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Les monts Tumuc-Humac, un mythe tenace

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16.06.2015

François-Michel Le Tourneau et son équipe sont arrivés hier à la Borne 2, à la frontière guyano-brésilienne. La zone des Tumuc-Humac qu'ils traversent actuellement a été visitée par plusieurs explorateurs qui n'ont pas hésité à faire de ces collines de véritables chaînes de montagnes !

Un peu d'histoire alors que nous venons de passer notre première nuit de bivouac à la Borne 2...

On a pris l’habitude d’appeler monts Tumuc Humac (ou Tumucumaque en portugais) la partie sud de la Guyane française dont notre équipe a entrepris la traversée, voire l’ensemble de la ligne de partage des eaux entre le bassin de l’Amazone et celui des fleuves Oyapock, Maroni ou Essequibo. D’une certaine manière, au vu de l’importance du bassin de l’Amazone, il paraissait normal aux géographes ou aux explorateurs que son bassin soit bordé d’un massif à sa mesure au nord, de la même manière que les Andes le délimitaient à l’ouest.

Or la réalité est beaucoup moins colorée. Il y a au sud de la Guyane française, du Surinam et du Guyana, jusqu’à la plaine du Rio Branco, une succession de collines enchevêtrées sur une largeur de 150 à 200 km, mais elles ne s’élèvent véritablement qu’à l’ouest, lorsqu’elles se confondent avec les chaînes du Roraima. Au sud de la Guyane, ces collines représentent une accumulation de « demi-oranges » assez peu élevées, qui ne présentent un aspect montagneux que dans la région ouest, autour du massif du Mitaraka. Mais, même à cet endroit, les altitudes sont peu importantes, dépassant rarement les 600 mètres en moyenne et touchant uniquement sur certains inselbergs (sortes de « pain de sucre ») les 800.

Si la « chaîne » n’existe pas, son nom est également une sorte d’imposture géographique. En effet, selon Gabriel Marcel, il apparaît pour la première fois sur des cartes espagnoles, pour désigner une partie de ce que l’on nomme aujourd’hui la Serra Parima, à l’ouest du Rio Branco (elle-même associée au mythe de l’Eldorado). Puis, à partir des années 1840, il refait surface pour désigner le sud de la Guyane, auquel il n’est rattaché par aucune racine étymologique plausible. Pour autant, il fait florès, notamment parce que l’explorateur et médecin militaire Jules Crevaux (1847-1882), dont les récits ont rencontré un grand succès, en fait l’un des symboles de son voyage en Guyane. Son successeur, le géographe Henri Coudreau (1859-1899), qui eût aussi un bon succès de librairie, fera de même en prétendant avoir été le seul à les traverser d’est en ouest et en en dressant une cartographie dans laquelle abondent les « pics » et les « chaînons ».

Il postule en effet les Tumuc Humac comme une sorte de chaîne des Pyrénées qui marquerait la frontière avec le bassin de l’Amazone : « La Guyane monte en amphithéâtre de la mer aux Tumuc-Humac comme par une série de hautes marches d'escalier. ». (66-67). Et si aucun explorateur avant Crevaux n’en a parlé… c’est tout simplement qu’ils ont mal vu : «  J'ai devant moi un massif montagneux de 300 kilomètres de longueur sur 100 de largeur, grand comme la Belgique. Depuis trois cents ans que nous possédons la Guyane, nos voyageurs n'ont encore pu donner absolument rien de positif sur cette chaîne mystérieuse des Tumuc-Humac. Ce massif, il s'agit de le découvrir dans son ensemble, de l'étudier dans ses détails. Pour me guider, nul document écrit, nul renseignement indigène un peu précis, rien. » (92)

Indiquées sur la foi de ses relevés jusque dans les années 1950, les Tumuc-Humac voient leur étoile pâlir avec la mission de délimitation de la frontière en 1956-57. L’interprétation des photographies aériennes par Jean-Marcel Hurault montre qu’il n’existe ni massif, ni chaînons, mais seulement une mer de collines. A l’opposé de ses deux célèbres prédécesseurs, le géographe de l’IGN entreprend alors d’expurger les cartes du toponyme litigieux. Pour autant, le nom perdure. Il est notamment utilisé au Brésil où le parc naturel situé au sud de la frontière avec la Guyane porte son nom. Mais, signe de la difficulté à localiser ces fameuses montagnes, c’est aussi le cas d’un territoire amérindien situé 100 km plus à l’ouest !
Quoiqu’il en soit, et parce que, comme le note le géographe Emmanuel Lézy, la Guyane reste une terre de mythes, il faut malgré tout bien admettre l’usage qui veut que ce nom désigne les collines du sud de la Guyane. N’en déplaise à Hurault. Finalement, un toponyme se doit-il d’être légitime ?


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