AALEME

Légionnaire toujours...

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2011




Du renseignement à l'influence : Le rôle des opérations d'information

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CES RAFFALLI

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11/09/52 - Commandant RAFFALLI (39 ans) 2eme BEP

Barthélemy  Raffalli est né le 16 mars 1913 à Nice d'un père officier. Après un bac Mathématiques et Philosophie et une préparation à la corniche d'Alger, Barthélemy (qui déteste ce prénom et que tout le monde appellera Rémy) entre à l'Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr le 1 octobre 1933 et appartient à la Promotion "Roi Albert Ier" (1933-1935). Ayant choisi la Cavalerie, le Sous-Lieutenant Raffalli part à l'Ecole d'Application de la Cavalerie et du Train à Saumur (1935-1936).

1936-1945: L'ARMEE D'AFRIQUE

Les spahis , le Tanezrouft

Il rejoint le ler Régiment de Spahis Algériens à Médéa en 1936 et est nommé lieutenant. Alors qu'il commande la Compagnie Saharienne du Touat, il dirige pendant 7 mois, dans des conditions de vie particulièrement inhumaines, les chantiers de construction de pistes de l'Erg-El-Hoffer, forçant ainsi l'admiration de ses chefs.
Il est ensuite affecté au 3ème Régiment de Spahis Marocains jusqu'en 1943. Il y remplira les emplois les plus variés, avec une efficacité qui lui vaudra toujours les félicitations de ses chefs.

Campagne d'Italie

Il quitte l'Afrique pour l'Italie en 1943 avec le grade de capitaine et rejoint les rangs du Corps Expéditionnaire Français où il s'illustre comme officier de liaison auprès des Américains dans les combats de San Pietro et de San Crore. Il est cité à l'ordre de la Brigade :
Ordre Général N° 14 en date du 12 Mars 1944 du Général Commandant la 2ème D.I.M.
" Jeune Officier, plein d'ardeur et de foi, au cours de nombreuses liaisons avec les unités en ligne, n'a cessé de se dépenser sans compter faisant preuve d'un allant extraordinaire et du plus complet mépris du danger. S'est distingué tout particulièrement pendant les attaques du PANTANO, COSTA SAN PIETRO (11 Janvier 1944) SAN CROCE (21 Janvier 1944). "
Cette citation comporte l'attribution de la Croix de Guerre 39-45 avec Etoile de Bronze
Voulant prendre une part plus active aux combats, il demande à être détaché dans l'Infanterie et prend ainsi le commandement d'une compagnie du 5ème Régiment de Tirailleurs Marocains. Mais il saute sur une mine le 17 mars 1944 et est fait Chevalier de la Légion d'Honneur.

PROMOTION AU GRADE DE CHEVALIER DE LA LEGION D'HONNEUR Par Décret en date du 6 Juillet 1944 pour prendre rang au 6 juillet 1944

" Jeune Officier, plein d'ardeur et de foi, au cours de nombreuses liaisons avec les Unités en ligne, n'a cessé de se dépenser sans compter faisant preuve d'un allant extraordinaire et du plus complet mépris du danger. S'est distingué tout particulièrement pendant les attaques du PANTANO, COSTA SAN PIETRO (11 Janvier 1944) SAN CROCE (21 Janvier 1944). Cavalier, servant sur sa demande dans l'Infanterie, a tenu à commander une Compagnie de F.V. qu'i1 a immédiatement marquée de son empreinte. A été gravement blessé par une mine le 17 mars 1944. "

La présente citation comporte l'Attribution de la Croix de Guerre avec palme.

1945-1950 EN ATTENDANT L'ACTION

Après une brève affectation comme commandant adjoint de l'Ecole d'Elèves Officiers Indigènes de Boussada, il est désigné pour suivre les cours de l'Ecole d'état-major en avril 1945 et prend ses fonctions d'adjoint au cabinet militaire du général commandant en chef en Autriche. Mais son désir ne se satisfait pas de cette situation, et il part de son propre chef à l'Ecole des Troupes Aéroportées de Pau ; malheureusement à son premier saut il tombe sur un caillou se faisant éclater le talon en 16 morceaux le 10 décembre 1947. Il récidive l'année d'après et obtient son brevet de parachutiste en septembre 1949, ayant passé entre temps un 1er degré d'anglais (août 49). S'étant porté volontaire pour servir chez les légionnaires parachutistes dès la création des BEP en 1948 et pour servir en Extrême-Orient, il est muté en novembre 1949 au 1er Régiment Etranger d'Infanterie.


1950-1952: L'INDOCHINE


Il rejoint le 3ème BEP à Sétif, puis le 1er BEP à Hanoi fin septembre 1950 alors que le Bataillon vient d'accomplir le Sacrifice Suprême sur la RC4.

Le 12 septembre 1950, le Capitaine RAFFALLI prend le commandement du 2ème BEP.Raffalli mènera le 2ème BEP de succès en succès jusqu'à sa mort :

- Succès dans les premiers engagements avec l'opération FLORE et les combats de Ke SaT qui lui valent une troisième citation.


CITATION A L'ORDRE DE LA DIVISION - Ordre Général n° 190 du Général d'armée de LATTRE DE TASSIGNY, Haut-Commissaire de France en INDOCHINE et Commandant en Chef en Extrême-Orient.

" Dès son arrivée en E.O., a su s'imposer au 2ème B.E.P. alors que ce magnifique Bataillon avait deux ans de séjour était brusquement privé de son Commandant et de tous ses Capitaines. Ayant reçu l'ordre de disposer son unité en rassemblement articulé pour s'opposer à une action éventuelle contre la R.F. 5 venant de KE SAT a été alerté quelques heures après son arrivée nocturne; a su découler immédiatement ses Unités, dégager les patrouilles d'ouverture de route et anéantir dès le départ la tentative ennemie du 3.2.1951, en lui causant des pertes sévères. "

Cette citation comporte l'attribution de la Croix de Guerre des T.O.E avec Etoile de Bronze.

Dirigé sur le DONG TRIEU, il parachève la victoire du 6ème BPC au prix d'une très dure campagne. Nouveau succès lors de la bataille du DAY grâce à son intuition et son analyse fine du combat. Succès renouvelé pour les combats de BO VI et CO DA où il anéantit une compagnie ennemie. Ces actions valent une citation et une nouvelle palme au Bataillon :

CITATION A L'ORDRE DE L'ARMEE - J.0, du 21 novembre 1951
2ème BATAILLON ETRANGERS DE PARACHUTISTES


" Magnifique Bataillon de Parachutistes qui, depuis Décembre 1950, sous le commandement ardent du Capitaine RAFFALLI combat au Tonkin sans interruption et s'impose à l'adversaire qu'il pourchasse avec acharnement. En Janvier 1951, au cours de l'opération "FLORE" puis en Mars autour de Ke-Sat, constitue l'élément de manœuvre essentiel du Commandement, qui trouve en lui un outil de combat particulièrement au point. Relevant un autre Bataillon à MAO KHE en Avril 1951 il prend à sa charge pendant 45 jours le nettoyage et la défense de la région capitale de DONG TRIEU. Son activité incessante se manifeste par une série de combats au cours desquels il accroche sévèrement l'ennemi, notamment à TU LAC le17 Avril et àDONG MAI le 22. Le 13 Avril en particulier, il est l'unité maîtresse du sauvetage d'un équipage d'aviation en détresse en zone montagneuse rebelle.

Engagé dans la Région de NAM DINH en mai 1951, dès le début de la Bataille de DAY, ce Bataillon donne toute la mesure de sa valeur. Après un combat victorieux dans la boucle du faux canal de NAM DINH où il récupère un armement nombreux, se heurte le 6 Juin à CO DA (Région de PHAT DIEM) à un adversaire fanatisé et anéantit une unité rebelle régulière.

Le 15 Juin à BO VI (Région de PHAT DIEM) il impose à nouveau sa volonté à l'adversaire qu'il met en fuite. Le total de ces actions se solde par la mort de 150 réguliers rebelles dénombrés et un butin de 35 armes dont 3 automatiques. Bataillon d'élite, le 2ème Bataillon Etranger de Parachutistes a montré qu'il était en tous points digne des traditions séculaires de la Légion Etrangère. "

Cette citation comporte l'attribution de la Croix de Guerre des T.O.E avec PALME.


Il est nommé Chef d'escadrons le 1er juillet 1951.
Le 4 octobre 1951, parachuté au point névralgique de la bataille de NGHIA LO, sur les arrières ennemis, il lui inflige de lourdes pertes et compromet l'espoir d'une victoire viêt en pays thaï.

Il est fait Officier de la Légion d'honneur :
NOMINATION AU GRADE D'OFFICIER DE LA LEGION D'HONNEUR
Ordre Particulier du Général d'armée Haut Commissaire de France en Indochine et Commandant en Chef n° 138 du 31 décembre 1951


" Officier supérieur de grande valeur. Commandant le 2ème B.E.P. parachuté à GIA HOI (Tonkin) le 5 Octobre 1951, a reçu pour mission de menacer les communications de deux Régiments V.M. qui se portaient à l'attaque de NGIA LO., par la rapidité et la vigueur de son intervention a réussi à surprendre l'ennemi et l'a contraint à desserrer son étreinte sur nos postes. Durement contre attaqué dans la nuit du 5 au 6 Octobre 1951, a tenu tête avec opiniâtreté jusqu'au jour puis, entamant une audacieuse manœuvre à travers le terrain chaotique de NAM MUONG, a réussi à dégager ses troupes encerclées, lutta, pied à pied avec l'adversaire et lui infligeant plus de cent tués. A participé ainsi de la manière la plus efficace à la victoire de NGHIA LO. "

- Hiver 1951-1952 : nouveaux succès au prix de combats acharnés au cours des batailles de la Rivière Noire et de la RC6.
- Il consacre l'été 1952 à la pacification du delta du TONKIN, arrivant au terme de son séjour en INDOCHINE.

La mort de Raffalli

Alors qu'il passe ses ordres au Commandant BLOCH son successeur, celui ci lui fait l'honneur de lui laisser commander une dernière fois son bataillon, appelé pour une mission urgente.

Le commando du bataillon marche en tête. Il a pour mission de reconnaître Bretagne 1, situé en bordure du Sông Chiang. Au moment où les éclaireurs de tête approchent du pagodon, une fusillade assez nourrie les oblige à stopper. Sur la digue, le reste du commando s'abrite de son mieux.

Raffalli avance tranquillement sur la digue, dans sa direction. Son képi où brillent les quatre galons d'argent et le chèche blanc qu'il porte autour du cou attirent diablement l'œil. Il constitue une cible bien visible à côté des légionnaires en chapeau de brousse.

" Alors ? Où sont-ils ces salopards ? " demande Raffalli.
- A droite, là-bas. "
Le commandant se redresse. Il observe pendant quelques secondes le pagodon. Un coup de feu claque. Un seul. Raffalli s'écroule sur la digue. La balle a frappé le commandant en plein milieu de l'abdomen, à la hauteur des côtes flottantes.
La balle a traversé la colonne vertébrale et sectionné la moelle épinière. La paralysie des membres inférieurs semble définitive.

Le 9 septembre, les équipements de l'hôpital Lanessan de Hanoi sont insuffisants. Ils ne permettent pas aux chirurgiens de tenter l'opération de la dernière chance. Décision est prise d'évacuer le blessé sur Saigon où l'on dispose de moyens plus importants.

Le 10 septembre, le 2ème B.E.P. est en pleine opération. Les postes radio des commandants de compagnie grésillent :" Tous de Soleil, tous de Soleil, répondez. "

Ils répondent dans l'ordre, les uns après les autres.
" Le commandant est mort... la nuit dernière... à Saigon... "
Le commandant Raffalli a quitté la vie avec panache, en mousquetaire. Dans la mort, plus rien ne peut désormais le séparer du bataillon qu'il a adoré.
Le Chef d'escadrons Raffalli a reçu la croix de Commandeur de la Légion d'Honneur le 3 septembre.

NOMINATION AU GRADE DE COMMANDEUR DE LA LEGION D'HONNEUR J.O. du 30 novembre 1952

" Officier supérieur de l'ABC d'exceptionnelle valeur qui, avec une réussite étincelante, a créé, instruit, animé de sa flamme et conduit au combat le 2ème BEP. Au terme d'un séjour en Indochine au cours duquel il avait accumulé les titres de gloire en même temps qu'il s'était acquis l'attachement sans limites de ses Légionnaires et l'estime de tous ses chefs, a tenu à accompagner une dernière fois son unité au combat et à couronner ainsi par ce geste de soldat, la passation du Commandement à son successeur. Dans ces circonstances, le 1er septembre 1952 à CHUYENG MY TRUONG HA alors qu'une de ses compagnies était sévèrement prise à partie par les rebelles, S'est porté sous le feu jusqu'au premières lignes.


A été grièvement blessé par balle tirée des éléments rebelles qui se repliaient devant le succès de sa manœuvre. Faisant preuve d'un remarquable stoïcisme et maîtrisant les souffrances très cruelles qu'il endurait, s'est préoccupé jusqu'au bout de la manœuvre de son Bataillon, gardant jusqu'à la fin du combat son entière lucidité. S'est imposé une fois de plus à ceux qui l'entouraient par son énergie surhumaine, son sens du devoir et son exemple rayonnant. "

ORDRE DU JOUR DU GENERAL DE LINARES.
COMMANDEMENT DES FORCES TERRESTRES DU NORD-VIETNAM HANOI, le 11 Septembre 1952.
Le Général
0 R D R E du J 0 U R
OFFICIERS, SOUS-OFFICIERS, CAPORAUX-CHEFS, CAPORAUX et LEGIONNAIRES du 2ème BATAILLON ETRANGER de PARARCHUTISTES

Le Chef d'escadrons RAFFALLI s'est éteint dans la nuit du 10 au 11 Septembre 1952 à l'hôpital de SAIGON.
Après avoir créé, instruit, animé de sa flamme et conduit au combat le 2ème B.E.P,et il tombait le 1er Septembre, à CHUYEN-MY-TRUONG-HA grièvement blessé au cours du dernier combat qu'il menait avec vous.
Entraînés et conquis par la personnalité brillante de ce Chef prestigieux vous aviez accumulé avec lui les titres de gloire, livrant sans interruption dans le Delta, en Haute et Moyenne Régions, des combats dignes des traditions séculaires de la Légion Etrangère.
Comme ceux des vôtres qui, par leur sacrifice, ont contribué à ses exploits, il vous lègue son exemple et le souvenir d'un Chef que vous aurez à cœur de venger.
Je m'incline avec émotion et respect devant la mémoire du Commandant RAFFALLI, sûr que vous saurez rester fidèles à la magnifique tradition qu'il laisse au 2ème Bataillon Etranger de Parachutistes.
Le Général de C.A. de LINARES
Commandant les F.T.N.V.

Lieutenant-Colonel Jules GAUCHER

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13/03/54 - Lieutenant-Colonel Jules GAUCHER (49 ans) 13eme DBLE
Il intègre la promotion « Maréchal Galliéni » à l’école spéciale militaire de Saint-Cyr. Sorti diplômé de l'École spéciale militaire de Saint-Cyr en 1929, il est nommé sous-lieutenant. Il sert alors en Algérie au 23e régiment de tirailleurs algériens de 1929 à 1931.

Affecté à la Légion étrangère en 1931, il continue à servir en Afrique du nord au sein du 1er régiment étranger puis du 3e régiment étranger d'infanterie au cours de la pacification du Haut Atlas et du sud-marocain. En 1938, il est promu au grade de capitaine et affecté au 1er bataillon du 5e régiment étranger d'infanterie au Tonkin.


Seconde Guerre mondiale

Il commande une compagnie lors des combats contre les Japonais en 1940 et contre les Siamois en 1941. Il est à la tête du 1er bataillon lorsque les Japonais déclenchent leur coup de force sur le Tonkin en mars 1945 et passe la frontière chinoise le 1er mai 1945 avec le reste de son unité lors de la retraite de la colonne Alessandri. Il prend ensuite la tête du bataillon de marche composé des survivants du régiment et le ramènera au Tonkin en 1946, après avoir parcouru plus de 3 000 kilomètres à pied.
Promu chef de bataillon la même année, il rejoint le Dépôt commun des régiments étrangers (DCRE) à Sidi-Bel-Abbès puis la 13e Demi-brigade de Légion étrangère.


Indochine 1950-54

En 1949 il est désigné pour l’Extrême-Orient afin de prendre le commandement du 3e bataillon de la 13e Demi-brigade de Légion étrangère (III/13 DBLE). Le 9 avril 1950, il est rapatrié sanitaire.
En oct. 1951 il est promu au grade de lieutenant-colonel et repart quelques mois plus tard pour l’Extrême-Orient Indochine. De retour à la 13, il prend les fonctions de commandant en second du régiment, puis celles de chef de corps le 1er sept. 1953. Sous son commandement, ses unités s'illustrent au cours de la guerre d'Indochine, notamment dans le Delta et lors de la bataille de Hoa Binh (1951-1952).


Dien Bien Phu 1954 

Il est désigné pour prendre le commandement du groupe mobile 9 au cours de la bataille de Dien Bien Phu. Cette unité comprend 3 bataillons d'infanterie (1/13 DBLE, 3/13 DBLE et III/3 RTA) ainsi qu'une batterie d'artillerie (III/10 RAC). Elle s'installe sur le point d'appui Béatrice.
Le 13 mars 1954 à la tête de ses légionnaires en défendant le point d’appui « Béatrice », il tombe en pleine bataille à Diên Biên Phù sous les assauts de la division 312, lorsque qu'un obus de 105 mm, tiré par les soldats du Việt Minh sur le poste de commandement, est tiré et détruit le poste.

Lieutenant Alain de STABENRATH

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Le Lieutenant Alain de STABENRATH est un héros du 1er Bataillon Etranger de Parachutistes (BEP) à Dien Bien Phu, lieutenant de réserve, il donnera son nom à une promotion d'Elève Officiers de Reserve de Coëtquidan (9è Cie juin-septembre 1978). Né le 28 octobre 1925 en Haute-vienne et mort des suites de ses blessures dans un "hopital" viet le 13 mai 1954 à Dien Bien Phu.



13/05/54 - Lieutenant Alain de STABENRATH (29 ans) 1er BEP
résumé de la mort du Ltn de Stabenrath (sources : chapitre du livre "Je ne regrette rien" de Pierre SERGENT)

"Le 25 avril, les deux BEP fusionnent et sont placés sous le commandement de GUIRAUD. Les 1è et 4è compagnies sont confiés au Ltn de
STABENRATH, que l'on surnomme "Stab", le Capitaine LUCIANI reprendra le commandement de ces 2 compagnies dès que son état de santé le permettra, la mission du Bataillon de Marche de Para Légion (1er et 2è BEP) est de défendre ce qui reste des "HUGUETTE 2,3,4 et 5"

La tactique des Viets est "l'asphyxie" en grignotant les lignes françaises, en l'honneur du 30 avril ils apportent des haut-parleurs et s'adressent aux légionnaires de la sorte : "Légionnaires, cessez le combat si vous ne voulez pas vous faire massacrer jusqu'au dernier comme à Camerone." des dizaines de voies répondent en coeur "Mer.de" et entonnent un Boudin tonitruant.

Le 1er Mai, les Viets décident d'en finir, ils montent une grande attaque sur "HUGUETTE 5" , il y a huit jours que la position est tenue par le Capitaine LUCIANI, le "Stab" et le lieutenant BOISBOUVIER, suite à de fortes averses, les hommes se battent avec de l'eau jusqu'au ventre dans certaines tranchées, ils se sont battu dans des conditions effroyables, et ils ne peuvent plus s'opposer que quelques heures au déferlement du Bataillon 227 du régiment 322 de GIAP.

A 2h30 du matin, GUIRAUD envoie la 2è et 3è cie commandées par le capitaine BRANDON pour contre-attaquer, à 6h renfort d'éléments du 2è REI, à 10h "HUGUETTE 5" est de nouveau aux mains du BEP qui a perdu 88 hommes.

Le soir même, à 20h15 les obus de 120 mm viets pulverisent tout sur la position, suivent les rafales, les viets attaquent, LUCIANI se précipite hors de son abri suivi de "STAB" et de GRANA, le radio, les viets suintent de partout, les petits hommes en vert gagnent du terrain, ils sont trop, quand une rafale légionnaire detruit un groupe, un autre surgit aussitôt.

BOISBOUVIER, lieutenant de réserve lui aussi, qui tient avec sa section la corne la plus avancée du P.A., ne répond plus à la radio, "STAB" va voir ce qui se passe, en arrivant il crie à un légionnaire :
"Où est le lieutenant ?"

"par là" répond le légionnaire en montrant la direction où il s'apprète à lancer un grenade,
BOISBOUVIER et la plus grande partie de ses légionnaires ont été submergés par les Viets, "STAB" rend compte par radio à LUCIANI :
"Les viets sont là, BOIBOUVIER a disparu ....", LUCIANI écoute,
il presse sur son oreille le combiné que GRANA le radio lui a tendu, tout d'un coup LUCIANI vacille dans une lueur d'explosion, il s'écroule serrant toujours le combiné, la voix de "STAB" lui parvient distinctement :
" ...BOISBOUVIER ....disparu...Les viets...." puis elle s'éloigne, "STAB" : "...Répondez...Répondez...."
GRANA, le radio s'est précipité il prend le combiné de la main du capitaine qui le sert encore :
"Mon lieutenant, mon lieutenant ! le capitaine est ..."
il hésite
"...le capitaine a été touché, il est tombé."

"j'arrive" répond "STAB",
GRANA sent un liquide chaud couler le long de sa poitrine,pas de douleur mais il est touché lui aussi.
"STAB" arrive en même temps que les viets, il n'hésite pas, il récupère GRANA et les quelques légionnaires encore vivants et ils foncent vers l'arrière du P.A., s'il y a encore une chance elle est là pense t il.

Ah comme il était beau le "STAB", un "démon" à la tête de son petit groupe, galopant entre les tranchées qu'il connait par coeur et entre les trous d'obus.

Une pensée lui traverse l'esprit, il a de la chance, cent fois il aurait du y rester, et surtout le 18 avril sur "HUGUETTE 6" quand une balle a traversé son casque et éraflé son crâne..La chance! Elle l'abandonna, il s'effondre, la hanche et le ventre transpercés.

GRANA se glisse vers "STAB" qui presse ses mains sur son ventre.
"Attendez mon lieutenant, murmura t il je vais voir" . Il écarte les mains de l'officier, lui déchire ses vêtements ; "STAB" a reçu une balle et plusieurs éclats, par miracle les viets ne les voient pas.

"Mon lieutenant, nous sommes à côté des barbelés, agrippez vous à moi nous allons essayer de passer" "Vas y " dit "STAB", les barbelés avaient 1,5m de haut, il fallait se glisser dessous, "STAB" s'accroche à un bras du caporal qui saisit une des chevilles du lieutenant, les deux hommes avancent cm par cm, "STAB" serre les dents, GRANA s'épuise, au bout de quelques mètre il s'arrête.
"On y arrivera pas mon lieutenant, dit GRANA, je vais aller chercher de l'aide".

Le caporal parvient a passer les résaux de barbelés puis par un hasard si particulier à cette bataille de
DIEN BIEN PHU, il réussit à faire plusieurs centaines de mètres à travers les lignes viets et arrive dans les lignes du BEP dirigées par BRANDON.

"Je vais envoyer quelques gars chercher "STAB" dit BRABDON, mais ils risquent de se perdre"
"Moi je le trouverai, mon capitaine" rétorque GRANA.
ils partent donc chercher "STA"B qui au bout de deux heures est déposé sur la table d'opération du medecin GRAUWIN.

Avant de se laisser endormir "STAB" dit seulement : "Je veux serrer la main de GRANA"...........

C'est la chute du Camp le 7 mai.
Le 8 mai, "STAB" quitte la cuvette avec les blessés légers et les moyens à destination du Nord, pourtant sont état est inquiétant, deux sénégalais portent son brancard. Ordres et contre-ordres se succèdent, on fit faire plusieurs km à "STAB" dans un sens puis dans l'autre. En fin de compte, "Loulou Martin" et GUIRAUD stupéfaits voient arriver le malheureux "STAB" au camp léger installé par les viets à 20 km de
DIEN BIEN PHU, révolté, GUIRAUD demande au chef de camp que cet officier soir renvoyé à DIEN BIEN PHU avec les grands blessées, chose qu'il obtient après de longues palabres.

"STAB" avait supporté quatre jours de brancardage avec résignation, il était miné par la dysentrie, enfin quand on le glissa sous la toile de parachute qui servait de tente un pauvre sourire illumina son visage amaigri, il venait d'apercevoir à l'autre bout un camarade du BEP, le lieutenant ROUX, bléssé le 6 mai sur "ELIANE 4".

"STAB" lui raconta ce qu'il avait vu pendant sa pérégrination dans les lignes viets, il avait été impréssionné par leur puissance de feu :
"j'ai vu des orgues de Staline, je les ai compté, il y en avait quinze!".

Les viets faisaient uniformément aux bléssés des piqures de serum glucosé, "STAB" en reçu une le 13 mai dans la matinée, les viets avaient promis la libération des bléssés prisonniers, aussi chaque fois que la toile de tente se soulevait pour laisser passer quelqu'un, un espoir naissait!

Le 13 vers 15h nouvelle injection de serum, peu après, le légionnaire situé sur le brancard proche du sien dit :
"Le lieutenant est mort."

Alain de STABENRATH, le héros de "HUGUETTE 5" avait rendu son âme à Dieu, discrètement, modestement, le petit "STAB" faisait toujours les grandes choses avec modestie!

"Faites moi passer ses objets personnels dit ROUX, je les porterai à sa famille"
On lui passa sa montre-bracelet au moment où les viets entraient pour enlever le coprs, ROUX regarda l'écran. Il était 15h45.

La Légion étrangère au front. 1915

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Au Dahomey 1894

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Le général d’armée Jean Olié de 1924 à 1962

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Le colonel Fesneau, qui a été aide de camp du général Olié, a fait éditer en 1996 une plaquette dans laquelle est soulignée la forte personnalité et les services rendus par « Jean Olié, général d’armée ». Pensionnaire aux Invalides, il avait totalement perdu ses brillantes facultés intellectuelles et mentales. « Homme de foi, écrit son aide de camp, oblat de Saint-Benoît, le général Olié souffre sans se plaindre, et attend en soldat l’appel qui lui viendra un jour du Seigneur. » Cet appel est venu le 30 mars 2003 et ses obsèques ont été célébrées à la chapelle de l’École militaire le 1er avril, selon un cérémonial simple que le général lui-même avait fixé en 1970. Le général Gobillard, gouverneur des Invalides, a prononcé son éloge funèbre, avant que Jean Olié ne soit inhumé au carré de la Légion à Puyloubier, aux côtés du colonel Jeanpierre. Les lettres et documents conservés dans ses archives personnelles présentent un intérêt historique, dont fait état le présent article. Les écrits du général Olié, qui ne sont pas abondants, nous décrivent de l’intérieur ce que fut l’armée des années 1920 à 1960, sur laquelle il nous donne un remarquable et vivant témoignage.

2 Fidèle à la tradition patriotique de sa famille (son père et ses oncles ont été tués à la guerre de 1914), Jean Olié fait partie de la promotion du Rif de Saint-Cyr (1924-1926). Dans un article de 1977, il évoquera ses souvenirs de l’École spéciale militaire : « Idéalisée par le sacrifice des anciens. Un engagement mystique nous liait à nos morts. Il nous faisait légataires de l’esprit Saint-Cyrien [...]. L’honneur intransigeant, le refus de toute médiocrité et de tout calcul, l’élégance morale et chevaleresque avec un brin de panache l’inspiraient. Notre style de vie ressemblait à celui d’un noviciat, son régime était rude [...]. En fait nous sommes tous fondus dans le même moule. Notre collectivité concilie l’esprit aristocratique – car nous devons tous appartenir à une élite – et l’égalité démocratique – car chacun a le même devoir. » Cependant, ajoute-t-il, « nous étions de nombreux camarades que consternait le manque absolu d’ouverture sur l’extérieur [...]. Cette parenthèse fermée, ce qui m’intéressait le plus c’était l’instruction militaire. Les qualités humaines du lieutenant Carolet, chef de section, lui valaient un légitime prestige [...]. Son exemple nous fit comprendre que l’autorité n’exclut pas l’amitié et nous fit sentir la portée du rayonnement [...]. Ainsi l’École – en dépit de certaines imperfections comme en comporte toute institution – nous a donnés à l’Armée aptes et déterminés à entreprendre ce pourquoi nous sommes faits [...]. Si Saint-Cyr venait à disparaître ou à être transformé de façon que son esprit s’efface alors il manquerait à la France quelque chose d’irremplaçable ».

3 Ce magnifique hommage au « Vieux Bahut » n’exclut pas la critique ayant trait à l’enseignement général. Son affectation à l’École comme sous-lieutenant instructeur lui donne l’occasion de recueillir l’opinion des instructeurs plus anciens sur « la politique générale, la dégradation de nos forces, la réduction des effectifs, la perte de prestige de l’uniforme, la lenteur de l’avancement, la modicité de la solde [...]. Pour moi, c’est la première rencontre avec le malaise des cadres, lointain écho aux plaintes de Vauvenargues et de Vigny ».

4 Lui-même prend la liberté de confier à ses camarades sa perplexité au sujet de la manœuvre tant offensive que défensive prévue par le RM II (Règlement). « À l’époque, le dogme de la toute-puissance du feu régnait sans partage ; son instrument était le couple infanterie-artillerie. En cherchant bien, je ne repère aucune recherche de la décision par d’autres moyens, encore moins aucun recours à l’audace stratégique [...]. Mes interlocuteurs, à l’exception de Carolet, se montrent étonnés et réprobateurs : cette doctrine était le Règlement, c’était l’enseignement fondamental de la Guerre qu’ils avaient faite ; c’était enfin la pensée du maréchal Pétain qu’ils vénéraient. »

5 La carrière d’officier d’Olié est ensuite partagée entre la Légion et les Affaires indigènes (AI). Il combat au Maroc dans les rangs du 4e RE en 1928 ; titulaire de deux citations, il est blessé en septembre 1933, et est affecté alors à la direction des Affaires politiques. Dans son texte de 1977, il rappelle l’enthousiasme qui fut le sien lors de son service au Maroc « joie d’appartenir à l’Armée d’Afrique, frivole d’apparence mais glorieuse à juste titre ; grandeur de participer humblement à l’entreprise lyautéenne qui avait rappelé à la nation le sentiment de sa mission civilisatrice ; prime expérience des réalités de l’initiative et de la responsabilité ; séduction du bled et de ses gens ; conquête de soi enfin [...].

6 « La Légion me prit entièrement comme le premier amour auquel un être demeure à jamais fidèle. Je devais y servir à plusieurs reprises [...].

7 « Maints métropolitains de stricte obédience considèrent les “Africains” avec la condescendance indulgente de l’aîné envers le cadet qui se laisse aller à des fredaines. En toute impartialité l’armée d’Afrique, solide et joyeuse, est une belle et noble école où l’énergie se forge durablement au feu de l’expérience. Ses souvenirs affluent à ma mémoire. Je m’y abandonne délibérément.

8 « Son exceptionnel recrutement de Nord-africains et d’étrangers lui confère originalité, combativité et valeur opérationnelle. Il va de soi que les liens unissant officiers, sous-officiers et soldats sont très forts. Dans une telle existence, les relations se fondent sur la confiance et l’estime réciproque. Les rapports hiérarchiques sont empreints d’un humour qui refuse de dramatiser ainsi que du sens du relatif qui remet choses et gens à leur vraie place. »

9 Suit un hommage à l’adversaire marocain et à l’œuvre de Lyautey.

10 « Ce métier dont j’avais rêvé est exaltant. C’est aussi la belle aventure que j’avais souhaitée. Il s’en élève un parfum à la fois âpre et grisant. Nous avons affaire à un adversaire valeureux, intrépide et fier qui veut défendre sa liberté. Il se bat avec acharnement. Vaincu après un ultime baroud – baroud d’honneur – sa soumission au Maghzen est scellée, dans un rite antique, par le sacrifice d’un taureau ou d’un chameau. C’est le couronnement de l’action militaire proprement dite conjuguée avec l’action politique des Affaires indigènes que je devais bien connaître : le dissident d’hier est devenu notre protégé et notre allié.

11 « Impériale réussite d’un maréchal de France de la IIIe République, l’application qui découle du principe du protectorat est conforme au généreux humanisme de notre pays. L’objectif final, plus ou moins éloigné, sera atteint lorsque l’évolution de l’État protégé lui permettra de se libérer de la tutelle de la Nation protectrice en accord avec celle-ci. Cette haute conception que Lyautey tenait de Galliéni, son chef au Tonkin et à Madagascar, donne son plein sens et sa véritable justification à notre action militaire au Maroc.

12 « Chacun s’enorgueillira d’appartenir à la grande équipe des pacificateurs, bâtisseurs et organisateurs de l’empire chérifien restauré et modernisé. »

13 Reçu major au concours d’entrée à l’École supérieure de Guerre, il est affecté à l’état-major de la 4e DI et cité en novembre 1939 pour des actions de reconnaissance en territoire allemand ; blessé et fait prisonnier en mai 1940, il s’évade immédiatement. Le général Huntziger le considère comme un « officier d’état-major de tout premier ordre. Actif, passionné de son métier, allant toujours au-devant des intentions de ses chefs, aimé de la troupe, s’imposant à elle par sa haute compréhension du devoir, par son sens tactique avisé et par sa magnifique attitude sous le feu ».

14 Après un nouveau séjour au Maroc, il devient chef du 3e Bureau de la Première Armée, puis chef de cabinet du général de Lattre. Il participe au débarquement de l’île d’Elbe avec l’échelon de tête qui est cloué au sol par le feu ennemi, puis à celui de Provence, avant d’avoir « l’insigne honneur d’être le chef du légendaire régiment de marche de la Légion, mon plus beau commandement [...] » Il suit les bataillons au plus près, payant sans cesse de sa campagne, le RMLE est « partout au premier rang des combats livrés par la 5e Division blindée, admiré de tous, recevant et assénant les coups les plus rudes, triomphant des résistances les plus acharnées au prix de sévères sacrifices ».

15 En 1946, Olié commande les territoires d’Agadir et les Confins algéro-marocains, puis dirige le cours des AI à Rabat en 1948. À la tête du Groupement autonome de la Légion étrangère à Sidi Bel Abbès en 1950, il est chargé par de Lattre de former les renforts pour l’Indochine.

16 Il est, en 1951-1952, adjoint du général Guillaume, résident de France au Maroc, puis dirige l’ESMIA de Coëtquidan en 1954-1955. De janvier à septembre 1956, il est commandant civil et militaire de Kabylie. Après un séjour au CHEM comme directeur des études, il revient en Algérie à la tête du corps d’armée de Constantine en août 1958. Il est chef d’état-major particulier du général de Gaulle en avril 1960. Chef d’état-major général de la Défense nationale en mars 1961, il est promu Grand Croix de la Légion d’honneur et nommé commandant en chef pendant le putsch d’Alger ; il donne sa démission en août et quitte le service le 1er novembre 1961.

17 Parmi les aspects peu connus d’une carrière très active, on retiendra les difficultés rencontrées lors de son commandement en Kabylie :

18 — il renonce à visiter les communes mixtes, après avoir constaté que les anciens combattants convoqués à cette occasion sont égorgés à leur retour dans les villages ;

19 — les groupes messalistes auxquels les Services secrets avaient confié des armes (Action K, dite Oiseau bleu), désertent le 1er octobre ;

20 — il doit ménager les commandants de division qui se trouvent sous sa juridiction (27e DIA et 7e DMR aux ordres des généraux Gouraud et Beaufre).

21 À son départ de Kabylie, la déclaration du ministre résident Robert Lacoste, selon laquelle il a su redresser la situation en quelques mois et obtenir d’importantes manifestations de loyalisme, apparaît prématurée. La sécurité en Kabylie ne sera rétablie qu’avec les opérations du plan Challe. La volonté du gouvernement de rétablir des préfets civils est sans doute à l’origine de cette relève précipitée.

22 Le commandement du corps d’armée de Constantine permet en revanche au général Olié de donner toute sa mesure. Alors qu’il avait été réservé sur le 13 mai 1958, il adhère totalement au plan de Constantine qui doit selon lui conduire à la défaite du FLN, et travaille de confiance avec l’équipe Challe-Delouvrier. Lorsque le ministre des Armées Guillaumat lui propose en avril 1959 de devenir chef d’état-major de l’Armée (Terre), il décline cette offre dans une lettre du 16 avril :

23 « L’affaire algérienne est l’affaire nationale essentielle. Dans cette perspective la mission du corps d’armée de Constantine est la plus difficile [...] c’est une lourde responsabilité civile, militaire et politique [...].

24 « Je suis remplaçable, mais pas avant un certain temps. Je suis sûr de la confiance du général Challe et de M. Delouvrier. Après une nécessaire adaptation, je commence à avoir le contact, je puis faire sentir mon action sur les officiers, les fonctionnaires, la troupe et les populations [...]. Il est difficile de constituer une équipe [...] il faut y regarder à deux fois avant de la détruire.

25 « Il est certain que l’Est algérien se pacifiera, il faudra encore du temps. La période des grandes difficultés s’étendra jusqu’à l’été 1960. »

26 La nécessaire continuité du commandement est ainsi la première raison de son refus ; la seconde est qu’il n’est pas qualifié pour ce poste, n’ayant jamais servi à l’administration centrale.

27 Après avoir été chef de l’état-major particulier du chef de l’État, il succède en mars 1961 au général Ély[1] [1] Cette nomination est marquée par de nombreux...
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à l’état-major de la Défense nationale, et se rend immédiatement en Algérie. Il adresse au Premier ministre, le 26 mars un compte rendu pessimiste. Il constate une « perte de la confiance de l’armée dans le gouvernement et dans le commandement en général. [Certes], l’armée n’est pas hostile à la politique du général de Gaulle, [qu’elle interprète comme visant] une Algérie gouvernée par les habitants de toutes les communautés dans une étroite liaison. [Mais] le désaccord subsiste sur les moyens employés, l’absence d’une action dynamique de la part des autorités civiles ». L’inquiétude des militaires, qui seuls ont le contact avec la population du bled, concerne en particulier l’état d’esprit des milieux musulmans, qu’une « habile propagande », soutenue par « une presse néfaste et une information officieuse », persuade de la « victoire politique » du FLN et de « l’abandon » de la France. Dans cette ambiance défaitiste, « les musulmans engagés à nos côtés sont soumis à une intense propagande, non sans résultats. Il paraît nécessaire de réaffirmer avec force qu’ils auront une place de choix dans l’Algérie nouvelle ». En conclusion, le général Olié « demande que le général de Gaulle traite lui-même ce point délicat ». Pour nous qui connaissons la fin de l’histoire, il n’est pas besoin de souligner combien ce jugement est prémonitoire, tout en se faisant des illusions sur la politique qui sera suivie.

28 Moins d’un mois plus tard, le général Olié désapprouve l’aventure du putsch des généraux ; il estime qu’en cas de désaccord politique avec le gouvernement, un officier doit obéir ou partir. Nommé commandant en chef pour quelques jours, il accompagne M. Joxe dans un tour clandestin de l’Algérie. M. Peyreffitte a écrit dans C’était le Général qu’Olié dans l’avion était « vert de peur ». Cette information sur un officier qui, davantage que les civils qui l’accompagnaient, a fait ses preuves au combat, fait sourire. Il est sans doute plus exact de dire que confronté à la révolte d’une partie de l’armée dont il est le chef le plus élevé en grade, il était fortement inquiet, n’ayant rencontré que trois généraux pour soutenir le gouvernement : Fourquet, de Pouilly par discipline et Ailleret après avoir longtemps hésité (témoignage des officiers de son état-major de Bône).

29 Ayant repris ses fonctions de chef d’état-major général de la Défense nationale, Olié souligne « les illusions des putschistes », en même temps que « les défaillances des chefs » et estime qu’il faut « renouveler l’encadrement ». Mais il ne retrouve pas la sérénité, car il constate que des décisions graves sont prises sans que lui-même et les autres chefs d’état-major ne soient consultés. Il estime que les capitaines et les lieutenants ne doivent pas être sanctionnés. Il écrit à M. Debré, de qui il dépend, à plusieurs reprises.

30 Sa lettre du 22 mai 1961 confirme ses réserves. Des mesures délicates et essentielles : « l’élimination des officiers coupables, incapables ou irrécupérables, l’adaptation de l’armée à ses tâches prochaines, la valorisation de la condition militaire », sont prises sans consultation du haut commandement. Il n’a pas reçu le rapport du général Noiret sur les responsabilités des putschistes.

31 « Cette armée de 1961 risque de perdre confiance dans la nation et l’État, en elle-même et dans ses chefs. Elle comprend mal sa mission actuelle et ne connaît pas sa mission future... L’élimination de certains cadres pourrait être suivie de la démission des meilleurs éléments... Nos armées doivent être informées par leurs chefs. Il demande instamment que toute sa responsabilité soit redonnée au Haut Commandement. »

32 Dans une note personnelle du 8 juin 1961 à l’attention du Premier ministre, il revient sur le problème des sanctions. Il approuve la position prise par son adjoint le général Puget, qui s’oppose à la procédure accélérée et sans formalité prévue pour l’application des sanctions. Le cas de quelques dizaines d’exclusions ne justifie pas le recours à une procédure exceptionnelle, d’autant plus que la loi du 19 mai 1834 donne au ministre la possibilité d’éliminer tout cadre, sans convoquer un conseil d’enquête. Il donne donc un avis formellement défavorable et suggère que le général Noiret soit consulté.

33 Sa lettre du 14 juillet au Premier ministre constitue une remarquable synthèse sur l’évolution du conflit algérien. Elle souligne en particulier le déphasage entre les missions de l’armée et les données actuelles du problème algérien, ainsi que les responsabilités des gouvernements successifs. Elle mérite d’être largement citée.

34 Dans un rapide survol, le général Olié évoque la première période de 1954 à 1958 : « phase d’expériences et de tâtonnements. À côté des bandes de hors-la-loi, on découvre peu à peu l’organisation politico-militaire rebelle, ses structures, son emprise sur la population. On met au point les méthodes de lutte contre la rébellion... La conquête des populations est admise par tous – suivant les directives du gouvernement (je le souligne) – comme l’objectif fondamental.

35 « Cette phase est marquée en 1956 par la participation du contingent... ; dès lors la guerre d’Algérie devient une affaire nationale... Je dénonce personnellement alors l’engagement (voulu par le gouvernement) de l’armée dans le domaine politique et demande formellement qu’une sorte de “mobilisation civile” permette de remplir les tâches non militaires, non seulement de pacification, mais hélas de police, vers lesquelles le gouvernement engage l’armée, de plus en plus. Vainement.

36 « La seconde période va durer jusqu’en juin 1960. C’est celle de l’expansion, marquée par les espoirs d’option des populations en notre faveur après le 13 mai. Priorité fut donnée aux tâches de pacification. Pour reconquérir la population, on cherche à l’isoler et à la détacher de la rébellion. C’est l’époque des regroupements... des écoles et des dispensaires militaires, des crédits largement dispensés, de la création des autodéfenses, de la formation des responsables de villages, des centres de jeunes, etc. Simultanément l’étanchéité des barrages est assurée...

37 « L’unité d’action politico-militaire s’affirme par le duumvirat Delouvrier-Challe, nous atteignons le point haut de la courbe... On se rend compte, à Paris et Alger, que les fruits attendus ne sont pas mûrs, parce que la rébellion est encore trop forte et fait encore planer la peur sur les populations que nous voulons rallier. Priorité est alors donnée aux opérations tandis, que, toujours suivant les instructions du gouvernement, l’effort de pacification par l’armée est accentué. C’est une époque de dynamisme militaire : celle du plan Challe où de puissantes opérations sont montées en cascade par d’importantes réserves générales... cependant que l’OPA est traquée sans merci... et que sont développées les activités pacificatrices confiées à l’armée... en l’absence, ou du moins devant la faiblesse de l’effort civil que j’avais demandé trois ans avant.

38 « Nous entrons dans une troisième phase. Je l’appellerai sans détours, avec brutalité, phase de désengagement de l’armée face aux missions non militaires, caractérisée par l’interruption unilatérale des opérations offensives et la libération de nombreux prisonniers, l’ouverture d’un front urbain, la déflation des effectifs, et sur le plan politique pur, l’acheminement vers un État algérien indépendant. »

39 Cette situation est pleine de contradictions pour l’Armée, qui, attachée à l’Algérie, court sur sa lancée. Nous devrons compter avec la « sensibilisation » de l’armée depuis les événements d’avril. Elle s’ajoute en surimpression à l’attachement de nos cadres (et aussi de nos soldats) pour des coins de terre où l’armée a tant peiné, à ses écoles et à ses infirmeries qu’elle a créés, aux nouveaux villages qu’elle a construits, à toutes ses réussites dans le bled qui sont sa fierté. Depuis mai 1958, elle a pris des engagements, en suivant d’ailleurs les instructions du pouvoir.

40 Il faut donc changer les missions de l’armée, faire effort sur la sécurité et réduire les tâches de pacification. L’armée et la nation doivent être informées sans tricherie de notre politique militaire en Algérie. Une campagne d’information psychologique devrait précéder une déclaration gouvernementale. Par discipline, l’armée se résoudra alors à « se désengluer » des problèmes non militaires. La nouvelle directive sur les missions doit suivre la définition nette, précise et ferme par le gouvernement de sa politique militaire en Algérie.

41 Le problème qui se pose est celui de la dépolitisation de l’armée. Les conflits d’Indochine et d’Algérie ont été politisés. Les gouvernements ont engagé l’armée dans des tâches non militaires. L’action psycho-politique a été acceptée par le commandement et le gouvernement. On ne peut reprocher aux exécutants d’avoir fait cette guerre politique, et... d’avoir voulu la gagner.

42 Cette analyse est suivie de propositions d’études à confier au Comité de défense :

43 — dans l’hypothèse de l’association, les besoins de la défense en Algérie et au Sahara (bases de souveraineté, stationnement des forces, clauses de stationnement) ;

44 — dans l’éventualité d’un regroupement sans association réelle, les besoins minimes de la défense en Algérie, et la définition de la politique française au Sahara.

45 Le général Olié note enfin l’acuité des problèmes maghrébins. Il estime que nos diplomates, et l’amiral Amman, ne tiennent pas assez compte de la « duplicité musulmane ». Les ambitions de Hassan et de Bourguiba sont démesurées. Alors que le Maroc fait pression face à Béchar, et revendique le Touat, Gourara et la Mauritanie, la position de Bourguiba sur Bizerte est inadmissible. Il ne faut pas lui céder.

46 Le général Olié avait-il été convaincu par de Gaulle de la nécessité de donner l’indépendance à l’Algérie ? On peut en douter, car sa lettre du 14 juillet 1961 n’envisage que l’association et le regroupement sans association, et non l’abandon total qui sera finalement retenu.

47 La rupture avec le général de Gaulle intervient en juillet 1961, à la suite d’une intervention d’Olié en faveur du colonel Coustaux, éminent officier polytechnicien, et du fils du général Jacquot. Le chef de l’État le reçoit le 28 juillet, puis lui adresse un message verbal, dans lequel, après avoir pris connaissance d’une lettre de M. Messmer, ainsi que du dossier Coustaux, il écrit que :

48 « 1 / Le colonel Coustaux a été un participant actif et considérable à l’insurrection militaire d’avril ; 2 / cet officier doit de toute façon passer devant la justice ; 3 / ce n’est pas la lettre d’un officier général, si éminent soit-il (Olié), qui change quoi que ce soit à la culpabilité de Coustaux. Un témoignage de moralité n’est pas une disculpation ; 4 / il est déplorable à tous égards que le général CEMGDN ait pu à ce point confondre ses sentiments à l’égard d’un homme et son jugement au sujet d’une faute aussi grave.

49 « Je l’ai dit formellement au général Olié. S’il devait être fait état de sa lettre au cours de l’audience du tribunal, sa position dans son poste actuel, voire en activité, deviendrait sans doute impossible. »

50 Le tribunal ne confirmera pas ce jugement comminatoire. Il reconnaîtra le non-lieu de Coustaux, que le ministre des Armées mettra à la retraite d’office.

51 Le même jour (28 juillet), le général Olié écrit à M. Debré. Il lui fait part de son entretien douloureux avec le chef de l’État, et des reproches qui lui ont été infligés. « Au-delà de cet incident, écrit-il, le problème s’élargit pour moi. Aux soucis précis de santé dont je vous ai fait confidence s’ajoute la conviction que les choses, l’organisation, les hommes étant ce qu’ils sont, je ne suis pas, je ne suis plus à ma place. »

52 Le 16 août, après avoir reçu la lettre de démission d’Olié, le général de Gaulle lui adresse une lettre manuscrite dans laquelle il se déclare navré et très ému. « C’est l’état de votre santé, écrit-il, qui vous détermine à m’adresser cette demande... J’apprécie votre hauteur d’âme... Venez me voir à votre retour à Paris. Si votre décision est irrévocable (je voudrais) voir avec vous comment les choses devront se passer dans l’intérêt de l’armée. »

53 Alors que M. Debré et M. Messmer essaient de le faire revenir sur sa décision, de nombreuses personnalités expriment leurs regrets au général Olié : général Ély le 30 août, de Rougement le 21 août, de Vernejoul le 22 août, Partiot le 29 août, Martin et amiral Cabanier le 27 octobre, de Boissieu le 30 octobre (très personnelle) ; Michel Debré exprime son « souci de la manière dont l’armée apprendra votre retraite ». Le général Dodelier souhaite que son « départ ne puisse être interprété tendancieusement par l’opinion ». Il faut éviter de faire des vagues !

54 Dans une lettre du 29 novembre 1961, le chef de l’État fera l’éloge de la personnalité éminente d’Olié ; de « sa capacité militaire exemplaire », et exprimera le regret qu’il a de le voir partir « pour de graves raisons de santé ».

55 Ce n’est évidemment que le prétexte officiel, que le général Olié se gardera de démentir. Mais à côté de son désaccord sur les sanctions infligées aux officiers qui n’ont fait qu’obéir à leurs chefs, le colonel Fesneau estime que le général Olié ne voulait pas prendre la responsabilité de désengager la France de l’OTAN, mission que lui avait annoncée le général de Gaulle. Il dira qu’en cas de conflit entre sa conscience et les ordres reçus, il faut toujours choisir la voix de sa conscience.

56 Après son départ, il constatera que son courrier et son téléphone sont surveillés, et que Mme Olié n’est plus invitée. En 1962, il conseillera au général Partiot, commandant la subdivision de Versailles de refuser de désigner un peloton d’exécution pour le général Jouhaud. Il adressera également au Tribunal militaire un témoignage de moralité en faveur du lieutenant légionnaire Godot (ce dernier lui adresse une lettre de remerciement). Mais il refuse les sollicitations des médias :

57 « Sollicité d’écrire mes mémoires et souvenirs, de donner mon témoignage sur les événements, les hommes, les situations, d’accorder des interviews, ma ligne de conduite inébranlable a toujours été de décliner ces offres, du fait de mon éthique personnelle : discrétion vis-à-vis d’autrui, pudeur réservée vis-à-vis de moi-même en raison des responsabilités que j’ai exercées et aussi de mon éducation militaire. Pour certains d’entre nous, seul le silence est grand pour ce qui nous tient à cœur. »

58 « L’information, poursuit-il, est un mal de notre époque (un mal dans certains domaines à tout le moins, car elle est utile dans d’autres, mais c’est comme la langue du vieil Ésope : le meilleur et le pire), mal nécessaire et inévitable estime-t-on généralement. L’armée actuelle s’y donne à cœur joie sans réussir que je sache à effacer les critiques ou à secouer l’indifférence dont elle est l’objet.

59 « Pour défendre tel ou tel point de notre appareil militaire, un officier est bien souvent mal armé pour ne pas tomber dans le piège perfide qu’un journaliste, plus ou moins bien intentionné, peut dresser sous ses questions : nous en avons des exemples pénibles.

60 « Enfin, à la rigueur, on peut en appeler au témoignage d’un ancien soldat pour un fait passé et clos. On ne saurait, à mon sens, recourir à quelqu’un qui a quitté l’uniforme pour traiter un phénomène militaire toujours vivant, en constante évolution, car ce témoignage risque d’être déphasé par rapport à la politique militaire du moment, sinon même en opposition avec elle.

61 « L’armée d’aujourd’hui, dans son esprit, son éthique, son organisation, ses hommes et ses matériels tout autant que dans son emploi, s’éloigne de plus en plus de l’armée d’hier que j’ai servie, et elle en train d’atteindre le “point de non-retour”. »

62 Il fera quelques travaux de géopolitique, et n’acceptera pas les hautes fonctions qui lui seront proposées : ambassade en Amérique du Sud ou en URSS, poste de grand chancelier de la Légion d’honneur. Il rédigera quelques articles : sur le maréchal de Lattre, sur ses camarades Lemarchand et Andolenko, sur « le vieux chef » (le général Dunoyer de Segonzac), et sur « les années d’apprentissage d’un Saint-Cyrien » (cité plus haut).

63 Parmi les hommages qui lui ont été rendus au cours de sa carrière, on retiendra ceux du général Bridoux en avril 1941, celui du général de Lattre en juin et août 1945, celui du commandant supérieur américain en Méditerranée, qui le 23 mars 1945 cite le chef du 3e Bureau de l’Armée B, dont le rôle a été inestimable grâce à son jugement infaillible et à son appréciation sur les possibilités des unités françaises. Les services qu’il a rendus ont été un facteur décisif du succès des débarquements, et par suite, de la Libération de la France.

64 Le général de Gaulle, en janvier 1970, rappelle sa personnalité éminente, sa capacité militaire exceptionnelle dans son commandement du corps d’armée de Constantine, au moment le plus important des opérations et de la pacification en Algérie, puis comme chef de son état-major particulier, enfin celui de la Défense nationale. Il loue son caractère irréprochable et, par-dessus tout, une valeur morale exemplaire.

65 Par son expérience de soldat, et par ses écrits, sommairement rapportés ici, Jean Olié a particulièrement mis en lumière la qualité de la formation à Saint-Cyr, et le rayonnement de l’armée d’Afrique et de la Légion. Son intelligence des situations tactiques dans les campagnes du Sud-Maroc, de France et du débarquement est remarquable, ainsi que son appréciation des rapports du politique et du militaire dans la guerre d’Algérie, et sa prudente méfiance envers les médias. Sa foi religieuse, qui le conduisit au mysticisme des oblats, n’a pas besoin d’être rappelée. Mais il faut sans doute souligner, pour les jeunes générations, ce que fut sa conception de la discipline, de la fidélité et de l’honneur, qu’il a lui-même exprimée en traçant le portrait de son camarade de promotion et ami Dunoyer de Segonzac[2] [2] Témoignage du général Jean Olié, dans Le...
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66 « Par expérience, il avait compris que seule l’adhésion peut conférer à l’obéissance son efficacité et que cet assentiment vient avant tout du prestige personnel du chef. Il réussit toujours à rester fidèle à l’esprit de discipline sans renoncer pour autant à faire connaître ses convictions. Il sut aussi ne pas subir, confirmant par son exemple la valeur de son éthique. Cela ne signifie pas qu’il ne connût jamais ce combat intérieur – honneur et douleur du soldat – où l’affirmation du caractère s’affronte à l’humilité de l’obéissance. Convaincu de la nécessaire neutralité de l’armée, il fut un archétype du soldat dans la nation. C’est à l’épanouissement de la condition humaine qu’il se voua. Dans le combat qu’il mena, c’est l’homme qu’il s’agissait de sauver. » 

Notes

[ 1] Cette nomination est marquée par de nombreux commentaires dans la presse, parmi lesquels on notera le Times du 3 février : « Un intellectuel à la tête de l’Armée ». M. Delouvrier le félicite le même jour, en souhaitant qu’il puisse « guider l’armée dans la crise qu’elle traverse ».Retour

[ 2] Témoignage du général Jean Olié, dans Le vieux chef, mémoires de Pierre Dunoyer de Segonzac, Le Seuil, p. 221. Il faut rappeler que cet officier de cavalerie blindée, héroïque combattant en 1940, créa l’École de cadres d’Uriage qui forma de jeunes responsables destinés à l’élite de la nation, avant de les entraîner dans la Résistance. Pendant la guerre d’Algérie, il donna une remarquable impulsion au Service de formation de la jeunesse algérienne. À la fin du conflit, il s’intéressa aux harkis rapatriés. Très lié à son camarade Olié, il lui demande de rédiger l’Avertissement à ses Mémoires.Retour

POUR CITER CET ARTICLE

Maurice Faivre « Le général d'armée Jean Olié de 1924 à 1962 », Guerres mondiales et conflits contemporains 3/2004 (n° 215), p. 107-117.
URL : www.cairn.info/revue-guerres-mondiales-et-conflits-contemporains-2004-3-page-107.htm.


Dans la tourmente des guerres coloniales

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« Soldats perdus, dans la tourmente des guerres coloniales ». De l’Indochine à l’Algérie, à travers l’histoire de son père, Hélène Erlingsen réhabilite ces centaines de milliers de soldats, français, vietnamiens, africains ou algériens abandonnés par la IVe République dans des guerres perdues d’avance.
 

Ce livre retrace l’histoire de Clovis et Kléber Creste. Deux garçons pauvres et moralement abandonnés, engagés dans la Résistance dans le sud-ouest de la France puis dans l’armée coloniale pour l’un, dans la Légion étrangère pour l’autre, à 15 et 17 ans respectivement. Deux simples soldats, encore enfants, embarqués dans la tourmente des guerres coloniales : l’Indochine, le Sénégal, le Maroc, la Tunisie, le canal de Suez et l’Algérie.

Des guerres perdues d’avance, dans lesquelles la France s’enfonce, sans moyens, alors que le processus inéluctable de la décolonisation est en marche. Alors que l’inorganisation de la IVe République fera que pendant douze ans, personne au gouvernement ne se sent responsable de la mort de centaine de milliers d’individus de toutes origines.

A travers l’histoire de ces deux hommes, victimes anonymes de l’Histoire, à qui elle rend hommage magnifiquement et avec une très belle écriture, Hélène Erlingsen, fait un véritable travail d’historienne. Pendant quinze ans, elle a « exercé son métier de journaliste d’une façon très particulière : vers un passé vieux de 60 ans ». Elle a sillonné la France et le monde, pour rencontrer des témoins directs de ces guerres coloniales. Elle a ouvert des cartons d’archives, compilé des documents militaires, médicaux, politiques… Pendant quinze ans, elle a nourri pièce par pièce ce dossier à charge. Pour prouver la responsabilité de la IVe République dans ces massacres. Pour réhabiliter ces soldats français, vietnamiens, africains ou algériens, qu’elle a abandonnés.

Des soldats jetés dans la guerre dans l’indifférence générale

Ce livre est la version réduite d’une thèse de près de 5000 pages. « Ce que j’ai découvert dans d’innombrables cartons, au fil de dizaines de témoignages, a dépassé, de très loin, ce que je pouvais imaginer en souffrance et en oubli », confie Hélène Erlingsen.

Elle raconte la misère physique, morale et financière, la malnutrition, les maladies, les traumatismes, l’épuisement, l’abandon de ces jeunes soldats, mal formés, mal équipés, et pourtant d’un courage hors du commun, brutalement jetés dans la guerre d’Indochine sans aucune préparation, et dans une indifférence quasi générale. Dans un pays si peu hospitalier, « leur vie quotidienne n’est que combats et haltes dans des baraques sordides, humides, malsaines, infestées de rats et de moustiques, où l’on s’entasse et se débrouille comme on peut. » Et que dire des blessés dans ce climat chaud et humide, propice au développement de toutes les maladies ! « Souvent, les médecins découvrent des plaies putrides, parfois grouillantes d’asticots. » Le « déchet d’hommes » est d’environ 30% pour les troupes du Sud…Leur « taux d’usure » est considérable. « Toute une armée pendant 12 ans fut sacrifiée pour une cause perdue d’avance. »

En suivant pas à pas ce qu’on vécu ces deux jeunes hommes, elle a pénétré, comme personne jusqu’ici, dans les coulisses de ces guerres de décolonisation. « J’ai pu aussi y lire combien les hommes politiques les méprisaient. » D’autres les haïssaient.

En 1947, son père, Clovis Creste, n’a pas 19 ans, il a déjà vécu trois ans de guerre en Indochine. Une guerre dont personne ne voulait. Qui traîne faute d’accepter de négocier. Il en revient, pour sa première permission, borgne, avec un paludisme et des amibes qui ne le quitteront plus. Presqu’un paria dans la société française d’après-guerre. Il y retournera et passera au total 52 mois en Indochine. Faute d’avoir le temps de s’instruire, il ne peut pas monter en grade comme les soldats de métropole. « Sous la IVe République, plus on court de risque, moins on a de chance de monter en grade. »

Puis la guerre continue. De 1944 à 1958, la route des frères Creste les mena de l’Allemagne à l’Algérie en passant par l’Indochine, la Tunisie, le Sénégal, le Maroc et Suez. « Un chemin éreintant, sanglant, coupé de peu de répits. » Celui d’une armée à bout de force que l’incurie des politiques contraint à continuer à se battre.

Clovis Creste sera tué le 26 octobre 1958 à Tacheta Zouggara en Algérie, abattu à bout portant et abandonné dans un fossé. Trois jours après que le général de Gaulle a proposé « la paix des braves ». Il laisse une jeune femme effondrée et une fillette de 6 ans. « Mon père, mon oncle, étaient de pauvres gosses perdus, abandonnés, qui aimaient leur pays à en mourir. ». En 1992, Hélène se rend en Algérie et retrouve le fossé où a été retrouvé son père. « Mort pour la France ». « Tout seul ».

Hélène Erlingsen est journaliste, docteur en sciences politiques, diplômée de l’Institut national des hautes études de défense nationale et de l’Institut national des hautes études de sécurité.

Gisèle Prévost


De la guerre d'Espagne à la guerre mondiale 1986

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Cinquante ans d'erreurs. 1986

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