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Légionnaires d'aujourd'hui

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Par Jean-Louis Tremblais Publié le 03/05/2013

REPORTAGE - La Légion célébrait le 150e anniversaire du mythique combat de Camerone, le 30 avril. On croit tout savoir de ce corps d'élite. Mais le légionnaire, celui qui s'engage sous le képi blanc, qui est-il vraiment ? Ces quelques portraits esquissent un début de réponse.

Le para de toujours

Adjudant Schaap 2e REP (Régiment étranger de parachutistes) à Calvi, 42 ans, d'origine belge

Engagé en 1995. Quoique kinésithérapeute diplômé, Jacques Schaap a toujours été attiré par l'armée: «Je suis militaire dans le sang. J'aime ce qui est loyal, carré. Après mes études et avant la Légion, j'avais servi au bataillon parachutiste de l'armée belge. La Légio, c'est par idéalisme.» Dix-huit ans en compagnie de combat au 2e REP, ce n'est pas rien... «En Afghanistan, explique-t-il, j'étais chef de section. Dans la vallée de Bedraou, j'ai vu mes légionnaires-parachutistes sous le feu. On a eu des morts, des blessés. Je peux certifier qu'il n'y a pas de troupe plus valeureuse et plus professionnelle au combat.» Maintenant chef des services aériens, il s'occupe de tout ce qui touche la «troisième dimension», autrement dit, le saut: «Le REP est la seule unité aéroportée qui forme ses paras elle-même. Quand on a quinze jeunes à breveter tous les quinze jours, parlant le français vaille que vaille, il faut plus de temps pour s'assurer que la sécurité est maîtrisée.» Son avenir? «Le REP, tant que je serai opérationnel physiquement. Honnête et fidèle...»

Crédits photo : 1996-98 AccuSoft Inc., All right

Les musiciens

Crédits photo : 1996-98 AccuSoft Inc., All right

Sergent Sdobnov 1er RE, 29 ans, d'origine russe

Engagé en 2003. Il a toujours rêvé d'être musicien dans l'armée, comme son père. A Moscou, il passe son adolescence à l'école militaire de musique et en sort clarinettiste accompli, mais sans travail. «Plusieurs de mes camarades d'école s'étaient engagés dans la Légion, raconte le sergent. Ce qu'ils m'en disaient lors des permissions me plaisait, mais mes parents ne voulaient pas. “C'est la chair à canon de la France”, disaient-ils. Jusqu'à ce que mon père, qui faisait une tournée en France avec son orchestre, découvre la Musique de la Légion étrangère. Il a adoré. A son retour, il m'a dit: “Vas-y!” Il m'a fallu une année complète pour obtenir les papiers et le visa. J'ai pris le bus jusqu'à Marseille. Direction Aubagne, où je suis toujours. Je viens de resigner pour cinq ans.» Et il s'apprête, après le défilé du 14 Juillet, à donner plusieurs concerts en Chine avec ses 60 collègues. Ambassadeurs étrangers d'une France sans fausse note...

Caporal Rubio Wiedman 1er RE, 26 ans, d'origine chilienne

Engagé en 2009. Deux jours avant notre rencontre, il évoluait sur la pelouse du Stade de France. Non pas dans le Quinze tricolore mais au sein de la Musique de la Légion étrangère, qui jouait La Marseillaise avant le match France-Ecosse. L'une des nombreuses prestations de cette formation à nulle autre pareille, qui porte haut les couleurs de la Légion, en France et hors de nos frontières. «Rien ne m'y prédestinait, admet le caporal. Au Chili, j'ai fait une école militaire, dont je suis sorti avec le grade de sous-lieutenant. Viré pour “mauvaise conduite”, j'ai pensé à la Légion, que tout le monde connaît dans l'armée chilienne.» Aller simple Santiago-Roissy et engagement au Fort de Nogent. Au cours des classes, à Castelnaudary, un officier demande à la cantonade si quelqu'un joue d'un instrument. Ce qui est son cas: «J'étais saxophoniste amateur. On m'a donc intégré à la Musique principale, où je me perfectionne avec des professeurs du conservatoire. Je voyage dans le monde entier (Canada, Grande-Bretagne, Russie). Fier de porter le képi blanc, je ne regrette rien.»

Le pionnier

Crédits photo : 1996-98 AccuSoft Inc., All right

Caporal-chef Kanturek 1er RE (Régiment étranger) à Aubagne, 37 ans, d'origine tchèque

Engagé en 1999. Barbe, «placard» de médailles, hache sur l'épaule et tablier en cuir de buffle: en tant que pionnier, le caporal-chef Kanturek perpétue une tradition héritée de la Grande Armée, celle du soldat bâtisseur. Toujours placé en tête de défilé avec ses pairs, il ouvre la route. Le phrasé est rugueux, le regard perçant: «J'étais parachutiste dans l'armée tchèque, avec la possibilité de devenir sous-officier. Mais j'ai préféré la Légion parce que c'est un mythe vivant: la meilleure troupe du monde. Et j'ai bien fait. C'est un enrichissement permanent. Imaginez: 150 nationalités, des centaines d'histoires personnelles! Unique.» Après onze ans au 2e REP (Régiment étranger de parachutistes) et plusieurs opérations extérieures (dont une embuscade périlleuse en Côte d'Ivoire), le voici donc pionnier à la «maison mère» (transférée de Sidi Bel Abbès à Aubagne en 1962 à la suite de l'indépendance de l'Algérie). Qualités requises pour le poste? «Faut être volontaire et enthousiaste.» C.Q.F.D.

Le major

Crédits photo : 1996-98 AccuSoft Inc., All right

Major Roso 1er RE , 58 ans, d'origine croate

Engagé en 1977. Président des sous-officiers: dans la Légion, c'est un titre qui pose un homme. Car les 1600 sous-officiers, tous issus du rang, constituent le ciment (ou plutôt le béton armé) de l'institution. D'ailleurs, le bureau du major n'est pas loin de celui du général commandant la Légion étrangère, et il accompagne ce dernier dans tous les déplacements officiels. Elle est loin, cette année 1977 où Ivan Roso, gardien de but de l'équipe d'Osijek, quitte la Yougoslavie pour la Corse avec l'intention de devenir footballeur professionnel. Mis hors-jeu pour défaut de papiers, il s'engage chez les képis blancs (où sert déjà son frère Ante, futur général de l'armée croate pendant la guerre des Balkans). Une carrière exemplaire - trente-six ans de service et les décorations afférentes - l'amène jusqu'au grade maximal chez les sous-officiers supérieurs. Et lui vaut d'être élu président de cette caste très fermée. Une consécration qu'il relativise volontiers: «Personne ne vient me voir, sauf s'il a des problèmes à régler.» Père de trois filles et marié à une Française, le major Roso prendra sa retraite (méritée) à la fin de l'année.

Un briscard à l'honneur

Crédits photo : 1996-98 AccuSoft Inc., All right

Caporal-chef Laplagne 2e REI (Régiment étranger d'infanterie) à Nîmes, 47 ans, Français

Engagé en 1993. Il a gardé l'accent de La Réunion, son île natale, mais l'intonation est typique d'un légionnaire, hachée et martiale. L'armée, c'est toute sa vie: avant la Légion, il avait déjà passé six ans dans l'armée régulière. «Mais la Légion, c'est à part. Un mythe pour tous les militaires: le summum!» Pour le 150e anniversaire de Camerone, à Aubagne, il a été choisi pour accompagner les deux anciens qui portaient la main du capitaine Danjou, relique sacrée entre toutes. Un honneur qu'il doit à ses états de service: en 1997, lors de l'opération «Pélican» au Congo-Brazzaville, il a été nommé chef de groupe au feu. Il avait remplacé son supérieur gravement blessé à la cuisse lors de la sécurisation de l'aéroport. Cette reconnaissance le trouble un peu: «Pour moi qui ai toujours vécu dans l'ombre, anonyme parmi les anonymes, c'était bizarre de se retrouver en pleine lumière. Surtout à la maison mère, pour la commémoration de Camerone

Le recruteur

Crédits photo : 1996-98 AccuSoft Inc., All right

Adjudant-chef Molinet Chef du Pile (Poste d'information de la Légion étrangère) de Lyon, 49 ans, Français

Engagé en 1989. Au quartier général Frère, à Lyon, le Pile forme une sorte d'enclave sur laquelle flottent les couleurs rouge et vert de la Légion. C'est là qu'habite l'adjudant-chef Molinet: «Ici, c'est un peu ma famille. On peut y venir n'importe quel jour, à toute heure. Il y aura toujours quelqu'un pour accueillir les candidats.» Couvrant onze départements, c'est l'un des dix Pile de France. «Deux ou trois candidats par jour, indique l'adjudant-chef. J'aime bien le recrutement. Pour cette fonction, il faut un passé Légion et de la psychologie. Au regard et au comportement, on voit tout de suite qui va rester et qui va partir.» Chez lui, c'est une rencontre qui a produit le déclic: «Je faisais du stop sur la route de Calvi. L'automobiliste qui s'est arrêté était un ancien sous-officier du REP. Une légende. Nous sommes devenus amis. Je vivais alors de petits boulots. Ça le désolait. Un jour, il m'a apporté un billet d'avion Calvi-Marseille et m'a dit: «Engage-toi, c'est le moment ou jamais.»» Le 2e REP, les interventions au Rwanda et en Côte d'Ivoire, la forêt de Guyane: «La Légion m'a permis une existence et une ascension impensables pour quelqu'un de mon niveau social.»

Le cavalier

Crédits photo : 1996-98 AccuSoft Inc., All right

Maréchal des logis Guimaraes 1er REC (Régiment étranger de cavalerie) à Orange, 31 ans, d'origine brésilienne

Engagé en 2004. Il travaillait chez Alstom, au Brésil. Mais l'emploi ne guérit pas l'ennui: «Je n'avais pas ma place dans le civil. La Légion me fascinait. Je me suis renseigné sur internet et, un jour, j'ai pris l'avion pour Paris avec un copain. Nous nous sommes engagés tous les deux au Fort de Nogent.» Neuf ans et quelques campagnes plus tard, il est chef d'engin dans l'unique régiment de cavalerie de la Légion, composé d'AMX 10RC et de VBL (véhicules blindés légers). Pour l'heure, il sert au 5e Escadron d'aide à l'engagement et dirige un groupe de recherche et d'investigation anti-char (missiles Milan). En attendant de passer les qualifications pour être promu chef de peloton. Sa vision de la Légion: «La classe, le prestige et le respect.»

L'engagé qui vient d'arriver

Crédits photo : 1996-98 AccuSoft Inc., All right

Légionnaire Dorneles de Amador 4e Re ( Régiment étranger) à Castelnaudary. 29 ans, d'origine brésilienne

Engagé en janvier 2013. En mars, lorsque nous l'avons rencontré, il venait juste de passer les quatre semaines «en ferme»: un mois à la dure dans une ancienne exploitation agricole, en autarcie, où les jeunes engagés apprennent la rusticité, la cohésion et la discipline. Au terme de cette période, véritable rupture avec leur vie antérieure, ils se voient remettre le képi blanc et terminent leur instruction à Castelnaudary. Le légionnaire Dorneles de Amador est d'un naturel laconique et, de toute façon, le peu de français qu'il a appris jusqu'ici ne l'autorise pas à faire de grands discours. Qui plus est, à la Légion, on respecte les taiseux. Nul n'est tenu de donner les motifs de son engagement s'il ne le souhaite pas. Il consent tout de même à dire qu'il a passé sept ans sous l'uniforme brésilien et que son retour dans le civil ne s'est pas bien passé. L'idée de la Légion? Pour lui, c'est évident: «Tout le monde connaît.»

L'engagé qui finit ses classes

Crédits photo : 1996-98 AccuSoft Inc., All right

Légionnaire Gang Lu 4e RE, 34 ans, d'origine chinoise

Engagé en novembre 2012. En Chine, il était ingénieur électricien et avait tout pour être heureux. Sauf qu'il voulait voir du pays. Lors d'un voyage touristique en France, début 2012, il croise dans la rue «des Chinois en uniforme qui portaient un képi blanc». Il les aborde, les questionne: «C'est à ce moment-là que j'ai pris ma décision. Ce qu'ils me racontaient de leur nouvelle vie m'a emballé.» Il se présente à Aubagne, mais il est déclaré «inapte physique temporaire»: «On m'a dit d'essayer à nouveau dans six mois. Je suis rentré en Chine, je me suis entraîné et je suis revenu en novembre. Là, c'était bon.» Il vient de passer quatre mois au 4e RE, le creuset de la Légion: formation militaire, apprentissage du français (lafameuse méthode Képi blanc, 500 mots de base à connaître en seize semaines), code d'honneur du légionnaire, bréviaire qui constitue l'ADN de cette troupe. En fonction de son classement, il va choisir un régiment d'affectation. Son voeu: le 1er REG (Régiment étranger de génie), spécialisé dans le déminage.

Le sapeur de montagne

Crédits photo : 1996-98 AccuSoft Inc., All right

Adjudant Vasiliu 2e REG (Régiment étranger de génie) à Saint-Christol, 40 ans, d'origine roumaine

Engagé en 1997. Chef de section, sapeur et alpin. Et comme si cela ne suffisait pas, l'adjudant Vasiliu, au terme de cinq années de stages et de tests plus qu'exigeants (techniquement comme physiquement), est aussi chef de détachement haute montagne, l'équivalent militaire du guide de haute montagne. Il faut dire que le sport ne l'effraie pas. C'est même grâce à lui qu'il en est arrivé là: «J'étais professeur d'éducation physique et boxeur en Roumanie. Mais je ne pensais qu'à la Légion. A six reprises, j'ai voulu quitter le pays, mais je me suis fait attraper sans visa. La septième tentative a été la bonne: j'étais venu en Italie pour un match de boxe. L'entraîneur avait confisqué nos passeports, mais j'ai quand même traversé la frontière et je me suis engagé à Nice.» Triomphe de la volonté. Après deux séjours en Afghanistan, il fait partie de ceux qui sont susceptibles de partir (en relève) pour le Mali: son unité est en «alerte Guépard».

Une figure au service des anciens

Crédits photo : 1996-98 AccuSoft Inc., All right

Lieutenant-colonel (en réserve) Sabljic , directeur de la Maison du légionnaire à Auriol, d'origine croate, 57 ans, engagé en 1974.

Trente-huit ans et demi de Légion, dont 26 au 2e REP. De Kolwezi à Abidjan en passant par le Liban et les Balkans (il était interprète pour le général Morillon à Srebrenica), Zlatko Sabljic a collectionné les opérations extérieures. Et fait partie des rares légionnaires devenus officiers à titre étranger - 10% seulement du corps des officiers. Bien du chemin parcouru depuis ce jour de 1974 où il a fui la Yougoslavie de Tito: «Disons que je n'étais pas du bon côté, à l'époque, sourit-il. La première fois que je suis rentré chez moi, c'était vingt ans après, avec le casque bleu...» Le prestige qu'il a acquis, il le met au service des anciens, en tant que directeur de la Maison du légionnaire. Sise à Auriol, cette institution, qui ne dépend pas de la Légion d'active (contrairement à Puyloubier), accueille 59 pensionnaires (âgés de 42 à 94 ans), moyennant une participation financière. Conditions: avoir servi au moins cinq ans et produire un certificat de bonne conduite. A Auriol, ils retrouvent un cadre, un esprit et une ambiance Légion. «On tente de se débrouiller par nos propres moyens, explique-t-il, mais la Légion nous aide autant que faire se peut. Car elle n'abandonne jamais les siens.»

Le pensionnaire des Invalides

Crédits photo : 1996-98 AccuSoft Inc., All right

Jacques Docquier , Institution des Invalides de Puyloubier, d'origine belge, 66 ans, ancien légionnaire (1973-1982).

Jacques Docquier, frêle silhouette dans un costume nickel, est l'un des 86 pensionnaires de Puyloubier, au pied du massif de la Sainte-Victoire. Conçue pour les invalides de guerre et les «blessés de la vie», tous anciens légionnaires, cette institution les accueille, les héberge, les réinsère: 60% travaillent dans les différents ateliers (céramique, reliure, viticulture). Ils y restent quelques semaines ou plusieurs années. Aucune condition de ressources ni d'ancienneté. La solidarité dans toute sa noblesse, grâce au soutien de la Légion et des donateurs. Jacques Docquier a été légionnaire de 1973 à 1982, avant de se briser les os sur le parcours du combattant. Il a ensuite travaillé comme chauffeur de taxi à Bruxelles, puis à Marseille: «Mais là, c'est devenu très dur. J'ai perdu coup sur coup mon emploi et mon logement. Et me suis retrouvé dans la rue, en 2005. Je connaissais Puyloubier, comme tout légionnaire. J'ai fait la demande. On m'a accepté. Et j'y suis toujours.»


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