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La charge héroïque de l'abbé Lanusse

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Publié le samedi 22 janvier 2011

PRÊTRE catholique né à Tonneins en 1818, l'abbé Jean Lanusse est nommé aumônier militaire en 1859. Embrasé par une foi patriotique légendaire, il participe aux batailles que les armées de Napoléon III livrent en Italie et au Mexique, vit en première ligne le désastre de Sedan, les 1er et 2 septembre 1870. Promu en 1871 aumônier supérieur de l'Ecole militaire de Saint-Cyr, élevé au rang de prélat en 1898, Monseigneur Lanusse décède en 1905 auréolé d'une gloire militaire et littéraire considérable : vingt-cinq décorations et une dizaine d'ouvrages sur les guerres qu'il a vécues, dont un récit de la bataille de Camerone, au Mexique, où il assista au sacrifice de la Légion étrangère.

La charge héroïque sur les hauteurs de Floing. « Les chevaux ont des ailes. On dirait des cerfs qui bondissent. »

En 1892, il publie L'heure suprême à Sedan, où il témoigne des combats qui, notamment à Bazeilles et à Floing, provoquèrent la chute de Napoléon III. « Mon but en écrivant ces pages, explique-t-il, sera surtout d'arriver à l'heure suprême, c'est-à-dire à ce moment où un grand peuple qui ne veut pas être jeté à terre, se débat dans les dernières étreintes de l'agonie, pour sauver ce qu'il a de plus cher, l'honneur et son drapeau. » Le goupillon dans une main, le clairon dans l'autre, le prêtre soldat s'exclame : « Enfants, lisez ces pages écrites au nom de Dieu avec le cœur le plus français ! Qu'importe à la France qu'on soit défait pourvu qu'on ne soit pas vaincu ! Vaincu, jamais ! »
L'abbé Lanusse élève la terrible défaite de Sedan au rang d'un sacrifice salutaire. Auréolé d'une espérance divine, il permettra de triompher un jour prochain de ceux qui en 1870 ont humilié la Patrie. Comment dès lors s'étonner que l'aumônier soit enchanté par le carnage de Bazeilles auquel il assiste ?
« Dans ce combat de quelques heures, écrit-il, que de ruines et quels présages pour les colères de demain ! C'est donc un beau spectacle que des rues jonchées de cadavres, des tas de chair humaine qui baigne dans des mares de sang. Un beau spectacle que ces blessés qui râlent la mort et sur lesquels s'effondrent des maisons dévorées par les flammes qui jettent jusque dans la Meuse leurs lueurs sanglantes qui montent vers le ciel pour y rencontrer les merveilles de Dieu, ces étoiles si calmes et si paisibles ».

Ma soutane est percée

Mais voici que sur les hauteurs de Floing, sabre au clair, les Chasseurs d'Afrique du général Margueritte chargent à cheval les batteries de canons des Prussiens. L'abbé Lanusse, bien qu'à pied, est pris dans la fournaise. « Au milieu des bourrasques de fer, ma soutane est percée plusieurs fois. Quelques gouttes de sang. Voilà donc, ô mon Dieu, le seul que je donnerai à la France, lorsque je vois tant de vos enfants vous le donner à flots ! S'il vous le faut, mon sang, Seigneur, prenez-le ! Je vous l'offre. »
Sur les pentes de la colline sacrée de Floing, soixante-dix pages durant, emporté par sa foi en Dieu, donc en la France, l'abbé Lanusse, avec sa plume, charge héroïquement la mitraille prussienne. « Les chevaux ont des ailes, écrit-il. On dirait des cerfs qui bondissent. Touchent-ils la terre de leurs sabots légers ? En avant ! Braves enfants de la France, sur ces chevaux blancs, avec vos sabres reluisant au soleil, vous m'aviez l'air de ces flots écumants d'une mer en courroux. »
L'heure suprême sonne pour le général Margueritte. « Il s'abat. Une balle a traversé les deux joues, labouré le palais, coupé une partie de la langue. Ne pouvant articuler une seule parole, il fait signe de la main de pousser la charge. « En avant ! » crient toutes les poitrines vibrantes d'héroïsme. En avant ! En avant ! Et toujours une bourrasque de mitraille qui fait disparaître hommes et chevaux par pelotons entiers. »

On marche dans le sang

Tellement héroïque la charge des Chasseurs d'Afrique qu'elle arrache ce cri du cœur au roi de Prusse, témoin du carnage, « Ah, les braves gens ! » Des cinq escadrons que comptait chaque régiment de la division Margueritte, il n'en reste qu'un. « Que de corps en lambeaux broyés par la mitraille, s'extasie l'abbé Lanusse. Une mère même n'y reconnaîtrait plus son enfant. Autant que possible, je ferme les yeux de quelques-uns de mes pauvres morts. On marche dans le sang. Si le mien ne coule pas encore, ô mon Dieu, du moins ayez égard aux déchirements de mon cœur. »
Alors que la France de Napoléon III agonise dans les bras du général Margueritte mortellement blessé, à l'heure de l'ultime charge dans la campagne rouge sang de Floing, l'abbé Lanusse affirme haut et clair que « cette belle auréole de braves, si elle ne peut cueillir les palmes de la victoire, elle donnera aux nobles fils de la France des espérances pour l'avenir. » Et l'aumônier d'entonner son credo à l'endroit où, sur les hauteurs de Floing, s'élèvera dans le ciel des Ardennes le monument à la gloire des Braves Gens du général qui, à une lettre près, porte un nom de fleur : « Qui sait si ces cadavres, si ce sang répandu dans les sillons de la patrie, ne seront pas une semence de héros ! », entonne l'abbé Lanusse, aumônier de l'école militaire de Saint-Cyr.
Généreuse semence, Monsieur l'abbé, puisqu'entre 1914 et 1918, elle a enfanté la mort d'un million et demi de héros français.
Qu'en pensent les chênes de nos forêts ?
Yanny HUREAUX

Traduction

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