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Légionnaire toujours...

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Mot du rédac'chef KB


Mot du rédac'chef KB N° 732

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Les éprouvés

Une soixantaine d'hommes regroupés dans une hacienda, face à l'adversaire...

Qu'ont-ils de commun, au juste, les légionnaires de cette compagnie de marche ?

L'âge, d'abord. Ils sont jeunes, la plupart a juste trente ans, seuls Fritz, Constantin et Billod dépassent les quarante. Leurs origines sont diverses, leurs réussites chaotiques, le passé de chacun est de la même veine : déception, ennui dans un autre service des armes (pour le caporal Maine), incompréhension ou rejet (à l'exemple du caporal Berg), échec ou pauvreté. Ce sont tous des réprouvés, selon le terme qui prévaut pour des soldats qu'une opinion ne considère que peu, guerriers professionnels mais contractuels, aux limites du mercenariat pour les uns, aux mauvaises conditions de traitement pour les autres. Des gens particuliers, à qui le vocable de réprouvés conclut l'appréciation. Vraisemblablement, à l'exception du désir d'en découdre pour échapper au camp où sévit le vomito, ils n'ont à première vue que peu de points qui les rassemblent.

Pris au piège dans le corral mexicain, cette soixantaine d'hommes qui se débattent comme des diables a pourtant un élément en partage : l'épreuve.

Après les épreuves de vie qui ont blessé aussi souvent leur peau que leur âme, survient celle de la dernière révolte quasi animale pour survivre, celle instinctive du soldat qui s'apprête à tuer une ultime fois pour mieux mourir.

Dans cette infortune finale, acculés et rassemblés en meute, ils sont individuellement gagnés par ce que le naufragé dit-on, perçoit : un grand silence, un "vacarme assourdissant" qu'ils espèrent, avant qu'un réflexe suprême les tende comme des cordes jusqu'à ce qu'ils ne puissent plus retenir la vie.

L'épreuve ce jour-là s'habille aussi d'une noblesse qui ne leur a jamais été prêtée, celle d'une décision collective, rejetant l'envie sourde de s'en sortir seul, quoiqu'il en coûte aux autres. Elle les resserre, les unit dans l'honneur d'être fidèle, sentiment plus rude que ceux dont certains se targuent d'être les dépositaires exclusifs...

L'épreuve de se sentir pour une fois grand, quand on a été longtemps un réprouvé.

Plutôt les hommes de Camerone ont été doublement des éprouvés ; la première fois en forçant leur destin à la Légion, la dernière en acceptant de lui sacrifier leur vie, pour lui redonner tout son sens.

Bon Camerone, bonne lecture à tous,


Mot du rédac'chef KB N° 731

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Répétez tout après...

L'ancien repose le magazine et se gratte la tête, perplexe. Trente ans de boutique, une vingtaine d'opérations et de séjours derrière lui, une "brochette" de décorations à faire pâlir un maréchal soviétique alourdit son blazer..., il pensait avoir tout vu, tout entendu. Mais là : ça ne passe pas.

Retour des lunettes sur le bout du nez. Il attaque de nouveau la lecture du paragraphe qui provoque son étonnement. Vraiment, on lui aura tout fait, dans cette sacrée Légion !

"A peine sorti des bastion walls de la FOB, le VAB TOP du SUB de Jaune 2 a subi un TIC à 211035Z en plein sur la MSR, à la hauteur des compounds entre COP 67 et le TOC de la TF. ASAP, il a fait un CR au GTIA avec son PR4G et a envoyé un PT SITU par SIR, restituant le drill des procédures apprises au CENTAC pendant la MCP ! Plus tard, atteignant Revellata pour la shura du malek, le VBL de tête a évité de justesse un IED posé sur un hot spot, grâce au DetFos et à la team EOD qui venaient d'intervenir en QRF par DIGH, appuyés par un HAP et couverts par le 10 RC de P1. Au retour, comme son GPS était HS, c'est le JTAC qui s'est occupé du CAS avec le DETALAT. Par chance, il n'y a pas eu d'EVASAN à l'issue du contact."

Répétez tout après... Pfff, j'ai pas fait mon instruction avec Champollion ! Soupire l'ancien en tournant la page. Il n'a pas tort, notre cher ancien... et les lexiques de bas de page seront bientôt plus longs que les articles eux-mêmes ! KB aurait-il définitivement cédé lâchement au diktat de "l'acronymat", au point d'en devenir pénible à la lecture ?

A mieux y regarder, plus personne n'ose le ridicule de dire qu'il emprunte le train à grande vitesse quand tout le monde voyage en TGV ; les grands-parents se sont aussi mis à la page et lorsqu'ils qui vont chercher leurs petits-enfants à l'école, ils savent désormais qu'IDD signifie "itinéraire de découverte" ; enfin, même les "généraux les plus calés" s'inquiètent de savoir si leur ancien fi dèle subordonné va toucher l'ONM. Nous nous sommes fait, bon gré mal gré, au quatre millions d'abréviations et autre sigles en vigueur, aussi vite qu'internet et sa « novlangue » ont envahi notre quotidien.

Le milieu militaire et son riche vocabulaire regorge de trigrammes et acronymes, n'échappant pas à la règle, chaque nouvelle mission alimentant un patrimoine fourni. Ça ne date pas d'hier, nos anciens y étaient déjà habitués avec une kyrielle de termes (CBC, EVDG, etc.) bien établis dans le langage courant et présents dans les manuels. Si aujourd'hui leur nombre croissant et l'accélération brutale de leur emploi a modifié notre conversation, il a en revanche complètement marqué nos écrits d'un "style compte rendu radio" regorgeant de sigles, français ou "Otanien", langue véhiculaire internationale militaire, qui ne concèdent que peu de compréhension au profane, aux non-initiés. L'instantanéité, la primeur de l'immédiat supposés être mieux servis par pléthore de références technico-tactiques, il faut bien en convenir, favorisent notre flemme, entretiennent nos faiblesses. CQFD !

Pour autant, la rédaction est bien consciente de l'effort à consentir, sans pour cela préjuger de ses forces... Alors, chaque grande fête autorisant de formuler des voeux particuliers pour l'occasion, prenons à partir de Camerone la résolution de veiller à ne pas transformer les colonnes en mosaïque d'abréviations, pour le plus grand plaisir de nos anciens !

BLAT..., oups ! ..., pardon : Bonne lecture à tous


Mot du rédac'chef KB N° 730

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Beau geste

Les gestes de civisme, les actes de courage et de dévouement qui ressortent de militaires alimentent régulièrement les brèves. Ils sont faits avec discrétion, modestie et leurs auteurs n'apprécient pas toujours qu'on étale leurs talents. Pourtant, une fois n'est pas coutume et nous n'allons pas bouder notre plaisir.

Le geste, le beau geste de Laurent Viateur, ancien caporal-chef aujourd'hui agent de sécurité, nous en donne l'occasion aujourd'hui.

"Prenez garde, vous faites un métier difficile et dangereux, et il ne vous permettra pas d'être médiocre". Lourde de sens, si cette phrase est applicable à de nombreuses professions où l'on recherche la perfection elle cadre parfaitement bien avec l'éducation légionnaire qui suppose un évident don de soi. Le tout, bien sûr, étant de savoir ce qu'il impose et ce qu'il convient de donner...

Viateur, comme beaucoup de ses pairs a traduit son don, sous l'uniforme, en déployant parfois avec bonheur et toujours avec énergie, un certain nombre d'activités. Dans l'action, dans l'expression du service, ce don se révélait pour lui complet. A force d'apprentissage et d'expérience, il s'est rendu compte qu'il faut être disposé à donner de soi-même le meilleur, qui est bien souvent le trésor que l'on ignore. Ce trésor, étrangement d'ailleurs, augmente naturellement à la seule condition d'être donné : c'est la générosité.

Dans cette générosité, il n'apparaît aucun calcul parce que le don de soi, tel qu'il l'a pratiqué rayonne toujours sur sa nouvelle vie et a rendu ce jour-là son action véritablement efficace pour cette petite fille en détresse. Le réflexe de Viateur découle de son éducation et de l'exigence toujours présente chez lui d'un grand souci de perfection : sa parfaite réaction, la maîtrise de ses gestes, la précision de son initiative, immédiates, l'ont prouvé.

Un geste d'une telle générosité méritait bien un coup de képi.

Bonne lecture à tous,

Le chef de bataillon Bertrand MOREL


Mot du rédac'chef KB N° 729

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Avec noblesse

La comtesse du Luart a quitté ses filleuls il y a maintenant un quart de siècle.

Pourtant, son souvenir demeure au Royal étranger comme subsiste, dans les grandes familles, celui du parent dont la légende perdure, de génération en génération. Le lointain aïeul atypique, original, mystérieux qu’on évoque, même si on ne l’a jamais vu, dont on entretient l’histoire en conservant chaque détail, attachés que nous sommes à ce qui touche à l’intime de notre famille.

L’attachement du régiment à sa marraine aujourd’hui relève de l’héritage en partage, toujours vivant grâce aux anecdotes de ceux qui l’ont connue et qu’incarnent encore, encadrées finement d’une Marie-louise, quelques clichés aux couleurs pâlies. Ceux qui assurent le passage de relais, la poursuite de la transmission du souvenir de "la grande dame de Marmora" le font en hommage fidèle à la femme qui accepta d’être leur Marraine, au sens littéral du terme. Ce faisant, cela signifiait pour elle se donner... encore un peu plus. Prendre la décision de devenir marraine était un engagement véritable, acceptant la responsabilité d’être présente auprès de tous ceux qui auraient besoin d’elle.

En 2011, honorer la mémoire de la comtesse du Luart, c’est affirmer, outre la reconnaissance de sa générosité et son courage, qu’elle partageait avec "ses" filleuls la même communauté d’esprit, de valeurs. Des valeurs aux termes foncièrement légionnaires, cousus sur les drapeaux et l’étendard du REC.

L’honneur :
Femme d’une lignée de noblesse de sang, princesse circassienne, elle s’est montrée à la hauteur de son rang, comme le légionnaire sait se montrer à la hauteur de son choix d’homme libre, en servant une patrie qui n’est pas la sienne. À l’instar du volontaire étranger, Leïla Hagondokoff a dépassé en actes les exigences du strict devoir, s’investissant comme il est rare auprès des blessés de guerre, de ceux dont la condition étaient la plus misérable. Sa détermination, assortie d’un courage physique exempt de crainte, lui ont insufflé l’énergie pour monter, diriger et garantir l’efficacité de son antenne chirurgicale, engagée au plus près des combats de la Seconde guerre mondiale.

La fidélité :
Femme noble de cœur, la comtesse du Luart n’a jamais manqué à la constance de son affection, de ses sentiments et de la parole donnée au régiment dont elle avait accepté de partager la vie intime. Sa promesse de fi délité s’est manifestée avec un caractère inconditionnel, une espérance profonde dans l’intérêt porté aux légionnaires. Fidélité à l‘épreuve du temps, des circonstances, qui s’est consolidée durant quarante deux années de destin commun et vit encore, dans un souvenir immatériel.

Une femme exemplaire, parce que c’était elle, parce que c’étaient eux...

Bonne lecture à tous,


Mot du rédac'chef KB N° 728

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L'honneur d'un capitaine

Le capitaine Benoît Dupin, commandant la 3e compagnie de combat mécanisée du 2e Régiment étranger de génie a donné sa vie pour la France, vendredi 17 décembre dernier, dans la vallée d’Alasay alors qu’il menait une mission de reconnaissance, dans le cadre des opérations du Battle group Allobroges.


Situé au nord-ouest de Kaboul dans le cœur d’une région au relief tourmenté, le verrou de cette vallée est le théâtre d’accrochages réguliers, opiniâtres ou fugaces, souvent meurtriers ; les insurgés tentant de conserver dans cette zone une certaine autonomie de mouvement, à tout prix. Le capitaine Dupin, commandant la compagnie de Génie-Légion du groupement tactique interarmes Kapisa participait ce jour-là aux travaux préparatoires à l’établissement d’un futur poste de combat bâti au profit de l’armée afghane, accompagné dans cette mission par d’autres camarades de la force de coalition.

Jeune lieutenant de l’arme du Génie, Benoît Dupin a choisi en 2005 de servir la Légion étrangère, à l’instar de nombre d’officiers pour lesquels elle représente, par la singularité de son recrutement, par son identité originale, l’épanouissement professionnel absolu. Le milieu d’engagement par excellence du 2e REG - la montagne - le motivait tout particulièrement. Dès son affectation, il va se donner pleinement et avec enthousiasme à son métier de chef de section, au milieu des légionnaires qu’il s’attache inconditionnellement grâce à ses qualités de cœur. Il réussira avec autant de succès, à acquérir toutes les qualifications en montagne jusqu’à celle de chef de détachement.

Il réalise parfaitement sa vocation d’officier : idéal du commandement, de l’obéissance et de la discipline, idéal de l’excellence professionnelle, idéal de camaraderie. Sa trempe, son sens du contact, sa détermination le distinguent et, d’une certaine manière, le confortent dans la voie qu’il s’est tracée ; ces qualités font de lui un chef charismatique, généreux, volontaire, celui qui devient parmi ses pairs un chef qu’on suit, naturellement.

Son engagement personnel et le don de soi dont il fait preuve sont à l’image du degré de minutie avec lequel il a préparé sa compagnie à l’engagement en Afghanistan et de l’énergie qu’il lui a insufflée avant la projection, sachant conditionner ses légionnaires avec dynamisme, jusque sur les pentes du Mont Blanc. Spécialistes particulièrement exposés dans l’action, les légionnaires sapeurs n’improvisent jamais et apprécient de leur chef un commandement net : le capitaine Benoît Dupin, rompu à l’imprévu et expérimenté, a toujours placé son honneur de chef à leur ordonner des missions caractérisées par le sens de l’anticipation, l’application méthodique des procédures, la précision dans l’exécution.

Son attitude de chef en opération, sa présence "à la poignée de l’éventail", reflétaient également l’idée qu’il s’était faite de l’honneur de commander dans un tel contexte, combinant avec justesse l’appui à fournir aux soldats de l’Armée nationale et la sécurité et l’assistance à apporter à la population afghane, tout en veillant attentivement au sort de ses hommes engagés.

Dans cette mission, dès le premier jour, il a donné le meilleur de lui-même. Parce qu’elle était taillée à la dimension d’un capitaine…, un capitaine à la dimension qu’aucun n’oubliera.

Adieu mon capitaine,


Mot du rédac'chef KB N° 727

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L'esprit guerrier, toujours...

Il y a quinze ans, le général commandant la Légion étrangère réunissait les meilleurs légionnaires athlètes autour d’un noyau dur formé par l’équipe de cross du 2e Étranger. L’Athleg, contraction des termes légionnaire et athlète, était née et caractérisait alors le nouvel état d’un groupe de volontaires, crossmen de haut niveau.

Aujourd'hui encore, rien ne les différencie de leurs camarades, si ce n’est l'exécution d’une mission supplémentaire : l'excellence physique, sans cesse démontrée et sur un autre terrain.

Affectés à la CAPLE (compagnie administrative du personnel de la Légion étrangère, une des unités du 1er Régiment étranger, à Aubagne), ils vivent un itinéraire à la Légion identique à celui de tout légionnaire : instruction, entraînement, projection, services, examens et stages de qualification. Sélectionnés parmi les meilleurs, ils forment une équipe de dix-huit athlètes d’une demi-douzaine de nationalités différentes dont les domaines de prédilection sont les cross et courses sur route, les épreuves de dix kilomètres, le
semi-marathon et le marathon, et enfin l’Ekiden*.

Spécialistes d'une discipline exigeante, les légionnaires athlètes incarnent des valeurs qui, si elles sont naturellement celles que l'on prête volontiers aux sportifs de très haut niveau, n'en demeurent pas moins foncièrement et typiquement légionnaires : le culte du travail bien fait, de l'effort et du dépassement, la prédominance de l'esprit d’équipe, le respect de l’autre et de l’adversaire, la solidarité.

Caractéristique "maison" d’importance, la priorité accordée à l’effet de masse sur la réussite unique et personnelle transcende l’état d’esprit des coureurs de l’Athleg. Leur action "au combat" sur piste n’est pas l’acte d’un sportif isolé. Au sein de l’équipe, c’est la renommée d’abord, le résultat collectif qui prime sur la performance physique individuelle. La dynamique initiale est fondée sur une addition de personnalités aux grandes aptitudes sportives, où l’individu lui-même reste d’ailleurs plus important que son résultat, parce que c’est bien de la réussite commune obtenue qu’on veut voir émerger un champion. Sans l’équipe, pas d'athlète... Le coureur existe grâce, pour et par l’équipe, comme son homologue combattant vit pour son groupe, sa section, son unité. Dans les deux cas, sur les capacités de chacun repose l’accomplissement de la mission, de leur énergie particulière relève le "coup de rein" décisif, celui qui favorise ou assure la victoire. L’esprit guerrier de l’athlète, l’image d’une volonté tendue vers l’atteinte d’un objectif commun illustre, là encore, une autre facette de l’état d’esprit légionnaire.

Et de guerrier, il en est justement question à l’Athleg !

Sans esprit combattif, comment expliquer que Fouad Larhiouch termine 1er des Français à Birmingham (championnats du monde de semi-marathon en 2009) ? Comment caractériser ce qui anime Ruben Iidongo, légionnaire naturalisé Français d’origine namibienne, qui se classe 1er des Européens en Chine (Nanning, octobre 2010, dans la même discipline) si ça n'est l'esprit guerrier ? Comment se fait-il, enfin, que Rachid Ghanmouni accède au titre de champion de France de marathon (au rang de 4e international au Nice-Cannes, en novembre dernier) s'il n’a, chevillée au corps, la rage de vaincre, lui qui était, il y a encore peu, coiffeur régimentaire au quartier Viénot ?

Probablement parce que les légionnaires athlètes sont désormais indissociables du "label" dont ils représentent indirectement un vecteur de recrutement et, plus directement, un outil de communication exceptionnel. Réellement surtout parce que l’image qu’ils renvoient démontre que là où les mène leur engagement physique se trouve l’essentiel, bien plus important que la victoire sur les autres : le dépassement de soi comme seule victoire qui vaille sur les épreuves d’une vie d’homme.

Et ça, c'est aussi typiquement légionnaire...

Bonne lecture à tous,


Mot du rédac'chef KB N° 726

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Maintenir, c’est exister dans la durée

La mission de la maintenance conditionne la réussite à s’engager avec ses matériels "réservoirs pleins et chargeurs garnis, avec ou sans préavis", loin de ses bases, en terrain difficile, soumis à un environnement peu ou très peu favorable. Ce n’est pas totalement le cas de la 13 à Djibouti ni des FFDj en général, mais c’est typiquement les conditions dans lesquelles l’emploi de la maintenance est pensé, dès lors qu’on le situe dans un contexte opérationnel. Toutefois, dans la Corne de l’Afrique, une éventuelle action soudaine dans la sous-région peut s’inscrire en arrière-plan et oriente forcément le travail des procédures de la CiMat, au profit des unités soutenues, dans une configuration et une attente particulières.

Comme la compagnie de maintenance du 2e REP dans d’autres proportions, cette compagnie de la 13e DBLE est une unité mixte, forte de la diversité d’origine de ceux qui y servent : militaires engagés à titre étranger ou issus du régime général, personnels civils de recrutement local. Comme son homologue calvaise, son isolement géographique implique dynamisme et sens de l’évolution : c’est ce que traduisent son effort d’anticipation (prévision des affrétés), sa rapidité de réaction (intervention de terrain) et sa préoccupation de l’économie, de la conservation de "réserves" (gestion des milliers de pièces référencées, loin de la métropole).

Parce qu’ "avant de combattre, une armée doit exister, et pire encore, elle doit exister dans la durée.*". C’est on ne peut plus vrai. Autrefois, durer passait par la présence du forgeron régimentaire qui suivait dans le sillage les compagnies montées pour ferrer leurs mules ; aujourd’hui, ce sont des ateliers roulants qui se déploient en plein désert, pour y exécuter des opérations lourdes ou pointues, sur les blindés ou l’armement, avant qu’ils ne soient rapidement réengagés. Dans ce cas, le spécialiste prend toute sa dimension. Pour autant, l’expertise "maintenance" seule ne se suffit pas.

Dans l’application terrain de leur métier, les "maintenanciers" conduisent souvent en opération leur propre auto-défense, acte élémentaire encore plus réel aujourd’hui que le danger est omniprésent (cf. KB n°723), en convoi ou sur leurs zones d’implantation. Spécialistes multi-techniques, ils n’en demeurent pas moins des combattants.

De même, dans l’organisation interne du recrutement de la filière, la vocation du futur spécialiste s’envisage au plus tôt : cent cinquante métiers différents sous le "label maintenance" nécessitent une bonne détection des qualités, immédiates ou supposées, dès l’instruction ; à la Légion, cela a lieu à Castelnaudary dans les premiers mois de service.

En régiment ensuite, l’effort de formation se poursuit par les stages internes (formations de spécialités élémentaires), des qualifications techniques de degré supérieur obtenues en école de spécialisation : c’est la gestion au plus juste de l’effectif destiné aux "filières fines” dont le but est de ne pas appauvrir les postes à pourvoir en unité et garantir leur bon niveau opérationnel.

Enfin, même en maintenance, il n’y a pas de Légion à deux vitesses et, par conséquent, deux visions différentes du service : celle des guerriers au contact et celle des spécialistes, loin en arrière des lignes. On est avant tout légionnaire et combattant par état d’esprit initial, on devient spécialiste par apprentissage ultérieur, en étant affecté là où le besoin de l’Institution se fait sentir.

Il n’y a qu’un tronc commun, fait d’expérience et de vécu partagés.

Bonne lecture à tous,

* "Tactique théorique", GBR M. Yakovleff.


Mot du rédac'chef KB N° 725

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On ne laisse personne derrière

" Vous autres, légionnaires, vous êtes soldats pour mourir et je vous envoie où l’on meurt."
Général de Négrier, 1884.

Derrière cette phrase ronflante qui peut paraître dénuée d’humanité, de sentiment fraternel, se cache un certain fatalisme. Il est dû à l’acceptation simple que le légionnaire pouvait être un soldat "consommable" ; du moins tel qu’il était sûrement et froidement établi en 1884, au Tonkin...

Nous en sommes bien loin aujourd’hui. A l’heure où, en temps réel, chaque chef connaît précisément la position et l’état de ses hommes sur le terrain, au cœur de l’action, où l’on est assuré qu’un blessé puisse faire l’objet d’une évacuation rapide, et si besoin est vers la capitale, d’un coup d’aile de Falcon, "envoyés là où l’on meurt" n’a plus le même sens. Et n’expose pas aux mêmes risques : à celui du manque de réaction immédiate médicale parce que la médicalisation opérationnelle de l’avant est une réalité, encore moins à celui de la probabilité d’un mauvais accueil en métropole, parce que c’est une préoccupation majeure.

Oui, nous en sommes bien loin et nos blessés le savent. Pour eux, volontaires contraints par leur trajectoire au choix dangereux d’un engagement inconditionnel, s’ils en ont accepté les ruptures et les risques, ils n’en demeurent pas moins soucieux de leur vie, du rang et de la place qu’ils doivent tenir, de leur intégrité physique. Ils savent que le coup de Damoclès d’une sale blessure peut frapper d’un arrêt net leur nouvelle vie, qu’ils craignent confusément l’oubli au fond d’un couloir d’hôpital, de se sentir ravalé à la condition de légionnaire de "deuxième ordre", avec toujours la peur d’être laissé derrière, inexorablement.

L'hommage aux blessés du 10 septembre dernier démontre qu’on ne laisse personne derrière et que "lorsqu’un légionnaire est blessé, c’est toute la Légion qui saigne". En outre, que leur famille militaire, leur famille légionnaire ont les moyens de ne pas les abandonner à leurs doutes, leurs souffrances, aux tracas administratifs. L’action sociale du Foyer d’entraide, le dispositif des Ressources humaines et le soutien d’organisme comme la Cellule d’aide aux blessés de l’armée de Terre, sont autant de secours et recours immédiats au profit de ceux dont la qualité du service rendu à la France n’est plus à confirmer.

Au-delà de la fierté, de la gratitude et de l’admiration ressenties par l’ensemble de la Légion à l’encontre de ses blessés par l’exemple d’héroïsme qu’ils donnent, c’est la reconnaissance de la nation exprimée par le fait d’avoir désormais le droit de devenir Français "par le sang versé" qui illustre le plus incontestablement leur assimilation, eux "volontaires involontaires" étrangers, dans la communauté nationale.

Bonne lecture à tous,

Le chef de bataillon Bertrand MOREL


Mot du rédac'chef KB N° 724

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Esprit de corps et esprit du cœur

"On ne cesse pas d’être légionnaire au moment où on quitte l’uniforme. On le reste jusqu’à la mort, et c’est bien jusque-là, jusqu’à la gauche, comme ils disent, que servent les légionnaires." Georges Manue.

Le 30 juin dernier, quarante-deux jeunes engagés volontaires du 4e Étranger recevaient leur képi blanc. Il ne s'agissait ni d'une autre cérémonie ni d'une prise d'armes supplémentaire. Le lieu, comme les hôtes, ne souffrait pas le hasard : à Auriol, les novices étaient sur la "terre des anciens" pour un véritable passage de flambeau.
Auriol... initiative de génie du premier père Légion, le général P-F Rollet. L'acquisition du domaine de Vède a ouvert des perspectives familiales concrètes à l'Institution, elle y a consolidé les fondations de la solidarité, de l'entraide et de l'esprit de corps.

Ce 30 juin n'était donc pas une visite à l'hospice, une pénible corvée, exécutée de mauvaise grâce. Cette remise de képi blanc s'est déroulée à Auriol parce que c'est de la proximité des cadets et de leurs anciens, dès le point de départ, que dépendent la direction, la profondeur et la qualité dans lesquelles est creusé le sillon initial. L'adage "Si tu veux tirer droit, attache ton soc à une étoile", peut se traduire en langage Légion par : "Avant d'ouvrir ton chemin, va d'abord parler à l'ancien". Pour les retraités, la transmission du relais s'habille d'un double sentiment : une grande fierté et une fidélité confortée. Comme si l'esprit du cœur prenait le pas sur l'esprit de corps...

L'état d'esprit de l'ancien est celui d'un père qui regarde son fils, apprécie l'honneur que sa présence lui procure et est comblé de la fierté qu'il ressent. Celle d'appartenance à la même caste, à la communion aux mêmes rêves et aux mêmes valeurs. Profondément fier, s'il n'a porté l'uniforme depuis longtemps, il se redresse devant le jeune qu'il identifie, immédiatement, comme l'un des siens.

Qualité fondamentale, la fidélité de l'ancien est intacte. Parfois dormante, plus souvent active, elle est l'expression de sa vitalité et vibre à nouveau, au contact de son cadet. Son apparition le renvoie à l'indécis timoré, puis le candidat qu'il a été ; à celui qui, défait de sa tenue, n'en a pas moins gardé une grande reconnaissance avant de construire sa vie d'homme, avec ce que la Légion lui a apporté, a su révéler de meilleur en lui. Qu'il ait ou non réussi "dans" sa vie importe finalement
peu, dès lors qu'il est certain d'avoir réussi, plus simplement, "sa" vie...

L'hommage du jeune à l'ancien, sans réveiller aucune amère nostalgie, incarne l'esprit du cœur, le lien filial qui, mystérieusement, retient étroitement l'un à l'autre deux hommes qui, sans se connaître, se... reconnaissent.

Bonne lecture à tous,

Le chef de bataillon Bertrand MOREL


Mot du rédac'chef KB N° 723

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La somme du courage

Étrangère en rien à ce qui donne du poids et un sens à l'action de l'armée de Terre, la Légion ne l'est pas non plus à la "règle du contrat" : risquer sa vie, avoir le danger en perspective, là où le métier se vit en dimension réelle. La règle s'applique, implacable, désormais à chacun de nos hommes, dans chacune de nos opérations, et impose de vivre au cœur de l'action davantage exposé. L'actualité récente l'a montré : "la règle du contrat" n'épargne personne.

Elle rappelle brutalement, peut être autant au grand public qu'aux plus jeunes d'entre nous, que l'état de soldat comporte des exigences et des acceptations. Et qu'être engagé dans un environnement toujours plus difficile, fait d'incertitudes et jalonné de dangers, est fatalement assorti d'un prix à payer, qui semble toujours trop élevé. Cet état de vie à risques ne s'admet qu'avec une force de conviction solide, des fondamentaux acquis, éléments caractéristiques de la somme du courage constituant l'état de soldat.

Les légionnaires, volontaires par nature, dont l'attachement à l'Institution est au carrefour du désintéressement, de l'obéissance et d'un sentiment d'appartenance élevé, ont pris la mesure de ces exigences et acceptations, dès leur engagement.

Ils acceptent aussi le paradoxe de rester toujours du "bon côté et en sécurité" de la ligne à ne pas franchir, tout en prenant et courant des grands risques, et celui, entre autres, de perdre la vie. Parce que "dans les situations difficiles, la solution la plus courageuse est souvent la meilleure" (Thucydide) et que le courage du soldat, aujourd'hui, côtoie le danger au plus près.

Bonne lecture à tous,

Le chef de bataillon Bertrand MOREL


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