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A MADAGASCAR - COMBATS D'ARTILLERIE.

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Le Monde illustré du 09/03/1895

 

A MADAGASCAR - COMBATS D'ARTILLERIE.


Après le bombardement des lignes hovas devant Tamatave, aux derniers jours de décembre, le découragement gagna nos ennemis : la maladie survenant, et les vivres manquant, les désertions se firent chaque jour plus nombreuses:de toutes les troupes, réunies à grand'peine par les Hovas au-devant de Sahamafy, d'Ampanalane, de Faharafate, de Soaneriana, il ne resta pas un homme en face de nous.

Nous n'avons pas profité de cette situation pour occuper les positions ennemies, et nous avons bien fait. Ce serait une grosse faute de commencer les opérations offensives dans une- saison aussi défavorable : ce serait exposer inutilement nos soldats à des accès redoutables, ce serait sacrifier un bon nombre au climat, sans suffisante urgence.

Lorsque les officiers hovas virent leur camp déserté et vide, ils ne s'émurent point; ils savent que les Malgaches ne peuvent constituer une troupe permanente ; la désertion est chez eux une habitude et une nécessité : le soldat qui n'est ni payé, ni nourri, ni soigné, va chercher ailleurs sa vie lorsqu'il ne peut plus vivre des pays où il est cantonné. La garnison de Faharafate a fondu comme se sont évanouies toutes les expéditions hovas.

Ces soldats disparus, les officiers hovas se sont efforcés d'en réunir d'autres. Des ordres ont été envoyés à tous les gouverneurs de la côte Est de Marancette, dans la Baie d'Antongil, au nord; jusqu'à Manamary, dans le sud, pour qu'ils écrèment leurs garnisons et pour qu'ils envoient chacun un nouveau contingent d'une centaine d'hommes vers Faharafate.

Une nouvelle garnison fut ainsi réunie, et pour marquer sa présence, le 21 janvier au matin, les Hovas ouvraient, audacieusement sur Tamalave le feu de trois batteries.

Les Hovas ont-ils donc des canons ? Ils en ont certes : j'en ai vu dans la batterie de Tamatave; mais le nombre en est fort restreint.

Parmi les canons que les Hovas avaient mis en ligne le 23 janvier est le Gand, un gros canon de 70 centimètres, provenant de la canonnière hova l'Ambohimanga, dont nous avons précédemment parlé; le Résident de France l'avait laissé débarquer, et des ouvriers anglais étaient venus de Maurice pour l'installer sur son affût ; les autres canons dont ils disposent sont ceux dit-on, qu'ils ont achetés non en Angleterre, mais en France.

Les boulets hovas n'ont pu nous atteindre : ils sont tombés quelques mètres en avant de nos lignes. Mais on a remarqué que leur tir devenait meilleur, qu'il se rectifiait. Nos ennemis auraient-ils dans leurs rangs des officiers étrangers, anglais ou autres pour les instruire ?

Point du tout. C'est nous qui les avons instruits.

L'élève se retourne aujourd'hui contre le maître.

Nous avons instruit, en France, dans nos régiments et dans nos écoles, depuis plusieurs années, de jeunes Malgaches : ils font usage contre nous de l'enseignement que nous leur avons donné si bénévolement.

En 1888, trois jeunes Hovas avaient été placés en subsistance au 122e de ligne avec l’autorisation du général Ferron : ils apprirent la langue française, entrèrent à l'école de Saint-Maixent, et servirent ensuite au 83e de ligne comme sous-lieutenants au titre étranger; ils sont à Madagascar maintenant.

En 1880 et 1891, trois autres jeunes Hovas ont suivi les cours de l'école de Versailles et fait un stage dans les régiments d'artillerie et du génie; ils sont à Madagascar maintenant.

Fort heureusement, ces élèves de la France n'ont que des canons assez défectueux et des canonniers insuffisants les servants des pièces se tiennent blottis dans des trous creusés dans le flanc de la colline en arrière des pièces qui se trouvent sur la crête : dès que le signal de charger est donné, ils s'élancent de leur terrier, chargent, tirent vivement, et reviennent précipitamment dans leurs trous jusqu'à ce que l'obus envoyé par la batterie française en riposte ait éclaté.

Puis le feu recommence si leur pièce n'est pas démolie.

Notre front n'est donc pas menacé; nos troupes se sont d'ailleurs fortifiées dans une ligne double de circonvallation qui va d'une baie à l'autre séparant complètement de la plaine la pointe de sable sur laquelle est bâtie Tamatave. Notre correspondant, M. Perrot, a pu photographier pour nos lecteurs, l'une des batteries françaises pendant l’action.

 

LES TIRAILLEURS MALGACHES.

Avec un petit nombre d'indigènes ayant pris part dans nos rangs à l'expédition de 1885, fut créé le premier noyau de tirailleurs.

Depuis neuf ans, cet embryon militaire a subi bien des vicissitudes : à chaque maison nouvelle, une nouvelle appellation lui échoit. Ils furent tirailleurs sakalaves, passèrent tirailleurs comoriens, devinrent tirailleurs de Diégo-Suarez et le dernier décret les concernant les nomme tirailleurs malgaches.

Sous un nom ou sous un autre, c'est toujours la même chose.

Ce sont de braves garçons, même s'il se trouve des Hovas dans le nombre, ce sont de bons enfants, très doux, trop doux même. Ce ne sont pas de féroces soldats. Ils se plient difficilement à nos exigences militaires : la régularité dans le travail est pour eux une dure nécessité; aussi, en ce moment même,les désertions sont nombreuses dans la garnison indigène de Diégo-Suarez,

Ils ne passent pas à l'ennemi par esprit de trahison, mais par besoin de reprendre la vie coutumière.

L'autorité militaire se montre cependant d'une extrême bienveillance envers eux; plus heureux que nos troupiers, ils sont dispensés de toute corvée, parce que, plus heureux aussi sous ce rapport que nos soldats, ils sont autorisés à mener partout avec eux, je ne dirais pas leur femme, mais une femme, et, naturellement, c'est la femme qui doit veiller à la propreté de la caserne et aux soins de la soupe. J'ai vu souvent les sergents européens donner directement aux femmes des ordres pour nettoyer et parfaire le service.

Excellente innovation, que ces petits privilèges accordés aux tirailleurs. Et cependant cela ne suffit pas encore. Les enrôlements lardent. La paye était insuffisante, pensait-on; elle a été augmentée; l'engagement ! exigé pour deux ans était trop long; un récent décret permet les engagements d'un an : les engagements vont-ils affluer? Le service est dur, quand il est si doux de ne rien faire, car il fait chaud hiver comme été.


HENRI MAGER.


Traduction

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