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Légionnaire toujours...

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Nom d’emprunt, Julien Soral, matricule 158460 …

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Posté le: 13 avril 2013

La transformation d’un jeune Français en légionnaire, en quelques étapes très simples. L’adjudant-chef Saulnier nous raconte comment, en 1977, il s’est engagé dans cette arme prestigieuse de l’armée de terre.

Etant Français d’origine, l’adjudant-chef Jean-Claude tourneur a du changer de nom en rejoignant la Légion. ©DR

Arrivés à Paris un car nous a emmenés au fort de Nogent, où le processus de recrutement a commencé. D’abord des formalités, puis des entretiens et des questions. Des tas de questions, du genre : Prenez-vous de la drogue ? Êtes-vous homosexuel ? Avez-vous fait votre service militaire ? Où ? Avez-vous des ennuis avec votre famille ? Avec la police ? C’est au fort de Nogent qu’on m’a donné mon nom d’emprunt : Julien Soral, matricule 158460. C’est aussi la date de mon engagement à la Légion étrangère, le 18 octobre 1977. Je suis resté deux ou trois jours au fort, puis, avec d’autres candidats, nous sommes partis en détachement pour Aubagne par le train. Cette fois, pour voyager, nous avons abandonné nos défroques pour une espèce de survêtement bleu guère plus seyant. À la rigueur on pouvait passer pour une équipe sportive, mais pas très riche !

À Marseille, nous avons changé de train en catastrophe pour attraper le tortillard qui dessert la gare d’Aubagne où un car de la Légion nous attendait. Arrivés au quartier Viénot, nous avons été conduits devant des baraquements préfabriqués qui paraissaient être notre futur hébergement. C’est, nous a-t-on dit, le centre de sélection et d’incorporation. Franchement, ça avait l’air sinistre. Mais nous n’étions guère plus fringants. Un gradé a fait l’appel avec nos nouveaux noms, ce qui a posé des problèmes à plusieurs candidats. Moi-même, j’ai eu une imperceptible hésitation avant de répondre présent.

Avec d’autres, arrivés de Strasbourg et de Marseille, nous avons formé une section à qui on a remis un passant vert. À 23 ans, j’étais un des plus vieux de la bande ! Un autre groupe portait un passant rouge. C’étaient ceux qui avaient été incorporés et qui attendaient de partir à l’instruction à Castelnaudary. Nous les regardions d’un air envieux, presque comme des anciens. Mais il n’y avait pas d’échange entre les groupes. Les trois premiers jours furent consacrés aux formalités de sélection. Tout d’abord une visite médicale approfondie, puis différents questionnaires du type de celui que j’avais subi à Paris, mais plus détaillés. Je croyais même avoir affaire à un psychiatre. Je me souviens d’une anecdote amusante. À un moment, il m’a demandé si je buvais. Je lui ai répondu : « Oui, normalement. » « C’est-à-dire ? » « Bah, deux ou trois bières. » Il m’a regardé et m’a dit : « Caisses ? » J’ai répondu, éberlué : « Mais non, canettes ! » Apparemment ça ne l’aurait pas étonné si je lui avais dit que je consommais trois caisses de bière par jour. On a laissé nos vêtements civils et nos papiers, mais j’ai pu conserver mes photos, surtout celles de ma mère et de ma grand-mère. À partir de ce moment, je n’ai plus jamais revu ces papiers ni ces vêtements.

J’avoue ne plus très bien me souvenir car tout s’enchaînait très vite ; pas de temps morts, comme si on voulait nous empêcher de réfléchir. Déjà nous ressentions l’emprise des gradés et le poids de la discipline. Pas question de faire n’importe quoi ou de se promener où on voulait. Tous les déplacements se faisaient en groupe, encadrés. Le deuxième jour a commencé par un long footing d’une heure. Nous étions environ une trentaine en deux groupes dirigés par un sergent et un caporal. Nous sommes partis doucement, puis l’allure s’est accélérée avant de ralentir pour un regroupement, puis une nouvelle accélération. À la fin, nous nous sommes arrêtés derrière le musée et le sergent a procédé à une première sélection.

J’aimais bien courir et je me suis bien tiré de ce premier test. J’étais aussi content de sortir de l’atmosphère étouffante du centre et des bureaux. Ceci allait d’ailleurs se poursuivre les jours suivants lors des séances de sport. Certains avaient des difficultés et je pensais qu’ils ne feraient pas long feu. De retour au baraquement, la douche ! Alors là, un grand moment. On mouille, on savonne, on rince et on essuie à toute vitesse ! Je n’avais jamais pris une douche aussi rapidement. Mais ils ne plaisantaient pas avec l’hygiène. Ceux qui étaient négligés s’en sont vite rendu compte.

Ensuite, nous sommes passés au BSLE. On nous a expliqué que c’était un peu la police de la Légion et qu’il ne fallait pas mentir, parce qu’ils avaient les moyens de savoir la vérité. Les interrogateurs étaient de diverses nationalités et parlaient aussi bien le français que l’allemand, l’anglais, l’italien, l’espagnol ou le portugais que le serbo-croate ou le hongrois. Là, les questions pleuvaient, parfois les mêmes à plusieurs reprises, puis l’interrogateur passait à un autre sujet avant de poser une question anodine et de revenir sur un sujet que je croyais réglé. Je me demandais où il voulait en venir ; en fait, c’était un véritable interrogatoire.

Dans l’après-midi, j’ai passé les tests psychotechniques permettant de déterminer mes capacités et mon orientation future. Le troisième jour, après le sport, nous sommes repassés devant le médecin, puis devant un petit commandant qui m’a posé encore tout un tas de questions. Enfin, dans la soirée, nous avons été rassemblés pour les résultats. Moment d’angoisse. Vais-je être pris ou recalé ? Finalement, seule une quinzaine d’entre nous a été retenue. J’en faisais heureusement partie.

Extrait de Une vie de légionnaire
De l’adjudant-chef Jean-Claude Saulnier, en collaboration avec Pierre Dufour
Editions Nimrod
Mars 2013
400 pages
21 €


Traduction

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