AALEME

Légionnaire toujours...

  • Plein écran
  • Ecran large
  • Ecran étroit
  • Increase font size
  • Default font size
  • Decrease font size

Le musée de la Légion Etrangère

Envoyer

par Philippe Guyot

Le Musée de la Légion, un musée particulier pour une institution particulière
Le Musée de la Légion étrangère est un des musées de l'armée de terre, autrefois appelés « musées de tradition ». Comme ces musées présents dans les écoles d'application sont les promoteurs de l'identité des différentes armes, il est destiné à mettre en exergue l'identité de ce corps bien particulier qu'est la Légion. Son existence est fondée sur la compétence du général commandant la Légion étrangère en matière de moral, patrimoine et de tradition pour ce qui concerne son institution.

Entité publique, le Musée de la Légion étrangère a donc pour vocation la présentation du patrimoine de la Légion à tous les publics, en faisant effort sur l'homme légionnaire, du jeune engagé au plus gradé des cadres, afin de lui fournir les repères nécessaires en terme de traditions, formation et éducation.


La salle des campagnes a été en grande partie réorganisée avec un parcours chronologique
qui n'a rien d'obligatoire et laisse une entière liberté aux visiteurs.


Créé depuis plus d'un siècle, il procède d'une idée-force dont l'actualité se renforce aujourd'hui: l'engagement du soldat professionnel, a fortiori étranger, doit être guidé par un certain nombre de repères afin de lui insuffler ce supplément d'âme qui le guide au cœur de l'action et tout spécialement lorsqu'il se trouve face à des situations nouvelles où l'initiative est de mise. 36 000 Légionnaires morts pour la France, auxquels viennent s’ajouter près de 100 000 blessés, sont autant de témoins présents dans ce musée pour montrer et démontrer, si nécessaire, que le légionnaire sacrifie beaucoup plus qu'il ne gagne, contrairement à sa très mauvaise caricature qu'est le mercenaire.

A ce titre, le musée assume la mission de rappeler aux légionnaires passés, présents et à venir, leur histoire, leur idéal et leurs traditions, tout en présentant, à un public extérieur, l'identité de la Légion étrangère à travers sa réalité historique et sa légende. Conçu comme un miroir interne pour les légionnaires et une vitrine pour le public, il est un outil de cohésion, de mémoire et d'ouverture vers la société civile.

L'origine du Musée de la Légion étrangère se situe dans les décisions du ministre Boulanger destinées à faire face à la crise du moral de l'Armée. Avec les guérites tricolores et l'adoption d'un nom de baptême pour les quartiers militaires, la création des salles d'honneur est en usage à la fin du XIXe siècle. Sous l'impulsion du colonel Wattringue, le 1er Régiment étranger débute la construction de la sienne en 1888, date à laquelle une première pierre est posée. Dans le bâtiment qui fait pendant au corps de garde du quartier Viénot à Sidi-bel-Abbès, une pièce est aménagée pour recevoir ce que Wattringue appelle alors « la brocante glorieuse ». Après quatre ans de travaux, le mérite de l'inauguration revient au colonel Zéni qui mit beaucoup d'énergie … et une partie de sa fortune personnelle pour finir ce projet!


La prothèse du capitaine Danjou.

Sous un toit désormais étanche, une vaste pièce accueille les souvenirs les plus marquants: la prothèse articulée du capitaine Jean Danjou mort au Mexique à la tête de la 3e Compagnie du 1er bataillon du Régiment étranger, l'aigle du drapeau du Régiment étranger sous le Second Empire, le drapeau provisoire confectionné sur les fonds personnels du corps en septembre 1870 à l'appel de l'exécutif provisoire, les trophées rapportées de la toute récente campagne du Tonkin.


Les campagnes africaines du Dahomey (Bénin) et du Soudan (Mali), l'expédition de Madagascar, la longue campagne contre Bou Amama dans le Sud Oranais et l'entrée au Maroc apportent leur lot de trophées et de prises de guerre. Les murs deviennent trop petits, les salles s'encombrent peu à peu. Un certain lieutenant Rollet fait don, ainsi, d'une collection de près de trente sagaies malgaches. En 1931, à l'approche de fêtes fastueuses données dans le cadre du centenaire de la Légion étrangère, une deuxième salle est créée. Dénommée « Temple des Héros », elle est consacrée aux légionnaires, gradés ou non, tombés au champ d'honneur ou entrés de leur vivant dans l'histoire, que le général Rollet choisit de mettre en avant, de citer en exemple. Mais très vite la place se révèle encore insuffisante, car sous l'impulsion du colonel Azan, plusieurs artistes très prolifiques sont au travail dans les rangs de la Légion. Le sergent Sméou créée ainsi plus de soixante huiles, sur toile ou sur bois, parmi lesquels la très célèbre vue en pied du capitaine Danjou, visible aujourd'hui encore.


La campagne du Mexique et Camerone.

Parallèlement, une réflexion est menée au sein de la Légion sur l'utilité et la fonction de la salle d'honneur. Elle aboutit, en 1936, à la création d'un Musée du souvenir, séparé des anciennes salles, où la fonction historique est beaucoup plus nette. Le lieutenant Andolenko, futur général, en établit une description détaillée dans son premier opuscule, une Visite aux salles d'honneur et au musée (Sidi bel Abbès, 1938, 281 p.). Un parcours logique est construit, il guide le visiteur, militaire ou civil, dans un circuit ordonné par théâtres d'opération. Il permet de conserver la solennité des anciennes salles, dans leur cadre fonctionnel de salle d'honneur pour différentes cérémonies ou activités militaires.

 


Le musée d'Aubagne rappelle les différentes campagnes.
En haut l'Afrique du Nord après la Seconde Guerre mondiale.
En bas, la Première Guerre mondiale.

A l'issue de la Deuxième Guerre mondiale et surtout de l'Indochine, le Musée se révèle beaucoup trop exigu. En 1958, une articulation est imaginée autour d'une salle d'honneur, prolongée par un espace consacré aux drapeaux et aux reliques, et d'une vaste salle des campagnes. Elle voit le jour en 1961 et sert moins d'un an, avant d'être abandonnée. C'est ce concept ambivalent qui est appliqué lorsque, à Aubagne, nouvelle maison mère de la légion, est construit le nouveau musée de la Légion étrangère. Les plans de 1958 sont utilisés comme document de référence et adaptés au terrain bien particulier du côté nord-ouest de la vaste place d’armes du quartier en cours de construction. Un bâtiment est conçu sur deux niveaux, le frontispice du premier étage formant une toile de fond blanche sur laquelle se détache, dans la perspective de « la voie sacrée », le monument aux morts de la Légion étrangère. M Pierre Messmer, ministre des armées, en pose la première pierre le 30 avril 1963, puis procède à son inauguration trois ans plus tard, conjointement avec le général Kœnig, ancien officier de Légion comme lui.


L'annexe de Puyloublier est entièrement consacrée à l'uniformologie
et constitue une référence incontournable pour un domaine qui demande une grande précision
et des recherches longues et complexes.

Le Musée de la Légion étrangère, visite au pays des étrangers servant la France

Dans ces murs des années soixante, chaque étage à sa logique autonome. Le rez-de-jardin est un lieu à vocation interne, mais il est ouvert à la visite en dehors des jours de cérémonies fonctionnelles. Il se compose d’une salle d’honneur prolongée par une crypte. Dans cette vaste salle, le jeune candidat au recrutement au sein de la Légion reçoit son contrat d’engagement de la main de son premier chef de section, un lieutenant à titre étranger donc issu du rang, qui lui remet ce document devant le tableau de Jean Adolphe Beaucé, élève de Ch. Bazin, relatif au combat de Camerone. Dès l’origine de sa vie militaire, l’homme est donc placé en présence de l’image de la fidélité à la parole donnée et du sacrifice qu’elle sous-tend.


Le képi blanc est un symbole dont l'histoire reste souvent mal connue.
Une vitrine spéciale explique son évolution tant pour le légionnaire que pour le visiteur.


Quatre mois plus tard, son instruction initiale achevée, ce jeune, devenu légionnaire, revient dans cette salle, où un caporal-chef ancien lui présente quelques repères simples: Camerone, le serment, le havresac du XIXe siècle et son célèbre « boudin ». Avec des mots adaptés au moins francophone d'entre eux, le général commandant la Légion étrangère, ou l’officier qui en reçoit la délégation, leur adresse un mot de félicitation pour le succès de l’instruction, puis les emmènent dans la crypte. Au garde-à-vous devant les noms des morts tombés au champ d’honneur qui entourent la main articulée du capitaine Danjou, symbole physique du serment de fidélité et du sacrifice, le légionnaire approche les anciens drapeaux des régiments étrangers. C’est en ces lieux que le général lui évoque le sacrifice de ces anciens dont la Légion perpétue la mémoire.

Bien plus tard, le jour de son départ à la retraite ou de la fin de son ultime contrat, le légionnaire, quel que soit son grade, revient dans la salle d’honneur où le même type de cérémonie se déroule. Une dernière fois, il vient se recueillir auprès du symbole des anciens tombés pour la France. Il remet en quelque sorte le bilan de son service devant les mannes de ses anciens qu’il viendra visiter ultérieurement, le plus souvent au cours des fêtes de Camerone ou à l’occasion d’un voyage touristique. Ils sont ainsi près de 3000 anciens, chaque année, à revenir sur ce lieu de mémoire, en quelque sorte sur le caveau de la famille.


Le musée d'Aubagne comporte aussi de nombreux mannequins.
En haut, les campagnes de la décolonisation.
En bas, la Seconde Guerre mondiale.

 

A l’étage, la Salle des campagnes a été conçue plus particulièrement pour exposer l’histoire militaire de la Légion étrangère à travers ses combats. Le visiteur est dans un espace moins intime et moins chargé de symboles. Il y retrouve certes des objets, mais aussi tout l’habillage pédagogique d’un musée : feuille de stances, cartels, didacticiels variés. Autant la salle d’honneur ne peut se comprendre qu’en présence d’un guide, systématiquement disponible pour les groupes, ou d’un audio-guide pour les individus isolés, autant la salle des campagnes laisse l’opportunité de se déplacer dans un parcours chronologique accessible à la fois au moins historiens des visiteurs et aux moins francophones d’entre eux.


Le buste du général Jeanningros, commandant de la Légion au Mexique.


Après une évocation de la tradition des étrangers au service de la France, des arbalétriers génois de 1346 au régiment de Hohenlohe dissous en 1830, le visiteur est emmené de la création de la Légion étrangère, consécutive à la loi du 9 mars 1931, jusqu’aux interventions actuelles de la Légion. A chaque phase historique, il a accès aux pièces marquantes de cette période, armement, uniforme, prises de guerre, objets d’ethnographie. En complément de ces éléments en trois dimensions, le musée se distingue par une impressionnante collection de documents graphiques accumulés depuis un siècle. Benigni, Rousselot, Toussaint, Marin-Gillet alias Marino, Rosenberg se sont succédés comme peintres quasi officiels du musée de la Légion étrangère et près de 400 de leurs œuvres, dessins aquarellés pour la plupart, accompagnent la visite. Moins connues du grand public, les œuvres des légionnaires Jondvedt, Toussaint Yvon, Burda, Kauffmann, Perez y cid, Kwon forment l'essentiel du reste de cette collection.


L'annexe de Puyloubier n'oublie aucune campagne.
En haut, les légionnaires lors du débarquement de Narvik, en 1940.
En bas, les campagnes coloniales de la fin du XIXe siècle.


Enfin, le musée est indissociable de son annexe de Puyloubier, le Musée de l'uniforme légionnaire. Abritée par l'Institution des invalides de la Légion étrangère, dans l'attente de la réalisation du projet de « grand musée » à Aubagne, une collection unique au monde, réunie par Raymond Guyader depuis près de 40 ans, réunit les tenues et accessoires des légionnaires de 1831 à nos jours. La fraction présentée au public se compose, entre autres, de 94 ensembles présentés sur mannequins depuis la tenue initiale de 1831 jusqu'à la fin de la présence sur le sol algérien en 1968.

L'annexe de Puyloubier r s'intéresse d'abord à l'uniformologie avec un grand soin du détail..
En haut, les premiers uniformes.
En bas, les uniformes récents dont le célèbre sapeur avec son tablier et sa hache,
toujours remarqué lors des défilés du 14 juillet .

Un centre de recherche historique sur la Légion étrangère

Désormais dirigé par un officier supérieur, en charge de l'histoire et du patrimoine au sein de l'état-major du Commandement de la Légion étrangère, de préférence conservateur diplômé, le Musée de la Légion étrangère assume, certes, les trois missions classiques de tout musée: conserver, valoriser et transmettre, mais il s’est doté, aussi, depuis septembre 2004, d’un outil de soutien de la recherche

Jumelé avec la revue Képi Blanc, un centre de documentation historique du musée a été créé en septembre 2004. S'appuyant sur la collection documentaire du Musée, improprement appelée « archives de la Légion étrangère » par le passé, sur la bibliothèque historique de la Légion et sur les collections de photographies anciennes de la revue Képi Blanc, ce centre a pour vocation de les communiquer au public, en donnant priorité aux universitaires et au monde de l'édition. Dans le but de favoriser la recherche et l’enseignement de l’histoire militaire relative à la Légion étrangère, les différents types de sources et près de 5000 ouvrages sont mis à la disposition du chercheur, dans la limite des conditions de communication définies par la loi. Disposant à terme d'un outil informatisé d'inventaire et de recherche thématique, l'ensemble repose aussi sur une équipe d'expérience.


L'entrée du Musée d'Aubagne, côté parc de strationnement.


Les chercheurs ont l'habitude d'être accueillis par ce Pak pris aux Allemands... et par la chaleureuse équipe du Musée. (NDLR)


Traduction

aa
 

Visiteurs

mod_vvisit_countermod_vvisit_countermod_vvisit_countermod_vvisit_countermod_vvisit_countermod_vvisit_countermod_vvisit_counter
mod_vvisit_counterAujourd'hui2597
mod_vvisit_counterHier3982
mod_vvisit_counterCette semaine6579
mod_vvisit_counterSemaine dernière38452
mod_vvisit_counterCe mois6579
mod_vvisit_counterMois dernier216768
mod_vvisit_counterDepuis le 11/11/099817304

Qui est en ligne ?

Nous avons 1150 invités en ligne

Statistiques

Membres : 17
Contenu : 13605
Affiche le nombre de clics des articles : 20647450
You are here ARTICLES 2014 Le musée de la Légion Etrangère