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Deux ans à Madagascar.

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Études publiées par des Pères de la Compagnie de Jésus - 5 avril 1900

 

Deux ans à Madagascar.

 

LE CAPITAINE FLAYELLE

C'est à Antanamalaza que, pour la première fois, je vis le capitaine Flayelle. Un incident marqua cette entrevue. La haute taille du capitaine l'exposait à heurter de la tête le linteau de bien des portes malgaches. « Bon ! encore un coup de tête pour mes débuts ici! dit-il. – C'est de bon augure, capitaine, un Breton recommencerait – Pas moi ! J'y use tous mes casques.

Quelle chance si, un de ces jours, vous pouviez buter ainsi une forte bande Ah c'est cela qui ferait plaisir à mes hommes! »

Ils ne demandaient en effet qu'à prendre contact avec les Fahavalo, les braves légionnaires de la 1lre.

Arrêtés avant leur arrivée à Tananarive, ils avaient été dirigés vers Antsahamarina, village qui commande la route d'Ambato. manga à la capitale. Il aurait fallu entendre le capitaine nous décrire le luxe de l'installation « Des toits aux maisons, point; des vivres sur place, point; des bêtes à cornes ou autres, point; des habitants, point. » Ceux-ci avaient tout détruit en partant pour le camp des rebelles.

Si, du moins, on avait pu les rejoindre ces rebelles, le temps aurait paru court aux légionnaires, et les privations de mise.

Mais c'était la vie énervante d'un poste d'observation. « Surtout, si vous apercevez sur le rocher d'Ambatomanga un feu, avertissez vite » telle était la consigne. Jour et nuit, l'arme au pied, le regard fixé sur le rocher d'Ambatomanga, cela manquait de variété.

« Enfin nous allons voir la tête des Fahavalo, écrivit un matin sur un billet au crayon, le capitaine Flayelle. Nous partirons dans quelques heures; que vous auriez plaisir à voir la joie des légionnaires »

C'est à Ambohidahy, sur les bords de la Varahina que les rebelles attendirent nos troupes. Légion, infanterie de marine, tirailleurs algériens se trouvèrent toute une journée en face de l'ennemi, mais sans faire un pas en avant; car on ne connaissait pas encore les Hova comme on les a connus plus tard, et quelques officiers hésitaient alors à foncer sur des bandes qui paraissaient redoutables, mais qui, en réalité, étaient composées surtout de gens non armés et qui n'attendaient qu'une occasion pour prendre la fuite.

Le capitaine était en sous-ordre. « Il se montra ce qu'il fut toujours dans la suite, écrit un de ses lieutenants, calme et courageux, payant d'exemple, chef et soldat. »

Ce jour-là il reçut le baptême du feu, et ce jour-là suffit à rendre légendaire son sang-froid à la légion et dans l'infanterie de marine. Avec sa haute taille, son casque bien blanc et son pantalon bien rouge, il servit de cible aux révoltés toute la journée.

Lui, la lunette en main, aussi simplement que s'il se fût agi d'un exercice de tir « Trop haut, disait-il; trop bas – Régularisez le tir! Bon! c'est cela 1 »

« Vous savez, me disait, quelques jours après, un marsouin, le capitaine Flayelle c'est un homme. C'est pas pour dire, puisque ce n'est pas mon capitaine, mais on n'en voit pas souvent des officiers courageux comme lui1. » Enhardis par ce qu'ils appelaient leur victoire d'Ambohidahy, les Fahavalo avaient formé un camp sur le plateau de l'Andrarankasina.

Au sud-est de Tananarive, sur la rive gauche de l'Ikopa, une chaîne de montagnes court du sud au nord, serrant le fleuve de près. A l'extrémité nord, s'élève à 1600 mètres environ un grand plateau séparé du reste de la chaîne par un col profond. C'était le repaire des rebelles. Aux flancs de la montagne, une forêt.

C'était une forêt sacrée. « Jamais, disaient-ils, les Français ne monteront ici. A mesure qu'ils mettront les pieds dans la forêt ils tomberont frappés de mort ! »

Bientôt, près de mille cases surgirent sur ce haut plateau; on y fabriquait des armes; les rebelles fondirent même deux canons ou du moins 'quelque chose qui avait la prétention de l'être.

Des espions nous renseignaient sur tout cela mais en haut lieu on affectait de n'y pas croire et on taxait d'exagération les officiers qui en rendaient compte dans leurs rapports.

Cependant, autour de l'Andrarankasina et sur un grand rayon les villages brûlaient, et les habitants, de gré ou de force, passaient au camp des Fahavalo.

Enfin, Ambatomanga devint le chef-lieu d'un cercle militaire,

Vus de près et à l'œuvre, les rebelles ne parurent plus quantité si négligeable. On résolut une action décisive.

Deux compagnies de la légion, deux de tirailleurs algériens, une d'infanterie de marine, l'artillerie, furent mises en mouvement.

On devait attaquer l'Andrarankasina de tous les côtés à la fois.

Les rebelles furent délogés.

La compagnie Flayelle se distingua spécialement. « Le lendemain de l'action, me disait quelques jours après un officier d'artillerie, je voulus gravir les pentes par où le capitaine Flayelle avait donné l'assaut. Je pouvais à peine grimper par là, et cependant, malgré les ennemis qui pouvaient, cachés dans le fourré, le frapper à bout portant, il avait enlevé sa compagnie et emporté la position avec un entrain admirable. » D'autant plus admirable qu'il était en proie à la fièvre ce jour-là. Or quiconque a ressenti quelques bons accès de fièvre sait ce qu'il faut d'énergie pour échapper à la prostration physique et morale qu'elle cause.

« La fièvre le tenaillait, nous écrit un témoin oculaire; quand même, toujours en tête conduisant et guidant ses légionnaires ! »

Pour lui cependant, il n'y eut ni citation à l'ordre du jour, ni félicitation officielle. Ceux qui l'avaient vu à l'œuvre ce jour-là en furent surpris; beaucoup en éprouvèrent une vive peine.

Lui-même en fut profondément blessé; mais avec sa grandeur d'âme habituelle il surmonta cette épreuve « Personne ne peut prétendre aux citations, écrira-t-il quelques jours après, l'éloge n'étant pas un droit. »

A partir de ce jour, la correspondance entre le capitaine Flayelle et l'auteur de cette notice devient plus fréquente. Nous y puiserons sans cesse. Ces lettres feront connaître plus intimement cet homme dont un camarade, souvent son collaborateur durant ces deux années, nous écrivait « Le capitaine Flayelle m'a laissé le souvenir d'un cœur droit et d'une âme fière, une de ces âmes de preux, comme on les rêve pour des soldats, où la générosité, la clémence et la bonté pour les vaincus, l'affection pour les troupes qu'on a l'honneur de conduire, s'allient à une haute conception du devoir et de l'honneur et à une bravoure que rien n'émeut. » On verra aussi les rapports qui, à cette époque, existaient entre les officiers, et les missionnaires, ceux-ci mettant au service des officiers et leurs ressources, et leur connaissance de la langue et du pays, et leur influence les officiers usant des services des missionnaires sans arrière-pensée.

De fait, la vie n'était guère agréable à Antanetibe, au pied de l'Andrarankasina, où la compagnie Flayelle avait été laissée. On y manquait de bien des choses. « Mon Révérend Père, écrivait le capitaine, je ne sais comment vous exprimer ma reconnaissance et celle de mes officiers pour la si aimable pensée que vous avez eue de nous envoyer une bouteille de vin blanc délicieux et d'excellentes bananes.

« Depuis plusieurs jours, nous étions privés de vin et de fruits; aussi votre envoi a-t-il été pleinement goûté et on ne peut plus apprécié. »

A l'occasion, le missionnaire devenait acheteur de bœufs, et passait sa journée sur le marché à choisir les plus belles bêtes et à débattre les prix. « C'est aujourd'hui jour de marché. Pourriez-vous me faire acheter dix ou quinze bœufs moyens et me les faire conduire à Antanetibe par les bourjanes des vendeurs, sous la protection de l'escorte qui vous apportera cette lettre ? »

Pour tout et pour tous en effet, il fallait une escorte. Ces perpétuelles allées et venues, dans un pays où les courses à pied sont si pénibles, et surtout en cette saison des pluies, semblaient cependant moins dures aux légionnaires que la vie d'inaction de la précédente période. Les Fahavalo, d'ailleurs, avaient soin d'agrémenter l'existence des « exilés de l'Andrarankasina».

« Notre existence, même sous la pluie, est assez mouvementée,

« Hier nous avions dérangé MM. les Fahavalo au milieu de l'un de leurs kabary (conseil public), par quelques salves bien réglées.

Ils nous ont répondu par un combat d'artillerie qui a provoqué chez nos troupiers une vive hilarité. Leurs canons sont-ce des canons ou des engins inconnus de nous ? produisaient une fumée énorme et un bruit considérable, mais les projectiles passaient au-dessus du poste avec un bruit de ferraille tout à fait réjouissant. » (Antanetibe, 17 nov. 1896.)

On s'étonnera qu'un homme de la trempe du capitaine Flayelle, ayant à sa disposition une centaine de baïonnettes, ait supporte que les Fahavalo tinssent des kabary à une portée de fusil de son poste. Lui aussi en souffrait, mais la consigne était là s'imposant à son âme de soldat. « Il y aurait là, écrit-il, une belle prise à faire; malheureusement le colonel m'a donné l'ordre de limiter mes reconnaissances à la rive gauche. » Puis, comme pour réparer ce « malheureusement », il ajoute aussitôt cette observation qui explique les ordres de son chef « L'Ikopa est haute en ce moment, et le passage est difficile. »

Quelques jours après, l'ordre vint de passer sur la rive droite.

Le capitaine ne demandait pas mieux puisqu'il y avait affaire de l'autre côté. Cependant, comme il était chef et père de ses soldats, il crut de son devoir de faire remarquer le danger très grand qu'il y avait à traverser le fleuve en ce moment. Il lui fut répondu qu'il fallait passer coûte que coûte. On partit. Hélas il devait en coûter la vie à deux hommes. Quant au capitaine, il acquit ce jour-là une gloire qui devrait suffire à elle seule à le rendre populaire dans l'armée et lui valut d'être, pour la première fois, cité à l'ordre du corps d'occupation.

Voici ce qu'il écrivait le 26 novembre « Mon Révérend Père, je viens vous demander de vouloir bien dire une messe pour le repos de l'âme de deux de mes hommes, Hérold et Amadii, qui se sont noyés à côté de moi ce matin, dans les chutes de l'Ikopa, et d'y joindre des actions de grâces pour mon propre sauvetage.

« Entraîné par le courant avec deux de mes hommes, nous avons fait une chute verticale de près de huit pieds, que l'eau a heureusement amortie. J'ai eu le temps de me recommander à la sainte Vierge, qui ne m'a pas oublié et m'a fait repêcher par mon sergent-major et un homme au moment où j'allais couler. »

Tout cela est vrai; mais le capitaine n'a pas tout écrit. Voici ce qui s'était passé et qui m'a été redit dix fois 'peut-être par des témoins oculaires.

Afin d'exécuter l'ordre de franchir l'Ikopa, il fallut chercher un gué, ou plutôt un endroit moins profond. Le soldat Hérold se mit à l'eau le premier; mais bientôt il fut emporté par le courant et il allait être précipité de huit pieds de haut sur les rochers qui forment les chutes voir le danger de ce soldat et se jeter à son secours fut pour le capitaine affaire d'un rapide instant. Il était à l'eau avant que quiconque eût songé à en faire autant. « Hélas! c'en était fait du capitaine, écrit un des témoins du drame, si cinq ou six légionnaires ne s'étaient courageusement jetés en plein courant, »

Quel beau et réconfortant spectacle que celui de cet officier et de ses hommes rivalisant de dévouement au prix de leur vie! Le capitaine était adoré de ses soldats 1 Aussi ils se précipitent dans le gouffre, non pas un ou deux, mais cinq, six, pêle-mêle, et sont assez heureux pour le ramener sain et sauf sur la rive.

Il y a quelque chose de plus beau encore que ce dévouement, parce que c'est plus rare c'est l'abnégation de cet homme qui, tout naturellement, dans le récit de cet événement, passe sous silence ce qui le regarde pour ne faire ressortir que le dévouement de ses soldats. C'était coutume chez lui. « Le capitaine Flayelle, me disait quelque temps après un de ses chefs, a un défaut dans ses rapports, il laisse toujours de côté ce qui le concerne. Joli défaut, répliquai-je. – Oui tant d'autres font du bluff! »

Bluffeurs et courtisans, Flayelle ne détestait rien tant que ces gens-là. A Antanetibe, nous étions allé, un soir, faire une promenade jusqu'au bord de l'Ikopa. De la conversation que nous eûmes en cc tête-à-tête, peu d'expressions, je crois, ont fui de ma mémoire. A propos de l'indépendance de caractère que le capitaine aimait chez Drumont, sans partager, du reste, toutes ses idées, je lui dis « Lorsque chez un officier, à l'obéissance militaire déjà bien aveugle par elle-même, s'unit l'esprit de courtisanerie, cette union conduit à l'abdication complète de toute personnalité et de toute dignité. Un soldat courtisan! répliqua-t-il, cela me cause des nausées rien que d'y penser. Heureusement, il y en a peu, capitaine. Beaucoup plus que vous ne pensez. On veut arriver coûte que coûte, et ceux qui ne voient pas d'autres moyens de se signaler s'exercent à la courbette et à la bouche en cœur. »

Avec ce caractère tout fait de droiture et de fierté, le capitaine Flayelle devait souffrir. De fait, il souffrait beaucoup.

Déjà, dans une lettre du 2 novembre, il avait fait allusion à ses souffrances intimes. « Permettez-moi de vous remercier aussi, mon Révérend Père, de l'intention spéciale que vous avez bien voulu me consacrer le jour de la Toussaint, à la sainte messe. Je n'ai jamais eu tant besoin d'être soutenu par la grâce qu'aujourd'hui où le découragement me guette au milieu de tant d'ennuis et de responsabilités, et je vous suis bien reconnaissant de l'avoir deviné. »

A quelque temps de là, il me demandait un livre de piété. Je connaissais le goût du capitaine pour les études sérieuses, et comme la Noël approchait, je lui envoyai Bethléem, du P. Faber, ouvrage bien sérieux pour le fond, mais d'une lecture agréable. « Je vous suis bien reconnaissant, répondait-il aussitôt, de l'envoi que vous m'avez fait de Bethléem, dont je viens de lire avec un vif intérêt une partie du premier chapitre.

« Le Manuel du soldat chrétien que j'ai feuilleté contient justement les Évangiles que je désirais relire, et je vous remercie de tout cœur de m'en faire don.

« J'ai besoin de lectures aussi réconfortantes pour supporter sans trop d'amertume les épreuves que je traverse. On m'attaque ferme à Tananarive pour un compte rendu où j'ai relaté que mon poste de l'Andrarankasina s'est un jour replié devant des forces supérieures expression malheureuse qui m'a échappé pour indiquer un changement de position effectué par mon poste qui n'a jamais abandonné l'Andrarankasina, mais qui un jour, entouré par les rebelles, s'est dégagé tout en continuant d'occuper la position. »

Je ne crois pas qu'il pût avoir des ennemis, mais ce « brillant et valeureux officier » avait trop de qualités peu à la portée du vulgaire pour n'avoir point de jaloux. Ennemis ou jaloux avaient un moyen infaillible de le blesser profondément soulever un incident où son honneur fût en cause. A sa fière âme aucune blessure ne pouvait être aussi cruelle. Il bondit alors sous l'injustice. Ne pas être cité, passe! « Mais être discuté ainsi être impliqué dans une défection qui n'a jamais eu lieu! c'est chose pénible pour un officier soucieux de sa dignité. » Et lui, si réservé toujours quand il s'agit de ce qu'il a fait, s'oublie, emporté par l'indignation, à rappeler le coup d'éclat de l'Andrarankasina. « On affecte d'ignorer à l'état-major, écrit-il, que j'ai pris l'Andrarankasina à la tête de mon détachement, et on veut me rendre responsable d'une faute imaginaire commise par un de mes caporaux!

« Voilà la justice humaine ! »

« J'ai heureusement à Tananarive des amis qui me défendent et qui recueillent des témoignages d'officiers présents à l'affaire du 23, qui tous attestent que mon détachement s'est brillamment comporté. »

Cependant, le premier frémissement de l'indignation passé, il fut si tranquille que ceux qui le virent de près à cette époque, et qui souffraient presque autant que lui de cette espèce d'injustice dont il était la victime, s'étonnaient du calme de son âme et du silence absolu qu'il s'était imposé sur ce point. C'est à ces circonstances qu'un officier fait allusion dans une lettre où, après avoir dit le mépris de la mort, le sang-froid du capitaine Flayelle en face du danger, il rappelle « sa résignation et sa patience, autant de vertus du chrétien et du soldat qui étaient développées à l'extrême chez lui ». Pour lui, il écrivait simplement « J'ai peu de mérite à accepter avec un calme relatif cette épreuve cruelle; ma conscience est, en effet, si tranquille que je me sens inattaquable. » Et sans plus tenir compte des injustices que du découragement qu'elles font germer, il allait toujours de l'avant avec le même élan qu'au matin de l'Andrarankasina.

C'est qu'en son cœur brûlait un double feu qui était l'âme de sa vie et que rien ne pouvait alanguir l'amour du devoir et l'amour de la France.

Aussi, lorsqu'un léger revers était infligé à nos troupes, comme il oubliait vite tout le reste [ Vers la mi-décembre 1896, on avait inauguré en Imerina un nouveau système de répartition des postés militaires. Jusque-là on avait créé beaucoup de postes dont chacun avait peu de soldats. En ce moment « Moins de postes et plus de soldats dans chacun », c'était le mot d'ordre.

« On se trouve bien du nouveau système, annonçait l'Officiel de Madagascar, et sur la route d'étapes la sécurité est parfaite, les bandes de Fahavalo ayant été repoussées au loin, au fond de leurs forêts. »

Hélas le journal qui donnait de si rassurantes nouvelles n'était pas encore parvenu aux officiers campés aux avant-postes qu'une autre s'était répandue, et avec elle la consternation. Officier tué. un ou plusieurs?. on ne le savait pas. Des soldats massacrés en grand nombre. beaucoup de blessés, des prisonniers.

les autres en fuite! Et cela à trois heures de Tananarive !.

L'indécision des détails donnait à ces bruits quelque chose de plus sinistre encore.

De fait, les Fahavalo, au moment où on les croyait bien loin, avaient, poussés par la faim, quitté leurs forêts; entre des postes bien garnis, mais bien éloignés les uns des autres, ils avaient pu trouver passage. Sans avoir été inquiétés, ils étaient arrivés jusqu'au sud d'Ambohimalaza, à l'ouest d'Ambatomanga. Alors seulement averti de leur présence, le lieutenant Gillet avec un détachement se jette à leur poursuite. Emporté trop loin par son impétuosité ou « lâché » par la plupart de ses hommes, il se trouve isolé, à un moment donné. Les Fahavalo s'en aperçoivent, font volte-face et entourent l'officier qui tombe percé de coups.

Un peu plus loin, un petit groupe de soldats subit le même sort.

Sur le capitaine Flayelle cette nouvelle fit la plus vive impression.

Venger les victimes fut dès ce moment sa préoccupation.

A plusieurs reprises, il y revient dans sa correspondance. « Si vous apprenez quelques détails sur l'échec d'Ambohimalaza ( ? ) où un officier et trois hommes ont été tués et six blessés, vous nous intéresseriez vivement. Nous allons nous efforcer sous peu de venger avec éclat nos camarades. » Et quelques jours après « Les détails que vous avez eu la bonté de nous envoyer nous ont péniblement intéressés. Nous tâcherons de venger les victimes de notre mieux, bien que les opérations en forêt se prêtent mal à des résultats décisifs. »

La poursuite des Fahavalo dans la forêt, en effet, était toujours fort pénible, parce que, sur ce sol tourmenté, la forêt n'est qu'une suite de ravins recouverts d'un fouillis, impénétrable souvent, d'arbres, de lianes, de hautes herbes et d'arbustes. Les rebelles fuyant sans cesse d'une crête sur l'autre étaient sûrs d'éreinter nos soldats. De plus, se tenir blotti, attendre le passage d'un détachement, à bout portant tuer un homme et se laisser glisser dans le fourré, quoi de plus facile pour les Fahavalo? Ainsi fut tué un tirailleur algérien, et combien d'autres depuis.

Ces opérations dans la forêt étaient très peu décisives, pour la bonne raison qu'il était impossible de prendre contact avec des bandes importantes d'assez près pour leur faire subir des pertes sérieuses. Les cerner 1 il ne fallait pas y songer.

Quand on avait le bonheur de les forcer à se concentrer dans une de leurs places fortes, on pouvait espérer faire bonne besogne.

C'est ce qui advint au village de Nosi-be.

Sur la rive gauche de l'Ikopa, à peu de distance de la forêt,

Nosi-be était réputé citadelle imprenable. Ainsi l'avaient déclaré tous les sorciers du pays. De profonds fossés, avec seulement deux portes étroites, l'une au nord, l'autre au sud du village; une palissade et un mur d'enceinte donnaient aux dires des devins une certaine probabilité. D'ailleurs, l'étroit sentier d'accès, qui en face des deux portes réunissait les deux bords du fossé, avait disparu, et en arrivant en face de ces portes, on se trouvait devant un précipice profond de douze mètres et large de quatre il cinq.

Même parmi les soldats français, une légende s'était faite au sujet de Nosi-be. Il y a des canons, disait-on; on a entendu une voix de l'intérieur qui criait en très bon français « Venez, vous serez bien reçus 1 Celui qui aurait ainsi apostrophé nos soldats en reconnaissance, personne ne l'avait vu, mais on était certain que c'était un Français, un maréchal des logis de l'artillerie. On allait jusqu'à dire son nom.

Malgré cela, à cause de cela plutôt, on résolut le siège de Nosi-be. Artillerie, infanterie de marine, tirailleurs algériens, légion, tous furent dé la fête.

Le capitaine Flayelle fut chargé d'enlever la porte du nord.

Sous le feu des Fahavalo, par un chemin perpendiculaire à la porte et resserré entre deux talus, on avança. Le capitaine était debout, immobile à quarante mètres environ des fusils ennemis, dirigeant le mouvement que lui-même avait combiné. Il avait tout prévu, même la disparition du chemin d'accès, et, à Antanetibe, il avait fait faire une forte et longue échelle qui devait servir de pont. On l'avait portée. M. le lieutenantDérigoin, de la légion, et l'adjudant Céré, de l'infanterie de marine, avec quelques soldats, s'étaient engagés dans cette espèce de long boyau qui était le chemin aboutissant au fossé en face de la porte qu'il fallait enlever.

On faisait quelques pas, puis au commandement du capitaine, on s'arrêtait, genou en terre, pour reprendre bientôt le mouvement en avant, et sans cesse on faisait glisser l'échelle qui devait servir de pont.

Quel moment d'angoisse pour le capitaine lorsqu'il vit s'engager sur cette échelle le lieutenant, puis l'adjudant, puis les hommes. En bas, à douze mètres, le précipice; en haut, à trois mètres à peine, les ennemis. Avec quelle anxiété au fond du cœur il suivait chacun de ces mouvements mais en même temps avec un sang-froid étonnant même en lui. « Je ne l'ai jamais vu si calme », me disait un sous-officier présent à l'affaire.

Afin d'empêcher les défenseurs de Nosi-be de trop s'occuper de ceux qui s'avançaient sur l'échelle, le capitaine avait fait ouvrir de l'est et de l'ouest des feux convergents qui forçaient les Fahavalo à se tenir cachés derrière leur porte de pierre.

Après quelques heures, sur la porte nord, le drapeau tricolore flottait, et presque en même temps sur la porte sud.

Le 21 février, il était cité à l'ordre du corps d'occupation pour « avoir montré une bravoure et un sang-froid dignes des plus grands éloges, le 6 février 1897, en dirigeant sous un feu très vif l'escalade d'une des portes du village fortifié de Nosi-be, avoir ensuite très habilement dirigé la poursuite des rebelles dans la vallée de l'Ikopa et provoqué ainsi près de trois mille soumissions en deux jours ».

Le capitaine Flayelle, qui avait eu une si grande part de gloire en cette journée, fut chargé de garder la place et de pacifier le pays.

Quoique cela paraisse difficile, il est pourtant permis d'affirmer que dans cette oeuvre de pacification il fit preuve de qualités supérieures à celles qu'il avait montrées dans l'action militaire.

C'est qu'il avait au plus haut degré la grandeur d'âme, la générosité, l'indulgence pour autrui et le désintéressement, qualités maîtresses du pacificateur.

Indulgent à l'excès « pour les malheureux égarés que nous devions pourchasser et fusiller pour mettre fin au plus vite ii cette malheureuse insurrection, nous écrit un de ses collaborateurs dans cette belle œuvre, il allait jusqu'à fermer les yeux sur les incursions, dans les rizières voisines de son poste, de malheureux affamés que la crainte retenait dans les bandes rebelles ».

Aussi, bientôt les gens comprirent que c'était bien loyalement qu'on leur offrait leur grâce et que le Chef français de Nosi-be était vraiment et se montrait ray aman-dreny (père et mère) pour tous ceux qui faisaient leur soumission. C'est ainsi qu'après quelques semaines, toute la région de Nosi-be était repeuplée et le travail des champs repris.

Ce mouvementde pacification, d'ailleurs, n'était pas local; il s'étendait à toute cette contrée comprise entre l'Ikopa et la forêt, depuis Nosi-be jusqu'à Andrangoloaka, si vite et si bien que moins de deux mois après la prise de Nosi-be, en mars 1897, M. le lieutenant Goubeau, commandant le poste d'Imerinarivo, put faire l'inauguration du marché de Talata (mardi), un des premiers dont les rebelles s'étaient emparés, dès les débuts de l'insurrection dans l'est. Ce fut grande fête à Imerinarivo, et nous n'oublierons jamais cette journée. Cinq officiers étaient à table avec nous. Quelle joie de bon aloi 1 De fait, l'avenir s'annonçait si brillant pour eux tous Hélas moins de deux ans après, trois de ces cinq officiers étaient morts à l'ennemi ! les deux autres pour faits de guerre avaient obtenu et mérité la croix d'honneur.

Le lendemain, nous étions à Lazaina et à Mantasoa. Le souvenir de Laborde et de son œuvre si française nous pénétrait.

J'étais ravi pour ma part de voir des officiers se retremper à de si pures sources, de les entendre se communiquer leurs projets.

Quels beaux projets 1 Ce jour-là, déjà l'on voyait la maison de Laborde restaurée, relevées toutes ces ruines si fortement assises encore, se couvrir de réjouissantes récoltes tous ces terrains envahis par le marais ou la brousse, se repeupler de troupeaux, de pâtres, d'écoliers, de cultivateurs, d'ouvriers toutes ces solitudes.

Déjà, d'ailleurs, on s'était mis à l'œuvre; œuvre combien difficile à cette époque! En ces temps-là, pour fournir à Y Officiel une demi-colonne de renseignements sur la situation économique et les essais agricoles d'un cercle, il ne suffisait pas, à l'Européen fraîchement débarqué, de prendre, comme à présent, le rôle des prestations, de désigner cent, deux cents indigènes armés de l'angady et du sobika (bêche et panier des terrassiers) pour voir la terre défoncée et les choux, les carottes, les blés de toute provenance faire courir la plume heureuse et légère. En ces tempslà,. il fallait aller chercher les travailleurs dans la forêt, leur inspirer confiance à force de loyauté, de justice et de bonté, et enfin les protéger contre les incursions des rebelles, leurs camarades d'hier. Un gros cahier de contrôle, une plume, un interprète étaient des instruments impuissants dans les mains de l'officier pour transformer en jardins de délices aussi bien les steppes de Mantasoa que d'ailleurs il lui fallait aux mains le fusil et la bêche.

La bêche, parce que, pour entraîner au travail, il faut en donner l'exemple et que, pour enseigner un métier, il faut en avoir tâté.

Il fallait aussi le fusil bien chargé et l'œil au guet. A preuve le fait suivant. Ce jour où nous étions allés faire une sorte de pèlerinage patriotique à Mantasoa, le tirailleur, cuisinier du capitaine, nous servit une soupe « pas bonne ». On lui en fit la remarque. Il eut vite fait de trouver une excuse en bon Arabe qu'il était; du moins l'excuse était bonne cette fois. « C'est pendant qu'on faisait la soupe, dit-il, qu'on est venu attaquer le poste. Alors moi, tu sais, j'attisais le feu à la cuisine, puis j'allais faire le coup de feu; puis je revenais faire un tour à la popote et je repartais voir les Fahavalo. Alors, tu sais, la soupe pas bonne. »

De fait, ce matin-là, les Fahavalo voyant sortir de Lazaina, pour une reconnaissance dans la forêt, un fort détachement, crurent le poste dégarni de troupes et vinrent essayer de l'enlever.

Le lendemain, nous allâmes à Nosi-be. N'eussent été les rebelles qui vinrent vers le milieu de la journée se faire tirer des coups de fusil, on se serait cru en un pays depuis plusieurs années pacifié, à voir les maisons reconstruites, les rizières travaillées.

A Nosi-be, ce qui nous frappa surtout, ce fut la facilité des rapports entre le capitaine et les indigènes. C'est que « très large, très grand seigneur, le capitaine ne laissait jamais un service sans récompense, ni un travail sans salaire. Les corvéables de Nosi-be, ajoute notre correspondant, pourraient dire ce qu'il leur laissa de sa solde. » Nous aussi nous pourrions dire avec quelle largesse il nous venait en aide. Il y mettait d'ailleurs tant de délicatesse « Mon Révérend Père, écrivait-il, voici la Noël qui approche. J'ai, au sujet de cette fête, deux demandes à vous adresser. La seconde serait d'obtenir de vous la permission de vous envoyer pour vos paroissiens les plus petits une offrande destinée à mettre dans les souliers qu'ils n'ont pas quelques cadeaux de petit Noël. »

Que de fois on lui reprochait d'être trop prodigue, de gâter les prix! etc., etc. Nous-même lui avons fait quelquefois ces mêmes reproches, toujours sans succès, d'ailleurs. Voici un fait.

Pressé par les circonstances, nous avions envoyé au chef-lieu de son cercle un instituteur sachant un peu de français, mais si peu! Le capitaine se chargea de ses appointements et nous annonça qu'il lui donnerait cinquante francs par mois. « Vous allez gâter les prix ! » Ce fut le premier cri. En effet, nous pouvions à peine donner quinze francs au meilleur instituteur du district. Sur nos représentations, il consentit à restreindre les effets de sa générosité à l'égard de l'instituteur surnuméraire, mais sans que sa bourse en profitât, et il nous écrivit « François de Sales est animé d'un zèle calme mais constant. Il fait assez bien la classe, mais franchement il parle peu français et aurait beaucoup à apprendre avant d'enseigner. En attendant mieux, il occupe sa chaire et réunit après tout les élèves. Ceux-ci ont l'air satisfaits d'être assis sur des bancs dans une case qui a un pla forêt. « Nous partons demain et peut-être aujourd'hui en forêt, rendre visite à MM. Rainibakovalo, Rama. rokoto et Ramangalisa, écrit-il le 23 mars.

Le 25, j'aurai Charbonnel avec moi. Nous ferons un petit concert à ces messieurs qui leur donnera un réveil désagréable. Après je descendrai sans doute à Betafo, bien heureux si je puis vous rencontrer sur les chemins du Sud. »

Ce déplacement devait être une nouvelle gâterie de la Providence à mon égard. II m'en avait coûté, en quittant Antanama. laza pour reprendre mon poste à Arivenimamo, de me faire à l'idée que je ne reverrais plus cet officier à qui m'unissaient des liens de si intime amitié. Or, voilà que deux mois à peine écoulés, après des haltes de courte durée à Betafo et à Antsirabe, il était appelé à Ramainandro, et pendant plusieurs mois nous allions avoir encore à cultiver le même champ.

Les deux sous-gouvernements d'Ambatolampy et de Ramainandro réunis sous le nom de secteur de l'Aukaratra furent confiés à ses soins.

En peu de temps il fit beaucoup. Dans ce pays où l'influence anglaise a si longtemps survécu à notre occupation, n'ayant pour instrument que le vieux personnel administratif indigène habitué à la méfiance et à la haine, il n'était pas facile de faire aimer la France. Il y réussit pourtant à force de loyauté et de bonté; car il se fit aimer, et tout Français qui se fait aimer ici fait aimer la France.

La preuve, en est dans ces paroles d'un officier qui l'avait eu sous ses ordres « II a été doux au cœur d'un ami, proclamait-il au bord de sa tombe, de recueillir de la bouche des autorités indigènes les témoignages de la véritable affection qu'avait la population pour ce chef incomparable. »

« Quelle stupeur lorsque se répand dans le pays la fatale nouvelle! Quel chagrin dans cette famille étrangère si profondément gagnée par les charmes de ce preux ! »

La preuve, je l'ai eue hier encore. Tandis que j'écrivais cette courte notice, j'avais sous les yeux l'image de mon cher Flayelle.

En ce moment, survinrent cinq ou-six jeunes femmes, élèves de notre École Normale. L'une d'elles est des environs de Ramainandro.

Lui présentant le portrait « Reconnaissez-vous cet officier? lui dis-je. C'est ce capitaine si beau qui était à Ramainandro dit-elle après un instant d'hésitation. C'est lui même.

Où est-il à présent ? II est mort. Oh s'écria-telle » et deux grosses larmes aussitôt jaillirent de ses yeux. Alors elle raconta comment il était vraiment un père pour tous. « Lorsqu'il sortait en filanjana (chaise à porteurs), dit-elle, quand même il ne restât dehors qu'une petite heure, chaque porteur recevait au moins un franc. Dans toutes ses courses, il visitait toujours les écoles et toujours il donnait beaucoup d'argent aux élèves qui pouvaient répondre, ne fût-ce qu'à une de ses questions.

On ne saurait dire le nombre de pauvres ou de vieillards à qui il donna des habits. »

A Ramainandro, le capitaine Flayelle ne s'appelait que « le capitaine si beau » à Arivonimamo, nos élèves pensionnaires l'avaient surnommé « le capitaine qui prie si bien ».

Certes, ceux qui l'ont connu savent combien par nature il était ennemi de l'ostentation, lui, si simple et si droit; mais il n'aimait pas davantage l'hypocrisie, cette cousine germaine de l'ostentation.

Le capitaine' Flayelle descendait toujours chez le Père, ici, à Arivonimamo. « Je viens pour affaires, me disait-il; mais je viens surtout pour me retremper avec vous. »

« N'avez-vous pas peur de vous compromettre, lui disais-je un jour en riant? Qu'à cela ne tienne répliqua-t-il. Croyez-vous par hasard, que je me sois fait affilier à la confrérie des torticolis ? La confrérie des torticolis ? Je ne connais pas ça, – C'est une confrérie dans laquelle on s'engage à regarder chaque matin d'où vient le vent. Alors, vous voyez ça d'ici celui qui est à l'échelon inférieur consulte du regard celui du deuxième ne s'y trompaient pas, il savait prier, cet officier, et il le faisait. Un jour qu'il était venu me voir à Antanamalaza, lorsque nous eûmes longtemps causé, il me demanda la permission de se retirer. Il alla à l'église vers six heures et quart.

A sept heures il était encore à genoux s'entretenant seul à seul avec Notre-Seigneur !

II n'aimait pas ce qu'il appelait un jour « les dévotions de surcharge »; mais il avait une grande dévotion pour le crucifix et pour la sainte Vierge.

Je lui avais envoyé des médailles pour lui et pour ses lieutenants.

« Mon Révérend Père, écrit-il aussitôt, je m'empresse de vous remercier, au nom de mes lieutenants et au mien, des belles médailles que vous avez eu la bonté de nous envoyer.

Pour s'engager dans les sentiers de la forêt où un tirailleur de Lazaina a été tué à bout portant, c'est une bonne garantie d'avoir au cou une médaille de la sainte Vierge.

« Merci également des prières que vous avez eu la bonté de dire pour nous le matin à la sainte messe, et qui ne nous préserveront pas moins, je ne dis pas du danger, mais des angoisses de la dernière heure, si elle doit venir. »

Voilà bien le capitaine Flayelle 1 Il ne demande pas d'être préservé du danger ni de la mort, mais seulement des angoisses, des faiblesses de l'agonie. Il veut voir venir la mort et la regarder en face.


Jusqu'au dernier instant, il fut fidèle à la Vierge Marie. « Le capitaine, nous écrit un de ses lieutenants, avait dans le porte monnaie qu'il portait sur lui une médaille de la sainte Vierge qui nous» été rapportée à Tulléar. »

A cette fidélité de son enfant Marie se devait de répondre par la grâce d'une belle mort. Elle n'y manqua pas.

La campagne contre l'insurrection hova était terminée, mais les Sakalaves de la Tsiribihina étaient en pleine révolte. C'était la place du capitaine Flayelle il s'y rendit et, dès son arrivée, il méritait d'être cité une troisième fois à l'ordre du corps d'occupation pour « avoir fait preuve de beaucoup de sang-froid dans le commandement des deux compagnies de renfort qu'il a conduites, du 14 au 17 novembre 1897, de Bemena à Ambiky, à travers une région boisée infestée par des bandes rebelles. A constamment marché de sa personne avec la tête d'avant-garde. »

Quelques semaines plus tard il prenait le commandement des troupes de la province de Tulléar. Une bande réfugiée dans le massif boisé du Vohinghezo entravait, par des incursions à main armée, notre extension dans ce pays. Le capitaine se met à sa poursuite, marchant à la tête d'avant-garde avec son intrépidité accoutumée. Comme il n'avait pas hésité à se jeter dans les courants de l'Ikopa, à Vohinghezo, il n'hésite pas à se jeter au milieu des coups de feu, au secours de son lieutenant Montagnole. En tête de ses légionnaires toujours 1 Bientôt atteint d'une balle dans la région du cœur, puis d'une seconde au ventre, il tombe sans une plainte.

Puis, durant deux heures en pleine connaissance, sans un mot de regret, il attend que la mort ait eu raison de sa robuste constitution.

Lui qui, précipité de huit pieds de haut dans les chutes de l'Ikopa, avait eu assez de sang-froid pour invoquer la sainte Vierge, comme il dut avec instances demander secours à cette bonne Mère, pendant ces deux heures qui, sans angoisses, précédèrent la mort !

Aussi, je comprends cette parole au lieutenant d'artillerie « Laissez-moi mourir. vous, en avant», dit-il, c'est-à-dire: Tout ne m'est plus rien, ni jeunesse, ni fortune, ni gloire, ni passé, ni avenir, ici-bas Laissez-moi m'occuper de mon âme et accomplir en chrétien ce voyage de l'éternité. Laissez-moi mourir.

Et il mourut comme il avait vécu, calme, simple, admirable de sang-froid, dévoué enfant de Marie dont, jusqu'à ce dernier moment, il porta sur lui l'image.

Puissent ces quelques pages faire connaître cette âme si française dans laquelle s'alliaient si bien, aux plus brillantes qualités naturelles, les solides vertus chrétiennes.

Puisse au cœur de tout jeune Français retentir le dernier cri du capitaine Flayelle « En avant ! » En avant pour Dieu, pour la France En avant malgré les passions, malgré le découragement, malgré les défections, malgré les embûches ! En avant !

Henri GARDES S.J.

1. Voici, d'après le Journal officiel de Madagascar et Dépendances du 16 avril 1898, les états de service du capitaine « Né le 23 septembre 1858 à Saint-Nabord (Vosges), M. le capitaine Flayelle était entré à Saint-Cyr le 29 octobre 1878; il était affecté, à sa sortie de l'école, au 91» de ligne. Nommé lieutenant le 29 juillet 1885, il était classé au 21' régiment de la même arme.

« Plein de vigueur, d'entrain et recherchant, dès le début de sa carrière, occasion de se distinguer et de faire campagne, il demandait et obtenait de servir en Algérie, où il était placé au 1" régiment de tirailleurs.

« Promu capitaine le 2 octobre 1891, il était affecté au 131° régiment de ligne, à Orléans. Passé au 2" régiment de la légion étrangère, il fut chevalier promu de la Légion d'honneur le 11 juillet 1895; l'année suivante, il était suivant.

Il faisait, à la tête de la 1" compagnie de légion, toute la campagne contre l'insurrection bova, et prit une large part à plusieurs opérations importantes. »

Le Journal officiel ajoute, après avoir rapporté quelques-uns des traits de valeur racontés ici

« M. le capitaine Flayelle était un officier du plus grand mérite; à ses remarquables qualités militaires, à une bravoure à toute épreuve, il joignait une instruction étendue, un esprit fin et lettré qui donnait le plus grand charme à ses relations. Ses chefs l'avaient en haute estime, et il était aimé de ses hommes, qu'il traitait avec justice et bonté.

« La mort de ce brillant et valeureux officier sera déplorée par tous ceux qui l'ont connu. » (N. D. L. R.)

désigné pour servir à Madagascar. Parti de Marseille le 10 août 1896, en même temps que le général Gallieni, il débarquait à Tamatave le 5 septembre.


Traduction

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