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Légionnaire toujours...

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Il y a 100 ans, le 11 novembre 1918, le canon se taisait enfin.

Allocution du général Mistral, COMLE, à l'occasion de la veillée de commémoration du centenaire de l’armistice, le 10 novembre 2018 à la Maison Mère de la Légion étrangère (Aubagne).

 

Il y a 100 ans, le 11 novembre 1918, le canon se taisait enfin.

Il y a 100 ans, ce 11 novembre 1918, le rideau descendait sur une des guerres les plus meurtrières de l’histoire de l’humanité. Durant quatre longues années, la Première Guerre Mondiale a bouleversé les mentalités, modifié la géopolitique de l’Europe et entrainé dans un sillage de mort et de souffrances plusieurs dizaines de millions de personnes, dont les forces vives de notre pays engagées pour la défense de la Patrie et de son sol.

Quelques années après la Guerre, le secrétaire perpétuel de l’Académie Française, écrivait ces mots dans la préface du livre « Ma vieille Légion », du commandant Poirmeur :

« Au nom de tous ceux qui ont vu les volontaires étrangers à l’œuvre, qui les connaissent et qui les aiment, je salue la vieille Légion, rajeunie par la Grande Guerre, auréolée par le sacrifice et consacrée par la Victoire. »

Oui, il y eu ces volontaires étrangers, répondant à « l’appel aux amis de la France », affluant par milliers pour mettre leur vie au service d’un pays devenu leur seconde patrie et qu’ils avaient appris à aimer au point de vouloir prendre les armes pour le défendre. Dans l’élan magnifique des « étrangers patriotes », ils furent, entre 1914 et 1918, près de 43 000 issus de 52 pays différents, à rejoindre les champs de bataille de la Grande Guerre, sous le fanion de la Légion étrangère.

Ainsi, sur le front occidental, en Artois, en Champagne, de la crête détrempée de Vimy aux boues de la Somme, de l’enfer du Chemin des Dames à la percée de la ligne Hindenburg, les légionnaires écrirent en lettre de sang ce chapitre héroïque de leur histoire. Mais plus loin aussi, au Tonkin, au Maroc, dans les Dardanelles et même en Russie, ces étrangers au service de la France feront la preuve de leur esprit de sacrifice, payant de leur vie leur amour indéfectible de leur pays d’adoption et leur révolte de le voir assailli.

A leur tête étaient placés des chefs emblématiques, aux premiers rangs desquels furent Cot, Duriez, Rollet ou encore Maire. Et derrière eux, avec eux,  autour d’eux, les hommes « sans nom », célèbres ou inconnus, ont formé cette cohorte courageuse, qui avait, comme le chantait le légionnaire poète Alan Seeger, « un rendez-vous avec la mort » mais que cela n’arrêtait pas.

Le Régiment de Marche de la Légion étrangère perdit plus de 5000 hommes tués à l’ennemi, 30 000 légionnaires furent blessés ou disparurent.

Honorons aujourd’hui leur mémoire, en toute reconnaissance, en toute fierté, en toute humilité.

Reconnaissance, de nous avoir donné la victoire militaire en ce 11 novembre 1918, d’avoir libéré notre sol dans cet effort absolu à la fois collectif et anonyme dont l’écho, un siècle après, résonne comme un long coup de tonnerre dans notre civilisation.  Sachons, cent ans après et tandis que leur souvenir se fait plus lointain, leur dire encore et à jamais « merci » pour l’héritage qu’ils ont légué à leurs fils, le plus souvent dans le souffle intime et terrible des adieux à cette vie.

Fierté, devant l’ampleur de la tâche qu’ils accomplirent, devant les dangers qu’ils affrontèrent, devant les qualités qu’ils surent développer pour survivre et l’abnégation qui fut la leur. Soyons fiers de leur courage car c’est à la lumière de leurs vertus que nous, soldats, nous avançons.

Humilité enfin, pour puiser dans l’immensité de leur geste, la force d’accomplir, s’il le faut, le jour venu, le même sacrifice, pour la Légion étrangère, pour la France.

Général Denis Mistral
Commandant la Légion étrangère


Les nouvelles technologies resteront au service de nos valeurs

https://www.legion-etrangere.com/

06 Novembre 2018

Ce sentiment de supériorité guerrière est un alliage subtil entre les valeurs pour lesquelles il est prêt à se battre et mourir, sa confiance envers ses chefs et ses camarades, la certitude que les armes qu’il sert sont les plus performantes.

Quelques exemples tirés de l’histoire de la Légion illustrent la manifestation de ce sentiment. En septembre 1950, les acteurs et observateurs retiennent des opérations menées en Cochinchine par le 1er REC et le 2e BEP l’étroite collaboration qui règne entre nos différentes armes et l’allant et la camaraderie qui ne cessent d’animer nos hommes. En 1957, la coopération assidue dans les opérations entre les pilotes des “bananes volantes” de la marine nationale et les légionnaires provoque le succès à tous les coups, écrit, enthousiaste, le 2e REP.

Plus près de nous, les légionnaires de l’opération Serval au Mali en 2013, qui ont participé à la victoire contre AQMI, étaient forts de leur supériorité acquise grâce à la combinaison des moyens techniques les plus modernes, leur conférant une supériorité écrasante sur terre, dans la troisième et dans la quatrième dimension. L’évolution des techniques et l’essor de la technologie dans leur course de l’épée contre le bouclier, n’ont eu de cesse de servir le soldat pour augmenter sa force et le protéger. Mais pas seulement dans la façon de détruire l’ennemi : n’oublions pas les progrès de la médecine de guerre, des chirurgies orthopédiques, faciales et réparatrices, des techniques de relevage des blessés qui font l’objet encore aujourd’hui d’améliorations constantes.

Les légionnaires savent apprivoiser et maîtriser toutes les technologies. Il y a quinze ans bientôt, lorsque la numérisation de l’espace de bataille devenait à la fois outil et environnement du combattant, la richesse et la variété des expériences qui composent la Légion étrangère ont permis l’appropriation rapide et entière des nouveautés du combat infovalorisé. À présent, la bulle NEB, les équipements FELIN et les logiciels de simulation n’ont plus de secret pour eux. L’armée de terre, qui met en place un Battle lab - Terre pour fédérer les réseaux d’innovation et favoriser l’innovation individuelle, saura toujours trouver au sein des régiments de la Légion étrangère des talents indispensables à l’évolution des technologies et des techniques nouvelles au service du combattant. Ils existent, ont été plusieurs fois reconnus et sont à l’oeuvre, récompensant l’ingéniosité et la débrouillardise qui ont toujours caractérisé le légionnaire.

Si les progrès exponentiels de la technologie ont rendu cette dernière omniprésente dans l’entraînement opérationnel, ils ont aussi pris toute leur place dans la vie quotidienne des légionnaires. Demain seront développés des outils de gestion et d’information permettant un libre-service administratif militaire individualisé, entrainant de facto de nouveaux changements de mentalités. N’allons-nous pas y perdre en discipline, en cohésion, en camaraderie ? Les technologies de l’information, maintenant solidement établies dans la vie privée de chacun jusqu’à en modifier les comportements, peuvent faire craindre, à juste titre, un repli sur soi, un fort individualisme et un délaissement de nos valeurs, la façon de les vivre pouvant alors être ressentie comme une contrainte.

Le colonel Foureau, commandant le groupement de Légion étrangère, écrivait en 1974 : “nous savons bien que jamais la Légion n’a transigé sur le maintien des valeurs qui nous ont été léguées en héritage, tout en demeurant à l’avant-garde dans la mise en oeuvre des évolutions nécessaires”. C’est toujours vrai aujourd’hui. Nous accompagnerons toujours et maîtriseront résolument ces évolutions.

Tant mieux si le wi-fi gratuit pour tous au quartier permet au légionnaire de contacter sa famille, ses camarades des autres régiments et de mener des démarches administratives lui permettant de gagner du temps, y compris au profit de sa famille. Que cette avancée serve aussi à informer et regrouper les camarades lors des activités de cohésion qui doivent être des moments de “déconnexion” et qui démontrent qu’on est toujours moins seul dans la vraie vie que dans la vie virtuelle. La véritable camaraderie ne se forge pas devant un écran : elle s’acquiert dans les efforts accomplis ensemble, les souvenirs en commun et les actions quotidiennes de la fraternité d’armes, aussi petites soient-elles.

Le dossier du mois nous le montre bien : les légionnaires parachutistes ont bâti leurs victoires sur la puissance de leur collectif. Il nous faut aussi garder à l’esprit que les réseaux sociaux, hormis les risques que leur utilisation inappropriée peut engendrer pour chacun ou pour l’institution, peuvent être à l’occasion les vecteurs du célèbre “cafard” du légionnaire, qui ne trouve là qu’une de ses nombreuses déclinaisons.

Au quartier comme au combat, le commandement prendra toujours les mesures d’encadrement de l’usage de la technologie. Quel légionnaire peut souhaiter que ne tombe aux mains de l’ennemi son smartphone, contenant les coordonnées des membres de sa famille et de ses camarades ? Quel gradé peut se targuer d’être efficace s’il passe plus de temps devant son ordinateur qu’avec ses légionnaires ?

Quel chef peut souhaiter que sa manoeuvre ne soit détectée par l’imprudence d’un seul de ses hommes sur une messagerie, mettant ainsi en péril la sécurité opérationnelle de toute son unité ? C’est pourquoi une fois les avancées technologiques intégrées, le commandement les accompagne de règles d’emploi qui, sans brider ni frustrer les utilisateurs, doivent permettre d’en tirer tous les avantages sans en subir les inconvénients.

Tant qu’elles restent au service de nos valeurs, ces avancées maîtrisées permettront de garder, au combat, l’ascendant sur l’adversaire et dans la vie quotidienne, l’esprit de corps et la cohésion qui ont toujours fait la force de la Légion étrangère.

 

Par le Général de brigade Denis Mistral commandant la Légion étrangère

(Képi-blanc Magazine N°814)


Durant la «Grande Guerre», 30.000 étrangers venus défendre la France dans la Légion (AFP)

https://www.legion-etrangere.com/

Publié le 30/10/2018

30 000 engagés volontaires pour la durée de la guerre (EVDG) viendront densifier les rangs de la Légion étrangère durant le premier conflit mondial. De Blaise Cendrars, Malaparte, Zinoview, František Kupka, a Hans Hartung, Georges Artemoff ou encore Ossip Zadkine... ces noms aujourd’hui illustres appartiennent au patrimoine de la Légion étrangère et viennent raconter l’histoire plus discrète de milliers d’autres étrangers venus servir la France en s’engageant dans les rangs de la Légion. Il y eu près de  6 000 morts dans ces rangs constitués essentiellement d'occidentaux (50 nationalités).

 

Turcs, Britanniques, Polonais, Espagnols, Américains...30.000 soldats de 50 nationalités ont participé au premier conflit mondial pour défendre la France sous la bannière de la Légion étrangère, la seule unité de l'armée française à pouvoir enrôler des étrangers.

Quelques-uns connaîtront plus tard la célébrité, comme le Suisse Blaise Cendrars qui rejoint la légion dès les premières heures du conflit, en 1914. Avec l'écrivain italien Ricciotto Canudo, il prend l'initiative, en août 1914, d'un "appel aux amis de la France" incitant les étrangers "nés ailleurs, domiciliés ici" qui "ont appris à l'aimer, à la chérir comme une seconde patrie" à "lui offrir leurs bras".

Phrase prémonitoire, Cendrars, grièvement blessé un an plus tard, perd son bras et est réformé. Son expérience de la guerre marquera toute son œuvre littéraire.

8.000 résidents étrangers répondent, dès août 1914, à l'appel de Cendrars et de ses amis. Ne pouvant, parce qu'étrangers, se battre sur le sol français, les premiers s'engagent, sous des noms d'emprunt, pour cinq ans dans la Légion, et "servir hors métropole". Un décret gouvernemental permettra ensuite un Engagement volontaire pour la durée de la guerre.

Parmi les tout premiers à répondre à l'appel, figure un groupe de jeunes Américains, souvent diplômés, issus de familles aisées. En avril 1916, ils sont une quarantaine à former "l'escadrille Lafayette", sous commandement français. Parmi eux, Eugène Ballard, un Afro-américain, fils d'esclave, docker puis boxeur avant de s'engager, à 16 ans, trichant sur son âge. Déclaré inapte pour l'infanterie après une blessure à Verdun, il rejoindra l'aéronautique française.

Autre légionnaire célèbre, l'écrivain Malaparte, né en Toscane de père allemand. Il a 16 ans lui aussi lors de son engagement, en 1914. Il rejoindra l'armée italienne lorsque son pays entrera en guerre, un an plus tard.

- "Très francophile" -

Son compatriote, Lazare Ponticelli, né en 1897, a connu la célébrité pour avoir été le dernier poilu survivant de la Grande Guerre. Pour ses obsèques, en 2008, il a eu droit à une cérémonie aux Invalides. Né en Italie, sixième enfant d'une famille très pauvre, il avait débarqué en France à dix ans. Engagé en 1914, il avait lui aussi rejoint l'armée italienne mais c'est en France qu'il reviendra après l'armistice, sans le sou, avant de faire fortune dans la fabrication de canalisations destinées à l'industrie pétrolière. Il sera naturalisé en 1939.

La Légion compte encore parmi ses soldats, le Russe Alexandre Zinoview, espion à Paris avant d'être peintre, ainsi qu'un champion cycliste franco-luxembourgeois, François Faber, vainqueur du tour de France en 1909, mort à 28 ans en Artois.

Plus d'un millier de Grecs avaient aussi rejoint les rangs de la Légion. Théodore Costopoulos en fait partie. Né en 1883, il s'engage, en décembre 1914 au bureau militaire de Marseille. Issu d'une famille de commerçants du Pirée, il avait fait ses études en Suisse et y avait créé une société d'import-export.

"On ne connait pas les motivations qui l'ont poussé à quitter, à plus de 30 ans, une vie déjà établie, pour s'enrôler" comme simple soldat, raconte son petit-fils Denis. "Sans doute parce qu'il était très francophile", suggère-t-il. Intégré dans l'armée d'Orient, Théodore Costopoulos se bat sur le front serbe avant la Hongrie et la Russie.

Il finira la guerre comme sergent avant de rejoindre l'Algérie, où est basée la Légion, avant de participer à la guerre du Rif, au Maroc, jusqu'en 1922. Malgré cela, "toutes ses demandes de naturalisation française seront éconduites", souligne son petit-fils. Il l'obtiendra en 1936... trois ans avant sa mort.

Après l'armistice du 11 novembre 1918, "les légionnaires engagés volontaires pour la durée de la guerre sont démobilisés. "95% d'entre eux rejoignent leur vie civile", indique le major Frédéric Ambrosino (*), un des responsables du centre de documentation de la Légion, à Aubagne. Les autres, engagés "normaux", embarquent pour l'Algérie pour rejoindre leurs unités.

"Quand a sonné le cessez-le-feu, le 11 novembre 1918, la Légion avait perdu 5.712 légionnaires", rappelle le major Ambrosino.

 

AFP

(*) COMLE - Division rayonnement & patrimoine, section des archives


La Légion ne change pas car elle s’adapte en permanence

La Légion étrangère a participé à la montée en puissance des effectifs de l’armée de Terre, s’acquittant de cette tâche au prix d’un effort reconnu. Elle occupe aujourd’hui, au sein de la Force opérationnelle terrestre, une place qu’elle se doit d’honorer avec professionnalisme, en offrant à la France ses qualités de force combattante robuste, performante et moderne.

Encore une fois et dans sa plus pure tradition, la Légion étrangère a changé de format, s’est réorganisée et s’est rétablie. Elle le doit en tout premier lieu aux étonnantes ressources de ses hommes, “dont l’honneur, disait un de nos anciens, consiste à ne trouver aucune tâche difficile, aucune besogne rebutante, aucun obstacle insurmontable”. Il faut leur rendre hommage.

Elle le doit aussi à son caractère à la fois immuable et toujours en mouvement.

Du côté de ce qui nous semble immuable, il y a ce choix politique inchangé depuis 1831 de confi er les armes de la France, dès le temps de paix, à des volontaires étrangers regroupés au sein d’une même Légion. Il y a aussi ses valeurs, inscrites progressivement sur ses drapeaux et étendards, exprimées et incarnées par tous ceux qui, des cinq continents, sont venus servir la France et mourir pour elle. Il y a les moments de gloire et ceux de sacrifi ce, qui ont traversé deux siècles de confl its ainsi que leurs champs de batailles, au cours desquels la Légion étrangère, mêlant son histoire à celle de l’armée française, a forgé sa légende et l’héritage dont nous sommes aujourd’hui comptables.

Mais la Légion est loin d’être figée ! Depuis sa création, elle n’a eu de cesse de s’adapter au contexte stratégique, aux circonstances, à l’ennemi, à la technologie. Sans pour autant remonter aux origines de son histoire, de nombreux exemples illustrent cette capacité d’adaptation.

En 1914, elle intègre dans l’urgence les quelques 36 000 étrangers patriotes répondant à l’appel des amis de la France et forme des régiments de marche qui finiront fusionnés pour n’en faire plus qu’un, le Régiment de marche de la Légion étrangère, commandé par un certain lieutenant-colonel Rollet qui innovera dans la tactique et le conduira à la gloire en 1918, lors de la percée de la ligne Hindenburg. Recruter, intégrer et former grâce à un “socle” agile et toujours taillé au plus juste : le dépôt commun et l’instruction de la Légion étrangère, quelles que soient leurs appellations, ont su, de Sidi-bel-Abbès à Aubagne et Castelnaudary, faire de ces étrangers des légionnaires servant la France avec honneur et fi délité.

Quelques années plus tard, en 1920, les nombreux Russes blancs, repliés des combats de la révolution d’octobre, offriront de telles qualités de cavaliers que la Légion décide de créer le 1er Régiment étranger de cavalerie, ouvrant ainsi la voie à de nouvelles formes de combat. Trois décennies plus tard, dans la plaine des Joncs et le delta du Mékong, ce même régiment rivalisera d’ingéniosité tactique grâce aux crabes et alligators, engins amphibies conçus spécialement pour le théâtre indochinois et dont les légionnaires sauront exploiter toutes les ressources. Dans le même esprit, depuis plus de cinquante ans, en outremer et à l’étranger, de Madagascar à Tahiti en passant par Djibouti, Mayotte et la Guyane, les régiments de la Légion étrangère savent aussi bien terminer leurs missions et fermer leurs portes qu’en ouvrir de nouvelles et ressortir les drapeaux, comme ce fut le cas à Camerone cette année, avec celui du 11e REI dont le Groupement de recrutement de la Légion étrangère est désormais le gardien.

La Légion étrangère a toujours su s’adapter à l’ennemi. Elle fera d’ailleurs de l’Indochine un véritable laboratoire d’unités nouvelles et de doctrines d’emploi : compagnies de réparation, de transport, de ravitaillement par air, vedettes blindées, chalands et engins fluviaux. Le 2e Régiment étranger d’infanterie armera même deux trains blindés de 1948 à 1954. En sautant sur Kolwezi en 1978, le 2e REP fait la démonstration éclatante de la grande maîtrise de ses savoir-faire face à la guérilla katangaise et ses preneurs d’otages. Au début des années quatre-vingt, la Légion intègre les sapeurs de combats, devenus indispensables aux opérations conduites dans les guerres du faible au fort. L’expertise “tous milieux” des 6e REG, puis 1er et 2e REG s’impose face à l’ennemi, y compris en montagne. Plus proche de nous, depuis 2013 au Sahel, maniant fondamentaux de la guerre du désert, sauts opérationnels et opérations dynamiques, elle obtient de remarquables résultats face aux groupes armés terroristes.

Enfin, la Légion étrangère a toujours su faire sienne l’évolution des technologies. Aujourd’hui, elle met en œuvre les matériels les plus modernes et intègrera demain le nouveau système de combat SCORPION, comme elle s’est jadis appropriée les techniques parachutistes ou les armes les plus pointues. À chaque fois, elle valide ces adaptations par des opérations, sur le terrain, s’engageant avec confi ance sur ses nouvelles structures, ses nouveaux matériels et forte de nouvelles qualifications.

C’est pourquoi la Légion ne change pas, car elle s’adapte en permanence. Voilà pourquoi certains disent que “la Légion étrangère n’est plus ce qu’elle était”. Ils ont raison, et heureusement.

Par le Général de brigade Denis Mistral commandant la Légion étrangère

(Képi-blanc Magazine N°813)


Dossier de Presse Légion étrangère 14 juillet 2018


« Légion immortelle »

Le 11 juin dernier, soit 76 ans jour pour jour après la victoire de Bir-Hakeim, dans la Cour d’honneur des Invalides, le président de la République élevait à la dignité de Grand-Croix de la Légion d’Honneur le lieutenant Hubert Germain, Compagnon de la Libération, ancien des combats de la 13e DBLE à Bir-Hakeim, à El Alamein, en Tunisie, en Italie où il fut blessé, en Provence, en Franche-Comté, en Alsace et dans les Alpes. La magnifique photo de la couverture de ce Képi blanc fait plus que relater cet événement. Le lieutenant de Bir-Hakeim et celui d’aujourd’hui portent en leur regard le lien immortel qui unit la Légion étrangère et la France, et traduisent ainsi la fierté d’avoir dit un jour librement pour une cause juste : “j’y vais”

Près de cinquante années d’âge séparent ces deux lieutenants. Alors qu’il passait le concours de l’École navale, Hubert Germain rendit copie blanche et fi t le choix dès juin 1940, à 19 ans, de la passion plutôt que de la raison : “Mais enfin ?” disait le ramasseur de copies. Hubert Germain lui répondit : “Ça ne m’intéresse pas. Moi, je pars maintenant faire la guerre. Je vais essayer de rattraper d’une manière ou d’une autre les erreurs, les fautes graves que le commandement français, que le système politique français a fait subir, ses dommages.” Il franchit le pas et quelques jours plus tard, le général de Gaulle l’envoya se former dans une école d’officier, à l’issue de laquelle il rejoignit la 13, fasciné par la Légion qu’il avait côtoyée lorsqu’il était enfant au Tonkin. Brillant, il gagna rapidement l’estime de tous. Puis la reconnaissance vint au lendemain de la percée de Bir-Hakeim : “La nuit a été chaude” dit-il à un légionnaire qui lui répondit : “pas tant que ça !” Il renchérit : “Vous trouvez vraiment ?”, et le légionnaire conclut : “mon lieutenant, à la lueur des fusées éclairantes allemandes sur le champ de bataille, on voyait votre grande silhouette, y avait qu‘à vous suivre.”

La réunification de l’Allemagne et la chute du communisme dans les pays du pacte de Varsovie ouvrirent les frontières de l’Europe de l’Est à la fin des années 80 et au début des années 90. Venant d’un pays d’Europe centrale touché par ce séisme géopolitique, le lieutenant de la 13 que l’on voit sur la photo assister le lieutenant Germain, choisit également le parti de la passion en s’engageant dans la Légion étrangère, pour des motifs qui lui furent propres comme à chacun des légionnaires qui franchit ce pas : partir, libre, en âme et conscience, pour porter les armes pour la défense d’un pays qui n’est pas le sien, mais qui depuis toujours rayonne de par le monde comme la patrie de la liberté, et qui lui donne en échange une famille.

J’ai retrouvé ces deux lieutenants après la prise d’armes. De la conversation que j’ai eue avec le lieutenant Germain, je retiens ces deux phrases qu’il m’a dites avec une lucidité et une foi qui me marqueront toujours : “La Légion, c’est le début et la fin de ma vie d’adulte.” Puis : “Gardez bien la maison !” Autrement dit, l’acte de foi du lieutenant de Bir-Hakeim à la Légion d’aujourd’hui est : “La Légion est l’alpha et l’oméga de ma vie. Prenez soin d’elle.” Au caractère immortel de la Légion, est associée la mission de la faire vivre en lui gardant son âme. Non pas en figeant les choses, mais en agissant, en toute liberté, au gré des circonstances que nous ne maîtrisons pas, pour faire vivre fidèlement le prestigieux héritage légué par nos anciens. Car la Légion est une combinaison harmonieuse de stabilité et de qualités d’adaptation qui, seules, permettent d’évoluer, donc de durer.

C’est pour cela qu’il n’y a pas qu’une seule Légion figée dans son passé, et c’est aussi pour cela qu’il n’y a pas chez elle de transition brutale, de rupture avec les usages éprouvés et consacrés. C’est cet équilibre entre la tradition et le “En avant !” qui permet à la Légion de remplir avec succès les missions confiées. Car la Légion est aussi un pari gagné. C’est ce qu’écrivait le général Gaultier : “D’êtres plus indisciplinés que d’autres, puisqu’ils rompent avec le monde qu’ils ne peuvent plus supporter, elle fait la troupe la plus cohérente, la mieux tenue. Et sa discipline stricte mais volontairement acceptée par l’esprit et par le cœur, après les révoltes du début, est absolument consciente ; elle laisse à ses hommes dans la force de l’âge, de toutes origines, de tous niveaux, de toutes professions leur personnalité, le sens des responsabilités et le goût des initiatives !”

Pour que la maison soit bien gardée, soyons fi ers de l’héritage légué par nos anciens, et prêts à dire comme eux, More majorum : “En avant !” Alors, chacun se rappellera cette consigne du mémento du soldat de la Légion étrangère de 1937 : “dans ton uniforme de légionnaire, tu peux regarder tout le monde en face !”

 

Par le Général de division Jean Maurin commandant la Légion étrangère

(Képi-blanc Magazine N°811)


Discour du Premier Ministre, le lundi 30 avril 2018.

(Képi-blanc Magazine N°810)


« Camerone d’hier et de toujours ! »

“ J’ai assisté à de grandes batailles, et je suis encore dans l’étonnement. Oui, je m’étonne que de simples hommes puissent accomplir de telles œuvres. ”

 

Paroles ont été prononcées en chaire par le Père Lanusse en l’église de Saint-Augustin à Paris le 11 novembre 1890, lors de la messe dite à l’époque annuellement pour les militaires le jour de la Saint-Martin. Ayant connu les combats de Sébastopol, Malakoff, Magenta et Puebla, le Père Lanusse était, lors de ce prêche, aumônier de l’École spéciale militaire de Saint-Cyr. Son sermon toucha à tel point un journaliste, M. Boyer d’Agen, que ce dernier lui rendit visite à Saint-Cyr, lui fi t témoigner de ses campagnes, et lui prit un manuscrit de 200 pages, écrit d’après les témoignages recueillis auprès du tambour Laï le 1er mai 1863 dans l’hacienda de Camerone. M. Boyer d’Agen fi t éditer ce manuscrit sous le titre “ les héros de Camaron ”. Le Père Lanusse dédicaça l’ouvrage avec le général Saussier, gouverneur militaire de Paris, et ancien commandant du poste isolé de Paso del Macho, situé à quelques kilomètres de Camerone. Malchanceux parce qu’il n’avait pas entendu le fracas du combat pour cause de vent contraire, le capitaine Saussier ne put porter secours aux hommes du capitaine Danjou, le 30 avril 1863. On trouve également écrit que le Père Lanusse, accompagné du colonel Jeanningros et du capitaine Saussier, s’agenouilla le 1er mai dans les décombres encore fumants de l’hacienda, et y bénit la main articulée du capitaine Danjou, par miracle retrouvée au milieu des débris incendiés de la bataille. Le dernier dimanche d’avril, le Père Lanusse ne manquait jamais d’évoquer les héros de Camerone devant les Saint-Cyriens. C’est pour cette raison que Jean des Vallières, lui-même ancien Saint-Cyrien puis offi cier de cavalerie, démissionnaire puis légionnaire, qualifia le Père Lanusse, aujourd’hui toujours adulé par les Saint-Cyriens, de premier historien de Camerone.

À ces simples hommes qui accomplirent de telles oeuvres, le colonel Milan dira : “ on ne refuse rien à des hommes comme vous. ” Le caporal Berg était l’un d’eux et reste célèbre pour son compte rendu au général Jeanningros : “ la 3e du 1er est morte, mon colonel, mais elle en a assez fait pour que, en parlant d’elle, on puisse dire : “ elle n’avait que de bons soldats ” ”. Ces simples hommes nous ont laissé un legs et un signe d’espérance que traduisit si bien le chef de bataillon Regnault dans la conclusion de son rapport sur la bataille de Camerone : “ quand l’occasion s’en présentera, son Excellence trouvera dans toutes les compagnies du Régiment étranger la même solidité que dans la compagnie de Camerone. ” Ces trois dernières années, j’avais développé dans l’éditorial du KB Camerone chacune de ces citations. Cette année, je voudrais tout simplement tenter d’expliquer en quelques mots, qu’à la Légion, si de simples hommes peuvent accomplir de telles oeuvres, c’est que chaque légionnaire, quel que soit son grade, et grâce au rituel, sent intimement l’esprit de Camerone qu’il ne peut toujours exprimer clairement.

C’est ce qu’écrivait si bien Georges Manue, cinq fois cité, et qui par trois fois s’engagea à la Légion étrangère, en 1921 lors de la guerre du Rif, en 1939 au 11e REI où il fut blessé, prisonnier puis évadé, et en 1944 au RMLE : “ Quand tout est perdu pour le légionnaire au baroud, du fond de la mémoire jaillit l’impérieux souvenir, ancré là par tant de commémorations solennelles : Camerone. Il lui dicte son ultime détermination. ” C’est bien la solennité du rite annuel de Camerone, et la tradition si vivante de son esprit, qui permettent aux légionnaires de tous grades de refaire chaque année le serment de Camerone, à leur manière, et dans leur for intérieur. Et ce, dès le premier Camerone du légionnaire qui ne comprend pourtant pas tout ce qui est dit, mais qui sent que la famille légionnaire, du plus jeune jusqu’aux morts, se rassemble. Georges Manue le mentionnait dans l’article Camerone d’hier et de toujours paru dans un Képi blanc de 1952, lorsqu’il relatait son premier Camerone trente ans auparavant au Maroc :

“ L’adjudant avait un réel prestige sur la troupe, qu’il devait à un courage connu, à une rudesse équitable et à une endurance à la fatigue dont de plus jeunes s’émerveillaient. Il était fi er de l’honneur qui lui revenait : lire le condensé du combat de Camerone. Les légionnaires écoutaient de tout leur visage tendu. Beaucoup ne comprenaient pas ces phrases françaises, concises et martelées. Tous avaient l’obscure conscience qu’ils participaient à quelque chose de religieux où le sens des termes importait peu. Le capitaine parla ensuite, bref à souhait mais accessible. Le vent, souffl ant par rafales, emportait des mots familiers : Légion, camarades, courage, discipline, fi délité, mort. Autant de graines qui lèveraient le moment venu. Les rangs rompus, nous partîmes vers les guitounes. Le repas fut bon, le vin suffi sant. Et les hommes entre eux racontaient à leur manière l’épisode de Camerone, ajoutant un fi l de leur imagination au récit, déjà tout entre-tissé de légende… ”

Dans ces lignes de Georges Manue, tout est dit de l’esprit de Camerone par ailleurs si bien décrit ultérieurement lors des cérémonies du centenaire par le général Olié, qui citait en premier l’obéissance consentie sans réserve à un chef en qui l’on a pleine confi ance parce qu’il a conquis l’estime et l’attachement de tous. Cet adjudant, il y a presque cent ans, nous donnait la route à suivre : “ courage connu, rudesse équitable, et endurance à la fatigue dont de plus jeunes s’émerveillaient ”. Je souhaite pour ce Camerone 2018 que l’exemple de cet adjudant et de ses hommes nous aide, quels que soient notre grade et notre ancienneté, “ à accomplir de telles oeuvres ”.

Joyeux Camerone !

Par le Général de division Jean Maurin commandant la Légion étrangère
(Képi-blanc Magazine N°809)


Le général de brigade Denis Mistral, futur COMLE

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Le général Denis Mistral prendra le commandement de la Légion étrangère à l'été 2018.

Le général de brigade Denis Mistral, futur COMLE

Né en 1966, à Marseille, le général Denis Mistral, est saint-cyrien de la promotion Tom Morel (87 – 90). Officier de cavalerie, il est marié, et a trois enfants. Officier de la Légion d’honneur, il a la croix de la valeur militaire avec cinq citations.

Du 1er août 1991 au 31 juillet 1993, il est affecté au 3e régiment de Cuirassiers à Chènevrières, comme chef de peloton AMX 30 B2. Il effectue une mission de six mois en ex-Yougoslavie, à la tête d’une section d’appelés du contingent.

Le 1er août 1993, il est affecté au 1er régiment étranger de cavalerie, à Orange, comme chef de peloton. Il effectue une mission de 5 mois à Sarajevo en tant qu’officier adjoint d’escadron. Du 26 juillet 1996 au 27 juillet 1998, il commande le 1er escadron du 1er régiment étranger de cavalerie. Durant ce temps de commandement, il effectue une mission de deux mois à Mayotte.

Du 1er août 1998 au 31 juillet 2002, il est affecté à l’Ecole Nationale des Sous-Officiers d’Active (ENSOA), comme adjoint en bataillon d’élèves, puis comme chef de cellule évaluation examens. Il est stagiaire du cours supérieur d’état-major de janvier à juin 2002.

Du 1er août 2002 au 31 juillet 2003, il suit la scolarité du Joint Services Command and Staff College à Shrivenham en Grande-Bretagne.

Du 1er août 2003 au 31 juillet 2005, il est nommé chef du bureau opérations et instruction du 1er régiment étranger de cavalerie. Il effectue deux missions en République de Côte d’Ivoire, comme chef de groupement tactique Corymbe, puis comme chef des opérations du groupement tactique interarmes n°2 basé à Man.

Du 1er août 2005 au 1er août 2007, il sert à l’état-major de l’armée de Terre, comme chef de section à l’état-major opérationnel Terre. Puis, il est rédacteur au bureau « plans » jusqu’en 2008, date à laquelle il prend la fonction d’assistant militaire au général Major Général de l’armée de Terre.

De juillet 2009 à juillet 2011, il commande le 4e régiment étranger, à Castelnaudary.

Il quittera le régiment pour rejoindre la 61e session du CHEM et la 64e session de l’IHEDN, jusqu’en juin 2012.

De juillet 2012 à juin 2014, il occupe la fonction de secrétaire général de l’état-major au commandement de la Force Terrestre, à Lille. Il effectuera une mission, en tant que colonel adjoint de la brigade Serval, au Mali.

De juin 2014 à juillet 2015, il est engagé dans l’opération SERVAL, puis BARKHANE, comme représentant du COMANFOR pour le partenariat élargi.

En août 2015, il rejoint la division emploi des forces de l’état-major des armées, comme chef de bureau emploi 1.

Nommé général de brigade le 1er août 2017, il prend le commandement des éléments français au Sénégal (COMELEF).

En août 2018, il sera nommé général commandant la Légion étrangère.


L'esprit de sacrifice

https://www.legion-etrangere.com/

A l'occasion de Camerone, les lieutenants du 1er régiment Étranger se penchent sur la signification de "l'esprit de sacrifice".

Toute une histoire autour de l'esprit de sacrifice

 

Chaque année, dans les jours qui précédent la commémoration du combat de Camerone, nous nous réunissons pour faire une veillée. Ce moment ne doit pas être vu comme un énième instant de cohésion ou l’on se retrouve pour boire un coup et chanter des chants légions. C’est un moment privilégié pour réfléchir au sens de cette commémoration et pour échanger sur ce que représente pour chacun d’entre nous l’esprit de Camerone,  la notion d’esprit de sacrifice. Cet esprit de sacrifice qui a permis aux hommes du capitaine Danjou de remplir la mission qui leur avait été confié.

Face à une mort probable, les légionnaires de la troisième compagnie du régiment étranger ont prêté serment de fidélité. Et lorsque le capitaine Dannjou tombe au milieu d'eux, en exemple, il force l'admiration. Il est immédiatement remplacé par le sous-lieutenant Vilain qui tombera à son tour. L'héroïsme des légionnaires est édifiant jusqu'au dernier geste. Sous l'impulsion de leurs chefs, ils ont fait leur devoir avec une totale abnégation, dans l'acceptation du sacrifice.

Rappelons-nous l’origine de la commémoration du combat de Camerone. Ce n’est que le 30 avril 1906, soit 43 ans plus tard, que fut célébré pour la 1re fois l’anniversaire du combat de Camerone, au poste de Ta-Lung (Tonkin) tenu par 120 légionnaires commandés par le lieutenant François. Ayant appris que le drapeau du 1er Étranger avait reçu la croix de la Légion d’honneur, deux jours avant à Sidi-Bel-Abbès, le lieutenant François fit pavoiser le poste et décorer de feuillages le casernement et organisa une prise d’armes. Il passa lentement en revue le détachement pour marquer la solennité de ce jour extraordinaire. Connaissant l’histoire de son régiment, il parla à ses légionnaires avec des mots simples compris de tous pour exalter devant eux la signification de la décoration du drapeau. Ayant auparavant écouté avec attention les témoignages des anciens légionnaires ayant combattu au Mexique, de mémoire, il fit à son détachement le récit du combat de Camerone. Puis il demanda à ses légionnaires de ne jamais oublier l’exemple de leurs anciens, et de savoir, comme eux, quand il le faudra, mourir pour l’honneur du drapeau. Quand il eut terminé, il tira son sabre et fit présenter les armes au drapeau chevalier de la Légion d’honneur, comme s’il avait été là devant eux. La tradition se répandit et fût officialisée en 1936 à Sidi-Bel-Abbès avec la première présentation de la main du capitaine DANJOU. Elle fût codifiée telle que nous la connaissons aujourd’hui en 1947 par le colonel Gaultier.

Ce combat nous rappelle que la mission est sacrée. Il marque le début d’une longue et héroïque kyrielle de faits d’armes  qui ont forgés l’histoire de la Légion étrangère. L’héroïsme à la Légion n’a pas commencé et ne s’est pas terminé à Camerone. Pour mémoire :

 

23 mai 1832 : Premier fait d’arme. Premier sacrifice.

Dans les environs de Maison-Carrée, à l’Est d’Alger, une tribu rebelle s’agite une nouvelle fois. Une colonne, sous les ordres du commandant Salomon de Mussis, comprenant 27 légionnaires commandés par le lieutenant Châm et 25 chasseurs d’Afrique, patrouille dans la région. Le commandant pousse une reconnaissance avec les chasseurs et laisse les légionnaires au bivouac en réserve. Le commandant Salomon de Mussis et les 25 chasseurs d’Afrique sont attaqués par 75 cavaliers arabes. Le commandant décide de se replier mais lui et ses hommes sont rapidement submergés. Les voyant arriver, un légionnaire donne l’alerte. Le lieutenant CHÂM décide d’appuyer la retraite de ses frères d’arme. le petit détachement de légionnaire va défendre jusqu’à la mort sa position et permettre ainsi au chasseurs de rejoindre la garnison. Leurs cadavres sont retrouvés affreusement mutilés. Le lieutenant Châm est le premier officier de Légion mort au combat.

1884 TUYEN QANG

Fin novembre 1884, 12 000 combattants chinois (réguliers et Pavillons noirs), sont rassemblés à moins de 10 km de Tuyen Quang. La garnison de 598 hommes est composée majoritairement des 1re et 2e compagnie 1er bataillon du 1er Etranger (390 hommes dont 8 officiers), commandées par le capitaine Cattelin. Jusqu’à janvier 1885, les forces chinoises resserrent le siège. Les hostilités sérieuses débutent le 26 janvier. La ligne de défense des Tonkinois est attaquée ; le village annamite incendié ; les habitants se réfugient dans la citadelle. Un millier de Chinois se lancent à l’assaut. Les légionnaires du blockhaus, sous les ordres du sergent Lebon, repoussent plusieurs assauts. Le 28 janvier, les Chinois ne sont plus qu’à 100m de l’édifice. Pendant plus de 30 jours, ce sera un bombardement continu.

Le 2 mars la colonne de renfort, en tête de laquelle marchent les deux autres compagnies du 1er Bataillon (commandées par le capitaine Frauger)  accroche les Chinois à Hoa Moc, à 8 km de la citadelle. Le matin du 3, jour où la garnison est débloquée par les renforts, le légionnaire Thiébald Streibler (alsacien natif de Mertzwiller) reçoit la dernière balle mortelle, en s’interposant entre des Chinois retranchés dans l’ultime casemate tenue et le vicomte Emmanuel de Borelli, commandant la 1re compagnie. Ce dernier, dédia à Streibler ce superbe poème : "A mes hommes qui sont morts".

 

1943 DJEBEL MANSOUR

Le 5 février 1943, la 2e compagnie du 1er bataillon du 1er régiment étranger est engagée dans le djebel Mansour. Elle résiste sur ses trois points d’appui. A un moment les légionnaires sont débordés sous le poids du nombre des Allemands. Comme à Camerone, les légionnaires tombent tous les uns après les autres  et la compagnie va être anéantie.

Grâce au sacrifice du sergent Khalen, fils du célèbre adjudant-chef, qui, bien que grièvement blessé, tient en respect l’ennemi qui forme à 30m un demi-cercle autour de lui, un adjudant-chef, dix légionnaires et quinze blessés dont le commandant d’unité réussissent a  évacuer la position envahie. Quand il est tué d’une balle dans la tête, le sergent Khalen a brûlé 8 000 cartouches et changé trois fois le canon de son arme.

 

1954 DIEN BIEN PHU

Le sacrifice de milliers d’hommes qui ne fait que retarder un peu plus l’inexorable. Pourtant, les légionnaires ne renoncent pas. Dans l’impossibilité d’être relevés, ils manifestent un courage, une combativité et une résistance inhumaine. Ils n’ont de cesse que de tenter des contre-attaques sur les collines désormais fermement tenues par « les Viets ». Ils n’ont aucune chance de réussir et pourtant ils montent à l’assaut avec une bravoure incroyable. A l’arme blanche, à la grenade, ils engagent les soldats Viêt Minh au corps à corps.

Dans les postes de secours qui ne sont plus que des mouroirs sanglants où l’on manque de tout, les chirurgiens opèrent sans moyens. Plus d’anesthésiants, plus de bandages, plus rien… Les officiers en appellent malgré tout à toutes les bonnes volontés pour continuer la résistance. Et beaucoup de blessés retournent au combat. Partout dans les positions, les actes d’héroïsme se multiplient. Des actions d’anonymes, légionnaires, sous-officiers ou officiers, qui se sacrifient jusqu’à leur dernier souffle. Ils ne se battent plus pour Dien Bien Phu. Ils se battent pour leur honneur.

Des centaines de légionnaires, sachant pertinemment que la situation à Dien Bien Phu est désespérée, se portent volontaire pour être largué auprès de leurs frères d’arme Ils n’ont jamais sauté en parachute. Ce sera leur premier et dernier saut, la plupart du temps la nuit, dans la fureur des explosions et des balles traçantes. Ils n’ont aucune illusion. Ils savent pertinemment qu’ils vont au sacrifice. Beaucoup n’atteindront même pas le sol vivant… D’autres atterrissent directement dans les lignes Viêt Minh. Depuis longtemps déjà, les positions Viêt Minh sont trop resserrées et une grande partie du ravitaillement français tombe dans les mains ennemies.

 

Nous pourrions passer la soirée à citer des exemples ou la légion s’est couverte de gloire. L’esprit de sacrifice n’est pas que dans les combats, il se vit au quotidien, lorsque, comme nous, le choix d’une vocation devient celui d’une vie.

 

Qu’est-ce que l’esprit de sacrifice ?

 

L’esprit de sacrifice pour un militaire conduit  très vite, sous l’expression « sacrifice suprême », au consentement à risquer et à perdre sa vie au combat. L’idée  supposé conduirait plutôt  à comprendre « offrir sa vie » ou « donner sa vie », ce qui redonne une dimension plus positive à la notion de sacrifice, même si les conséquences peuvent être tout aussi absolues et tragiques. L’esprit de sacrifice c’est avant tout la disposition à renoncer à ses propres intérêts au bénéfice d’autrui. C’est en quelque sorte le contraire de l’égoïsme. Cet état d’esprit pousse à faire passer ses propres sentiments et préférences après ceux des autres et de l’institution. Ils impliquent aussi un savoir être et une disponibilité personnelle pesant lourdement sur nos vies et celles de nos familles.

Ainsi, la notion d’esprit de sacrifice ne saurait se réduire au consentement, à la perspective de perdre sa vie au combat. Nous ne pouvons pas adopter ce métier des armes, et surtout y persévérer, simplement pour gagner notre vie. Nous nous devons, ultimement, d’être habités par la volonté d’œuvrer pour l’autre  et d’y consacrer nos forces. Cela implique une forte conviction, un engagement résolu, une solidarité sans faille.

L'esprit de sacrifice se retrouve dans le code d'honneur du légionnaire. Il offre des repères et inspire toute la pédagogie interne à la légion étrangère. Aujourd'hui comme hier, cet esprit nous aide à atteindre des résultats incontestables quel que soit la mission et doit nous guider dans notre quotidien.

 

Par le lieutenant Philippe Soille

Camerone 2018


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