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2014




La Légion étrangère : 7 siècles au service de la France

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AU FIL DES MOTS ET DE L'HISTOIRE

 

La Légion Etrangère : 7 siècles au service de la France dans PAGES D'HISTOIRE louispfyfferdaltishofen-150x150gardesuisse-150x150 dans PAGES D'HISTOIREespagnolsdelagrandearmee-150x150monumentmortslegion-150x150monumentauxmortslegionenalgerie-150x150

 

La légion étrangère que nous connaissons aujourd’hui, date de Louis-Philippe. Mais déjà au temps de l’ancienne monarchie, des contingents étrangers avaient été incorporés à l’armée française, pour une même servitude et une même grandeur militaire.

Philippe-Auguste fut le premier de nos rois à employer régulièrement des étrangers dans ses grandes expéditions militaires. Il fut aussi le premier à plier ces « routiers » à une discipline jusqu’alors inconnue dans les armées féodales. Les « Grandes Compagnies », qui remplirent de leurs exploits et de leur tumulte la guerre de cent ans et évoquent la figure de Duguesclin, troupe difficile à mener et dont les émules et successeurs ne disparaitront pas avant la fin du Xve siècle, montrèrent un ordre plus relevé que celui de leurs devanciers, les routiers. Ces formations étaient composées de Français, mais surtout d’étrangers : Flamands, Hollandais, Castillans, Gallois, Bretons, Gascons et Savoyards. Leurs chefs étaient issus de la noblesse et parmi eux figurèrent des sires de Beaumanoir et des Rohan. La Hire et Xaintrailles, immortalisés sous Charles VII à la suite de la bannière de Jeanne, furent eux aussi des chefs de bandes.

Il faut attendre le règne de ce roi pour voir s’organiser véritablement en France une armée permanente. Des écossais étant venus combattre l’Anglais aux côtés du roi de France, le souverain les constitua en compagnies chargées de sa garde personnelle. En 1439, à l’apparition des « Compagnies d’ordonnance » créées par Charles VII au nombre de quinze, deux étaient écossaises et subsisteront jusqu’à la révolution.

Depuis ce temps, l’histoire de la « Compagnie Ecossaise des Gardes du Corps du Roi » se confondra avec celle même de l’ancienne monarchie française. Alors qu’au XVIIIe siècle, ce corps, modèle de fidélité, n’avait plus d’écossais que le nom, tous les éléments le composant étant peu à peu devenus français, tandis que les autres troupes de la maison du roi répondaient « présent » aux appels, les gardes écossais répondaient toujours en langue écossaise « hamir », mot corrompu et abrégé de « hay hamir » (I am here) qu’ils prononçaient alors, signifiant « me voici », et mieux encore : « Je suis prêt à mourir pour mon serment ».

Ce fut surtout à l’époque des guerres d’Italie, à partir de Louis XII que, sous la forme de troupes légères à cheval, élément alors tout à fait nouveau, les étrangers entrèrent dans les rangs de l’armée française. C’étaient des gens des Balkans, Albanais, Grecs ou même Turcs, tous des guerriers – dit Brantôme – ayant coutume « de porter la teste de leurs ennemis à l’arçon de leur selle ». La cavalerie demeurait cependant l’arme française par excellence et ne perdra cet apanage qu’à la guerre de trente ans.

Sous François Ier, les mercenaires étrangers formaient la plus grande partie de l’infanterie. Sur 26 000 combattants, l’armée de Marignan comptera 16 000 étrangers : Suisses, Allemands, Savoisiens, Liégeois ou Piémontais.

 

Dans ces pages consacrées à l’origine de notre Légion Etrangère, les Suisses méritent une place à part en raison de l’ancienneté, de l’importance et de la durée de leurs services. Louis XI se tourna vers cette nation pour l’aider dans sa lutte contre Charles le Téméraire. Par les capitulations, véritables traités d’alliance, les cantons suisses s’engageaient à fournir au roi de France, un contingent d’hommes déterminé, moyennant une redevance pour les états confédérés et une solde pour les soldats. Ces capitulations furent renouvelées par les successeurs de louis XI et, jusqu’aux derniers jours de la monarchie, les Suisses au service de la France, conservèrent leur caractère particulier. Infanterie expérimentée, aussi brave que fidèle, cette troupe partagera les garnisons, les marches, les campagnes, les fastes de notre armée, victoires ou revers. Aux champs funestes de Rossbach, en 1757, voyant leur ligne d’habits rouges couvrir notre retraite, inébranlables sous le feu, Frédéric II, manifestant son admiration, n’a-t-il pas dit : « Quel est ce mur de briques que mes canons ne peuvent entamer ? ». A quoi on lui répondit : « Sire, ce sont les Suisses ».

En 1791, l’armée française comprenait environ 14 000 Suisses, uniquement troupe d’infanterie dont 11 régiments de ligne, le régiment des Gardes Suisses, la compagnie des Cent-Suisses et la compagnie de la garde ordinaire du comte d’Artois. Défenseurs du trône de nos rois, les gardes suisses sauvèrent Charles IX à Meaux en 1567, et dans la terrible journée du 10 août 1792, ils donnèrent l’exemple du plus sublime dévouement.

Ce furent les drapeaux des régiments suisses au service de la France qui arborèrent les premiers la devise « Fidelitate et Honore ». Traduite en français, elle resplendit toujours en lettre d’or sur les drapeaux et étendards de nos régiments étrangers actuels, et c’est aussi sous cette formule que tout légionnaire signe son acte d’engagement.

 

Pendant les guerres de religion, des Espagnols servirent dans nos rangs et, dans nos troupes à cheval, la proportion des éléments étrangers était plus forte que celle des escadrons français. Venus d’Allemagne, des reîtres en armure noire suivront le panache blanc d’Henri IV « dans le chemin de l’honneur ». Pour assurer le succès de sa lutte contre la maison d’Autriche, Richelieu renforcera plus encore notre armée en corps composés d’étrangers. Le duc Bernard de Saxe-Weimar lui fournira un contingent de 16 vieux régiments de cavalerie allemande ; en 1639, ils compteront définitivement dans l’ordre de bataille de l’armée française. « Il y avait de tout parmi les Weimariens – rapporte le général Susane – des Lorrains, des Ecossais, des Suisses, des Polonais et des soldats venant des Pays-Bas aussi bien que de l’Allemagne ». A cette époque, les troupes du roi, infanterie et cavalerie, se composaient d’une moitié d’étrangers et il faudra attendre Louvois pour que cet apport étranger diminue dans de notables proportions. A la fin du siècle du Grand Roi, l’effectif de notre armée n’atteindra qu’un sixième de nos contingents. Parmi ceux-ci, l’Espagne, l’Italie en fourniront, et l’Angleterre elle-même enverra des troupes au roi de France. L’attirance de notre pays fut telle à ce moment que Churchill, le futur duc de Malborough, ainsi que le prince Eugène de Savoie, offrirent leurs services à Louis XIV.

De nombreux maréchaux recevant le bâton « fleurdelysé » des mains du roi, sortiront de ces troupes étrangères venues combattre à nos côtés : les deux Trivulce, le prince de Melphes, Pierre Strozzi « l’homme du monde qui arrangeait le mieux les batailles », les Broglie, les d’Ornano, Schomberg un comte allemand, Rosen et Asfeld des Suédois, Rantzau et Lowendal des Danois, Bercheny un Hongrois. A la Grande-Bretagne, nous devons Robert Stuart et Berwick, fils d’un roi, dont Villars enviait le trépas au champ d’honneur. Maurice de Saxe, le vainqueur de Fontenoy, était aussi de sang royal. Nous nous garderons d’oublier, sous l’empire, Poniatowski, le héros polonais, et enfin le dernier, le prince de Hohenlohe-Bartenstein, qui n’est autre que le colonel supérieur de la Légion de Hohenlohe, la souche de notre actuelle Légion Etrangère.

A la veille de la révolution, sur près de 150 000 hommes composant l’armée royale, 40 000 étaient étrangers et répartis en régiments suisses, allemands, irlandais ou liégeois pour l’infanterie, et allemands, suédois ou hongrois pour la cavalerie. Cette répartition n’était du reste exacte que pour la dénomination ; en effet, plusieurs régiments allemands et certains régiments suisses étaient recrutés en Alsace et en Lorraine, et de nombreux Français figuraient dans des régiments irlandais et liégeois.

Les régiments étrangers des rois de France disparus, les mots « Légion étrangère » seront prononcés en 1792, un décret décidant l’organisation d’une « légion franche étrangère » dans laquelle ne seront admis que des étrangers. Cette mesure entrainera la création d’une foule de formations portant les noms les plus variés, comme les plus surprenants et, ce qui ne peut étonner, de valeurs fortes inégales. Puis, renouant avec l’ancienne tradition, la France reprendra des Suisses à sa solde, et bientôt des Polonais.Sous l’empire, soit qu’ils se donnèrent volontairement à elle, soit qu’ils subirent les conséquences de nos conquêtes, les contingents étrangers vinrent grossir démesurément les rangs de la Grande Armée. Celle-ci en comptera une masse considérable, comme il n’en fut jamais, l’Europe presque entière s’y trouvait représentée. Après les campagnes de 1812 et de 1813, il ne restera de ces troupes que les Italiens, les Suisses et les Polonais. Ceux-ci furent les champions de la première comme de la dernière heure de l’épopée napoléonienne avec l’escadron de chevau-légers de l’île d’Elbe, immortalisé par le poême « Wiarus napoleonski » (« Le grognard napoléonien »), hymne de fidélité dédié à Napoléon : « Sire ! Dieu voit que je ne mens pas, Cent mille hommes se lèveront encore, Faites seulement un appel aux armes et il ne manquera pas d’hommes en Pologne ! ».

Au but tactique appelant dans nos armées des troupes étrangères, se mêlera souvent l’originalité : les hussards hongrois venus à la fin du règne de Louis XIV, rejoindront en pittoresque les mameluks d’Egypte entrés cent ans plus tard dans la garde du consul puis de l’empereur. Etonnante vision donnée aux Parisiens et à l’Europe de ces orientaux, en un éblouissement de couleurs, défilant à la diable sur leurs montures frémissantes.

Pendant tout l’Empire, nos alliés allemands exaltèrent les sentiments de napoléonisme et s’en firent une gloire ; pour eux, l’étoile de la Légion d’Honneur était presque devenue la plus enviée et la suprême récompense. Après la chute de Napoléon, les titulaires continuèrent à la porter auprès des médailles gagnées pendant les campagnes finales contre les Français. Les troupes badoises furent celles qui, parmi nos alliés allemands, assimilèrent le plus rapidement l’esprit combatif des troupes françaises, se montrèrent les plus mordantes et les plus résolues. Ville pacifique s’il en fut, où la bourgeoisie avait été de tout temps exempte de services militaires, Francfort peut être prise comme exemple d’une petite principauté allemande ayant fourni à Napoléon un contingent qui, de 1806 à 1813, en Prusse, en Espagne, en Russie, combattra côte à côte avec nos troupes, se battant comme elles, pensant et sentant comme elles. Et ceci au point que, franchissant en 1813 la frontière d’Espagne en France, les soldats francfortois semblaient retrouver le sol natal : « Le napoléonisme, constatait non sans regret l’historien francfortois Bernays, avait pénétré en maître dans l’âme des soldats allemands. Leur cœur était comme enchaîné dans son cercle magique ».Les grands souvenirs des campagnes faites sous les Aigles françaises demeurèrent gravés dans les mémoires de ces étrangers avec les noms d’Austerlitz, Iéna, Friedland, Wagram, Lutzen, Montmirail, et aussi Waterloo. Ils seront matérialisés par le portrait de l’empereur accroché au mur dans beaucoup de maisons de l’Allemagne occidentale, auprès parfois de la médaille de Sainte-Hélène. Etendue et demeurée vivace bien au-delà du Rhin, la légende napoléonienne vit éclore de nombreux écrits évoquant la Grande armée et le rôle qu’y tinrent les contingents allemands.

Dans le « liederbuch für die Veteranen der Grossen Napoleonarmee von 1803 bis 1814″, publié à Mayence en 1837 par Niklas Müller, on peut lire : « Le guerrier qui a suivi Napoléon sous tous les climats de l’univers, le guerrier qui a combattu sous ses ordres en tant de royaumes, qui a tant de fois pris sa part de la gloire et du triomphe, qui a mené cette vie tourmentée, pleine de privations, de souffrances, de fatigues et de dangers mortels, ne peut pas, ne doit pas oublier son grand général ».

Sous la première restauration, les Bourbons ne conserveront que les Suisses, en souvenir des fidèles services rendus par eux à la France durant quatre siècles, et avec eux quatre régiments étrangers dont un colonial, formé d’Espagnols et de Portugais à qui leur pays était fermé. Enfin, les huit régiments étrangers réorganisés par Napoléon aux cent-jours formeront en 1815 la « Légion Royale étrangère » qui devint la « Légion de Hohenlohe », puis en 1821 le régiment de Hohenlohe. Licencié en 1830, ce dernier contribuera à former le 21e Léger et ensuite la Légion étrangère. Les régiments suisses de la Restauration disparaîtront en 1830, mais les Suisses revivront encore dans l’armée française de 1855 à 1859 sous les dénominations successives de « Deuxième Légion étrangère » et de « 1er Régiment Etranger ».

 

La grande aventure de la Légion a commencé un jour de mars 1831. Œuvre toute française due au roi Louis-Philippe, l’institution de la Légion étrangère fait l’honneur à la France. Unique dans le monde entier, une société d’un caractère exceptionnel, un ordre militaire laïc a grandi ainsi à l’ombre de notre drapeau.

Partout présente où la France se bat, la Légion étrangère est de même toujours prête aux tâches pacifiques. Pratiquant par le culte de l’honneur et le sens de la fidélité toutes les vertus militaires, guidée par de solides traditions, elle donne à tous, là où elle parait, une impression réconfortante de puissance. Aussi a-t-elle conquis une place de choix dans notre armée, celle accordée au dévouement sans limite, au sacrifice absolu à tout instant consenti.

A Sidi-Bel-Abbès, sanctuaire de la Légion, quatre légionnaires de bronze veillent autour du monument élevé à la mémoire de tous leurs camarades morts au combat dans toutes les parties du monde, de tous ceux qui dans le respect de la parole donnée, sont devenus « Fils de France », « non par le sang reçu mais par le sang versé ».

D’après un article paru en octobre 1959 dans la revue « Miroir de l’histoire ».

 

Depuis la parution de l’article dans cette revue, le monument a été démonté le 29 septembre 1962, pour être rapatrié à Aubagne.


Quand les politiques deviendront-ils des stratèges militaires ?

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Si l'année 2013 a été marquée d'entrée par un remarquable succès militaire au Mali, 2014 s'ouvre sur de sérieuses interrogations, avec une opération Sangaris en Centrafrique qui, faute d'avoir disposé d'emblée des moyens nécessaires, progresse très laborieusement.

Pas d'Europe sans vision stratégique commune
Il est difficile d'affirmer que cette opération sera la seule de l'année, tant les derniers mois ont montré le caractère brutal des crises dans lesquelles la France n'a d'autre choix que de s'engager militairement. Car notre pays ne peut échapper à l'Afrique, et pour longtemps encore.

Dans cet effort sur la durée, nous devrons surtout compter sur nous-mêmes. Pas sur l'Europe, en panne de solidarité militaire. Tant qu'il n'y aura pas de vision stratégique commune, il n'y aura pas de défense commune, car le sentiment de solidarité n'est pas assez fort pour que chaque gouvernement assume les risques politiques liés à ces opérations. La France doit donc cesser de se départir hypocritement des moyens - terrestres en particulier - nécessaires à l'exercice de ses responsabilités et à la protection de ses intérêts.

La guerre se vit toujours dans la durée
L'utilisation des forces armées est légitime, mais elle demande, de la part du politique, endurance et persévérance. N'imaginons pas que demain plus qu'aujourd'hui nous pourrons «commander» à la guerre et décider par avance de calendriers théoriques ignorants de l'aspect dialectique de l'engagement armé.

«A la guerre, chaque adversaire fait la loi de l'Autre» : c'est l'imparable contrainte que nous rappelle Clausewitz. Le rêve du politique, c'est l'intervention puissante, rapide, ponctuelle, qui sidère. C'est le mythe cent fois invalidé du «hit and transfer», du choc militaire qui conduirait directement au résultat stratégique et, dans un monde parfait, au passage du relais à quelques armées vassales immédiatement aptes et désireuses d'assumer elles-mêmes les responsabilités.

Las ! Clausewitz nous le dit aussi : la guerre ne se résume jamais à un seul coup et se vit toujours dans la durée. Avec sa dynamique propre, elle balaye toujours les calendriers préétablis. Il faut donc reconstituer notre capacité à conduire des engagements longs, avec des moyens suffisants pour produire d'emblée un résultat significatif. Le contraire de l'opération Sangaris au Centrafrique, en somme.

Corriger les inadéquations de notre Défense
Si nous voulons préserver notre crédibilité militaire, il faut sans délais corriger les deux grandes inadéquations de notre système de défense. Inadéquation d'abord entre notre politique extérieure, qui s'appuie sur nos capacités militaires, et notre politique militaire qui tend à l'inverse à réduire ces mêmes capacités. Inadéquation ensuite entre les modèles de forces vers lesquelles nous nous dirigeons - des forces réduites de haute sophistication, de plus en plus aptes à remporter les batailles et de moins en moins capables de gagner les guerres, adaptées surtout aux conflits que nous ne voulons pas mener - et les guerres réelles qui exigent des formats et des capacités, dont nous nous dépouillons allègrement.

Le «wishfull thinking» ne peut pas remplacer les moyens. C'est un fait : le «paradigme de destruction» ne peut plus être l'argument central de la guerre. Lorsqu'il faut agir dans des contextes où le facteur multiplicateur de la technologie est réduit, puisque la légitimité de la bataille se mesure à son résultat politique, l'instantanéité et la «foudroyance» ne fonctionnent pas. Notre opération Harmattan en Libye (2011) en constitue une preuve flagrante, puisque nous en payons les conséquences au Mali et en Centrafrique aujourd'hui.

La capacité à durer, les volumes déployables, le contrôle des espaces sont redevenus des données essentielles, ce qui remet d'autant en cause les évolutions de nos armées et ce terrible « manque d'épaisseur stratégique » qui les caractérise.

2013 aura été, militairement, l'année de la contradiction : entre les faits - les interventions - et le discours (le Livre blanc et sa traduction budgétaire, la loi de programmation militaire) qui dégrade profondément nos capacités de défense. Interventions, parfaitement légitimes, et incohérence budgétaire… jusqu'à l'absurde. Cette dernière « année militaire » nous a montré clairement ce que savent faire nos armées et leurs évidentes limites.

Souhaitons qu'en 2014, le politique se fasse enfin stratège en proportionnant l'enjeu et les moyens.

Vincent DESPORTES
Officier général (2S),
Professeur de stratégie à Sciences po et HEC
Ancien directeur de l'Ecole de guerre.
(Les Echos)


LA FIN DU CONFLIT INDOCHINOIS, ENTRE DECOLONISATION ET GUERRE FROIDE

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« Défense – jeunesse – Egalité des chances »

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"A mes hommes qui sont morts"

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vendredi 23 août 2013

"Lorsque l'oubli se creuse au long des tombes closes,

Je veillerai du moins et n'oublierai jamais."


Adjudant Chef Peter Gyuroka - Chef de section des pionniers du 1er Régiment Etranger 

Pierre Messmer (1916-2007) homme politique français traverse la période tourmentée de la 2° Guerre Mondiale puis des guerres de décolonisation qui suivirent. En 1940, il rejoint  le Général De Gaulle et, dans les rangs de la Légion, participe aux campagnes d'Afrique du Nord et de la Libération. Puis après une carrière dédiée à l'administration coloniale, de 1945 à 1959, il est Ministre des Armées du Général De Gaulle, de 1960 à 1969 et Premier ministre de Georges Pompidou de 1972 à 1974. Puis député de la Moselle de 1978 à 1988, il se consacrera à la politique de la Région Lorraine jusqu'en 1989. Il entre à l'Académie Française en 1999. 

A la fin de la Guerre d'Algérie, en 1962, Pierre Messmer, alors Ministre des Armées, est tiraillé entre ses sentiments personnels et ses devoirs de ministre et il se verra reprocher notamment l'abandon des harkis qui seront exterminés au départ des Français d'Algérie. 
Personnage ballotté par l'Histoire, Il reste que Pierre Messmer, bien que parfois paradoxal voire ambigu, gardera en son coeur la Légion Étrangère avec qui il a partagé des heures terribles et glorieuses, et, quand De Gaulle veut la dissoudre au moment du putsch d'Alger il se battra pour limiter la vengeance au 1er REP.
En 2005, au crépuscule de sa vie un hommage a été rendu par la Légion à cet homme, qui à travers les orages de l'Histoire et de la Politique a su garder en son coeur toujours vivante, la flamme de la Fidélité et de la Mémoire. Et L'hommage aux morts du Capitaine Borelli , anima cette ultime et émouvante rencontre entre des jeunes qui se souviennent et un ancien qui n'a pas oublié...
 
Hommage à Messmer, au collège de France en 2005

"A mes hommes qui sont morts" 

Poème dédié à la mémoire du Légionnaire Thiebald Streibler qui donna sa vie pour sauver le Capitaine de Borelli, le 3 Mars 1885 pendant le siège de Tuyen-Quang (Tonkin)

"Mes compagnons, c'est moi, mes bonnes gens de guerre,
C'est votre chef d'hier qui vient parler ici
De ce qu'on ne sait pas ou que l'on ne sait guère;
Mais morts, je vous salue, et je vous dis : Merci.

Il serait temps qu'en France on se prit de vergogne
A connaître aussi mal la vieille Légion,
De qui, pour l'avoir vue à sa dure besogne,
J'ai le très grand amour et la religion.

Or, écoutez ceci : "Déserteurs ! Mercenaires !
Ramassis d'étrangers sans honneur et sans foi !"
C'est de vous qu'il s'agit, de vous Légionnaires !
Ayez-en le cœur net, et demandez pourquoi ?

Sans honneur ? Ah ! Passons-Et sans foi ? Qu'est ce à dire ?
Que fallait il de plus et qu'aurait on voulu ?
N'avez-vous pas tenu, tenu jusqu'au martyr
La parole donnée et le marché conclu ?

Mercenaires ? Sans doute : il faut manger pour vivre;
Déserteurs ? Est-ce à nous de faire ce procès ?
Étrangers ? Soit. Après ? Selon quel nouveau livre
Le Maréchal de Saxe était-il donc Français ?

Et quand donc les Français voudront-ils bien entendre
Que la guerre se fait dent pour dent, œil pour œil,
Et que ces Étrangers qui sont morts, à tout prendre,
Chaque fois, en mourant, leur épargnaient un deuil ?

Aussi bien, c'est assez d'inutile colère,
Vous n'avez pas besoin d'être tant défendus :
- Voici le fleuve Rouge et la rivière Claire,
Et je parle, à vous seuls, de vous que j'ai perdus !

Jamais Garde de Roi, d'Empereur, d'Autocrate,
De Pape ou de Sultan; jamais nul régiment
Chamaré d'or, drapé d'azur ou d'écarlate,
N'alla d'un air plus mâle et plus superbement.

Vous aviez des bras forts et des tailles bien prises,
Que faisaient mieux valoir vos hardes en lambeaux;
Et je rajeunissais à voir vos barbes grises,
Et je tressaillais d'aise à vous trouver si beaux.

Votre allure était simple et jamais théâtrale;
Mais le moment venu, ce qu'il eut fallu voir,
C'était votre façon hautaine et magistrale
D'aborder le "Céleste" ou de le recevoir.

J'étais si sur de vous ! Et puis, s'il faut tout dire,
Nous nous étions compris : aussi de temps en temps,
Quand je vous regardais vous aviez un sourire,
Et moi je souriais de vous sentir content.

Vous aimiez, troupe rude et sans pédanterie,
Les hommes de plein air et non les professeurs;
Et l'on mettait, mon Dieu, de la coquetterie
A faire de son mieux, vous sachant connaisseurs.

Mais vous disiez alors : "La chose nous regarde,
Nous nous passerons bien d'exemples superflus;
Ordonnez, seulement, et prenez un peu garde,
On vous attend, - et nous, on ne nous attend plus !"

Et je voyais glisser sous votre front austère
Comme un clin d’œil ami doucement aiguisé,
Car vous aviez souvent épié le mystère
D'une lettre relue ou d'un portrait baisé.

N'ayant à vous ni nom, ni foyer, ni patrie,
Rien ou mettre l'orgueil de votre sang versé,
Humble renoncement, pure chevalerie,
C'était dans votre chef, que vous l'aviez placé.

Anonymes héros, nonchalants d’espérance,
Vous vouliez, n'est -ce pas ? qu'à l'heure du retour,
Quand il mettrait le pied sur la terre de France,
Ayant un brin de gloire il eût un peu d'amour.

Quant à savoir si tout s'est passé de la sorte,
Et si vous n'êtes pas restés pour rien là-bas,
Si vous n'êtes pas morts pour une chose morte,
O mes pauvres amis, ne le demandez pas !

Dormez dans la grandeur de votre sacrifice,
Dormez, que nul regret ne vienne vous hanter;
Dormez dans cette paix large et libératrice
Ou ma pensée en deuil ira vous visiter !

Je sais ou retrouver, à leur suprême étape,
Tous ceux dont la grande herbe a bu le sang vermeil,
Et ceux qu'ont engloutis les pièges de la sape,
Et ceux qu'ont dévorés la fièvre et le soleil;

Et ma pitié fidèle, au souvenir unie,
Va, du vieux Wunderli qui tomba le premier,
En suivant une longue et rouge litanie,
Jusqu'à toi, mon Streibler, qu'on tua le dernier !

D'ici je vous revois, rangés à fleur de terre
Dans la fosse hâtive ou je vous ai laissés,
Rigides, revêtus de vos habits de guerre
Et d'étranges linceuls faits de roseaux tressés.

Les survivants ont dit, -et j'ai servi de prêtre !-
L'adieu du camarade à votre corps meurtri;
Certain geste fut fait bien gauchement peut-être :
Pourtant je ne crois pas que personne en ait ri !

Mais quelqu'un vous prenait dans sa gloire étoilée,
Et vous montrait d'en haut ceux qui priaient en bas,
Quand je disais pour tous d'une voix étranglée,
Le Pater et l'Avé-que tous ne savaient pas !

Compagnons, j'ai voulu vous parler de ces choses,
Et dire en quatre mots pourquoi je vous aimais :
Lorsque l'oubli se creuse au long des tombes closes,
Je veillerai du moins et n'oublierai jamais.

Si parfois, dans la jungle ou le tigre vous frôle
Et que n'ébranle plus le recul du canon,
Il vous semble qu'un doigt se pose à votre épaule,
Si vous croyez entendre appeler votre nom:

Soldats qui reposez sous la terre lointaine,
Et dont le sang donné me laisse des remords,
Dites-vous simplement : " C'est notre Capitaine
Qui se souvient de nous,-et qui compte ses morts......"

Capitaine Borelli

LE CAPITAINE DE BORELLI (1837-1906)
CHEVALIER ERRANT ET PALADIN POÈTE
Lieutenant-colonel (h) Benoît Guiffray

Article paru sur le site de l'Amicale des Anciens de la Légion Étrangère de Paris,  Le lien ici: Capitaine Borelli

Capitaine Borelli

“Mes compagnons c'est moi : mes bonnes gens de guerre,
C'est votre chef d'hier qui vient parler ici
De ce que l'on ne sait pas, ou que l'on ne sait guère ;
Mes morts je vous salue et je vous dis : Merci”…

Qui n'a pas vibré à l'écoute ou à la lecture de ce poème du Capitaine de Borrelli, publié et republié dans plusieurs de ses ouvrages de poésie qui ont valu à son auteur de recevoir à trois reprises le prix de la poésie française de l'Académie Française (1883-1885 ; 1889-1891 et 1893-1895).
Ce poème a eu pour titre "La Légion Etrangère" et pour dédicace "A mes hommes qui sont morts" ; cette dernière deviendra par la suite le titre du poème qui a été déclamé à l'Académie Française par mademoiselle Jeanne Julia Regnault dite Bartet (1854-1941), actrice de la Comédie Française.
Voici ce qu'il est notamment dit de lui dans l'ouvrage "Feuilles d'avant la tourmente" publié chez Plon en 1917 : 
"…Ce vétéran, qui a guerroyé en Europe, en Afrique, en Asie, déconcerte par son érudition et la variété de ses motifs….
…Borrelli peint la guerre comme Stendhal ou Tolstoï…la langue est toujours simple chez ce soldat…Elle possède le secret de faire partager au lecteur l'action qu'elle raconte, de lui faire vivre ce qu'il lit, au moyen d'effet brefs, soudains, qui enferment tout un monde de sensations devinées et refoulées…

…Mais ce qu'il a aimé par-dessus tout, ce sont ses hommes et quand il a dit cet amour il a été grand. Il a peint notre troupier "mal habillé, mal coiffé, mal chaussé, seulement avec, dans le rang, un éclair à la hauteur des yeux"…

"Tourné vers le côté d'où le péril viendra
Il lui jaillit du cœur trois mots : Quand on voudra !"

…Ce qu'il a aimé par-dessus tout, ce sont ses hommes et quand il a dit cet amour, il a été grand…

… Le soldat que Borrelli préfère entre tous, c'est naturellement celui qu'il a commandé le plus longtemps, avec qui il se sent en complète harmonie, grâce à qui il a accompli ses plus mémorables faits d'armes, le soldat de la Légion Etrangère

"...nu, affamé, sans feu ni lieu, ni espérance..."

…Par son oeuvre, et par sa vie, par ses qualités et ses défauts, Borrelli s'apparente aux chevaliers errants, aux paladins poètes qui traversèrent, épris de belles passes d'armes et de vers délicats notre Moyen-Âge…
…Il a différé de la plupart des auteurs de son temps, par son goût et sa parfaite compréhension de l'époque "… où la mort frappait d'assez près pour que le mourant la vit belle et qu'elle vit le mourant sourire…" ( Préface de l'ouvrage "Arma").

"On cache n'est-ce pas ? la chose qui vous navre
- J'ai laissé, reposant sur son oreiller vert,
Le bel officier blanc dormir à découvert :
- Et j'ai mis mon mouchoir sur les pieds du cadavre"

(Extrait du poème "Tué", souvenir du 5 juin 1859)


Dix sept ans dans la Cavalerie

Le vicomte Emmanuel Raymond de Borrelli est né le 25 décembre 1837, dans le château du marquis de Brayas, son grand père maternel, à Taillon en Gironde, dans l'arrondissement de Bordeaux, fils de Charles Hyacinthe Jules de Borrelli, lieutenant-colonel au 7ème Léger, futur général de division, et de Anne Françoise de Bryas.

Etant étudiant à Paris, le 4 novembre 1856, il s'engage dans l'Armée française pour rejoindre l'Ecole Impériale de Saint Cyr. Il est ainsi décrit : "Cheveux châtains, front haut, yeux bleus, nez fort, bouche moyenne, menton rond, visage ovale et taille 1,67m". Borrelli se distingue par ses résultats aux examens ce qui lui vaut d'être nommé 1ère classe puis caporal un an après.

Sous-lieutenant le 7 septembre 1858, à sa sortie de l'école, il est affecté dans la cavalerie, au 2ème Régiment de Chasseurs où il sert durant près de dix sept ans comme lieutenant (décembre 1863), capitaine (août 1868), capitaine adjudant major (février 1870) puis de nouveau capitaine (avril 1872).

Durant cette première partie de sa vie d'officier, il participe à la campagne d'Italie : à la bataille de Solférino, chargeant à la tête de son peloton, il est grièvement blessé d'une balle qui lui traverse la poitrine, le 24 juin 1859. La croix de chevalier de l'Ordre national de la Légion d'Honneur lui est remise le 5 juillet suivant mais il ne se remet pas complètement de cette blessure dont il aura des séquelles le restant de sa vie.

Plus tard, "le Gaulois" du 20 février 1890 publiera ce poème écrit par le Capitaine de Borrelli sur l'entrée à Milan du 2ème Corps d'Armée dont les 1er et 2ème Régiments Etrangers :

TRIOMPHE
Souvenir des 8-9 juin 1859

"Jamais je n'ai vu tant de fleurs que ce jour-là !
- En vainqueurs, dans Milan évacué la veille
Nous entrions ; alors, de vrai, c'était merveille
Ce que l'on nous aimait ! - Le soir, à la Scala,
Ballet de circonstance ; et la salle croula
Quand sur la fin, parut, le képi sur l'oreille
L'Etoile de la danse en pantalon groseille.
- L'inoubliable nuit, et l'étrange gala !

Partout, du bas en haut, l'antithèse suprême
D'un front bandé de linge auprès d'un diadème,
Et des bras en écharpe à côté des bras nus ;
Tandis que, s'ennuyant de ces apothéoses,
Nos bons chevaux, gardés par les premiers venus,
Broutaient, faute de mieux, des montagnes de roses."

Pendant de la guerre franco-allemande de 1870, Borrelli se distingue de nouveau. Il participe vaillamment à la reconnaissance sur gross-Rossell, aux batailles de Borny, de Rézonville, de Saint-Privat-la-Montagne, de Noisseville et de Servigny puis combat aux avant-postes durant le siège de Metz, dans la plaine de Ladonchamps.

Fait prisonnier de guerre à Metz, le 29 octobre 1870, interné à Francfort sur le Main, en Allemagne, il est libéré le 17 mars 1871. Moins de quinze jours après, il est de nouveau en campagne, du 30 mars au 26 mai 1871, pour participer avec l'armée de Versailles aux combats contre la "Commune de Paris" en révolte.
Il est nommé officier de l'Ordre national de la Légion d'Honneur le 24 juin 1871

Bien que noté comme étant un très brillant officier appelé à un grand avenir, son mauvais état de santé et d'autres motifs, notamment familiaux, l'obligent à quitter l'Armée : il donne sa démission en avril 1874. Marié depuis le 27 mai 1872 et entré dans la vie civile, le capitaine de Borrelli est toutefois nommé, le 28 janvier 1876, lieutenant-colonel dans l'armée territoriale, au 18ème Régiment Territorial de Cavalerie jusqu'au 30 mars 1880.

Il n'en a pas pour autant terminé avec le service actif car le 30 juillet 1883, à sa demande, le Vicomte de Borrelli (1) est admis à servir avec le grade de "capitaine à titre étranger" au 1er Régiment Etranger où il va servir en Algérie, au Tonkin puis de nouveau en Afrique durant cinq ans.

"Et ma pitié fidèle, au souvenir unie
Va du vieux Wunderli qui tomba le premier,
En suivant une longue et rouge litanie,
Jusqu'à toi, mon Streibler, qu'on tua le dernier !

D'ici je vous revois, rangés à fleur de terre
Dans la fosse hâtive où je vous ai laissés,
Rigides, revêtus de vos habits de guerre
Et d'étranges linceuls faits de roseaux tressés"…

C'est âgé de 46 ans, après 19 ans de services, 4 campagnes et une blessure grave dont il garde de nombreuses séquelles que, sur sa demande, le Capitaine de Borelli est admis à servir dans les rangs de la Légion Etrangère avec le grade de "capitaine à titre étranger" par décret du Président de la République daté du 30 juillet 1883.


En Algérie 1883-1884

Affecté au 1er Régiment Etranger, il rejoint son corps en Algérie le 15 septembre de la même année prenant aussitôt la commandement de la "Compagnie Montée de Geryville" qu'il mène d'une manière très vigoureuse comme précisé dans ses notes.
De cette période, il nous a laissé un témoignage en vers :

LES HONNEURS
Souvenir du 10 janvier 1884

Dans le pays des Ksours (3), par un froid inhumain
Nous luttions contre un vent qui coupait la figure,
Quand nous vîmes des blocs, d'assez funèbre augure,
Empilés sur un tertre, à gauche du chemin.

On se souvient là-bas, comme à leur lendemain,
De certains deuils anciens dont vous n'avez plus cure ;
C'était le lieu précis d'une tuerie obscure :
Bou-Bekr(4). - Et notre chef mit l'épée à la main.

La colonne fit halte, et front.- Dans la rafale
La sonnerie " Aux champs " s'envola, triomphale.
On rendit les honneurs. Notre vieux commandant

Salua largement du sabre ; et puis, en route !
- C'est assez difficile à dire, et cependant
J'avais, presque, les yeux… - Ce vent aigre, sans doute.

Grande Revue, 1er Juillet 1888


Au Tonkin 1884-1885

Un Bataillon du 1er Régiment Etranger à deux compagnies débarque au Tonkin en avril 1884. L'une d'elles est commandée par le Capitaine de Borelli.

Le 1er janvier 1885, la Légion Étrangère se transforme en deux Régiments Etrangers à quatre bataillons. La compagnie Borelli devient 1ère Compagnie du 1er bataillon du 1er Étranger.
Aussitôt débarqué, ce bataillon est engagé aux côtés de deux autres bataillons de la Légion Étrangère, présents au Tonkin depuis un an, dans les opérations de pacification menées sous les ordres du général de Négrier contre les troupes de l'Empire de Chine et les Pavillons Noirs organisés en sociétés de pirates. La citadelle chinoise de Tuyen-Quang qui a été prise par nos troupes le 31 mai, est attaquée le 10 octobre par les Chinois. Ces derniers sont repoussés mais ils organisent aussitôt le siège ; l'encerclement se referme complètement y compris sur la rivière Claire seule voie d'accès rapide.
Le 16 novembre, une colonne de secours placée sous les ordres du Colonel Duchène, remonte le fleuve Jaune et la rivière Claire avec des renforts et un approvisionnement important à bord de jonques escortées de canonnières de la Marine Nationale. Les deux compagnies du 1er Régiment Etranger constituent le gros du renfort.

Le 18 novembre, les troupes débarquent à 8 kilomètres. en aval de Yuoc pour dégager cette position qui verrouille le passage en direction de Tuyen-Quang; elle est tenue par l'adversaire. L'assaut est donné le lendemain avec succès ce qui permet de nettoyer les environs de la citadelle avant d'y pénétrer.
Le Capitaine de Borelli sera cité à "l'ordre du jour" du Corps Expéditionnaire au Tonkin le 18 décembre "pour s'être particulièrement distingué par la vigueur et l'entrain avec lequel il a enlevé sa compagnie dans le mouvement tournant qui a décidé le succès du combat de Yuoc"


Second siège de Tuyen-Quang,  23 novembre1884 - 3 mars 1885

Image d'Epinal du siège de Tuyen-Quang
La relève de la garnison est aussitôt organisée et la colonne Duchène repart le 23 novembre.
La nouvelle garnison compte 14 officiers ainsi que 598 sous-officiers et hommes de troupe dont les 1ère et 2ème compagnies du 1er Etranger. Le Commandant Dominé commande la place forte. Il fait immédiatement multiplier les défenses et construire un blockhaus à 300 mètres. de la citadelle.
Le 31 décembre les troupes chinoises fortes de 4.000 hommes attaquent de toutes parts avec violence mais sont repoussées. Commence alors un second siège ; des tranchées encerclent peu à peu complètement la place forte qui est ensuite attaquée au moyen de mines creusées sous terres et de contre-mines organisées intelligemment par le Sergent du Génie Bobillot qui est blessé mortellement au cours du siège. L'artillerie chinoise soumet la citadelle à des bombardements quotidiens suivis d'assauts toujours repoussés et de brèches toujours colmatées. Le Capitaine de Borelli se souvient :

LÀ-BAS
Souvenir de février 1885

"A Monsieur le colonel Dominé
Nous sommes au rempart, la nuit. Il pleut. Gluante
Est la terre où le pied glisse mal affermi ;
L'odeur fade des morts recouverts à demi
Nous arrive du bas de la brèche béante.

Des jurons suppliants passent dans l'air, parmi
Les plaintes des blessés qu'exaspère l'attente ;
On sent venir l'assaut. Va pour l'assaut, contente,
Ma troupe de son mieux recevra l'ennemi.

- Et je rêve d'un nid tout plein de chères choses,
Où flotte le parfum d'une femme et des roses,
Où des tapis profonds assourdissent les pas ;
Je rêve d'une voix qui chante un peu ; Je rêve
A cette même voix se faisant rauque et brève…
- Nom de Dieu ! les voila qui montent : tirez bas."


3 mars 1885 levée du siège

Le 28 février à huit heures du soir, la colonne qui vient débloquer Tuyen-Quang annonce son approche par des fusées qui sont très bien vues de la citadelle.

Le 3 mars, la colonne de secours progresse plus vite, après une nuit de fusillades continues. Au petit jour, les patrouilles de la citadelle constatent le départ des troupes chinoises mais, voulant pénétrer dans une casemate, un tirailleur tonkinois est tué, un autre blessé. La section de Légion qui forme réserve intervient aussitôt, conduite par le capitaine de Borelli, commandant la compagnie à laquelle appartient cette section.
Le capitaine s'approche de l'entrée de la casemate lorsque soudain l'un de ses hommes le devance, c'est le légionnaire Thiébald Streibler qui tombe mortellement blessé d'une balle en pleine poitrine sauvant ainsi le capitaine. Ce dernier, fait aussitôt neutraliser toutes les issues puis enfoncer la toiture. Les légionnaires peuvent ainsi atteindre cinq chinois retranchés là qui meurent les armes à la main sans vouloir se rendre.
A deux heures de l'après-midi, le général en chef et le brigadier Giovaninelli arrivent à Tuyen-Quang.

Streibler (matricule 6.917, d'origine alsacienne, natif de Mertzwiller) est le dernier légionnaire tué durant le siège ce que n'oubliera jamais de Borelli qui par la suite dédicacera ainsi l'ode "A mes hommes qui sont morts" :
"Très particulièrement je dédie ceci à la mémoire de Thiébald Streibler qui m'a donné sa vie le 3 mars 1885"

Le Capitaine de Borelli est cité une seconde fois le 22 mai par ordre général n° 4 du Corps Expéditionnaire pour s'être particulièrement distingué au siège de Tuyen-Quang : "Bravoure chevaleresque ; a par son entrain et sa présence constante aux postes les plus dangereux, exalté la valeur morale de la troupe qu'il commandait".
Les pertes de la garnison sont de 56 morts (y compris ceux décédés de leurs blessures par la suite) dont 48 légionnaires, et 148 blessés. La garnison a tenu sans faillir durant 3 mois et 36 jours face à 10.000 combattants chinois.

Pour la Légion Etrangère, Tuyen-Quang est le Camerone de l'Extrème-Orient. Ce fait d'armes glorieux est évoqué dans la première strophe de son chant de tradition : "Le Boudin".


"Avant le silence", son dernier ouvrage

Son état de santé se détériorant, le Capitaine de Borelli quitte le Tonkin en juillet 1885 ; et placé en non-activité pour infirmités temporaires puis affecté au 3ème Régiment de Zouaves en Algérie, du 17 août 1888 au 3 octobre 1889 avant d'être admis d'office à la retraite en 1891. 
Il sert de nouveau dans l'Armée Territoriale avec le grade de lieutenant colonel jusqu'au 1er janvier 1902. "Avant le silence" regroupe ses deniers poèmes. Ils évoquent la fin d'un homme qui a connu une vie bien mouvementée.

"Emmanuel, Raymond de Borelli, officier d'Infanterie en retraite, officier de la Légion d'Honneur, époux de Armande Gabrielle Marie d'Angosse, est décédé le 10 mai 1906 à quatre heures du soir en sa demeure à Versailles, au n° 22 de la rue Magenta".
Il était titulaire des médailles d'Italie, du Tonkin et officier d'Académie. 
Il avait reçu la médaille de la Valeur militaire de Sardaigne, était chevalier de l'Ordre Pontifical de Saint Grégoire-le-Grand, décoré de l'ordre de Charles III d'Espagne, fait commandeur de l'ordre du Cambodge, commandeur de l'Ordre de Saint Sylvestre, officier de 3ème classe du Nicham-Iftikar et officier du Dragon d'Annam."

Lieutenant-colonel (h) Benoît Guiffray

Notes 

(1) Borelli : Tous les documents originaux consultés y compris son acte de naissance et toutes les pièces de son dossier d'officier portent cette orthographe mais nous avons aussi trouvé dans des écrits le concernant y compris dans le "Livre d'or de la Légion Etrangère" et les annuaires des officiers de l'époque : Borelli, Boreli, Borrelly

Audition du général Pierre de Villiers, chef d’état-major des armées

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Communiqué spécial du Comité National d’Entente relatif au « Panthéon »

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Nous condamnons,

 

Depuis la Révolution, 75 hommes et femmes ont été honorés par la Nation pour avoir marqué l’histoire de France. Les choix ont été difficiles à faire et parfois des familles s’y sont opposées comme celles de Péguy et de Camus.

 

Pierre Brossolette, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Germaine Tillion et Jean Zay devraient faire leur entrée au Panthéon le 27 mai 2015, lors de la journée nationale de la Résistance, selon la déclaration faite par le Président de la République lors de son discours en hommage à la Résistance, le 21 février 2014 au Mont Valérien.

 

Les trois premiers sont des résistants et répondent à l’objet de cet hommage, il n’en est pas de même pour Jean Zay. Certes il a été interné avant d’être lâchement assassiné en juin 44 mais tant d’inconnus et de célébrités sont morts les armes à la main ou dans des camps d’extermination, après des faits de résistance, que cela ne fait pas de lui un héros. Il n’y a pas si longtemps à propos du capitaine Dreyfus l'ancien garde des Sceaux, Robert Badinter, déclarait : « Dreyfus est une victime, certes d'un courage exceptionnel, mais une victime, et le propre du héros c'est d'avoir le courage de choisir son destin ». Jean Zay est une victime.

 

En cette année du Centenaire de la Grande guerre la provocation est ailleurs. Elle est immense, elle est inoubliable. L’auteur ne l’a jamais reniée, l’aurait-il fait qu’il est des fautes inexcusables, celle de l’atteinte au symbole par excellence de notre patrie, de notre pays, de notre nation, le Drapeau.

 

Il faut avoir entendu ou lu «... Terrible morceau de drap coulé à ta hampe, je te hais férocement, Oui, je te hais dans l’âme, je te hais pour toutes les misères que tu représentes… Que tu es pour moi de la race vile des torche-culs ….»

 

Nous condamnons totalement un éventuel transfert des cendres de Jean Zay au Panthéon. Il est des injures qui ne se rachètent pas et qui ne peuvent s’oublier au moment de prétendre au Panthéon.

 

Certains diront qu’à 20 ans il a commis une faute et qu’il était bien jeune mais 20 ans c’est déjà assez vieux pour mourir pour la France pendant la Grande Guerre, la Résistance et la Libération, aujourd’hui lors des opérations extérieures, en Afghanistan, au Mali, en RCA !

 

Il est hautement préférable de transférer les cendres d’un Résistant, d’un Français Libre, d’un Soldat de la 1ère armée, métropolitain ou « indigène », inconnu, aux côtés de ceux qui sont la mémoire de la France. Les Français s’y retrouveront comme aussi tous les adhérents des associations patriotiques et du monde combattant ici présentées.

 

Le Général de corps d’armée (2s) Dominique DELORT

Président                              

 

Société des Membres de la Légion d’Honneur (SMLH)

Société Nationale des Médaillés Militaires

Souvenir Français

Fédération Nationale André Maginot (FNAM)

Union Nationale des Combattants (UNC)

UBFT « Les Gueules Cassées »

Association des Elèves et anciens Elèves de l’Ecole des Officiers de Gendarmerie (TREFLE)

Association des Elèves et anciens Elèves de Saint-Cyr – Coëtquidan (La Saint-Cyrienne)

Association des Officiers de recrutement interne et sous contrat (L’EPAULETTE)

Association des Anciens de l’Ecole Navale (AEN)

Association des Combattants de l’Union Française (ACUF)

Anciens Enfants de Troupe (AET)

Association des Amis de Saint-Cyr et Coëtquidan

Association Nationale des Réservistes de la Gendarmerie (ANORGEND)

Association Nationale des Officiers de Carrière en Retraite (ANOCR)

Association Nationale des Commissaires de la Marine(ANCM)

Association des Combattants de l’Union Française (ACUF)

Association Nationale des Anciens Prisonniers et Internés déportés e d’Indochine (ANAPI)

Association Nationale des Réservistes de l’Infanterie (ANORI)

Cercle d’Etude et de Réflexion sur la Défense (CERD)

Fédération Nationale des Anciens d’Outre-Mer et Anciens Combattants TDM (FNAOM-ACTDM)

Fédération Nationale des Amicales de Chasseurs à pied, alpins et méca (FNAC)

Fédération Nationale du Train (FNT)

Fédération pour le Rayonnement et l’Entraide des Soldats de Montagne (FRESM)

La FRATERNELLE

MINERVE

Promotion VICTOIRE

Union Nationale de l’Arme Blindée Cavalerie et Chars (UNABCC)

Union Nationale des Associations de l’ALAT (UNAALAT)

Union Nationale des Anciens Combattants d’Indochine, des TOE et d’AFN (UNACITA)

UNCAM

Union Nationale des Officiers de Réserve (UNOR)

Union Nationale des Sous-Officiers en Retraite (UNSOR)

Fédération des Sociétés d’Anciens de la Légion Etrangère (FSALE)

Association Nationale des Participants aux Opérations Extérieures (ANOPEX)

Association de Soutien à l’Armée Française (ASAF)

Une belle balade à faire vers Tiznit

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La chanson de soldat, outil du combattant et enjeu idéologique (1948-2013)

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Allocution de Jean-Yves Le Drian à Castelnaudary le vendredi 25 octobre 2013

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