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L'expédition de Madagascar

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Le Monde illustré du 27/07/1895

 

Les documents de M. L. Tinayre notre envoyé spécial, ont trait à l'enlèvement du dernier et du plus fort retranchement des Hovas dans le Boéni. Avec ce fait d'armes voici terminée la première partie de l'expédition.

Vue d'ensemble de Mevatana et de Suberbieville - Vue prise de l'Ikopa.

Le bataillon de la Légion étrangère ( commandant Barre ) en réserve.

Nous empruntons à M. Boudouresque, un de nos confrères faisant partie du corps expéditionnaire en qualité de membre de la presse, quelques passades d'une correspondance fort intéressante et fort détaillée, sur la prise de Mevatanana :

« Ce grand village, situé à 4 kilomètres environ au nord-est de Suberbieville, et bâti sur un plateau élevé d'environ 80 mètres, était le lieu de résidence de Ramasombasaha, gouverneur général du Boéni avant la guerre. Ce Ramasombasaha, qui est un de nos ennemis les plus acharnés et qui était fort en faveur auprès du premier ministre, s'était fait nommer à ce poste justement parce qu'il y pouvait surveiller de près et ennuyer à l'occasion le plus important centre français à Madagascar, je veux dire Suberbieville.

Certains gros commerçants français de Majunga avaient des représentants à Mevatanana. pour les échanges avec l'intérieur, et une nuée de rapaces Indiens s'était dès longtemps abattue sur la capitale du Boéni, « Entre Beratsimana et Mevatanana coule une rivière, l'Anandrojia, peu profonde en cette saison, et qu'il fallait traverser à gué. »

« Le matin du 9 juin, à sept heures seulement, car elles se ressentaient encore des fatigues de la veille, les troupes de l'avant-garde quittaient Beratsimana et une heure après, étaient concentrées sur la rive gauche de YAnandrojia, le gué traversé.

« Là, elles se déployèrent pour l'attaque.

« La distance exacte connue, on chargea à la mélinite, et en avant les grand moyens. Ah! ils amenèrent de grands et prompts résultats !

« Au premier obus à mélinite qui éclata au beau milieu de leur batterie sud, un hurlement de terreur retentit, que nous entendîmes malgré la distance; avec ma lorgnette je pus voir les Hovas s'enfuir à toutes jambes, les artilleurs abandonnant leurs pièces, les tirailleurs quittant leurs abris, et c était un spectacle véritablement digne de pitié que ces silhouettes d'hommes désorientés aperçues à travers les gerbes de terre que soulevaient nos obus, tombant sans relâche maintenant et bouleversant leurs ouvrages. »

« Les batteries hovas éteintes, les nôtres cessèrent le feu pour permettre aux troupes à pied de monter à l'assaut. A proprement parler il n'y eut pas d'assaut, donné, car les Hovas s'étaient repliés précipitamment, laissant sans défense des retranchements derrière lesquels 1,000 hommes résolus eussent arrêté longtemps le corps expéditionnaire tout entier; non, l'assaut se transforma en une course, un concours de vitesse où les chasseurs du 40e et les légionnaires, montant à la file indienne par deux sentiers différents, luttèrent à qui entrerait tout d'abord. Les légionnaires débouchèrent
les premiers, ayant laissé leurs sacs en route pour aller plus vite; ils trouvèrent le fort vide de Hovas, mais le village plein d'Indiens qui avaient décoré leurs boutiques du pavillon anglais, comme avaient fait leurs confrères de Marovoay; tous ces gens claquaient des dents de peur et se jetaient à deux genoux au-devant de nos soldats, leur tendant des paquets de tabac et toutes sortes de provisions pour s'attirer leurs bonnes grâces.

« A midi, le drapeau français flottait sur Mevatanana et au même moment Suberbieville était occupé par une compagnie dont le capitaine faisait fusiller sur-le-champ, sur l'ordre du général, deux ou trois fuyards au moment où ils tentaient d'incendier cette ville : les constructions en sont d'ailleurs presque intactes, et les dégâts qu'y ont commis les Hovas insignifiants.

« Depuis lors, les méritants soldats que le général Metzinger avait l'honneur de commander à l'avant garde goûtent un repos bien gagné à Suberbieville. »

Parmi les papiers trouvés dans le rova de Mevatanana par les Hovas en déroute, on a trouvé un bien curieux document, que nous communique M. L. Tinayre.

C'est une lettre écrite au crayon par Randrianarivo. 7e honneur, aide de camp de Ramasombasaha, et adressée à Havelo, 7e honneur, qui faisait partie du corps de troupe chargé de la défense de Mevatanana et à sa famille.

En voici la traduction :

Randrianarivo, 7e honneur, à Ravelo, 7e honneur, à Mévélanana et Rahansa et Ratahaka et aux enfants.

Mahatombo, 7 mai 1895.


(Formules de politesse ordinaires).

Nous sommes arrivés à Amparihilava avec Ramasombasaha, 14e honneur, le dimanche 28 avril 1895.

Le jeudi 2 mai 1895, les Français, ainsi que Rasalimo. prince, et ses gens — (un grand-nombre d'entre eux conduisaient beaucoup de chevaux et de chiens) — ont attaqué le village d'Amparihilava. Grâce à la protection divine, nous avons échappé à un enveloppement de l'ennemi qui se serait certainement emparé de Ramasombasaha, 14e honneur, et de tous ses gens, car Ramasombasaha, 14e honneur, ne voulait pas quitter le village ; il disait qu'il préférait mourir là avec toutes ses troupes plutôt que d'avoir à affronter la honte, non seulement du peuple, mais encore de la reine et du premier ministre. — L'ennemi était au sommet, au nord du village, lorsque les siens l'ont forcé de partir; les obus et la mitraille pleuvaient alors sur les gens qui étaient dans le village, et il est impossible de fixer le nombre des morts; les cadavres étaient amoncelés et la mitraille faisait toujours des ravages, tandis qu'on évacuait le village. La conduite de Ramasombasaha, 4e honneur, a été des plus fermes.


Quant au nombre des personnes, hommes ou femmes, petits ou grands, qui ont été engloutis dans la rivière profonde, il est impossible de l'évaluer; d'un côté l'eau faisait ses victimes, tandis que la mitraille, comme le riz que l'on sème, pleuvait sur ceux qui étaient dans la rivière, leur seule voie de retraite, car ils étaient enveloppés de toutes parts; seuls, ceux qui avaient un bon destin ont pu échapper à la mort. C'est grâce à la protection de Dieu que je n'y suis pas resté, car j'étais à peine dans l'eau qui était profonde en cet endroit, que trois personnes se sont cramponnées à moi, et si je n'avais pas plongé immédiatement, je serais certainement aussi au nombre des morts. J'ai perdu mon fusil' dans la rivière, je n'ai pas pu le retrouver, comme d'ailleurs les canons qui étaient tombés à l'eau. Les Français se sont emparés, dans le village, de trois canons, deux petits canons en cuivre se chargeant par la bouche et un canon à sept coups. Nous avons perdu cinq canons dans la rivière. Nous n'avons rien pu reprendre de notre matériel de guerre.

Les Vazahas sont établis à Marovoay.

Quant à mes objets personnels, Inaivo a tout jeté : tente, matelas, marmite, assiettes, verres, il n'a emporté qu'une petite boite; il a prétexté qu'il avait peur des obus. Je dois vous dire, en outre, que Naivo m'a abandonné tout à fait et durement, je ne le tiens plus; d'autre part, je suis très occupé par mes fonctions qui m'empêchent de quitter Ramasombasaha, 14e honneur, même pour un seul jour. Naivo n'a pas reparu, mais il est resté au camp de Marovoay où il a suivi une femme, et la détresse où je me trouve est vraiment très grande, je n'ai même pas quelqu'un pour faire cuire mes aliments et, cependant, nous venons d'échapper, à Amparilava, à de grands périls.

Naivo reste au camp de Marovoay, qui est au nord en bas d'Ankarafantsika, tandis que nous sommes ici à Mahatombo. Envoyez-nous quelqu'un, soit Ramimarolaly, soit Ramanambina et remettez-lui 10 piastres, une marmite, des assiettes, une tente en étoffe légère, et pressez-le, car j'ai perdu mon argent qui était dans ma ceinture qui a disparu en même temps que mon lamba et mon fusil. J'ai remplacé mon fusil par celui d'un soldat mort devant moi.

Les officiers tués dans le combat sont : Rabibivato, 11e honneur, ainsi qu'un grand nombre de ses artilleurs, récemment recrutés, et beaucoup de soldats.

Il n'a pas été possible de connaître le nombre des morts ni des prisonniers, hommes et femmes, faits par l'ennemi. Ramiketaka, 8e honneur, a été tué dans le village. Le combat commencé à 6 heures du matin n'a cessé qu'à 3 heures du soir.

Ont disparu : Ramitsimba, 10e honneur, Randriamastera, 8e honneur, et ses soldats, et Ramimanana, 10e honneur. Aucun d'entre eux n'a encore paru à Mahatombo; ils s'étaient séparés du gros de nos troupes pendant le combat. Nous allons, maintenant, retourner à Ambolomoty opérer notre jonction avec Randriantavy, 13e honneur, car nous nous étions croisés avec lui en chemin, nous étions passés par l'est, tandis qu'il avait pris la route de l'ouest. J'ignore si Naivo s'est débarrassé ou non de la boîte qu'il portait, car il n'a pas encore reparu et il ne va que là où il lui plaît d'aller.

Voilà le récit des malheurs qui m'ont frappé et je vous en fait part.


P.-S. — Ramena, commandant de Miadana, a été fait prisonnier ainsi que sa troupe ; il gardait le village de Manjakatompo qui a été enveloppé par l'ennemi.


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