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Les larmes de mon grand-père

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Je connais aujourd’hui la date exacte de l’événement, elle est dans tous les manuels d’histoire… C’était le 2 février 1943... Mais ce jour là était un jour de guerre et d’occupation ordinaire pour les Français de l’est du pays avant de devenir la date de la première défaite allemande de cette guerre qui fit tant de victimes. J’étais aux côtés de mon grand-père comme chaque fois que j’en avais l’occasion, devant le poste de radio, meuble en bois au dôme bombé, majestueux, à la petite ouverture semblable à une bouche par laquelle nous parvenait la voix, cette voix venant de Londres. Après l’annonce habituelle : « Ici Londres, les Français parlent aux Français, on les aura les boches !», la voix amie, à travers le brouillage, nous annonça la nouvelle espérée : À Stalingrad, les forces allemandes défaites, exsangues, s'étaient rendues aux forces de l'Armée rouge. C’est à cet instant, levant les yeux vers mon grand-père, que je vis, chose inouïe, des larmes roulant sur ses joues et venant se perdre dans sa moustache.

Mon grand-père, d’un naturel réservé, laissait, pour une fois, percevoir ses sentiments face à un dénouement tant espéré et longtemps déçu. J’ai toujours le souvenir de la peur qui me saisit à cet instant, le croyant subitement souffrant. Un peu plus tard, il m’a expliqué avec des mots compréhensibles pour un gamin de dix ans ce que signifiait cette victoire pour notre pays.

Cet homme, né en Suisse, à Lugano, était venu dans l’est de la France chercher du travail comme l’ont fait de nombreux étrangers, italiens ou polonais à cette époque ou comme le font aujourd’hui les magrébins et les africains. Plâtrier de son état, d’abord ouvrier puis à son compte comme artisan, il menait sa vie comme tout le monde, bien intégré. Survint la guerre de 1914. Considérant que son pays d’adoption était en danger et qu’il lui était redevable, il s’engagea dans la légion étrangère et participa au conflit d’où il ressortit en mauvais état physique mais heureusement sain et sauf. Il obtint sa naturalisation peu après.

Comme chacun, j’ai connu d’autres moments forts dans ma vie mais ces larmes sont restées à jamais dans ma mémoire et dans mon cœur. S’il était encore en vie aujourd’hui, je verrais sans aucun doute à nouveau des larmes sur ses joues, non pas de bonheur cette fois mais de honte à la nouvelle de la défection du Président français aux cérémonies commémoratives de la victoire de 1945 à Moscou. Défection qui ne lui sera, je l’espère, jamais pardonnée.


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