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La gaffe d'Auguste Rodin

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Publié le 29/11/2013

Auguste Rodin, photographié en 1906 par Alvin Langdon Coburn.

Auguste Rodin, photographié en 1906 par Alvin Langdon Coburn. Crédits photo : Rue des Archives/©The Granger Collection NYC/Rue

IL Y A CENT ANS DANS LE FIGARO - Tous les week-ends, Le Figaro explore ses archives de l'année 1913. Le 28 novembre, le journal s'amuse des mésaventures du sculpteur, dont la mémoire flanche parfois.


Retrouvez chaque week-end sur lefigaro.fr un fragment de l'actualité d'il y a un siècle, tel que publié à l'époque dans nos colonnes. Une plongée dans les archives du journal pour revivre les événements historiques, culturels ou sportifs… comme si vous y étiez.

• Passant devant la vitrine d'un marchand, le sculpteur Rodin croit apercevoir une contrefaçon

• Scandale parmi les boulangers: l'État taxe plus durement ceux qui modernisent leur équipement

• Un vote à la Société des Gens de lettres tourne au vinaigre

Un soldat allemand chante les louanges de la Légion étrangère et ne veut pas rentrer dans son pays

• Pour se venger d'un reproche de son oncle, un adolescent tire à bout portant sur sa cousine

Une affaire d'empoisonnement secoue un village paisible


L'Histoire de la «Terre»

Article paru dans le Figaro du 28 novembre 1913.

C'est une plaisante aventure qui vient d'arriver à M. Auguste Rodin et que l'on rapportait hier.

Elle montre assez à quelles distractions peut s'abandonner le génie.

Donc, le maître passait, il y a quelques jours, rue Laffitte, quand, à la devanture d'un marchand, il aperçut, derrière la vitrine; un bronze intitulé la Terre. Ce bronze était signé: Rodin. C'était un bronze sans tête, ni bras, ni jambe. M. Rodin n'accepta pas de le reconnaître pour une de ses œuvres. Et, l'instant d'après, le commissaire bon enfant saisissait la Terre.

Il n'y gagna que des ennuis. Et M. Rodin pareillement.

Le marchand, l'honorable M. Moline, justement courroucé, se retourna contre son vendeur, M. Pelée. Celui-ci en appela à M. Bernheim, qui avait acheté le bronze à M. Fayet, qui l'avait reçu de M. Fabre, lequel le tenait de M. Jos. Hessele, expert. Mais M. Jos. Hessele, à son tour, prouva qu'il avait, en 1900, reçu la Terre des mains de M. le professeur Heilbuth, de Hambourg, en échange d'un tableau de Whistler. Enfin, le professeur Heilbuth vient de prouver, clair comme le jour, qu'il a acheté le bronze suspect, en 1898, à... M. Rodin lui-même.

Et M. Rodin finit par se rappeler qu'il croit bien avoir créé cette Terre. Il retire sa plainte. Mais trop tard car le marchand, à son tour, est sans pitié et veut des dommages-intérêts pour avoir été soupçonné.

Que d'ennuis!


La propreté punie!

Article paru dans le Figaro du 26 novembre 1913.

Et mieux que cela: le progrès de l'hygiène condamné. Par qui? Par l'État.

L'État consent, en effet, à placer dans une classe inférieure de patentables le boulanger qui pratique le pétrissage à bras; mais il place dans une classe supérieure -il condamne par conséquent à payer une patente plus forte- le boulanger qui installe, si modiques que soient ses ressources, un pétrin mécanique à côté de son four. Voilà, des années que les hygiénistes, et les boulangers, bien entendu, protestent contre cette contradiction. Le Conseil d'hygiène vient de rouvrir cette bienfaisante campagne. Qu'il persévère! Il a toute l'opinion avec lui, et il faudra bien que prenne fin tôt ou tard (et le plus tôt serait le mieux) cette immoralité fiscale qui consiste à charger d'une aggravation d'impôt la bonne hygiène au profit de la mauvaise, le progrès au profit des routines qui lui font concurrence.

Le pétrin mécanique supprime le travail exténuant de l'ouvrier, produit un pain plus propre et plus sain: et le Fisc entend que ce pain, dont il serait si utile que la production fût encouragée, soit au contraire plus cher que l'autre. Il décourage celui qui le fait, en exigeant de lui «pour sa peine» un supplément de taxes.

Cela est vraiment incroyable. Le conseil d'hygiène a décidé d'adresser sa requête au ministre des finances. Le conseil ne demande pas que le pétrin mécanique jouisse des faveurs du Fisc; il demande simplement ceci: que le boulanger qui fait du pain propre ne soit pas -à cause de cela- placé commercialement dans un état d'infériorité, par rapport au boulanger de l'autre école.

On ne peut vraiment pas être moins exigeant!


Tantaene animis coelestibus iras?...

Article paru dans le Figaro du 26 novembre 1913.

Cela veut dire, ou à peu près: On ne s'attendait pas que des gens occupés de littérature se missent si fort en colère. Et l'assemblée de la Société des Gens de lettres, dimanche, a en effet révélé, dans l'âme de nos poètes, romanciers, conteurs et humoristes, une véhémence extraordinaire. Ils ont été jusqu'à voter excessivement et, non contents de jeter dans l'urne un peu trop de bulletins, ils l'ont renversée. Voilà des façons proprement électorales plutôt que littéraires. Et les clameurs, le tumulte ont rendu la délibération difficile.

C'est dommage. On voudrait que la pratique de la littérature adoucît les caractères et, en leur laissant leur vivacité, leur donnât une aménité charmante, une grâce choisie et l'art de la discussion, qui est un art délicieux.

Remarquons-le: la plupart des gens de lettres qui, dimanche, parlaient très fort sont, dans leurs livres, de bons écrivains; ils cherchent les jolis mots, les phrases harmonieuses et les délicatesses de la pensée. On les réunit: et aussitôt ils renoncent à leurs plus aimables vertus.

Le suffrage universel serait-il donc d'un usage très compliqué? On doit le craindre, quand on voit les littérateurs eux-mêmes ne pas résister aux fougueuses irritations du vote. Et l'on est prêt à excuser les hardiesses, parfois si rudes, des simples masses électorales. Le secrétaire perpétuel d'une compagnie très illustre, homme d'esprit fort avisé, disait un jour:

- On pardonne au suffrage universel bien des choses, quand on a vu de près le suffrage restreint!..


Un légionnaire libéré

Article paru dans le Figaro du 26 novembre 1913.

Un tireur d'élite de la Légion étrangère, en 1887.

M. Troemel, ce bourgmestre d'Usedorn dont l'engagement dans la légion étrangère a fait naguère tant de bruit en Allemagne, est arrivé hier à Marseille, revenant d'Algérie. M. Troemel avait été affecté au 2e étranger et avait été envoyé à Saïda d'où il n'avait cessé d'écrire pour protester contre ce que disaient de lui les journaux allemands. Et s'il a quitté la légion, c'est tout simplement parce qu'il a été réformé. Ses chefs avaient constaté qu'il était atteint de surdité: il fut envoyé à l'hôpital d'Oran pour être examiné par une commission qui a conclu à la réforme, le 19 novembre 1913.

Et, que diront les pangermanistes? M. Troemel regrette d'avoir quitté la légion. À un journaliste qui lui demandait ses impressions:

Mes impressions sur mon séjour dans la légion sont excellentes, a-t-il dit. J'avoue même que je regrette de n'avoir pas pu y rester plus longtemps, mais la petite infirmité dont je suis atteint ne me l'a pas permis.

Ce que j'ai admiré dans la légion étrangère, c'est l'esprit de corps qui y règne et surtout la bienveillance des chefs pour les soldats.

Parlant des incidents de Saverne, M. Troemel estime qu'il ne faut y voir que le prélude d'une campagne menée par les journaux nationalistes d'outre- Rhin.

Ces vexations, a-t-il ajouté, ont leur répercussion dans la légion étrangère, mais cette répercussion est tout autre que ce que l'on escompte en Allemagne. Je puis dire que, pendant le temps très court que j'ai passé à la légion, j'ai pu constater que la campagne menée contre elle, en Allemagne, lui fait plus de bien que de mal. Les recrues n'arrivèrent jamais si nombreuses que depuis que certains journaux allemands la représentent comme une colonie pénitentiaire.

On ne s'étonnera pas, étant données ses opinions, que M. Troemel n'ait pas grand envie de rentrer en Allemagne. Il a, en effet, quitté Marseille hier soir en disant qu'il se rendait à Paris, où il a l'intention de se fixer.


Un assassin de quinze ans

Article paru dans le Figaro du 27 novembre 1913.

Un jeune garçon, exténué de fatigue, trempé de pluie, se présentait hier matin au poste de police de la rue des Trois-Bornes et disait:

- Arrêtez-moi. Je suis Maurice Fayolle. C'est moi qui a tué ma cousine à Villiers.

Il disait vrai. Orphelin de bonne heure, Maurice Fayolle, aujourd'hui âgé de quinze ans, avait été recueilli par sa grand-mère. Mais, lassée de son caractère intraitable, elle dut s'en séparer et le confia à son oncle, M. Georges Fayolle, maître-imprimeur à Paris, qui le prit comme apprenti et le logea chez lui, 18, avenue de la République, à Villiers-sur-Marne.

Mais Maurice se montra aussi peu maniable avec son oncle qu'avec sa grand-mère, et lundi 24 novembre 1913, à la suite d'une réprimande, il quitta l'atelier en disant qu'il en avait assez. Il revint à Villiers-sur-Marne, appela sa cousine Georgette, âgée de onze ans et lui dit de venir voir au cellier un tonneau qui fuyait. Sans défiance, l'enfant le rejoignit. Il lui tira à bout portant un coup de revolver dans la tête. Puis il s'enfuit.

La blessure, quoique grave, ne met pas les jours de Georgette en danger. La balle, pénétrant par la joue gauche, est ressortie à la hauteur du nez, ne lésant aucun organe essentiel.

Maurice était revenu à Paris. Il passa la nuit dans un hôtel, passage de Ménilmontant. Le lendemain, il erra dans les rues, ne sachant que faire. Hier, n'ayant plus que deux sous en poche, il rencontra sur le boulevard de Ménilmontant un de ses camarades à qui il conta son embarras, et qui lui dit:

- Tu n'as qu'une chose à faire: va tout raconter au commissaire.

L'apprenti se rendit alors au poste de la rue des Trois-Bornes.

- J'ai voulu me venger, a-t-il expliqué à M. Andrieu. Lundi dernier, chargé d'un travail pénible, je me plaignis: «Tu te plains toujours, me répondit mon oncle, si tu n'es pas content, tu n'as qu'à t'en aller». Je partis. Cette réprimande m'avait fait perdre la tête. Alors, pour faire autant de peine à mon oncle qu'il venait de m'en faire, j'ai tiré sur Georgette parce qu'il l'aimait bien.

Le vaurien a été envoyé au Dépôt en attendant sa comparution devant un juge d'instruction.


Les responsables

Article paru dans le Figaro du 27 novembre 1913.

Elle est effroyable, l'histoire de ce gamin de quinze ans qui, pour se venger d'une observation que vient de lui faire son oncle, abandonne l'atelier, rentre chez lui, appelle froidement, sous un prétexte futile, sa petite cousine qu'il entraîne hors de la maison, et lui décharge en pleine figure son revolver.

Tout cela a été préparé posément, bien calculé, accompli sans violence. C'est le coup d'un professionnel mûri par l'expérience, et d'un coquin -bon psychologue- qui savait bien qu'aucune vengeance ne pouvait atteindre plus cruellement l'homme qu'il détestait, qu'un coup porté à son enfant.

Le petit Maurice Fayolle est donc un monstre. Mais la responsabilité du crime imbécile qu'il a commis n'incombe-t-elle qu'à ce gamin? On nous dit qu'en rentrant chez lui, il gagna sa chambre «pour y prendre un revolver qui s'y trouvait».

Comment cet enfant avait-il un revolver à sa disposition? Et, s'il l'avait acheté, quel armurier le lui avait vendu?

À supposer que cette arme lui ait été prêtée ou qu'il l'ait volée, n'est-il pas évident que l'idée de l'employer à assassiner une enfant de douze ans ne lui serait jamais venue, si la tête de ce gamin sinistre n'eût été pleine des souvenirs de vengeance dont le revolver est l'instrument?

Et, tout naturellement, nous voici ramenés à la responsabilité première, que nous avons si souvent signalée ici: la responsabilité du marchand d'armes qui vend ses «articles» à tout venant, aussi simplement qu'il vendrait de l'épicerie ou des bonbons; et surtout la responsabilité du législateur qui devra pourtant se décider, un jour, à comprendre qu'il y a des métiers dont la liberté est un péril public!


Un empoisonnement

Article paru dans le Figaro du 1 décembre 1913.

Cour d'assisse de Versailles.

M. Pochard, ouvrier d'usine, âgé de cinquante ans, mourait brusquement, le 25 juillet 1912, à Jezainville, un village des environs de Pont-à-Mousson.

Or, en avril dernier, une vieille femme à mine de sorcière, nommée Grand-Thouvenin, accusa Mme Pochard d'avoir empoisonné son mari. Comme les deux femmes avaient vécu jusqu'alors en excellents termes, les habitants du village, étonnés par ces propos, jasèrent tant et si bien que la justice entra en scène. L'enquête aboutit à l'arrestation des deux mégères et d'une troisième personne, Mme Pinot, soeur de Mme Pochard.

Toutes trois se sont assises durant trois jours au banc des accusés de la Cour d'assises. Mauvaises, les lèvres fines, elles parlent peu.

- La Pochard a empoisonné son mari, déclare Mme Grand-Touvenin.

- Ce n'est pas vrai, répond l'accusée.

- C'est vrai. C'est elle et la Pinot. Elle a d'abord essayé de lui faire absorber de l'herbe de Jérusalem, et puis du sublimé et enfin de l'arsenic. C'est moi qui ai acheté l'arsenic à M. Naudin, un chimiste. J'ai donné le flacon à la Pinot qui l'a ensuite remis à sa soeur. Et tout ce que je dis est la vérité même.

- Mensonge, répond Mme Pochard.

Pourtant, l'autopsie du corps de la victime a révélé que l'ouvrier d'usine avait bien succombé à un empoisonnement par l'arsenic. D'autre part, l'enquête a prouvé que Mme Grand-Thouvenin n'inventait rien.

La veuve Pochard a été condamnée à quinze ans de travaux forcés; sa soeur, dix ans, et la veuve Grand-Thouvenin également à dix ans de la même peine.


Traduction

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