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La Newsletter 16/50 de l'AALEME.

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A REDIFFUSER SANS MODÉRATION

Le bœuf, l’âne et les légionnaires, par François Sureau

Mardi, 13 Décembre 2016 11:49

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François Sureau, le 13/12/2016

Une crèche italienne Italiene

Une crèche italienne Italiene / ChiccoDodiFC - Fotolia

J’aime depuis longtemps les objets miniatures, ces petits mondes de batailles, de wagons-lits ou de scènes familières, qu’ils soient sacrés ou profanes. Les miniatures nous aident à nous croire romancier. Nous nous tenons devant cette maison de poupée comme Balzac devant le salon Nucingen. Il reste toujours une traite à payer, un meuble à déplacer, un chapitre à écrire. La miniature représente l’espoir. Une maison miniature n’est jamais achevée, puisqu’elle est inhabitable et par là même se dérobe à l’impitoyable épreuve des faits qui est au monde bourgeois ce que les mortelles prouesses d’autrefois étaient à la chevalerie du Graal. Une maison miniature n’est jamais assez miniature. On peut toujours imaginer un meuble, un bateau plus petit. Ainsi la baignoire passe-t-elle de la condition de lac à celle de mer, puis à celle d’océan, cependant que le navigateur apprend l’humilité. La miniature est un puissant auxiliaire de la morale.

On peut aussi y trouver des aliments pour la misanthropie, quand elle nous tente. Le privilège des grands, disait Giraudoux dans La Guerre de Troie, c’est de voir les catastrophes d’une terrasse. C’est aussi le privilège gullivérien des possesseurs d’objets miniatures, qui peuvent moquer le sort des fourmis humaines, animées de passions incompréhensibles, qui prennent place en songe dans les entreponts de quelque Titanic, et s’en vont naviguer à la rencontre d’un cube de glace.

Je suis surtout sensible à la délicatesse des artisans qui les fabriquent et les réparent. Ils prennent garde à ne pas encombrer davantage un monde aussi mal rangé qu’un parlement. De tous les moyens que les hommes ont inventés pour se souvenir de leurs hauts faits, de leurs moments de gloire, la miniature me paraît le plus fin, le plus subtil. Les desservants de ce culte méritent tous les éloges. Ils ont mis tant de gloire et tant d’esprit dans si peu d’espace ; voyez la salle d’honneur du deuxième étranger d’infanterie, à Nîmes, où le combat d’El-Moungar, avec ses mille soldats, tient sur un foulard déplié. Voyez les bateaux de la compagnie de Suez, conservés rue d’Astorg, qui ont tenu dans leurs flancs les richesses du monde, et qu’un enfant pourrait anéantir. Il n’y a pas seulement, selon l’adage anglais, de la beauté dans la petitesse, mais aussi de la dignité. J’aimerais qu’après ma mort l’on pût me réduire au point de me faire traverser, sur une barque funéraire, le bassin du Luxembourg, afin que mon existence terrestre s’achève comme elle a commencé, aux antipodes de toute grandeur.

Vous l’aurez compris, entre toutes les miniatures, les crèches ont ma faveur, dont le double effet de réduction et d’expansion du monde n’est jamais aussi prenant que lorsqu’elles se rapprochent des dimensions humaines. C’est le cas des crèches de Noël de cette Légion étrangère où j’ai été heureux de servir. On peut en voir dans tous les régiments, et, près de Paris, au fort de Nogent. Les légionnaires qui les font avec tant d’amour ne sont, et de très loin, pas tous chrétiens. Et le cœur qu’ils y mettent nous fait apercevoir une autre dimension paradoxale de la crèche, et partant, de Noël. Noël, ce n’est pas essentiellement le sapin, la famille resserrée sur elle-même et cette débauche de cadeaux. C’est l’errance et l’aventure : une famille jetée sur les routes, des bergers en transhumance, des rois mages, savants venus de très loin. Noël est la fête des originaux, des irréguliers. Les légionnaires le sont par excellence. Ils sont, expliquait naguère le P. Tiberghien, l’aumônier du régiment étranger de cavalerie, à une population d’Orange qui les trouvait peut-être un peu remuants, « le bon larron ». Sans doute se souviennent-ils de leurs enfances dans des pays lointains, ou de familles abandonnées. Mais plus que tout ils voient célébrer, justifier même, cette exposition au hasard qui est le fond même, et depuis longtemps, de leur existence.

Il y a trois ou quatre ans, la crèche de Nogent était installée dans une grande poudrière. Le village de Bethléem y était reconstitué, avec des centaines de maisons, et les figurines représentant les habitants circulaient sur de petits rails de train électrique. C’était féerique, avant de devenir poignant. La Sainte Famille passait ainsi lentement de maison en maison, d’auberge en caravansérail, s’entendant partout dire qu’il n’y avait pas de place pour elle. Puis, rejetée de partout, elle arrivait pour finir à un petit fortin aux extrémités de la ville. Joseph frappait. Et la voix, à l’accent rugueux, d’un légionnaire répondait simplement : « Vous pouvez entrer. Ici, c’est la Légion étrangère. »

On trouve dans l’Évangile de la tendresse pour les soldats, mais ce n’est pas d’elle dont je veux parler. Noël, première étape, ultime refuge, n’appartient à personne. Chacun, d’où qu’il vienne, quelque foi qu’il professe, peut y trouver une consolation à la mesure de son cœur. C’est la leçon de la Légion étrangère et j’y pense chaque année avec autant d’émotion.

François Sureau

Le lieutenant Louis Rivet du 1er régiment étranger

La Grande guerre du XXe siècle. 1916/06.

Le lieutenant Louis Rivet du 1er régiment étranger,

religieux profès de la Compagnie de Jésus,
professeur de droit canonique
à l'Université grégorienne à Rome.


(† 9 mai 1915.)


Le R. P. Louis Rivet, de la Compagnie de Jésus, professeur de droit canonique à la célèbre Université grégorienne de Rome, consulteur de la Congrégation des Évêques et Réguliers, auteur d'un important traité sur les Institutions du droit privé ecclésiastique, dont la second volume parut quelques jours avant la guerre, lieutenant au ier régiment étranger (division marocaine), a été tué à l'assaut de la Targette, le 9 mai 1915.

Né à Lyon le 3 mai 1871, Louis Rivet fit ses études dans cette ville, à l'externat Saint-Joseph. Ses condisciples se rappellent un brillant élève, assez heureux pour enlever à quinze ans le diplôme de bachelier avec la mention « très bien ». Un an de préparation à l'école de la rue des Postes, à Paris, lui ouvrit les portes de Saint-Cyr. Sorti quatorzième, avec la liberté de choisir son arme, Rivet voulut servir au 308 bataillon de chasseurs à pied, à Grenoble.

Mais déjà un autre idéal avait séduit son âme très élevée. Son grand-père, Auguste Rivet, avocat à Lyon, décédé en 1890, dont la vie avait été exclusivement consacrée aux œuvres, avait fondé bien , des années auparavant l’œuvre des Douze 'Apôtres pour promouvoir les vocations sacerdotales. Son exemple et ses entretiens jetèrent, sans doute, de bonne heure des germes dans l'âme ardente de son petit-fils. En 1893, le lieutenant rendait le double galon d'argent pour prendre la robe du religieux. Dans sa vie nouvelle, il n'oublia pas; son cœur resta fidèlement attaché à ses chasseurs: « Nous passons avant la cavalerie », disait-il en souriant, mais non sans un certain enthousiasme.

Il était prêtre, professeur de droit canon à Rome, quand éclata la guerre. Il rentra en France le premier jour de la mobilisation et, sa classe n'étant pas encore mobilisée, il sollicita un poste d'aumônier militaire. Cette demande fut refusée. Son âme sacerdotale répugnait à l'effusion du sang; une fois encore, il demanda à servir comme aumônier en première ligne, au poste le plus exposé. Un nouveau refus calma les scrupules de sa conscience. C'est comme lieutenant à la tête d'une section de la légion étrangère qu'il devait donner sa vie à la France.

Le 31 octobre, il partait pour le front. Il n'avait aucun doute; son sacrifice était fait; il ne pensa plus qu'à s'immoler tout entier en excellant comme religieux et comme soldat.

Cette double préoccupation se trahit dans les notes intimes, écrites dans des termes dont il croyait se réserver le secret sur un carnet retrouvé sur son corps, écorné par des balles. Elle paraît également dans ses lettres, généralement très brèves, qu'il écrit pour donner des nouvelles à ses parents ou à sa famille religieuse. De nombreux témoignages l'ont montré payant toujours de sa personne dans les endroits les plus dangereux. En Champagne, il va sous le feu relever des blessés ou donner la sépulture à des morts. Son influence s'exerce par des conversions: le jour de Pâques, il recevra l'abjuration d'un luthérien; un autre jour, il baptisera un juif. Comme il parle couramment l'anglais, l'allemand, l'italien, il a une sphère d'influence exceptionnelle à la légion.

L'heure du sacrifice approchait. Le 21 avril, à la veille de quitter la Champagne pour l'Artois, il écrit à la prieure du Carmel français à Rome: « Pour le succès de nos armes et la régénération tant désirée de notre cher pays, les sacrifices obscurs et les morts ignorées servent autant et quelquefois plus que les actions d'éclat et les traits héroïques que nous lisons avec admiration chaque jour. » Et il faisait cet aveu: « J'ai eu le bonheur de célébrer chaque jour, sauf un, depuis la mobilisation. Priez Notre-Seigneur que cela continue ainsi. » Son carnet prouve qu'il réussit, en effet, à réaliser cet ardent désir jusqu'au matin de sa mort. Le sergent qui, parti avec lui de Lyon le 31 octobre, se trouvait encore à côté de lui au moment de sa mort, racontait avec émotion l'impression causée à ces légionnaires, sortis des milieux les plus différents, par cet officier qui, pour dire sa messe, tantôt restait à jeun jusqu'à plus de midi, tantôt devait renoncer au repos de la nuit, et qui, dans toutes les marches, portait lui-même une chapelle dans son sac. Un légionnaire espagnol écrivait ainsi les impressions que lui avait laissées le P. Rivet deux jours avant sa mort :

C'était le 7 mai 1915, et je ne m'attendais pas à être évacué le lendemain. Je voulais être prêt pour l'attaque. Malgré ma faiblesse, j'étais s0rti du cantonnement au bois, pour m'en aller à l'église d'Aiguières (Pas-de-Calais), une église vieille, petite; église de campagne. Le P. Rivet était en train d'adresser la parole aux soldats. Dans la nef, légionnaires et artilleurs, nous nous pressions. Après le Salut, le P. Rivet annonça qu'on allait commencer les confessions. A ce moment, un jeune homme s'avança vers l'autel, causa avec le curé et le P. Rivet et reçut après le Viatique. Je ne connaissais pas le légionnaire qui communia ce soir. Bientôt, le P. Rivet est au confessionnal; j'y passe, mêlé à la foule des légionnaires. Beaucoup prient les larmes aux yeux. Quand je sors de la confession, je suis plus encouragé. Le P. Rivet avait une gentillesse et un savoir-faire avec douceur qui vous captivaient. De cette confession et de ce confesseur, je me souviendrai toute ma vie. Quelle douceur, quelle admirable manière de comprendre la vie humaine ! Il avait toujours la bonté dans la figure et la charité aux lèvres. Il était un cœur admirable.« Il était un officier modèle. Il est mort comme un vaillant soldat.

Il semble, d'ailleurs, qu'il avait le pressentiment de sa mort depuis quelques semaines. Le 24 avril, en prévenant son ancien, supérieur de son départ pour l'Artois, il ajoutait :

..... L'heure est aux grandes choses et aux efforts virils: je me recommande plus instamment que jamais à vos prières, afin que je fasse mon devoir pleinement et contribue un peu au bien de ceux parmi lesquels je me trouve. Et s'il plaît au bon Dieu que mon nom allonge bientôt la liste de ceux qui, de chez nous, ont donné leur vie pour la France, vous voudrez bien contribuer à consoler généreusement ceux qui s'affligeront de mon départ.


Le 6 mai, il envoie au même religieux comme une sorte de testament spirituel :

6 mai 1915. - Je crois que les événements vont se précipiter pour noua en particulier: c'est dire qu'il faut s'attendre à tout. J'espère que le Sacré Cœur me donnera, pour les grandes circonstances, force, courage et confiance. Les prières constamment dites pour nous nous en sont le garant. Voici, d'ailleurs, le premier vendredi du mois, puis l'anniversaire de Jeanne d'Arc (8 mai, apparition de Saint-Michel). Quant à moi, s'il plaît à Dieu de me demander le sacrifice suprême, comme c'est au moins probable, il me reste à le remercier des grâces reçues durant quarante-quatre ans de vie et vingt-deux et demi de religion. Je lui demande pardon de mes infidélités, mettant toute ma confiance en les mérites de Jésus-Christ et l'intercession de Marie Immaculée. Je remercie aussi de tout cœur la S. J. [ ia Compagnie de Jésus] de m'avoir reçu, entouré de tant de soin. comblé de tant de bienfaits. J'espère en la grâce de la vocation pour mon heure suprême et en l'aide de ses suffrages après.

Le 8 mai, le P. Rivet écrit à son correspondant d'Ore Place en Angleterre (la lettre a été envoyée par un ami à son destinataire) :

Quelle date ! Et comme on désirerait un succès en ce jour, samedi, fête de saint Michel, anniversaire de la bienheureuse Jeanne d'Arc! Le succès, nous l'attendons avec confiance de la miséricorde divine, mais quand ! Pour moi, je m'attends à marcher, et alors ?. A la garde de Dieu !  Nous sommes prêts, nous l'espérons; un bon nombre de nos soldats se sont mis en règle avec Dieu; ils désirent, eux aussi, échanger la vie monotone des tranchées avec les poignantes émotions du combat. Priez le bon Dieu de me donner pour ce moment le courage, l'habileté, et en même temps la possibilité de faire encore quelque bien aux combattants. Quelle belle chose que la communion en viatique à ceux qui vont partir ! C'est consolant et impressionnant. C'est d'ailleurs, pour beaucoup, le seul moyen de communier.

Adieu, cher ami, et si bientôt je suis sur la liste, pensez à moi au saint autel.

Dans les jours qui ont précédé l'attaque du 9 mai, on le vit, pour tout préparer, déployer des qualités guerrières de nature à surprendre autour de lui ceux qui le connaissaient mal; il allait faire de ses hommes des héros, coupables seulement d'être allés trop vite dans les lignes ennemies. La veille,à 10 heures du soir, il se confessa à l'aumônier divisionnaire, convaincu qu'il allait à la mort, sans rien perdre de ce calme et de cette force sereine qui faisaient la caractéristique de son âme. Une dernière fois, à l'aube, il célébra le Saint Sacrifice et dit à un ami en sortant: « C'est sans doute ma dernière messe. »

C'est, en effet, le 9 mai qu'il tomba, dans cette charge merveilleuse et peut-être sans précédent, où la légion étrangère avança de 7 kilomètres sous le feu de l'ennemi. Une relation minutieusement établie décrit ainsi ses derniers moments :

Le P. Louis Rivet est tombé glorieusement le dimanche 9 mai, à 10 h. 1/2 du matin. Il chargeait à la tête de sa compagnie, sur la redoute allemande appelée « les Ouvrages Blancs», devant la route d'Arras à Béthune, juste entre la Targette à droite et Carency à gauche. Sa compagnie était sortie de la tranchée à 10 heures juste, comme toute l'infanterie, après quatre heures d'un bombardement effroyable des tranchées allemandes.

A 10 heures, le tir des 75 s'allongea mathématiquement de 200 en 200 mètres, et l'infanterie débusqua des tranchées.

Le lieutenant Rivet enleva sa compagnie avec beaucoup d'entrain. Ils conquirent les Ouvrages Blancs, les dépassèrent, laissant aux escouades de « nettoyeurs de tranchées» le soin de faire les prisonniers et d'évacuer, à coups de grenades, les abris profonds où se terraient les Allemands; puis ils marchèrent sur la route d'Arras à Béthune, qui formait, à 5oo mètres derrière les Ouvrages Blancs, un ruban parallèle à leur ligne d'attaque et passe à la Targette, la dépassèrent aussi et, arrivés face au bois de la Folie, le lieutenant dit à ses hommes :
— Mes enfants, couchez-vous !

Lui resta debout, la jumelle à la main, examinant le terrain devant lui, pour découvrir les lignes sur lesquelles il allait repartir à l'attaque : à ce moment, une balle l'atteignit en plein front et l'étendit raide par terre. Ses hommes poursuivirent leur attaque, et quand ils repassèrent, ils trouvèrent le corps de leur lieutenant criblé de balles. Ce sont des balles perdues qui l'ont atteint après sa mort; c'est l'une d'entre elles qui A traversé son porte-cartes militaire,

D'autres récits précisent un détail émouvant: prêtre jusqu'au bout, il chargea en tête de tous, mais le sabre au fourreau et le revolver dans l'étui.

Un de ses confrères, M. À. Gaudon, infirmier, recueillant les souvenirs d'un légionnaire polonais, écrivait le 29 juin 1915 ;

Le lieutenant Rivet était renommé pour sa grande bravoure, marchait toujours en tête de ses hommes dans les assauts. En partant pour l'attaque où il devait être frappé, il a dit à ses hommes: « Mes enfants, il faut que, demain matin, je dise ma messe à Douai. »

Une lettre venue de l'état-major du généralissime Joffre fut lue aux très rares officiers survivants; on y remarquait ces paroles :

C'est la division marocaine qui, la première, a enfoncé la muraille Allemande. C'est à la légion étrangère qu'en revient l'honneur.

Dans cet honneur et dans cette gloire, on peut puiser a pleine mains pour auréoler la mémoire du Jésuite lieutenant.

Je ne suis guère pratiquant — écrivait un des rares officiers survivant. de la légion — et peut-être peu croyant; mais, si jamais il existe des saints, le P. Rivet en est un.

Ainsi, c'est un Jésuite expulsé de France qui est tombé l'un des premiers en tête d'une des colonnes d'assaut de « la grande division ». Il s'était avancé si loin que son corps resta plus de cinq mois sans sépulture: on ne pouvait l'approcher. Enfin, le 26 octobre 1915, un sergent brancardier, prêtre lui-même, M. l'abbé L., le relevait et recueillait le crucifix de religieux qui, depuis son noviciat, ne l'avait jamais quitté. Grâce au dévouement inlassable de M. l'abbé L., les restes du P. Rivet ont pu, après de nombreuses difficultés, être transportés dans le cimetière militaire d'Ecoivres, où ils reposent depuis le 11 mars 1916.

Le 4 septembre 1915, le lieutenant Rivet était cité à l'ordre de la division marocaine en ces termes très laconiques, par suite, sans doute, du glorieux trépas de la plupart des officiers qui l'avaient connu :

RIYET (LOUIS), lieutenant au 1er régiment étranger :

A fait preuve en toutes circonstances d'un dévouement calme et résolu; le 9 niai [1915"|, a été tué à la tête de sa section, qu'il portait à l'assaut de retranchements ennemis sous un feu violent d'artillerie et de mitrailleuses

La bataille de l’Artois du 9 mai au 22 juin 1915 avec l’attaque du 2e Régiment de marche du 1er Etranger

Sète : les seniors isolés ont retrouvé le sourire

Midi Libre

JENNIFER FRANCO le 11/12/2016

Sète : les seniors isolés ont retrouvé le sourire

Comme chaque année, depuis six ans, le Cabaret a ouvert ses portes pour la bonne cause. J. F.

Depuis six ans, l'opération Cinquante sourires pour Noël tend à rompre la solitude.

Ce dimanche midi, le Cabaret a fait le plein de sourires... Ils étaient cinquante exactement. Cinquante seniors sétois, vivant seuls, à leur domicile, ou en maison de retraite. Et dont le quotidien est trop souvent rythmé par la solitude. Pour casser cette routine, depuis six ans, l'Amicale des anciens de la Légion étrangère et son fer de lance, Gérard Gimeno Devésa, ainsi que le patron du...

Marie-Jo Amyot d’Inville, veuve de guerre, enseignante, 5 enfants

Ouest-France, toute l’actualité locale et internationale

Publié le 10/12/2016

 

Marie-Josèphe Amyot d’Inville en famille en 1965 à la Morandière en Louvigné-de-Bais.

Marie-Josèphe Amyot d’Inville en famille en 1965 à la Morandière en Louvigné-de-Bais. | DR

Née à Brest, Marie-Jo Amyot d’Inville (1914-2007) a été une figure rennaise. Jean Amyot d’Inville, l’un des cinq enfants de cette veuve d’officier, lui a consacré un livre : "Organisation hors père". Il est l’invité de la paroisse Saint-Louis, lundi 12 décembre, pour deux causeries.

Ils connaissaient un « bonheur inimaginable » et tout s’est brisé d’un coup. En avril 1943, Jacques Amyot d’Inville est officier de la Légion étrangère à Meknès, en Tunisie. Le capitaine saint-cyrien vit avec sa famille. Son épouse s’appelle Marie-Jo. Ellle est née Audren de Kerdrel à Brest, dans une famille d’aristocrates. Son père, d’abord avocat, était conseiller général du Finistère avant d’être maire de Lannilis.

Ensemble, Jacques et Marie-Jo ont cinq enfants : Jacques, Philippe, Marie-Françoise, Marie-Geneviève et Jean, le petit dernier, né en 1942. Le 2 mai 1943, alors « qu’elle est en train de changer Jean », Marie-Jo Amyot d’Inville apprend la « terrible nouvelle ». Son mari a été tué au combat lors de la campagne de Tunisie.

Foi catholique

Une épreuve de plus pour cette femme de caractère qui a perdu sa mère alors qu’elle avait 4 ans. Veuve à 29 ans, mère de cinq jeunes enfants rapprochés (l’aîné a 8 ans, le dernier 1 an), Marie-Jo Amyot d’Inville prend la vie « à bras-le-corps et au pas de course ». Au Maroc tout d’abord, puis à Rennes, elle élève seule sa famille.

« L’éducation passe naturellement et entièrement par elle », raconte son fils Jean dans un livre très touchant, qu’il vient de publier sur sa mère : Organisation hors père. Une éducation fondée sur des valeurs altruistes, humanistes, inspirées par la foi catholique, le patriotisme et un certain humour Amyot d’Inville. Les tâches ménagères ne sont pas oubliées par la maman courage : « Elle coud, répare et cuisine, range et tricote : des dizaines de pulls à son actif. »

Prof de sciences nat

Bien qu’ « aristo », la famille Amyot d’Inville ne roule pas forcément sur l’or. La veuve de l’officier se lance dans la vie professionnelle. Titulaire d’un baccalauréat, Marie-Jo Amyot d’Inville enseigne d’abord au Maroc, chez les franciscaines missionnaires. Puis, à Rennes au collège de l’Adoration, rue d’Antrain.

L’essentiel de sa carrière de professeure se déroule au collège-lycée Saint-Vincent. Elle y enseigne les sciences naturelles. Pour se perfectionner, elle est retournée sur les bancs de la faculté, à 40 ans.

Veuve de guerre, Marie-Jo Amyot d’Inville s’investit aussi dans la vie associative. Ses cinq enfants - qui ont goûté au scoutisme « qui forme les caractères et déforme les vélos » - connaissent des destinées singulières.

Jacques sera missionnaire Père blanc durant 42 ans en Afrique, dont trois ans à Soweto. Philippe sera le numéro deux d’Ouest-France durant plusieurs années (il est décédé en 2006). Marie-Françoise et Marie-Geneviève seront des mères de famille dans la lignée de leur maman. Enfin, Jean sera expert en communication.

Marie-Jo Amyot d’Inville s’est éteinte en 2007 à la maison médicalisée Saint-Cyr de Rennes. Un an après Philippe. Une noble vie s’en allait.

Lundi 12 décembre, Jean Amyot d’Inville est l’invité de la paroisse Saint-Louis pour deux causeries, à 14 h 30 et 17 h 30, au 22, rue Louis-Pasteur, entrée libre. Organisation hors père, par Jean Amyot d’Inville, éditions du Petit Véhicule, 70 pages, et 20 pages d’annexes et de photos. 20 €.

A propos de l’ouvrage « Organisation hors père »

Avril 2016

Entretien de l’éditeur Luc Vidal (Editions du petit Véhicule) avec l’auteur

Luc Vidal. Ce livre est bien différent de vos autres publications. Cette fois vous parlez exclusivement de votre mère. Pour quelle raison ?
Jean Amyot d’Inville. D’habitude ce sont surtout des hommes je présente, notamment ceux que j’ai rencontrés dans ma vie professionnelle de « communicant ». Et quand on évoque ma famille il s’agit toujours des « Quatre frères pour la France ». On avait oublié ma mère à qui je voulais rendre hommage.

LV. Sa qualité principale ?
JAI. L’organisation comme cela figure dans le titre. Pour assumer toutes ses tâches de mère de cinq enfants, de maitresse de maison, de professeur et parfois d’étudiante, de voyageuse et de bridgeuse, elle faisait souvent deux choses en même temps. Avec parfois le risque de ne pas vivre le temps présent, comme cette visite du Musée du Louvre au pas de course… Mais toujours l’obligation de résultat. Autre qualité, la confiance. En plus des voyages en famille, j’ai pu notamment faire des milliers de kilomètres en parcourant l’Europe en auto-stop. Accord immédiat.

LV. Et comme professeur ?
JAI. Elle a eu des milliers d’élèves – environ 400 chaque année – à L’Adoration et à La Providence à Rennes. Pour enseigner les sciences naturelles elle racontait des histoires, faisait beaucoup d’expériences, disséquait des souris et emmenait les élèves sur le terrain, par exemple voir les roches à Mortain. J’ai reçu des témoignages très émouvants d’anciennes élèves après son décès. Elle faisait vivre ce qu’elle disait et enseignait.

LV. Cette organisation venait-elle de ses origines ?
JAI. Sans doute. La solidité du granit armoricain, celui du Finistère et du Cotentin. Les circonstances aussi puisqu’elle a perdu sa mère quand elle avait quatre ans – son père s’est remarié huit ans plus tard à Nantes – et qu’elle s’est retrouvée veuve à 29 ans avec ses cinq enfants. C’était au Maroc, pendant la Guerre. Et elle est passée, sans problèmes, de la chaleur africaine au crachin breton qu’elle appréciait d’ailleurs beaucoup. Elle aimait les jeux de société et particulièrement les cartes. Elle a aussi tapissé quantité de fauteuils, chaises, tabourets et même un canapé tout en entretenant la conversation. Pendant un seul hiver elle a tricoté 50 lapins pour une œuvre caritative. Oral et écrit : elle a adressé des milliers de lettres, toujours réconfortantes et optimistes.

LV. Sans doute aidée par son « milieu » favorisé
JAI. Elle assumait totalement ses origines de vieilles familles dites « nobles » qui exigent d’abord le respect envers les autres, tous les autres, sans aucune condescendance. Les circonstances ont fait aussi que nous étions plutôt des « aristos fauchés », peu avides de mondanités – encore moins de superficialité – comme on peut le croire quand on évoque ce qu’on appelle parfois encore l’aristocratie. Je cite la phrase savoureuse d’Alphonse Allais sur les « re, de, de ». « Il est toujours avantageux de porter un titre nobiliaire. Etre « de quelque chose » ça vous pose un homme comme « être de garenne » ça vous pose un lapin ». D’ailleurs tout cela ne veut plus rien dire : la vraie noblesse est celle du cœur, et elle le montrait bien !

LV. Peu de place pour la fantaisie …
JAI. Mais si ! Elle riait beaucoup. Et son humour a rejailli sur nous, ses cinq enfants. Elle pratiquait aussi l’autodérision, préférable à la moquerie, souvent méchante, envers les autres qui est un sport fort pratiqué de nos jours. Je termine le livre par les fous rires qu’elle avait aux enterrements, pas seulement en raison de l’émotion. D’ailleurs, le jour de son enterrement, elle nous a adressé deux clins d’œil. Et, hasard, coïncidence, providence ? La dernière lettre que mon père lui a adressée en avril 1943 – et qu’elle a reçue après sa mort – faisait état de ses fous rires pendant une messe pendant la Campagne de Tunisie. Comme quoi « Foi et joie » ne sont pas incompatibles. Ces deux mots auraient pu aussi faire un bon titre ! Ou alors : « A bras le corps … et au pas de course ».

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Opération « 1 000 drapeaux » le 5 décembre sur les Champs-Élysées

Lundi, 12 Décembre 2016 19:12

FSALE

jeudi 8 décembre 2016

La journée nationale d’hommage aux morts de la guerre d’Algérie, des combats du Maroc et de Tunisie le 5 décembre à Paris a été un grand moment de fraternité d’armes : elle a rassemblé soixante porte-drapeaux anciens légionnaires de toute l’Europe, intégrés à la masse des porte-drapeaux de la Fédération Maginot, de l’UNC, des Gueules cassées, de la FNAOM, de l’UNP et des autres.

Tous ont adhéré immédiatement au projet présenté avec les associations patriotiques, nos porte-drapeaux n’ont pas hésité à prendre la route, depuis les AALE de Francfort et de Stuttgart, de Genève et de Pau, d’Angers et d’Epinal, de Colmar et de Poitiers, etc … et à défiler à 18h sur les Champs Elysées dans la ferveur des grands rassemblements militaires pour aller raviver la Flamme à l’Arc de Triomphe. Une immense forêt de plus de mille drapeaux matérialisait le succès de ce rassemblement.

L’amalgame a été réalisé entre porte-drapeaux et accompagnateurs de tous âges, issus de tous les régiments étrangers, fiers de partager ensemble ce moment de souvenir des combattants d’AFN et de leur mémoire.

La FSALE a convié tous les participants à l’issue de la cérémonie à un repas de corps au Fort de Nogent. Porte-drapeaux, présidents et accompagnateurs ont partagé avec le chef de corps du GRLE un moment de convivialité. Portés par l’élan du défilé sur la plus belle avenue du monde, les anciens ont entonné les chants Légion de tradition et de bivouac et se sont quittés tard dans la nuit, heureux d’avoir participé à ce bel hommage national et témoigné de leur attachement à l’Institution.

Hommage aux Morts pour la France

Midi Libre

Le 08/12/2016

Éloge funèbre du LCL Pierre Legris

Les premières années de Diego Suarez - 1908 - 1912 : Les années d’or

10 novembre 2016

Construit en 1910, l’Hôtel des Mines est le symbole de la réussite d’Alphonse Mortages. Il devint rapidement le plus bel hôtel de Madagascar

La fabuleuse découverte de l’or d’Andavakoera par Alphonse Mortages, en 1907, se produit à un moment où les perspectives économiques de Diego Suarez sont plutôt moroses après la fin des travaux du Point d’Appui de la flotte. Mais la fièvre de l’or qui s’empare de la province du Nord permettra-t-elle le rebond attendu ? Beaucoup l’espèrent et, en 1911 « La dépêche coloniale illustrée » titrera « L’or, moteur du développement »

L’or du Nord

Nous ne reviendrons pas sur l’histoire d’Alphonse Mortages, que les lecteurs de la Tribune connaissent bien (n° 11 à 114 de La Tribune de Diego). C’est en 1907 que commence vraiment l’exploitation de l’or découvert dans la région d’Ambakirano. Au départ, l’or est extrait avec des moyens rudimentaires : pioches, pelles, batées…. Mais, dès 1907, Mortages et son associé Grignon peuvent fêter la demi-tonne d’or. Résultats mirifiques qui vont enflammer l’imagination de tous les habitants de la région et des aventuriers venus de partout ! Les années qui suivent ne démentent pas les espérances des prospecteurs : d’après l’ingénieur Bordeaux, le premier à avoir visité les placers de Mortages, la production totale fut en 1908 de 962 kg et de 1282 kg en 1909. Soit environ 3 tonnes d’or pour les premières années d’exploitation ! Inutile de dire que ces résultats donnèrent des idées. D’autant plus que Mortages, homme chaleureux et exubérant n’avait pas caché sa bonne fortune, éblouissant la population en descendant la rue Colbert avec ses sacs d’or étalés avec complaisance ! Aussi, dans la population de Diégo, européens et indigènes furent pris par la fièvre de l’or. Le Signal de Madagascar signalant l’arrivée des ingénieurs des Mines envoyés par les sociétés aurifères créées en France parle « d’une véritable effervescence à Diego Suarez ». Le directeur des salines de Diégo, M. Plion, avait même donné lecture, dans une soirée artistique, d’ une œuvre de son cru intitulée : La fièvre de l’or !
Quelles furent donc les conséquences de cette ruée vers l’or pour la Province de Diego Suarez ?

Les afflux de population

Les européens, tous métiers confondus, devinrent souvent prospecteurs et se firent attribuer des concessions, qu’ils revendirent parfois à des Sociétés spécialisées (c’est le cas de la société des Mines d’or de la Loky qui a repris les concessions de trois habitants de Diego Suarez : Lepeigneux, colon à la Montagne d’Ambre, Josse, commerçant à Antsirane et Montagne, négociant à Anamakia) Quant aux « indigènes », ils affluèrent en grand nombre sur les placers : on compta jusqu’à 10.000 Antaimoro employés à Andavakoera.
Nous l’avons vu : avec la fin des travaux du Point d’Appui, Diego Suarez avait connu une véritable dépression économique : les milliers d’ouvriers embauchés par l’armée pour construire les routes, les quais, les fortifications, se trouvèrent alors sans emploi. Beaucoup repartirent d’où ils étaient venus : à La Réunion, à Maurice, en France ou dans les autres régions de Madagascar. La découverte des gisements d’Andavakoera fut un véritable appel d’air. La population européenne de Diégo qui culminait à 1868 individus en 1906 (militaires non compris) en comptait 2457 en 1911. Pour la seule ville d’Antsirane on comptait une vingtaine de prospecteurs ! Quant au nombre des « indigènes » il était passé de 22.720 à 47.962 ! L’afflux de population et le renouvellement des centres d’intérêt économiques entraînèrent de profonds changements.

La réorganisation administrative

La région où avait été trouvé l’or appartenait à ce que l’on appelait le « secteur antankarana », qui depuis 1905 était rattaché à la province de Nosy-be. Mais cette dernière n’avait pas les moyens d’assurer la logistique qu’impliquaient les nouvelles découvertes. De plus, Mortages était foncièrement attaché à Antsirane et comptait bien en faire le centre administratif de ses activités. La découverte des mines d’or eut pour effet de rendre à la province de Diego Suarez cette partie du Nord de Madagadascar qui n’était pourtant pas très proche d’Antsirane. Ce rattachement fut arrêté le 9 juin 1910.
Aussi, dès le début, se posa la question de l’acheminement du matériel et de l’exportation de l’or.

La route des placers

Dès les premières perspectives d’exploitation aurifère, la Province de Nosy Be avait vu le parti à tirer de cette exploitation. On lit dans le Diego Suarez cette opinion de Locamus, ardent défenseur de la prééminence de Nosy Be sur Diego : « Le centre minier aurifère le plus important de la colonie se trouve dans la Province de Nosy Be. Jusqu’à ce jour, il avait été desservi par Diego Suarez et un nombre considérable de travailleurs avait été affecté à l’établissement d’une route charretière devant relier Antsirane au territoire des placers. » Mais Locamus fait remarquer que la voie la plus courte, pour se rendre sur le centre minier c’était « la voie fluviale du N.O, flottable aux marées hautes jusqu’à quelques kms seulement des placers ». En fait, du matériel destiné aux placers de Mortages et Grignon fut effectivement débarqué à Nosy Be puis transporté par boutres mais, rapidement la route fut préférée pour acheminer le précieux métal vers un centre portuaire qui en permettrait l’exportation. Cette « route des placers » est, comme le bassin de radoub, un serpent de mer : commencée mais jamais finie, elle fut l’objet de réclamations sans nombre des exploitants des champs aurifères et de la population qui voulait y avoir accès. Pourtant des promesses avaient été faites : lors de sa visite à Diégo en 1909, le gouverneur Augagneur indique le montant des sommes allouées : « Le montant des devis présentés pour la route des placers, était arrêté par le service régional à 200.000 francs. Le Gouvernement Général vient de nous accorder CINQ CENT MILLE FRANCS (environ deux millions d’euros actuels) dont 100.000 à prélever sur le budget ordinaire et 400.000 à prélever sur la caisse de réserve de la Colonie. » Fin 1909, l’Administrateur-Maire « a mis la Chambre consultative au courant des progrès des travaux de la route des placers et leur indique les parties qui pourront être, à moins de cas de force majeure, être livrées à la circulation au 31 décembre de cette année ». Mais les travaux ne vont pas vite et Mortages le fait remarquer à Augagneur : « La circulation, même dans les parties considérées comme terminées, y est très difficile en saison sèche, et, prochainement, c’est-à-dire dès les premières grandes pluies, elles seront impraticables. » Deux ans après, en 1911, elle était loin d’être terminée si l’on en croit le Bulletin économique de Madagascar : « La route dite des Placers doit relier Diego Suarez au village d’Ambakirano, situé au centre de la région aurifère de l’Andavakoera. Sa longueur est de 138 km. A la fin de 1910, la plate-forme était construite sur 100km et l’empierrement terminé sur 33 kms. »

L’apport économique

Le commerce retrouva un certain dynamisme. Le commerce de détail, d’abord, du fait de l’augmentation et du meilleur pouvoir d’achat de la population. En effet, en raison de l’insuffisance de la main d’œuvre, les travailleurs des placers étaient beaucoup mieux payés que la population du reste de l’île. Le commerce portuaire qui avait toujours été déséquilibré à Diégo (les importations dépassant de beaucoup les exportations) fut dopé par l’exportation de l’or. L’Annuaire de 1912 indique que près de 4000 kilogrammes d’or ont été extraits des placers Mortages et Grignon depuis 1906. La télégraphie sans fil, qui sera accessible aux particuliers, facilite le désenclavement d’Antsirane « l’un des principaux centres commerciaux de la colonie » (Bulletin économique de Madagascar). L’enrichissement de la ville (par les taxes qu’elle percevait) et de certains particuliers eut des conséquences heureuses sur l’urbanisme.

Une ville rénovée

C’est à cette époque (en 1909) qu’Antsirane fut doté d’un tribunal (celui que nous connaissons) qui fut immédiatement l’objet des critiques des antsiranais. Critique sur son esthétique que la plupart des journaux de l’époque tournent en dérision : « Diégo, il est vrai, a une compensation : son palais de justice de création récente et construit en face de la résidence non sans que l’on ait empiété sur un square, agrément de la ville. C’est un bâtiment de style spécial, ce qui d’ailleurs en fait le charme non moins spécial. On retrouve les mêmes dispositions intérieures à la kasbah, en Alger. » Et l’article termine en comparant le Tribunal à un « Bains-Douche » (Le progrès de Madagascar). Pauvre tribunal à qui l’on reproche son allure « spéciale » mais aussi ses malfaçons : « Depuis que ce bâtiment original est terminé on s’est rendu compte, maintes fois, que lorsqu’il pleuvait, on y était moins à l’abri que dehors » (La cravache antsiranaise). L’article conclut en disant que « le Tribunal ne pouvant siéger dans une douche » il s’est installé dans la Mairie !
Autre amélioration : celle de la rue Colbert par le comblement du ravin Froger. Ce ravin, qui se trouvait au carrefour de la rue Colbert et de l’Avenue de France coupait en deux la rue Colbert. On le franchissait sur un pont en bois mais, en saison des pluies, il inondait tout le quartier. « Ce ravin, qui traverse en partie la ville d’Antsirane, recueille les eaux pluviales et les eaux ménagères de plusieurs quartiers ainsi que les immondices provenant de l’égout des casernes. Toutes ces eaux et matières s’écoulaient mal, à cause des nombreuses sinuosités du ravin. En certains point même, les eaux restaient stagnantes et devenaient un foyer d’infection pour une partie de la ville ». (Bulletin économique de Madagascar juillet 1911). Un premier projet prévoyait de construire un canal à ciel ouvert bordé de banquettes engazonnées mais on décida ensuite de le couvrir pour des raisons d’hygiène.
Autres améliorations : l’agrandissement du château d’eau ; la construction, en 1909, de la poste (que nous voyons encore en face de l’ancien hôtel …de la Poste !) ; la construction, en 1910, du bâtiment des domaines. Des crédits furent également affectés à une nouvelle canalisation d’eau, à l’entretien des rues, à l’éclairage de la ville, à la construction de trottoirs et de caniveaux. Antsirane commençait à ressembler à une vraie ville ! Mais ce qui fit surtout la fierté des Antsiranais, ce fut, en 1910, la construction de l’Hôtel des Mines.
Symbole de la réussite d’Alphonse Mortages, il devint rapidement le plus bel hôtel de Madagascar. Mortages est alors au faîte de sa gloire.

Mortages, roi de Diego Suarez

La Revue de Madagascar donne une idée de sa célébrité : « M.Mortages s’est embarqué le 25 mars à Marseille pour Madagascar. De nombreux malgaches ont accompagné à la gare d’Orsay le sympathique administrateur des mines de l’Andavakoera. » Ses affaires se développent : « Car la Société que MM. Mortages et Grignon voulaient créer pour donner plus d’extension à l’exploitation de leurs terrains aurifères, a été constituée avec un plein succès, M. Mortages devenant administrateur en mission à Madagascar, et M.Grignon administrateur délégué à Paris. » et elles se diversifient : « M.Mortages va se trouver obligé de faire face aux multiples affaires de son usine de manioc de la vallée du Sambirano, où l’on doit traiter annuellement 6000 tonnes de ce produit. » Et, surtout, « il a fait construire à Diego Suarez le magnifique hôtel des Mines dont les colons de cette ville ne sont pas médiocrement fiers. »
Capitaliste adulé (il faut dire que Mortages est un homme gai et généreux), il est considéré comme le bienfaiteur de la ville et est nommé, dès 1909 Président de la Chambre consultative. En 1910 il devient conseiller du commerce extérieur de Madagascar. Il est l’interlocuteur du Gouverneur Général lorsque celui-ci se déplace à Diego Suarez. Période dorée pour Mortages qui, comme la cigale ne saura pas préparer son avenir et finira ruiné mais toujours respecté par les habitants de la ville à laquelle il a tant donné.

Et pour Diégo ?

Il est certain que la découverte de l’or d’Andavakoera a apporté une certaine prospérité à Diego Suarez. Cependant, cette prospérité, fondée sur une seule ressource, n’a pas vraiment suffit à assurer une prospérité durable pour une ville dont le développement reste entravé par le manque de moyens de communication. Et la « fièvre de l’or » au Nord de Madagascar, comme ailleurs, n’a pas eu que des effets bénéfiques !
A suivre
■ Suzanne Reutt

Souvenirs pour servir à l'histoire du premier régiment de la Légion étrangère - 1864


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