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Le prince, la comtesse, l’ambassadeur et les képis blancs

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La Légion étrangère, arme d’élite par excellence, a depuis toujours compté dans ses rangs des personnalités exceptionnelles. Originaires de la Grande Russie, trois d’entre-elles y ont marqué leur passage d’une empreinte indélébile, contribuant largement au renom de cette troupe prestigieuse. C’est leur parcours pour le moins atypique que nous vous présentons aujourd’hui.

Le prince Amilakvari

Descendant direct des seigneurs du royaume de Géorgie, le prince Dimitri Amilakvari naît à Gori le 31 octobre 1906. La révolution de 1917 obligeant sa famille à l’exil, Dimitri, alors âgé de onze ans, arrive à Istanbul avec sa mère. Il y demeure six années et fait ses études dans une institution britannique.

Le baptême du feu

En 1922, sa famille s’installe en France. Dimitri s’intéresse au métier des armes et entre en 1924 à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr, en qualité d’élève-officier étranger. Deux ans plus tard, il est affecté au 1er Régiment étranger d’infanterie, en Algérie. En 1929, il est muté avec le grade de lieutenant au 4e Régiment étranger stationné à Marrakech. A cette époque, l’Empire chérifien n’est pas totalement pacifié, des zones de dissidence restant à réduire dans l’Atlas. C’est ainsi que le 30 mai 1932, le 1er bataillon du 4e Régiment étranger est chargé d’occuper le plateau des Izeroualem, sur lequel a été signalée une forte concentration ennemie. Pour le lieutenant Amilakvari c’est le baptême du feu et une première action d’éclat, sanctionnée par une citation. A la tête de ses légionnaires, il participe ensuite à toutes les opérations dans le sud du Maroc. Il s’illustre encore au cours des combats particulièrement violents d’août et de septembre 1932. Nommé capitaine le 1er janvier 1937, il est affecté au 1er Étranger.

Chevalier de la Légion d’honneur

Après la déclaration de guerre, le 20 février 1940 un bataillon de marche est formé à Sidi-bel-Abbès, en Algérie et un second à Fès, au Maroc. Ils sont groupés sous l’appellation de 13 e Demi-brigade de montagne de Légion étrangère (DBMLE) destinée à combattre en Finlande. La 13e DBMLE, future 13e Demi brigade de Légion étrangère (DBLE), est finalement dirigée sur la Norvège. Volontaire, Amilakvari est affecté au 2e bataillon ou il prend le commandement de la compagnie d’accompagnement. Entre temps, il est devenu français par un décret de naturalisation. La demi-brigade embarque à Brest et cingle vers la Norvège. Le 13 mai, c’est le débarquement de vive force à Bjervik face aux Allemands qui tiennent les positions défensives. Le lendemain, bien que blessé, il participe aux combats pour la conquête du port de Narvik. Pour son comportement héroïque sur les côtes norvégiennes, il sera fait chevalier de la Légion d’honneur

Face aux troupes de Rommel

Mais en France la situation est grave. L’annonce de la demande d’armistice jette la consternation dans les rangs du corps expéditionnaire de Norvège. A son retour, Amilakvari fait partie de ces Français qui, refusant la défaite, rejoignent à Londres le général de Gaulle. Pour le chef des Français libres (FFL), il s’agit de continuer la lutte et de rallier à sa cause les pays constituant l’Empire colonial français. Suit une longue série de combats jalonnant le parcours des FFL à la recherche de soutien dans la France d’outre-mer. Après l’échec devant Dakar, les FFL rallient le Cameroun puis sont engagés en Érythrée contre les Italiens ; la 13e DBLE participe à la prise du port de Massaoua, le 8 avril 1941. D’Érythrée, Amilakvari promu chef de bataillon et ses hommes sont engagés dans la campagne de Syrie. Le 21 juin, ils entrent dans Damas. Nommé lieutenant-colonel, il prend le commandement de la 13e DBLE le 19 octobre 1941. Après la traversée de la Palestine, du Sinaï et de l’Egypte, le régiment se trouve, en janvier 1942, face aux troupes de Rommel au pied du plateau de Cyrénaïque. En juin il participe au fait d’armes de Bir Hakeim et à la sortie de la garnison encerclée ; la 13e DBLE y est en première ligne et subit de lourdes pertes. Ramenée à l’arrière pour se reconstituer, la brigade des Français libres accueille le général de Gaulle le 10 août, en Égypte. Au cours de la prise d’armes, le lieutenant-colonel Amilakvari est fait Compagnon de la Libération.

Ultime combat

Au mois d’octobre la 13e DBLE, rattachée à la VIIIe Armée britannique, prépare une attaque sur el Himeimat, à l’extrémité sud du dispositif anglais. Amilakvari doit faire man?uvrer ses bataillons pour contourner les défenses ennemies puis attaquer les flancs d’un plateau nommé « l’observatoire ». A 23h00, un premier champ de mines allemand est franchi. Le 24 octobre, à 1h00 du matin, le 1er bataillon attaque, mais il se heurte à des falaises à pic, battues par des mitrailleuses qui tirent depuis des grottes aménagées par l’ennemi et ne peut atteindre son objectif. A 5h00, le 2e bataillon parvient à prendre pied sur le plateau mais avec le jour qui se lève, les blindés allemands contre attaquent ; faute d’appui il est contraint de se retirer. Jusqu’à 9h00, l’artillerie et les mortiers ennemis se déchaînent sur les positions de la demi-brigade. Le lieutenant-colonel Amilakvari donne alors l’ordre de se porter plus en arrière pour occuper une position intermédiaire favorable. Profitant d’un instant de répit il se rase et dit à son entourage : « Lorsque l’on risque de comparaître devant Dieu, il convient de se mettre en tenue convenable ». Une heure plus tard, une salve de quatre obus l’encadre en explosant. Portant la main à son cou, il s’écroule, mortellement atteint.

Chef de guerre prestigieux, intrépide, animé d’un profond sens humain, il avait une reconnaissance infinie pour la France, sa patrie d’adoption. Il aimait à répéter à ses légionnaires : « Nous, étrangers, n’avons qu’une seule façon de prouver à la France notre gratitude pour l’accueil qu’elle nous a réservé : nous faire tuer pour elle ».

*

La comtesse du Luart

Leila Hagondokoff, née à Saint-Pétersbourg le 6 février 1898, est issue d’une famille princière à l’esprit militaire très marqué. Très tôt elle décide de se consacrer aux blessés de guerre et aux malades. A 17 ans, elle est infirmière à bord des trains militaires russes pendant la guerre russo-japonaise puis, à 19 ans, dans les hôpitaux de la Mer Noire, à titre bénévole.

Départ forcé

En 1917, Leila épouse un de ses grands blessés, le capitaine Bajenoff, officier de la Garde impériale. La Révolution d’octobre éclate, une fusillade se fait entendre pendant la cérémonie de son mariage. Peu après, ses parents se réfugient en France tandis qu’elle s’échappe avec son mari par le Transsibérien et gagne Shanghai. Au cours du voyage elle met au monde un garçon, Nicolas. En Chine, le capitaine Bajenoff meurt rapidement des suites de blessures dont il s’était incomplètement remis. Cinq ans plus tard, elle rejoint sa famille à Paris et trouve un emploi chez Chanel.

Là ou le combat fait rage…

Le 23 août 1934, elle épouse le comte Ladislas du Luart qui encourage ses actions d’entraide. Pendant la guerre d’Espagne elle crée, non sans difficultés, une formation chirurgicale mobile. Elle comporte des tentes-hôpitaux et un centre opératoire monté sur camion et rapidement opérationnel. Afin de conserver son indépendance, elle ne porte que des vêtements civils et refuse tout grade militaire. En 1940, lors de l’invasion allemande, elle se replie en zone libre. L’année suivante, elle part pour l’Algérie où elle intervient avec sa formation sur les chantiers de la voie ferrée Méditerranée-Niger, où une épidémie de choléra s’est déclarée.

Marraine du Royal étranger

Après le débarquement anglo-américain de novembre 1942 en Afrique du Nord, les forces alliées entendent chasser les Allemands de Tunisie. La comtesse du Luart est en première ligne, auprès du 3e Régiment étranger d’infanterie de marche. Été 1943, la campagne de Tunisie terminée, les unités de Légion venues du Maroc regagnent leurs garnisons. L’antenne chirurgicale arrive à Rabat où le 1er Régiment étranger de cavalerie (REC) est en cours de réorganisation. Le colonel Miquel, chef de corps du Royal étranger (1er REC), l’invite à une prise d’armes organisée en son honneur. Au cours de cette cérémonie, il lui demande si elle consentirait à devenir la marraine du régiment : elle accepte sans hésiter. Pour Noël, elle fait venir des États-Unis des cadeaux destinés à tous les légionnaires du 1er REC. Mais elle ne peut procéder elle-même à la distribution, le général Juin lui ayant demandé de le suivre en Italie, où le Corps expéditionnaire français est engagé. Au cours de cette campagne, son antenne chirurgicale est très sollicitée. Madame du Luart est partout, secourant les blessés en péril.

Toujours présente pour ses légionnaires

Quelques semaines après la prise de Rome de juin 1944, le Corps expéditionnaire français est réorganisé pour intégrer le corps de débarquement en formation. La comtesse profite de ce répit pour visiter le 1er REC stationné à la frontière algéro-marocaine. A la fin de l’année 1944, l’antenne chirurgicale est engagée derrière les unités au combat. Son antenne participe ensuite à la campagne d’Allemagne et suit la 1re Armée du général de Lattre en Autriche jusqu’au 8 mai 1945. La guerre terminée, le 1er REC regagne sa garnison d’Oujda au Maroc, mais sa marraine ne peut le suivre. Ce n’est que lorsque le régiment passe à Marseille, prêt à embarquer pour l’Indochine pour Noël 1946, qu’elle le retrouve sans pouvoir le suivre en Extrême-Orient. Pendant la guerre d’Algérie, elle crée à Alger un centre de repos et de détente pour les légionnaires du 1er REC. Fonctionnant de 1956 à 1960, il peut accueillir jusqu’à 400 permissionnaires. Avec la fin de la guerre, madame du Luart doit quitter l’Algérie ; le centre est fermé. A partir de l’installation du 1er REC à Orange, en 1967, la marraine des légionnaires cavaliers honorera le régiment de sa présence à l’occasion de toutes les grandes fêtes.

Le 21 janvier 1985, la comtesse du Luart s’éteint à l’âge de 87 ans. Ses obsèques solennelles se déroulent en l’église Saint-Louis des Invalides, l’église des soldats. Elle est portée par six légionnaires du 1er REC au milieu de centaines de ses filleuls qui la pleurent comme une mère. Elle repose au cimetière russe de Sainte-Geneviève-des-Bois, à Paris.

Brigadier-chef d’honneur du 1er REC la comtesse du Luart était commandeur de la Légion d’honneur et Grand officier de l’Ordre national du Mérite.

*

L’ambassadeur Pechkov

Né le 16 octobre 1894 sous le nom de Yeshua Zolomon Movshevich Sverdlov, il est le frère aîné de Yakov Sverdlov, un des futurs chefs de file du mouvement bolchevique, puis haut responsable de l’Union Soviétique. En 1896, madame Gorki rencontre la famille Sverdlov dont elle devient rapidement une amie proche. Afin de contourner la loi tsariste interdisant aux juifs d’habiter les grandes agglomérations de Russie, Yeshua Zolomon Movshevich Sverdlov se fait baptiser selon le rite orthodoxe et change de nom. Maxime Gorki, de son vrai nom Pechkov, accepte d’être son parrain et Yeshua Zolomon Movshevich Sverdlov devient alors pour l’état-civil, Zinovi Pechkov.

Le « manchot magnifique » !

Zinovi passe une jeunesse tumultueuse dans une Russie déchirée et aux quatre coins de l’Europe. En 1904, il émigre au Canada mais au bout de deux ans il rejoint Gorki à Capri. Arrivé en France, il est parmi les premiers volontaires étrangers à s’engager dans les rangs de la Légion étrangère pour la durée de la guerre. Le 21 octobre 1914, il est nommé légionnaire de 1re classe au 2e Régiment de marche du 1er Étranger qui monte au front. En avril 1915, il est promu caporal. Le 9 mai, il participe à la tête de son escouade à l’attaque des Ouvrages blancs sur le front d’Artois. Blessé au cours de l’action, il perd un bras et reçoit la Médaille militaire. D’autres se seraient contentés de cette première expérience, mais Zinovi Pechkov s’engage à nouveau comme 2e classe en juin 1916. Comme son handicap physique l’empêche de participer directement aux combats il a un poste d’interprète. A ce titre il est promu officier et part en mission aux Etats-Unis et en Russie. Chevalier de la Légion d’honneur en 1917, Pechkov effectue plusieurs missions diplomatiques en Union soviétique et en Roumanie. En 1920, il est officier de liaison à Erevan auprès du haut-commissaire de France dans le Caucase.

La Légion au Maroc

La guerre terminée, l’inaction lui pèse autant que la nostalgie de la Légion étrangère. Capitaine depuis deux ans, il retrouve la Légion en 1922 pour un long séjour dans les rangs du 4e puis du 1er Régiment étranger. Ayant participé aux opérations contre les dissidents marocains sur la Haute Moulaya et à Anoufi, il reçoit en 1923 une première citation au titre des théâtres d’opérations extérieurs. Affecté ensuite à la 22e compagnie du 1er Étranger il participe à la guerre du Rif contre Abdel Krim. De nouveau blessé au Maroc en 1925, à Bab Taza, il trompe son ennui en rédigeant ses souvenirs pendant sa convalescence. Ces derniers seront publiés sous le titre « La légion au Maroc ». De nouvelles missions l’appellent à l’étranger avant qu’en septembre 1930, il ne rejoigne le Levant comme chef de bataillon au II/1er Étranger. A l’occasion d’un nouveau séjour au Maroc, il commande le 4e bataillon du 2e Étranger pour quelques mois jusqu’à un nouveau départ en Syrie pour une autre mission. En 1937, il revient au Maroc prendre le commandement du 3e bataillon du 2e Étranger. Mais le temps le rattrape et au mois d’août 1940, il quitte définitivement la Légion atteint par la limite d’âge. Il aurait pu cette fois-ci jouir d’un repos bien mérité…

Convaincre Tchang Kai-Chek

Mais l’armistice en France vient d’être signé et, sans hésiter, il rejoint l’Angleterre et les Forces française libres du général de Gaulle. Ayant eu tout au long de sa carrière militaire maintes occasions d’exercer ses talents de diplomate, c’est tout naturellement que le chef des FFL fait de Pechkov son ambassadeur en Chine auprès de Tchang Kai-Chek. Il y accueille les rescapés du 5e Régiment étranger arrivant du Tonkin en avril 1945. Après la victoire, Pechkov reste en Extrême-Orient en qualité de chef de la mission française à Tokyo où il devient un grand ami du général américain Mac Arthur. Son activité remarquable au Japon lui vaut de recevoir les insignes de Grand croix de la Légion d’honneur le 30 juin 1947. A son retour en France Pechkov, alors âgé de 80 ans, reçoit du général de Gaulle une mission particulièrement délicate : celle de se rendre auprès de Tchang Kai-Chek et de lui expliquer les raisons pour lesquelles la France vient de reconnaître le régime communiste de la Chine de Mao Tsé Toung. Il s’acquitte de cette dernière mission avec brio et à son retour prend sa retraite. Vivant seul dans son petit appartement parisien, le général Pechkov vivra des heures de profonde solitude.

Un dimanche de novembre 1966, il se sent mal. Refusant l’ambulance qui vient le chercher, il se rend en taxi à l’hôpital américain de Neuilly. Sa joie est grande quand il apprend que la femme russe à l’accueil est comme lui originaire de Nijni Novgorod. Sentant qu’il va mourir, il demande que l’on fasse venir son ami le prêtre orthodoxe prince Nicolas Obolenski qui lui fermera les yeux lorsque le lendemain, lundi 27 novembre 1966 à 21h00 il rendra le dernier soupir. Ses obsèques sont célébrées le 30 novembre en l’église orthodoxe de la rue Daru à Paris. Son cercueil est porté par huit légionnaires en tenue de parade. Sur sa tombe au cimetière de Sainte-Geneviève-des-Bois figure une seule inscription : « Zinovi Pechkov - Légionnaire ».

Aujourd’hui encore ces trois personnalités hors du commun, par leurs actions et leur attachement à la France symbolisent bien l’amour et la fraternité qui unissent deux peuples que tout pourrait opposer, mais que les forces du c?ur et de l’amitié rapprocheront toujours.


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