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Ces Romands qui ont combattu pour la France

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— 27.07.2014

 

Parmi les milliers de Suisses qui ont combattu pour la France, gros plan sur les officiers romands Edouard Junod, genevois, et Pierre-Félix Glasson, fribourgeois (portrait). Premier volet de notre enquête.

 

Tandis que la guerre ravage l’Europe, le fossé se creuse entre la Suisse romande et la Suisse alémanique. Faisant abstraction de la neutralité affichée par la Confédération, laquelle s’apparente bien plus à un état de non-belligérance favorable aux grands Empires centraux, des Romands ne peuvent s’empêcher de rejoindre les rangs français. Nombre d’entre eux rallongeront l’interminable liste des soldats emportés par l’affreuse tourmente.

Bien que la Suisse n’ait pas été impliquée militairement dans le premier conflit mondial, elle a été touchée économiquement et moralement, démontre Alexandre Elsig avec la publication sur le site internet «14-18.ch» de cartes postales éditées à cette époque, lesquelles témoignent d’un climat tendu au sein de la Confédération. «C’est à ce moment-là qu’apparaît le terme ‘Graben’ pour signifier le fossé qui sépare la Suisse romande de la Suisse allemande», indique l’assistant diplômé de l’Université de Fribourg.

L’audacieux genevois Junod commande une compagnie française.

Parmi les Romands héros de la Grande Guerre, une mention toute particulière pour le capitaine genevois Edouard Junod (1875-1915), du 2e régiment de marche du 1er étranger qui servait depuis dix-sept ans à la Légion -au Maroc, au Tonkin et à Madagascar- quand débuta la Grande Guerre. Cet ancien officier dans l’armée de milice «est un mercenaire, dans la vieille tradition militaire suisse».

Il exerçait sur ses hommes une véritable fascination. Son contemporain Albert Erlande décrit le phénomène en mai 1915, lors de la meurtrière bataille de l’Artois: «Le capitaine Junod, un pied sur la marche d’un escalier creusé à la pelle-pioche, sa cigarette russe à la bouche, cravache en main, son regard froid électrisant sa compagnie, commande d’une voix douce: ‘En avant, mes enfants! Courage!’».

En 1914, le capitaine Junod prend en France le commandement d’une compagnie du 2e régiment de marche du 1er étranger. Connu pour son audace et son humanité, le capitaine qui se voulait «officier suisse au service de la France» aimait passionnément son pays. Il tenta de réintégrer l’armée suisse, en vain, ce qui fut un crève-cœur pour lui qui avait écrit dans son testament: «Quoique sous un drapeau étranger, je ne cesserai jamais de servir la Suisse dans ma pensée». Le 9 mai 1915, il est blessé en entraînant sa compagnie à l’assaut des «Ouvrages blancs» en Artois. Mais il s’empresse de retourner sur le front sans achever sa convalescence.

C’est à la butte de Souain en Champagne, dans l’après-midi du 28 septembre 1915, le jour même où Blaise Cendrars perd son bras sur un autre point du front, que le capitaine Junod  laissa la vie, sous les balles de mitrailleuses allemandes, après 20 campagnes qui lui avaient valu la Légion d’honneur, lors d’une offensive ordonnée par Joffre aussi meurtrière qu’inutile. «Junod meurt pour rien, ou presque. L’offensive de Champagne lancée par le général Joffre, commandant en chef des armées françaises, se solde par une avancée de… quatre kilomètres. Le bilan humain est terrifiant. L’armée française déplore 28’888 morts, 98’000 blessés, 53’000 prisonniers et disparus».

Junod venait d’envoyer ce mot à sa sœur: «J’écris dans l’obscurité. La journée a été terrible. On avance lentement. L’adversaire est dur, son artillerie admirablement servie nous abrutit sans interruption avec du 140 asphyxiant. Trêve ni jour ni nuit. Il pleut. Quelques éclaircies. Soleil pâle; on grelotte. Moral excellent. Je ne comprends pas comment je suis encore debout.»

Avant l’attaque, il avait dit à ses hommes: «Je compte que vous ferez honneur au pays, au nom de Suisses, que vous montrerez comment les Suisses savent se battre, avec le même courage que les anciens». Et Paul de Vallière (1877-1959), qui cite la phrase, d’ajouter: «Il faudrait raconter la bataille d’Arras, Verdun, la prise de Cumières, celle de Villers-Bretonneux où les Suisses repoussèrent cinq contre-attaques et perdirent 800 morts et 1’500 blessés. A l’attaque du bois de Hangard [-en-Santerre], sous un tas de cadavres, on trouva sur le corps du soldat Buvelot, de Nyon, un fanion rouge à croix blanche qu’une jeune Vaudoise lui avait brodé, avec l’inscription: ‘Vive la Suisse! Honneur à la Légion!’ (…) Le soldat Perottet, de Colombier, resté seul à sa mitrailleuse, Bolliger, Blaser, Mauser, Schaller, Berthoud, Jaccard, Bonnet tous décorés de la Croix de guerre, Cramer tué comme agent de liaison, le caporal Bourquin, cent autres qu’il faudrait nommer, se cramponnèrent au terrain conquis. Barbey, grièvement blessé, eut encore la force de transmettre un ordre avant de mourir. Près de Soissons, le caporal mitrailleur Fracheboud, de Gruyères, refusa de se rendre, dernier survivant de sa section. On le retrouva au milieu des cadavres ennemis, couché sur sa pièce qu’il avait entourée de ses bras en mourant. Le mitrailleur Vaucher, de Neuchâtel, engagé à 16 ans, Croix de guerre et Médaille militaire, a continué à servir sa mitrailleuse, l’œil arraché par une balle; cité à l’ordre de la division. Le clairon Renard de Lausanne, blessé mortellement, sonna la charge jusqu’à son dernier souffle». Le soldat Louis-Ernest Augustin, de Lausanne, engagé en 1917, à dix-huit ans, cité à l’ordre du régiment, le 8 janvier 1918, se retrouva, en 1940, sergent-major dans l’armée de milice suisse mobilisée. Si l’on s’en réfère à Vallière, en 1918, «le 18 juillet, les Suisses bousculèrent l’ennemi sur une profondeur de 11 kilomètres, à l’est de Villers-Cotteret. Le lieutenant Rebut, de Genève, neuf citations, Légion d’honneur, y fut tué».

 Pierre-Félix Glasson: un Gruérien combattant dans le nord de la France.

Ce même 18 juillet 1918,  le capitaine Pierre-Félix Glasson (1886-1929), de Bulle en Gruyère, ex-capitaine au 1er régiment des grenadiers de la Garde royale belge, devenu capitaine de la 6e compagnie du régiment de marche de la Légion étrangère de 1916 à 1918, est blessé d’un éclat d’obus devant sa compagnie. Fortement intoxiqué par les gaz de combat, le Bullois ne quitta son poste qu’à l’arrivée de son remplaçant. Figure marquante du service militaire étranger au XXe siècle, il était né à Fribourg le 7 octobre 1886. Il descendait d’une famille gruérienne bien connue à Bulle, dont la souche remonte au XIIIe siècle.

Quoique féru d’histoire de l’art, il avait commencé par faire des études de droit à Fribourg, puis à Munich. Lieutenant d’infanterie en 1909, il devient capitaine des gardes suisses du pape de 1911. En 1914, il rentre en Suisse puis s’engage dans l’armée belge le 21 février 1915.  Il devient successivement lieutenant puis capitaine dans le régiment des grenadiers de la Garde royale en 1915. Le 19 juillet 1915, Glasson se voit décerner la croix de chevalier de l’Ordre de Léopold. En mai 1917, il quitte l’armée belge pour passer au service de France. Glasson reçoit le 14 septembre 1917 le commandement de la 6e compagnie du régiment de marche de la Légion.

Son régiment va tenir pendant trois semaines la région de Cottenchy-bois du Paraclet, avant de passer à l’offensive le 26 avril 1918 au bois de Hangard sur le plateau de Gentelles au sud-est d’Amiens. Le 21 mai, le capitaine Glasson est cité à l’ordre du corps d’armée: «Le 26 avril 1918, a magnifiquement entraîné sa compagnie sur un terrain violemment battu par l’artillerie et les mitrailleuses. Par l’habileté et la décision de sa manœuvre, a forcé le repli de l’ennemi et atteint son objectif avec un minimum de pertes». Il est encore à Ambleny, dans l’Aisne, à l’ouest de Soissons, le 9 juin. La compagnie Glasson atteint le 19 juillet à 9 heures la route Château-Thierry-Soissons, mais le 20, le capitaine Glasson est blessé d’un éclat d’obus au bras droit et fortement intoxiqué par les gaz. Il n’abandonnera cependant son commandement qu’à l’arrivée d’un remplaçant. Le 15 août, il est cité à l’ordre de la division marocaine: «Officier d’un grand courage. Blessé à la tête de sa compagnie, resté seul officier, n’a pas voulu se laisser évacuer avant d’avoir passé son commandement à un officier d’une autre unité désigné par son chef de bataillon». Blessé et gazé, cet officier suisse profondément marqué par la guerre sera décoré de la Croix de guerre française.

Le 10 mars 1919, le capitaine Glasson est attaché au général Dupont, chef de la mission militaire française à Berlin. Il le restera jusqu’au 15 janvier 1920. Entre-temps, le 11 mai 1919, il est titularisé dans l’active comme capitaine à titre étranger. Du 19 février au 6 juin 1920, il est affecté au 24ème d’infanterie et adjoint au général Odry puis au général de Corn dans l’enclave de Memel -l’actuel Klaïpeda- petit territoire alors coincé entre la Prusse orientale et la Lituanie. Le 6 septembre 1920, il obtient son congé de la Légion et retourne dans le canton de Fribourg. Il ne démissionne de l’armée active qu’en avril 1926.

L’expérience de Glasson, quoique fortement atteint dans sa santé, profita à ses compatriotes. Il donna en Suisse romande, dans les cercles d’officiers, des conférences sur le premier conflit mondial, qui remportèrent un immense succès. La conférence qu’il donna à Fribourg fut d’ailleurs publiée dans la Revue militaire suisse de juin et de juillet 1921. En 1922, il publia La guerre future (Editions Victor Attinger),  un petit volume de 124 pages qui sera traduit en espagnol et en tchèque.

Le capitaine Glasson mourut le 16 juin 1929 des suites lointaines de ses blessures. Peu avant sa disparition, la République française l’éleva au rang d’officier de la Légion d’honneur. Les réserves duMusée gruérien de Bulle abritent ses uniformes et ses décorations.

Blessés ou morts, des héros romands honorés.

Dans son oeuvre «Les Suisses au service de la France», Jérôme Bodin cite de son côté l’adjudant-chef Mader qui, avec 10 légionnaires,  neutralise à Aubérive en avril 1917, une compagnie adverse et s’empare d’une batterie de canons lourds. Vallière cite encore le lieutenant Doxat, de Champvent, Légion d’honneur, quatre citations; le capitaine Gustave Marolf, de Genève, de la 3e compagnie de mitrailleuses, tombé à Belloy en Santerre; le lieutenant Blanck, de Vevey, dix citations, Croix de guerre, Médaille militaire, Légion d’honneur; le capitaine Courvoisier, de Neuchâtel, blessé le 12 juin 1918; le lieutenant Guillermin, de Genève, Légion d’honneur, frappé mortellement le 23 juillet 1918, près de Noyon; le lieutenant Blancpain, tombé près d’Arras; le sous-lieutenant Granacher, chef du peloton des pionniers, tombé à Flirez le 12 janvier 1918. Sans oublier le lieutenant Deglon tué le 13 septembre 1918, le sergent Drescher, le caporal Jotterand, grièvement blessé comme chef de pièce à la 3e compagnie de mitrailleuses, le légionnaire genevois Wyler «remarquable estafette calme et courageuse, qui trouva la mort en juin 1918, près d’Ambleny et titulaire de cinq citations; le légionnaire Louis Armand (Genève) qui n’hésita pas à s’élancer sous la mitraille pour porter secours au capitaine de Tscharner, blessé».

Ces Suisses qui ont combattu pour la France

Ces 1’891 Suisses morts pour la France


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