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Légionnaire toujours...

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2016




Lettre ouverte du président de l'ASAF au sénateur Gilbert ROGER.

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Paris le 17 janvier 2016

 

 

Le général (2s) Henri Pinard Legry,
président de l’Association de soutien à l’armée française (ASAF)

à

Monsieur le sénateur Gilbert Roger,
vice - président de la Commission des affaires étrangères, de la défense nationale 
et des forces armées du Sénat.

 

 

Monsieur le sénateur,

 

Comment, en tant que vice-président de la Commission des affaires étrangères, de la défense nationale et des forces armées, avez-vous pu tenir des propos aussi décalés, biaisés et pour tout dire affligeants, à l’encontre des « militaires retraités », lors de la dernière audition du chef d’état-major des Armées ? Il ne vous aura pas échappé que ce dernier  n’a pas répondu à votre question estimant sans doute qu’elle était hors de propos. J’ose croire que le silence des autres sénateurs sur ce sujet était la marque d’une désapprobation polie et gênée.

 

Car enfin, arguant que vous n’avez pas entendu « les sénateurs de la commission dire autre chose que leur confiance et leur soutien aux  armées », vous vous êtes permis de demander au général de Villiers de rappeler à l’ordre «  des militaires retraités qui critiquent sans cesse la politique menée  ».

L’utilisation de cette apparente et fausse réciprocité serait-elle la marque d’un esprit incohérent, voire sectaire ou ségrégationniste, oubliant que les militaires en retraite sont des citoyens français qui ont les mêmes droits et les mêmes devoirs que les autres ? Ils ne sont pas tenus au silence et bénéficient donc comme tous de la même liberté d’expression.
D’ailleurs, n’est-il pas paradoxal que vous refusiez la liberté d’expression aux soldats qui ont servi leur pays pendant des décennies au risque leur vie, au moment où le président de la République place au rang de héros nationaux, au titre de défenseurs de la même liberté d’expression, des caricaturistes qui ont si souvent dénigré, insulté et injurié, en toute impunité et pendant des décennies, de nombreuses institutions françaises, souvent régaliennes, dont l’armée et ceux qui y servaient ?

 

Monsieur le sénateur, votre intervention, caricaturale dans sa forme, est injustifiée sur le fond. Pourquoi des citoyens ayant reçu une longue formation militaire, acquis une riche expérience opérationnelle et possédant une connaissance approfondie des questions de Défense, devraient taire leurs réflexions, critiques et contre propositions sur des mesures prises par un gouvernement quel qu’il soit quand ils estiment, de manière argumentée, que ces choix sont mauvais pour la France et son armée ? Il y a parmi ces anciens militaires des experts dans les multiples champs relatifs à la Défense y compris hors du domaine strictement opérationnel comme celui des  relations internationales pour n’en citer qu’un.

 

Faut-il vous préciser que ces militaires ont des préoccupations qui ne se limitent pas au court terme en vue d’une éventuelle élection ou réélection ? Ils estiment de leur devoir, y compris au terme de leur service actif, de sensibiliser et d’expliquer aux Français certains sujets concernant leur Défense, mais aussi de les alerter sur les risques et si nécessaire de dénoncer les insuffisances et carences de notre armée susceptibles de mettre en cause nos engagements d’aujourd’hui et demain notre indépendance.

 

A cet égard, ne voyez-vous pas que les évènements contredisent chaque jour certains des choix faits  en dépit des réalités, alors qu’ils avaient été dénoncés par ces mêmes militaires ? C’est ainsi le cas des contrats opérationnels fixés dans le dernier Livre blanc qui sont incohérents au regard des menaces identifiées dans ce même document, d’une loi de programmation militaire 2014–2019 inadaptée aux besoins réels des armées, de l’engagement trop tardif en RCA avec trop peu de moyens pour tenter de remplir une mission ambiguë sans véritable vision politique pour ce pays, pour ne prendre que quelques exemples.

 

Votre brève intervention ne fait que renforcer ma conviction sur le devoir d’expression des militaires. Aussi je puis vous assurer que l’ASAF, avec ses milliers d’adhérents, de collaborateurs et de sympathisants, civils et militaires, va continuer son action avec une détermination accrue.  
Elle le fera hors de toute polémique avec pour seule finalité de contribuer à améliorer la connaissance et la compréhension de l’armée et des questions de Défense par le plus grand nombre de nos citoyens et à renforcer la cohésion de la Nation, quitte à dénoncer les contrevérités, démasquer les manipulations, critiquer les mauvaises décisions, quand bien même ces actions nuiraient à la popularité de responsables politiques ou aux intérêts de leurs partis.

 

En revanche l’ASAF continuera de soutenir tout ce qui contribue à renforcer la défense de l’intégrité du territoire et nos intérêts stratégiques, la protection de la population, l’indépendance de la Nation et la fierté des Français. Les hommes et les femmes,  qui ont fait à 20 ans le choix de servir par les armes leur pays au risque de leur vie, ne peuvent se résoudre à le voir de plus en plus menacé et fragilisé, sans réagir et sans mettre au service de leurs compatriotes leurs réflexions libres sous tendues par une longue expérience des crises et des conflits.

 

Monsieur le sénateur, j’estime que les propos publics que vous avez tenus ne font pas honneur à votre haute fonction et que vous avez de la sorte trahi la confiance que vous ont accordée vos électeurs. C’est à cause de telles paroles incongrues et méprisantes visant une catégorie de Français que la défiance des citoyens envers la classe politique battra hélas de nouveaux records.

 

Soyez assuré du respect que je porte aux sénateurs dès lors que leur action porte la marque du service exclusif des intérêts supérieurs de la France.

 

 

 

Copie à:

-          Monsieur le sénateur Gérard Larcher, président du Sénat

-          Monsieur le sénateur Jean-Pierre Raffarin, président de la Commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat

-          Monsieur le général d’armée Pierre de Villiers, chef d’état-major des Armées


Charles Édouard AMIOT

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18 novembre 2014

Pour Charles Édouard Amiot, le mot « servir » n’avait pas le sens confortable qu’il a aujourd’hui. Cet homme était un homme de caractère, une forte tête, inaccessible à la lâcheté et à la capitulation sous toutes ses formes ou à la résignation.

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Ses parents étaient un brave couple d’ouvriers de Vieux-Thann, où Charles-Édouard naquit le 28 janvier 1882. À l’âge où les gosses ne pensent qu’au jeu, le petit Charles-Édouard connaît les servitudes du travail à l’usine à 12 ans. C’est une dure école. Grâce à sa vive intelligence (il a décroché son certificat d’études à 11 et demi), il décide qu’il ne finira pas comme ses camarades, condamnés à la grise destinée ouvrière. Il épargne sur son maigre salaire pour acheter des livres qui pourront compléter son instruction et son goût de l’aventure.

Fasciné par les récits fantastiques, les héroïques faits d’armes de la fameuse Légion Etrangère, il décide de s’engager à 16 ans et demi ! L’on peut se demander quelles furent les réactions de ce gamin de seize ans devant les réalités, hélas beaucoup moins romantiques, de la célèbre Légion. Et la vie fut sans doute très dure à Sidi-bel-Abbès sous le brûlant soleil du sud algérien. C’est là qu’il apprend les rudiments du métier militaire. Mais, au bout de 9 mois, une grave fièvre typhoïde vient mettre un terme aux efforts trop durs pour cet adolescent et Amiot est renvoyé dans ses foyers.

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Décidé à faire une carrière militaire, il s’engage au 2e Régiment d’Artillerie de marine à Cherbourg en 1900. Il y reprend sont instruction de soldat avec une farouche application. 4 mois après, le soldat de 2ème classe Amiot est désigné pour faire partie du régiment d’artillerie d’Indochine destiné à aller renforcer le corps expéditionnaire contre les Boxers. Pendant les 45 jours que dura le voyage en bateau jusqu’en Chine, la guerre prit fin et le bateau fut dirigé sur le Tonkin, également en guerre. C’est l’époque héroïque de la guerre coloniale en Extrême-Orient. Armement, équipement, approvisionnement sont rares ou insuffisants et l’on doit faire appel aux ressources du pays. Les maladies sont combattues préventivement par l’absorption régulière et massive du « chum-chum », l’alcool de riz indigène. Il faut une constitution de fer pour supporter tout cela. Aussi, après un an de séjour dans cette contrée malsaine, la fièvre, qui fait de terribles ravages, a une nouvelle fois raison du jeune Amiot qui, en mai 1902, doit être rapatrié.
De retour à Cherbourg, il reprend avec énergie son instruction et deux ans plus tard, et peut arroser son premier galon de brigadier. Cette même année, il part comme volontaire pour Madagascar, île plus grande que la France, où de nombreuses tribus malgaches sont encore insoumises.

En 1906, il retrouve le 2e R.A.C. à Cherbourg et reprend ses cahiers de cours de perfectionnement. Voici quelles sont les notes que ses supérieurs inscrivent dans son livret, au moment de son retour en France : « Très bon sous-officier, actif, intelligent et dévoué. Très bon instructeur, énergique. N’a reçu qu’une instruction primaire assez peu développée, mais doit néanmoins préparer l’entrée à l’école de Versailles et doit arriver par son intelligence et son travail. Aptitudes militaires remarquables. »
Avec la ténacité et l’obstination qui sont le propre du caractère alsacien, Amiot se met au travail. L’ex-légionnaire, l’ex-colonial redevient écolier. Mais les difficultés sont bien plus grandes que celles qu’il a rencontrées dans la brousse tonkinoise et malgache. Les domaines des sciences et des mathématiques, hélas, ne se conquièrent pas l’arme à la main …

En 1907, il entre à l’Ecole d’application militaire de l’Artillerie et du Génie de Versailles et fin 1909, il est nommé sous-lieutenant. En 1911, il s’embarque à Marseille pour le Maroc occidental en guerre. Et voici la note d’appréciation que son chef de corps place dans ses bagages : « Officier sérieux, consciencieux, énergique, vigoureux. S’est beaucoup appliqué à développer son instruction militaire et a obtenu de très bons résultats. Connaît parfaitement son service de chef de section. Très estimé de ses chefs et de ses camarades. Excellent cavalier, apte à faire campagne ».
Durant 13 mois il s’expose aux attaques incessantes, aux embuscades sournoises des tribus dissidentes, à travers la montagne, dans le soleil brûlant ou une pluie glaciale. Le 14 juin 1912, dans le vacarme d’une canonnade, la balle meurtrière surgit, rapide et brutale. Un choc violent atteint le lieutenant dans la région du bassin et le plie en deux. Opéré sur place, la balle a été extraite, sans anesthésie. Ce fut pour le blessé un miracle que d’échapper à la mort. La balle, après avoir percé l’os iliaque, était allée s’écraser contre la base de la colonne vertébrale ; un des éclats avait frappé le nerf sciatique gauche. La guérison est longue et difficile.

Le 7 juillet se réalise enfin un rêve depuis toujours caressé. Il est nommé Chevalier de la Légion d’Honneur. Car ce soldat se bat avant tout pour l’honneur et la gloire.
Le jeune militaire de carrière ne perd pas non plus de vue « le tableau d’avancement ». Son attitude au combat et sa blessure font de lui une célébrité. A son chevet défilent toutes les étoiles du monde militaire colonial, dont Lyautey.

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Il arriva cependant au lieutenant Amiot pendant son séjour au Maroc, une aventure toute différente de celles qui forment le menu habituel et qui devait avoir une influence considérable sur sa carrière militaire. Au camp de Souk-el-Arba, il trouva un de ces engins volants appelés « aéroplanes » faisant escale sur le chemin de Casablanca. Peretti, le pilote, redoutait de survoler seul une contrée dont il ignorait tout et demanda un volontaire pour l’accompagner. Amiot sauta sur l’occasion, sans hésiter une seconde. Le voyage s’effectua sans accroc et ce baptême de l’air convertit du premier coup l’artilleur à l’aviation. Désormais, il sera hanté par cette « arme » nouvelle dont il prévoit déjà le rôle futur.

De retour en France le 2 août 1914, au moment même de la conflagration qui met l’Europe en flammes, Amiot, affecté au 3e Rég. D’Art. col. Il sent le moment venu de tenter sa chance. Pendant que les hordes allemandes envahissent le sol de France, le lieutenant Amiot s’initie aux techniques de l’observation aérienne en un temps record. Deux heures de vol suffisent à l’officier artilleur pour s’habituer à l’instabilité de l’appareil et pour savoir adapter la vue à vol d’oiseau aux problèmes d’artillerie. Le reste du temps est employé à se familiariser avec le matériel et les méthodes d’observation aérienne et de coordination : topographie, orientation, photographie, signalisation, etc…

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Et début septembre 1914, Amiot est affecté comme lieutenant à l’escadrille Blériot 30 et prend part à la bataille de la Marne et à celle de l’Aisne. Le 4 novembre 1914, il écrit à ses parents : « …voilà 8 jours que nous sommes ici (St Jean d’Ypres, Belgique). Quelle bataille ! C’est la ruée sauvage des Allemands pour briser notre ligne. Les gros obus tombent jour et nuit, sans arrêt. Oui, depuis 8 jours, nous sommes terriblement marmités. Ypres est en feu et sur les routes d’interminables colonnes de civils fuient vers l’arrière, sans savoir où aller. Quel triste spectacle. Mais patience, nous aurons notre revanche. Je sors tous les jours, souvent plusieurs fois par jour et je suis exténué, mais je fais du bon travail : réglage du tir de nos 105 long (hélas, pourquoi n’en avons-nous pas de plus lourds, quels magnifiques cartons nous pourrions faire !) et hier j’ai mitraillé un Taube qui passait sous notre Voisin ; il n’a pas demandé son reste et est descendu à la première bande de cartouches. Je chevauche tout ce que j’ai sous la main : Blériot, Farman, Morane Saulnier, Voisin. Il fait froid à 2200 mètres et on nous canarde copieusement, mais les chances de nous attraper son minimes. Je suis heureux de faire du bon travail … »
Et la bataille des Flandres rapporte au lieutenant Amiot sa première décoration étrangère : la médaille belge de l’Yser.

L’année 1915 passe, fertile en émotions de toutes sortes. Le 28 septembre, il est nommé capitaine et en mai 1916, il passe à son tour le brevet de pilote et reçoit huit jours plus tard, le commandement de son escadrille, la déjà célèbre F 55. Et le 10 mai, l’escadrille F 55 part pour Verdun.
Depuis le 21 février, le monde entier a les yeux fixés sur ce coin de terre française où se déroule la plus farouche et la plus sanglante bataille des temps modernes. Le bombardement préparatoire a déversé sur le front d’attaque quatre millions d’obus. Et puis c’est la ruée …
Quand Amiot arrive à Verdun, la gigantesque mêlée dure depuis deux mois et a englouti près de 400.000 hommes. La classe 1916 s’est fait massacrer et par la brèche de 7 km que les Allemands ont ouvert dans le front au prix de 30 divisions, le sang coule à flots.
Sans une minute de repos, l’escadrille F 55 survole l’effroyable charnier et se bat dans les airs avec le même héroïsme que ceux qui se trouvent de plain-pied dans la fournaise.
En novembre 1916, l’escadrille F 55 mérita la belle citation à l’ordre de l’armée que voici :
« Depuis 5 mois sur le front de Verdun et sous la direction expérimentée du capitaine Amiot, l’escadrille a rendu les plus grands services à l’artillerie lourde, grâce à l’entrain, au courage, au travail et au dévouement de son personnel. Elle a permis d’obtenir sur les batteries allemandes une supériorité marquée grâce au repérage quotidien et aux périlleuses et importantes missions de réglage de tir qui lui ont été confiées ».

Au printemps 1918, l’Allemagne lance sa dernière et formidable ruée. Près d’un million d’hommes relevés en Russie foncent sur la charnière franco-anglaise et crèvent le front anglais entre Noyon et Bapaume, après une courte préparation d’artillerie qui n’a duré qu’un peu plus d’une heure, mais au cours de laquelle les Allemands ont tiré plus de coups de canon que pendant toute la guerre de 1870 ! Le 18 avril, l’ennemi a atteint Montdidier et les armées françaises doivent faire front vers le Nord. L’heure est grave. L’objectif, c’est Paris. Le 9 juin, le général allemand von Hutier avance avec 170.000 hommes. Le soir, le front est enfoncé jusqu’à Ressons-sur-Matz. L’escadrille d’Amiot participe activement à la bataille et l’attaque allemande est définitivement enrayée. Amiot est cité à l’ordre du G.Q.G. : « Officier d’élite, d’une bravoure et d’un sang-froid remarquable, a dirigé avec une habileté incomparable le service aéronautique d’un corps d’armée pendant les récentes opérations. Grâce à ses judicieuses dispositions, à son initiative et à son zèle, a pu assurer l’action d’un groupement de plusieurs divisions dans des conditions tout à faire supérieures. »
Et le 26 juillet 1918, le capitaine Amiot est promu Officier de la Légion d’Honneur.

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Après la guerre, il effectue plusieurs missions, comme courrier du Conseil Supérieur de Guerre, à Berlin, Prague, Vienne et Varsovie.

En 1920, il demande et obtient un congé de 2 ans.
Vingt années d’une vie qui, le moins qu’on puisse dire, n’a pas manqué de mouvement, ont tout de même fini par fatiguer Charles Édouard. Il a 38 ans et estime le moment venu de songer à « se ranger ».
Voici le bilan de ses 20 ans de service : 6 campagnes, 22 batailles rangées, Chef d’escadron, Officier de la Légion d’Honneur, 10 citations, 17 décorations, et non des moindres, puisque parmi elles figurent la Croix de guerre avec 7 palmes et 3 étoiles, l’Ordre de Léopold avec palme, la Croix de guerre belge, le Military Cross et le Distingued Service Ordre, l’ordre de la Couronne de Roumanie. Que d’efforts, que de courage et que de souffrances derrière ces trophées !

Et c’est à Altkirch qu’Amiot reprend contact avec la vie civile. Le conseil d’administration des Tuileries Gilardoni Frères lui confie le poste de Directeur général de l’usine d’Altkirch, qui a repris son activité dès la fin des hostilités. La capitale du Sundgau devient son « pays », à lui qui n’en avait jamais eu. C’est ici qu’il acquerra droit de cité, prendra racine et formera souche, c’est ici qu’il trouvera l’ultime repos.

Trop d’énergie, trop de dynamisme étoffent ce diable d’homme pour que, toutefois, son caractère puisse s’accommoder d’une paisible activité de rond-de-cuir. Et, tour à tour, il fonde et dirige l’usine des Chaux et Ciments et la Société des Matériaux de construction du Rhin, préside le conseil d’administration de la Banque Populaire et de l’Usine métallurgique d’Altkirch.
Ses qualités de chef s’affirment avec la même assurance que sur le champ de bataille. Et ces mêmes qualités, doublées d’un rare esprit d’altruisme, il les témoigne également à la présidence de l’UNC, de la Croix-Rouge, de l’Union Sportive Pro-Patria, de l’hôpital Saint-Morand et du Syndicat agricole.
Par sens du devoir civique plus que par ambition (car cet homme de caractère a gardé intactes ses qualités de droiture et d’intégrité), il tâte de la vie politique ; le 5 mai 1929, il entre au conseil municipal d’Altkirch, est élu adjoint en 1934, maire en 1945. L’année suivante, la confiance de la population l’envoie siéger au Conseil de la République (sénateur de la IVe république) et au Conseil général du Haut-Rhin, dont ses collègues lui confient la présidence.

Lorsque survient la guerre en 1939, le commandant Amiot rejoint l’Air 10, groupe des armées de l’Est, où il est chargé du 3e bureau. La « drôle de guerre » se passe à fournir un gigantesque travail d’organisation que la précarité des moyens et peut-être aussi une mentalité se contenant par trop de l’à-peu-près, rendait difficile sinon illusoire. Jour par jour, le colonel Luciani accompagné de son fidèle adjoint Amiot, nommé lieutenant-colonel le 15 mars 1940, parcourt les 200 km du secteur, guidant et encourageant les uns, forçant les autres à prendre des initiatives. Travail ingrat, tâche difficile, dans cette atmosphère de dangereuse euphorie, truffée d’illusions et réfractaire à toute idée de catastrophe possible.
Mai et juin amenèrent le brutal réveil, la désillusion, la défaite. Le 13 juin, le PC de l’Air 10 à Neufchâteau est soumis à un bombardement intensif. Les vagues d’avions se succèdent, les bombes descendent dans un long ululement sur la ville atterrée. Mais dans la petite pièce qui leur sert de bureau, le commandant de l’Air 10 et son adjoint restent à leur poste, impassibles. Cependant les bombes se rapprochent, sont sur eux. Alors Amiot se lève, se fige au garde-à-vous face à son chef et prononce, la main à la visière : « Mon colonel, si nous devons mourir, je tiens à vous saluer avant de nous retrouver dans l’autre monde … »
Il ne meurt pas, mais a le tympan crevé par le souffle de l’explosion. Le soir, le PC est transféré en lieu sûr, au prix de mille difficultés. Voici l’appréciation donné par le colonel Luciani : « Colonel Amiot, splendide soldat et officier, au cœur si profondément humain parce qu’ayant tant souffert, aux sentiments d’une élévation sublime, à l’âme si belle, gardant intactes les croyances de son Alsace, vous fûtes pour moi non seulement l’adjoint, mais l’ami, plus que l’ami, le frère qui, ayant peiné sur les routes glorieuses de notre empire colonial, avait des trésors d’expérience. »

Démobilisé à Lyon, le colonel Amiot y organisa sans tarder un centre d’accueil et de ralliement pour ses compatriotes alsaciens expulsés et soucieux de leur sort. Retiré par la suite à Bourg-en-Bresse et installé à l’Hôtel de France, son appartement devint très vit la cellule initiale d’un centre de résistance qui permit au général Cochet d’organiser la diffusion de tracts anti-vichyssois ou d’appels à la résistance, et au général Delestraing de constituer des dépôts clandestins d’armes et de munitions dans toute la région. Et quand le général Delestraing fut arrêté, Amiot continua la mission.
Cette activité devint particulièrement dangereuse lorsque l’état-major du corps d’armée von Wintherfeld s’installa à l’Hôtel de France ! L’immeuble fut entouré d’un triple rang de barbelés et truffé de sentinelle. Mais cette dangereuse promiscuité fournit au colonel Amiot des occasions inespérées de recueillir, souvent au prix d’une incroyable audace, des renseignements précieux.
Pris un jour dans une rafle monstre à l’instant même où il rentrait à l’hôtel, les poches bourrées de papiers plus que compromettants, une patrouille commandée par un sous-officier l’appréhenda à l’entrée des barbelés. Le moment était critique : mais Amiot ne perdit pas son sang-froid. Avec un incroyable culot, il se dressa de toute sa haute taille devant l’Allemand, et aboya en allemand : « Qu’est-ce qui vous prend ? Vous ne savez que je suis le colonel Amiot ? Faites immédiatement dégager la chicane,  le général n’aime pas attendre … » Et le sous-officier, surpris et impressionné, se rangea au garde-à-vous sur le côté !

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La France a récompensé tant de courage, de dévouement et de patriotisme. En 1949, il devient Grand Officier de la Légion d’Honneur.
Voici le texte du décret du 28 février 1949 : « … Officier supérieur de réserve, au magnifique passé militaire. Plusieurs fois blessé et cité, Commandeur de la Légion d’Honneur le 30 septembre 1930. A pris une part essentielle à la lutte clandestine contre l’ennemi. A obtenu et transmis des renseignements de la plus haute importance en dépit des recherches et perquisitions des SS. A organisé des missions clandestines au cours desquelles il a maintenu élevé le moral de ses compatriotes alsaciens. A travaillé en liaison avec un important réseau de résistance. Signé : AURIOL. »
Cette distinction fut remise au colonel Amiot le 20 mai 1950, à Altkirch, par le général Koenig, dont une lignée d’ancêtres furent citoyens d’Altkirch, au cours d’une magnifique manifestation organisée par la municipalité.

Charles-Édouard Amiot, quel homme !

Quand ses concitoyens lui parlaient de ses états de services et des faits de guerre, il leur répondait : « J’ai eu simplement plus de chance que mes camarades … »
Lutteur, le colonel Amiot l’est resté jusqu’à la fin et se défendit avec courage contre la maladie qui l’emporta le 16 mars 1952. Ses obsèques donnèrent lieu à une grandiose manifestation d’estime et de sympathie.

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Sources :
– Une fière figure d’Alsace : Charles-Édouard Amiot, grand officier de la Légion d’honneur, de Charles Voegele – 1953
http://www.senat.fr/senateur-4eme-republique/amiot_charles0037r4.html


LE REGIMENT DE MARCHE DE LA LEGION ETRANGERE 1943 - 1945

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AUTORITE21 HISTOIRE & DEFENSE

Oct 09, 2015

CREATION ET DENOMINATIONS :
 Le 5 décembre 1942 une Demi-Brigade de Légion Etrangère et d'Infanterie Coloniale est créée à partir d'effectifs du 3e REI. Elle devient le 15 décembre de la même année le 3e Régiment Etranger d'Infanterie de Marche (3e REIM).

le 1er juillet 1943, le 3e REIM redevient le RMLE.

À la fin de la guerre, le 1er juillet 1945, le régiment reprend de nouveau son appellation de 3e REI.
      
DECEMBRE 1942 - 3e REIM :
À la suite du débarquement des Américains en Algérie et au Maroc (opération Torch du 8 novembre 1942), l'ordre est donné à la Légion Etrangère de constituer des Unités pour combattre l'armée allemande en Tunisie. Après l'éphémère existence d'une Demi-Brigade de Marche de la Légion Etrangère et d'Infanterie Coloniale (5/12/1942) le Général Giraud crée le 15 décembre 1942 le 3e REIM (3e Régiment Etranger d'Infanterie de Marche) à partir du I/3e REI, du III/3e REI et d'un Bataillon mixte dont les effectifs proviennent du 3e et du 2e REI. Chaque Bataillon compte alors 4 compagnies.
   
Chef de corps Colonel Lambert     
  
I/3e REIM : Commandant Laparra

II/3e REIM : Commandant Boissier

III/3e REIM : Commandant Langlet
    
En janvier 1943 le 3e REIM est engagé en entier pour résister à l'offensive allemande qui vise à dégager le couloir de communication entre les armées de von Arnim de Tunis et celles de Rommel repoussées depuis El Alamein. Le 18, lors des combats du réservoir de l'Oued Kebir, le II/3e REIM est anéanti et son commandant, blessé, est fait prisonnier. Le lendemain c'est au tour du I/3e REIM de disparaître. Lors de ces combats, où le régiment qui fait preuve d'audace de courage et de vaillance, aura le triste privilège de rencontrer les premiers chars Tigre allemands, les pertes sont de 35 officiers et 1 634 légionnaires perdus.

Le Régiment ne compte plus que 2 Bataillons à 2 Compagnies chacun. Retiré du front le 10 février il est renforcé le 30 mars 1943 par un détachement en provenance du Maroc.
   
 Chef de corps Colonel Lambert     
   
I/3e REIM : Commandant Laparra

II/3e REIM : Commandant Gombeaud
   
Le 16 avril, le régiment est affecté à la Division Marocaine de Marche (DMM) commandée par le Général Mathemet. Le 12 mai, il reçoit la capitulation de 19 000 prisonniers.

RENAISSANCE DU RMLE :
Le 1er juillet 1943, le 3e REIM, entièrement équipé à l'américaine, redevient le RMLE. Il est « sur le pied » américain, c'est à dire « ternaire » (3  Bataillons à 3 Compagnies). Il devient le régiment porté de la 5e DB.
   
Chef de corps Colonel Gentis     
    
I/RMLE : Commandant Daigny (affecté au CC5)

II/RMLE : Commandant Charton (affecté au CC4)

III/RMLE : Commandant xxx (affecté au CC6)
    
BELFORT NOVEMBRE 1944 :
Les 14 et 20 septembre 1943, les 3 Bataillons débarquent près de Saint-Raphaël sur la plage de Dramont.

Du 15 novembre au 13 décembre, les Bataillons du RMLE participent avec les différents Combat Command de la 5e DB aux opérations de la Trouée de Belfort. La 3e Compagnie du I/RMLE est décimée à Montreux-Château tandis que des éléments de la 7e Compagnie (I/RMLE) s'illustrent près de Delle où elle neutralise une compagnie allemande.

En six semaines d’engagements quasi ininterrompus, le R.M.L.E. a perdu un millier d’hommes, quarante Officiers tués ou blessés. Cinq Chefs de bataillons ont été blessés : les Commandants Charton, Daigny, Gombeaud et Laimey, et le Commandant Roger Forde, mortellement blessé.

POCHE DE COLMAR JANVIER 1945 :
   
Chef de corps Colonel Gaultier (en intérim du colonel Tritschler)     
    
I/RMLE : Commandant Daigny (affecté au CC5)

II/RMLE : Commandant de Chambost (affecté au CC4)

III/RMLE : Commandant Boulanger (affecté au CC6)
    
Le Régiment est engagé avec la 5e DB à partir du 22 janvier 1945 dans la contre attaque décidée par le Général de Lattre pour soulager Strasbourg. le R.M.L.E. du lieutenant-colonel Louis Gaulthier et le 1er R.E.C. du colonel Roger Miquel opèrent dans le cadre de la 5e D.B. du général Henri de Vernejoul avec les trois C.C. vers Ribeauvillé. Les éléments du R.M.L.E. opèrent à partir du sud, sur un front de 25 km entre Mulhouse et les Vosges. Dans un premier temps toutefois, le C.C.4 marche avec la 3e D.I.U.S., démarrant un peu au sud de Sélestat.

Le 1er bataillon aux ordres du commandant Daigny est affecté au C.C.5 aux ordres du colonel Mozart ;

Le 2e bataillon aux ordres du commandant de Chambost marche avec le C.C.4 du général Guy Schlesser ;

Le 3e bataillon aux ordres du commandant Boulanger, appartient au C.C.6 du colonel Boutaud de Lavilleon.

Le CC6 est engagé avec le 1er Régiment de Chasseurs Parachutistes à Jebsheim au cours de combats très violents (N-E de Colmar) du 25 au 30 janvier. Le 25 janvier, le 1er R.C.P. enlève Jebsheim, avec le 254e R.I.U.S., après de rudes combats; 300 parachutistes sont tués et autant d’Américains. Le 3e bataillon du R.M.L.E. du commandant Boulanger et son détachement éclaireur du 1er R.E.C. se battent ensuite pendant trois jours pour nettoyer Jebsheim aux S.S. qui résistent jusqu’à la mort : maison par maison, étage par étage, cave par cave, les légionnaires de la 9e compagnie du capitaine Masselot doivent neutraliser un par un les fanatiques défenseurs. ‘’Chaque immeuble est une redoute, chaque soupirail cache un Panzerfaust’’, Le CC5 conquiert Urschenheim le 1er février 1945 tandis que le CC4 libère Colmar le 2.

ALLEMAGNE - AUTRICHE MARS – MAI 1945 :
Le 11 mars 1945 le Colonel Olié remplace le colonel Tritschler décédé au Val-de-Grâce. Le 15 mars, le CC6 (III/RMLE) es engagé avec la 3e DIA pour la conquête de la Ligne Annemarie puis dans la percée de la ligne Siegfried le 20.

Le 9 avril, le Régiment pénètre dans la Forêt-Noire et conquiert Stuttgart le 21. Continuant sa descente vers le sud il finit par atteindre le Danube puis le Lac de Constance. Il pénètre enfin en Autriche en mai 1945 à la veille de la capitulation allemande
  
DRAPEAU 

Sur l'avers :     
    
République Française

Régiment de marche de la Légion étrangère
    
Sur le revers :         
    
Honneur et Patrie
(sur les drapeaux de la Légion Etrangère, cette devise est remplacée depuis les années 1920 par Honneur et Fidélité)
    
INSCRIPTIONS :

Les noms des batailles s'inscrivent peintes à la main en lettres d'or sur le Drapeau
      
Camerone 1863

Artois 1915

Champagne 1915

La Somme 1916

Les monts de Verdun

Picardie-Soissonais 1918

Vauxaillon 1918

Maroc 1921-1934

Djebel Mansou 1943

Alsace 1944-1945

Stuttgart 1945
     
Lors de la Seconde Guerre Mondiale, le nouveau RMLE a reçu le drapeau du 3e Régiment Etranger.
 
DECORATIONS :
 
Croix de guerre 1939-1945 avec 3 palmes

Croix de guerre de l'ordre Portugais de la Tour et de l'Épée (Chevalier et Grand-croix) (Portugal)

Médaille des volontaires Catalans (Espagne)
 
Cravate bleue de la "Distinguished Unit Citation", avec inscription "Rhine-Bavarian Alps" décernée le 6 mai 1946 (États-Unis)
   
CHEF DE CORPS :

1943 - 1943 : Colonel Gentis

1943 - 1944 : Colonel Tritschler

1944 - 1945 : Lieutenant-Colonel Gaultier

1945 - 1945 : Colonel Olié
  
TRADITIONS :

INSIGNE :
Rectangle d'or portant en cœur un rectangle vert et rouge frappé d'une grenade à sept flammes avec en chef FRANCE D'ABORD et en pointe R M L E souligné.

DEVISE :

« FRANCE D'ABORD » qui est aussi la devise de la 5ème Division Blindée


TEMOIGNAGE :
« Depuis la plus petite cellule de combat, désormais organisée autour du véhicule Half Track, jusqu’au niveau régimentaire, presque tout est nouveau. Le légionnaire combattant-muletier polyvalent ne sert plus ; il apprend à devenir soit conducteur-mécanicien, soit mitrailleur de bord, soit fantassin porté. Avec la fin de l’épreuve égalisatrice de la marche à pied, la spécialisation individuelle commence. Le cadre de contact évolue de même et trouve sa place comme chef de groupe ou comme chef d’engin. Le sous-officier adjoint découvre les joies de la maintenance et de la logistique, quant au chef de section il apprend à manœuvrer plus vite, à déborder plus largement et surtout à se coordonner avec les autres rouages du combat motorisé : les chars, l’artillerie, le génie. Les capitaines et les chefs de bataillon apprennent à manœuvrer en appui des chars dans le cadre d’un Combat Command (CC) structure de combat interarmes où se mêlent trois escadrons de char Sherman, trois compagnies d’infanterie portée, une compagnie d’appui de bataillon d’infanterie (CAB), une batterie d’artillerie, une compagnie de chasseurs de chars Destroyer et des éléments du génie. Pour la souplesse de manœuvre, les CC sont divisés en sous-groupements (un escadron de Sherman, une compagnie d’infanterie et leurs appuis) et les capitaines jouissent d’une belle autonomie. La structure, les savoir-faire et la tactique de combat sont donc totalement nouveaux et vont nécessiter un temps d’apprentissage, sous l’encadrement des équipes américaines d’instruction du French Army Instruction and Training Corps, basé à Port-aux-Poules. »Ph GUILLOT.

Le R M L E mettra 14 mois pour être pret, entièrement équipé et armé par les Etats Unis, pour recevoir l'ensemble de ses véhicules, mais à Camerone 1944, il est « sur pied ».
    
LA PRISE DE COLMAR JANVIER 1945 :
Le 29 janvier, la 9e compagnie du R.M.L.E. dont l’encadrement est constitué par le capitaine Masselot et les adjudants Mobmeyer et Mertens, atteint enfin le carrefour sud du village de Jebsheim que bordent aussi par l’ouest les Américains de la 3e D.I. U.S.
 
La Légion perd un officier, René Mattéi à Grussenheim.

Le 30 janvier, à la demande des Américains, légionnaires du R.M.L.E. et parachutistes du 1er R.C.P. lancent en commun un ultime assautqui a enfin raison des dernières résistances du Gebirgs-Régiment 136 et des Jagdpanthers du 525e groupe de chasseurs de chars.Le capitaine Georges Gufflet, commandant la 10e compagnie est tué, et tous ses chefs de section sont blessés. La prise de Jebsheim est l’un des épisodes les plus dramatiques de cette bataille avec de terribles combats de rues. 500 cadavres ennemis sont dénombrés, outre le millier de prisonniers, pour la plupart blessés. Les sacrifices du R.M.L.E. ont permis de couvrir efficacement la manœuvre des autres corps sur Colmar. La Légion perd les officiers Raoul Franqueville à Elsenheim et Jacques Peyrières à Urschenheim.

Le 31 janvier, affaibli par de lourdes pertes, le III/R.M.L.E. doit être relevé. Le C.C.5 prend le relais afin de poursuivre sur Durrenentzen et le Rhin. Dans ces actions, la 13e D.B.L.E. et le R.M.L.E. n’agissent évidemment pas seuls. Ils s’intègrent au cœur et très souvent en tête de cet ensemble franco-américain qui pousse vers Neuf-Brisach et Colmar.

Le C.C.4, après avoir travaillé à Orbey avec la 3e D.I.U.S., est affecté à la 28e D.I.U.S. du général Norman D. Cota. La 28e D.I.U.S. perce immédiatement au nord de Colmar.

Le 31 janvier au soir, Colmar est largement débordé, par l’est, par le 21e C.A. U.S. et, au nord, le 2e C.A. français a atteint le Rhin. Au sud-ouest, le C.C.5 attaque en direction de Neuf-Brisach et du Rhin. Un escadron du 1er R.E.C. investit la vieille citadelle de Vauban. Au sud, le C.C.4 avec le 2e bataillon du R.M.L.E. fait route en direction d’Andolsheim.

La 1ère D.M.I. parvient à s’emparer de Marckolsheim au-delà du canal et la tenaille est suffisamment refermée sur Colmar pour qu’il soit possible de songer à prendre la ville.

Le général de Lattre de Tassigny décide alors de lancer l’assaut final sur Colmar.

Le C.C. 4 est fractionné en trois sous-groupements :
    
le   Sous-groupement A, commandé par le lieutenant-colonel Du Breuil, comprend le 1er escadron de chars légers (capitaine Bouchard), le 3e escadron de chars moyens (capitaine Gauthier) du 1er Régiment de Cuirassiers, et la 5e compagnie (capitaine Boret) du R.M.L.E.

le   Sous-groupement B, sous le commandement du chef d’escadron de Préval, réunit le 4e escadron de chars moyens (capitaine Dorance) du 1er Régiment de Cuirassiers et la 6e compagnie (capitaine Simonet) du R.M.L.E.

le   Sous-groupement C, aux ordres du chef de bataillon de Chambost, est constitué par le 4e escadron de chars moyens (capitaine Guibert) du 1er Régiment de Cuirassiers, la 7e compagnie (lieutenant Hallo, suite à la blessure du capitaine Grange) et la compagnie d’accompagnement (capitaine Carayon) du R.M.L.E.
 
Chaque   Sous-groupement dispose également d’un peloton du 3e escadron ‘capitaine Boileau) du 1er R.E.C. avec des automitrailleuses de reconnaissance, d’un peloton du 3e escadron (capitaine Chaumel) du 11e Régiment de Chasseurs d’Afrique avec des tanks-destroyers, et d’une section de la 2e compagnie (lieutenant Salvat) du 36e Génie.
 
Le 1er février à 15 heures, le général Guy Schlesser est convoqué au P.C. du général Milburn qui lui demande sa conception de l’opération. Les éléments avancés du C.C seront le soir même à 15 km au sud-est de Colmar, séparés d’ailleurs de la ville par le cours d’ l’Ill dont le franchissement sera difficile. Pour le général Guy Schlesser, l’opération payante consiste à maintenir une puissante pression devant Sundhoffen pour attirer au sud-est de Colmar les réserves de l’ennemi et même à lui faire croire à la volonté de franchir l’Ill en tentant de lancer un pont dans cette région, pendant que le C.C.4, tous moyens rassemblés (bien que réduits à 23 chars et 4 tank-destroyers) se décrochera très rapidement et dans le secret (par conséquent au cours de la nuit ) et du sud-est se portera en plein nord de Colmar, attaquera du nord au sud, fera irruption dans la ville et interdira le débouché des routes venant de l’ouest et du sud.

Dans la nuit du 1er au 2 février, après s’être emparé d’Horbourg, le C.C.4 remonte sur Colmar tous feux éteints, parcourt 30 km par une nuit noire sur des chemins encombrés, verglacés, chargés de neige, franchit le canal de Colmar, l’Ill et la Fecht sur des ponts glissants, pour rejoindre sa base d’assaut au nord de l’agglomération. A l’aube, toutes les unités sont en place. Le C.C.4 est prêt à bondir sur Colmar.

Soudain, en cette aube de Chandeleur, un vent chaud balaye la plaine d’Alsace. Il précipite une fonte accélérée de la neige, avec en contrepartie une débâcle généralisée des cours d’eau. Il a l’avantage de découvrir bien des mines et autres artifices semés par l’ennemi.

Le 2 février, Français et Américains peuvent charger de front pour entrer dans la ville. Tous les chars du C.C.4 sont aux lisières de la forêt au nord de la ville ; le 109th Infantry Regiment passe à l’attaque. Cependant, à l’est de la route de Strasbourg, la résistance reste farouche. Des chars allemands sont signalés vers le cimetière et toute progression de l’infanterie dans cette direction est impossible. Arrivé aux lisières de la ville, le 109th R.I.U.S. doit s’effacer et laisser au C.C.4 l’honneur d’entrer dans Colmar.

Les équipages du C.C.4, extrêmement fatigués (ils n’ont eu le temps, ni de dormir, ni même de prendre la moindre nourriture), sont freinés par le fossé antichars.

Vers 9 heures 30, un trou est enfin découvert dans le dispositif antichar ; le peloton du lieutenant de courson, qui est en tête, trouve, en se rapprochant de la route nationale 83, un chemin de terre bordant les excavations pleines d’eau d’une gravière et mal obstrué par la défense ennemie ; par la route des Carlovingiens, il atteint la route de Strasbourg en évitant les barricades et les obstacles construits à l’entrée nord de Colmar. Mais peu avant la caserne Macker, les chars de tête du sous-groupement B se heurtent à une très vive résistance allemande mais le commandant de Préval met toute son énergie et sa hardiesse pour que son sous-groupement reprenne, à toute vitesse, le mouvement en avant.

Derrière lui, le sous-groupement C du commandant de Chambost, qui a rejoint la route de Strasbourg par la rue des Belges, rencontre lui aussi du dur.

Le sous-groupement A du lieutenant-colonel du Breuil s’engage à son tour dans la brèche.

Le sous-groupement C assure sa sécurité jusqu’au sud du canal (Brennbächlein) en gardant toutes les issues de la route de Strasbourg avant de nettoyer la caserne Lacarre.

A 11 heures 15, les premiers chars du sous-groupement B du commandant de Préval débouchent place Rapp : le premier char du C.C.4 à entrer dans la ville est un char de la Légion ; les légionnaires du III/R.M.L.E. suivent dans la foulée. Le sous-lieutenant Frédéric Torquebiau est tué durant les opérations de nettoyage. Colmar est libéré mais les combats continuent.

A 12 heures 30, le sous-groupement B atteint son objectif à l’est de Wintzenheim.

A 13 heures, il s’engage alors des combats singuliers contre quelques lots de résistance, menés par de petits groupes de légionnaires, à la mitraillette, à la grenade. L’adjudant Deleenher, qui vient de succéder au sous-lieutenant Frédéric Torquebiau, est tué en pleine rue dans un véritable duel avec un sniper allemand.Sur la plage arrière du premier char entré dans la ville, les quatre hommes de protection sont tués par les snipers allemands.

A 14 heures, le commandant de Préval est blessé au cours de l’opération.

Ailleurs, c’est un groupe qui appelle par radio : il est cerné par une quarantaine d’Allemands. Un half-track fonce et le dégage.

Plus loin, c’est le sous-officier Bruneau qui, guidé par un civil de Colmar, contourne avec son char un pâté de maisons pour réduire un nid de résistance. Il est tiré 2 fois au Panzerfaust, 2 fois manqué.

La colonne du lieutenant-colonel Du Breuil défile en trombe ; après avoir traversé la ville, elle dépasse le sous-groupement B qui a atteint son objectif.

A 16 heures 30, le sous-groupement conquiert Wintzenheim où il fait de nombreux prisonniers.

Vers 17 heures, dans la ville enfiévrée, le combat se tait ; toute résistance cesse cependant qu’au clocher de l’Hôtel de ville de Colmar montent les trois couleurs.

Colmar libérée se tapisse de drapeaux, une fois relevés les blessés et les morts ; sept cents légionnaires en tout sont capables de se tenir debout pour participer aux festivités.


Ceux qui critiquent l’armée de terre devraient se taire

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Publié le 21/01/2016

Il y avait autrefois en usage une infraction d'atteinte au moral des troupes. Parfois, on rêve qu'elle soit de nouveau appliquée.

L’armée de terre est victime de son succès : elle est très populaire, mais pourtant elle est une grande inconnue pour une immense majorité de Français. Environ 1.000.000 de Français en âge de servir les armes (de 18 à 50 ans) ont reçu une instruction militaire de « terrien », c’est-à-dire aptes à une manœuvre de feux en grande unité organique (à l’exclusion, donc, de 95 % des gendarmes, aviateurs et marins qui manient des armements mais ne manœuvrent pas au sol). 200.000 hommes sont aujourd’hui en activité et environ 150.000 seraient rapidement opérationnels. Pour 60 millions de Français, l’armée de terre, le cœur terrestre de notre défense, est une terra incognita.

Alors fleurissent dans les dîners en ville, sur les blogs et les réseaux sociaux nombre de commentaires convenus, d’idées reçues, hélas, bien souvent chez ceux pourtant qui disposent d’une réelle sensibilité patriotique.

« Vigipirate ne sert à rien, les soldats n’ont pas de munitions, ce n’est pas leur métier, etc. »

Les premiers arrivés au Bataclan étaient les soldats de l’opération Sentinelle, armes chargées et approvisionnées. On a vu à Valence l’efficacité de leurs reflexes. Dans tous les quartiers ou l’armée a été déployée, la délinquance a diminué. Dans une guerre contre-insurrectionnelle, l’enjeu est la population et il faut bien commencer par reprendre le terrain et tenir les carrefours un par un avant de prétendre descendre dans les caches d’armes et débusquer les cellules.

« Comment peut-on faire une sortie en montagne alors qu’il y a un risque d’avalanche ? Qui est responsable de l’embuscade d’Uzbin ? Pourquoi plusieurs libérations d’otages ont-elles échoué ? Qu’est-ce qu’on fout en Afghanistan, au Mali ? On devrait aller en banlieue, etc. »

D’abord, un légionnaire s’entraîne par tous les temps. Ensuite, l’armée n’est ni une colonie de vacances pour jeunes désœuvrés, ni un sport étude. Donc oui, on s’y entraîne dur, même quand le risque d’avalanche est de 3 sur 5. Croyez-vous qu’il n’y a pas de risque d’avalanche lorsque la légion est déployée au Kosovo, en Afghanistan ou ailleurs ? Qui peut dire où il faudra déployer ces hommes demain ?

Ensuite, concernant le combat, chaque fois que l’armée de terre en général et les forces spéciales ont été engagées au feu, elles se sont brillamment comportées. En 1993, en Somalie, une unité d’appelés et d’engagés met par terre une cinquantaine de miliciens islamistes en une matinée, et ne subissent que des pertes légères. En 2008, à Uzbin, les paras du 8e RPIMa sont pris dans une embuscade à 1 contre 10. Ils subissent de lourdes pertes, mais lorsqu’ils se retirent du terrain, la katiba d’en face est décimée. En juillet 2013, un commando de 50 paras, en civil, équipés d’armes légères (pistolets et pistolets-mitrailleurs à munitions subsoniques), s’infiltre clandestinement en Somalie pour libérer un camarade. Ils perdent 3 hommes. En face, on compte une soixantaine de morts. Depuis mai 2013, les opérations Serval et Barkhane se soldent par des centaines de djihadistes tués.

Un soldat qui ne voudrait pas risquer sa vie pour son pays devrait changer de métier. Un civil qui ne comprendrait pas qu’un soldat meure pour son pays devrait se taire. Il y avait autrefois en usage une infraction d’atteinte au moral des troupes. Parfois, on rêve qu’elle soit de nouveau appliquée.

Oui, l’armée française subit des pertes à l’exercice et au combat, c’est le choix magnifique de ces hommes que de servir là où plus personne ne va. Oui, l’armée est une grande muette, mais aussi une grande sensible. Ne demandez pas à ces hommes de venir tout déballer sur un plateau chez Bourdin, Ruquier ou à « C dans l’air », ce n’est pas le genre de la maison. Leur hommage à eux est tout simple : se mettre au garde à vous devant les trois couleurs et sonner « aux morts ».


Deux légionnaires dans l’enfer vert

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Depuis cinquante ans, dans l’état d’Amazonie, l’armée brésilienne dispose d’un camp établi en pleine forêt dans lequel elle forme ses militaires et des soldats étrangers à survivre et à se battre dans la jungle. Deux légionnaires français y ont suivi récemment un stage de 10 semaines. Une expérience extrême.

Les participants transportent leur matériel dans des baluchons fabriqués avec des ponchos sur un radeau qu’ils ont construit.

Une explosion suivie d’un long coup de sifflet retentit sur les rives du Rio Puraquequara, affluent de l’Amazone. Il est à peine 5 heures du matin sur la base d’instruction Jorge Teixeira, du nom du premier commandant du Centre d’instruction de la guerre dans la jungle (CIGS), situé à Manaus, au Brésil. L’ambiance est donnée. Après quatre heures de sommeil, 73 stagiaires commencent une nouvelle journée d’instruction dédiée au combat en jungle, plus particulièrement aux opérations fuviales, dans cette région la plus humide du globe. Les quinze premiers jours du stage, ils étaient 118. Les tests ont eu raison de 45 d’entre eux.
Certains sont partis d’eux-mêmes, d’autres, à la suite d’exemptions physiques. Les stagiaires qui iront jusqu’au bout seront brevetés et deviendront des spécialistes de ce type de combat. Humidité et chaleur intenses, densité de la végétation, fleuves et cours d’eau sombres, fore et faune sauvages, sensation de cloisonnement et visibilité réduite… ne seront plus des obstacles insurmontables.

Confort proscrit et interdit de rire

Cette formation de 10 semaines en forêt amazonienne est réputée être l’une des plus difficiles au monde. Pourtant, le lieutenant Bastien, 26 ans, et le sergent Pablo, 40 ans, tous deux légionnaires, sont toujours présents malgré 4 semaines intenses, coupés du monde. Français, Sénégalais, Vénézuéliens, Argentins ou encore Équatoriens partagent une volonté commune aux côtés de leurs camarades brésiliens : obtenir le Graal, le brevet des combattants de la jungle, symbolisé par un jaguar. Tout au long du stage, ils sont placés dans des conditions réelles de combat en jungle.
Tout confort est proscrit. L’hygiène n’est pas la priorité. Rire est interdit. La nourriture est identique à chaque repas : riz, haricots rouges et farine de manioc. Les protéines ? On peut les trouver dans la jungle. Les hommes dorment également peu : pendant plus de deux mois, ils ont pour seul lit un hamac. Dans la chaleur et l’humidité de la forêt, aucune intimité n’est possible.
Ils sont pourtant tous volontaires.
« Depuis 1964, l’école forme l’armée brésilienne et des armées étrangères au combat en jungle. Il existe différents stages selon les grades.

Exercice d’infiltration : après avoir sauté du Black Hawk, les soldats nagent sur deux kilomètres avec sac et armement.

En ce moment, nous en proposons un dédié aux offciers subalternes et aux sous-offciers, explique le colonel Alcimar, 23e commandant du CIGS. Il se compose de trois phases : connaissance du milieu et survie, techniques spécifques et opérations spéciales. Son objectif : savoir commander du plus bas échelon au plus haut durant un combat en jungle. » Tous les stagiaires portent le même uniforme brésilien afn que règne l’esprit de groupe. Oubliés grade, nom et prénom. Un numéro, collé sur leur arme et leur chapeau camoufé – qu’ils ne quittent que pour dormir – les désigne désormais. Pour le lieutenant Bastien, qui porte le numéro 13, « il ne s’agit pas de nous déshumaniser, mais simplement de nous reconnaître plus facilement. Les 15 premiers jours du stage sont les plus diffciles. Le rythme est épuisant, c’est physique, mais tout est dans le mental. Nous n’avons pas un moment à nous. Nous ne connaissons pas le programme de la journée. D’ailleurs, nous ne savons jamais ce que nous allons faire dans les 5 minutes à venir ».

Dans les eaux sombres du Rio Puraquequara

Dans cette phase dédiée aux opérations fuviales, le lieutenant et ses camarades auront droit à des cours théoriques de tir, de krav maga, d’orientation sur l’eau, des tests écrits, tous suivis d’entraînements pratiques, de jour comme de nuit. Tous les entraînements se font en treillis et rangers, sac sur le dos, le Para FAL, fusil d’assaut brésilien, à l’épaule et coupe-coupe à la ceinture. Soit plus de 35 kilos à porter ou tirer, lorsque les stagiaires sont au sec… Ce qui est rare dans cette séquence au cours de laquelle ils se retrouvent le plus souvent dans l’eau sombre du Rio Puraquequara. D’ailleurs, après un entraînement de descente en corde lisse et en rappel depuis un hélicoptère brésilien Black Hawk sur la zone habituellement dédiée aux exercices de tirs, ils sont héliportés au-dessus de la rivière. Nouvel exercice : sauter à l’eau depuis l’aéronef avec tout l’équipement puis nager sur 2 kilomètres pour rejoindre la rive. Mieux vaut éviter de boire la tasse, car le risque d’infection est réel. Mais tout ça n’arrête pas les stagiaires. Le commandant du CIGS ajoute : « Tout est surveillé. Le service de santé effectue des prises de sang, des analyses d’urine, veillant particulièrement à ce que personne ne contracte la leishmaniose ou la fièvre jaune... La moindre blessure est difficile à soigner à cause de l’humidité du climat. Souvent, malgré maladies et blessures, les stagiaires ne veulent pas s’arrêter. C’est ce qui est dangereux. Nous faisons donc attention. » Le temps libre étant compté, « nous le passons à entretenir notre corps et notre armement », commente le lieutenant Bastien. Le sergent Pablo donne des astuces pour tenir : « Il ne faut surtout pas mettre de talc sur les pieds ! Avec l’eau, il se transforme en boue, ce qui irrite la peau. Il faut se badigeonner de vaseline, la couche d’huile protège l’épiderme. »
Il faut apprendre à se soigner seul. Les crèmes sont autorisées, pas les comprimés. Pour combattre en jungle, il faut savoir durer, d’où l’importance des cours de survie : trouver sa nourriture, se soigner avec les plantes, et éviter celles qui sont toxiques… « La jungle est comme un magasin : on trouve tout ce qu’il faut pour survivre », explique le soldat Cauchman, du CIGS, en même temps qu’il se frotte les mains avec des termites. L’odeur qui se dégage de ces insectes écrasés – proche de l’odeur de la sève de pin – est un antimoustique naturel. Car le risque de paludisme est bien présent, lui aussi.
Nouveau coup de sifflet. Les stagiaires se regroupent rapidement, sans un mot, sac sur le dos, arme à la main. Au pas de course, entamant leur chant de section en portugais – bien que certains ne parlent pas la langue – ils partent pour une nouvelle instruction. « Sou guerra na selva (je suis la guerre en jungle), Vim para aprender (je suis venu pour apprendre), Para min lutar (pour lutter), treinar e combater (m’entraîner et combattre), Um, dois, Selva ! (un, deux, la jungle !), Três, quatro, Brazil ! (trois, quatre, le Brésil !). » Le soleil se couche sur l’Amazonie. Cela fait 13 heures que les stagiaires sont debout. Mais la nuit ne symbolise jamais la fn d’une journée lorsqu’on apprend à combattre dans la selva…

Flora Cantin


Le 11 mars 1898 – L’attaque de Vohinghezo

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AU FIL DES MOTS ET DE L'HISTOIRE

14 mars 2013

 Le 11 mars 1898 - L’attaque de Vohinghezo dans EPHEMERIDE MILITAIRE le-capitaine-flayelle-150x150

L’attaque de Vohinghezo (Madagascar)

D’après « Les Hauts faits de l’armée coloniale, ses héros » – F. Bertout de Solières – 1912

Notre extension méthodique dans la province de Tulléar et dans l’ouest du cercle des Baras ayant été, à diverses reprises, entravée par les incursions à main armée d’une bande réfugiée dans le massif boisé du Vohinghezo, sis à l’est du confluent du Mongoka et du Malio, M. le capitaine Flayelle, commandant les troupes de la province de Tulléar, fut chargé de chasser cette bande de son repaire.

Il disposait, pour l’opération projetée :
- d’un détachement de la 1ère compagnie de la légion, sous les ordres de M. le lieutenant Montagnole ;
- de quelques hommes de la 11e compagnie du 13e régiment d’infanterie de marine ;
- d’une pièce de la 6e batterie de montagne (lieutenant Defert) ;
- d’un détachement de la 6e compagnie du 1er Malgaches ;
- d’un détachement de la 8e compagnie du 2e Malgaches (sous-lieutenant Garenne) ;
- d’un détachement de la milice de Tulléar (M. l’Inspecteur Charles) ;
- d’un détachement de la compagnie de Fianarantsoa (M. le garde Morel).

Ce groupe quitta le poste de Soaserana le 11 mars dans l’après-midi, passa le Malio, et, après un repos de quelques heures, se remit en route à onze heures du soir.

Voici le récit du combat, fait par un des survivants :

Un clair de lune suffisant permet de marcher assez vite dans une région inconnue. Bientôt, on a la certitude que les rebelles sont avertis. Leurs sentinelles fuient devant les éclaireurs et des feux s’allument dans la montagne en face. On arrive devant un bois qui paraît impénétrable tant l’obscurité est devenue profonde. Le capitaine veut attendre le jour pour attaquer, mais le lieutenant Montagnole s’est engagé au milieu des abatis avec deux éclaireurs.

C’est le signal d’une décharge générale et qu’on évalue à deux cents coups de fusils. Le capitaine lance alors les légionnaires sur les traces du lieutenant. Il traverse avec eux les abatis, mais il est difficile de pousser de l’avant car on ignore absolument le terrain. On ne voit que les coups de feu qui aveuglent et la fusillade, à bout portant, est tellement intense que les hommes n’entendent rien.

C’est alors que le lieutenant X., s’approchant dans les fourrés, crie : « En arrière ! ». Mais le capitaine, dans un geste superbe et de toutes ses forces : « Mais non ! Pas en arrière ! En avant ! ».

A ce moment, un coup de feu le frappe de deux balles, l’une au cœur, l’autre à l’abdomen, le capitaine tombe à la renverse !

Il dit à son ordonnance qui, quittant le convoi, s’était portée à ses côtés dès les premiers coups de feu : « Griseur, je suis mort ! ».

L’ordonnance s’est agenouillée près de lui : « Où ça ? »
« Au côté », répond le malheureux blessé.
« Attendez, je vais vous transporter en arrière pour vous faire panser. Ce n’est peut-être pas si grave que cela ».

Il appelle des légionnaires à l’aide et, à trois, ils le transportent à travers les abatis, malgré la demande du capitaine qui veut être laissé sur place. La colonne n’a pas de médecin. Deux infirmiers, aidés de Griseur, le pansent de leur mieux. Cela ne va pas sans quelque douleur.

« Vous me faites souffrir, dit-il, laissez-moi mourir ».

A l’ordonnance, qui parlait à voix basse : « Ne parlez pas à voix basse, ce n’est pas la peine, j’entends tout ce que vous dites ».

Au lieutenant Defert, qui vient lui demander comment il va : « Laissez-moi mourir ! » dit-il encore.

Blessé à cinq heures, le capitaine s’éteignait doucement à sept heures quarante, après trois ou quatre contractions de la bouche.

S’il avait peu parlé, il avait pu conserver sa pleine lucidité. Son regard était resté clair jusqu’au dernier moment. Les deux balles étaient mortelles : la première, entrée dans la région du cœur, restée dans la plaie et déterminant une hémorragie ; la seconde, perforant le foie et sortant par le dos. On avait (Griseur) apporté, vers cinq heures et demie, le corps du lieutenant Montagnole, déjà froid. Il avait reçu sept balles.

La bande mise en fuite, la colonne revint à Soaserana, d’où elle était partie et les deux officiers furent inhumés avec trois soldats tués dans le même combat.

Le général Galliéni décida, à la suite de cette affaire, que les postes d’Ankazoabo, Soaserana, Vorondreo et Manena, porteront les noms de poste Flayelle, poste Montagnole, poste Durlach, poste Ramanarany.

 

Une rue de Remiremont (Vosges) porte le nom du capitaine Flayelle.


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