son livre Monsieur Légionnaire : "Dans la pratique, les recruteurs eurent beaucoup plus souvent à dissuader qu’à persuader et jamais à imposer". C’est la raison majeure, pour laquelle le recrutement à la Légion étrangère n’est pas "racoleur". Comment alors attirer le candidat avec le succès que l’on connait sans racolage ? Sans doute pas par des trouvailles de communicants ou publicistes en quête de slogans ou de logos, souvent facturés très chers, et parfois plus déroutants que convaincants, mais en s’inspirant des affiches, oeuvres des légionnaires eux-mêmes, qui susciteront chez le candidat une soif de liberté. Le général Hallo écrivait à ce sujet : "il est intéressant de noter que ces affi ches représentent toujours un légionnaire ou seulement une tête de légionnaire avec le képi blanc à l’exclusion de tout autre motif évoquant l’exotisme ou l’aventure. Ces affiches, de tous temps, n’ont jamais été que l’évocation de la Légion comme une fin en soi". Alors, terminons en chantant le dernier verset plein de bon sens du chant "Adieu vieille Europe" : "Sans peur, en route pour la Légion !"


Le général vous félicite, le caporal vous remercie…

Éditorial du COM.LE du Képi blanc N° 790

 

Il y a quelques jours, la Légion étrangère clôturait, au son du Boudin, le défi lé à pied sur les ChampsÉlysées. “Hâte-toi lentement” disait l’empereur Auguste. C’est précisément l’image que dégagèrent ce matin-là les pionniers, la musique et la 13e Demi-brigade de Légion étrangère en descendant la plus belle avenue du monde de leur pas lent et martial, donnant l’impression d’un bloc que rien ne pouvait ni stopper ni disloquer. Me vinrent à l’esprit, quand je vous aperçus, ces vers du capitaine de Borelli parlant de sa Légion :

“Jamais Garde de Roi, d’Empereur, d’Autocrate, de Pape ou de Sultan : jamais nul régiment chamarré d’or, drapé d’azur ou d’écarlate, n’alla d’un air plus mâle et plus superbement.”

Le défilé du 14 juillet 2016 est venu clore une année particulièrement riche pour vous, du rapatriement de la Phalange magnifi que à la création de cinq unités élémentaires supplémentaires dans les autres régiments de Légion. Au total, cette manoeuvre, qui sera totalement achevée en 2018, aura vu vos rangs gonfl er de plus de 2 000 hommes, soit un cinquième du renforcement de la force opérationnelle terrestre. Ce test grandeur nature de la réactivité et de l’adaptabilité de votre institution a permis au chef que je suis de mesurer à quel point l’impression de puissance collective qui se dégage de vous dans les défilés est également de mise dans l’accomplissement de votre devoir. La tâche était aride mais le défi fut relevé. Vous avez été au rendez-vous, un rendez-vous avec l’Histoire.

Votre fidélité à la mission vous a permis de mettre sur pied, dans des délais extrêmement courts, ces cinq compagnies supplémentaires et de les engager ensuite dans des missions opérationnelles, en particulier sur le territoire national. Votre esprit pionnier et votre rusticité ont rendu possibles la montée en puissance et l’installation de la 13 au Larzac dans des délais extrêmement contraints. Rien n’aurait été réalisé sans un engagement plein et entier de chacun d’entre vous, derrière vos offi ciers. Avec une sérénité de tous les instants mais au prix d’un travail que je sais acharné, vous avez démontré qu’on pouvait tout vous demander. Paraphrasant le maréchal de Mac Mahon à Magenta, je peux affirmer que lorsque la Légion est en marche, “l’affaire est dans le sac”.

Pour tout cela, le général vous félicite !

Lorsque, le 29 juin dernier, le général de division Jean Maurin, commandant la Légion étrangère, me remettait, au camp du Larzac, les galons de caporal d’honneur de la Légion étrangère, je mesurais l’honneur qui m’était fait d’appartenir désormais à votre grande et belle institution.

Honneur, fidélité ... C’est au général Rollet que la Légion doit cette devise inscrite en lettres d’or dans les plis de vos drapeaux et étendards. C’est au même Père Légion que l’on doit l’honorariat dont je suis aujourd’hui le fi er bénéfi ciaire.

Honneur, fi délité … En retour de l’honneur que vous me faites en m’accueillant comme l’un des vôtres, recevez ma fidélité ; fi délité à la Légion étrangère, à ses membres, à ses anciens, à ses blessés et à ses morts. Lamarana, Simi, Palade, Khapangi, Halili, Hetenyi(1), vos noms font aussi partie de l’histoire récente de la Légion à qui vous avez tout donné. Ce galon est imprégné de votre souvenir. Caporal comme vous, je me sens désormais de votre famille. J’en ressens une grande fierté, mais j’en mesure aussi la lourde responsabilité.

Je reçois également en héritage votre Code d’honneur que je fais désormais mien. J’y relève les mots d’Honneur et de Fidélité, mais également ceux de Solidarité, de Discipline, de Camaraderie, de Respect, de Loyauté … Des mots dont notre pays a tant soif, des valeurs que je partage pleinement. Je fais enfi n mien ce commandement que vous avez reçu du maréchal Canrobert à Sébastopol, commandement qui m’oblige comme il vous oblige tous : “À la bonne heure, braves légionnaires, servez d’exemple aux autres”.

Pour tout cela, le caporal vous remercie !

Général d’armée Jean-Pierre Bosser, chef d’État major de l’armée de Terre


Dossier de Presse 14 juillet 2016


“Formés et prêts”

Éditorial du COM.LE du Képi blanc N° 789

À ce titre de la couverture de ce Képi blanc, qui n’est pourtant pas une devise mais pourrait très bien l’être, je rajouterais volontiers : pour que chaque cadre et légionnaire engagé un jour au combat ne dise jamais “pas prêt, trop tard !”

La qualité de la formation des légionnaires est soulignée dans ce numéro de KB dans deux domaines : les spécialités enseignées au 4e Étranger, et l’appropriation du véhicule blindé de combat d’infanterie (VBCI) au 2e REI.

L’arrivée des VBCI au 2e REI est une nouvelle page de l’histoire militaire de ce régiment innovateur. Elle s’inscrit dans la volonté permanente d’allier à l’amélioration de la puissance de feu des troupes la recherche d’une meilleure mobilité. Les Perses, les Carthaginois puis les Romains se servirent avec succès de l’éléphant en lui faisant porter une tour dans laquelle s’abritaient les frondeurs. Mais les soldats n’en descendaient pas pour se battre, et on peut pour cela les considérer comme les précurseurs des tankistes.

Bonaparte organisa en Égypte un corps d’infanterie montée qui n’utilisait les dromadaires que pour poursuivre l’ennemi, pour le combattre ensuite à pied.

Dans l’armée française, en juillet 1843, le mulet fut choisi pour la 1re fois comme monture, à Boghar : 1200 mulets équipèrent deux bataillons d’infanterie. Pour cette fois, la Légion ne fût pas de la partie. Mais 23 ans plus tard, au Mexique, un détachement du Régiment étranger fit en 13 heures 23 lieues à dos de mulet pour surprendre avec succès une bande rebelle.

D’aucuns font remonter la première utilisation des animaux pour le transport de la Légion à 1853, lorsque le colonel Desvaux monta 200 légionnaires sur chameaux à l’occasion de la colonne en direction de Ouargla.

La reconnaissance par le baptême du feu de la première compagnie montée de la Légion étrangère remonte à mars 1881 dans le sud Oranais pour contrer l’insurrection du marabout Bou Amama qui razzie les tribus, massacre les Européens à Kralfallah, remonte à Géryville et retourne tranquillement au Maroc avec son butin. Les cinq colonnes (essentiellement d’infanterie, par défection de cavaliers locaux) qui sont à ses trousses, trop lourdes, courent inutilement derrière un ennemi à la mobilité étonnante. On se souvient alors qu’un mulet mange moins d’orge qu’un cheval et qu’il peut transporter deux ou trois hommes au lieu d’un. Soixante légionnaires, choisis parmi les meilleurs, créent la 1re unité montée. Sous les ordres du colonel de Négrier, ils parcourent 150 kilomètres en deux jours, tombent sur l’arrière garde des rebelles et récupèrent une partie du butin.

Ce premier succès n’empêche pas chez les légionnaires la quête permanente de l’innovation. Au début, chaque homme a son mulet ; puis la pénurie d’animaux et la quantité de fourrage à emporter font réduire les mulets à un pour trois hommes, ce qui n’est pas satisfaisant. La formule définitive sera d’un mulet pour deux hommes.

En 1892, une des unités du 2e Étranger s’organise en compagnie montée, avec des mulets, pour mieux poursuivre les troupes de Samory qui se dérobent sans cesse dans la steppe et les marigots du Soudan (Mali), puis traverse le désert sur 1 000 kilomètres pour rejoindre Sidi-Bel-Abbès : la monture est définitivement domptée par le légionnaire.

Depuis sa jeunesse, la Légion étrangère est innovatrice. L’histoire des compagnies montées le prouve : le pari de faire “une infanterie dont on attend des services d’infanterie” (instruction du général de Dumon du 12 juillet 1888), et non une “cavalerie d’un genre bâtard, comme l’Infanterie anglaise montée de la même époque”, est gagné. Comme en 1888, le défi du 2e Étranger, avec l’arrivée du VBCI est donc bien de rester “un régiment d’infanterie dont on attend des services d’infanterie”.

Cet esprit d’innovation se poursuit dans les années 1920-1930 avec la création des pionniers, des transmetteurs et des radiographistes pour les postes isolés. L’arrivée ultérieure des cavaliers, puis des parachutistes et des sapeurs, s’inscrit dans cette dynamique.

À la Légion, ce souci de l’innovation est toujours enrichi par un savoir faire particulier : celui de la quête du meilleur, né de l’amalgame des nationalités, et suscité par le génie français qui sait mettre en avant les qualités de chacun en refusant tout communautarisme.

Les Allemands et les Russes sont nombreux dans les rangs du jeune 1er REC. Ils sont indispensables pour apprendre aux légionnaires le combat à cheval. Cet apport de savoir-faire se développe dans le “moule Légion” : un témoin de l’époque relate que les jeunes légionnaires cavaliers n’avaient ni les qualités des Uhlans allemands, ni celles des Cosaques russes, mais qu’ils avaient puisé chez eux leurs meilleurs atouts, pour les intégrer aux qualités légionnaires.

Le creuset de la formation légionnaire, c’est aujourd’hui d’abord le 4e Étranger : des jeunes engagés volontaires, le 4 en fait des légionnaires. Il forme les gradés et les sous-officiers. Grâce à l’expérience de ses cadres acquise dans les régiments des forces, d’outre-mer, en opérations ou à l’entraînement, il forme les auxiliaires sanitaires, les transmetteurs, les conducteurs, les secrétaires, les moniteurs de sport, les mécaniciens, les cuisiniers, qui sont et qui restent des légionnaires, c’est-à-dire, d’abord des combattants unis par le même fanion vert et rouge et la même volonté d’en découdre. Cet engagement quotidien sans cesse renouvelé pour la quête du “meilleur”, et ce souci constant de l’innovation doivent rester les atouts majeurs de la formation à la Légion étrangère.

Qu’elle soit individuelle ou collective, de base ou spécialiste, la formation est notre défi constant. Elle doit être sans cesse encouragée et renouvelée, combien de fois l’a-t-on parcourue cette petite piste ! Car c’est elle qui permet au légionnaire, qui a martelé bien des routes…, tête haute sans tourner les yeux, l’âme légère et le coeur joyeux, de suivre sa route sans peur de tomber, avec honneur et fidélité.
Formons, et soyons prêts !


Dossier de Presse Passation de Commandement le mercredi 29 juin 2016.


La voûte de gloire.

Éditorial du COM.LE du Képi blanc N° 788

La voûte de gloire.

Ainsi est qualifiée l’histoire des drapeaux de la Légion étrangère dans le livre d’or de 1931.
En ce Camerone 2016, deux de nos drapeaux ont été honorés : la cravate du drapeau du 1er REG a reçu la croix de guerre des TOE avec une barrette gravée “6e REG”. L’olive aux couleurs de la médaille militaire a été remise à la fourragère aux couleurs de la valeur militaire ornant le drapeau du 2e REP.

Que signifient ces gestes rituels honorant tout un régiment ? Derrière le changement de numéro, le 6e REG et le 1er REG ne font qu’un : le même quartier, la même mission, les mêmes hommes, la même histoire, la même communauté de destin, issue de Camerone inscrite sur les plis du drapeau, baptisée au feu lors de la Guerre du Golfe et qui continue More majorum à servir “par le sang versé” comme en témoigne la mort pour la France du major Nikolic au Mali en juillet 2014. La prochaine étape de cette reconnaissance est l’obtention de l’inscription “Koweit 1990-1991” sur le drapeau du 1er REG.

La modification du décret sur la fourragère aux couleurs de la valeur militaire lève l’impératif d’unicité du théâtre d’opération pour le décompte du nombre de citations ouvrant droit à la progression dans la reconnaissance des mérites. Avec ses 4 palmes gagnées à Loyada-Kolwezi, en Afghanistan à deux reprises, au Mali, le drapeau du 2e REP est le 1er drapeau à recevoir l’olive de la médaille militaire sur la fourragère aux couleurs de la valeur militaire.

La signification profonde de ces récompenses collectives est à chercher dans l’histoire militaire en général, et à la Légion étrangère en particulier.
Il est aisé de comprendre que récompense et mérite sont liés. Dans l’histoire, la récompense est d’abord individuelle. La faute est à la peine ce que le mérite est à la récompense. D’ailleurs, dans le Code de la défense, les récompenses sont abordées au chapitre discipline : “Il appartient au chef de récompenser les subordonnés qui le méritent”. Les chefs politiques ou militaires ont toujours voulu rendre plus juste le système des récompenses : l’ordre royal et militaire de Saint-Louis, créé par Louis XIV, fut pendant 137 ans l’un des ordres militaires les plus prestigieux d’Europe et le plus populaire en France, parce que pour la 1re fois il n’était pas nécessaire d’être noble pour y être admis. La notoriété de cet ordre fut telle que Bonaparte, Premier consul, en garda la couleur rouge du ruban lorsqu’il institua la Légion d’honneur. Après la Guerre de 7 ans, Choiseul créa le médaillon des Deux-Epées pour les sous-officiers et les soldats, parce qu’ils étaient exclus du dispositif des récompenses : ce médaillon survécut à la suppression des décorations en 1793, et fut attribué aux officiers de la Convention. Louis XV créa l’institution du mérite militaire, destinée aux nombreux officiers protestants de la vingtaine de régiments étrangers, parce qu’ils n’avaient pas droit à l’ordre de Saint-Louis. Louis Napoléon Bonaparte, en 1852, créa la médaille militaire et déclara lors de la 1re remise : “… Soldats, combien de fois ai-je regretté de voir des soldats et des sous-officiers rentrer dans leurs foyers sans récompense, quoique par la durée de leurs services, par des blessures, par des actions dignes d’éloges, ils eussent mérité un témoignage de satisfaction de la patrie ! … C’est pour le leur accorder que j’ai institué cette médaille… Elle assurera 100 francs de rente viagère ; c’est peu, certainement ; mais ce qui est beaucoup, c’est le ruban que vous porterez sur la poitrine et qui dira à vos camarades, à vos familles, à vos concitoyens que celui qui la porte est un brave”.

En 1915, le député Driant proposa de créer “un ordre récompensant la valeur militaire, mais en lui donnant un nom bref qui sonne clairement et qui, à lui seul, exclut la faveur de l’ancienneté. On l’appellera la Croix de guerre”. Les aigles, emblèmes ou drapeaux furent les premières récompenses militaires collectives. En France, il faudra attendre le 1er Empire pour que, s’appuyant sur l’usage antique, la pratique consistant à symboliser la reconnaissance sur les emblèmes refasse son apparition. Sur ce thème, les Russes devancèrent Napoléon, puisqu’en 1800 eurent lieu les premières attributions de drapeaux à des régiments en récompense d’actions militaires : ce furent les prototypes des bannières de Saint-Georges, attribuées en 1806.

Le 2e Étranger, après sa création, attendit trois ans son drapeau qui lui fut remis en 1844 “en récompense de la belle conduite des compagnies d’élite à Biskra et dans l’Aurès”.
Napoléon III arrêta en 1859 “que le régiment qui prendrait un drapeau à l’ennemi porterait la croix de la Légion d’honneur”.
Créée en 1916, la fourragère aux couleurs de la croix de Guerre fut valorisée par la mise en place d’un système progressif d’attribution d’autres fourragères (médaille militaire, Légion d’honneur, fourragère tricolore devenue double fourragère…) en rapport avec le nombre de citations obtenues. Il s’agissait là d’une proposition du général Pétain, commandant en chef, faite à Clémenceau après les mutineries de 1917, pour dynamiser l’esprit de corps. Le journal La liberté du 2 août 1918 rapporte : “Depuis hier, on rencontre sur le boulevard de beaux soldats, habillés de kaki, la poitrine constellée de décorations et ornée de la fourragère tricolore. Ce sont des légionnaires, dont les hauts faits ne se comptent plus. Ils viennent pour la 3e fois d’être cités à l’ordre de l’Armée et comme ils avaient été les premiers de tous nos régiments à obtenir d’abord la fourragère jaune et verte, puis la fourragère rouge, ils viennent de gagner la fourragère tricolore”.

En ce Camerone 2016, où deux de nos drapeaux ont été honorés, rappelons-nous l’origine de la commémoration du combat de Camerone. Ce n’est que le 30 avril 1906, soit 43 ans plus tard, que fut célébré pour la 1re fois l’anniversaire du combat de Camerone, au poste de Ta-Lung (Tonkin) tenu par 120 légionnaires commandés par le lieutenant François. Ayant appris que le drapeau du 1er Étranger avait reçu la croix de la Légion d’honneur, quatre jours avant à Sidi-Bel-Abbès, il fit pavoiser le poste et décorer de feuillages le casernement et organisa une prise d’armes. Il passa lentement en revue le détachement pour marquer la solennité de ce jour extraordinaire. Connaissant l’histoire de son régiment, il parla à ses légionnaires avec des mots simples compris de tous pour exalter devant eux la signification de la décoration du drapeau. Ayant auparavant écouté avec attention les témoignages des anciens légionnaires ayant combattu au Mexique, de mémoire, il fit à son détachement le récit du combat de Camerone. Puis il demanda à ses légionnaires de ne jamais oublier l’exemple de leurs anciens de Camerone, et de savoir, comme eux, quand il le faudra, mourir pour l’honneur du drapeau. Quand il eut terminé, il tira son sabre et fit présenter les armes au drapeau chevalier de la Légion d’honneur, comme s’il avait été là devant eux.
Ce 30 avril 1906, le lieutenant François fit plus que lancer le rite de Camerone. Il comprit et fit comprendre à ses légionnaires ce que sont les récompenses collectives militaires.


Ordre du jour N° 17 du COM. LE - Camerone 2016


“On ne refuse rien à des hommes comme vous !”

Éditorial du COM.LE du Képi blanc N° 787

C’est en ces termes, le soir de Camerone, que l’officier mexicain rendit les honneurs au caporal Maine et aux légionnaires Wensel et Constantin. Encore debout au milieu de leurs camarades morts ou blessés, nos trois légionnaires étaient encore prêts au combat sans espoir, et au sacrifice pour le respect de la parole donnée et la réussite de la mission confi ée. Ils furent “ce dernier reste avec quoi on gagne les batailles” comme le disait le maréchal Foch. La bataille de Camerone a bien été gagnée : le gros convoi emportant trois millions en numéraire ne fut pas attaqué par les Mexicains qui avaient subi trop de pertes pour relancer le combat ; mais surtout, la plus grande victoire des hommes du capitaine Danjou fut le respect qu’ils inspirèrent à l’ennemi.

Pourquoi ces 3 officiers ces 62 sous-officiers et légionnaires de la 3e compagnie ont-ils subjugué l’ennemi, jusqu’à ce qu’il leur rende ainsi les honneurs ? Dans l’éditorial du KB de Camerone de l’an dernier, reprenant la phrase célèbre du caporal Berg “Elle n’avait que de bons soldats”, j’avais souligné la qualité exceptionnelle de cette 3e compagnie. Le maréchal Forey l’avait écrit dans son ordre du jour du 30 août 1863 : “Il n’est pas besoin de dire ma conviction intime qu’en pareille circonstance il n’est pas une seule compagnie qui ne fi t comme la 3e compagnie du 1er Bataillon du Régiment étranger.” Cette compagnie avait d’abord un excellent chef, le capitaine Danjou.

Le caporal Maine écrivait de lui : “Sorti l’un des premiers de Saint-Cyr, jeune encore, estimé de ses chefs, adoré de ses soldats, le capitaine Danjou était ce qu’on appelle un officier d’avenir. Grièvement blessé en Crimée et resté manchot du bras gauche, il s’était fait faire une main articulée dont il se servait avec beaucoup d’adresse même pour monter à cheval.

Autant que son courage, ce qui le distinguait surtout, c’était cette sûreté, cette promptitude du coup d'œil qu’on ne trouvait jamais en défaut… Calme, intrépide au milieu du tumulte, il semblait se multiplier. Je le reverrai toujours avec sa belle tête intelligente où l’énergie se tempérait si bien par la douceur ; il allait d’un poste à l’autre, sans souci des balles qui se croisaient dans la cour, encourageant les hommes par son exemple, nous appelant par nos noms, disant à chacun de nobles paroles qui réchauffent le cœur et rendent le sacrifice de la vie moins pénible, et même agréable, au moment du danger. Avec de pareils chefs je ne sais rien d’impossible”.

Parfaitement commandée, cette compagnie était particulièrement soudée, malgré la diversité de ses membres, comme le souligne à nouveau le caporal Maine :

“Comment ces hommes, si différents d’origine, de mœurs et de langage se trouvaient-ils partager les mêmes périls à tant de lieues du pays natal ? Par quels besoins poussés, par quelle soif d’aventures, par quelles séries d’épreuves et de déceptions ? Nous ne nous le demandions même pas ; la vie en commun, le voisinage du danger avaient assoupli les caractères, effacé les distances, et l’on eut vraiment cherché entre des éléments aussi disparates une entente et une cohésion plus parfaites. Avec cela tous braves, tous anciens soldats, disciplinés, patients, dévoués à leur chef et à leur drapeau.”

Cette compagnie mourut, selon les termes mêmes du caporal Berg, blessé, qui rendit compte des faits au colonel Jeanningros : “La 3e du 1er est morte, mon colonel, mais elle en a assez fait pour que, en parlant d’elle, on puisse dire : elle n’avait que de bons soldats !”. Mais cette mort, dans le vacarme et le sang, donna naissance à LA tradition légionnaire et ses quatre piliers : le caractère sacré de la mission, la rigueur de l’exécution, la solidarité et le culte du souvenir.

Commémorons donc Camerone ! Car fêter Camerone, c’est d’abord se souvenir du 30 avril 1863, mais aussi des autres Camerone de la Légion : Tuyen-Quang au Tonkin, El Moungar dans le Sud Oranais, Aïn Mediouna au Maroc, Messifré et Rachaya en Syrie, Bir-Hakeim en Libye, Phu-Tong-Hoa, la RC4, et Dien-Bien-Phu en Indochine, Beni-Smir en Algérie, pour ne citer que les plus célèbres. Fêter Camerone, c’est aussi comprendre que tout légionnaire, quel que soit son grade, doit mettre son honneur à mériter confiance dans l’exécution rigoureuse des missions quelles qu’elles soient. Fêter Camerone, c’est surtout renouveler solennellement et individuellement chaque année le serment de servir honnête et fidèle, s’il le faut jusqu’au sacrifice ultime, more majorum.

L’année 2016 est marquée par le 40e anniversaire de Loyada, qui ouvrit un cycle quasi ininterrompu jusqu’à nos jours d’opérations au cours desquelles la Légion remplit avec brio toutes les missions confiées. Ce succès est d’abord dû à la génération d’Indochine et d’Algérie qui a transmis le flambeau aux plus jeunes générations en les formant avec rigueur. En désignant le général (2s) Grosjean comme porteur de la main 2016 -il fut commandant de compagnie à Beni-Smir-, j’ai donc souhaité mettre en exergue la continuité entre les guerres passées et les engagements actuels. Le capitaine (er) Milésie et le major (er) Jorand, qui l’accompagneront le 30 avril sur la voie sacrée, ont fait leur instruction de jeune légionnaire sous ses ordres à la fi n des années 1960.

Ils se sont illustrés à Loyada en 1976. Le sergent-chef Da Silva Braga, médaillé militaire et trois fois cité lors d’opérations récentes suivra le porteur. Par ce rite immuable de la remontée de la voie sacrée, ils rendront les honneurs au capitaine Danjou et à ses hommes que l’on ne remerciera jamais assez d’avoir donné à la Légion le nom de Camerone. Avec eux, où que nous soyons, rappelons-nous que les 40 000 légionnaires tombés pour la France nous obligent à mériter chaque jour la confiance des hommes de Camerone, auxquels on ne doit rien refuser.


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