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Béziers : la guerre des noms de rues

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Publié le 17 mars 2015

L’antifascisme atteint d’Alzheimer


Une fois de plus, la mouvance gaucharde s’est dégoté une noble cause à défendre à grand renfort de tracts, de manifs et de bruits en tous genres. Les réjouissances se sont déroulées à Béziers le 14 mars dernier. En réaction à la décision du conseil municipal de renommer la rue du « 19-mars-1962 » en rue du « Commandant Hélie-de-Saint-Marc », et en marge de la cérémonie, de nombreux indignés s’étaient donné rendez-vous pour manifester leur honte d’une telle avanie. Robert Ménard, maire de Béziers, aime la polémique et ne s’en cache pas. Ce n’est pas la première fois que l’on débaptise une rue ou un square du « 19-mars-1962 ». Ce qui est inédit, c’est de lui préférer le nom d’un homme hostile à l’indépendance de l’Algérie. Pour ceux qui ont séché les cours d’histoire, que la nuance rebute et qui ont l’exotisme pour religion, Ménard aggrave son cas en commettant deux crimes de lèse-tolérance. Primo il refuse un culte en vigueur ; secundo il déterre le fascisme. Au-delà de la provocation, il y a l’hypocrisie qui la suscite.

On trouve, dans les villes de France, des centaines voire des milliers d’occurrences du « 19-mars-1962 », comme s’il s’agissait d’un jour bénit. Or, sans même remettre en cause la légitimité d’un peuple ayant lutté pour son indépendance (et sans méjuger de ce qu’il en a fait…), il est assez troublant que soit autant promue une telle date de ce côté-ci de la Méditerranée. Ce qui n’est jamais avoué, c’est que les rues du « 19-mars-1962 » sont toujours l’œuvre d’un officiant de gauche ou d’extrême gauche, qu’elles sont toujours inaugurées dans des quartiers populaires, et toujours en vue d’acheter la paix sociale. Claquemuré entre une avenue des « Martyrs de Soweto » et un boulevard « Victor Schœlcher », un rond-point du « 19-mars-1962 » est au carrefour de toutes les misères. C’est un signe fort, un message subliminal quotidien : le monde entier est ici chez soi et les injustices n’ont qu’à bien se tenir. Cela ne résorbe ni le chômage ni l’insécurité, mais permet de donner le change, la main sur le cœur.

La toponymie urbaine est souvent révélatrice d’une idéologie à l’œuvre. Dans ce domaine, les plus bruyants ne sont pas les plus mal lotis. S’est-on par exemple inquiété du nombre sans cesse croissant de voies ou de salles communales dédiées à la mémoire de Salvador Allende ? Est-ce une demande des Français ? Non, dans l’ensemble ils s’en moquent éperdument. Mais les socialistes ont décrété que la France se devait de célébrer l’homme comme un martyr, faisant de leur mascotte internationale un héros national. Et tout le monde de l’accepter sans sourciller, sans tracts et sans manifs. Même si la gauche se bat pied à pied pour imposer sa générosité à chaque coin de rue, elle ne peut se prévaloir d’un monopole. Lorsqu’un maire d’un autre bord politique manifeste de l’intérêt pour d’autres idoles, il faut donc que ses ouailles l’acceptent et, passée l’heure des caprices, regagnent leurs pénates et rouvrent de temps à autre un livre d’histoire.

À la lettre D comme « Denoix de Saint Marc », chacun pourra juger sur pièce de la pertinence d’une rue au nom du soldat en question. Cet homme est rentré dans la Résistance en 1941, à l’âge de dix-neuf ans. Dénoncé deux ans plus tard, il est déporté au camp de concentration de Buchenwald, dans une enclave où le taux de mortalité est des plus élevés. Il ne doit son salut qu’à la bienveillance d’un codétenu ; encore est-il moribond à l’arrivée des Américains. Rentré à Saint-Cyr Coëtquidan, il opte pour la Légion étrangère. Il effectue plusieurs opérations en Indochine. En 1954, il intègre le 1er REP (Régiment Étranger de Parachutistes), voit la fin des hostilités et s’envole la même année pour l’Algérie où, déjà, une autre guerre commence. En 1956, il est mobilisé durant la campagne de Suez. Devenu commandant en second du 1er REP, il engage ses mille hommes dans le putsch dit « des généraux » à Alger en 1961. C’est un échec et son régiment est dissout. Hélie de Saint Marc se constitue prisonnier ; il est condamné à dix ans de réclusion criminelle. Détenu à la prison de la Santé, il est gracié cinq ans plus tard. Il poursuit ensuite une carrière dans le civil. Il est fait Grand-croix de la Légion d’honneur en 2011, deux ans avant sa mort.

Il faut ici rappeler qu’Hélie de Saint Marc n’était pas un officier de salon, encore moins un politicien soucieux de plaire. C’était un homme de terrain doublé d’un homme d’honneur. Il y a, de nos jours, et parmi ceux qui flétrissent son nom en haut lieu, bien des gens que ce beau doublet rend ombrageux ou incrédules. Revenu sur le conflit algérien, voici les mots qu’il a prononcés durant son procès : « Des dizaines de milliers de musulmans se sont joints à nous comme camarades de combat, partageant nos peines, nos souffrances, nos espoirs, nos craintes. Nombreux sont ceux qui sont tombés à nos côtés. Le lien sacré du sang versé nous lie à eux pour toujours ». Vient ensuite le temps des contre-ordres et ses déconvenues : « Nous nous souvenions de l’évacuation de la Haute-Région [le Tonkin], des villageois accrochés à nos camions, qui, à bout de forces, tombaient en pleurant dans la poussière de la route (…). Nous nous souvenions des villages abandonnés par nous et dont les habitants avaient été massacrés ». C’est parce que cet homme voyait l’histoire se répéter, qu’il présageait le massacre de milliers de harkis et refusait d’infliger de nouveau de tels tourments à sa conscience qu’il a basculé dans l’illégalité.

Nos indignés imbéciles emploient toujours les mêmes méthodes : ils passent un CV au peigne fin, procèdent par raccourcis et montent en épingle ce que leurs gogos incultes auront appris à réprouver. À les entendre, la France devrait constamment battre sa coulpe et se montrer plus soucieux du génie exotique. Qu’ils se rendent donc dans le 5e arrondissement de Paris. En prenant la sortie est du Val-de-Grâce, cet hôpital militaire bien connu d’un certain président étranger, ils pourront emprunter la rue Berthollet afin de se rendre à la Grande Mosquée et à l’Institut Musulman de la rue Geoffroy Saint-Hilaire, dressés dans la capitale en 1922 en souvenir des milliers de combattants musulmans morts pour la France au cours de la Première Guerre mondiale. De là, en passant par la rue Monge, qu’ils poussent jusqu’à l’Institut du Monde Arabe, où se tiennent régulièrement des expositions sur les sciences arabes et les mystères de l’Égypte ancienne… que les susnommés Berthollet, Geoffroy Saint-Hilaire et Monge ont grandement contribué à redécouvrir et à diffuser parmi les Arabes eux-mêmes durant ce qui s’apparente à une genèse colonisatrice.

En vérité, la France n’a jamais ménagé ses efforts et sa curiosité pour conserver des rapports cordiaux avec l’outre-mer. Elle est même allée jusqu’à dorloter un ayatollah dans un palace aux portes de sa capitale. Disons-le fort et clair : lorsqu’un seul pays musulman affichera autant de marques d’estime à l’endroit de l’exotisme, de passerelles interreligieuses et d’intérêt pour les valeurs étrangères à l’Islam, la France consentira de bon cœur à se faire botter le derrière à coups de babouche. En attendant, l’initiative de Robert Ménard me semble bienvenue. Elle honore la mémoire d’un homme grand et droit à une époque de nains teigneux.

*Photo : BALTEL/SIPA. 00460583_000002.


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