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Mali - Les mots de la guerre (partie 2)

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Le Point.fr - Publié le 01/02/2013

Avec la guerre au Mali, quantité de termes abscons occupent les médias. Jean Guisnel vous aide à les décoder et à comprendre les enjeux du conflit.

Patrouille des soldats français à Gao, le long du fleuve Niger, le 30 janvier. © Sia Kambou / AFP

I comme ISR

Les trois maîtres mots du renseignement opérationnel au Mali sont (en anglais) Intelligence, Surveillance and Reconnaissance (ISR). Cette appellation internationale est celle qu'utilisent les militaires français. Le vocable Intelligence recouvre les moyens clandestins et/ou invisibles de recueil du renseignement. Il s'agit des écoutes des communications de l'adversaire, captées par des moyens qualifiés en français de ROEM (renseignement d'origine électromagnétique) embarqués notamment sur des avions (Awacs, Atlantique 2), mais aussi sur des moyens terrestres sans aucun doute déployés sur le terrain par la brigade de renseignement stationnée à Haguenau. Une autre source de renseignement est dite ROHUM (renseignement d'origine humaine). Elle est collectée auprès de sources humaines sur le terrain par les officiers de renseignements des forces spéciales et de la DRM (Direction du renseignement militaire). Ajoutons-y le ROIM (renseignement d'origine image) fourni par les satellites militaires (Helios) et civils (Pléiades) fonctionnant dans le spectre visible, allemands (SAR-Lupe) et italiens (COSMO-SkyMed) fonctionnant dans le spectre radar, tous les avions et les drones de reconnaissance. Les États-Unis apportent un soutien significatif dans ce domaine.

J comme Jeu de rôle

"La guerre est une affaire trop sérieuse pour être abandonnée aux généraux", avait un jour dit Georges Clemenceau, dont Jean-Yves Le Drian fait actuellement reconstituer le bureau à l'hôtel de Brienne. Durant la guerre du Mali, tout est fait par le cabinet du ministre, mais aussi par l'Élysée, pour accréditer l'idée que les généraux ne prennent pas part aux décisions, qu'ils sont "soumis" aux politiques, que les socialistes ont mis "les généraux au garde-à-vous", selon une formule entendue par Le Canard enchaîné. La réalité n'a rien à voir avec cette mise en scène et les militaires ont joué tout leur rôle dans la crise. Les deux structures les plus proches du politique, l'état-major des armées (EMA) et l'état-major particulier du président de la République (EMP), ont en particulier fait changer d'avis les dirigeants qui refusaient d'intervenir au Mali, selon les témoignages que nous avons recueillis. Durant les premiers jours de janvier, la règle était toujours : "pas de troupes au sol". Et ce sont les généraux Didier Castres (chef du centre de planification et de conduite des opérations - CPCO-EMA) et Benoît Puga (EMP) qui ont fait basculer l'opinion des politiques, tardivement, mais finalement convaincus de la nécessité de frapper un coup puissant contre les "colonnes infernales" qui descendaient le 11 janvier sur Bamako. Mais le jeu de rôle est nouveau : naguère, le cabinet civil du ministre de la Défense faisait comme le cabinet militaire : il restait dans l'ombre. Il veut aujourd'hui exister et passer à la télé. C'est un changement de forme, pas de fond : en matière d'opérations militaires, le politique décide le cadre général de l'intervention, sa géométrie médiatique, son environnement diplomatique. Les militaires organisent et conduisent les opérations sur les ordres du chef des armées qui leur en donne les moyens humains et matériels, puis rendent compte. Le reste, c'est de la théâtralisation politicienne.

Dans un amalgame réducteur, les dirigeants français ont martelé depuis le début de la guerre le terme "terroriste" pour désigner sous un seul vocable toutes les composantes djihadistes et les mouvements touareg, comme le MNLA, qui se rapprochent aujourd'hui de Bamako. Lors de l'émission du 31 janvier, le ministre de la Défense a expliqué qu'il préférait employer le terme "groupes de terroristes", qui ne change rien sur le fond. En Afghanistan, l'usage du mot terroriste a été progressivement remplacé par celui d'"insurgés", qui semble plus approprié.
 
L comme Légionnaires parachutistes

Le parachutage de troupes (2e REP et 17e RGP) le 29 janvier sur l'aéroport de Tombouctou a été jugé nécessaire par les armées afin de sécuriser l'aéroport et permettre l'arrivée d'avions de transport. Une fois encore, peu de pays sont en mesure de parachuter en urgence de telles capacités, puisque le génie a pu mettre en place de cette façon plusieurs engins lourds. Les défenseurs de la multiplicité des capacités de l'armée de terre craignent toujours que le futur Livre blanc veuille faire table rase de ces moyens d'intervention. En un sens, les armées ont démontré l'utilité des troupes aéroportées et cet officier peut se réjouir : "Avant de prétendre que des capacités sont superfétatoires, il faut y regarder à deux fois. Nous venons de remettre en lumière une compétence assez étonnante qu'il ne faudra pas supprimer à l'heure des choix !"

P comme Profil bas

Depuis le début de la guerre, le chef d'état-major des armées, l'amiral Édouard Guillaud, semble appliquer la méthode de discrétion Fombec enseignée aux fantassins de base. Pour apprendre à ne pas se faire trouer l'occiput par un sniper, le bon grenadier-voltigeur doit cacher sa silhouette (F pour Forme), son ombre (O), ses mouvements (M), ses bruits (B), les éclats de ses équipements (E) et toute couleur différente de celle du terrain (C). Édouard Guillaud applique ces consignes à la lettre : il n'est intervenu lors de quelques points de presse qu'aux côtés du ministre de la Défense et a été interviewé une fois sur Europe 1 au début de la guerre, avant un très bref passage sur France 2 le 31 janvier. Mais la seule communication politico-militaire admise par l'Élysée est celle qui émane (en "off") des collaborateurs du président de la République et de Jean-Yves Le Drian. C'est Le Canard qui décrit le mieux le point de vue du cabinet du ministre de la Défense, dans l'article cité plus haut : "Le chef d'état-major n'est pas consigné dans ses quartiers, mais il reste à sa place de technicien." Sauf que rien n'est plus faux : Guillaud n'est pas un technicien. Les textes sont explicites : "Sous l'autorité du président de la République et du gouvernement, et sous réserve des dispositions particulières relatives à la dissuasion, le chef d'état-major des armées, responsable de l'emploi des forces, assure le commandement des opérations militaires. Il est le conseiller militaire du gouvernement." On a le droit de dresser un théâtre d'ombres, pas de jouer avec la vérité. Quant à l'amiral Guillaud, il se conduit comme un soldat, c'est tout dire...

R comme Réconciliation nationale

Au Mali, la division est de mise, notamment entre les dirigeants sudistes et les Touareg. La France fait de nouveau de la réconciliation nationale entre les différentes composantes de la société malienne un objectif de sa présence dans le pays. Dès la fin des années 1980, la DGSE avait tenté sans succès de favoriser cette réconciliation, serpent de mer à ce jour insaisissable. Le président malien Dioncounda Traoré a expliqué le 30 janvier à Addis-Abeba que "pratiquement tous ces groupes se sont disqualifiés, en dehors, peut-être, du MNLA [Mouvement national de libération de l'Azawad]". Celui-ci doit préalablement à toute discussion "renoncer à ses prétentions territoriales et accepter de s'intégrer au Mali définitivement". Avant d'ajouter : "Nous allons mettre en place une commission de médiation et de conciliation, qui déterminera avec qui il faut négocier et ce qu'il faut négocier." Bref, ce n'est pas gagné.

S comme Storytelling

Depuis le début du mois, les communicants du gouvernement et de l'Élysée cherchent à raconter une histoire "simple" sur l'intervention au Mali. Les fictions se succèdent sur les capacités opérationnelles de l'armée malienne, sur la nécessité de tenir cachées les opérations des forces spéciales, sur l'Europe qui va mettre sur pied en quelques mois des forces opérationnelles, sur l'état-major des armées qui n'aurait qu'un rôle de "technicien", etc. Tout cela peut fonctionner dans la phase euphorique de la conquête. Ce sera beaucoup plus difficile à tenir si les djihadistes parviennent à se reconstituer. Ou si l'État malien failli ne parvient pas à se ressaisir.

T comme terroristes 

Dans un amalgame réducteur, les dirigeants français ont martelé depuis le début de la guerre le terme "terroriste" pour désigner sous un seul vocable toutes les composantes djihadistes et les mouvements touareg, comme le MNLA, qui se rapprochent aujourd'hui de Bamako. Lors de l'émission Envoyé spécial du 31 janvier, sur France 2, le ministre de la Défense a expliqué qu'il préférait employer le terme "groupes de terroristes", qui ne change rien sur le fond. En Afghanistan, l'usage du mot terroriste a été progressivement remplacé par celui d'"insurgés", qui semble plus approprié.


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