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La littérature des stades

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Publié le 04 juillet 2015

 

 

Il fallait deux solides gaillards, Nicolas Jeanneau et Emmanuel Bluteau, pack bien soudé, pour faire avancer la cause littéraire de Dominique Braga, journaliste franco-brésilien des Années folles. Des auteurs oubliés, nos bibliothèques en sont pleines. Elles débordent même d’illustres inconnus qui font la joie de quelques érudits. À chacun son snobisme. Le moindre écrivain régional a droit à sa notice quelque part dans un fonds abandonné et à son fan club clairsemé. Braga reste cependant un mystère presque total. Rien sur lui à part ces récits sportifs réunis pour la première fois dans Lignes d’avant(s) et Lignes d’arrivée aux Editions La Thébaïde.

On connait sa date de naissance (1892) et sa disparition à Sevran en 1975. Nos deux arpenteurs des vertes pelouses ne sont pas du genre à baisser les bras ou le coude dans la troisième mi-temps. Aussi obstinés qu’un gamin à la recherche d’une vignette Panini, Jeanneau et Bluteau ont mis la main sur quelques éléments biographiques épars : élève à Janson, pratiquant de nombreuses disciplines au Racing, engagé dans la Légion étrangère en 14, journaliste au Crapouillot et pacifiste dans le sillage de la SDN. Un vague pedigree se dessine. Une silhouette de dandy en crampons et d’athlète des salles de rédaction se profile. Comme si l’homme refusait l’embrigadement dans une catégorie, à la fois journaliste, éditeur et fonctionnaire international. Les années 20/30 nous ont habitués à ces étranges sauts dans l’inconnu où les frontières et les records volaient en éclats. Son parcours après la Seconde Guerre Mondiale reste encore plus flou.

Braga ne facilite donc pas la tâche à nos deux piliers des archives. C’est un cas à part dans le milieu des lettres car il cumule deux handicaps majeurs : il aimait la littérature et le sport. Depuis que Blondin est parti rejoindre le paradis des forçats du zinc, la chronique sportive a perdu de son mordant et de son éclat. Elle se morfond dans le commentaire technique et en oublie tout lyrisme. Le sport est une chose trop sérieuse pour la laisser écrire par les seuls sportifs. Braga fut certainement le premier à considérer les grandes épreuves comme un terreau fertile à la création littéraire et les champions comme des héros de tragédie. L’immense Denis Lalanne, seizième équipier du XV de France, l’appelle même affectueusement « Papa » dans sa préface intitulée « L’Héritage ». « Longtemps j’ai cru que le reporter sportif dans mon cas était né de père inconnu » botte-t-il en touche. Dans ce recueil de chroniques parues entre 1922 et 1938, Braga s’emballe pour la Finlande où « le sport est considéré presque comme un culte », regrette les mauvais gestes, s’inquiète d’un Tour de France trop commercial mais se délecte d’un tel spectacle sur les routes de l’été. L’ouvrage vaut surtout pour deux morceaux de bravoure, deux longues nouvelles qui manquent ni de souffle, ni d’allant. Quinze hommes à Twickenham  est le récit circonstancié d’un match de 1926 opposant l’Angleterre à la France lors du Tournoi des V Nations. Notre défaite (11-0) et la rencontre en elle-même ne prennent qu’une part infime dans cette épopée à hauteur d’hommes. Braga a suivi les joueurs durant tout le week-end. En ne limitant pas volontairement son propos aux deux mi-temps stricto sensu, il embarque le lecteur dans un voyage au cœur des Bleus. On les suit de Paris à Calais, de Calais à Douvres, de Douvres à Londres, etc.

À chaque étape, Braga nous fournit mille indications sur leur caractère, leur psychologie, comment le groupe se crée, se forme, que les particularités locales (basque, catalan, parisien) s’effacent sous le même maillot. Le journaliste-écrivain s’inscrit dans la lignée de Prévost ou de Montherlant, il fait de la matière sportive un substrat de l’Art. Son toucher de plume est encore plus saisissant dans 5 000. Un cinq mille mètres qui s’inspire d’une épreuve des Jeux olympiques à Paris en 1924 et qui donna au cinéma Les Chariots de feu. Cette fois-ci, le lecteur est acteur, il est dans la tête du coureur à pied, il partage ses doutes, ses excès d’euphorie, il vit la course en direct. Le rythme de lecture s’accorde avec la foulée, la tête gamberge, les jambes sont à la peine et une communion de destins se noue sur la piste. « Les athlètes qui courent en groupe, quelles que soient les hostilités qui les divisent, trouvent dans l’escorte de leurs rivaux une assistance » écrit-il. Alors vive le sport en toutes lettres!

Lignes d’avant(s) et Lignes d’arrivée de Dominique Braga – Textes sportifs 1922-1938, Editions La Thébaïde.


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