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Légionnaire toujours...

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Les Contes de la Soute

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...conscient de la chance qu’il a d’être né dans une famille aisée d’un pays à l’économie très moyenne, il étudie avec conviction et ne déçoit jamais. Jamais un mouvement d’humeur, aucun mot plus haut que l’autre, il sait qu’il n’en a pas le droit, sa vie est abondance, les gens qui l’accompagnent ne sont là que pour l’aider. Se révolter ? Mais contre qui, contre quoi et pourquoi ? Même l’avenir est assuré par les relations des parents. Un rêve alors ?
Carlos a entendu parler d’une armée en France, une armée composée d’étrangers, une armée d’aventuriers et de repris de justesse, la Légion Étrangère. Le jardinier qui s’occupe de sa mère en l’absence de son père et qui l’instruit en les choses du Tackhinn-Mouapah est un ancien légionnaire. Après la leçon quotidienne, le rustique se lâche et lui parle de ses anciens frères d’armes et ses campagnes à travers le monde, ses anecdotes, ses amours, ses bagarres, sa dure vie de soldat qui ne fait que lui manquer tous les jours de sa vie…
- Raconte-moi encore !
Depuis qu’il a cinq ans il entend les histoires de son maître d’armes, aujourd’hui il est prêt. Prêt à quoi ? Prêt à se barrer, tout simplement, tailler la route, faire sa vie ailleurs mais pas ici. Son père lui a dégoté un boulot dans sa boite, un taf étonnamment bien rémunéré pour un débutant, avec grande, mais très grande possibilité d’évolution à moyen terme. Cette place l’attend depuis son diplôme, avec les camarades de classe qu’il aurait dû avoir, enfants de dirigeants - comme lui - mais moins bien-nés pour prétendre quand même à une situation aussi élevée.
Le père :
- Tu iras te présenter lundi matin dix heures à l’adresse que voici, le nom de l’entreprise est Ghore-Mône SA, une boite d’import-export, une filiale de mon entreprise; n’hésites pas à signaler que tu es mon fils à tous les employés que tu croiseras, histoire de te faire haïr tout de suite.
« Une fois ma journée terminée et enfin seul, pensa Carlos, je prendrai le train pour la France et m’arrêterai à Perpignan, de là, j’irai à ce fameux poste d’information de la Légion Étrangère d’où je pourrai m’engager et partir à l’aventure et au danger. Je ne prendrai qu’un simple sac de sport avec un peu de rechange, je ne reviendrai ni à la maison ni à ce travail qui déjà m’exaspère, je vais appliquer un vieux précepte très portugais qui affirme que l’ingratitude est la grandeur des peuples. Comme les femmes ont des montées de lait, je sens monter en moi l’ingratitude, waouh, c’est bon la honte ! »
Jour J, heure H. Complètement à l’ouest, Carlos Dasilva arrive au pied d’une tour dans un quartier industriel et cherche un nom d’entreprise qui s’apparente à quelque chose comme « Ghore-Mône ».
Ce que ne sait pas notre jeune ami, c’est qu’il s’est complètement gouré d’adresse tellement il n’est pas concentré; il n’a qu’une envie, c’est de prendre son train pour la France et ce sera seulement ce soir. Il cherche, il cherche et il voit sur un post-it mal placé sous les boites aux lettres « Gnome & Rhône ». Enfin !
- Me voilà rendu, c’est étrange, rien n’indique l’étage, diantre, ça commence bien, je vais monter et inspecter les portes et couloirs; je finirais bien par trouver.
Dix étages plus tard, rien. Il arrive au niveau de l’échelle rouillée donnant accès au toit. Il se met à marmonner :
« Mais c’est où, “ Gnome & Rhône ” ? Mince ! »
La trappe - trou d’homme - qui permet l’accès au toit s’ouvre brusquement, une voix l’interpelle…
- C’est ici, vous venez pour l’annonce ?
- C’est mon père qui m’envoie.
- Ah bon, montez rapidement s’il vous plait, vous fermerez derrière vous !
Sur le toit, Carlos est très intrigué par l’endroit. Ça ressemble à un surplus de l’armée abandonné et laissé aux bons soins d’un aborigène qui s’adresse à lui en gesticulant et se prétend son employeur.
- J’ai besoin d’un collaborateur, ça urge, un gars en qui je dois avoir une confiance absolue, pas un mouton suiveur, un sujet à part entière; présentez-vous; qu’est ce que vous savez faire et uniquement de vos dix doigts, parlez, faites bref.
- Concrètement pas grand chose. Je suis habile à la bagarre, je sais piloter des motos de cross, j’ai des diplômes qui attestent que j’apprends facilement des choses compliquées et que je restitue assez bien ce qu’on m’enseigne. J’aime les roses et les fleurs d’oranger, je m’égosille lorsque j’ai du chagrin, je chausse du quarante-huit et porte des caleçons longs.
« À propos, je suis bien chez Gore-Mône, vous travaillez pour mon père, qu’attendez-vous de moi ? Je vais être franc avec vous, je ne vais pas m’éterniser ici, j’ai des projets d’aventures, de voyages et de combats dans les rangs de la Légion Étrangère, et ce dès ce soir. »
- Je bosse pour moi et personne d’autre, ici c’est Gnome & Rhône, je fais du transport parallèle et pour ce que tu viens d’énumérer à propos d‘évasion, pas besoin d’aller en France, je suis en mesure de t’offrir de vivre tes rêves à partir d’ici-même !
- Je crois que je me suis trompé d’adresse, je vais y aller.
- Attends, peut être pas… Écoute et regarde, je vais faire les questions et les réponses. Vois le matériel sur ce toit, la trappe ne peut faire passer que des petits outils et des hommes, vois la moto et interroge toi sur sa place, son usage et surtout comment est-ce possible. Si tu décides de m’assister, je t’emmènerai partout dans le monde, au danger souvent, dans l’illégalité toujours, gagner parfois des sous à faire le taxi et la messagerie. Si tu ne veux pas rentrer chez toi, j’ai tout le dernier étage que je squatte avec ma mère, tu es le bienvenu. Ma mère travaille comme femme de ménage dans des bureaux et dame pipi à la gare de Lisbonne, c’est elle qui récupère le téléphone des clients à contacter dans les toilettes des hommes et qui les efface aussitôt après me les avoir transmis. Tiens, là, tout de suite, on va aller au Japon, on sera revenu dans une heure, le temps de t’expliquer le procédé nécessaire. Viens !
- Je ne vous connais pas et vous me faites déjà confiance alors que vous, vous ne me connaissez pas.
Michel Onfray : Cette phrase est stupide, mais je la laisse dans son jus du matin car elle tient dans la main
- Merci Michel!
Gnome:
- C’est pas vrai, j’ai l’impression de t’avoir toujours connu, si tu es là, ce n’est pas par hasard… je crois au destin et ton destin, c’est moi. Qu’as tu à perdre, qui t’attends, viens, as-tu peur ?
- Même pas, je ne sais pas pourquoi.
- Je t’emmène au Japon pour définitivement te motiver sur l’heure, embarque ! Tu sais piloter des motos, ce n’est pas mon fort la moto, pilote, toi !
Une heure plus tard…
- Alors, qu’est ce que tu dis de ça ?
- Putain, c’est génial, j’y crois pas, je suis ton homme !
- À la bonne heure, au fait, moi c’est Gnome, tu seras Rhône, à partir de tout de suite. En attendant un client, une fois posé ton sac dans ton nouveau chez toi, je te brieferai sur le matos et le minimum de sécurité qui fera qu’on sera crédibles…
- Et quand on n’aura pas de travail qu’est ce qu’on fera ?
- Plomberie, carrelage, plâtre, divers travaux de maçonnerie, au black naturellement, je ne paye pas d’impôt; si tu veux je t’apprendrai.
- Ah ouais, bon plan le bagage manuel, je marche !


Traduction

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