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Légionnaire toujours...

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Point presse ministériel : Les défis actuels de la Légion étrangère

Publié le 27/04/2017

 

Les défis actuels de la Légion abordés lors du point presse ministériel du 27 avril, à Balard. Pourquoi la Légion ? Qu’est-ce que la Légion aujourd’hui ? Et enfin, qui sont les légionnaires ?

Pourquoi la Légion étrangère ?


La France a toujours eu à son service des soldats étrangers : compagnie écossaise, garde Suisse, hussards Hongrois, ou encore Mameluks. La « Grande Armée » napoléonienne rassemblait presque l’Europe entière. Mais ce n’est qu’en 1831, grâce à une loi de Louis Philippe, qu’est fondée la Légion étrangère, regroupant toutes les unités composées d’étrangers.  

Depuis, l’état français a souhaité préserver cette Légion constituée d’étrangers, et lui a renouvelé sa confiance, en acceptant de manière exceptionnelle que la Légion recrute, dès le temps de paix, des étrangers pour porter les armes de la France. Aujourd’hui, la loi du 24 mars 2005 portant statut général des militaires réaffirme cette volonté. Le décret de 2008, relatif aux militaires servant à titre étranger, encadre ce choix politique. Et c’est surement là, en premier, dans ces textes, que se trouve la légitimité de la Légion.

Et puis, cette présence continue depuis presque 2 siècles s’explique par la manière dont la Légion remplit son contrat… avec honneur et fidélité, avec le culte de la mission et la conception héroïque de celle-ci, sans rien attendre en retour et souvent au prix du sang. Pierre Messmer disait : “J’ai choisi la légion car je voulais faire la guerre avec des gens sérieux”. Nous sommes des soldats sérieux. La lecture rapide de l’histoire de la Légion le montre clairement. Ses combats sont ceux de la France. Il n’est pas question de mythe, mais bien de faits historiques, de sueur, de sang et de sacrifices. Les français savent tout cela. Ils savent que la Légion a toujours été le fer de lance de la France pour les opérations militaires rustiques, dans un environnement violent. Les livres d’histoire retiennent tous les combats qui ont taillé, à travers le monde, la réputation des légionnaires. Faut-il ajouter des mots aux 42 000 étrangers morts sous le képi blanc au service de la France ? C’est cela que les français applaudissent au passage de la Légion lors du défilé du 14 juillet.


Mais si la Légion perdure, c’est aussi parce qu’elle a su s’adapter. Et cette capacité est dans son ADN. La Légion s’adapte au monde, parce c’est de là que viennent les légionnaires. Elle s’adapte aux évolutions des guerres modernes, aux tactiques, aux zones difficiles. Elle s’adapte à l’environnement interallié, international. Elle s’adapte à la menace intérieure en participant aux opérations Sentinelle, Harpie. Elle s’adapte aux outils mis à sa disposition. Non seulement elle s’adapte, mais elle propose. Laboratoire pour la professionnalisation militaire conduite à partir de 1997, force de proposition pour l’armée de Terre pour la formation, la tactique, l’expérimentation de matériel. La Légion assimile les facteurs de progrès et elle le fait sans perdre ses fondamentaux.

De tout cela, il faut retenir que la Légion fut créée par un roi, qu’elle fit Camerone sur ordre d’un empereur et qu’elle offrit ses plus grands sacrifices sous la République... que son existence résulte de la loi… et que les français disent, comme le Ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian en 2013,  leur« Fierté que ces étrangers, venus de près de 150 pays, aient fait le choix de la France. Fierté qu’ils aient choisi de la servir par les armes. Fierté enfin de pouvoir compter sur des soldats d’exception » ; ils soulignent « une troupe d’élite, reconnue dans le monde entier ». On ne se défait pas d’une pièce maîtresse.

 

Qu’est-ce que la Légion aujourd’hui ?



Elle reste avant tout une force combattante de l’armée de Terre, commandée par des officiers français. Forte de 8600 hommes, affectés au sein de onze régiments d’infanterie, de génie ou de cavalerie. Elle représente 11% de la FOT, 9% de l’armée de Terre et 7% des terriens. Elle est pleinement intégrée dans la maquette moderne de l’armée de Terre et participe massivement à la remontée en puissance de la Force opérationnelle terrestre de 66 000 à 77 000 hommes, validée lors de l'actualisation de la loi de programmation. Sur 33 unités élémentaires créées dans ce cadre, 12 le sont au sein de la Légion étrangère… soit 1/3 de l’effort.

Dès lors, après avoir connu des plans de recrutement à moins de 1 000 engagés, la Légion recrute 1 800 légionnaires dès 2015, 1 700 en 2016 et ouvre un plan de recrutement à 1 300 candidats cette année… Aujourd’hui les engagés de 2015 arrivent dans leur parcours de formation. 640 caporaux, 200 sous-officiers, et quelques 1200 spécialistes seront formés au 4e régiment étranger en 2017. C’est un volume considérable.

Début 2018, la Légion aura atteint tous ses objectifs. Alignée sur ses effectifs, elle aura retrouvé le volume qu’elle avait il y a 20 ans, en passant de 6700 à plus de 8900 hommes. Les nouvelles compagnies seront constituées, la 13 DBLE sera alignée à 1300 hommes, comme les autres régiments d’infanterie. Le personnel sera formé sur tout le spectre des spécialités nécessaires au maintien de la capacité opérationnelle des régiments. Elle aura formé l’encadrement nécessaire à sa nouvelle organisation. L’ancienneté moyenne des militaires du rang sera de nouveau autour des 7 ans, après avoir flirté avec le seuil des 5 ans en 2016. La Légion aura absorbé la vague sans avoir dégradé ni la qualité du recrutement, ni celui de la formation. Elle aura de plus, su préserver toute sa capacité opérationnelle durant cette manœuvre.

En termes de fonctionnement, le général commandant la légion étrangère exerce son autorité sur 11 régiments, en assure la cohérence et la cohésion dans les domaines de la gestion du personnel, de l’instruction et de la formation, de la protection et de la sécurité, de la communication, du patrimoine ou encore de la solidarité. Lui sont immédiatement subordonnés un état-major organique et trois formations spécifiques chargées de la formation (4RE), du recrutement (GRLE) et du soutien (1RE). Six régiments opérationnels (1REC, 1REG, 2REP, 2REI, 2REG, 13DBLE) sont rattachés à une brigade de la Force opérationnelle terrestre (FOT) dont ils dépendent en termes d’engagement. Les deux derniers régiments (3REI, DLEM) restent déployés outre-mer, comme force de souveraineté, et participent à la préservation des intérêts de la France et au maintien de la sécurité dans leur zone de responsabilité.

En plus d’être une force combattante, la Légion étrangère est une exception humaine… un système d’homme… Plus de 140 nationalités s’y côtoient… Plus de 40% d’occidentaux (US compris), presque 22% de slaves, moins de 15% viennent du continent africain, 11% d’asiatiques, 10% viennent d’Amérique latine. La Légion accueille tous les volontaires, dès lors qu’ils arrivent à satisfaire les tests de sélection. Seuls un peu plus de 20% y parviennent. En 2016, 1700 sur 8300. Nous prenons les meilleurs, sur simple déclaration d’identité. Nous n’essayons pas de les persuader de s’engager, c’est aux candidats de nous convaincre. La suite est un contrat de confiance qui engage les deux partis. Cinq ans pour le premier contrat. Cinq années au service exclusif de la France, avec honneur et fidélité, baignées dans le culte de la mission. D’un côté l’acceptation non négociable du système dans sa totalité. De l’autre côté le commandement de la Légion étrangère offre la possibilité d’une autre vie, plus haute. Elle offre une famille “Legio patria nostra”, une estime réciproque, des valeurs intangibles : une véritable égalité des chances basée sur une culture du mérite, un système d’entraide et de solidarité, une fraternité puissante née dans les moments difficiles. Elle offre l’intégration par l’effort, dans la société française.

On ne vend pas du rêve ou de l’émotion. Pas question de flatter les particularités, les petites inclinations personnelles, les tendances ou autres futilités… Tu n’es pas tchèque ou bouddhiste, sportif ou protestant, jaune ou marié… tu es légionnaires, c’est tout. C’est un système rugueux, une histoire d’hommes qui donnent leur parole.

 

A propos d’hommes, qui sont les légionnaires ?



"Têtes brûlées au passé trouble, aristocrates ruinés, amoureux déçus, idéalistes exaltés, enfants du malheur, âmes perdues"… les clichés ont la vie dure, nous en avons joué, le cinéma les a portés, la presse en fait encore ses gros titres… la réalité est un peu différente. Le légionnaire est avant tout un jeune homme de son époque. Il a 23 ans en moyenne, a déjà une certaine maturité et une certaine expérience, souvent militaire. Il a un bon niveau général, est en bonne condition physique. Il y a toujours celui qui vient parce qu’il a faim, parce qu’il veut effacer ses premiers pas maladroits dans la vie, parce qu’il cherche une aventure que n’offre plus la société moderne… mais aujourd’hui nous avons surtout celui qui, ayant tout réussi, dans le sens social où on l’entend de nos jours, décide de venir s’engager parce qu’il sait trouver à la Légion cette fraternité franche, cette considération basée sur ses seules compétences, cet apprentissage de valeurs qui le dépasse, une famille qui se revendique, la texture des mots importants comme le courage, l’entraide, la solidarité. Et cette possibilité de tremper ces mots dans les situations les plus abruptes.

 

Par le Lieutenant-colonel Jean-Philippe Bourban
rayonnement & patrimoine
commandement de la Légion étrangère


Dossier de presse Camerone 2017.


La même solidité que dans la compagnie de Camerone

Le mot du général COM.LE - Képi blanc N° 798

On doit trouver dans toutes les compagnies des régiments étrangers la même solidité que dans la compagnie de Camerone... Il s’agit d’une mission, d’un ordre, plus que d’actualité. Les compagnies nouvelles doivent se tenir plus que jamais prêtes à affronter, tant sur le territoire national qu’en opérations extérieures, l’ennemi actuel : imprévisible, déterminé, destructeur et maléfique.

Le journal de marche du régiment étranger rend compte ainsi du combat de Camerone : « Le 30 avril a lieu le combat de Camerone, un des plus beaux faits d’armes des guerres modernes, combat sous lequel 3 officiers et 62 soldats ont combattu, sans vouloir se rendre, jusqu’à complet anéantissement. Ces gens, de nationalités diverses, soutenus par le sentiment du devoir, se sont fait tuer pour illustrer le drapeau sous lequel ils servaient. » Puis, le journal de marche relate le rapport du 17 août 1863 du chef de bataillon Regnault, commandant provisoirement le régiment étranger, au général de Maussion, commandant la brigade de réserve. Ce rapport se conclut ainsi : « Je suis heureux, mon général, d’avoir à vous rendre un bon compte de la conduite de la 3ème compagnie du 1er bataillon, j’ai espoir que vous approuverez sa bravoure et son énergie comme elle le mérite. Veuillez je vous prie, mettre sous les yeux de son Excellence M. le Maréchal Forey les noms de tous les braves gens qui se sont distingués dans cette journée, et lui garantir que, quand l’occasion s’en présentera, son Excellence trouvera dans toutes les compagnies du régiment étranger la même solidité que dans la compagnie de Camerone. »

 

Il s’agit d’une mission, d’un ordre, plus que d’actualité

Ces deux dernières années, j’avais choisi comme thèmes pour l’éditorial de Camerone les citations célèbres « Elle n’avait que de bons soldats », et « On ne refuse rien à des hommes comme vous ! ». Cette année, je souhaite que la phrase de conclusion du rapport du chef de bataillon Regnault résonne et soit vivante dans chaque compagnie de chaque régiment de la Légion étrangère. « On trouvera dans toutes les compagnies du régiment étranger la même solidité que dans la compagnie de Camerone ». Il s’agit d’une mission, d’un ordre, plus que d’actualité. Car aujourd’hui, avec la création d’une unité supplémentaire au 2ème REI, au 2ème REP, aux 1er et 2ème REG et au 1er REC, et avec la renaissance de celles de la 13ème DBLE, les compagnies nouvelles, et toutes leurs sœurs qui ont mécaniquement été rajeunies, doivent se tenir plus que jamais prêtes à affronter, tant sur le territoire national qu’en opérations extérieures, l’ennemi actuel : imprévisible, déterminé, destructeur et maléfique. La jeunesse de nos compagnies actuelles n’est pas un fait nouveau. N’oublions pas qu’à Camerone, un tiers de la troisième compagnie avait entre trois et neuf mois de service. Mais les officiers, les sous-officiers et les gradés étaient expérimentés et aguerris, et l’amalgame entre anciens et jeunes, une réalité : le deuxième tiers de cette compagnie avait combattu en Crimée ou en Italie, et le troisième tiers avait entre un et quatre ans de services. Cet amalgame d’anciennetés, d’expériences, de nationalités, de caractères, et le commandement exemplaire du capitaine Danjou, qui appelait par leur nom tous les hommes qui venaient de lui être confiés, avaient forgé la solidité de cette compagnie, qui gagna sa plus belle victoire : le respect qu’elle imposa à l’ennemi.

Nous nous apprêtons à fêter Camerone. Qu’au-delà du traditionnel cérémonial annuel du 30 avril, cet ordre de « solidité » nous fasse réfléchir au sens profond de cette commémoration. Car du serment du capitaine Danjou, et de la solidité de sa compagnie, est né à Camerone l’esprit immuable de la Légion. Des Camerone, il y en eut d’autres dans l’histoire de la Légion. Il y en aura d’autres, et ce n’est qu’une question de temps : demain, dans 10 ans ou dans 50 ans, les compagnies, « solides », devront alors se souvenir des hommes du capitaine Danjou, et mettre leur honneur à mériter la confiance léguée par leurs anciens.

 

Fidèles jusqu’au bout, simplement, sans calcul

 

Cette année, le thème « Volontaire » nous amène à rendre un hommage particulier à ceux qui, à l’autre bout du monde, ont cru en la France, l’ont servie à la Légion, souvent au début par faim, mais qui lui sont restés fidèles jusqu’au bout, simplement, sans calcul, sans jamais trahir, souvent au péril de leur vie, et par reconnaissance pour ce que notre pays leur avait apporté. Le sergent-chef (ER) Phong Nguyen Van est l’un d’entre eux. Il est l’un des derniers témoins vivants de ces hommes qui ont tout donné pour la France en rejoignant les rangs de la Légion étrangère au combat, en Indochine. Nul doute qu’en remontant la Voie sacrée, les milliers de supplétifs vietnamiens fidèles à la France, tués ou massacrés par le VietMinh communiste l’accompagneront. Il sera entouré des pionniers et d’un carré de 11 légionnaires venant de chacune des formations de la Légion d’aujourd’hui. Ce carré, la garde actuelle du capitaine Danjou, marque la pérennité de la Légion étrangère entre ses morts, ses anciens et ses jeunes.

Que chaque compagnie prenne exemple sur le capitaine Danjou et sur tous ces volontaires. Que chaque compagnie médite ces paroles de Charles Péguy : « Soyez opiniâtres, ayez la vaillance claire, un courage de belle tenue. Soyez tout ensemble fanatiques et mesurés, forcenés et pleinement sensés. Ayez de la bonne humeur. N’acceptez pas de consentir à l’injustice ni de prendre votre parti de rien. »

Que chaque compagnie se remémore Camerone par ces paroles que citait il y a 60 ans  le colonel Lennuyeux, alors commandant de la Légion étrangère: « Cent ans de gloire et de fidélité vous lèguent ces vertus. Légionnaires, elles sont vôtres. Contre ceux qui en font fi ou les voudraient détruire, dressez-vous, unis : faites Camerone. Camerone n’est pas seulement la fête du courage. C’est la fête des nobles armes, c’est, au combat, la fête des Seigneurs ! »

 

Par le Général de division Jean Maurin commandant la Légion étrangère (Képi-blanc Magazine N°798)


Que dire de plus à un jeune lieutenant en 2017 ?

Publié le 28/03/2017

« Je demande à avoir l’honneur de servir la Légion étrangère». Voici, au moment du « grand amphi », la formule rituelle, la promesse de grandeur, que prononce le jeune Lieutenant lorsqu’il termine sa formation en École d’Arme et choisit sa première affectation.

« Je demande à avoir l’honneur de servir la Légion étrangère»

« Je demande à avoir l’honneur de servir la Légion étrangère». Voici, au moment du « grand amphi », la formule rituelle, la promesse de grandeur, que prononce le jeune Lieutenant lorsqu’il termine sa formation en Ecole d’Arme et choisit sa première affectation. Debout, face à ses cadres, le regard haut, il articule cette phrase qu’il s’est répété si souvent depuis son entrée en formation. Tout est dans la formulation « servir la Légion » et non pas « servir au xième régiment»… Le choix des mots est intentionnellement exigeant. Est sous-entendu qu’il faudra de la disponibilité, de la bienveillance, du courage bien sûr, mais aussi de l’ardeur. Il est fier de ne pas avoir renoncé à se frotter au difficile. Tout ça,le lieutenant le sait d’instinct. Il n’empêche, quelques questions restent en suspend…

L’officier qui entre à la Légion entend d’abord résonner le chant « l’amour du chef, l’obéissance, sont de plus pure tradition ». Il prend alors conscience que la confiance lui est donnée d’emblée, quelle que soit son origine. Saint-Cyrien, EMIA, OAEA, monté par le rang, le légionnaire ne regarde pas ce détail, il va à l’essentiel, il cherche le cœur et l’âme de son chef ! Car c’est bien cela qui est demandé, le reste est acquis dans les écoles de formation de l’armée de Terre : les cadres d’ordres, la formation à l’exercice de l’autorité, la tactique et l’éthique. La psychologie du légionnaire, ses motivations, ses qualités, son cafard, son statut, le lieutenant aura le temps de les distinguer dans son régiment. Entre ces deux temps, le légionnaire, lui, cherche immédiatement l’épaisseur de l’homme chez son lieutenant.

C’est donc bien l’homme qui fait l’ « officier de Légion ». L’homme et sa capacité à aimer ses légionnaires, à toujours trouver du temps pour chacun d’eux, à exiger, à être juste, à montrer l’exemple, à commander. L’homme avec son caractère trempé, ses failles, son engagement et ses valeurs. Ces valeurs doivent être celles dans lesquelles le légionnaire a également forgé son identité. Des valeurs de famille : fraternité, don de soi, esprit sacré de la mission, rusticité. Le lieutenant, ce n’est pas celui qui court le plus vite. C’est celui qui amène sa section complète au meilleur niveau d’endurance. Le Lieutenant, ce n’est pas celui qui tire le mieux, il y a des tireurs d’élite pour ça. C’est celui qui guide le feu, qui cadence la mitraille. Le lieutenant, ce n’est pas un chef de certitudes. C’est un homme de résilience, qui se relève, qui va de l’avant. Le lieutenant, ce n’est pas celui qui boit le plus ou qui parle le plus fort. C’est celui qui est là le soir de Noël, qui sort en ville et qui chante avec ses Légionnaires, qui trinque « à la santé de nos morts », qui reste digne dans ces moments. Le Lieutenant a le même âge que le légionnaire, le même idéal, les mêmes valeurs. Mais il a, en plus, choisi de porter la responsabilité de tout cela au plus haut niveau d’exigence.

L’attitude, c’est ce qui tient l’âme !

Le lieutenant n’est pas seul, il y a les autres officiers. Il y a les compagnons d’armes, les camarades de promo, les aînés et les chefs. Derrière une attitude parfois rigide, des règles d’ancienne politesse, il y a là un type particulier d’officier de Légion. Leurs regards ne proposent aucun itinéraire de fuite mais incitent à affronter ses doutes et à les dépasser. Leurs traits sont creusés aux nuits de veille au grand air. Leur langage sans enluminure est celui des gens de guerre, ils parlent comme on donne des ordres : clair, précis, complet, direct et franc. Ils maintiennent  le voussoiement comme une marque de respect autant qu’une marque de fabrique. L’attitude, c’est ce qui tient l’âme ! Et c'est l’âme des officiers qui a reçu la bonté que l’attitude ne montre pas. Et cette bonté, cette générosité, l’officier de Légion les donne sans compter à ses légionnaires, à ses camarades officiers, à ses frères d’armes.

Alors certains esprits chagrins demanderont : « et la popote des lieutenants, celle dont on parle dès l’école de formation, dès Coëtquidan ?». La popote ! Rien de folklorique, c’est un concentré de traditions distillé au moment du repas, selon un rituel bien établi. Il faut connaître l’origine et la provenance des souvenirs accrochés aux murs, se positionner par rapport à ses anciens, apprendre vite pour être rapidement à l’aise dans l’histoire du régiment et dans ses relations entre officiers. Le temps de la popote est le temps consacré à la formation du lieutenant dans le domaine des traditions de la Légion (chant, histoire, anecdote) et du régiment (opérations, anciens, etc.). Des rumeurs ont traîné sur cette popote, lui collant une aussi mauvaise réputation qu’une certaine presse aime à colporter sur la Légion. Persiflage de mauvaises personnes, assurément ! Au « mess des officiers » aujourd’hui, si on se saoule, c’est d’histoire de conquêtes ou de rapports d’opérations, qui ramènent au même désir de grandeur et de valeur.

Ne laisser rien supposer qui ne soit pas vous !

Que dire de plus à un jeune lieutenant en 2017 ? Aujourd'hui comme hier, la Légion étrangère réclame engagement et enthousiasme, un regard franc, des convictions, et des os bien accrochés. Aujourd’hui encore, tout est possible si vous le voulez ! Si vous demandez à avoir l’honneur de servir la Légion étrangère, il faudra simplement tout donner ! Faites-le avec un esprit libre et ouvert, selon votre caractère, mais toujours avec abnégation. Ne laisser rien supposer qui ne soit pas vous ! Alors vos légionnaires vous le rendront au centuple. Et dans vos régiments vous trouverez, à vos côtés, des frères d’armes avec qui vous irez fréquenter le monde en ébullition et qui vous donneront en échange une Patrie dont ne connaissiez même pas les frontières.

Par le Lieutenant-colonel Jean-Philippe Bourban
rayonnement & patrimoine
commandement de la Légion étrangère


Légionnaire, tu es un volontaire servant la France avec honneur et fidélité

Ce premier article du code d’honneur du légionnaire est l’alpha du credo des képis blancs. Déjà en 1937, le mémento du soldat de la Légion étrangère, commençait en ces termes : « Légionnaire, tu es venu volontairement à nous. De ton gré, tu t’es engagé à servir avec Honneur et Fidélité… Comme tes anciens, tu serviras de toutes les forces de ton âme et, s’il le faut, jusqu’à l’ultime sacrifice, cette Légion devenue ta nouvelle Patrie, et tu conserveras toujours en ton cœur cette devise : « Legio Patria Nostra ». »

Le thème « Volontaire » de cette année 2017 rend hommage à tous ceux qui ont choisi de rejoindre les rangs de la Légion étrangère pour défendre la France. Képis blancs d’hier ou d’aujourd’hui, ou bien supplétifs vietnamiens ou encore harkis combattant dans les rangs de la Légion, leur seule volonté a été d’être à la hauteur de l’héritage légué par nos héros de Camerone, en restant fidèles souvent jusqu’au sacrifice ultime : « dans un monde et une époque de petite foi, ce legs donne la certitude grave, exaltante, durable, d’agir et de servir un idéal d’honneur et de fidélité qui nous dépasse » écrivait le général Olié.

Volontaire et libre.

A l’origine de cet idéal, il y a d’abord le volontariat, expression pleine et tangible de la liberté individuelle. Pourquoi s’engage-t-on à la Légion étrangère ? « A cette question, il y a presque autant de réponses qu’il y a de candidats, car le cœur et la volonté des hommes sont mus par des pulsions les plus variées », répondait humblement le général Gaultier, qui précisait par ailleurs : « Le légionnaire anonyme ! C’est celui qui certain matin éclatant de soleil ou certain soir déjà envahi par la nuit a débarqué du train à Marseille, lourd d’un passé qui ne regarde que lui et qui ne sera scruté, avec toute la discrétion requise, que pour évincer les brebis galeuses indignes de l’honneur de porter le képi blanc et germes de contamination. Encore hésitant, il est attiré par le havre où il pourra oublier ses misères, guérir de ses blessures, se racheter de ses fautes, fuir la géhenne d’une existence trop veule ou mal engagée ou décevante ou trop avare de ses faveurs, contracter des amitiés et vivre avec elles et avec honneur dans l’exaltation d’aventures avouables. »

Cet acte de volontariat est donc intrinsèquement libre. Pierre Mac Orlan écrivait en 1935, dans « Légionnaire » : « les légionnaires sont libres autant qu’un homme peut l’être. Ils paient leur impôt à un seul guichet. Dans quelques années, ce ne sera plus le chômage qui enverra des hommes à la Légion, mais le besoin de reconquérir une liberté de pensée, asservie par une discipline sociale autrement rude que la discipline militaire de la Légion. »

 

Volontaire, discipliné, et déterminé.

Le légionnaire s’engage à servir, en acceptant les règles de la Légion. « Ici, c’est comme çà ! » pourrait-on résumer. Cette discipline stricte mais librement consentie fait la force de la Légion. Elle répond à la fois aux exigences du combat et aux nécessités de la vie en communauté de la famille légionnaire. C’est d’abord en cette unité des cœurs que croit le légionnaire. Déjà en 1937, le mémento du soldat de la Légion étrangère rappelait cette vérité : « la force de la Légion réside avant tout dans la confiance absolue et réciproque qui lie les légionnaires et leurs chefs... Ces chefs sont tes compagnons de souffrance et de danger… »

La détermination est le triomphe du « malgré », comme le dit clairement le général Olié : « rien de grand ne s’accomplit que « malgré », malgré les obstacles dont le plus sévère est l’égoïste instinct de conservation. Tout le courage du soldat est fondé sur le triomphe de ce « malgré ». »

 

Volontaire, honnête et fidèle au service éternel de la France.

Citant un légionnaire, M. Messmer disait : « Beaucoup des hommes qui, au cours des âges, au cours des générations, sont venus à la Légion étrangère, y sont venus pour la liberté. Et en même temps, ils y sont venus par volonté de servir la France. » Dans le livre d’or de la Légion, une personnalité écrivait d’ailleurs : « la France trouve ici son laboratoire d’humanité où scintillent les diversités du monde agrégées sur l’unité des cœurs ».

Le caractère intemporel de la Légion est cité dans le 1er couplet du Boudin, « Au Tonkin, la Légion immortelle… ». Le Maréchal Juin traduisait cette immortalité en ces mots : « Et le temps passera, ces hommes anonymes sous le képi blanc continueront de défiler et de se battre comme ils l’ont toujours fait, relevés par d’autres hommes au même képi blanc, ayant toujours dans les yeux le reflet de cette foi intérieure qui ennoblit la Légion. »

 

Un béret blanc, et onze képis blancs, volontaires !

A l’heure où l’opprobre est à nouveau jeté sur l’histoire de la colonisation française, il me parait essentiel de rendre hommage à ceux qui, à l’autre bout du monde, ont cru en la France, l’ont servie souvent au début par faim, mais qui lui sont restés fidèles jusqu’au bout, simplement, sans calcul, sans jamais trahir, souvent au péril de leur vie, et par reconnaissance pour ce qu’elle leur avait apporté. Le sergent-chef  (ER) N’Guyen Van Phong est l’un d’entre eux. Il est l’un des derniers témoins vivants de ces hommes qui ont tout donné pour la France en rejoignant les rangs de la Légion étrangère au combat. Nul doute qu’en remontant la Voie sacrée, les milliers de supplétifs vietnamiens fidèles à la France, tués ou massacrés par le VietMinh communiste l’accompagneront.

Il sera entouré des pionniers et d’un carré de 11 légionnaires venant de chacune des formations de la Légion d’aujourd’hui. Cela marque la continuité de la Légion étrangère entre ses morts, ses anciens et ses jeunes, car comme l’écrivait  le chef de bataillon de Saint-Marc dans « Toute une vie » : « Le jeune engagé est porté par les ombres de ceux qui l’ont précédé. C’est dans cette invisible compagnie qu’il puise la force d’avancer la nuit. »

 

Par le Général de division Jean Maurin commandant la Légion étrangère

 


Le 1REC, régiment moderne ancré dans la tradition des cavaliers étrangers au service de la France

Le mot du général COM.LE - Képi blanc N° 797

 

Le 1er REC est aujourd’hui le plus ancien régiment à l’ordre de bataille de l’armée de terre à n’avoir jamais connu, depuis sa création, ni dissolution, ni changement de nom ou discontinuité physique du jour au lendemain.

Par Saint-Antoine et par Saint-Georges !

Dans l’histoire de la Légion étrangère, tradition et modernité se mêlent dans une quête commune de l’excellence. Que ce soit lorsqu’elle adopta les compagnies montées, la cavalerie, la motorisation de ses unités, les parachutistes ou plus récemment le génie, la Légion voulut toujours atteindre le meilleur, en alliant à la tradition bien ancrée des cultes de la mission et de la fidélité à la parole donnée hérités de nos héros de Camerone, le sens de l’innovation nourri par ses réelles capacités d’adaptation aux contraintes et aux événements. Cette confrontation entre tradition et modernité ne s’est certes pas toujours faite sans heurt, mais elle a toujours été couronnée de succès. Le dossier consacré au 1er Régiment étranger de cavalerie, dans le magazine de la Légion Képi Blanc, m’amène à prendre en exemple l’histoire des légionnaires cavaliers pour illustrer ce succès du mariage légionnaire entre tradition et modernité.

90 ans après sa création, la Légion fête sa première Saint-Georges à Sousse le 23 avril 1921, mettant ainsi à l’honneur les jeunes escadrons « Emonet » et « Rapp » du 1er Régiment étranger d’infanterie, nés en septembre 1920 à Saïda. Les escadrons « Airaud » et « Landriau » sont créés à leur tour à Gafsa et Zarzis en 1921. Ces quatre escadrons formés par le 1er Régiment étranger d’infanterie, et destinés à la Tunisie, deviennent le 1er octobre 1922 (décret du 20 juin 1922) le 1er Régiment étranger de cavalerie. Ce ne sont pas les premiers cavaliers de la Légion. Au Mexique, il y avait un escadron au Régiment étranger. Puis, d’autres unités à cheval furent créées, avant d’opter principalement, dans les compagnies montées, pour le mulet qui mangeait moins et marchait plus longtemps et plus chargé dans le désert.

A sa création, ce jeune régiment possède peu de ces anciens, cadres et légionnaires, qui constituent le noyau des nouvelles unités des régiments étrangers d’infanterie et transmettent à la masse des nouveaux venus les traditions et l’expérience acquise au cours de la Grande Guerre et pendant les campagnes précédentes. Il est formé essentiellement de jeunes légionnaires, anciens cavaliers des armées étrangères, qui restent peu de temps à Sidi-Bel-Abbès, la maison mère : Russes rescapés de l’armée Wrangel bousculée par les Bolchéviques, Polonais et Baltes exilés par le nouveau partage de l’Europe, Autrichiens, Hongrois et Croates orphelins de leur Empire démantelé par le Traité de Versailles.

Il reçoit le meilleur des cadres de la cavalerie française, de métropole et d’Algérie, mais l’amalgame n’est pas simple. Le général Gaultier a connu, comme lieutenant au 3ème Etranger, cette période délicate. Il écrivit plus tard : « Quant aux officiers et à certain nombre de sous-officiers (on appelle ceux-ci les cadres blancs), ils ignorent tout (ou presque) de la Légion mais ils ont été bien choisis et leur qualité pallie cette carence, surtout dès qu’ils réalisent que toute manifestation de l’esprit cavalier (sous son mauvais aspect d’affichage de la conviction de sa supériorité) compromettait l’indispensable unité. D’ailleurs, la troupe et les sous-officiers formés au régiment, qui, malgré leur spécialisation, restent soumis à la règle générale de l’interchangeabilité entre les régiments de Légion, ne serait-ce qu’à cause des relèves de l’Extrême-Orient, prime accordée à l’ancienneté, empêchent tout déviationnisme excessif, toute sécession. Néanmoins, les conditions de l’encadrement, l’étiquette de cavalerie, nouvelle venue, l’autonomie et l’éloignement de son dépôt créé à Sousse marquent le 1er REC d’une certaine indépendance et le condamnent dans les premiers temps à ne pas être considéré comme étant tout-à-fait de la famille par les vieux corps d’infanterie, légitimes et solides gardiens de la tradition. Il semble que le commandement, à moins d’avoir péché par oubli, ait voulu lui aussi faire une distinction puisqu’il faudra attendre 1934 pour que l’inscription « Camerone 1863 » commune à tous les régiments de Légion soit inscrite sur l’étendard du 1er REC ».

Cependant, dès sa création, le jeune 1er REC a le souci de s’ancrer à la fois aux traditions des cavaliers étrangers au service de la France sous l’ancien régime, et à celles de la Légion étrangère. Le régiment du Roy, devenu en 1659 le Royal étranger de cavalerie, est l’ancêtre incontesté du 1er REC qui prend d’ailleurs sa devise « Nec pluribus impar ». Le lieutenant Jacques Weygand écrit dans son livre « Légionnaire » que le chef de corps du 1er REC accueillait les lieutenants nouvellement affectés à Sousse en les questionnant sur le combat de Camerone, et en les incitant vivement à connaître l’historique du 1er Etranger d’infanterie. Comme plus tard pour les parachutistes ou les sapeurs de la Légion, c’est avant tout le baptême du feu qui intronise la nouvelle confrérie de guerriers dans la tradition légionnaire. Trois ans après sa création, le 1er REC combat simultanément au Maroc et en Syrie. Les exploits de bravoure ne se comptent pas. Le 4ème escadron inflige aux Druses des pertes considérables et après six heures de combat les contraint à se replier en abandonnant sur le terrain plus de 200 morts et en laissant huit drapeaux. Dans le même temps, au Maroc, le 3ème escadron participe à toutes les opérations et compte dans ses rangs le premier tué du régiment, le brigadier Lubovitzscy. Les faits d’armes se poursuivent. Le REC se motorise partiellement et fait en 1932 un raid transsaharien de plus de 2500 kilomètres sur Bidon V (aujourd’hui Bordj El Moktar). Du jamais vu pour une unité de cavalerie légère. Le général Rollet dira du 1er REC : «  ce Régiment est un Monsieur ; ce Monsieur est un Seigneur. » Ses deux escadrons isolés au Maroc forment le noyau dur du 2ème REC créé en 1939. Il perd un tiers de ses hommes dans les combats pour la Libération de la France, et compte jusqu’à 18 escadrons en mai 1954.  Au début de la guerre d’Indochine, il envoie de nombreux renforts de cadres de qualité aux unités Légion d’infanterie ou parachutistes pour combler leurs pertes massives. En 1957 les deux REC passent chacun un escadron au 1er REP avec un réel souci des cadres et des hommes qu’ils sélectionnent.

L’histoire moderne du 1er REC est davantage connue ; je n’y reviens pas. C’est aujourd’hui le plus ancien régiment à l’ordre de bataille de l’armée de terre à n’avoir jamais connu, depuis sa création, ni dissolution, ni changement de nom ou discontinuité physique du jour au lendemain. L’ancrage dans la tradition allié au souci constant d’aller de l’avant pour toujours rechercher l’excellence lui a porté chance et succès. Que Saint-Antoine et Saint-Georges continuent à le soutenir dans la poursuite de sa chevauchée glorieuse !

Par le Général de division Jean Maurin commandant la Légion étrangère (Képi-blanc Magazine N°797)


Larzac : première bougie

Le mot du général COM.LE - Képi blanc N° 796

 

L'installation de la 13 au Larzac a été un vrai défi. A ce stade, la réussite est totale, au prix d’un investissement personnel et collectif très fort.

Il y a quarante ans, lors d’une émission télévisée, le général d’armée Lagarde, chef d’état-major de l’armée de terre, répondait à une question concernant les critiques formulées à l’encontre de la Légion étrangère en ces termes :

« Il a toujours existé et il existe encore de par le monde des hommes qui sont à la recherche d’une Patrie, qui sont à la recherche d’une régénération personnelle, à la suite de difficultés sentimentales – pourquoi en sourire ?, - à la suite de difficultés politiques ou à la suite de difficultés personnelles secrètes, mystérieuses, et qui ont besoin de se replacer sur orbite. Ils choisissent pour voie préférentielle celle de l’austérité, celle de la sévérité, celle de la rigueur, celle du dévouement gratuit, la Légion. Récemment encore, les légionnaires avaient l’orgueil de dire qu’ils n’étaient sans doute pas Français par le sang reçu, mais qu’ils l’étaient par le sang versé. Alors, voilà à quoi sert la Légion… La loi interdit au gouvernement d’envoyer hors de France, en temps de paix, des soldats du contingent dans les situations de crise. Avec la Légion, la République dispose, pour ses intérêts propres ou, le cas échéant, pour des entreprises internationales auxquelles elle aurait donné sa caution, d’un instrument d’une valeur sans égale qui, au presse bouton, est capable de faire face à n’importe quelle mission, la guerre s’il le fallait, mais aussi des routes en Amazonie par exemple [...]. Voilà à quoi sert la Légion, mais elle sert aussi à donner à ceux qui n’en ont pas une Patrie, une famille, des amis, de l’espoir et une dernière chance. »


Le général Lagarde, marsouin, connaissait bien les légionnaires pour les avoir eus sous ses ordres au combat en Indochine à plusieurs reprises (unités de marche de la 13 en Cochinchine, 3ème compagnie du 3ème REI au Tonkin, 1er Escadron du 1er REC en Annam et Cochinchine).

En relisant cette entrevue, rapportée dans le Képi blanc de mai 1977, je pensais non plus aux routes construites en Guyane par la sueur des légionnaires et parfois par leur sang, mais à l’installation aujourd’hui de la 13 sur le plateau du Larzac : austérité, sévérité, rigueur et dévouement gratuit. Ces mots cités il y a 40 ans par le général Lagarde sont vécus depuis un an au quotidien par les légionnaires de la 13. Le camp du Larzac n’a jamais hébergé un régiment. Jusqu’à l’arrivée de la 13 il y a un an, c’était un camp destiné aux troupes de manœuvre, à l’hébergement, donc, rustique. La mission d’installation de la 13 au Larzac est un vrai défi : il s’agit en effet de résoudre l’équation de la construction de l’infrastructure moderne d’un régiment d’infanterie à 1200 hommes (chantier sur 6 années), soumise à la contrainte de la montée en puissance rapide des effectifs sur trois ans (2015-2018), et à celle du budget.

A ce stade, la réussite est totale. Aux qualités des légionnaires précitées, gages du succès de la montée en puissance des effectifs et de la formation de l’état-major régimentaire et des compagnies, s’ajoute la mobilisation totale de tous les acteurs de ce programme ambitieux et fédérateur. Je leur exprime à tous ma pleine reconnaissance pour le chemin parcouru, au prix d’un investissement personnel et collectif très fort : sous l’impulsion décisive de l’administration centrale dont en premier lieu l’état-major de l’armée de terre, ces acteurs sont le commandement de la zone Terre Sud-Ouest, l’ensemble des chaines zonales de commandement et de soutien, les unités des services d’infrastructure de la défense du Sud-Ouest, la base de défense de Toulouse, le groupement de soutien de la base de défense de Toulouse Castres, les organismes de l’Etat coordonnés par la préfecture de l’Aveyron et la sous-préfecture de Millau, sans oublier les nombreux acteurs des forces terrestres.

Le 1er bâtiment de compagnie (bâtiment modulaire durable) va être livré dans un mois. Deux autres suivront en août et décembre. Deux bâtiments pour cadres célibataires sont attendus au 1er trimestre 2018. L’hébergement (bâtiments en dur) devrait être terminé en 2020, et pour 2021 sont prévus le nouveau mess, la zone Scorpion, les équipements de sport et le reste… En attendant, les légionnaires de la 13 s’entrainent, se préparent, se forment, créent leurs groupes, leurs sections, leurs compagnies, et s’identifient à l’âme de la Phalange magnifique. Car il ne s’agit pas d’une agglomération d’hommes en quête d’une âme collective. Comme l’écrivait si justement le général Barail, rapporté dans le Livre d’or de la Légion étrangère de 1931, « Les corps dans l’armée ont une existence intellectuelle et morale, en quelque sorte indépendante des hommes qui les composent, et les mutations aussi nombreuses qu’on les suppose, sont impuissantes à modifier les traditions de leur berceau. Cela se conçoit du reste, puisque ces mutations sont individuelles et espacées, et puisque les nouveaux venus, fondus dans l’ensemble, prennent facilement le ton du régiment dont le fond reste immuable. »

More majorum !

Par le Général de division Jean Maurin, commandant la Légion étrangère (Képi-blanc Magazine N° 796)


Plaquette Légion étrangère - 2017


Remontée en puissance de la Légion étrangère : en cible pour 2018 !

Le mot du général COM.LE - Képi blanc N° 795

Un point de situation “au milieu du gué” de la montée en puissance de la Légion étrangère. En 2015, la mission fixée, fut de créer pour 2016 une unité de combat supplémentaire dans chacun de ses régiments de métropole. Sur la période 2016-2018, de faire de la 13e DBLE un régiment d’infanterie à cinq compagnies. Où en sommes- nous en 2017 ?

 

La période des vœux est traditionnellement l’occasion de dresser un bilan du chemin parcouru, d’exprimer sa soif d’espérance pour l’année qui s’ouvre, et de prendre de bonnes résolutions pour que l’avenir nous soit radieux : “aide toi, le ciel t’aidera !” dit l’adage populaire. En ce début d’année, je souhaite donc vous faire un point de situation “au milieu du gué” de la montée en puissance de la Légion étrangère.

Le contexte.

Cette montée en puissance est née en 2015 de la volonté politique de donner aux forces opérationnelles terrestres les moyens de tenir leur contrat opérationnel redimensionné pour un engagement dans la durée sur le territoire national. Elle s’inscrit dans le nouveau modèle “au contact” de l’armée de Terre, voulu par le général d’armée Bosser chef d’état-major de l’armée de Terre : “Avec cette nouvelle organisation, l’armée de Terre met en avant ce qui la caractérise le mieux : le contact, protecteur des Français, agressif avec l’adversaire, pragmatique avec les réalités du monde d’aujourd’hui.”

La mission.

Dans ce cadre, la mission fixée à la Légion étrangère en juillet 2015, fut de créer pour 2016 une unité de combat supplémentaire dans chacun de ses cinq régiments de métropole appartenant à la force opérationnelle terrestre (2e REI, 2e REP, 1er REC, 1er REG et 2e REG), et, sur la période 2016-2018, de faire de la 13e DBLE qui comptait une soixantaine de militaires permanents aux Emirats arabes unis, un régiment d’infanterie, implanté sur le camp du Larzac, à cinq compagnies de combat, une compagnie d’appui et une compagnie de commandement et de logistique, soit plus de 1200 hommes. Fin 2015, les cinq compagnies des régiments de Légion de la FOT étaient créées. La 13e DBLE commence actuellement la formation de sa 4e compagnie de combat. Tout cela a été possible grâce : - au recrutement qui a été à la hauteur des enjeux, sans baisse qualitative malgré une augmentation, par rapport à 2014, de 80% en 2015, et de 70% en 2016. Sur cette période, le taux de sélection est passé de un pour huit à un pour cinq ;

  • à la discipline et à l’attachement au caractère sacré de la mission des officiers, sous-officiers, caporaux-chefs et caporaux des régiments de Légion, qui ont dû quitter, massivement pour les fantassins et parachutistes, le régiment qu’ils servaient avec honneur, fidélité et cœur, pour constituer l’encadrement des compagnies de la 13, et former, dans les conditions d’hébergement rustiques du camp du Larzac, les jeunes légionnaires sortis de l’instruction ;
  • à la réactivité et à la capacité d’adaptation du 4e Régiment étranger, qui, à effectifs de permanents quasi constants, et grâce aux renforts venant des régiments frères, déjà sollicités par la montée en puissance, a pu absorber la vague des nouveaux engagés volontaires ;
  • à la solidité du statut du personnel servant à titre étranger, à la cohérence de ses quatre piliers (ressources humaines, sécurité, solidarité et patrimoine), qui ont permis cette réactivité : Legio Patria Nostra, Legio Familia Nostra ;
  • à l’exemple de nos ainés, qui en leur temps, et au fi l de l’histoire des régiments de la Légion étrangère, en cultivant l’amalgame entre anciens et jeunes, ont toujours su s’adapter aux restructurations imposées par les circonstances. More majorum !

A vous tous, acteurs de cette montée en puissance qui concerne plus de 2 000 postes de militaires servant à titre étranger, et qui amènera la Légion étrangère en 2018 à un effectif de près de 9 000 hommes, j’exprime ma profonde reconnaissance pour la tâche accomplie et je vous conforte dans votre volonté tenace de créer pour notre Légion de demain un avenir digne du passé construit par nos anciens.

Transformer l’essai.

Après deux années d’efforts portés sur le recrutement et l’instruction des jeunes légionnaires tant à Castelnaudary qu’à l’arrivée dans les régiments, il s’agit désormais et surtout, en 2017, de fixer la priorité sur la formation des sous-officiers, des gradés et des spécialistes. Le 4e Étranger a déjà basculé son effort vers cette priorité. La tâche à accomplir est un vrai défi : en 2017, le 4 va augmenter les volumes de formation d’élèves sous-officiers et d’élèves caporaux de deux tiers, de spécialités de sous-officiers d’un quart, de spécialités de militaires du rang d’un tiers, et de brevets de conduite d’un quart. En remplissant ce plan de formation ambitieux, le 4 permettra à la Légion d’être en cible en qualifications, après le rajeunissement mécanique imposé par la montée en puissance des effectifs.

Les objectifs de 2017 sont donc simples : après le “En avant la Légion !” lancé lors du début de la montée en puissance, c’est désormais : “Mission inchangée. Effort maintenu. Report de tir sur la formation. En cible pour 2018 !”

Pour cela, faisons nôtres ces mots du Maréchal de Lattre : “Ayez le culte de l’effort, le goût du travail bien fait, la fierté de l’œuvre accomplie, le sens de la discipline et l’esprit de générosité.”

 

Par le Général de division Jean Maurin, commandant la Légion étrangère (Képi-blanc Magazine N° 795)


"Courage, Noël donne un sens à notre vie de légionnaire"

Le mot du général COM.LE - Képi blanc N° 794

Il y a deux ans, dans l’éditorial de Noël, je rappelais trois messages : prendre conscience de la richesse de l’héritage du Noël légionnaire construit depuis 150 ans par nos anciens, et légué pour que les légionnaires trouvent autour de la crèche la chaleur de leur nouvelle famille qui tente de faire oublier le poids d’une solitude ou le vide de certaines absences ; former des voeux d’espérance ; vivre la fraternité légionnaire en prenant le temps de casser la routine et de bien faire, chacun à son niveau, simplement, les tâches traditionnelles qui entourent le rite du Noël légionnaire.

L’année dernière, je mettais en parallèle le rite solennel de Camerone qui dicte au légionnaire les lois intangibles du caractère sacré de la mission et de la fidélité à la parole donnée, au rite plus humble de Noël qui fait revivre l’espérance chez le légionnaire, dans la chaleur de sa nouvelle famille, et le conforte dans son devoir de solidarité envers ses pairs. J’insistais sur l’importance des crèches, en citant, entre autres, ces magnifiques mots du général Goupil, qui, cette année encore, doivent être relus et médités : “une crèche légionnaire : à ceux qui sont venus dans le doute, elle répond confiance ; à ceux que l’inquiétude ronge, elle apporte sérénité ; à ceux que l’isolement écrase, elle assure fraternité”.

Je terminais par le témoignage poignant du général Gaultier qui voyait en Noël “la fête numéro un de la Légion” et que je vous conseille également de relire (KB 783). Cette année, conformément à la tradition établie depuis la création du journal Képi blanc en 1947, je viens d’abord vous souhaiter à tous un très joyeux Noël Légionnaire. Au-delà de ces mots, il n’y a en fait qu’un seul souhait de fraternité et de paix que je formule aussi bien pour nos anciens, que pour la Légion d’active : “Courage, Noël donne un sens à notre vie de légionnaire”.

Ces mots sont du Père Hirlemann, Compagnon de la Libération, aumônier de la 13e DBLE pendant la Seconde guerre mondiale, puis aumônier de la Légion, et qui repose dans le carré Légion du cimetière de Puyloubier inauguré par le général Koenig en 1955. Né dans une famille modeste où les enfants sont le seul trésor, fils d’un postier alsacien et d’une mère lorraine ayant tous deux dû fuir l’annexion allemande de 1871, il avait fait sienne la devise du curé d’Ars “on n’a rien fait tant qu’on n’a pas tout donné”, devise inscrite aujourd’hui dans la petite église provençale de Puyloubier que servit le Père Hirlemann jusqu’à sa mort.

Missionnaire, puis baroudeur, puis sage parmi nos anciens et invalides, il était profondément attaché aux légionnaires qui voyaient en lui celui qui “savait ouvrir les cœurs”. Lors des cérémonies marquant le 25e anniversaire de Bir Hakeim, il marqua à nouveau son attachement à la Légion devant un parterre de Compagnons, dont le général Koenig, en ces termes : “Elle ne peut laisser indifférents ceux qui l’approchent. Si elle a des misères, elle a aussi et surtout ses grandeurs que traduisent les deux mots : Honneur et Fidélité.

Elle porte avec elle comme un joyau sans prix, que nul ne songe à lui ravir, la plus noble des marques, celle du sacrifice. Permettez au vieil aumônier qui lui a donné son cœur, et qui ne l’a pas repris, de retrouver avec vous, en priant pour ses morts, l’âme de la Légion étrangère. Elle se définit ainsi : sens de la fraternité humaine, espoir d’un dépassement de soi, grâce enfin de mourir dignement. Sans fraternité humaine, il n’y a pas de Légion étrangère. Fraternité humaine, c’est-à dire acceptation en commun de l’effort de lutte, de la souffrance, du sacrifice ; voilà qui donne à une vie sa vraie valeur.

Nous gardons, certes, nos défauts, nos passions, mais n’est-ce pas une sorte de miracle humain (…) que de faire de 20 nationalités – et plus – si diverses de sang, de formation, de langue, de religion, un légionnaire avec un même esprit, un même cœur, une même volonté : servir. Elle ne nous a pas trompés notre devise : Legio Patria Nostra, une Patrie où nous sommes tous frères”. Quelle belle définition de la fraternité légionnaire donnée par cet ancien “qui a tant fait parce qu’il a tout donné !” Afférente à la fraternité humaine, il y a la paix intérieure.

Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté” disent les Écritures pour Noël. Dans le KB de Noël 1947, on peut lire sur cette exclamation ce très beau témoignage du rédacteur en chef : “ce mot d’ordre, ce salut, cette expression d’un vœu n’est pas souvent prononcé en notre Légion mais il est des plus présents et des plus vivants dans nos esprits et dans nos cœurs. Ils le savent bien ceux que la vie a durement secoués ou tragiquement broyés mais qui sont restés de bonne volonté, qu’ils trouvent et trouveront toujours la Paix à la Légion. Ils savent très bien aussi que cette Paix, qui n’est pas une tranquillité, s’achète au prix fort et ce qu’elle représente de fatigue, de travaux, d’obéissance et souvent aussi de sang versé. Ils savent qu’en apparence, c’est une drôle de paix, mais qu’en profondeur et en soi-même, elle est belle et douce et consolante.

Et dans les Noëls de Légion, plus que les souvenirs qu’ils bercent et plus que les espérances qu’ils chantent, c’est leur bonne volonté qu’ils célèbrent et leur Paix retrouvée qu’ils fêtent”.

Joyeux Noël, dans la fraternité légionnaire et dans la Paix, à vous tous, légionnaires “de bonne volonté” !


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