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Intégrer les immigrés en Europe en les intégrant aux armées ?

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Elisabeth Braw — Traduit par Bérengère Viennot — 4 mai 2018

Les armées de l’Union européenne ont du mal à recruter et les immigrés sont souvent prêts à s'engager.

L’Allemagne envisage de faire passer les effectifs de la Bundeswehr de 180.000 à 198.000 soldats. | John MACDOUGALL / AFP

L’Allemagne envisage de faire passer les effectifs de la Bundeswehr de 180.000 à 198.000 soldats. | John MACDOUGALL / AFP

 

La Légion étrangère française relève du domaine de la légende militaire: il s’agit d’une bande d’hommes, principalement des étrangers, qui servent le gouvernement français en mercenaires –et qui le font avec un succès extraordinaire. Si la Légion a été créée au XIXe siècle pour faire régner l’ordre dans les lointaines colonies françaises, elle a évolué pour se transformer en force militaire multifonction. En effet, grâce à sa fiabilité au combat, la Légion est devenue si utile que le gouvernement français est en train d’en agrandir considérablement les rangs. Or, d’autres pays européens seraient bien inspirés de marcher sur les traces de la France. En effet, si toutes les nations de l’Union européenne se voient obligées de travailler davantage à la sécurité de l’Europe, leurs armées ont du mal à trouver de nouvelles recrues. La réponse est peut-être juste sous leur nez: beaucoup de ces pays ont une population croissante de jeunes hommes immigrés qui pourraient s’avérer un atout pour l’armée.

La Légion étrangère française est pleine à craquer. L’année dernière, le gouvernement français a annoncé que ses forces terrestres allaient être renforcées par 11.000 soldats supplémentaires, soit un total de 77.000. En gagnant un tiers de ces effectifs, la Légion atteindra alors un total de 8.900 hommes, soit 11% du total de l’armée. Elle s’est même vu gratifier d’un nouveau régiment dont une partie sert déjà au Mali, a confié le colonel Alain Walter à Foreign Policy.

Une tournure d’événements remarquable pour un corps créé en 1831 par le gouvernement français et dont les rangs étaient occupés par des immigrants de fraîche date, envoyés incessamment faire régner l’ordre dans diverses colonies. La Légion étrangère était un moyen efficace de réduire la surpopulation dans les quartiers d’immigrés en France, tout en maintenant l’ordre dans l'empire colonial.

Difficile de remplir les rangs

Malgré ses débuts insolites et sa drôle de réputation (certains légionnaires ont connu des démêlés avec la justice), la Légion est devenue un pilier de la défense française. Certains de ses régiments ont servi lors de la guerre du Golfe et en Afghanistan. En 2013, lorsque le gouvernement français a décidé d’intervenir au Mali, il y a aussi envoyé un régiment de la Légion étrangère; puis un autre l’année suivante en République centrafricaine.

Dans tous ces conflits, les légionnaires n’ont pas hésité à risquer leur vie: un Slovaque et un Serbe servant la France ont été tués au Mali. «Nous avons la même mission, la même paie et le même uniforme que le reste de l’armée française, souligne le colonel Walter. La différence tient seulement dans ceux que nous recrutons. Et beaucoup diraient que nous travaillons et que nous nous entraînons plus dur.» (Si les soldats sont majoritairement étrangers, 90% des officiers de la Légion sont français.)

Le modèle français ne peut être importé tel quel. Seul un petit nombre de pays autorisent des étrangers à intégrer leurs armées. Aux États-Unis, on estime que 24.000 étrangers sont militaires, ce qui leur permet bien souvent d’obtenir rapidement la citoyenneté américaine. En Grande-Bretagne, les ressortissants des pays du Commonwealth peuvent emprunter le même chemin. Et si, en Espagne, la Légion acceptait autrefois les étrangers, aujourd’hui ses soldats sont principalement espagnols.

Mais les pays européens qui ne peuvent recruter que leurs propres ressortissants ont du mal à remplir leurs rangs. Confrontée à une pénurie de volontaires, la Suède a réintroduit le service militaire, cette fois extrêmement sélectif, ce qui signifie que seul un petit pourcentage de jeunes de 19 ans seront sélectionnés. L’Allemagne envisage de faire passer les effectifs de la Bundeswehr de 180.000 à 198.000 soldats, bien que la ministre de la Défense Ursula von der Leyen reconnaisse que la Bundeswehr a un «énorme problème de personnel militaire». La Pologne, quant à elle, envisage de faire passer le nombre de ses soldats de 100.000 à 150.000 (plus 50.000 dans les rangs de l’Armée de défense territoriale constituée de volontaires civils).

Prêts à s'engager

Toute cette expansion paraît logique. Mais elle entraîne forcément une question: vu les difficultés de recrutement actuelles, où trouver tous ces troupiers?

Selon le Demographic War Index constitué par le sociologue allemand Gunnar Heinsohn, en Allemagne, il n’y a que 650 hommes entre 15 et 19 ans pour 1.000 hommes entre 55 et 59 ans. En Italie, Espagne, Russie, Estonie et Lettonie, la situation démographique est aussi problématique. En Suède, les chiffres sont un peu meilleurs mais le pays ne compte que 870 adolescents garçons pour 1.000 hommes entre 55 et 59 ans. Même maintenant que les femmes ont le droit de devenir soldates, la réalité démographique est inquiétante. L’Allemagne envisage de remédier au problème de pénurie de personnel militaire en simplifiant les conditions d’admission ou en admettant les citoyens européens ayant des qualifications spécifiques; en outre, il pourrait être demandé aux soldats et aux officiers en service de rester plus longtemps.

Compte tenu de ces difficultés démographiques, reproduire certains aspects de la Légion étrangère française s’avère une bonne idée. À en croire le rapport annuel le plus récent fourni par l’office allemand de la statistique, environ dix millions d’hommes et de femmes étrangères vivent en Allemagne, soit environ 12% de la population globale. Si les soldats de la Légion étrangère sont presque exclusivement des hommes, la plupart des postes dans les armées européennes sont aujourd’hui également ouverts aux femmes.

«Comme l’armée suédoise est bien mieux gérée, je suis convaincu que beaucoup seraient ravis de s’engager.»

Mohammed al-Balout, Syrien installé en Suède

Parmi les étrangers qui vivent en Allemagne figurent 4,3 millions d’hommes et de femmes d’autres pays européens, dont environ la moitié sont en pleine force de l’âge militaire –entre 20 et 45 ans. Il y a également presque un million de ressortissants dans la même tranche d’âge originaires de pays sollicitant l’adhésion à l’Union européenne. Il faut aussi compter avec 300.000 Africains, 140.000 étrangers originaires d’Amérique du Nord et du Sud, et 1,1 million d’Asiatiques (dont des ressortissants de pays du Moyen-Orient et d’Asie centrale) entre 20 et 45 ans. La Suède abrite quant à elle 900.000 étrangers –quasiment 10% de la population– dont presque 467.000 sont âgés de 20 à 44 ans. En Pologne, 235.000 étrangers ont actuellement une autorisation de travail, dont 193.000 sont Ukrainiens.

Ces immigrants peuvent être une ressource pour l’armée, et nombre d'entre eux seraient prêts à s’engager si on leur en donnait la possibilité. «Beaucoup d’entre nous avons fait notre service militaire dans notre pays d’origine; quand j’ai fait le mien en Syrie, les officiers nous ont mal traités», confie à Foreign Policy Mohammed al-Balout, Syrien venu en Suède comme demandeur d’asile il y a quatre ans et qui travaille aujourd’hui pour un conseil municipal où il aide les migrants qui viennent d’arriver. «Mais comme l’armée suédoise est bien mieux gérée, je suis convaincu que beaucoup seraient ravis de s’engager.»

Se familiariser avec les coutumes du nouveau pays

La Légion étrangère française accueille plus de 140 nationalités. «C’est la Tour de Babel, explique le colonel Walter. La part d’Européens diminue, probablement parce qu’ils sont habitués à une vie plus confortable. À la place, nous avons davantage de recrues de pays plus pauvres. Ce n’est pas facile de faire en sorte qu’ils se sentent tous appartenir à la même organisation, mais cela signifie aussi que nous avons de bons soldats venus du monde entier.»

La plupart des armées continuent de n’engager que des ressortissants nationaux pour des raisons faciles à comprendre. Les citoyens d’un pays éprouvent en général une certaine forme de loyauté patriotique, moins automatique chez des non-citoyens. Vu l’équipement meurtrier que les soldats apprennent à manipuler, il serait idiot de considérer l’armée comme une solution fourre-tout aux problèmes d’intégration de l’Europe.

Mais parmi les millions d’étrangers entre 20 et 45 ans qui vivent en Allemagne, il y a un nombre incalculable d’hommes et de femmes loyales, sensées et prêtes à travailler dur. Pour Daniel Yar Hamidi, professeur d’origine iranienne qui enseigne la création d’entreprise à l’université de Boras, arrivé dans le pays comme demandeur d’asile il y a trente ans: «Comme la vie militaire est très intense, des unités militaires destinés aux étrangers les aideraient à se familiariser avec les us et coutumes de leur nouveau pays». Et ils apprendraient la langue plus vite.

Étant donnés les risques militaires et politiques associés aux combats au sol, le modèle de la Légion étrangère française pourrait ne pas être idéal pour d’autres pays européens. Mais les immigrés peuvent présenter des bénéfices considérables sous d’autres formes pour des armées européennes sous pression. Ils pourraient, par exemple, se concentrer dans des domaines comme l’aide après les catastrophes naturelles, la logistique, même le maintien de la paix des Nations unies.

En outre, comme beaucoup de ces immigrés parlent couramment les langues nécessaires pour les missions des Casques bleus de l’ONU, ils constituent un atout encore plus précieux. Les électeurs allemands n’accepteraient peut-être pas que des ressortissants de pays hors Union européenne servent dans la Bundeswehr, selon le général de division à la retraite Walter Spindler, ancien responsable de la formation militaire jusqu’à l’automne dernier. «Mais si une telle loi était votée, il serait en effet possible d’avoir une légion étrangère affectée à des tâches particulières, ajoute-t-il. Cependant, il faudrait s’assurer que ces soldats ont les mêmes équipements et bénéficient de la même formation que les autres, pour ne pas risquer de former une armée de seconde zone.»

Un plan de carrière prometteur

De plus, des unités militaires étrangères pourraient potentiellement être des incubateurs pour futurs entrepreneurs et aider à intégrer les immigrés dans le marché du travail.

«Les armées d’aujourd’hui sont très high-tech, ce qui procurerait aux soldats d’unités étrangères des compétences extrêmement utiles», note Yar Hamidi. Ils apprendraient à diriger des hommes et à acquérir une expertise technique, ce qui leur permettrait de fonder leur propre entreprise. En Israël, 60% de la population a fait son service militaire – mais dans le secteur high-tech en pleine expansion du pays, 90% des employés sont passés par l’armée. «Le gouvernement obtiendrait un bien meilleur retour sur investissement qu’avec l’aide à l’intégration traditionnelle des immigrés en vigueur actuellement», estime le professeur.

Ce besoin d'élargir les effectifs militaires n’est pas près de disparaître en Europe; il va probablement devenir de plus en plus pressant. À une époque où les pays européens ont beaucoup de mal à intégrer de grands nombres de nouveaux immigrés, voilà qui offrirait un plan de carrière prometteur aux milliers de soldats nés à l’étrangers, sélectionnés pour servir et prouver aux sceptiques que loin de constituer une menace pour le pays, les immigrés sont prêts à risquer leur vie pour le défendre.


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