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"Fight Night" de Saint-Tropez : quand des bad boys côtoient les stars

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Publié le 04/08/2015

Les forces de l'ordre surveillent l'événement après avoir remarqué la présence de bikers dans le staff. Photo : Stallone, Jérôme Le Banner et le motard Vincent Pelat. 

Rocky Balboa lui-même s'était déplacé pour parrainer l'édition 2013 de la Fight Night de Saint-Tropez. Mardi soir, la citadelle qui surplombe le port prendra de nouveau des allures de ring géant, pour le plus grand bonheur du millier de spectateurs venus assister au show. Unique en France, la soirée organisée par l'homme d'affaires suisse Olivier Muller projette sur le devant de la scène des sports de combat mal connus. Alain Delon, Michel Drucker, Vincent Lagaffe, Enrico Macias ou encore Sébastien Chabal ont été de ceux qui ont accepté d'associer leur nom à cet événement qui bouscule les habitudes des sports dits "pieds-poings". L'opération, en passe de s'installer tous les 4 août comme l'un des rendez-vous incontournables de la côte, est assurément un succès.

Mais la soirée d'Olivier Muller n'attire pas uniquement l'attention des fans de sports de combat. Les services de police et de sécurité français se sont eux aussi penchés sur l'événement en découvrant sur les photos de l'édition 2013 un mélange des genres des plus étonnants. Aux côtés de Jérôme Le Banner, champion français du pieds-poings, d'Olivier Muller ou encore de Sylvester Stallone, les forces de l'ordre ont remarqué la présence d'un certain Vincent Pelat, un motard appartenant au club des Hells Angels. Les Hells, gang de motards légendaire, sont en effet sous la haute surveillance des autorités françaises, qui soupçonnent certains membres de faire partie du crime organisé.

Un membre des Hells Angels parmi les organisateurs

"Ces photos sont hallucinantes, commente un spécialiste des Hells. Non seulement un membre des Hells s'affiche parmi les organisateurs, mais il exhibe sans complexe le badge Front line. Un insigne très rare qui n'est porté que par les membres du club qui ont exécuté un contrat – comprendre tuer – pour le bien du club." L'expert ajoute : "À ma connaissance, seuls deux membres le portent en France." Ancien légionnaire, Vincent Pelat aurait participé à plusieurs missions de mercenariat en Afrique pour le compte de sociétés militaires privées avant de s'installer dans le sud de la France.

Joint par téléphone, Olivier Muller reconnaît que ces motards "ne sont pas des enfants de chœur". L'organisateur de l'événement ne rougit pas pour autant des liens d'amitié qu'il dit avoir tissés en Suisse depuis son adolescence. Cette proximité est d'ailleurs de notoriété publique puisque l'homme d'affaires, accompagné de Jérôme Le Banner et Mathieu Kassovitz, a été interviewé par une télévision suisse en 2014 lors du mariage d'un membre des Hells. Quant à Vincent Pelat, "c'est un vieux copain, je suis le parrain de son fils et lui, du mien", justifie l'homme d'affaires. "Il vit à l'année à Saint-Tropez et s'est investi à fond dans le projet, il mérite plus sa place que n'importe qui. Et si sa présence dérange, eh bien, tant pis pour les médisants."

Soupçons de circuits de blanchiment

Un rapport du ministère des Sports daté de janvier 2014 que Le Point.fr a pu consulter s'inquiète des dessous de l'organisation du show qui brasse beaucoup de cash. Le document s'appuie sur la note d'un fonctionnaire adressée au directeur de cabinet du ministre de l'époque, Valérie Fourneyron. Cette note met en évidence le risque de voir des galas devenir "des lieux propices à des agissements délictueux, voire criminels", et évoque des "soupçons de circuits de blanchiment". Quelques semaines plus tard, la ministre dépose un article 40 auprès du procureur de Paris, François Molins, et Le Canard enchaîné publie dans la foulée un article au titre évocateur : "Un réseau de blanchiment bien au poing".

D'après les informations du Point.fr, aucun service d'enquêteurs ne s'est encore emparé du dossier. Les soupçons ont pourtant été pris très au sérieux. À la suite de l'article 40 déposé par le ministère des Sports, le Service d'information de renseignement et d'analyse stratégique sur la criminalité organisée (Sirasco) – sorte de centre de documentation de la police judiciaire – s'est penché sur le sujet et a rédigé une note confidentielle détaillant le profil des différents protagonistes.

Bygmalion, agence de com de la fédération

En plus d'Olivier Muller et de Vincent Pelat, le document évoque également un certain Denis-Marie Cintura. Personnage haut en couleur, ce gérant d'associations sportives a fréquenté les cercles politiques du RPR à Nice avant d'officier dans les Hauts-de-Seine. Président du Racing Club lorsque ce dernier s'était retrouvé pris dans une affaire de détournement de subventions, "DMC" a été condamné en 2009 à deux ans d'emprisonnement avec sursis. Cela ne l'a pas empêché de rebondir en prenant la tête de la Fédération des sports de contact et disciplines associées (FFSCDA), qu'il a lancée en 2008 avec le soutien de Bernard Laporte, ministre des Sports.

Si beaucoup dans le milieu des sports de contact continuent de chanter les louanges de l'ancien militant politique, le premier à être parvenu à unifier les différentes disciplines du pieds-poings, il a pourtant dû quitter la présidence de la FFSCDA en 2011 sur fond de controverse quant à sa gestion. Sous sa houlette, la toute jeune fédération avait notamment eu recours aux services de la désormais célèbre agence de communication Bygmalion, versant plus 300 000 euros à la PME de Bastien Millot et Guy Alvès en trois ans.

Mais c'est en raison de ses liens supposés avec le milieu du grand banditisme, déjà soulignés par le site Bakchich.info, que Denis-Marie Cintura s'était retrouvé dans le collimateur des services de renseignement. "Ces allégations étaient complètement fausses", explique l'intéressé, qui précise avoir aujourd'hui définitivement pris sa retraite de toute fonction publique. "J'avais à l'époque embauché Pascal Arène et ensuite Karim Maloum (deux membres aussi connus que craints dans le milieu parisien, NDLR), par amitié et dans un souci de les aider à se réinsérer. Ça n'a rien à voir avec une quelconque relation bizarre."

Flou administratif

Interrogé sur le rôle de DMC dans l'organisation de la soirée tropézienne, Olivier Muller affirme que ce dernier, qu'il connaît, "n'a rien à voir avec la Fight Night." De son côté, l'ancien président du Racing reconnaît avoir occasionnellement rendu service à Olivier Muller. "Comme pour tous ceux qui me sollicitent, je donne des conseils sur les différentes fédérations", explique-t-il. Quant à la présence de Pascal Arène dans le programme du show en tant qu'entraîneur d'un combattant, elle ne serait que fortuite. "Les événements de cette qualité sont rares en France, explique Pascal Arène, c'est une opportunité pour nos combattants qui ont plutôt l'habitude des gymnases ou salles vétustes."

Lors des précédentes éditions, en 2013 et en 2014, Olivier Muller avait eu recours à deux clubs affiliés à des fédérations reconnues par le ministère des Sports pour "porter" l'événement. Officiellement organisatrices, ces structures n'ont sans doute servi que de prête-noms. En effet, avec des budgets annuels estimés à moins de 30 000 euros – subventions et cotisations des membres incluses –, ces associations sont apparues aux yeux du ministère et du Sirasco comme  incapables d'assumer financièrement un événement de l'ampleur de la Fight Night. Un contrôle a donc été lancé par les services du ministère afin d'y voir plus clair dans cet imbroglio. "J'ai voulu passer par des clubs affiliés à des fédérations reconnues parce que c'est ce que prévoyait le règlement à l'époque", argue pour sa part Olivier Muller, qui a contacté les fonctionnaires pour leur dire qu'il se tenait à leur disposition.

Des comptes étonnants

L'homme d'affaires suisse – qui aurait fait fortune dans le négoce de pétrole en Afrique –– se défend de tout acte délictuel. Il a fait parvenir au Point.fr un document du cabinet d'audit international Price censé justifier la légalité des comptes. Plusieurs éléments de ce résumé de comptabilité surprennent les connaisseurs de ce type d'événements : "À peine plus de 50 000 euros de défraiements alors que Le Banner (champion de pieds-poings, NDA) seul a touché souvent près du double de cette somme, note l'un d'eux. C'est vraiment étonnant." Idem pour les dépenses liées à la sécurité qui se seraient élevées à 401 euros... Des anomalies qui laissent penser aux forces de police que les 300 000 euros de budget officiels seraient bien en dessous de la réalité.

Alors que les suites de l'enquête sont inconnues et que les soupçons de liens avec des activités illégales restent à l'état de présomptions, la présence de "nombreux bikers" rapportée par le document de l'Inspection de la jeunesse et des sports est en elle-même fortement symbolique. "Le seul fait que des membres de chapitres étrangers soient présents justifie de garder un œil sur ces réunions", conclut le fin connaisseur du mouvement motard.


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