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La Newsletter 15/06 de l'AALEME

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La Newsletter 15/06 de l'AALEME

Décès de l'Adjudant-chef Georg RAKEBRAND‏

 

Chers amis, anciens de la 13e DBLE de 1979,


C'est avec beaucoup de peine que je vous transmets cette triste nouvelle.

Georg RAKEBRAND était le dernier chef de la Section Armes lourdes (cette structure fut dissoute après son départ) de la 3e Compagnie lorsque j'en pris le commandement en juin 1979.

Presque 30 ans plus tard, il décida de venir se retirer à Sète avec son épouse, Françoise, et d'y assurer la présidence de l'Amicale de Légion étrangère pendant plusieurs années. Dès lors, ce fut toujours avec plaisir que nous nous retrouvions, à l'occasion de cérémonies commémoratives ou d'assemblées générales Légion dans la région.

Vous trouverez en pièces jointes quelques photos pour rappeler son souvenir.

Je me rendrai aux obsèques pour le dernier hommage qui lui sera rendu et accompagner Françoise dans son chagrin.
Amitiés légionnaires
LCL (e.r.) Maurice Beaune






Lucien Morin chargé de la jeunesse

15 février 2015

Lucien Morin (ci-contre, à droite) a été nommé réserviste local à la jeunesse et à la citoyenneté par le lieutenant-colonel Perret, délégué militaire des Côtes-d'Armor. Il aura pour mission d'accompagner les jeunes des quartiers sensibles et de leur présenter toutes les opportunités que peut leur offrir le monde de la Défense. Après une carrière dans la Légion étrangère, Lucien Morin est aujourd'hui chef d'entreprise dans le monde du cinéma et porte-drapeau de l'Union nationale des combattants (UNC). Avec des élèves du collège de la Grande Métairie de Ploufragan, il souhaite réaliser un film sur l'impact de la Première Guerre mondiale à Ploufragan, dans le cadre du centenaire de la Grande Guerre.

Trail : le récit d'une aventure insolite en Thaïlande

Publié le 11/02/2015

Gérard Bavato a passé l'épreuve d'équilibre sur la tête de l'éléphant avec succès/Photo DR

Trois ans que l'ultra-fondeur Gérard Bavato (57 ans) habitué aux courses de l'extrême et autres défi trails à travers les États-Unis, le désert Ténéré ou encore en Tanzanie au sommet du Kilimandjaro (record du monde d'ascension – 5 895 m) avait mis baskets et short au clou.

Pour lui redonner le goût de l'effort et la juste dose d'adrénaline qui l'accompagne, le coureur villefranchois s'est laissé entraîner avec neuf autres athlètes par deux coaches sportifs du Lauragais et anciens militaires Fabrice (légion étrangère) et Alain (commando marine) dans une aventure sportive insolite. Cette épreuve nécessite le sens du collectif.

Sur le sentier non pas de la guerre mais bel et bien de la découverte au beau milieu de la Thaïlande sauvage ce séjour d'une semaine était un savant et intense mélange des émissions Koh Lanta, Pékin Express et Top chef réunies.

Radeau en bambou

Le baroudeur Gérard raconte cette épopée thaïe : «Le rendez-vous était donné cette fin janvier à l'aéroport de Bangkok à une heure précise sans aucune autre précision. Une fois le groupe rassemblé nous avons pris la direction de notre camp vers la rivière Kwaï à l'ouest du pays.

Sur place nous étions en immersion totale avec la nature et au contact avec la population thaïe pour un séjour où des épreuves quasi-commando nous attendaient».

Construction de radeau en bambou, course d'orientation nocturne, repas avec des moines, séances de musculation et gainage insolites avec des noix de coco, sur des rails de chemin de fer, exercice d'équilibre avec des éléphants, pompes, tractions, escalades, courses tous terrains au beau milieu la végétation luxuriante locale… le programme était riche et la liste des épreuves non exhaustive. Gérard aidé de ses sponsors JL Optic et Super U est revenu enchanté de ce périple au Royaume de Siam.

Il conseille avec ferveur ce stage à tous les sportifs qui aiment l'effort et l'aventure avec une bonne dose de remise en forme.

Si vous souhaitez vous surpasser et vous dépayser contactez le coach lauragais Fabrice (06 62 54 37 34) et sa structure Zone Évasion (www.zone-evasion.fr). Elle tracera avec vous «le parcours de vos défis».

L. G

Le gouverneur militaire de Lyon reste fidèle aux valeurs humaines acquises à la Légion étrangère

15/01/15

Les soldats français peuvent être fiers de ce qu’ils ont fait pour la population afghane », affirme le général Pierre Chavancy qui a commandé la brigade La Fayette dans la vallée de la Kâpîssâ en 2010. - Agence ROANNE
L’ancien commandant de la prestigieuse 13e demi-brigade de Légion étrangère est l’officier général de la zone de défense du sud-est de la France avec quelque 80 unités et 32.000 soldats sous sa responsabilité.

Il a la démarche carrée et la poignée de main franche et directe du légionnaire qu'il a été et qu'il reste. « À ma sortie de Saint-Cyr, j'ai choisi l'infanterie parce que je voulais commander à la Légion étrangère. Ce qui me semblait être une troupe qui connaissait bien son métier et une société humaine qui valait le détour », explique le Général de corps d'armée (4 étoiles) Pierre Chavancy, gouverneur militaire de Lyon depuis le mois d'août dernier. Il est ainsi passé par le 2e Régiment étranger d'infanterie à Nîmes où il a commandé une compagnie de combat au Tchad, en Centrafrique et lors de la première du Golfe au tournant des années 80 et 90, avant d'y revenir 10 ans plus tard comme chef du bureau opérations instruction. Devenu colonel, il a dirigé la prestigieuse 13e Demi-brigade de la Légion étrangère (DBLE) à Djibouti, celle des Amilakvari et des Gaucher, celle de Narvik, de Bir-Hakeim, d'El Alamein, de Colmar, de Diên Biên Phu.

« Ce n'est pas parce que nous menons des opérations extérieures qu'il y a des attentats »

« Ce qui est passionnant à la Légion, c'est de voir vivre, s'entraîner, combattre des gens qui n'avaient aucune raison de se croiser ailleurs, comme un paysan chinois, un professeur de mathématiques allemand, un commissaire de police belge ou un ex-lieutenant-colonel laotien, expose le Général Chavancy. Leur point commun, c'est d'aimer la France. On se fout de la nationalité, de la race, de la religion. Maintenant, cette machine à intégrer est aussi performante parce que les fondamentaux sont clairs, les filtres forts, on prend un candidat sur 10, et il est donc difficilement transposable. » En tant qu'officier général de la zone de défense et de sécurité du sud-est de la France, Pierre Chavancy a sous sa responsabilité de l'Auvergne à la Corse, de Rhône-Alpes à la Provence-Alpes-Côte d'Azur en passant par le Languedoc-Roussillon près de 80 unités et plus de 32.000 militaires. Certains viennent de rentrer d'Afghanistan après 13 ans de présence française. Le Général Chavancy y a commandé la brigade La Fayette dans la vallée de la Kâpîssâ d'avril à novembre 2010. « Nous n'y avons pas mené une action purement militaire visant à casser du terroriste. Notre mission consistait à permettre aux Afghans de se gouverner par eux-mêmes. Le grand succès de cette opération, c'est que nous avons réussi à faire comprendre à une population de paysans des montagnes très suspicieux que nous n'étions pas les nouveaux envahisseurs à bouter hors d'Afghanistan mais une opportunité pour eux de bouter hors de leur pays les vrais envahisseurs, les Talibans. Ça a marché dans la zone française et les soldats français peuvent être fiers de ce qu'ils ont fait pour la population afghane ». Que ce soit dans le cadre du plan Vigipirate porté à 10.000 hommes depuis mercredi, dont 1.000 en Rhône-Alpes\Auvergne, ou en opérations extérieures, « rien ne se fait sans impact sur la sécurité des Français. C'est bien en étant dans la bande sahélo-saharienne que l'on contribue à la sécurité des Français. Ce n'est pas parce que nous y sommes qu'il y a des attentats mais c'est parce que nous y sommes que l'on peut juguler des attaques sur notre sol. » La mission de Pierre Chavancy est de s'assurer que les unités et les militaires placés sous ses ordres « disposent des moyens de bien vivre dans leurs quartiers et de s'entraîner pour être prêts à l'engagement ». Ce qui dans un contexte budgétaire de plus en plus contraint n'est pas chose aisée. Il assure également le lien entre l'institution militaire et l'autorité préfectorale, les élus. Le Général Pierre Chavancy passe son temps libre le nez dans les atlas et les livres d'histoire. « J'aime beaucoup l'histoire et la géographie, deux matières essentielles pour la culture générale, très liées à mon métier. Je m'intéresse beaucoup à l'histoire des peuples et à l'influence de la géographie sur leurs caractères. Vous savez que le même mot pachtoune désigne l'étranger qu'il soit américain, français ou du village d'à côté. »

Ludovic Daim

Le « centre officiel du monde » a deux habitants, Jacques-André et sa femme

30/01/2015

L’église de Felicity, en Californie (Mike Towber/Flickr/CC)

Un matin de la fin du mois de janvier, Jacques-André Istel se réveilla dans sa villa de Felicity, en Californie. Après une série de 100 pompes et de 125 flexions, il fit quelques longueurs dans sa piscine, luxueusement éclairée, puis remonta à l’étage où il déjeuna au lit comme il en avait pris l’habitude depuis son enfance à Paris.

Dans la foulée, il enfila une chemise bleue et noua un foulard ascot autour de son cou, avant de se rendre à son bureau sis au 1, place du Centre du Monde.

C’était le jour de son 85e anniversaire.

Père fondateur de Felicity, Istel avait été élu maire de la ville il y a de cela trente ans, et il le resterait probablement jusqu’à la fin de sa vie. Il avait été élu à l’unanimité : Istel avait naturellement voté pour lui, tout comme sa femme Felicia, la seule autre personne résidant alors à Felicity.

Inaugurée en 1986, la ville comptait en son sein la villa des Istel ainsi qu’une demi-douzaine d’autres bâtiments construits par le couple sur 1 040 hectares de terrain au beau milieu du désert, à proximité de Yuma en Arizona, en bordure de l’autoroute I-8.

Au centre de tout, une drôle de pyramide

Tout au nord de la ville, en haut des marches d’un escalier massif, se dressait l’église qu’Istel avait fait bâtir en 2007, inspirée d’une petite chapelle bretonne. C’est une église somptueuse dont il émane une grande sérénité, bien qu’elle semble étrangement décalée dans le paysage. Mais ce n’est rien en comparaison de la pyramide de pierre et de verre qui culmine à plus de six mètres de haut, à l’autre bout de la ville. Et pour cause : la pyramide marque l’emplacement exact du centre du monde.

Techniquement, la Terre formant une sphère quasi-parfaite, n’importe quel endroit de la planète pourrait être considéré comme le centre du monde. Cela, Istel ne le discute pas. « Le centre du monde pourrait se trouver dans votre poche ! », m’a-t-il dit.

Malgré cela, il était parvenu à faire de son centre du monde le centre du monde officiel : en 1985, il avait persuadé les membres du conseil du comté d’Imperial de prendre part à son absurde farce, désignant la pyramide comme le centre de tout.

Une plaque a été posée pour marquer le point, et en échange de trois dollars, les visiteurs peuvent pénétrer dans la pyramide pour se tenir au centre du monde.

La pyramide de Felicity (Kirs10/Wikimedia Commons/CC)

Un mur du souvenir

Au cœur de Felicity, entre la pyramide et l’église sur la colline, s’étend une série de monuments triangulaires. La plupart d’entre eux mesurent 30 mètres de long, sont aussi hauts qu’un homme et se composent de 62 plaques de granit, chacune d’elles pesant 216 kilos. Elles sont la matérialisation d’une idée simple qu’Istel avait eu 25 ans plus tôt : « Ne pourrait-on pas graver les noms de nos êtres chers sur un mur du souvenir ? » (« Les gens qu’on aime », dit-il, « on ne veut pas les oublier. »).

Il engagea donc un graveur sur pierre et, un projet en entraînant un autre, il s’offrit les services d’un jeune artiste virtuose pour fixer dans le granit des portraits et des scènes historiques.

Ces monuments retracent notamment l’histoire de l’aviation française, de la légion étrangère, de la Californie, de l’Arizona ou des Etats-Unis. Une variante encyclopédique et sophistiquée de l’art rupestre, dont les fondations en béton armé sont ancrées dans le sol à un mètre de profondeur. Istel a pris soin de spécifier à ses ingénieurs que ces derniers devraient résister à l’usure de quatre millénaires.

Bien vite, il réalisa que son musée d’histoire en granit consumait son existence. Istel effectuait lui-même toutes les recherches et écrivait chacun des textes, réalisant parfois 50 ou 60 brouillons pour une seule plaque. Felicia, quant à elle, s’occupait de corriger ce qu’il écrivait – c’est une ancienne rédactrice de Sports Illustrated.

Felicity vue par satellite (Google Images)

Du Big Bang aux vikings

En 2004, il se rendit compte qu’il pouvait donner encore davantage de sa personne. Il entama la construction d’une série de huit monuments – pour un total de 461 plaques – disposés en cercle autour d’une plaque ronde. A l’épicentre, il disposa une pierre de Rosette multilingue. Son projet consistait à retracer « l’histoire de l’humanité ». A l’heure où j’écris ces lignes, le quart de l’objectif est atteint : la frise commence avec une gravure du Big Bang et s’étend jusqu’aux rituels funéraires des vikings.

Ces gravures au cœur de la ville constituent un ensemble stupéfiant et impossible à résumer d’évocations des triomphes, des folies, de la singularité et des violences de l’humanité. On y recense, pêle-mêle, « La Nuit étoilée » de Van Gogh, la juge Sandra Day O’Connor, le premier jeu de polo en 600 avant Jésus-Christ, la diffusion de l’islam, l’écrivain H. G. Wells, Lao Tseu, le hamburger, ou encore une caricature politique du XIXe siècle tournant en ridicule Thomas Jefferson – un chien de prairie attaché, vomissant de l’argent. Une ancienne croyance grecque y figure aussi, selon laquelle les diamants seraient des éclats d’étoiles tombés du ciel, ou encore un conseil de la cuisinière Julia Child : « Si vous redoutez le beurre, mettez de la crème. »

Comme il ne peut savoir à l’avance de qui ou de quoi sera constituée son public dans 4000 ans, Istel a conçu ce cadeau, qui vise à transmettre des vérités humaines fondamentales, écrites comme si elles étaient découvertes pour la première fois :

« Belle et romantique, notre Lune influence profondément les êtres humains. »

« Quel est l’intérêt de tout ça ? »

Je suis arrivé à Felicity le jour de l’anniversaire de Jacques-André. J’ai été invité à séjourner dans l’un des douze appartements de style motel construits par le couple sur la face est du musée. Aux dernières nouvelles, ils éprouvaient toutes les peines du monde pour trouver des locataires.

L’un des appartements était occupé par un inspecteur des produits d’Ocean Spray, qui séjournait ici pour visiter des usines de transformation de légumes dans la région. Un ancien patrouilleur des autoroutes californiennes vivait là depuis déjà onze ans, alors que ce dernier avait signé initialement un bail d’un mois.

Sur le bureau de ma chambre se trouvait une invitation écrite à la main sur le papier à lettres officiel de la mairie. J’étais convié à une fête d’anniversaire dans un bar sans prétention appelé le Jimmie Dee, suivie d’un dîner dans un casino indien. Le départ pour Yuma était fixé à 17h30 ce jeudi 28 janvier 2014.

Donn et Norma Gaebelein se trouvaient également à Felicity. Le mari, ancien directeur d’une école privée, était un homme puritain à l’apparence guindée. Il était aussi le plus vieil ami d’Istel. Les deux hommes s’étaient rencontrés près de 75 ans plus tôt en classe de quatrième.

Au départ, il pensait que Felicity n’avait aucun sens : « Quel est l’intérêt de tout ça ? Pourquoi ce fou de Français s’obstine-t-il à bâtir des choses, encore et encore ? », disait Gaebelein.

Ressentir la « portée du pouvoir » de Felicity

Prenez l’église, par exemple. Non seulement Istel n’est pas quelqu’un de religieux, mais en outre, sa mère était juive. Mais cela ne l’a pas empêché de se donner un mal de chien pour construire cette magnifique petite chapelle sur la colline. Colline qu’il a elle aussi créée en faisant appel à d’imposantes machines pour faire surgir du sol désertique un trapèze de plus de dix mètres de hauteur, conçu avec le plus grand soin et à l’épreuve des séismes.

D’après Gaebelein, Istel peut parfaitement expliquer pourquoi il s’est senti obligé d’ériger cette colline pour construire son église. « Je suis assez conservateur, j’ai le respect des convenances et du protocole. Si vous construisez un édifice dédié à une puissance supérieure telle que Dieu, il doit être placé plus haut que le reste », m’a confié l’intéressé. Mais pourquoi a-t-il voulu construire une église, cela, il n’en sait rien. Gaebelein affirme :

« Jacques mourra sans connaître la raison qui l’a poussé à construire cette chapelle, mais convaincu cependant qu’il en avait le devoir. D’ailleurs, très franchement, on pourrait dire la même chose de tout ce qui se trouve ici. »

C’était le quinzième séjour de Donn et sa femme à Felicity. Un moyen pour eux d’échapper aux rudes hivers new-yorkais.

Au bout du compte, ce qui s’apparentait au départ à un ouvrage absurde avait acquis une signification profonde. « Il faut vivre dans cet endroit, dormir sur place, pour ressentir la portée de son pouvoir », conclut Gaebelein.

Découvrez la suite de l’histoire (payante) sur Ulyces.

Nîmes : Les VBCI sont arrivés !

5 février 2015

Samedi 31 janvier 2015, le 2e REI a réceptionné ses premiers VBCI (Véhicule blindé de combat d’infanterie) et ainsi il devient le 8e et dernier régiment de l’armée française à recevoir ce type de matériel. Au total ce sont 17 véhicules qui seront débarqués du train au quai Grezan.

Le 31 janvier, le 2e régiment étranger d’infanterie (2e REI) de Nîmes a reçu ses premiers véhicules blindés de combat d’infanterie (VBCI). En réceptionnant 17 véhicules blindés flambants neufs (12 VBCI de type « combat d’infanterie » et 5 VBCI de type « poste de commandement »), le 2e REI devient le huitième et dernier régiment d’infanterie de l’armée de Terre à être équipé de ce type de matériel. Dans la matinée, les légionnaires ont déchargé les véhicules sur la plateforme de débarquement de la zone industrielle de Grezan. Une fois la manœuvre effectuée, des circulateurs du 503e régiment du train ont escorté le convoi jusqu’aux quartiers du 2e REI pour une mise en condition opérationnelle dans l’après-midi.

Le VBCI est un véhicule dédié au transport, à la protection et à l’appui-feu des groupes d’infanterie. Il a depuis, été engagé au Liban, au Mali et en RCA. Le retour d’expérience des théâtres montre que ce véhicule de combat répond parfaitement au besoin opérationnel exprimé par l’armée de terre. Il peut accueillir 9 fantassins équipé du système FELIN en plus du pilote et du radio-tireur.

Depuis sa création en 1841, le 2e Régiment étranger d'infanterie est le plus ancien des régiments d'infanterie de la Légion Étrangère. Il est doté des matériels et équipements les plus modernes et il fait partie des premiers régiments d'infanteries numérisés de l'armée de Terre en 2003 et a été doté du système FELIN en 2012.

Ce qui est en ligne depuis la dernière Newsletter...

La petite maison rose ou...la tuile oubliée...

légionnaires-Officiers

En avant première, voici les premières planches de mon ami Louis Perez Y Cid et le scénario d'une BD qui verra peut-être le jour... à votre appréciation...

Précision: Ali Sabieh était l'implantation de la 3e compagnie de la 13e DBLE à Djibouti. Cette histoire est censée se déroulée dans les années 1976 après l'affaire de Loyada. les noms ont été changés mais ceux qui étaient à Djibouti à cette époque reconnaîtront facilement les personnages...

"A Ali Sabieh, la Légion avait dressé les plans du futur emplacement des familles de la 3e compagnie et fait tout le travail architectural. Mais comme toujours, tout avait été fait trop vite. l’administration du Génie est arrivée en retard. Le capitaine Rieradrob lui abandonna la construction des logements d’officiers. Les terrassements étaient exécutés sur un emplacement d’un accès difficile, mais judicieux qui mettait à l’écart du camp, sur le flanc d’un chainon rocheux, un quartier de plaisance dominant la ville militaire et la bourgade locale qui entourait celle-ci.

Mais le problème, assez ardu, à première vue, venait de l’emplacement même de cette cité avec la création d’un minimum de végétation, cependant il y en avait bien d’autres à résoudre auparavant. Pour ces logements d’officiers, le Génie possédait quelques gabarits dont il se sert indifféremment à Djibouti, aux Comores ou en France métropolitaine. Des plans étaient disponibles, très étudiés, ils décrivaient le montage sans laisser le moindre détail. Ils sont l’œuvre de polytechniciens à qui, il ne viendrait pas l’idée de demander d’être des artistes.

Le logement se présentait en maison de trois pièces pour les officiers. Légitime épouse du lieutenant Rellim, Sylvie avait à ce titre choisi avant tout le monde. Elle jeta son dévolu sur la dernière maison, en direction du grand Bara. C’était à l’identique des autres, un cube blanchi à la chaux, avec une porte, trois fenêtres étroites et un toit en tuiles.

Bien qu’il disposât de l’immensité du site, le Génie avait aligné les cubes à cinq mètres les uns des autres, mais une distraction du conducteur de travaux plaça la dernière habitation à une distance relativement importante des précédentes. Ca lui donnait une allure de villa indépendante.

L’ambiance de tout ce petit monde entrait en ébullition autour du 15 mai de chaque année, passé cette date, les épouses partent en Métropole dans leur famille ou au centre de vacances d’Arta. La compagnie prenait son tour au barrage, aux portes de Djibouti, l’action des postes précédait les opérations de police nécessaires dans la ville. L’exode des épouses et autres compagnes commençait quelques jours avant le départ des militaires. Portes et volets se ferment dans le quartier des officiers jusqu’au retour de la mission.

Ne reste au camp, qu’un faible détachement chargé de la garde du camp et de son entretien, un sous-officier supérieur choisi parmi ceux dont la santé est déficiente écope de la « corvée » d’en prendre le contrôle et commandement.

Sylvie, cette année là, partit la dernière, son mari n’ayant plus à y revenir, elle boucla la maison et lui reprocha vivement, tandis qu’il l’accompagnait au car, de n’avoir jamais signalé à qui de droit qu’une tuile du toit était disloquée, quand il pleuvait, une rigole mal placée avait abimé le crépi de la chambre. Très méticuleuse de par ses origines de fille du Nord de l’Europe, elle avait la coquetterie de son petit logis.

_ Je suis sûre, mon Mari, que vous allez encore oublier ! dit-elle à Théodore Rellim avec une pointe d’humeur.

Aussi se loua t-elle de rencontrer le capitaine Rieradrob qui conduisait également sa femme au car.

_ Capitaine, votre adjoint se refuse à faire réparer la toiture. S’il pleut cet été, notre chambre est fichue.

_ Sylvie, voyons, je vous prie, protesta Théodore Rellim, n’ennuyez pas le capitaine avec cette histoire !

_ Votre épouse à raison, il faut que cela se répare, mon lieutenant, répondit Rieradrob en baisant la main de Sylvie.

_Comptez sur moi ma petite Dame. Je vais donner des ordres, puisque mon Adjoint n’en est pas capable !

Il avait juste quelques consignes à passer à l’adjudant-chef Krepper, désigné pour rester à Ali Sabieh à la suite d’un malencontreux accident de véhicule sur le grand Bara au retour de Djibouti . Relevé avec une jambe cassée il était encore dans le plâtre.

_ Je vous signale la maison du lieutenant Rellim, lui dit le Capitaine. Sa femme se plaint de je ne sais quels dégâts de toiture et de façade. L’adjudant de casernement ne doit pas se fatiguer souvent à aller voir ce qui se passe là-haut. Secouez lui les puces ! Et que tout soit remis en état, je l’ai promis. Vous avez « carte blanche » quant au prix que cela coûtera.

Cinquante deux ans, sorti du rang de célibataire géographique, endurci et affligé d’un terrible accent du Nord de l’Europe, l’adjudant-chef Krepper était de ces sous-officiers légion dont les gestes de bravoure ne se comptaient plus, il ne fallait pas demander plus à cet homme simple. Il enrageait d’être laissé à la traîne pour la première fois. Mais tout ordre à ses yeux était indiscutable, sa jambe ne lui permettait pas de s’aventurer au delà des environs immédiats de son bureau où il s’était fait dresser un lit de camp. Fort de cet handicap, Il ne pouvait aller lui-même constater les dégâts de la maison Rellim sur le mamelon escarpé.

Il était dans ses fonctions donc, de faire prendre à l’adjudant Pérales, chargé du casernement, cette affaire au sérieux.

_ Une sacrée chance que vous ayez eue, de ne pas tomber sur le Capitaine, mon adjudant. Il fallait l’entendre ! une baraque toute neuve et qui se déglingue de partout ! L’incurie comme toujours ! Le « je-m’en-foutisme ! un sous-officier abruti par l’alcool ! je le casserai qu’il m’a dit le Capitaine ! et il a raison. Vous aurez affaire à moi, si ce n’est pas proprement réparé et en vitesse ! Voilà un bon pour les travaux, vous y inscrirez ce qu’il faudra ! Vous pouvez disposer.

Vieux serviteur devenu sédentaire, l’adjudant Pérales avait pour principe et par expérience, en cas de cataclysme, de courber le dos sans protester, la vie lui ayant appris que tout passe et qu’on ne gagne jamais rien, même quand on à raison, contre un supérieur. Il est vrai que son intempérance était depuis vingt ans de notoriété publique et qu’il avait pris l’habitude de se l’entendre reprocher. Il est vrai aussi qu’il n’allait pas souvent voir les logements des officiers. Enorme et congestionné, il se déplaçait correctement, mais la moindre grimpette lui coupait le souffle, ainsi, il avait pour cette raison renoncé à s’aventurer sur les sentiers de chèvres. Tout naturellement il avait laissé la surveillance de ces « dépendances lointaines » du camp au sergent Marques, d’origine portugaise, qu’on avait sur sa demande, affecté à titre provisoire, faisant valoir qu’il lui fallait de l’aide pour mener à bien les nombreux travaux auxquels il devait s’acquitter en l’absence du Régiment.

Mais Pérales avait voulu rendre service au sergent Marques qui tenait, pour des raisons sentimentales à ne pas s’éloigner du camp militaire. Ces raisons se nommaient Balbala, elles se présentaient sous les apparences d’une jeune femme fine comme une petite sainte au temps des martyrs que Marques avait extraite, contre son gré, de la bourgade locale et ne songeait qu’à y retourner. De ce fait, il ne pouvait la quitter d’une semelle.

Pérales eut, avec lui, une explication orageuse :

_ C’est comme ça, bougre de salaud, que tu me remercies ? Je vais t’apprendre à faire ton boulot ! Le crépi du haut en bas, a foutu le camp chez le lieutenant Rellim, il n’y a plus de toit et des lézardes dans les murs que tout le monde voit sa femme à poil, quand elle prend sa douche ! Mais naturellement, tu n’en sais rien et tu t’en contrefous ! Tu auras de mes nouvelles si dans quinze jours tout n’est pas flambant neuf là-haut. Débrouille-toi avec ce bon !

Marques qui s’éloignait le moins possible de l’endroit où il avait installé Balbala, ignorait si la baraque des Rellim était debout ou non. Il était prêt à tout sauf, à laisser Balbala seule.

L’unique solution à ses yeux était de s’en remettre pour ces travaux, à quelques légionnaires de confiance, seulement la compagnie n’avait pas laissé en base arrière les meilleurs. Seuls des éclopés et des vieux qui étaient déjà pris aux travaux d’entretiens à travers le camp. Il finit par mettre la main sur Carl Heinz Fritz et sur Sancho Pancha. Haut comme une échelle et pas très costaud, Carl Heinz, allemand d’origine était resté au camp suite à une bronchite quasi chronique et Sancho, petit gros de nationalité espagnole pour les mêmes motifs que ceux de l’adjudant Pérales. Sancho possédait la particularité de n’était absolument pas bilieux pour deux sous, il prenait la vie comme elle venait en se gardant bien de contrarier un destin qui pourrait ne pas lui convenir.

_ Vous irez d’abord vous rendre compte sur place de ce qu’il faut, leur expliqua Marques, ensuite, vous remplirez ce bon et je vous donnerai un camion pour aller chercher le matériel au parc de Gabode à Djibouti. Vous serez dispensé de corvée, de garde et d’appel. Vous irez installer votre guitoune là-haut. Tout ce que je vous demande, c’est qu’aujourd’hui a dans quinze jours, la maison qui est à rebâtir de fond en comble soit prête.

_ C’est peut-être le filon pensa Carl Heinz.

Ils se rendirent immédiatement sur les lieux et il leur sembla qu’il y avait très peu de chose à faire.

- C’est le filon, déclara Sancho. On va dire qu’il faut au moins un mois. Le bon, cela va de soi, devra comporter des marchandises en quantité suffisante pour justifier ce délai.

C’est ainsi que ni le sergent, ni l’adjudant, ni l’adjudant-chef ne trouvèrent leur demande exagérée. Nos deux légionnaires revinrent de Djibouti avec un camion plein, ils passèrent deux jours forts pénibles à installer autour de la maison des Rellim l’aspect d’un authentique et important chantier.

Ils dressèrent leur tente et organisèrent le campement.

_ Ce qui serait bien, dit Carl Heinz, serait de faire la popote dans la maison.

_ D’autant, renchérit Sancho, que rien ne dit, que nous n’aurons pas à travailler à l’intérieur. Il faut demander la clef.

Mais la question ne se posait pas, le lieutenant Rellim l’avait emporté avec lui.

Sancho haussa les épaules, il mettait un point d’honneur, en vertu de ses antécédents, à ne pas se laisser arrêter par un obstacle aussi insignifiant qu’une serrure de série. Il en eut raison en moins de deux.

Une visite domiciliaire s’imposait, pour vérifier l’état des lieux. Elle conduisit Sancho tout droit à la découverte de bouteilles de vin rangées judicieusement au fond d’un placard.

_ Je n’y aurais pas touché si on nous avait fait confiance en nous laissant la clef. Mais puisqu’on se méfie de nous, j’ai le droit d’en boire au moins une.

Carl Heinz qui avait pénétré dans la chambre était très ému.

_ Je la connais bien ! Sylvie (il s’autorisait, grande première pour cet homme timide à parler de madame Rellim en utilisant le prénom de la jeune femme) c’est une très jolie femme, tu sais ! Murmura t-il, en extase devant une photo d’elle. Il faut faire quelque chose pour lui arranger sa maison.

Sancho, le lendemain partageait cet avis, en fait, il avait bu une seconde bouteille et prévoyait qu’au bout du mois la réserve du lieutenant Rellim serait liquidée. Il estimait indispensable de lui fournir un travail utile en compensation de ce dommage. Mais ici commença leur embarras. Tout à première vue était en excellent état. En vain ils en firent le tour ; ils ne trouvèrent rien à réparer._ Ce sont les murs blancs partout qui doivent l’ennuyer, cette belle femme, opina Carl Heinz, en désespoir de cause. Les villas, d’habitude, c’est jaune, bleu ou rose. Puisqu’on a de la peinture à profusion on pourrait rendre ça un peu plus coquet.

_ Allons y pour la peinture ! répondit Sancho qui n’était pas contrariant.

Ils étudièrent avec le plus grand sérieux du monde une teinte seyante à la blondeur des cheveux et des yeux bleus de Sylvie.

_ Un rose un peu soutenu pour que le soleil ne la fasse passer.

Un premier essai sur un côté de la maison leur parut satisfaisant. Ils se mirent à l’ouvrage…

Rien ne résistait à Sancho qui trouva même des draps et ils dormirent dès lors dans le lit des Rellim.

Mais il va sans dire que cette « hospitalité » augmentait d’autant leurs obligations vis à vis des maîtres de maison.

_ On donnera aussi un petit coup à l’appartement, décida Carl Heinz.

Des petits malheurs étaient inévitables. Sancho, on se balançant dans un fauteuil, l’écrasa.

Ce fut tout bénéfice pour Sylvie quand Carl Heinz renversa une potée de haricots sur la commode : elle avait bigrement besoin d’être repeinte ! aussitôt pensé, aussitôt fait, elle fut transformée en petit meuble rose digne des meilleurs magasins d’Ali, un yéménite qui vendait de tout, le vrai roi du commerce de Djibouti.

Pendant ce temps, l’adjudant-chef Krepper s’inquiétait et fit appeler l’adjudant.

_ Avez-vous perdu la boule, Pérales, ou vous ne dessoulez plus ? allez-vous m’expliquer ce que vous êtes en train de faire là-haut ?

_ On répare la maison du lieutenant, mon adjudant-chef.

_ Qui vous a dit de la repeindre ? Et de cette couleur là surtout ? Qu’on la reblanchisse et dare-dare si vous tenez à vos galons ! Je vous demande à quoi ça ressemble ?

De loin, la maison des Rellim de l’enfilade des autres habitations édifiées. Maintenant, elle avait l’air d’une sorte de fraise écrasée, on ne voyait plus qu’elle, rutilante sous le soleil de cette corne d’Afrique, isolée au milieu du paysage.

_ C’est rigolo un moment ! dit l’adjudant au sergent Marques, tu te fous un peu trop de ma gueule ! éructa Pérales, à deux doigts de l’apoplexie. Si tu trouves malin d’avoir barbouillé la bicoque avec cette couleur, moi pas. Alors je t’avertis, c’est ta dernière chance : lessive, repeins, fais tout ce que tu voudras, mais que ça redevienne blanc.

Impossible cette fois pour Marques de ne pas s’’imposer le voyage. Le sergent décida, la mort dans l’âme, après avoir bouclé Balbala à double tour que Pancha et Fritz ne l’emporteraient pas au paradis. Ceux-ci se défendirent de leur mieux. Ils avaient cru bien faire. Du reste, ils n’avaient pas chômé, dans la maison plus rien ne tenait. Le sergent Marques reconnut que la couleur mise à part, l’ensemble avait bonne allure. Encore ignorait-il ce qui l’attendait à l’intérieur. Ils introduisirent le sergent lui disant :

_ Ce sera un secret à trois, désormais.

_ Eh ! bien vous ne manquez pas de culot, vous deux ! Vous vivez dans la maison ?

_ Il faut bien, lui répondit Carl Heinz, puisqu’on y travaille.

L’impression de Marques ne fut, cependant, pas défavorable. Ces panneaux roses, ces meubles roses, ne manquaient pas d’un certain charme féminin.

_ Et ce n’est pas fini, dit Sancho ! Il reste encore beaucoup à peindre.

Il faisait chaud, il déboucha une bouteille.

_ Où as-tu pris ça ?

_ Un héritage, Sergent, dit Sancho, j’avais une grand-mère dans le pinard !

_ Chacun son goût, reprit Marques, sans réfléchir que la grand-mère était bien loin. J’aime bien en fin de compte cette couleur, il n’y a rien à dire, mais en bas, ils n’aiment pas, alors il faut refaire l’extérieur.

Les menaces de l’adjudant Pérales avaient porté. Il lui parut dangereux d’abandonner les deux complices à leur art, sa seule préoccupation avait pour nom : Balbala.

_ Amenez-la, Sergent, lui proposa Sancho Elle ferait un peu de ménage et de cuisine…

Le sergent y pensait justement. Ce fut un secret à quatre. Ils sortirent d’autres assiettes, d’autres verres et de nouveaux draps. On se serra dans le lit.

Une petite vie de famille s’organisa. Le jour, tout le monde travaillait à l’air libre. Pendant les heures chaudes, on fignolait à l’intérieur. Après le souper, Balbala essayait les robes et les chapeaux de Sylvie, ce qui amusait beaucoup Sancho.

Tous les deux jours, le sergent Marques descendait au camp pour rendre compte à l’adjudant des progrès des travaux.

_ On a beau passer des couches et des couches, la couleur rose ressortait toujours.

Pérales s’arma d’une paire de jumelles, il constatait que ça donnait un rose à la fois gueulard et sale, un rose de viande faisandée.

L’heure était aux grandes décisions.

_ J’y vais annonce Pérales!

_ Je vous préviens, mon Adjudant, on a dû ouvrir la maison pour mettre un peu de matériel à l’abri et parce qu’il y avait pas mal à bricoler dedans…

_ Au trou que vous finirez tous les trois, s’il manque quelque chose !

_ Pour ça, pas de danger ! Vous verrez on a fait une maison impeccable et il y avait du boulot.

Ruisselant et épuisé, l’adjudant contempla longtemps la façade en silence. On ne peut que s’incliner devant certaines fatalités. Il comprit qu’il n’y avait vraiment plus rien à faire et qu’il était inutile d’insister. L’abominable rose avait tourné à la vomissure de chat.

L’adjudant entra dans la maison. Sa stupeur alors ne connut plus de bornes. Tout était rose, les murs, les meubles, les vases, les lampes, même les casseroles. On nageait dans le rose, on en buvait par les yeux jusqu’à en être ébloui. Il ne savait s’il fallait s’en réjouir ou tout simplement prendre la fuite pour éviter de défaillir d’écœurement.

_ L’erreur serait de juger ça avec des goûts masculins, expliqua Marques, c’est conçu pour une femme, dans le genre boudoir…

_ Il y a du travail fait, ça on ne peut pas le nier, finit par concéder l’adjudant.

Il resta toute la journée avec l’équipe, autant aller jusqu’au bout.

Sancho risqua le tout pour le tout :

_ du vin, mon Adjudant ?

_ Que le lieutenant me signale la disparition d’une seule bouteille et tu pourras te commander un râtelier ! annonça Pérales, le poing levé.

Il en profita pour donner un coup d’œil aux maisons voisines et en visiter une ou deux dont il détenait les clefs. Il pria Balbala de venir l’aider à mettre un peu d’ordre.

Il fut d’avis sur le soir que la vigne vierge peinte sur la façade faisait le meilleur effet, elle entourait la maison avec des spirales, de grosses touffes d’herbes, par endroit des espèces de balançoires de feuillage encadraient les fenêtres. Carl Heinz la peupla d’oiseaux exotiques : perroquets, canaris. Sancho suspendit près de la porte une lanterne vénitienne également rose.

Dans la salle à manger, il peignit une frise d’éventails et de pipes. Au dessus de la coiffeuse rose, où le dos des brosses aussi était devenu rose, il calligraphia sur un ruban qui se déroulait ; « Je me fais belle pour toi. ». Une banderole traversant des nuages roses allait de l’emplacement où dormait le lieutenant au chevet de sa femme annonçait : « Deux petits dodos pour un grand amour ».

On ajouta des fleurs partout, le plafond représentait le firmament, avec le soleil, la lune et tous les astres. Dans la salle à manger il y avait un meeting aérien d’avions de divers types.

_ De loin, du reste, on ne peut pas se rendre compte, c’est de près qu’il faut voir ça, dans les détails. Et surtout, il faut entrer ! Car nous sommes entrés, bien entendu : tout laisser pourrir à l’intérieur pendant qu’on reconstruisait ce qui se voit, ce n’était pas du travail.

Ainsi, s’exprimait l’adjudant Pérales dans l’espoir de calmer l’irritation de l’adjudant-chef, planté quotidiennement sur ses béquilles à la sortie du camp pour voir si la couleur s’atténuait.

Mais on s’habitue à tout, tout compte fait, ce rose, le frappait beaucoup moins.

Un beau matin, il décida d’enfourcher un âne et c’est dans cet équipage qu’il apparut là-haut, après une pénible ascension aussi dure pour lui que pour sa monture, devant la maison des rellim, Pérales qui l’avait accompagné n’avait plus un poil de sec.

_ C’est beau, dit l’adjudant-chef, mais ça fait un drôle de genre.

_ L’intérieur est encore mieux répondit l’Adjudant.

Marques précisa à nouveau qu’il s’agissait d’un intérieur féminin. L’adjudant-chef entra avec l’âne dans la maison. Il fit peu d’observations, les avions l’amusèrent. En fait, il n’avait jamais eu d’intérieur, les seules personnes du beau sexe qu’il fréquentait recevaient leurs amis dans des chambres d’hôtel, il ne voyait pas d’inconvénient à ce que des femmes plus huppées se complussent à vivre dans du rose avec toutes sortes de décorations bizarres. Seule la façade le chiffonnait

_ Ca ne peut pas aller, déclara t-il. Un toit en tuiles avec des murs roses ça fait maison publique. Il faut ajouter quelque chose ou peut-être changer la décoration du toit.

C’est ainsi que l’adjudant-chef fut responsable d’un toit peint en vert et jaune à la façon d’un parasol. Carl Heinz couronna le tout d’une girouette, faite d’un cœur pourpre traversé d’une flèche dorée.

La petite maison rose reflétait toujours autant la lumière, Mais les Rellim ne voulurent pas y entrer. Elle ne convenait pas même aux lieutenants de crainte pour eux de devenir fous.

Le fait qu’elle resta inoccupée n’inquiéta pourtant pas la conscience du capitaine Rieradrob: puisque les étrangers de passage intrigués, demandaient à la visiter. C’était devenu un but de promenade des gens de Djibouti.

Elle se détachait si bien dans l’horizon qu’elle figura comme point de repère incontournable sur les cartes de Djibouti.

On peut en conséquence affirmer qu’Ali Sabieh, grâce à ce petit édifice coloré, haut en couleur, a fait avec éclat son entrée dans la géographie et dans l’histoire du pays.

N’est-il pas autrement important, pour une maison, que d’abriter un ménage, fut-il d’officier…

Cependant, une chose restait à faire, celle de remplacer la tuile à l’origine de cette histoire qui avait été elle, complètement oubliée…"

Christian Morisot

La Légion Étrangère au Feu


Nos Beaux Régiments

VIVE L'ITALIE C'EST À L'AIDE DE CETTE PANCARTE HISSÉE SUR LA TRANCHÉE QUE LES VOLONTAIRES ITALIENS - DE RUDE LÉGIONNAIRES -

ANNONCÈRENT AUX «BOCHES», IL Y A UN AN, QUE LEUR PATRIE VENAIT DE SE RANGER AUX CÔTÉS DE LA FRANCE

Elle a une magnifique tradition d'héroïsme, cette Légion étrangère qu'on est habitué à voir aux postes les plus périlleux et dont un des plus beaux titres à notre admiration est encore la haine qu'elle inspire aux Allemands. Une fois de plus elle devait être au danger et à l'honneur. Dès la déclaration de guerre, nombre d'étrangers amis de la France, voulant reconnaître l'hospitalité si généreuse de notre pays, ont tenu à prendre place dans l'armée française. Polonais, Italiens, Grecs, Hollandais, avec quel enthousiasme ils se battent pour nous! Ce sont de nouvelles et sublimes pages qui viennent s'ajouter à l'histoire de la glorieuse Légion!

C'est le soir du 31 juillet 1914. Les éditions successives des journaux annoncent la proclamation en Allemagne de l'état: de menace de guerre, l'insolent ultimatum lancé à la Russie. La guerre est inévitable. A l'appel d'un groupe de jeunes Italiens de Paris, près de 3 000 étrangers, Belges, Anglais, Italiens et Slaves, se réunissent dans un café du boulevard de Strasbourg. L'un après l'autre, Pascal Bonnetti, le fondateur d'une œuvre qui nous a valu dans l'univers entier des sympathies actives, « les Amitiés françaises », Campolonghi, du grand journal milanais le Secolo, Pacchi Luigi, jettent à ces 3 000 enthousiasmes, exaltés pour notre cause des paroles de flamme.
Puis c'est la ruée sur les boulevards, un cortège ardent déroulé dans un Paris brûlant de fièvre, une Marseillaise formidable chantée par nos frères d'âme et de cœur, criant à la grande ville, dont les fils déjà se ceignent les reins pour le suprême devoir: « Nous irons avec vous! » On passe devant les fenêtres d'un restaurant italien. Dix jeunes hommes s'y précipitent. On leur tend les drapeaux belges, serbes, roumains, anglais et russes qui pavoisent la maison aux jours de fête. Et la course reprend sous la claquement des étendards flottant dans le soir parisien.
A chaque pas le cortège s'enfle de tous les étrangers, amis de la France, qu'attire invinciblement l'appel de leur drapeau. A la statue de Strasbourg! Devant l'image sereine, qui depuis près d'un demi-siècle attend la minute glorieuse où elle quittera ses crêpes, c'est maintenant un grand silence, plus émouvant encore que les chants de tout à l'heure, un même éclair dans tous les yeux, un même serment muet de se dresser côte à côte avec nos soldats, quand l'heure de la justice sonne aux frontières de France.

Les Enrôlements Volontaires

Dès 9 heures du matin le lendemain, aux « Amitiés françaises », boulevard Haussmann, les enrôlements se succèdent de seconde en seconde. On signe dans tous les bureaux, dans l'antichambre, dans l'escalier, jusque sous la porte cochère. Le flot des volontaires arrive si formidable qu'il faut installer des tables dans la rue, sur le trottoir. Un appel aux armes est lancé au même moment en tête de tous nos journaux par les étrangers habitant Paris:« L'heure est grave. Point de paroles, mais des actes. Des étrangers qui ont appris à aimer la France et à la chérir comme une seconde patrie sentent le besoin impérieux de lui offrir leurs bras.... »
Ah! le magnifique écho qui s'éveille à ce beau cri! Pour accueillir toutes les héroïques volontés, les « Amitiés françaises » créent aussitôt trois permanences dans le IXe, le XIe et le XXe arrondissement. Partout les étrangers se groupent en comités, se forment en faisceaux. Rue de Richelieu, au 112, ce sont les Roumains. Près du boulevard Saint-Michel, rue Séguier, les étudiants arméniens de nos Facultés. Puis les Syriens au café du Globe; rue Cadet, à leur club, les membres de l'Association orientale de Paris. Boulevard des Capucines, à l'Impérial Club, 500 Anglais s'enrôlent en un après-midi et se mettent aussitôt à l'entraînement à Magic City. A la voix du franc-tireur épique de 1870, du héros de Dijon, Ricciotti Garibaldi,et de l'écrivain italien Raqueni, les Italiens accourent si nombreux, si enthousiastes qu'il faut aussitôt organiser pour eux dans tout Paris des bureaux d'enrôlement.
L'élan est tel que le gouvernement italien est obligé d'imposer la nécessité d'une autorisation en règle à chaque volontaire. Et le formidable mouvement ne s'arrête plus. Les Grecs,dès les premiers jours d'août, forment une compagnie qui deviendra bientôt un bataillon. Ils ont déjà leur drapeau brodé par les dames de la colonie grecque de Paris, la croix blanche sur fond bleu; au recto: « Légion des volontaires Hellènes »; au dos, nos couleurs françaises et, en chiffres d'or, les quatre grandes dates où les deux peuples ont mêlé leur sang pour la môme cause: 1821, 1897 et 1912, les trois efforts français lancés pour la défense de l'Attique, 1870, le souvenir des 500 Grecs dé l'Année terrible dont les fils sont aujourd'hui dans nos rangs. Et ce sont les Suisses, dès le 5 août, offrant leur talent de tireurs; le 13, les Luxembourgeois, brûlant du désir de venger leur pays envahi, leurs sœurs brutalisées, leurs pères contraints d'endosser la capote allemande. Tandis que les Hollandais s'inscrivent au place de la République, les Américains ont déjà formé l'« American Volunteer Corps » avec un bureau rue de Valois et un terrain d'exercices dans les jardins du Palais-Royal. Deux d'entre eux, deux frères, ont volé à nous du fond de la Californie, dépensant 6 000 francs pour leur voyage, et comme on leur demande pourquoi ils sont venus avec un tel empressement, ils ont ce mot superbe: « Le fondateur de notre famille a été soldat dans la guerre de l'Indépendance. Dans toutes les batailles il se trouvait aux côtés du général La Fayette! » « Moi, s'écrie un autre, M. Morlac, tombé depuis sur l'Aisne au champ d'honneur, je suis venu chercher le bras de mon père, blessé en 1870 par un éclat d'obus en se battant pour vous! »
Quant aux Slaves, leur flot est tel que le colonel Wladimir de Waldeck a dû transformer en bureaux d'état-major tout un hôtel de la rue de Clichy. Polonais, Russes, Croates, Slovènes, Serbes, Finnois, Monténégrins, en trois jours ils sont plus de 10 000. Et les Tchèques accourent aussi, et jusqu'à des Tatares musulmans! A peu près tous les Slaves habitant Paris signent et s'engagent.

Tous les Ages, Toutes les Classes, Toutes les Nations!

Tous les âges aussi: des jeunes gens de dix-huit ans, des hommes de cinquante et plus. Et de tous les points de l'horizon social. Un Argentin, dès le jour de la déclaration de guerre, a fermé sa petite boutique dans un village de la Pampa; un Péruvienne même jour, a abandonné sa ferme de l'Amazone; des commerçants, des comptables, des ouvriers kabyles des usines à gaz et des raffineries de Seine-et- Oise, des mineurs polonais du nord de la France, des chanteurs russes, des boxeurs comme le champion nègre Bob Scanlon, Jack Monroë, l'Italien Taravella, clés coureurs cyclistes, le Luxembourgeois François Faber, le héros populaire du « Tour de France » mort aujourd'hui pour nous. Des jockeys, comme Alec Carter, mort lui aussi, tandis qu'un de ses camarades de turf, le célèbre américain O'Connor, volontaire des ambulances canadiennes, renvoie à l'Allemand Mumm, dont il a monté les chevaux, toutes les sommes qu'il a gagnées en course sous ses couleurs, avec ce mot cinglant: « Je méprise l'argent des Boches. Votre or me brûle les doigts. Qu'on m'en débarrasse! » Et, côte à côte, entre le terrassier piémontais et le tailleur tchèque, des artistes, quinze jeunes élèves peintres, sculpteurs et architectes de notre école des Beaux-Arts, Russes et Anglais, Serbes et Norvégiens, Péruviens et Suisses; des littérateurs: l'Argentin Binet Valmer, l'écrivain luxembourgeois Sosthène Kurth, le fils de Maxime Gorki, le Vénézuélien Camillo Ramirez, blessé en Artois et titulaire de la croix de guerre avec deux palmes, un poète colombien, Hernandez de Bengoecha, un autre encore, un Equatorien, Rodolfo Seminario, le romancier Sanchez Carrero, tous tombés pour nous en Artois et en Champagne, le poète Ismaïl Urdometa, tué aux Dardanelles en enlevant une tranchée turque à la baïonnette. A côté de l'ouvrier, des jeunes gens du monde, le fils de l'ambassadeur de Russie, M. Iswolsky, du corps expéditionnaire d'Orient, grièvement blessé le 2 mai et médaillé militaire; le frère du procureur royal à Bucarest, M. Vacareano, tué le 10 mai au combat de la Targette; un prince roumain, un descendant des fondateurs de l'empire d'Orient, l'arrière-petit-fils d'Isaac et d'Alexis Comnène, empereur de Trébizonde, le lieutenant Alexis Comnène qui s'est battu aux Dardanelles.
Le résultat fut tel que, malgré la sévérité du conseil de révision, le 21 août, aux Invalides, qui écarta plus de 20 pour 100 des volontaires qui s'offraient, il vint se ranger sous nos drapeaux plus de 500 Anglais, autant de Luxembourgeois, 600 Américains du Nord, 1 000 Espagnols, 1 500 Grecs et un nombre égal de Belges, 1 600 Tchèques, Galiciens .et originaires italiens du Trentin, 1 700 Polonais allemands et Danois du Slesvig, 2 000 Suisses, 3 500 Russes, 5 000 Italiens, 6 000 encore de nationalités diverses. Avec les 10 000 Alsaciens, sujets allemands, qui s'étaient joints à eux, c'étaient près de 35 000 hommes qui nous donnaient leurs bras: un corps d'armée. Quatre jours après, ils partirent tous, Paris se souvient avec quel enthousiasme, vers les six dépôts qui leur avaient été assignés, les uns à Blois et à Orléans, les autres à Rouen et à Bayonne, le reste à Lyon et à Avignon où les Garibaldiens établirent leur quartier général, et les deux régiments étrangers formés avec leur concours répartirent bientôt leurs gros effectifs en plusieurs régiments dits « de marche », avec un cadre d'officiers français et d'officiers étrangers. Ils ne demandaient qu'à se battre. Ils s'instruisirent avec une telle ardeur qu'un mois à peine après être arrivés au camp de Cercottes, près d'Orléans, les Suisses partaient sur le front.

Les Légionnaires à Notre-Dame-de-Lorette

Voilà vingt mois qu'ils partagent là-bas toutes les souffrances de nos soldats, tous leurs dangers, toute leur gloire aussi. Ils ont tenu héroïquement à honneur d'être de tous les grands coups de chien, et la France n'oublieia jamais quelle fut leur belle attitude à Notre-Dame-de-Lorette. C'était le 9 mai au matin. Il fallait enlever d'assaut aux Allemands la cote 140 avec ses formidables défenses, les fameux « Ouvrages blancs ». La veille du grand jour, un capitaine haranguant les batailIons étrangers leur avait crié, après la lecture de l'ordre du général: « Mes enfants, dans l'action qui se prépare, on nous donne une place d'honneur. Nous serons en premiere ligne; à nous de frapper le premier coup. Ceux qui tomberont, ne vous en occupez pas. Si je tombe moi-même, laissez-moi, avancez toujours sans vous occuper d'autre chose. » Une Marseillaise lui répondit, « telle, raconte un des héros de l'affaire, que de ma vie je n'en ai jamais entendu une pareille ». Puis l'hymne russe éclata grave et religieux, suivi des chants anglais et belges. Le canon scandait les paroles immortelles.
A la pointe du jour, le bombardement commence, les rafales sèches des 75, les tonnerres roulants des pièces lourdes et des gros mortiers. « L'artillerie fait merveille, s'écrie le colonel accourant du téléphone. Elle a fait de larges brèches dans les défenses accessoires. Tout va bien. Le temps est avec nous, il fait beau. Nous avons de la veine, mes amis! » A 9 h. 40, dix minutes d'arrêt dans l'infernal vacarme. Il reprend plus formidable encore pendant dix autres minutes. C'est l'heure de gloire. Le colonel en tête, la légion se lance en avant. La voilà en un instant au bout des boyaux de la première ligne. Nos tirailleurs et nos zouaves bondissent à leur tour avec les légionnaires. « Fal Thya França! » hurlent les noirs. « Vive la France! » répondent les légionnaires. Debout, la tête haute sous la mitraille, le colonel a jeté l'appel suprême. Ils escaladent le parapet. La course commence. La vague s'est élancée. Sous la pluie des balles qui cinglent l'air, dans l'enfer des obus que crachent les pièces allemandes, toutes les baïonnettes luisent au soleil de mai, pointées vers l'ennemi. C'est une immense ligne, ardente et rapide, qui file en avant, toujours en avant, une ligne de bravoure et de fer que rien ne brise, que rien n'arrête.
Il est à peine 11 heures! La route d'Arras à Béthune est occupée. De chaque côté un bataillon s'y retranche. Puis un second bond vers le but suprême et la course reprend, irrésistible, et farouche. Dans sa forteresse, qu'il croyait inexpugnable et qu'il sent menacée, l'Allemand a perdu sa morgue. Il fait feu de toutes ses pièces, il arrose la piste glorieuse, où courent nos braves, d'une formidable mitraille. Revolver au poing, le colonel tombe en tête de ses hommes. C'est un chef adoré. Une poignée de volontaires étrangers se penchent en pleurant sur l'officier français, pansent avec une tendresse de fils sa plaie béante, le mettent à l'abri dans l'entonnoir profond d'un obus. Mais lui, avec un pâle sourire, l'orgueil sur sa face exsangue, leur montre du doigt l'horizon qui s'enflamme sous l'explosion d'un dépôt de munitions allemand, un village qui brûle, Neuville-Saint-Vaast à droite, où on se bat avec fureur, la cote 140 qui tremble sous le feu français.... Les retardataires ont rejoint, les larmes aux yeux, la vague des assaillants. Légionnaires, tirailleurs, zouaves, tous mêlés dans un magnifique désordre, projetés en avant par la bravoure, insensibles aux pertes, à la mort qui fauche, ils bondissent maintenant, la rage au cœur, la vengeance aux yeux. La trombe surhumaine aborde les talus des « Ouvrages blancs ». Une clameur énorme, un immense hurlement de joie guerrière, des héros qui tombent, se relèvent, se ruent encore, des héros qui meurent, la lueur de rubis des baïonnettes ensanglantées, des mitrailleurs boches cloués au sol d'un coup de pointe, des mains qui se crispent sur des gorges qui n'ont pas eu le temps de crier: Kamerade! L'Allemand fuit comme un lièvre. La cote 140 est enlevée.

Les Héros Polonais

La Magie d'une Vieille Chanson

Comment faire à chacun sa part dans cet immense concours d'héroïsme? La légion polonaise, depuis son arrivée dans le nord de la France, n'a pas cessé un seul jour d'être à l'honneur. Pendant un des premiers combats, elle a vu, dans un splendide assaut, tomber à sa tête Ladislas de Szuynski, le fils du célèbre historien polonais, mort en brandissant le drapeau, cravaté aux couleurs tricolores, avec l'aigle de Pologne prenant son essor, qu'elle avait emporté sur le front en quittant son centre d'instruction de Bayonne. Elle a été sans trêve une féconde pépinière de braves et l'âme slave s'y est exaltée en folles prouesses, en sacrifices splendides.
Parmi tous ses morts glorieux, la Pologne n'oubliera jamais le nom du capitaine Yeské. C'était un magnifique géant slave, très fort et très bon. En novembre 1914, il avait reçu à Poperinghe la croix de la Légion d'honneur. Un jour, à Saint-Eloi près d'Arras, ses hommes s'enlizaient dans la boue, s'enfonçaient jusqu'à la poitrine, jusqu'au menton, disparaissaient. La mitraille faisait rage, rendait le sauvetage terriblement difficile. Mais quelle difficulté pouvait arrêter le capitaine Yeské? Arc- bouté contre la paroi de la tranchée, bravant les obus qui éclataient au-dessus de lui, un à un il repêchait ses hommes, les enlevait à bout de bras. Il ne perdit pas un soldat.
Et ce volontaire, polonais lui aussi, héros anonyme dont l'histoire, impuissante à couronner tant de fronts, ne nous a pas encore dit le nom! Son arme à lui, c'était une chanson. Oui, en chantant, il a fait à lui seul plus de vides dans les troupes allemandes opposées à sa tranchée que tous les camarades réunis de sa compagnie. Il trouvait toujours le moyen de savoir si les lignes boches comptaient des Polonais. Une fois sûr de son affaire, dès la nuit venue, il partait avec un sourire mystérieux. Rampant sur le ventre, s'avançant sur les coudes, il se glissait jusqu'au bord de la tranchée allemande, puis dans l'ombre il murmurait doucement une vieille chanson de Pologne, câline et rêveuse. Surpris, les Polonais allemands levaient la tête, découvraient dans la nuit le chanteur audacieux, se laissaient bercer un instant, oublieux des horreurs de la guerre, au vieil air du pays. On causait, la chanson finie, de la Pologne, de la Prusse qui la tient sous sa botte. « Un Polonais, jetait le volontaire, ne doit pas combattre la France, qui combat pour la Pologne. » Une deuxième chanson achevait l'enchantement, et chaque fois il revenait avec un cortège persuadé!

Dans la Foret Tragique

Là-bas, plus à l'est, au centre de la ligne de feu qui court de la mer à Belfort, la légion italienne a trouvé le plus tragique théâtre de guerre que la nature ait jamais créé. Ici la terre s'est plissée, s'est froncée, s'est crevée en soulèvements tumultueux et brusques.
L'Argonne sombre et dramatique, le bois de la Grurie, le bois de la Chalade, les Islettes, cadre millénaire de batailles, formidable champ clos!
C'est là qu'en décembre 1914 les Garibaldiens attendaient impatiemment l'ordre d'attaquer la ligne allemande. Ils brûlaient du désir de montrer aux six fils de Garibaldi, à Ricciotti, à Santo, à Constante, à Ezio, à Bruno, à leur aîné enfin, à leur chef, le lieutenant-colonel Giuseppe Garibaldi, que le sang latin n'avait pas dégénéré.
« Passionnés, ardents, indisciplinés, tumultueux, généreux, héroïques, dit le correspondant du Corriere della Sera, M. Luigi Barzini qui les a vus à l'œuvre, ce sont des spécialistes de l'assaut, de la mitraille humaine, des baïonnettes. A la défense ils préfèrent l'attaque. C'est la pointe de la tarière qui tourne et creuse. La tranchée les exaspère. Pour eux la bataille, c'est la bataille, une course, un cri, un heurt. La tradition les a ainsi façonnés. Ils méprisent la guerre de mines des adversaires. C'est de la guerre allemande. C'est une phalange guerrière stupéfaite de rencontrer des mathématiques sur le champ de bataille. C'est si simple pourtant de mourir pour vaincre! Il suffit d'un cri pour les mettre tous d'accord: « Les enfants, on marche: en avant et vive l'Italie! »
Ce cri-là retentit enfin le matin du 26 décembre. Il fallait chasser les Allemands d'une hauteur boisée, le plateau de Bolante, d'où leurs feux dominaient nos positions.

Deux Fils de Garibaldi Meurent Pour la France

Le clairon Galli sonne une charge furieuse. Sans attendre les ordres, les réserves elles-mêmes se jettent à l'assaut. La poussée est si puissante que les Allemands abandonnent leur première tranchée. Un ouragan de feu part de leur seconde ligne, Qu'importe! Les Garibaldiens se précipitent, irrésistibles. Le capitaine Bruno Garibaldi est blessé grièvement à l'épaule. On l'entraîne à l'ambulance: il feint d'accepter un pansement; on le laisse seul une seconde: il s'échappe. Le fusil au poing, comme un soldat, il court rejoindre sa compagnie. Une rafale de mitrailleuses. Une balle qui entre dans le côté gauche et sort sous l'aisselle droite. Cette fois, c'est la mort. Il l'attend, appuyé au tronc d'un arbre. Un de ses hommes veut le secourir. Il le repousse doucement, une dernière flamme aux yeux: « Toujours en avant! C'est la consigne. » Un autre Garibaldien,Casali, accourt.» « En avant, répète Bruno, en avant! » .Ses genoux fléchissent. Il tombe en murmurant: « J'envoie un baiser à mon père, à ma mère, à tous mes frères! » Son suprême regard a vu céder à son tour la seconde ligne allemande et la troisième encore. Les pertes de l'ennemi dans cet assaut furibond étaient considérables; les cadavres boches avaient comblé les tranchées. Par malheur, ayant engagé trop tôt leurs réserves, les Garibaldiens ne recueillirent pas ce jour-là, tout le fruit de leur admirable vaillance. Devant des renforts allemands hérissés de mitrailleuses, ils durent se replier sur les lignes françaises. Ce même jour tombait encore pour nous, presque à la même place, un deuxième frère de Peppino, Constante Garibaldi.

La Vengeance des Garibaldiens

Le 5 janvier, les deux héros furent vengés. Ce jour-là, ce fut la revanche. C'était toujours la hauteur de Bolante qu'il fallait conquérir. Les Français avaient miné sous un secteur la première tranchée boche. De leur côté les Allemands avaient miné la tranchée française. Il n'y avait plus de temps à perdre. Il fallait faire sauter l'ennemi ou sauter en l'air. La mine française n'était pas encore tout à fait arrivée sous la position allemande distante d'une dizaine de mètres. Mais n'importe! On augmenta la charge de dynamite. 2 800 kilos de poudre furent placés dans huit fourneaux. Les Garibaldiens devaient donner l'assaut au moment de l'explosion. Ce fut le spectacle d'un cataclysme.
60 canons vomirent 18 000 obus. L'assaut se livra dans un enfer de mugissements, de sifflements et de tonnerres, sur un sol soulevé et vacillant, au milieu d'un désordre universel. Dans le fracas diabolique de la forêt en convulsion et en éruption, les Garibaldiens s'élancèrent. Quelques instants, la suffocation les paralysa. L'air de la forêt qui flambait était irrespirable. L'hésitation ne dura pas. La course reprit dans les ondes de l'incendie et enleva en trois bonds les trois tranchées allemandes. Une contre-attaque impétueuse se déclancha, venant de Varennes. Sous le choc des lourdes masses survenantes les Garibaldiens oscillèrent: ils glissèrent sur la pente conquise, cherchant un appui, un point d'arrêt. En avant pour l'honneur de l'Italie! Et ils se lancèrent sur les troupes allemandes, les ébranlèrent à leur tour, les culbutèrent. Ils s'arrachaient les prisonniers avec un orgueil de chasseurs se disputant une bête. « C'est à moi. - C'est le mien! » Et pour se mettre d'accord, tous criaient sans façon à Garibaldi: « Colonel, ils sont tous à vous! »
Trois jours plus tard, le 8 janvier, après un repos de quarante-huit heures dans les bois de la Sapinière, ils ajoutent une nouvelle page héroïque à leur histoire désormais glorieuse. Une brigade allemande formée de deux régiments bavarois, renforcée d'un bataillon de chasseurs et soutenue par des mitrailleuses, cherche à encercler un régiment d'infanterie française. D'urgence, les Garibaldiens sont rappelés. Le major Lango arrive le premier avec un bataillon. A la baïonnette! Le combat dure toute la nuit à l'arme blanche. A l'aube, les Italiens sont épuisés. Ils se sont mis en route le 7, ils ont marché toute la nuit, ils se sont battus sans arrêt depuis vingt-quatre heures, ils n'ont rien mangé depuis deux jours. « Mes hommes n'en peuvent plus, fait dire Longo au colonel. Ils sont depuis trente-six heures sans repos ni nourriture. » La réponse arrive aussitôt impérieuse: « Résistez à tout prix! » Ils résistent si bien que, des renforts aidant, ils forcent les Allemands rentrer dans leurs positions de départ et à s'y terrer à nouveau.
Les trois journées de l'Argonne, où ils avaient perdu 800 hommes, valaient aux Garibaldiens, avec onze croix et quatre médailles militaires, l'hommage du généralissime Joffre les assurant de l'« honneur qu'il éprouvait à les avoir sous ses ordres ».

La Fierté de Porter l'Uniforme Français

Les journaux allemands, qUi n'en sont pas à une contre-vérité près, ont annoncé à leurs lecteurs que notre Légion étrangère n'existe plus. Comment se fait-il, alors, qu'il y a quelques semaines le délégué du grand état-major russe près du grand quartier général des armées françaises, le général Gilinsky, ait passé en revue sur le front les régiments héroïques qui se sont couverts de gloire sur notre sol? Les volontaires étrangers ont supporté leurs pertes sans fléchir. S'il veut comprendre la force de notre cause, que l'Allemand médite ce bout de billet adressé des tranchées françaises à un ami par deux jeunes Américains, étudiants à l'Université Harvard: « Nous sommes sur le front depuis le 28 octobre 1914, et nous n'avons qu'un regret, c'est que les règlements nous défendent de combattre dans un régiment de France coude à coude avec de jeunes Français. Ce n'est pas pour nous une petite fierté de pouvoir porter l'uniforme français de mettre dans les tranchées de première ligne nos poitrines entre l'envahisseur et le beau pays qu'est la France. Et cet autre, un jeune Espagnol blessé en Artois en mai, écrivant à sa mère: « Je suis blessé à la main. C'est une belle blessure et nous avons eu une belle victoire. Le général Joffre a cité notre division à l'ordre du jour. Si tu avais vu sa joie et la nôtre! Tu sais, maman, il m'aurait dans la vie manqué quelque chose si je n'avais pas été là. » Quand l'Allemagne a bondi pour sa sauvage agression, qui donc, à travers la vaste terre, a senti que « il lui manquerait quelque chose » s'il ne se rangeait pas à ses côtés? Quelle âme libre a vibré pour elle? Où sont les volontaires qui ont considéré comme un honneur de mourir dans l'uniforme de ses soldats?

La cigogne de la Légion.

LA CIGOGNE DE LA LÉGION (1/3)

LA CIGOGNE DE LA LÉGION a été publié initialement en 2002 dans

SAMSUNG CAMERA PICTURES

le bulletin de liaison de l’Amicale des anciens et amis de la Légion étrangère de l’Hérault. En voici le préambule rédigé par la rédaction:

SAMSUNG CAMERA PICTURES

Le texte faisait 2 pages dans la revue et il sera publié en 3 parties dans LA PLUME ET L’ACACIA.

On pourrait intituler ce premier volet:

LES ORIGINES D’UNE LÉGENDE.

S’il est un animal qui a inspiré le respect et un intérêt affectueux dans notre ville de SlDI-BEL-ABBES, ce fut bien cette impassible cigogne qui vivait à terre dans les jardins qui séparaient le cercle des officiers de la Légion Etrangère de ses cuisines.

Ce Mess était central à la ville et occupait un des quatre coins du carrefour dit des » quatre horloges « , en souvenir des quatre cadrans qui jadis ornaient le haut d’un poteau métallique implanté au milieu du dit carrefour formé par l’avenue de la République et de la rue Prudon.

C’est dire si notre cigogne était au fait de tous les événements importants qui se déroulaient au centre ville et notamment des parades militaires, et en tout premier lieu des cérémonies et festivités qui commémoraient la bataille glorieuse de Camerone.

On rapporte que dès que retentissaient les tambours et les cuivres qui prenaient leur départ du quartier Viennot, la cigogne gravissait les marches qui menaient à la terrasse du Mess et sa tête apparaissant entre deux balustres, elle guettait la sortie, par la grande grille donnant sur le boulevard de la République, de la fameuse fanfare de la Légion que la population, amassée de part et d’autre de cette artère principale, acclamait avec une reconnaissante fierté.

De loin elle pouvait apercevoir le tambour major avec sa longue canne de cuivre jaune à bout renflé qu’il faisait virevolter autour de ses mains avant de la lancer en l’air, pour la rattraper, à la volée, quelques pas plus loin, d’un geste de la main droite d’une précision mécanique.

L’oiseau fasciné par ce spectacle tirait sur son cou pour mieux voir ces quelques rangs de tambours arrivant aux genoux des joueurs dont les premiers étaient d’athlétiques légionnaires noirs qui faisaient littéralement voler leurs baguettes au-dessus de leurs mains avec une merveilleuse adresse.

Lorsque la batterie des tambours s’interrompait pour faire place au cliquetis des baguettes entrechoquées de façon rythmée, avant que les fifres et les cuivres n’emplissent les airs, la cigogne, dit-on, renversant sa tête vers l’arrière craquetait en écho.

Elle suivait ensuite immobile et comme sous le charme le passage du rutilant pavillon de cuivre dit » chapeau chinois » , avec ses deux queux de cheval pendantes et ses clochettes tintinnabulantes, puis la marche hiératique des pionniers barbus, tablier de cuir, la hache sur l’épaule. Les unités s’égrenaient au son des marches triomphantes sans qu’elle perdit miette jusqu’à ce que le dernier képi blanc ait quitté le champ de sa vue.

On peut penser qu’elle regrettait de ne pouvoir survoler de bien plus haut ce fastueux spectacle qu’il n’est permis de donner qu’à ces valeureuses unités répliques de ces légions romaines qui ouvrirent des routes de progrès escortées par la gloire….

…à suivre

 

LA CIGOGNE DE LA LÉGION (2/3)

Suite de la publication de ce texte paru dans

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La première partie nous avait présenté ce pensionnaire bien original de la caserne de la Légion Etrangère à Sidi-Bel-Abbès, dans l’immédiat après-guerre. Cette seconde partie va nous narrer un incident pour le moins original.

LA CIGOGNE ET LE SOLDAT.

D’où venait notre hôtesse tombée du ciel, qui avait fait des jardins du Cercle son vrai domaine, par ailleurs cloturé ?

Pour les uns c’était un cigogneau tombé du nid que ses parents continuèrent de nourrir conjointement aux Légionnaires des cuisines, et qui, de ce fait, n’apprit jamais à voler devenant une cigogne terrestre mais non domestique, car elle refusa cette infantilisation que connaissent les animaux de compagnie, gardant toujours un port altier et une démarche lente et cadencée qui semblait calquée sur le pas d’énergie maîtrisée des Légionnaires.

Pour d’autres, elle avait été ramenée, accidentellement blessée en cours d’opération, et soignée au même titre qu’un Légionnaire.

Les militaires de notre Légion savaient manier l’humour autant que les armes et faisaient courir sur l’origine de cette cigogne les versions les plus romanesques, y compris sa participation, tel un pigeon voyageur, à l’acheminement d’un message des plus importants que le Général ROLLET, le « père de la Légion « , lui-même, avait, affirmait-t-on, attaché à la patte de ce voilier du ciel, qui s’acquitta de sa mission au prix d’une balle qui en fit ce que les aviateurs appellent un rampant.

Je ne peux rien affirmer sur l’origine de cette impavide cigogne qui s’aventurait quelque fois à l’extérieur de ses jardins et franchissait le portail qui donnait sur la rue.

Ce que je peux attester, c’est que lorsqu’il prenait la fantaisie à ce majestueux oiseau de s’aventurer à l’extérieur, les Légionnaires, et parfois même, les gardiens de la Paix du Commissariat voisin, veillaient à ce qu’elle eût le pas sur les véhicules. Les conducteurs, par curiosité autant que par prudence, stoppaient pour laisser traverser la rue à ce qu’il eut été inconvenant d’appeler « mascotte « tant il y a dans ce terme de considération, quelque peu triviale, qui ne pouvait convenir à ce fier oiseau.

Cette cigogne à laquelle il semble qu’il ne fut pas attribué de nom, sans doute pour décourager toute familiarité à son égard, perdait de son port majestueux en hiver où, avec les frimas dont nous n’étions pas exempts à SlDl-Bel-ABBES, son plumage ternissait alors que son cou et sa tête se recroquevillaient-, son bec reposant sur son jabot.

Je me rappelle l’avoir vue, lors d’un rude hiver du début des années cinquante, sortir pour une courte promenade, le corps bien pris dans une sorte de justaucorps verdâtre, vraisemblablement taillé dans un pull-over militaire et qui ne laissait apparaître que sa tête, le haut de son cou, le bout des ailes et ses deux pattes couleur corail. Elle devait être consciente de son aspect incongru car elle s’arrêta un jour à ma hauteur, pencha la tête, et me jeta un regard où je crus discerner du défi.

Aucune moquerie ne survenait chez les passants qui regardaient attendris cet oiseau dont l’espèce planait dès les beaux jours dans notre ciel et que nous chantions dans une comptine en langue espagnole.

Cet animal qui arpentait de son pas immuable les allées du jardin du Cercle, tel un vieux moine méditatif, n’accordait aucune attention à personne, à l’exception d’un jeune légionnaire allemand des cuisines, des mains duquel elle acceptait sa nourriture et des caresses qu’elle recevait avec une attendrissante volupté.

D’autres s’étaient essayés à établir un lien plus affectueux avec le dédaigneux animal, sans y parvenir et essuyant parfois quelques bénins coups de bec destinés à marquer la distance qu’elle comptait garder avec tout autre qui ne fût pas son ami bavarois.

Certains la disaient rancunière et quelque peu irascible et illustraient ce jugement injuste par l’anecdote suivante :

Un jour que notre cigogne se trouvait devant le portail de l’entrée des jardins du Mess, en compagnie de son ami, se présenta un lieutenant qui, s’adressant sur un ton de ferme autorité au jeune légionnaire, lui fit des remarques bien senties sur la négligence de sa tenue.

Le jeune cuisinier statufié dans son garde à vous ne dit mot et rentra mettre son apparence en conformité avec les exigences vestimentaires propres à ce Corps d’élite.

A quelque temps de là ce même officier de cavalerie vint à passer de bon matin, chevauchant un magnifique cheval arabe. Il s’apprêtait à pénétrer dans les jardins pour y aller prendre son petit déjeumer, lorsque la cigogne qui, de toute évidence avait reconnu le censeur de son ami, se plaça derrière le cheval et d’un rapide cou de bec lui piqua l’arrière-train. D’aucuns prétendent même qu’elle s’attaqua aux parties nobles de la bête. Le fait est que le cheval poussa un court hennissement en se cabrant subitement, ce qui eut pour effet de faire vider les étriers au fringant cavalier.

Celui-ci, avec la parfaite maîtrise des officiers de son arme, se releva promptement lissant ses bottes saumure de ses gants beurre frais.

Après avoir remis son képi d’aplomb et serré sa cravache sous son bras droit, il sortit sans mot dire un carnet de sa poche ainsi qu’un stylo et vint recueillir les noms des quelques militaires témoins de la scène et qui auraient trouvé irrespectueux de l’aider à se relever, de s’inquiéter de sa santé et encore plus de sourire de l’incident.

Au garde à vous, chacun déclina son identité, son unité et son matricule.

Cette formalité accomplie avec la même impassibilité l’officier ajouta :

« Messieurs je serai là à midi pile avec le champagne que nécessite la circonstance. Je vous donne ordre de vous y trouver avec plateau et verres. » Personne ne marqua pas le moindre étonnement, car telles sont les traditions légionnaires qui veulent qu’un officier ne soit désarçonné en aucune circonstance, et partant ridicule.

Faisant demi- tour il remonta sur son cheval sans un regard pour le vindicatif oiseau qui fort impoliment se mit à craqueter…

à suivre

LA CIGOGNE DE LA LÉGION (3/3)

Dernier volet de cette publication dans

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La seconde partie de cet article nous avait raconté la liaison si particulière entre notre cigogne et un jeune soldat d’origine allemande, cuisinier au Mess. Ainsi naquit…

LA LÉGENDE.

Sur la fin de celle qui aurait dû être une majestueuse hôtesse des nuages, une conquérante de l’azur et qui était réduite à arpenter avec le maintien altier d’un prince en exil, les quelques centaines de mètres-carrés d’un jardin toutefois coquet, aux allées tirées au cordeau, il circula bien des légendes.

La plus touchante et celle où son ami le cuisinier originaire de cette verdoyante Bavière que dès le printemps hantent les cigognes, et qui, dit l’histoire, se voyant refuser en fin de contrat le privilège exorbitant d’emmener dans sa douce patrie son amie la cigogne, à laquelle il était particulièrement attaché, se proposa de reprendre un nouvel engagement pour n’en être pas séparé.

On raconte avec une certaine pudeur, car à la Légion Etrangère on n’aime guère avouer de tendres sentiments, de peur qu’ils n’apparaissent comme des failles du caractère, que le Général GARDY, qui commandait alors nos prestigieux militaires, se laissa attendrir et permit que notre cigogne quitte son enceinte fleurie pour aller en Bavière dans une belle propriété entourée de collines où il lui serait loisible de réapprendre à voler.

Quelques années plus tard le cercle officiers de la Légion connut un moment d’émotion lorsqu’une cigogne vint se percher à l’aplomb des cuisines, regardant vers les jardins avec un intérêt que l’on prit pour de la nostalgie.

Certains prétendent même que c’était un 30 avril* !

Des paris s’ouvrirent entre ceux qui pensaient que c’était là notre cigogne, et qu’elle se trahirait en venant prendre place à son poste pour le défilé prestigieux, et ceux qui ne croyaient pas à son retour. Ces derniers gagnèrent car l’oiseau, qui parut tout de même hésitant durant plus d’une heure, reprit son vol.

On se posera des questions sur l’existence même de cette cigogne. J’affirme l’avoir connue, toutefois pour le reste il faut tenir compte pour apprécier ce récit de ce que 50 ans se sont écoulés et que mon souvenir, que j’ai toujours tenu pour fiable, aura pu se laisser quelque peu séduire par la tentatrice et fantasque imagination.

J’ai quitté notre pays pour aller sous d’autres cieux que les cigognes dédaignent et où l’on fête comme un événement heureux les rares haltes qu’elles font lors de leurs migrations trans-méditerranéennes.

Au jardin de mes souvenirs vit cette cigogne légionnaire qui ne perdait pas de sa dignité même engoncée dans son pull-over militaire, et je caresse toujours le rêve puéril d’une cigogne apprivoisée comme le Renard de Saint-Exupéry.

FIN

Alfred Marmus

Assemblée Général Ordinaire 2015 de l'AALE de Laudun.

Laudun, le 05 Février 2015

 

OBJET : Assemblée Général Ordinaire 2015.

Le Président et tous membres de l’amicale des anciens de la Légion Etrangère de Laudun vous prient de bien vouloir honorer de votre présence à l’assemblée général le :

* Samedi 07 Mars 2015 à 9h15 *

09h15 Dépôt de Gerbe au Caveau de l’AALE cimetière de Laudun.

PROGRAMME DU JOUR

09h45 Accueil des participants et règlement des repas et de la cotisation 2015 et les retardateurs.

Café et croissants, réfectoire CCH.

10h20 Accueil des autorités.

Au réfectoire des CCH au 1er R.E.G quartier Général Rollet 30290 LAUDUN-L’ARDOISE en présence du Colonel Alexandre COULET chef de corps de 1er R.E.G, et du général PETERSHEIM délégué régionales de la FSALE.

 

10h30 Ouverture de séance de L’Assemblée Général Ordinaires.

Lecture de divers rapports.

Démission des anciens Conseil Administratif.

Élection de nouvelle Conseil Administration.

Interventions des autorités

11h35 Fermeture de la séance de L’Assemblée Générale.

11h40 Dépôt de Gerbe au colonne de Balbek.

12h00 Apéritif au Bar mess SUDRE.

12h30 Repas dansant au mess Sudre.

La réservation pour les participants au repas ce fait sur le bulletin commande joint en annexé, à renvoyer au plus tard mercredi 20 février 2015 impérativement.

La participation des Associations patriotique ainsi que leur drapeau sont appréciés, ils ont la possibilité de participer au repas dansant après réservation.

Toute poste de bureau sont ouvert, les personnes intéressées sont priées de ce faire reconnaître au plus tard le 23 février 2015 au siège de l’amicale. Les personnes intéressées aux travaux du conseil d’administration peuvent apporter leur candidature sur le bulletin joint

En espérant une présence nombreuse des membres de l’amicale ainsi que de leur famille et amis qui sont les biens venus.

A bientôt.

Amitiés Légionnaire.

Le Président de L’AALE de Laudun

Manfred HOLZHAUSER


Menu de l'Assemblée Général 2015

Feuilleté de Noix de St. Jacques

Pièce de bœuf Rosny

Fagot d’haricot vert et son panier provençal

Pomme de terre duchesse

Assiette du berger

Dôme de chocolat fondant

Café

Vin rouge et rose eau


Bulletin – Réponse

ASSEMBLEE GENERAL ET REPAS DANSANT DU 07 Mars 2015

 

MONSIEUR MADAME MADEMOISELLE…………………………………………………………………

ADRESSE……………………………………………………………………………………………………….

……………………………………………………………………………………………………………….......

Participera à l’assemblée Général OUI…………. NON…………..

Participera (ont) au repas dansant OUI…………. NON…………..

Impérativement

Nom Conducteur………………………………………………………………………………………

Numéro D’Immatriculation de Véhicules……………………………………………………………..


TARIFS MENU

Adulte 26,00 €

Enfant 15,00 € à partir 13 ans

Nombres de adultes……………..X 26,00 € =……………..

Nombres enfant………………….X 15,00 € =……………..

TOTAL =……………..

Joindre votre Cheque libelle à l’ordre de L’AALE de LAUDUN


Procuration

 

Je soussigné……………………………………………..Demeurant à…………………………………….......

…………………………………………………………………………………………………………………...

 

Ne pourra assister a l’assemblée général du 07 mars 2015

Je donne les pleins pouvoirs, par la présente a Monsieur ou Madame…………………………………….........

Demeurant a……………………………………………………………………………………………………..

Afin qu’il agisse en mon Nom, dans tous travaux discussions, débats et scrutins devant de L’Assemblée Général du 07 Mars 2015

 

Fait a…………. le…………….2015

Accepte le présent pouvoir

Signature du Mandataire

Ce Bulletin est à compléter et à retourner avant 20 février 2015 au Siege de L’AALE de Laudun – 1er REG Quartier Général Rollet 30290 LAUDUN L’ARDOISE


BULLETIN de CANDIDATURE

Nom………………………………. .Prénom………………………………………

Domicile……………………………………………………………………………….

Je suis Candidat au Poste :

- Président …………………………………..

- Conseil D’Administration…………………..

- Autre Poste éventuelle………………………

-

Faite à…………….le……………..2015

Signature

 

A retourne au Siége pour Mercredi 23 Février 2015

La pacification de Madagascar, 1896- 1898 (1928)

Jeudi, 23 Octobre 2014 03:12

Le sacrifice, Indochine


Traduction

aa
 

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