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L'humour ne chôme pas 17042010

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Publié le 17/04/2010 Propos recueillis par Louis Guichard

Pour son premier film, l'écrivain Xabi Molia explore la vie des précaires sans perdre le sens de la dérision. Fils conducteurs.

Il avoue n'avoir jamais posé un pied dans une entreprise, ni au Pôle emploi. Comment un normalien trentenaire, déjà auteur de plusieurs livres, en vient-il à signer un film en prise directe avec la désespérance sociale ? 8 Fois debout raconte les tribulations croisées d'une chômeuse (Julie Gayet) et d'un SDF (Denis Podalydès), entre les boulots clandestins, les entretiens d'embauche et les domiciles provisoires - y compris en forêt. Xabi Molia évoque ses sources d'inspiration. Et revendique le droit à l'humour sur un sujet qui fait peur.

Le complexe du normalien
« A Normale sup, on se retrouve très tôt dans un milieu hyperhomogène. Assez politisé, mais avec le danger de la tour d'ivoire. A 19 ans, j'étais déjà salarié correctement. Je faisais des travaux sur les fictions de la Renaissance, des textes qui n'avaient été lus que par une vingtaine de personnes depuis leur publication, quatre cents ans auparavant. J'ai vu le tragique qu'il y avait à rester à distance du monde, à vouloir s'adresser aux autres sans être avec eux. Mon premier livre tournait autour... des livres, et d'une bibliothèque. Juste après, j'ai senti qu'il me fallait aller vers le monde du dehors. »

La honte
« Un fait divers m'a frappé, même si je m'en suis beaucoup éloigné. Une mère a tué sa fille, il y a quelques années, dans un parc de la banlieue parisienne. Je me suis demandé comment on en arrive à détruire ce qu'on aime le plus au monde. J'ai essayé d'imaginer les circonstances d'un geste aussi extrême. La découverte du Voleur de bicyclette, de Vittorio De Sica, m'a éclairé : on en arrive là quand la honte de ce que l'on est socialement rend insoutenable le regard de la personne qu'on aime. »

Précarité et vocation
« Désormais, la précarité frappe toutes sortes de gens, y compris ceux qui n'y étaient pas du tout préparés. Ils se sentent d'autant plus démunis. Je me suis intéressé à ces chômeurs perdus, éloignés de tout, à qui l'on propose un accompagnement psychologique. D'où, parfois, des situations kafkaïennes : le psychologue essaie de leur construire une aspiration au travail. A défaut de compétence, il leur invente une vocation. Au fil d'une série de tests, il les dote d'une destinée : "Vous, ça va être le marketing..." »

La forêt
« Je me suis inspiré du cas d'un SDF, ancien légionnaire, qui avait reconstruit sa vie dans la forêt. Et qui a pris la fuite au moment où les services sociaux lui donnaient la possibilité de se réinsérer en ville... La forêt est le dernier endroit où l'on va pour dormir. Et en même temps, certains y trouvent une forme de tranquil­lité. Ils s'y reconstituent : ils y sont, enfin, à l'abri des regards. »

La dimension comique
« Introduire de la fantaisie dans la désespérance ne signifie pas s'éloigner de la réalité. C'est plutôt ma manière de la retrouver. Les précaires ne renoncent pas forcément à l'humour. On peut rester sensible à la dimension comique de situations embarrassantes ou de la langue du management. Dans le livre documentaire de Florence Aubenas, Le Quai de Ouistreham, il y a cette double tonalité. Quelque chose de désespérément drôle. »

Travailler plus...
« J'ai fait le film au moment de l'exaltation sans nuance de la valeur travail : avoir une identité, c'était avoir un travail. Or pour beaucoup de gens, le travail - comme le chômage - est subi. J'avais envie de personnages qui ne parviennent pas à s'identifier par le travail. Denis Podalydès lâche, lors d'un entretien d'embauche, que travailler n'était pas une évidence pour lui. Il dit aussi que le doute a sa place dans l'entreprise et qu'il faudrait payer quelqu'un pour douter... Bien sûr, c'est énorme, c'est kamikaze, mais il y a une part de vérité. Moi, je me dis que j'aurais pu être employé là : au bureau du doute » .


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