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Zadkine et la Première Guerre Mondiale : survivre grâce au dessin

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http://www.exponaute.com/magazine/2016/12/02/zadkine-et-la-premiere-guerre-mondiale-survivre-grace-au-dessin/

Agathe Lautréamont 2 décembre 2016

 

Des dessins, des esquisses, des gravures, autant de témoignages monochromes, parfois rehaussés de quelques rares touches de couleurs, d’un homme dont la foi en l’Humanité fut brisée par l’expérience de la Première Guerre Mondiale. Le Musée Zadkine de Paris dédie un petit parcours temporaire aux œuvres réalisées par l’artiste d’origine russe. Des œuvres de petit format, réalisées directement sur le front, avec les moyens du bord, comme on dit. Des feuilles qui sentent la terre, l’humidité, le froid, la peur, l’attente d’une nouvelle attaque imminente, d’une nouvelle charge pour un bout de terre qui sera perdu de lendemain face à l’ennemi. Visite.

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Ossipe Zadkine, Scène d’évacuation, 1916 © BDIC, musée d’Histoire contemporaine

Approche originale pour une exposition temporaire, les pièces présentées sont mélangées à la collection permanente. C’est donc dans une scénographie étonnante que le Musée Zadkine propose aux visiteurs l’événement « Des(T/s)in(s) de guerre », que les visiteurs peuvent découvrir jusqu’au 5 février prochain. Lorsque le Premier Conflit Mondial éclata, en 1914, Ossip Zadkine était âgé de vingt-six ans et ne vivait à Paris que depuis 1909. Désireux d’aider de son mieux au long du conflit, il devint engagé volontaire dans la Légion Étrangère, comme 45 000 autres hommes.

Sur le front, il fut brancardier, prenant soin des hommes, évacuant les blessés, sauvant des vies quand il le pouvait, recevant le dernier souffle lorsqu’il n’y avait pas d’autre issue. Au plus près des conflits, sur le front de la Champagne, il vit, horrifié, des corps d’hommes déchiquetés par les éclats d’obus. Il entendit les cris affreux des blessés fauchés par les balles lors d’une énième charge vaine pour arracher aux « Boches »  une parcelle de boue trouée de cratères qui dans une heure, un jour, une semaine, sera immanquablement reprise.

Ossip Zadkine (1890-1967). "Le repos de deux soldats". Eau-forte sur papier extraite de l'album "Vingt eaux-fortes de la guerre 1914-1918", édité en 1918 et imprimé par la Maison Wittmann. Paris, musée Zadkine. Dimensions: 27,9 x 36,5 cm

Ossip Zadkine, Le repos de deux soldats, 1918 ©  Paris, musée Zadkine

En 1916, Zadkine fut lui-même victime de ce conflit inhumain : il inhala un gaz, surnommé « l’étoile blanche ». Ce mélange de chlore et de phosgène  a la particularité d’être incolore et exhale une odeur faisant penser au foin fraîchement coupé. Ou quand la mort se déguise sous les oripeaux d’une senteur bucolique et rassurante… Il ne fut réaffecté qu’au mois de février 1917, après plusieurs mois de convalescence dont il sortit avec un poumon gravement atteint. Mais trop affaibli par le terrible gaz, il fut finalement réformé au mois d’octobre 1917.

De cette expérience effroyable, de cette observation au plus près des désastres de la guerre, des horreurs du premier conflit dit « moderne », Zadkine rapporta une trentaine de dessins. Des œuvres de petits formats que l’on peut découvrir aujourd’hui parmi les sculptures composant la collection permanente du Musée Zadkine. Elles sont émouvantes, éloquentes, parfois pathétiques et nous laissent le cœur serré. Que voyons-nous ? Des feuilles de papier brun à la surface grossière, couvertes de tracés noirs.

Les Blessés

Ossip Zadkine, Les Blessés, 1918 © Paris, musée Zadkine

Les bords de la feuille ont été rongés par l’humidité, tâchés (est-ce là du sang, que l’on devine, marron et craquelé ?), grignotés par un siècle d’existence. Mais l’évocation de la monstruosité de la guerre en ressort d’autant plus vivace. Dans un style direct, rectiligne, aux perspectives floues ou volontairement brouillées, Zadkine raconte silencieusement son quotidien de brancardier. L’atmosphère est étouffante. Nous sommes pris au piège en même temps que l’artiste dans les infirmeries de fortune aménagées à l’intérieur des tranchées.

Çà, un corps est allongé, une jambe ou un bras ont été déchiquetés par une explosion. Là, trois soldats semblent mourir d’épuisement, affalés sur une table sommaire où l’on devine, esquissés par quelques coups de crayon, un paquet de cartes à jouer ou une bouteille d’alcool. Sur un morceau de carton d’emballage maladroitement découpé, des ambulances s’éloignent du front tandis que deux infirmiers évacuent un corps inerte, dont on ne parvient pas à déceler les traits du visage.

La Popote

Ossip Zadkine, La Popote, 1918 © Paris, musée Zadkine

L’émotion est d’autant plus forte lorsque le parcours de l’exposition nous apprend que c’est là la toute première fois où ces dessins et gravures (lithographies qui furent réalisées au retour du front par Zadkine) sont réunis au sein d’une même exposition.

Est-ce là le sentiment de désespoir profondément ressenti par Zadkine ? Toujours est-il qu’il n’y a jamais d’horizon sur ces dessins. Nous évoluons en même temps que l’artiste dans un petit monde clos, sombre, terreux, oppressant, où il est impossible d’espérer une échappatoire, impensable de croire en un ailleurs meilleur. Nous sommes là, prisonniers de la crue réalité des conflits, malmenés par la folie humaine.

Il n’y a plus rien que les corps d’hommes broyés, au sens propre comme au figuré, des visages qui arborent des yeux aux orbites vides. Les mutilés sont omniprésents, l’impuissance ressentie par Ossip Zadkine est palpable. Une exposition puissante donc, pour se souvenir.


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