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Légionnaire toujours...

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La bataille de la crevette

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30 novembre, 2010

Si Chalabre m’était conté

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C'est à Chalabre que naît, le 15 avril 1828, Jean Danjou. Celui-ci devait trouver la mort les armes à la main, à la tête d'une poignée de braves, au soir du 30 avril 1863, dans une hacienda abandonnée, à Camaron, au Mexique, lieu plus connu sous le nom francisé de Camerone. Camaron c’est le mot crevette mais en mexicain. 

C'est en vain que vous chercherez le nom du Capitaine Danjou dans le Malet et Isaac, comme dans tout autre manuel d'histoire en usage dans les lycées et collèges. 

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Il est vrai que les historiens classiques n'ont généralement pas été tentés de s'étendre sur les détails de la guerre du Mexique. L'expédition fut décidée par Napoléon III et destinée à installer un Prince de la Maison d'Autriche, l'Archiduc Maximilien, sur le trône chancelant d'un Empire mexicain. Ce projet, dès l'origine, fut fort discuté, et fut l'échec que l'on sait. Cela devait se terminer pour Maximilien par le poteau d'exécution de Querétaro, à l'aube sinistre du 19 janvier 1867. 

Mais, si les manuels scolaires ont oubliés le Capitaine Danjou, n'allez surtout pas dire à un légionnaire que vous ignorez tant soit peu son histoire. Il en serait offusqué.  Le Capitaine Danjou est le héros légendaire de la Légion étrangère, l'exemple à suivre, et l'ultime référence. Rien pourtant ne semblait destiner Jean Danjou à la carrière des armes. Né dans une famille aisée de fabricants en bonneterie, il était destiné avec ses frères à prendre la succession de son père dans l'entreprise familiale. 

 

A 15 ans, il avait depuis longtemps quitté l'école et travaillait à la fabrique.

Le père, ce soir là, était rentré plus tard que de coutume, tout excité par une nouvelle qu’il rapporte !

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-Vous vous souvenez de Canut ! Le grand gaillard travaillait ici, et est parti voici 4 ans pour faire son service et s’engager dans l’armée. Il est revenu au pays, mais comme officier (sous lieutenant). Il a réussi le pitchoun ! Il veut retourner en Afrique. Marguerite, je l’ai invitée à partager notre repas demain soir. 

 

Autour de la table, ils n’ont d’yeux que pour ce magnifique garçon, bronzé par le soleil algérien dans un uniforme flambant neuf. La tunique est serrée à la taille par un ceinturon doré, un sabre traînant presque par terre, et un collet qui complète un brillant hausse-col. Le pantalon est marqué de larges bandes rouges, et les épaulettes d’or, dont l’une porte une longue frange chatoyante. Les shakos sont  marqués d’une plaque de cuivre, et sommés d’une cocarde. Il a bien changé l’humble tâcheron, qui était vêtu grossièrement. Celui, qui obéissait à son patron, a subi une belle transformation, physique et morale. C’est sûr, il ne reviendra plus travailler dans l’atelier de Chalabre.

Au récit de ses exploits, le jeune Danjou sentit naître une vocation irrésistible.

Marguerite, la maman était inquiète. Elle en parla à son époux, du possible départ de leur fils. Le papa minimisa, prétextant qu’il travaillait dans l’entreprise familiale, avec beaucoup d’entrain.

Le père d’une grande probité, courageux, et doté d’un grand esprit d’initiative, avait tracé la voie du fiston. Mais, un jour, l’idée faisait son chemin, et, un soir, à l’heure du repas, il dit : « je serai soldat comme Canut ! » Le père répliqua que, pour devenir officier, il faut être instruit, sachant que le garçon n’avait pas fréquenté l’école. Le père avait tenté de démontre que Canut avait bénéficié d’une bonne période, suivi d’un hasard exceptionnel.

Peine perdue !

Les études ne pouvant pas nuire, il fut inscrit à l’école de Mirepoix.

Jean, pour démentir les dires de son père, travailla à l’internat dans une quiétude et détermination. Le retard fut très vite rattrapé par ce garçon, avide de savoir, pouvant le mettre en position de réussir le concours d’entrée à l’école spéciale militaire.

Un cours privé vient d’ouvrir à Carcassonne, dirigé par monsieur Montés, professeur de mathématiques, auteur de plusieurs manuels. Il accueille l’élite du département.

Jean Danjou pénètre dans l’institution, en octobre 1844, au pied de la cité. Le nouvel élève, grâce à sa vocation et sa volonté, dans ces murs austères, va rattraper le retard. 3 années d’études font que notre Chalabrois est admis à l’école spéciale militaire, de Saint-Cyr. Sur 320 candidats il est reçu 250e, le 5 octobre 1847. C’était la 1re fois qu’il se présentait à un concours. 

Le petit bonnetier de Chalabre fait place à l’élève officier. Il arrive 164e sur 318 au passage de la 1ère année. 

 

Il atteint la place de 145e su 272 en 3ème année, pour l’examen de sortie. Reçu à l’examen, promu Sous-lieutenant, il reçoit sa 1re affectation le 1er octobre 1849, au 51e régiment de ligne, qui est en Afrique. Mais, notre nouvel officier attendra dans la garnison, avec les épreuves de servitudes, loin des campagnes et du soleil torride.

4 années plus tard, le 2 septembre 1852, il obtient, enfin, la mutation pour le 2e régiment de la légion étrangère, dont le camp est établi à Batna en Algérie. En réalité, il a permuté avec le sous-lieutenant Brassine. Le 26 septembre, il  embarque à Toulon pour aller accomplir la mission et son rêve. Il resta en Afrique en 52, 53, 54.

La Kabylie était au cœur des opérations. Mais, Danjou n’y participait pas beaucoup, faisant son apprentissage d’officier. Les troupes se rassemblèrent à Djidjelli.

Il accomplit des missions topographiques, avec le Capitaine Rousseau. Ils posent des jalons. Ils sont déparés de quelques distances, pour signaler que tout est en place. Ils tirent un coup de fusil, le 1er mai 1853, pour informer le Capitaine que son travail est fait. Il tire, et le canon éclate. Trop de poudre ou un défaut, toujours est-il que la main de Danjou fut déchiquetée. Les chirurgiens jugèrent l’amputation nécessaire.

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 Fusil d’infanterie modèle 1857. Ce 17 mm était fabriqué à Tulle ou Châtellerault.

Il fallut de longues semaines d’hôpital et de rééducation, pour la mise en place d’une prothèse articulée en bois, avec un manchon en cuir couvrant le moignon.  La réforme attend notre handicapé. Il ne peut revenir à Chalabre, après l’avoir quitté 10 ans au préalable. Il n’est que sous-lieutenant comme Canut, et une main en moins. 

 

Il refusa la réforme, et rejoignit son corps où il fut promu Lieutenant le 23 novembre 1853.

5 mois ont passé. Il embarqua le 29 juin 1854, sur le Jean Bart à Philippeville, en direction de Gallipoli, dans les Dardanelles, en Turquie, dans l’armée d’Orient.

Une nouvelle aventure commença. Ils durent résister au choléra, qui décimait les troupes du corps expéditionnaire.

La conquête progressa jusqu’en Crimée. À Sébastopol, il s’y distingua. Malgré le handicap de l’amputation, il montait à cheval et menait les assauts, vivant avec ses hommes dans les tranchées.

Tant et si bien que le 9 juin 1855, il fut promu au grade de Capitaine, une consécration et un hommage à sa volonté.

Ses qualités d’organisateur le désignent, le 23 novembre 1855, adjudant-major, (l’adjoint du Colonel). Le bureaucrate participait aussi à la guerre.

Le 26 mai 1856, une autre récompense lui fut accordée, la Légion d’Honneur. Notre bonnetier, âgé tout juste de 28 ans, a fait son chemin. La fête était gâchée depuis le 16 avril. Le lendemain de son anniversaire, où il a appris qu’il était mis en non activité, suite au licenciement de deux régiments étrangers. L’Empereur, voulant récompenser ceux qui l’avaient bien servi en Crimée, les admit à la demande de naturalisation, surtout ceux qui demandent à servir dans un régiment français. La brigade des régiments étrangers n’en formait plus qu’un. Les officiers, en sur nombre, furent affectés dans d’autres corps.

Le capitaine Danjou fut reclassé le 25 juin 1856 au 26e régiment d’infanterie, un vieux régiment d’Afrique, qui avait signé des exploits en Crimée.

Cependant, la Légion étrangère manquait à notre officier. Il s’entendit avec le capitaine Chave, avec qui il permuta.

Le 6 février 1857, le capitaine adjudant-major reprenait du service au 2e étranger.

Le 19 avril 1859, le régiment embarque à Mers el Kébir, pour Marseille, Toulon et Gênes.

La campagne d’Italie a commencé. La nuit du 2 au 3 juin, le génie français, protégé par l'artillerie, jette un pont de barques de 180 mètres à Turbigo. Le 2e corps d'armée peut commencer à traverser, afin de soutenir les premiers combats à Turbigo et Robecchetto. Le matin du 4 juin, le général Mac Mahon partage ses troupes en deux colonnes. La seconde division, commandée par le général Espinasse, est déplacée vers Marcallo con Casone, et la première division du général de la Motte-Rouge vers Boffalora sopra Ticino. 

On envoie la Légion observer le pont de San Martino, qui commande directement à l’ouest le village de Magenta. Les légionnaires arrivent sur de puissantes positions, censées défendre l’accès de ce passage important. Ils ne découvrent que 7 pièces d’artillerie, abandonnées à la garde de trois factionnaires, oubliés là par erreur. Le pont lui-même est endommagé. Mais, les artificiers autrichiens n’ont pas eu le temps d’achever leur besogne, car seules les deux dernières arches se trouvent affaissées, et le Génie n’a pas grand mal à réparer les dégâts. La Légion, engagée dès le début de l’action, en position vers Marcallo, reçoit le choc des Autrichiens massés en grand nombre de l’autre côté. Elle ne peut passer immédiatement à l’attaque. Il faut attendre que l’ensemble du corps expéditionnaire se regroupe pour pouvoir envisager une tactique propre à briser la résistance des 50.000 hommes bien équipés, qui barrent la route de Milan, et, par le fait, de la Lombardie tout entière. 

Le 4 juin au matin, les troupes françaises s’ébranlent rapidement en direction de Magenta. La 2e division occupe presque sans coup férir le village de Buffalora. À l’aile gauche, l’avance est plus difficile. Le village de Marcollo dépassé, l’ennemi se dévoile, bien retranché de part et d’autre de la route. Il oppose une vive résistance. La situation est confuse. Le 1er régiment étranger, commandé par le colonel de Brayer, et le 2e régiment de zouaves chargent d’abord, mais ne peuvent rompre les rangs de l’ennemi très supérieur en nombre. Le colonel de Chabrières, du 2e étranger, à cheval en grande tenue s’écrie alors : « Non, non, pas en retraite ! Sacs à terre, en avant la Légion », et entraîne le 2e étranger vers l'ennemi pour tomber presque aussitôt mortellement blessé. L'élan de ces hommes n'est pas pour autant coupé. Rendus furieux par la mort de leur chef, ils foncent vers l'ennemi, baïonnette au canon. Le terrain accidenté ne permet pas de maintenir un ordre strict dans les rangs. Mais, les légionnaires bousculent avec fureur les lignes autrichiennes, qui commencent à se débander. Le 1er étranger et le 2e zouave se joignent à l'assaut, qui ne s'arrête que devant les positions occupées par les réserves autrichiennes devant Magenta. Celles-ci sont composées de solides unités de chasseurs Tyroliens et de redoutables Croates.  Le général Espinasse, ancien officier de Légion, conduit sa division en pointe. Il est tué par un chasseur tyrolien, embusqué, et tombe à la tête de ses zouaves. Jusqu’à 9 h du soir, on se bat dans le camp autrichien. Les troupes françaises sont cependant trop épuisées pour exploiter leur avantage. Le 7 juin, le 2e corps pénètre dans Milan. Quand le général de Mac Mahon voit les légionnaires pénétrer dans la grande rue du bourg, il s’écrie « La Légion est à Magenta : l’affaire est dans le sac. ». La population fait un accueil triomphal aux troupes françaises. 

 

Mais, Magenta tombe, après une lutte au cours de laquelle le village de Ponte-di-Magenta est pris et repris sept fois. Cette victoire doit cependant être portée au crédit de la troupe. Cette ardeur coûte toutefois cher à l'armée d'Italie, qui perd 4.000 tués et blessés, ainsi que 600 disparus sur les 50.000 hommes engagés. Sensiblement égales en nombre, les forces autrichiennes subissent des pertes deux fois supérieures. La Légion perd, outre le colonel de Chabrières, les capitaines Alavoine et d’Assis, le lieutenant André, 55 sous-officiers et soldats tués, 11 officiers, et 143 sous-officiers et soldats blessés. Le capitaine Danjou a un cheval tué sous lui. Il est fait chevalier de l’ordre des saints Maurice et Lazare. Le sergent Vilain est fait chevalier de la Légion d’honneur et l’adjudant Maine et le fusilier Wensel reçoivent la médaille de la Valeur militaire de Sardaigne.

Le cheval du capitaine Danjou, tombé dans une fosse cachée, fut un piège stupide, mais la providence pour ces hommes affamés. L’animal, avec les antérieurs fracturés, finira dans la gamelle du soldat.  Les deux régiments étrangers inscrivent dans leurs plis le nom de « Magenta », et seront décorés de la médaille de la ville de Milan, cinquante ans plus tard. Avec ce succès, Mac Mahon, commandant en chef du 2e corps, obtiendra la dignité de maréchal de France, et le titre de duc de Magenta. Un mausolée existe, où reposent les restes des combattants tombés lors de cette bataille. 

 

Au soir du 4 juin, après la victorieuse bataille, l'empereur Napoléon III nomme Mac Mahon maréchal de France et duc de Magenta.

Turbigo, comme Magenta, sont à quelques kilomètres, à l’ouest de Milan.

La campagne d’Italie est terminée.

2 bataillons du 2e régiment étranger sont conviés pour la 1re fois à un défilé triomphal à Paris. Le Capitaine Danjou était du voyage. Le merveilleux arrive : un chalabrois pour fêter non seulement la victoire en Italie, mais aussi pour participer au défilé du 14 juillet.

Le régiment doit rentrer précipitamment en Algérie. Des troubles viennent d’éclater dans la région d’Oran. L’ordre sera très vite rétabli. Mais, encore une fois, ils durent faire face au fléau du choléra. Les années suivantes s’écoulèrent dans le calme. Le 2e étranger participait à l’agrandissement des villes. Le 1er étranger fut dissout, et par cela les hommes sont mutés au 2e, qui devint par là le 2e régiment étranger, avec un gros travail d’administration pour le capitaine adjudant-major Danjou.

Vers la fin de l’année 1862, le ton de la contestation monte. Les esprits s’échauffent chez les légionnaires, comme dans l’encadrement. Ils protestent contre une rumeur, par laquelle le 2e  zouave, compagnons de la Crimée et d’Italie, avec qui ils formaient une brigade, partiraient pour le Mexique, alors que la légion resterait dans la garnison d’Oran, à creuser des canaux, et à assécher des marais, cultivant ses potagers, alors que les frères zouaves partaient se couvrir de gloire !

Les officiers récoltèrent des jours d’arrêts.

Les 2 bataillons de zouaves, qui étaient partis au Mexique, furent maltraités devant Puebla.

Le 2e régiment étranger va aller à son secours.

Le 9 février 1863,² le 2e bataillon et le capitaine Danjou, embarquent sur le Wagram, en rade de Mers El Kébir.

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Lorsqu’à l'aube du 25 mars 1863, la Légion débarque dans le petit port mexicain de Vera Cruz. Jean Danjou, à 35 ans, est déjà un vieux brave, estimé de ses chefs, et adoré des soldats. Bien que créée à peine trente-deux ans plus tôt, par Ordonnance du Roi Louis Philippe du 10 mars 1831, la Légion a déjà une telle réputation que le secteur qui lui est confié ne peut être que difficile. Il couvre deux routes, se dirigeant l'une et l'autre vers Puebla. 

Le 29 avril 1863, le camp de Chiquihuite, où s'arrête le secteur confié à la Légion, semble bien loin de Chalabre. La moiteur de la nuit n’a rien de commun avec la fraicheur du Kercorb. Le seul point commun, peut-être, était le murmure du Rio Atoyac, qui lui rappelle quelque peu celui du Blau ou du Chalabreil, qui bercèrent les nuits de son enfance. Le Colonel Jeanningros est avisé qu'un énorme convoi, comportant matériel de siège, pièces d'artillerie, munitions et une somme considérable destinée à payer la solde des troupes, va quitter la Soledad pour se rendre à Puebla, investi par les troupes du Général Forey. L'importance du convoi est telle que tout est à craindre des guérilleros mexicains. 

C'est le Capitaine Danjou, auquel le Colonel Jeanningros s'est ouvert de ses craintes, qui estime qu'il serait bon qu'une compagnie descende vers Palo Verde, à la rencontre du convoi, afin de renforcer sa protection. Ce jour-là, les officiers, commandant la 3e  compagnie, dont c'est le tour de marcher, sont malades: « Aucune importance », dit Danjou, je prendrai provisoirement le commandement de cette unité. 

L’effectif de la 3e Compagnie du Régiment Etranger en patrouille le 30 avril 1863 est composé du : 

Capitaine Danjou Major du Régiment remplaçant 

Sous-lieutenant Maudet, porte drapeau du régiment remplaçant, Sous-lieutenant Vilain, 

Sergent-major Tonel, Sergents : Germeys, Morzycki, Palmaert, Schaffner, 

Caporaux : Berg, Delcaretto, Favas, Magnin, Maine, Pinziger,  Tambour : Laï, Légionnaires : Baas, Bernardo, Bertolotto, Billod, Bogucki, Brunswick, Burgisser, Catenhussen, Catteau, Conrad, Constantin, Dael, Daglincks, Dicken, De Vries, Dubois, Friedrich, Fritz, Fursbaz, Gaertner, Gorski, Groux, Haller, Hipp, Jeannin, Konrad, Kurz, Kunassec, Langmeier, Lemmer, Leonard, Lernoud, Merlet, Rerbers, Reuss, Rohr, Schreiblich, Schifer, Seffrin, Segers, Seiler, Timmermans, Van Der Bulcke, Van Den Meersche, Vandesavel, Van Opstal, Verjus, Wensel, Wittgens, Zey. 

 

Au total, il s’agit de 65 hommes.

A leur demande, Danjou s'est adjoint les Sous-lieutenants Vilain et Maudet. Mais, la compagnie était réduite par la maladie, ne comportant que soixante-deux hommes, une poignée. Mais, ce sont des légionnaires…

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Quelques minutes seulement avant le départ, sans doute saisi par une vue prémonitoire, Jean Danjou écrit à son frère Jean Batiste, resté à Chalabre. Il se plaignait des fatigues de la compagnie, de ce pays malsain, des lenteurs de la guerre, des servitudes de l’administration. Mais, il va rompre pour une journée avec cette vie monotone, et termine : « Adieu, je te quitte, résolu à faire tout mon devoir, plus que mon devoir ».  Ce 30 avril 1863, à 1 heure du matin, le Capitaine Danjou et ses soldats quittaient le camp de Chiquihuite. 

Au bout d'une heure de marche, les légionnaires atteignaient Paso Del Macho, où i1s faisaient une courte halte. Puis, d'un pas relevé, ils poursuivaient leur chemin. Au point du jour, rapporte l'un des rares survivants du combat, le Caporal Maine, nous nous approchions du village de Camaron. 

Ruiné par la guerre, le village ne comportait plus guère qu'une maison digne de ce nom. C'était, sur le côté droit de la route, un vaste bâtiment carré de cinquante mètres de côté. Deux larges portes, s'ouvrant à la partie ouest, donnaient accès à la cour intérieure, le corral. Les soldats entrèrent. La maison était vide.  Au sortir du village, poursuit le Caporal Maine, le gros de la compagnie se partagea en deux sections, l'une à droite, l'autre à gauche, pour battre les bois. Le Capitaine, avec une escouade en tirailleurs et les deux mulets, continua de suivre la route. Rendez-vous était donné pour tout le monde à Palo Verde. Nous marchions depuis plus de six heures. Il était grand jour, et le soleil, dardant de tous ses feux, nous promettait une chaude journée. On fit halte. Tandis qu'une partie des hommes coupe du bois, prépare le café, d'autres s'étendent pour dormir. 

 

Une heure ne s'était pas écoulée, l'eau bouillait dans les gamelles et l'on y mettait le café, quand du côté de Camaron et sur la route même que nous venions de quitter, deux ou trois de nous signalèrent quelque chose d'anormal. La poussière montait vers le ciel en gros tourbillons.

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Le Capitaine avait pris sa lorgnette… Aux armes … L'ennemi, s’écria-t-il tout à coup. Et, en effet, avec la lorgnette, on les apercevait fort bien. C'étaient des cavaliers, coiffés du chapeau national à larges bords. Ils avaient, selon de coutume, déposé leur veste sur le devant de la selle et allaient ainsi en bras de chemise. Nous quittons Palo Verde en colonne, précédée d'une escouade de tirailleurs. Nous marchions depuis plus d'une heure, sans avoir aperçu l'ennemi. 

À quelque distance, en face de nous, coulait la rivière profondément encaissée… et gardée sans doute par un ennemi nombreux. S’engager davantage paraissait dangereux. Le Capitaine nous fit faire volte-face et nous diriger de nouveau vers Camaron. Au moment même où nous débouchions sur la route, à trois cents mètres environ du pâté de maisons, un coup de feu, parti d'une fenêtre, vint blesser un de nos camarades à la hanche. 

La compagnie s'élança au pas de course. À l'entrée du village, elle se dédoubla, tourna par les deux côtés simultanément, et se retrouva à l'autre bout, sans que rien eût confirmé la présence de l'ennemi. Nous reprîmes alors la route de Chiquihuite. 

A peine avions-nous fait quelques pas, nous aperçûmes tout à coup sur un monticule à droite et en arrière de nous, les cavaliers mexicains massés, sabre au poing et s'apprêtant à nous charger. A cette vue, le Capitaine Danjou, ralliant les deux sections et l'escouade d'arrière-garde, nous fait former le carré pour mieux soutenir la charge. Au milieu de nous, étaient les mulets. Mais, les deux maudites bêtes, pressées de tous côtés, sautaient, ruaient, et faisaient un train d'enfer. Force nous fut de leur ouvrir les rangs, et ils partirent au triple galop dans la campagne, emportant nos vivres. 

 

La situation devenait critique. Il ne restait plus qu'à tenter de rejoindre l'hacienda de Camerone, afin d'y trouver un abri.

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Le parti du Capitaine fut bientôt pris, sur son ordre. Nous mettons baïonnette au canon. Puis, à notre tour, tête basse, nous fonçons sur les cavaliers groupés devant nous. Mais, ils ne nous attendent pas et détalent comme des lièvres… …Du même élan, nous franchissons la distance qui nous sépare de la ferme, et nous pénétrons dans le corral. Puis, chacun s'occupe d'organiser la défense…  Par les soins du Capitaine Danjou, une escouade fut placée à chacune des deux entrées. Deux autres occupèrent la chambre, avec mission de surveiller les ouvertures du bâtiment, qui donnait sur la route. Une autre fut chargée de la brèche. Ainsi, le piège venait de se refermer sur cette poignée de braves, harassés par une nuit de marche, sans eau et sans vivres. 

 

Pourtant, ils allaient, contre toute une armée, tenir tête jusqu'au soir.

Dix heures, poursuit le Caporal Maine; jusque-là, on avait tiraillé de part et d'autre, échangé quelques coups de feu, mais sans que l'ennemi en prît l'occasion pour s'engager à fond. Au contraire, il semblait hésiter à commencer l'attaque, et nous n'étions pas loin de croire qu'il se retirerait. Nous fûmes vite détrompés.  Morzicki venait d’apercevoir, tandis qu'il avançait sur les toits, au-dessus des champs occupés par l'ennemi, un officier mexicain. Son mouchoir blanc dans la main, il s'approcha lui-même jusqu'au pied du mur extérieur. Et, parlant en bon français, au nom du Colonel Milan, nous somma de nous rendre. Morzicki descendit nous apporter les propositions de l'ennemi. Le Capitaine Danjou le chargea de répondre la même réplique que le Général Cambronne fit à Waterloo: « Merde ! » nous rendre jamais. Nous avons des cartouches. On nous aura seulement, quand on nous aura tués tous. 

 

Puis, relevant sa noble tête et portant son regard empreint d'une indomptable énergie sur ses hommes, sur lesquels il exerce un ascendant absolu, il leur crie: Mes enfants, défendons-nous jusqu'à la mort! Et tous de lui répondre: « Capitaine, jusqu'à la mort, nous le jurons ».

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 Alors, le feu éclata partout à la fois. Nous étions, à ce moment, à peine un contre plus de dix. Le soir, nous serons cinq contre mille sept cents. Calme, intrépide au milieu du tumulte, le Capitaine Danjou semblait se multiplier… Il allait d'un poste à l'autre, sans souci des balles qui se croisaient dans la cour, encourageant les hommes par son exemple, nous appelant par nos noms, et disant à chacun de nous ces nobles paroles qui réchauffent le cœur. Avec de pareils chefs, rien d'impossible ! 

 

Cette lutte sans merci durait depuis une heure. Le Capitaine, alors, élevant la voix pour être entendu de tous, nous fit encore promettre de nous défendre et de lutter jusqu'à la dernière extrémité. Et, tous de crier, au-dessus du tumulte: ” Nous le jurons, oui, jusqu'à la mort. “

Cependant, la défense de la place devenait de plus en plus périlleuse

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 Le Capitaine avait reconnu lui-même qu'on n'y pourrait plus tenir longtemps. En regagnant la réserve, il tomba frappé d'une balle en pleine poitrine.  Quelques-uns de nous coururent pour le relever. Mais, le coup était mortel. Le sang coulait à flot de la blessure… 

Quelques minutes encore et sa noble poitrine n'eut plus un battement. Le cœur avait cessé de battre. Il était mort… En présence de notre héros jeté à terre, plus que jamais nous jurâmes de tenir le serment qu'il nous avait fait prêter. 

Le Sous-lieutenant Vilain prit le commandement. Vers midi, on entendit au loin le son du clairon, et le roulement rauque et plat des petits tambours des Mexicains. C'était l'infanterie du Colonel Milan, laissée au matin dans le campement de la Joya, avertie plus tard du combat engagé à Camaron. Elle venait ajouter le poids de ses armes dans une lutte déjà trop inégale. 

Morzicki nous avait rejoint, et combattait avec nous dans la cour. Souple comme un jaguar, et s'aidant pour grimper des moindres aspérités de la muraille, il alla sur les toits reprendre son poste périlleux d'observation. Il aperçut, massée en avant de l'hacienda, toute cette infanterie. On n'y comptait pas moins de trois bataillons, forts de 400 à 500 hommes environ chacun. Morzicki avait été vu de nouveau, et, pour la seconde fois, le chef des Mexicains nous fit sommer de nous rendre. 

Le Sergent encore tout bouillant de la lutte, ivre de poudre et de colère, répondit en vrai soldat, par un mot peu parlementaire, bien connu depuis Waterloo. Au même instant, poursuit le narrateur, l'assaut commença. Le premier élan des Mexicains fut terrible. Ils se ruaient de tous côtés pour pénétrer dans la cour, criant, hurlant, et vomissant contre nous les imprécations et les injures. 

Rentrés en force dans le corps du logis, les uns s'occupaient d'ouvrir avec des piques et des pinces, dans le mur du rez-de-chaussée, une large brèche sur la cour. En même temps, d'autres s'étaient établis derrière la partie du mur d'enceinte, qui faisait face aux grandes portes. Là, ils parvenaient, quoique non sans peine, à ouvrir une brèche de près de trois mètres. Vers deux heures et demie, le Sous-lieutenant Vilain venait de visiter le poste de la brèche, et traversait la cour en diagonale dans la direction de la grande porte, quand une balle partie du bâtiment l'atteignait en plein front. Il tomba foudroyé. 

 

En ce moment, il faut bien le dire, un sentiment d'horrible tristesse nous pénétra jusqu'au fond de l'âme.

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La chaleur était accablante. Le soleil, en son zénith, tombait d'aplomb sur nos têtes, un soleil dévorant, et impitoyable. Quand nous ouvrions la bouche pour respirer, il nous semblait avaler du feu. 

De l’espoir, il n'en restait plus. Personne, cependant, ne songeait à se rendre… …Vers cinq heures, il y eut un moment de répit. Les assaillants se retiraient les uns après les autres, comme pour obéir à un mot d'ordre reçu, et nous pûmes reprendre haleine. Tout bien compté, nous n'étions plus qu'une douzaine… Au-dehors, le Colonel Milan avait réuni ses troupes autour de lui, et les haranguait. 

 

Quand il eut fini, une immense clameur s'éleva, et nous apprit que l'ennemi était prêt pour un nouvel effort.

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 Toutefois, avant d'attaquer, Milan nous fit adresser une troisième Sommation. Nous n'y répondîmes pas. Mais, nous répétâmes le serment du matin: Nous rendre, jamais ! L'assaut reprit, plus terrible que jamais. L’ennemi se précipitait par toutes les ouvertures à la fois. A la grande porte, le Caporal Berg restait seul debout. Il fut entouré, saisi par les bras, et par le cou, puis enlevé. L’entrée était libre, et les Mexicains s'y jetèrent en masse. 

 

Nous n'étions plus que cinq, le Sous-lieutenant Mauret, un Prussien nommé Wensel, Catteau, Constantin et moi (Maine). Pourtant, nous tenions toujours en respect mille sept cents ennemis. Il leur aurait été bien facile de nous cerner. Ils n'osaient pas approcher.

Mais, notre résistance tirait à sa fin. Les cartouches allaient s'épuiser. Quelques coups encore, et il ne nous en resta qu'une à chacun. Il était six heures, et nous combattions depuis le matin. 

Armez vos fusils, dit le Lieutenant. Vous ferez feu à mon commandement… Puis, nous chargerons à la baïonnette et vous me suivrez. Je vous fais mes adieux. Tout se passa comme il l'avait dit. 

Il y eut alors un grand silence autour de nous. Le moment était solennel. Les blessés même s'étaient tus. Dans notre réduit, nous ne bougions plus… Nous attendions. Les Mexicains, ne nous voyant plus tirer, s'avançaient. La cour en était pleine. 

 

En joue… feu ! cria le Lieutenant. Nous lâchâmes nos cinq coups de fusil. Et, lui en tête, nous bondîmes en avant, baïonnette au canon, contre toute une armée.

 

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 Une formidable décharge nous accueillit. L’air trembla sous cet ouragan de feu, et je crus que la terre allait s'entrouvrir. Au lieu de nous prendre vivants, ils préféraient rester encore à l'abri derrière leurs armes. A ce moment, Catteau, dans un sublime geste de dévouement, s'oubliant lui-même, s'était jeté en avant de son officier. Ce dernier l'avait pris dans ses bras, pour lui faire un rempart de son corps. Il tomba, frappé de dix-neuf balles. 

Maudet tomba aussi, grièvement blessé à la hanche droite et à la cuisse. Apparaît un moment interdit, à la vue de notre Lieutenant renversé. Nous nous apprêtions cependant à sauter par dessus son corps, et à charger de nouveau. Mais, déjà, les Mexicains nous entouraient de toutes parts, et la pointe de leurs baïonnettes effleuraient nos poitrines. C'en était fait de nous. Lorsqu’un homme de haute taille, qui se trouvait au premier rang parmi les assaillants, reconnaissable à son épée et à sa petite tunique galonnée pour un officier supérieur, leur ordonna de s'arrêter. Et, d'un brusque mouvement, celui-ci releva les baïonnettes qui nous menaçaient. 

-Rendez-vous ! Nous dit-il. -Nous demandons, répondis-je, que vous nous laissiez nos armes, que vous déclariez que nous avons fait tous notre devoir, et que vous vous engagiez à faire relever notre Lieutenant, là, blessé, ainsi que nos camarades. 

L'officier répondit: « On ne refuse rien à des hommes comme vous ». Et, me prenant par le bras, il nous conduisit, sous sa protection, au Colonel Milan. En chemin, comme un cavalier mexicain fonçait sur nous, sabre levé, il l'abattit froidement d'un coup de revolver. 

En nous apercevant, le Colonel demanda: Et les autres ? On lui répondit: C'est tout ce qui reste. 

 

Nous étions trois debout, méconnaissables, noirs de poudre, couverts de sang, et ruisselants de sueur. Nos effets tombaient en lambeaux, déchirés par les balles, dont aucune, par miracle, ne nous avait sérieusement atteints. Nous n'avions plus figure humaine.

Ne pouvant retenir sa surprise, le Colonel s'écria : « -Pero no son hombres, son demonios ! »  Ainsi, s'achevait ce combat héroïque et désespéré, qui avait permis, en retenant les troupes du Colonel Milan, le passage du convoi jusqu'à Puebla, ouvrant ainsi la route vers Mexico. Mais, dans ce fait d'arme, plus compte le symbole que le résultat. Ainsi, dans le discours prononcé le 30 avril 1931, lors du centenaire de la Légion, le Maréchal Franchet d'Esperey déclarait : ” …Ce qui symbolise ce souvenir, c'est la tradition du sacrifice sans espoir, simplement pour l'honneur des armes et le respect de la parole donnée. Et, cette tradition, dont les Régiments étrangers font l'objet de leur culte, n'est-ce pas le fond même de notre sensibilité nationale ? “ 

 

Au lendemain du combat, le Colonel Jeanningros arrivait sur le champ de bataille. Il fit enterrer les morts, dépouillés par les pillards, et déjà à demi dévorés, et défigurés par les coyotes. Certains corps avaient été jetés dans le fossé. Il fit creuser une grande fosse à l’extérieur de l’hacienda, tout près de l’angle sud-est. Ils y déposèrent leurs camarades, en prenant soin de bien les recouvrir d’une épaisse couche de terre, pour empêcher les animaux de continuer leur épouvantable carnage. Avec les débris d’une caisse à biscuits, un légionnaire confectionna une croix qu’il planta sur le tumulus.

Le colonel fit rassembler les compagnies, et leur fit présenter les armes. D’une voix forte, il s’écria : « Honneur aux braves ! Nous saurons les suivre dans la voie qu’ils nous ont tracée ! »

Puis, tout le régiment défila devant la tombe. Selon un officier belge, qui fit rendre les honneurs et fleurit la tombe vers la fin de 1864, l’inscription était la suivante :

 

CI-GÎT

La 3e compagnie du 1er Bataillon

De la Légion Etrangère

Parmi les cadavres, on reconnut très vite celui du capitaine Danjou auquel il manquait la main gauche, les corps du lieutenant Vilain, celui du sergent major Tonel, du sergent Morzicki, et du caporal Favas.

Pendant 2 mois, l’ennemi n’osa plus attaquer les convois. 

Avant que le corps expéditionnaire ne réembarquât pour la France, un monument fut érigé.

Puis, un troisième fut achevé en 1892. 

En 1948, c’est un mausolée, qui fut érigé. Les corps furent transférés dans leur nouvelle et dernière sépulture, en avril 1963. Pour le centenaire, le monument définitif fut inauguré en février 1965.

Au milieu des poutres noircies, des débris d'armes et des lambeaux d'uniformes, on découvrit la fameuse main de bois du Capitaine Danjou. C'est cette précieuse relique, conservée au Musée de la Légion à Aubagne, dans une châsse de verre, qui, chaque année, le 30 avril, est présentée au front des troupes, en même temps qu'est lu le récit de la bataille de Camerone.

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Comment est elle arrivé jusqu’à nous ?

En cet été de 1865, la légion étrangère avait basculée dans les provinces du nord par le Maréchal Bazaine. Au sud, elle était remplacée par le corps autrichien. Le 17 juillet 1865, le lieutenant Grüber, un autrichien eut une nouvelle occasion de s’illustrer. Il détruisit une bande de juariste, fit 12 prisonniers, et récupéra des fusils et des yatagans (sabre turc incurvé). Mais, surtout, il s’empara du général juariste Ramirès. Il en rendit compte dans un rapport au maréchal Bazaine, avec une 2e lettre :

Zacapoaxtla, le 22 juillet 1865,

Monsieur le Maréchal,

Je me fais un vrai plaisir d’annoncer à Votre Excellence ce qui suit :

Pendant l’expédition du lieutenant Grüber, cet officier apprit que le propriétaire d’un rancho dans les environs de Tesuitlan, monsieur L’Anglais, français d’origine, était possesseur de la main artificielle du capitaine Danjou, mort glorieusement à Camaron.

Ayant appris que la famille du capitaine Danjou avait fait les démarches pour obtenir ce précieux souvenir, le lieutenant Grüber le demanda à monsieur l’Anglais qui ne voulut le céder que moyennant 50 piastres.

Ayant reçu le précieux dépôt, que j’aurai l’honneur de vous expédier contre un reçu du lieutenant Grüber, je prie monsieur le Maréchal de me faire savoir s’il convient de rembourser les cinquante piastres à monsieur l’Anglais.

Recevez monsieur le Maréchal, etc.…

 

Le général, comte de Thun.

Nous savons donc que ce sont les autrichiens, qui auraient retrouvé la main de bois du capitaine Danjou. Elle avait été cherchée dans l’hacienda et autour de Camaron. Un guérillero, un homme de Milan s’en était emparé, pendant que ses compagnons arrachaient les vêtements des légionnaires de la 3e compagnie.

6 jours plus tard, le maréchal Bazaine répondit au général autrichien par la lettre suivante :

 

Corps expéditionnaire du Mexique                                                 

Mexico, 28 juillet 1865

Cabinet du Maréchal Commandant en chef.

N°344

 

Mon cher Général,

J’ai l’honneur de vous accuser réception de votre lettre de Zacapoaxtla du 22 juillet, dans laquelle vous m’informez que monsieur le lieutenant Grüber a eu la bonne pensée de racheter la main artificielle du brave capitaine Danjou, mort glorieusement à Camaron.

Je vous prie de remercier vivement en mon nom monsieur le lieutenant Grüber de ce qu’il a bien voulu faire en cette occasion, et à m’envoyer le précieux souvenir au quartier, dont j’enverrai le prix d’achat par un mandat de cinquante piastres, payable à l’ordre du Commandant Supérieur de Puebla.

Recevez, mon cher général, l’assurance de ma considération très distinguée.

Le Maréchal de France Bazaine.

 

L’état-major du maréchal, pressé de rentrer ou de régler la dette, envoya cent piastres. Le général de Thun remboursa le trop perçu 50 piastres.

Bazaine avait été ému. Il avait été officier dans la légion.

La main devint la relique de la légion. Elle fut  rapportée en 1865 par le colonel Guilhem à Sidi-Bel-Abbès.

Elle passa à Chalabre, et y resta un certain temps. La famille Danjou, décimée ou sans postérité, l’offrit à la légion pour rejoindre le musée.

En avril 1865, la guerre de Sécession prend fin aux États-Unis d'Amérique, permettant au gouvernement américain d'apporter son soutien aux troupes rebelles menées par Benito Juárez. L'ampleur de la résistance mexicaine, avec l'appui des États-Unis, oblige Napoléon III à ordonner, le 15 janvier 1866, l'abandon de Mexico, Puebla et Veracruz.

En février 1867, le dernier navire français quitte les rives du Mexique.

Les troupes jubilaient à l’idée de renter au pays. Le général Jeanningros l’avait écrit à son frère : « Quel bonheur… il me tarde de rentrer et de marcher sur un terrain civilisé. ».

Dans leur retraite, ils passent à Camaron, où il avait été ordonné aux troupes de rendre les honneurs.

Les bataillons, les uns après les autres, s’arrêtent devant le tertre funéraire, où reposent Danjou et la vaillante compagnie. Les tambours battent au Champs. Les légionnaires présentent les armes, et les officiers saluent de l’épée.

Le général Jeanningros se place devant le carré, que forment ses hommes. Il s’avance jusqu’au tumulus, et dit :

« Officiers et soldats de la légion ! Je vous arrête ici pour dire un dernier adieu à nos braves compagnons d’armes, morts au champ d’honneur. Ils ont combattu 60 contre 2000. Leur action héroïque passera à la postérité, dans les annales de notre page militaire au Mexique. Ils sont morts sur cette terre étrangère, pour l’honneur et la gloire de notre belle France. Ils sont morts pour l’ordre et la civilisation de cette contrée lointaine.

Honneur à vous, braves officiers et soldats ! Nous vous disons adieu. Adieu capitaine Danjou, adieu nos braves camarades.

Votre souvenir ne s’effacera plus de nos cœurs. Et, un jour, si la France et notre Empereur avaient besoin de nous, nous ferions, comme vous, vaincre ou mourir. »

Une dernière fois, le clairon sonna longuement et solennellement. Le 30 avril, tous les ans, c’est la grande fête de la Légion. 

 

Mais, où qu'il soit, dans le monde, quelles que soient les circonstances, le Légionnaire fête Camerone.

Sauf à Chalabre où l’enfant du pays, ce héros n’est pas honoré.


Traduction

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