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LES MÉMOIRES D'UN DÉSERTEUR AMERICAIN DE LA LÉGION ÉTRANGERE

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Le Petit Parisien. 12/02/1928

 

Doty raconte sa période d'instruction sa désignation pour le service actif, sa campagne en Syrie et, en passant, il fait le plus vif éloge de ses chefs

 

 

II

 

 

Doty et ses camarades viennent de se préparer à la revue du colonel Rollet, commandant du premier régiment étranger. Bien que ce soit en juin, ils portent leurs capotes, pans relevés, la ceinture bleue autour des reins, le bidon à droite et ta musette à gauche. Le sergent passe une première inspection, très sévère, puis il range ses hommes sur une seule ligne, devant le corps principal de la caserne.

Un cri de « Garde à vous ! » et voici le colonel Rollet.

C'est, dit Doty, un homme petit, droit, carré, avec uue barbe en pointe et des moustaches grisonnantes, violemment retroussées. Sa mise est simple on dirait, à première vue, qu'il porte l'uniforme de simple soldat, mais lorsque vous voyez de près son visage, vous comprenez tout de suite pourquoi il commande une des plus admirables machines de guerre du monde. Cela se lit dans ses yeux, deux terribles yeux bleus dont personne ne peut soutenir le regard. Il entra à la légion comme sous-lieutenant, il y a vingt-huit ans, et il ne l'a jamais quittée. Et que de services et de hauts faits à son crédit. Pendant la guerre, il se battit comme un lion à la tête d'un bataillon d'infanterie. Couvert de blessures et de cicatrices, comme aussi de décorations, il est commandeur de la Légion d'honneur et porte invariablement la double fourragère de sa bien aimée légion. Tel est le colonel Rollet.

Il m'a certainement maudit, mais je lui garde ma plus vive admiration. S’il avait servi sous Napoléon, je suis sûr qu'à cette heure il serait maréchal de France.

Dès qu'il parut, chacun fit encore un effort pour rectifier sa position. Il s'arrêta devant chaque homme, s informant de sa nationalité et de son nom. De ses yeux perçants, on eût dit qu'il sondait les cœurs. Quand il rencontrait devant lui un regard droit assuré, il se bornait à dire Bien et passait. Arrivé au bout de la file, il nous annonça que nous partions le jour même pour Saïda, rejoindre la compagnie d'instruction n° 3.

Le récit de ce voyage, de ses péripéties, de l'installation au centre d'instruction et des exercices d'entraînement auxquels les légionnaires sont soumis fournit à Doty l’occasion de souligner tout à la fois la sévérité et l'équité de la discipline.

La moindre faute, écrit-il, est punie avec rigueur. Un fusil mal astiqué vaut huit jours de prison, et on n'accepte pas d'excuse. Il est vrai, d'ailleurs, qu'on a tout le temps nécessaire pour nettoyer son fusil et que ceux qui y manquent sont coupables. De la poussière sous les lits ou sur les étagères, des gamelles malpropres ou des vêtements sales dans le paquetage suffisent à vous faire infliger huit jours de « pelote ». Ce genre de punition, qui consiste à marcher en rond, en file régulière, dans la cour de la caserne, pendant neuf heures consécutives avec une halte de dix minutes au terme de chaque heure, un sac de sable de 30 kilos attaché aux épaules, a pour but de calmer les têtes brûlées et il me faut convenir, pour l'avoir éprouvé, qu'il est très efficace.

Mais je dois à la vérité de déclarer que je n'ai jamais vu ni entendu dire que des hommes avaient été battus ou chasses dans le désert, ainsi qu'on le voit dans un film récent de cinéma.

La période d'instruction est terminée. A sa grande joie, Doty est désigné pour passer en service actif'. Il ignore si c'est pour le Maroc ou pour la Syrie. Le voilà de nouveau à Sidi-Bel-Abbès, à la « compagnie de passage ». Echange complet de tout l'équipement et constitution de la fameuse compagnie de marche du 1er étranger, qui reçut enfin l'ordre de se rendre à Bizerte, en route pour la Syrie.

Cette compagnie, dit-il, comprenait une vingtaine de bleus dans un effectif de cent vingt hommes, qui détenaient la record de l'inconduite ivrognerie, insubordination, sorties sans permission, etc., mais qui jamais n'avaient tremblé devant le péril. Des gens rudes et dissolus, mais capables de se battre comme des démons et qui, au surplus, devaient se montrer dignes d'un régiment pourtant célèbre par ses magnifiques exploits.

A la tête de la compagnie, un jeune officier, le lieutenant Vernon, que Doty dépeint en ces termes : Vernon était le plus franc, le plus brave et le plus populaire des officiers que j'aie connus à la légion. Bien qu'il fût jeune, mon lieutenant a avait servi pendant la Grande Guerre et il portait la croix de guerre, ainsi que le ruban de la Légion d'honneur. Il devait mourir glorieusement à Soueida, et il n'y avait pas un homme dans la compagnie qui n'eût affronté joyeusement l'enfer si, ce faisant, il avait pu lui conserver la vie.

Doty relate ensuite les péripéties de son voyage à Bizerte, son séjour d'une semaine dans le port tunisien, l'arrivée à Beyrouth. Il est enfin en route pour le front de Syrie. Nous laisserons de côté ses descriptions du paysage syrien, comme aussi le récit de la lutte contre les Druses, où le rôle des légionnaires se confond avec celui des autres troupes. Les souvenirs de l'Américain s'accordent d'ailleurs généralement avec ce qui a été déjà publié sur la campagne, et sa relation du combat de Mousseifre, très vivante, met seulement en lumière le mordant dont fit preuve la compagnie des « mauvaises têtes » sous le commandement de l'héroïque lieutenant Vernon.

Nous dormions par un beau clair de lune devant Mousseifre. Vers 3 h. 30 du matin, une sentinelle perçut le roulement sourd d'un galop de chevaux sur les pentes rocheuses de la colline qui se dressait devant nous.

« Aux armes »  En une minute nous étions debout. Du sommet de la colline qu'ils avaient atteint, les Druses dévalaient en coulée de lave. Ils étaient bien cinq mille, poussant leur cri de guerre, qui se mêlait au grognement des chameaux. La bataille fut âpre de part et d'autre, meurtrière aussi, mais c'est à nous que devait, en fin de compte, revenir la victoire.

Au plus fort de l'action, alors que les canonniers avaient été tués à leurs postes et que la cavalerie ennemie menaçait de rompre nos lignes, le lieutenant Vernon, aidé de deux volontaires, se mit lui-même à une pièce. Aucun des deux hommes n'avait jamais manié un canon. Ils réussirent cependant à le faire fonctionner et à briser l'attaque. Les Druses se retirèrent avec de lourdes pertes.

Le dernier chapitre du récit de Doty, que nous publierons prochainement, concerne la dramatique odyssée de la tentative de désertion, la capture, le procès, la condamnation, l'envoi en France, la grâce, le retour à la légion et la libération définitive.

(A suivre.)

Jean MASSIP.


Traduction

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