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La Newsletter 14/12 de l'AALEME

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La Newsletter 14/12 de l'AALEME

Et s’il fallait apprendre à mieux savoir dire non?...

Par le Général de corps d’armée Alain BOUQUIN,
Inspecteur de l’armée de Terre

«La discipline faisant la force principale des armées, il importe que tout supérieur obtienne de ses subordonnés une obéissance entière et une soumission de tous les instants, que les ordres soient exécutés littéralement sans hésitation ni murmure…». Qui ne connaît cet extrait de l’ancien règlement de discipline générale? Ce texte a certes vieilli; peut-être même «mal vieilli»; il n’est d’ailleurs plus en vigueur depuis 1966. Et pourtant… on peut se féliciter, d’une certaine manière, au sein de l’armée de Terre, que son esprit soit demeuré très prégnant.

Car jusqu’ici la culture du «terrien», et son honneur, ont toujours consisté à «faire ce qui est dû» (ou ce qui est ordonné) et à assumer ses obligations en dépit des obstacles, voire des impossibilités. Bref à obéir «sans hésitation ni murmure»…

C’est le culte de la mission, ancré dans nos tripes. C’est une question de dignité, ou d’orgueil, partagée par l’ensemble du
personnel de l’armée de Terre. C’est aussi une question de volonté, qui est souvent la marque de nos décideurs. C’est enfin une question de logique opérationnelle, car au combat on n’a jamais le droit de dire «je refuse», même quand les éléments sont contre soi: on dit «je vais faire le maximum»! Parce que des vies en dépendent, parce que la réussite de la mission va conditionner le succès de la manœuvre…

C’est la logique de la détermination affichée. C’est la logique des éléments que l’on veut à tout prix dominer, de l’adversité vaincue.


C’est aussi la logique très gauloise de la «démerde», celle qui fait trouver des solutions aux situations les plus inextricables; au point que le verbe démerder se conjugue sur le mode transitif dans certaines de nos formations: je démerde un camion, je démerde un pot de peinture, je démerde une carte d’autoroute…


Or le constat de ces derniers mois, au sein des unités de l’armée de Terre, est celui d’une inadéquation croissante entre missions et ressources. Ce constat est souvent aggravé par le fait que celui qui est chargé de la mission n’est pas celui qui exerce la maîtrise des moyens nécessaires à sa réalisation, une partie des leviers appartenant désormais à la chaîne des soutiens. C’est une situation qui, de plus en plus, met nos cadres en difficulté. La démerde est en train de montrer ses limites: elle ne permet plus de résoudre la totalité des impossibilités; elle se heurte aux faits les plus têtus.


Ainsi, les moyens qui nous sont aujourd’hui alloués pour la préparation opérationnelle ou dans la vie courante, mais aussi parfois en opérations, ne sont malheureusement plus toujours correctement dimensionnés au regard des tâches à accomplir. Tous les types de ressources sont affectés par ce phénomène: ressources humaines et financières en premier lieu, mais aussi moyens matériels, véhicules, fournitures diverses, produits courants, carburant ou munitions…


Et tous nous en souffrons, car nous ne sommes plus en mesure d’adopter cette attitude de «bon élève» à laquelle nous sommes tant attachés: celle qui consiste à tout faire pour donner satisfaction à son chef, même quand il faut pour cela imaginer des expédients.


Mais à la réflexion, cette attitude de «bon élève» est-elle toujours la plus raisonnable? Elle peut en effet se révéler particulièrement contre-productive. Car à force de toujours dire oui à tout, on donne l’impression que l’on n’a pas encore atteint ses limites. Et on s’expose ainsi à subir toujours plus de réductions, de déflations. On donne aussi le sentiment que le «ter rien» est bonne pâte: un peu râleur, vaguement pessimiste, mais discipliné et «facile»: il gueule, mais il fait! Certains peuvent être ainsi tentés de profiter de notre nature généreuse et volontaire…


On notera que d’autres administrations, y compris au sein du ministère de la Défense, n’affichent pas les mêmes dispositions, ni les mêmes facultés d’adaptation… et qu’elles ne paraissent pas s’en porter plus mal, bien au contraire! De notoriété publique, on sait qu’on ne peut pas impunément tout leur demander, et personne ne songe à abuser de leur candeur!


On doit donc aujourd’hui se poser la question de savoir s’il ne faut pas, à notre tour, rentrer dans ce jeu subtil de l’opposition raisonnée et de la négociation des objectifs. En clair, changer de «modèle», et devenir capable de dire non chaque fois que cela se justifie.


Savoir dire non à son chef n’est-il pas d’une certaine manière un devoir? Bien entendu, ce n’est jamais un non sec qui s’apparenterait à une fin de non-recevoir; c’est un non argumenté et motivé: «je ne peux pas remplir ma mission parce que des moyens indispensables ne m’ont pas été accordés» ou «les délais impartis pour cette tâche ne sont pas suffisants» ou encore «les contraintes qui me sont imposées ne sont pas compatibles avec les objectifs fixés pour cette mission».
Les seules conditions pour exercer ce «droit d’opposition» sont en général:

  • d’abord de ne pas le faire au combat, bien sûr;
  • d’avoir fait le maximum de ce qui était en son pouvoir;
  • d’alerter son chef à temps;
  • d’être en mesure d’expliquer clairement le refus;
  • d’y mettre les formes, pour éviter de paraître en situation d’indiscipline.


Cette attitude ne doit pas être réservée aux plus hautes sphères de décision de nos forces. Elle doit désormais irriguer l’ensemble des niveaux de la hiérarchie. Car elle peut concerner aussi bien un capitaine vis-à-vis de son chef de corps qu’un officier d’état-major.


Dans cette perspective, il y a un évident devoir d’éducation à soutenir. Il s’agit d’enseigner à nos cadres, dès leur formation initiale, et plus tard lors de leur formation de cursus, un esprit de discernement qui leur permette d’identifier les situations pour
lesquelles le «non» s’impose. Par exemple:

  • lorsqu’un «oui» aura des conséquences plus négatives qu’un «non»;
  • quand le manque de moyens accordés à une mission va générer une fragilité en matière de sécurité ou conduire à une charge de travail non supportable;
  • si la réussite de la mission devient aléatoire du fait d’un manque de ressources…


C’est une pédagogie du «non» légitime qui doit s’instaurer.
Cette pédagogie est d’autant plus nécessaire que l’attitude à adopter est tout sauf naturelle. Elle risque même de rebuter les plus anciens: cesser de considérer la mission comme sacrée pour en faire un objet de négociation ne va pas de soi. Cela heurte la culture inscrite dans les gènes du «terrien».


Mais cette attitude est-elle si nouvelle qu’il y paraît? Cette possibilité du «non» n’est-elle pas inscrite depuis fort longtemps dans les replis de la discipline militaire bien comprise? Quand on parle de la loyauté due au chef, de la nécessaire transparence, de la confiance qui doit irriguer la chaîne hiérarchique, de la notion d’intérêt général et de la discipline intellectuelle, on sous-entend de manière implicite une relation dans laquelle le subordonné a un devoir de vérité vis-à-vis de son chef.
L’indépendance d’esprit et le courage intellectuel y trouvent leur pleine place et ont d’ailleurs toujours été favorisés, et même enseignés. La subsidiarité, quand elle est sainement pratiquée, suppose elle aussi une part d’appréciation de situation et d’initiative qui ouvre la porte à la remise en cause de ses ordres par le subordonné. Enfin, la distinction entre la lettre e t l’esprit de la mission ménage la possibilité pour ce subordonné de modifier l’exécution des ordres reçus pourvu qu’il sache rester dans l’esprit de l’objectif fixé. Il n’y a donc rien de fondamentalement nouveau.


Ce qui est nouveau en revanche, c’est que cette «aptitude au non» est probablement appelée à être utilisée beaucoup p lus couramment dans un environnement économique difficile: elle a vocation à devenir le réflexe quasi-automatique de celui qui reçoit une mission et se pose d’emblée la question des moyens. C’est en ce sens qu’il faut que tous au sein de l’armée de Terre se l’approprient.


Elle peut en effet s’avérer de nature existentielle dans le contexte du moment. Pour préserver l’armée de Terre de la suractivité mais aussi pour lui éviter de nouvelles réductions de ressources. En démontrant au quotidien que des seuils ont été atteints. En faisant rentrer dans les esprits que le maintien de certaines missions ne pourra pas se faire si les ressources continuent à diminuer.


Certains au sein de notre ministère ont déjà compris l’intérêt de cette démarche, qu’ils savent pratiquer avec une grande force de persuasion; et ils ont obtenus des résultats probants. Pourquoi nous, «terriens», ne saurions-nous pas à notre tour rentrer dans ce jeu?


Savoir dire non ne relève pas de la désobéissance, mais au contraire d’une saine et vraie discipline, celle qui doit la vérité à son chef. C’est l’attitude responsable du militaire qui connaît depuis toujours la pertinence du triptyque «un chef, une mission, des moyens». C’est celle de relations de commandement conçues avant tout comme des liens de confiance. C'est surtout une nécessité dans les temps difficiles que nous traversons. Nos personnels attendent de nous ce courage, non seulement pour les protéger d’une certaine forme de surchauffe, mais surtout comme un témoignage de la reconnaissance que nous leur devons.

Au général Soriano succède le général des Minières, futur patron de la 1re BM

24.06.2014

Le 17 juin, le général de brigade Eric Bellot des Minières (un légionnaire qui a commandé le 2e REP) a pris le commandement de l’opération Sangaris. Il relève le général de brigade Francisco Soriano qui a commandé les forces françaises engagées en République Centrafricaine depuis le 5 décembre 2013.

Le général Soriano commandait les Forces françaises au Gabon (FFG) depuis l'été 2013.

Avant de rejoindre la RCA, son successeur avait été nommé à Châlon-en-Champagne, à la tête de la 1ère brigade mécanisée. A compter du 1er août! Or, le nouveau général de brigade est à Bangui. Voilà la brigade orpheline de son futur chef... Un signe? Le général Ract-Madoux pourrait en dire plus bientôt.

Légion étrangère : Record battu pour « La Solidaire » du 4e RE avec plus de 100.000 euros de dons récoltés

Stéphane GAUDIN

Crédit photo : 4e RE. Le GMPA soutient « La Solidaire » depuis sa création.

La Solidaire Légion Étrangère est une randonnée cyclo-sportive caritative créée en 2010 par le 4ème Régiment étranger de Castelnaudary. L’édition 2014 s’est déroulée du 23 au 26 juin. Elle a permis de rassembler plus de 100 000 euros de dons.

L’édition 2014 a battu tous les records : une somme de plus de 100 000 euros de dons a été collectée pour nos anciens. Félicitations aux généreux donateurs, aux courageux coureurs des 500 kilomètres, et à tous les nombreux amis de la Légion étrangère qui ont participé à cet élan solidaire autour de son parrain d’exception : Bernard Thévenet, vainqueur du Tour de France 1975 et 1977.

« La Solidaire » est l’occasion à la fois d’entretenir puis de développer les valeurs de solidarité et de dévouement chères à la Légion étrangère, et de mettre en application de manière très concrète son code d’honneur, qui commande de ne jamais abandonner les siens, au combat comme dans la vie.

Cette année, une centaine de coureurs ont participé. Deux coureurs suisses ont fait le déplacement ainsi qu’un citoyen américain, venu spécialement pour cet événement avec son vélo depuis San Francisco et promettant de revenir les années suivantes avec un groupe constitué.

Action de solidarité majeure annuelle du 4ème Régiment étranger, et parmi les principales de la Légion étrangère, cette manifestation a pour but de lever des fonds au profit exclusif de l’Institution des invalides de la Légion Etrangère (I.I.L.E) à Puyloubier. Située sur le site magnifique du domaine capitaine DANJOU, au pied de la montagne Sainte Victoire, l’I.I.L.E accueille, pour leur redonner une nouvelle chance, une centaine d’anciens légionnaires, célibataires ou acceptant de vivre en tant que tels. Certains en repartent, d’autres y terminent leur vie.

C’est vers eux que notre « Solidaire » est tournée. Pour l’édition de cette année, la somme collectée servira à rénover la vieille chaudière des pensionnaires.

Le général Pierre Chavancy, nouveau gouverneur militaire de Lyon

Photo © Yakinfo.com

Saint-cyrien de la promotion Montcalm (1980-1982), Pierre Chavancy a été élevé aux rang et appellation de général de corps d’armée le 1er août 2014, et nommé Gouverneur militaire de Lyon, officier général de zone de défense et de sécurité Sud-Est et commandant la région terre Sud-Est.

Son arrivée fait suite au départ du général Martial de Braquilanges dont nous avons relaté l’adieu aux armes dans nos colonnes. Agé de 54 ans, le général de corps d’armée Pierre Chavancy est officier de la Légion d’honneur, commandeur de l’ordre national du Mérite et titulaire de la croix de guerre des opérations extérieures et de la croix de la valeur militaire avec 3 citations. Marié et père de trois enfants, il sera reçu en Préfecture par Jean-François Carenco , mercredi 27 août 2014.

L’émouvant adieu au major Dejvid Nikolic, tué au Mali

22 juillet 2014

La cérémonie d’hommage national du Major Dejvid Nikolic, tué le 14 juillet au nord du Mali lors d’une attaque suicide, s’est déroulée ce matin au 1er régiment étranger de génie de l’Ardoise.

La cérémonie était présidée par le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, en présence de nombreux élus, comme le président du Conseil général du Gard Damien Alary, les députés Patrice Prat et Gilbert Collard, le président de l’agglo du Gard Rhodanien Jean-Christian Rey, et du préfet du Gard Didier Martin.

Les élus ont salué le drapeau du 1er REG, puis le ministre de la Défense a passé en revue les troupes.

Sur l’air de la marche funèbre, le cercueil du major Dejvid Nikolic a été amené jusqu’au lieu de la cérémonie, où le ministre lui a remis les insignes de chevalier de la Légion d’honneur à titre posthume.

Le ministre a pris la parole pour saluer « l’engagement difficile » mené au Mali lors de l’opération Serval, débutée en janvier 2013, puis s’est « inclin(é) avec émotion devant la douleur de la famille et des proches » du major décédé.

Le ministre est également brièvement revenu sur le parcours du major Nikolic, né à Belgrade le 16 mai 1969, qui a choisi de s’engager au sein de la légion étrangère en 1988. « Compétent, efficace, il est un exemple pour ses compagnons d’armes » a rappelé Jean-Yves Le Drian. « Il était une référence au sein du régiment », a t-il poursuivi.

Il a terminé son allocution en faisant une promesse : « Major Nikolic, vous avez fait honneur à la France. En retour, la France vous fera honneur en menant jusqu’au bout ce combat qui est à jamais le vôtre. »

Le ministre a ensuite pris la parole pour une courte allocution devant les troupes, qui ont ensuite chanté l’hymne du 1er REG.

Le ministre a ensuite déjeuné à huis clos avec le régiment.

Thierry ALLARD

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La légion étrangère et la franc-maçonnerie

18/04/2014

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Au Légionnaire Gilbert… Ils y viennent pour une raison et y restent pour une autre… (Général Christophe de SAINT CHAMAS).

Parler d’un corps d’armée dans un Temple Maçonnique peut paraître quelque peu incongru ! Et pourtant ! La Légion étrangère, qui inspire tout autant l’admiration que le rejet de nombreux concitoyens, qui suscite des fantasmes et souffre de préjugés et d’ignorances, porte en elle des valeurs qui transcendent les races, les religions et qui, à bien des égards, sont proches des nôtres !

La France a hérité du siècle des Lumières des valeurs qui en font un pays unique au monde. Parmi celles-ci, le sacro-saint droit d’asile qui a été qualifié comme étant le droit, pour les réfugiés persécutés, d’être accueillis sur son sol. La Légion étrangère perpétue ce droit, pratiqué à l’extrême, puisqu’on ne demande pas à celui qui veut s’y engager de justifier son passé ni ses origines. Donner à chacun une deuxième chance est un des principes « sacrés » de la Légion étrangère.

Notre Ordre est bel et bien ancré dans le monde des bâtisseurs. Qu’il s’agisse des constructeurs de temples antiques ou de bâtiments cultuels durant le moyen-âge, la Tradition a été perpétué par des Initiés. Ils se sont appelés Pharaons, Collegia, Guildes, Moines bâtisseurs,... De nos jours, les Maçons, Francs et Acceptés, ne sont plus opératifs. Mais n’existe-t-il pas, en France, des soldats bâtisseurs dont la tradition a été conservée à travers les « Pionniers » de la Légion étrangère ?

Ces hommes, à qui on offre le choix de servir un pays qui va devenir le leur, créent une part de mystère qui fait leur renommée. Créé par Louis-Philippe en 1831, ce corps d’armée, qui a eu pour vocation originelle de protéger et d’étendre l’Empire Colonial, est un brassage humain, formidable condensé d’héroïsme et de courage.

Mais alors, pourquoi parler de ces hommes dans nos Temples ? Une phrase, extraite du rite Émulation peut éclairer peut-être cette question : « En votre qualité de citoyen du monde, je dois vous recommander de vous acquitter de vos devoirs civiques d'une façon exemplaire. …Soumettez-vous franchement aux lois du gouvernement étranger qui vous donnerait provisoirement l'hospitalité ou vous accorderait sa protection… »

Quels sont donc les points communs entre ce corps d’armée et notre Ordre ? Sur quelle mythologie et sur quels rites se fondent ses traditions ? De quelles valeurs supérieures se revendique-t-il ? Telles sont les questions auxquelles ce morceau d’architecture ne prétend pas apporter des réponses mais, humblement, susciter quelques pistes de réflexion.

Un mythe fondateur

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Jusqu’en 1863, la Légion étrangère a été considérée comme une armée de fortes têtes vouée à faire la sale besogne de la colonisation ! Le 30 avril 1863, lors de l'expédition française au Mexique, la bataille de Camerone va définitivement changer l’esprit de ces soldats et le regard porté sur eux.

Il s’agit d’un combat qui opposa une compagnie de soixante fantassins de la Légion étrangère, commandée par le capitaine DANJOU et deux sous-lieutenants, à une armée de deux mille mexicains. Assiégés dans une hacienda, ils résistèrent durant 11 heures, tuant 300 ennemis et en blessant 300 autres.

A dix heures du matin, alors que les Français, qui n'ont rien mangé depuis la veille, commencent à souffrir de la soif et de la chaleur, un officier mexicain leur somme de se rendre, ce à quoi le capitaine DANJOU fait répondre : « Nous avons des cartouches et ne nous rendrons pas ! ». Il fait alors jurer à ses hommes de lutter jusqu’au bout. Il tombera à la mi-journée, touché en plein cœur. Neuf heures durant, les Légionnaires vont affronter les troupes mexicaines, sans boire, étouffés par la fumée de l’incendie provoqué par l’ennemi.

En fin d'après-midi, il ne reste en état de combattre que six Légionnaires. Les mexicains somment alors les survivants de se rendre. Le caporal MAINE répond : « Nous nous rendrons si vous nous faites la promesse la plus formelle de relever et de soigner nos blessés ; si vous nous promettez de nous laisser notre fourniment et nos armes. Enfin, nous nous rendrons, si vous vous engagez à dire à qui voudra l'entendre que, jusqu'au bout, nous avons fait notre devoir », ce à quoi l'officier mexicain répond : « On ne refuse rien à des hommes comme vous ! » Les rescapés sont présentés au colonel MILAN, qui s'écrie : « Mais ce ne sont pas des hommes, ce sont des démons ! » Sur un monument commémoratif, érigé en 1892 au Mexique, figure l'inscription :

« Ils furent ici moins de soixante
Opposés à toute une armée.
Sa masse les écrasa.
La vie plutôt que le courage
Abandonna ces soldats Français
Le 30 avril 1863
A leur mémoire la Patrie éleva ce monument ».

Aujourd'hui encore, les militaires mexicains rendent hommage aux soldats français et mexicains tombés ce jour-là en présentant les armes lorsqu'ils passent devant ce monument.

Chaque 30 avril, les héros de ce combat sont honorés dans tous les régiments de la Légion ; à cette occasion est proclamé le récit du combat de Camerone. L'idée du « serment de Camerone » est là pour rappeler le courage et la détermination des Légionnaires ainsi que le respect à la parole donnée accomplie jusqu'au sacrifice suprême. Aujourd'hui, la main du capitaine DANJOU, prothèse de bois provenant d’une amputation antérieure, est conservée dans la crypte du musée de la Légion étrangère à Aubagne.

Pour fédérer tous ces hommes il fallait leur donner un passé commun, une histoire commune, quelque chose qui dépasse l’engagement de chaque individu. C’est le fait d’arme de Camerone qui tient ce rôle et constitue un acte fondateur.

Le point essentiel de cette histoire se situe à l’instant même où le capitaine DANJOU, transcendé, fait prêter serment à ses hommes. Ce serment, inattendu et exceptionnel dans de telles circonstances, a été gravé par le sang. Le mythe qui en est issu de fait, est le Légionnaire qui trouve la rédemption dans la mort. Ainsi, on plonge implicitement dans le mythe sacrificiel ; on trouve le Salut à travers le don de sa personne…

Il est important de noter que ce fait d’arme s’est déroulé dans le but de remplir une mission particulière qui consistait à protéger de l’armée mexicaine un important convoi français. Depuis lors, remplir la mission confiée et respecter la parole donnée sont devenu sacrés pour la Légion étrangère. Du reste, l'expression « faire Camerone », toujours usitée dans la Légion, signifie remplir sa mission jusqu’au bout, sans concession, s’il le faut au prix de sa vie.

Des rites

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Les traditions au sein de la Légion étrangère sont nombreuses et issues directement de son histoire : du « vert et rouge » au pas lent de ses unités, en passant par les pionniers et Le Boudin (chant de marche de la Légion). Mais contrairement à une idée reçue, elles ne sont pas immuables et vivent avec l'Institution. Elles sont officiellement regroupées au sein d'un « Recueil des traditions de la Légion étrangère » édité par un Comité des Traditions.

La formation des Légionnaires est certes une suite de stages professionnels sophistiqués, mais elle est également émaillée de temps forts qui exigent beaucoup d’abnégation.

Et tout d’abord le changement de nom, pour toute nouvelle recrue, est systématique. Il symbolise la mort de l’homme ancien, permettant de « repartir » sur de nouvelles bases. C’est en quelque sorte une nouvelle naissance. La Légion est le seul lieu où l’on peut « recommencer » sa vie. Mais cette deuxième chance ne blanchit pas le Légionnaire de toute faute qu’il aurait pu commettre avant son admission. Ce n’est qu’au bout de trois ans de service, après qu’il ait prouvé sa bonne moralité et une réelle volonté de s’amender, qu’il peut recouvrer, à sa demande, sa véritable identité.

D’autre part, un des éléments fédérateurs importants dans la Légion est la langue. La majorité des candidats à la Légion ne parlent pas le français. A l’évidence, pour des raisons de sécurité et d’efficacité militaires, tout soldat doit comprendre les ordres qui lui sont donnés en français, et pouvoir communiquer avec ses compagnons. Durant leur formation initiale, chaque légionnaire apprend donc le français, ce qui le lie aux autres de manière encore plus forte puisque sa langue maternelle, si elle n’est bien entendu pas oubliée, n’est plus pratiquée dans les rangs.

Cette formation est ponctuée par une série de « rites », importants pour tout jeune Légionnaire : après un premier stage de sélection, les engagés volontaires retenus reçoivent leur premier contrat d’engagement dans le musée d’Aubagne, où un officier les informe de l’importance de leur futur statut. Ensuite, à l’issue de leur formation, et après avoir prouvé qu’ils en étaient dignes, les nouvelles recrues sont invitées à coiffer pour la première fois leur képi blanc. C’est une cérémonie solennelle durant laquelle ils récitent, en chœur, avec fierté, la tête haute, et dans un français encore hésitant, leur code d’honneur, véritable serment du Légionnaire.

Enfin, la Commémoration annuelle de CAMERONE est un temps fort de la Légion. Le centre de Commandement, situé depuis 1962 à Aubagne, près de Marseille, possède une « voie sacrée » sur laquelle est présentée, puis « élevée », la main du capitaine DANJOU, véritable relique enfermée dans une chasse. Le reste de l’année, ce trophée repose dans une crypte souterraine dans laquelle toute nouvelle recrue est tenue de se recueillir pour honorer tous les Légionnaires morts au combat.

Une mort symbolique, une renaissance sous une autre identité et une autre langue, celle du pays pour lequel on est prêt à donner son sang, une fraternité sans faille et de principe, c'est-à-dire définitive, enfin un rappel périodique et immuable du mythe de CAMERONE ; nous sommes bien en présence de rites pratiqués par des hommes unis dans une cohésion inébranlable.

Une fraternité

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Soyons nets : l’Homme incline facilement au « chacun pour soi », il ne naît pas avec une conscience universelle. S’il lui arrive, dans le cours de son existence, de se sentir solidaire, c’est dans certaines situations, telles que la guerre ou toutes autres épreuves partagées, et ce sentiment disparaît généralement avec les circonstances qui l’ont fait naître.

Or, cette « fraternité de combat » ne constitue pas la véritable « Fraternité », telle que nous l’entendons, nous, et telle que l’entendent les Légionnaires. En effet, elle n’est pas « totale » et, dépendant trop des circonstances qui l’ont créée, reste surtout limitée à quelques individualités vivant ces circonstances. Ainsi des hommes, durant une guerre, peuvent fraterniser, ce rapprochement ne restant que circonstanciel et s’évanouissant souvent avec le temps.

Dans la Franc-Maçonnerie, on admet la réalité de la Création par la notion même de « Fils d’un même Père ». Il est donc normal de nous concevoir « en Fraternité » avec nos semblables : c’est même, presque, une attitude réflexe. Mais alors, comment les Légionnaires déterminent-ils leurs liens entre eux et avec autrui ? Pour prendre conscience de l’importance et de la réalité de la Fraternité telle qu’ils la conçoivent, il est bon de rappeler le contenu de leur code d’honneur, appris et récité en chœur par les nouvelles recrues le jour de la remise du képi blanc :

Art. 1 - Légionnaire, tu es un volontaire, servant la France avec honneur et fidélité (devise de la Légion étrangère NDR).
Art. 2 - Chaque légionnaire est ton frère d'armes, quelles que soient sa nationalité, sa race ou sa religion. Tu lui manifestes toujours la solidarité étroite qui doit unir les membres d'une même famille.
Art. 3 - Respectueux des traditions, attaché à tes chefs, la discipline et la camaraderie sont ta force, le courage et la loyauté tes vertus.
Art. 4 - Fier de ton état de légionnaire, tu le montres dans ta tenue toujours élégante, ton comportement toujours digne mais modeste, ton casernement toujours net.
Art. 5 -Soldat d'élite, tu t'entraînes avec rigueur, tu entretiens ton arme comme ton bien le plus précieux, tu as le souci constant de ta forme physique.
Art. 6 - La mission est sacrée, tu l'exécutes jusqu'au bout et, si besoin, en opérations, au péril de ta vie.
Art. 7 - Au combat, tu agis sans passion et sans haine, tu respectes les ennemis vaincus, tu n'abandonnes jamais ni tes morts, ni tes blessés, ni tes armes.

Il faut rappeler que l’homme n’est jamais aussi isolé que face à la mort. Or c’est précisément ce dénouement qui est au centre du mythe de la Légion : « tu exécutes ta mission jusqu'au bout, …au péril de ta vie », « …tu n'abandonnes jamais ni tes morts, ni tes blessés… ». Dans le fond, ces hommes, animés du désir de changer leur vie et de protéger celle de leurs semblables, font preuve d’une générosité totale et d’un sentiment de solidarité, qu’ils nomment justement « FRATERNITÉ ». En ce sens, implicitement, leur sort est transcendant. Ils se retrouvent d’une certaine manière au cœur même du sacrifice christique.

A défaut d’une image du Dieu-Père, engageant naturellement une perspective de « filiation », c’est la Légion qui va leur donner la conscience d’appartenir à une même « famille », vivant d’elle et la faisant vivre. Du reste, à partir du moment où un homme a rempli avec satisfaction son contrat avec la Légion, celle-ci devient son « obligé ». Elle doit l’aider au moindre problème durant toute sa vie. Cette « morale laïque », morale raisonnée par opposition aux morales impératives des Religions, induit une solidarité sans faille.

Notre Ordre conçoit la Fraternité comme une constante universelle. Mais, à bien des égards, la Fraternité vécue au sein de la Légion dépasse les hommes eux-même par les références existentielles et la mythologie auxquelles elle renvoie. Ainsi, ces hommes, qui recommencent une seconde vie au sein de leur nouvelle famille, famille de substitution, la Légion étrangère, s’interdisent par principe toute discussion relative à leur passé. Il existe entre eux, pour toute leur vie, ce lien invisible, discret, cet attachement indéfectible qu’ils tissent dès leur formation.

Conclusion

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Le Légionnaire, porteur de tous les pêchés, nourrit l’imaginaire populaire. Par définition les premiers sur le terrain et les derniers à partir, les Pionniers, qui perpétuent la tradition du Légionnaire bâtisseur, jouissent du privilège de défiler, avec gants blancs et tablier, à la tête de la troupe. Cette tradition est à rapprocher de l’hommage particulier que rend la Légion à ses sous-officiers, ses « maréchaux » comme on a coutume de les appeler, en laissant à trois des leurs l'honneur de défiler en tête de toute la Légion. Un de leurs chants exprime ainsi leur fierté :

« On nous appelle les fortes têtes,
On a mauvaise réputation.
Mais on s’en fout comme d’une musette,
On est fier d’être à la Légion.
Et ce qu’ignore le vulgaire,
C’est que du soldat au colon,
Ils ont une âme de mousquetaire,
Les Légionnaires ! »

Malgré son apparente rigidité, il n’y a pas plus large d’esprit que la Légion étrangère, accueillant plus de 130 nationalités différentes et les fédérant dans un but unique. Elle constitue un important creuset social. Celui-ci, paradoxalement, pourrait être considéré comme un archétype de la République, au sens français du terme. C’est un lieu de brassage et d’acceptation de règles qui transcende les ethnies, les origines, les religions. Accepter ces règles, c’est devenir français, « français par le sang versé et non le sang reçu… » Une suggestion : dans la Franc-Maçonnerie, ne rassemble-t-on pas ce qui est épars ?

Les mythes sur lesquels se fonde notre Ordre sont révélés et gravés dans le Volume de la Loi Sacrée. Pour la Légion, c’est un mythe construit par l’homme à l’issue d’une épopée historique : CAMERONE, véritable fait d’arme. Il n’empêche, ce mythe est transcendant en ce qu’il engage la vie même de ceux qui y adhèrent.

A la peine comme à l’honneur, le Légionnaire est représenté comme le soldat bâtisseur, celui qui ouvre les voies du progrès au milieu des ténèbres. Le mythe du Légionnaire qui trouve la rédemption dans la mort symbolise, d’une certaine façon, le mythe sacrificiel. On gagne le Salut à travers le don de sa personne…

Ces hommes, qui ont un « passé » et pas d’avenir, et qui, arrivés dans la Légion, oublient leur passé et gagnent un avenir, ne sont point dans le sacré. Pas plus que la Légion n’est un ordre initiatique. Mais un mystère les distingue radicalement de toutes les armées du monde et en font les combattants les plus redoutés de tous. Leur statut juridique demeure exceptionnel. Leur silence et leur pudeur les honorent. A bien des égards, les valeurs dont ils se revendiquent touchent à l’Universel…

Peu importe ce qui motive un homme à s’engager dans la Légion, qu’il y soit attiré par le prestige ou par un désir de changer de vie, le pli sera pris. Une Fraternité entière et une obligation de sacrifice s’imposeront à lui. Il demeurera Légionnaire toute sa vie. Dans notre Ordre également, des hommes et des femmes « s’engagent » pour des raisons diverses mais qui leur sont propres. L’état de Maçon leur sera définitivement acquis.

Je dois maintenant vous faire part d’un point de vue tout à fait personnel. Je suppute que des officiers supérieurs, Francs-Maçons, au sein du Commandement de la Légion, ont vraisemblablement dû influencer durant son histoire l’esprit de cette institution et, ainsi, favorisé la formalisation de nombre de ses rites.

Enfin, pour être franc, et après avoir étudié les valeurs indéfectibles qui sont les leurs, je me pose la question de savoir combien, parmi nous, seraient capables de risquer leur vie pour sauver un Frère ! Telles sont les réflexions que m’inspire, en tant que Franc-Maçon, la Légion étrangère.

A\ L\

Lazare Ponticelli, le témoignage du dernier poilu

 

Marc QUATTROCIOCCHI et Johana SABROUX 5 août 2014

Lazare Ponticelli, le dernier des poilus, ici un an avant sa mort. (Photo Michel Pourny. AFP)
VIDÉOS

Cet Italien, qui a combattu lors de la Première Guerre mondiale sous le drapeau français, est mort en 2008 à l'âge de 110 ans. Avant son décès, il a raconté à «Libération» l'engagement, les tranchées, les blessures et la mort.

Il est mort en 2008, à l’âge de 110 ans. Lazare Ponticelli, était le «der des ders», l’ultime poilu, celui à laquelle la France a offert des obsèques nationales en mémoire des millions de combattants et de morts de la Grande Guerre. Pour Libération, quelques années avant son décès, cet Italien avait raconté sa guerre au micro. Ce récit expose ses souvenirs, mille fois racontés, et polis et repolis par la mémoire collective. On y entend la voix et l’accent de cet homme, encore énergique, parfois secoué par l’émotion. La version en quatre épisodes proposée ici est un remontage d’un premier travail diffusé en 2008: la voix de Lazare Ponticelli est sous-titrée et illustrée par des images d’archives d’époque.


Episode 1: l’engagement

Ponticelli décrit la déclaration de guerre et ses errements d’immigré italien, qui ne voulait pas retourner en Italie car «on y mourait de faim, surtout dans les montagnes». Il s’engage alors dans la Légion étrangère et combattra pour la France.

Episode 2: les tranchées

Dès la fin de 1914, Ponticelli est envoyé en Argonne, où il découvre les tranchées, le feu ennemi, les blessures. Il raconte comment il est allé chercher un blessé à la jambe coupée entre les tranchées. En épargnant au passage un soldat allemand. Il dit aussi franchement son dégoût d’une guerre inutile, sentiment qui revient avec constance dans ses récits.

Episode 3: la fraternisation

Lazare Ponticelli décrit un épisode de fraternisation avec des soldats autrichiens. Décidés à ne pas «se battre pour rien», les combattants baissent les armes. Le mouvement s’étend et provoque la colère des officiers. Pour punition, la compagnie de Ponticelli sera envoyée au feu à un autre endroit, face à des soldats d’élite, où très peu survivront.

Episode 4: Monte Grappa

Ponticelli finira la guerre dans les rangs de l’armée italienne. Il raconte ici sa blessure et son opération – avant d’être renvoyé au front, où il apprendra l’armistice.

Un infirmier français en Guinée Equatoriale victime de la peur d’Ebola

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Cet article relatant le décès d'un infirmier, chef de service des urgences médicales de l’entreprise Bouygues Construction, refoulé de clinique en établissement hospitalier, a été publié par l'Association France-Guinée Equatoriale (pays proche du Gabon où aucun cas n'a pour l'instant été répertorié).

Photo de Shawn Haggerty publiée sur le site de l'Association

Photo de Shawn Haggerty publiée sur le site de l'Association

La semaine passée, Oyala, le chantier titanesque du président Obiang en plein cœur de la forêt tropicale, a connu un vent de panique quand Shawn James Haggerty, le Chef de service des urgences médicales de l’entreprise Bouygues Construction, est tombé gravement malade, le 15 août dernier, présentant des symptômes similaires à Ebola (fièvre, vomissements, diarrhée sanglante).

Transféré en urgence à Bata, son admission dans un établissement hospitalier s’est heurtée à la réticence des personnels hospitaliers et à une évidente impréparation : Refoulé de la clinique La Paz, pourtant présentée comme l’une des plus modernes du pays, on l’a finalement accueilli à l’Hôpital public de la ville où il a reçu des médicaments avant d’être reconduit à Oyala.

Cependant, étant donnés la crainte suscitée par Ebola – et surtout depuis son apparition au Nigeria -, et le risque éventuel de contagion et de propagation, les plus hautes Autorités du pays s’en sont mêlés : la Première Dame, d’abord, qui l’a fait admettre dans sa clinique privée Guadalupe de Mongomo, inaugurée le 8 mars 2014. Mais, faute de moyens adaptés, il a été finalement renvoyé à la clinique La Paz de Bata où le ministre Tomas Mecheba et le président Obiang lui-même ont exigé qu’il soit admis.

Selon Celestino Okenve (qui retrace ce événement sur le site guinea-ecuatorial.net), on aurait alors chargé un soignant malien de le faire sortir de l’ambulance et de le placer à l’isolement dans un coin de l’hôpital où il aurait été laissé sans soins. On aurait seulement effectué sur lui des prélèvements de sang et de salive envoyés par avion à Franceville (Gabon) où se trouve une unité de diagnostic d’Ebola. Malheureusement, Shawn Haggerty est finalement décédé le 18 août 2014, à trois heures du matin.

Originaire de Derby, dans le Kansas (Etats-Unis), formé à l’École militaire de Toulon (France), Shawn Haggerty, 58 ans, travaillait pour Bouygues en qualité d’infirmier urgentiste, responsable du suivi médical des employés de cette entreprise à Oyala. Arrivé en France en 1987, marié à une Française, il a servi dans la Légion étrangère et travaillait désormais en Afrique depuis près de sept ans. Son rêve était de s’installer bientôt en Floride afin de profiter de sa retraite militaire et de parcourir les Etats-Unis sur sa Harley-Davidson.

Mercredi dernier, les résultats d’analyse, revenus de Libreville, ont révélé que le patient franco-américain n’était pas infecté par le virus Ebola. Il est donc mort d’une autre pathologie, non déterminée, à moins qu’il n’ait été victime de la réticence des établissements hospitaliers à l’accueillir et à le prendre en charge.

Selon un communiqué officiel signé par Teobaldo Nchaso Matomba, porte-parole du gouvernement équato-guinéen, Shawn Haggerty serait décédé suite à une surdose de quinine qu’il se serait lui-même administré en automédication contre le paludisme dont il souffrait. « Grâce au traitement administré par les médecins, les vomissement et la diarrhée avec sang se sont arrêtés et les signes vitaux ont amélioré. Mais à cause d’autres maladies qu’il souffrait (hypertension, diabète et obésité), le patient est décédé à 3 h 46, dimanche 17 août dernier », précise ce communiqué.

À la gare : la stèle de Jean Devé restaurée

Le maire Philippe Lemaitre et Christine Lucas-Dzen, adjointe, devant la stèle de Jean Devé à la gare.

Le maire Philippe Lemaitre et Christine Lucas-Dzen, adjointe, devant la stèle de Jean Devé à la gare.

La stèle et son pourtour, érigés à la gare SNCF à la mémoire de Jean Devé, viennent d'être restaurés par la municipalité. Ce fils de marin né à Brest en 1897 a été engagé volontaire en août 1914 dans le 1er régiment de Dragons.

Il entre aux chemins de fer en 1923 comme piqueur de travaux. En 1936, il devient chef de district à la gare de Villedieu. En juin 1940, il n'hésite pas à rejoindre le général de Gaulle à Londres pour poursuivre la lutte.

Affecté comme lieutenant, chef de section, à la 13e demi-brigade de la Légion étrangère, il prend part à l'expédition de Dakar en septembre 1940. Il commande à Bir-Hakeim la section des chenillettes Bren Carriers. Elle est chargée, dans la nuit du 10 au 11 juin 1942, d'ouvrir la voie aux convois d'ambulances. Jean Devé y est tué par un obus antichar.

Jean Devé est chevalier de la Légion d'honneur, compagnon de la Libération et Croix de guerre avec palme.

Samedi, à l'occasion du 70e anniversaire de la libération de Villedieu, les élus lui ont rendu hommage.

La Grande Guerre du typographe Paul Caron

5 août 2014

Paul Caron
Photo: Bibliothèque et Archives nationales du Québec Paul Caron

Typographe au Devoir, Paul Caron s’est engagé au sein de l’armée française dès le déclenchement de la Première Guerre mondiale. Il envoyait régulièrement ses écrits au journal, chronique dont le nom a varié au fil du temps, mais sa conviction de mener une guerre juste, elle, n’a jamais changé.


Nous publions ci-dessous des extraits de cinq de ces chroniques, qu’on peut lire en entier, telles que publiées il y a 100 ans, en cliquant sur les images. Y sont incluses sa première chronique, qui racontait Noël 1914, et sa dernière, consacrée à la Noël de 1916. Paul Caron mourra au combat en avril 1917.

Ironie du sort, il avait conclu sa dernière chronique par les mots suivants: «Je termine, en m’excusant d’être, cette année, si en retard pour offrir mes vœux du Nouvel An à mes amis Canadiens. Mais nombre d’entre entre eux, tous plutôt, lisent le Devoir, et ces lignes leur porteront l’expression tardive, mais sincère de mon souvenir fidèle. »

«Carnet d’un légionnaire: Noël en face de l’ennemi»
Le Devoir, le samedi 23 janvier 1915

Plus fortunés que nombre de nos camarades de l’armée française, nous avons pu fêter la Noël avec un certain luxe de décor et de victuailles — notre bataillon étant en repos ce jour-là. Quand je dis repos, je n’entends pas que nous ayons évacué le théâtre des hostilités et quitté la zone dangereuse. Nous avons tout simplement été remplacés dans les tranchées par un autre bataillon de notre régiment, et sommes venus, à quelque deux kilomètres en arrière, occuper son cantonnement. Et quel cantonnement ! En aval d’une petite colline, dans une forêt, quelques huttes creusées dans le sol et recouvertes de perches, branches, feuillages et sable… Des huttes de deux mètres de largeur, autant de hauteur, et la profondeur voulue pour hospitaliser une section de 54 hommes. Une vraie boîte à sardines, quoi !….

 

«Carnet d’un légionnaire»
Le Devoir, le samedi 20 mars 1915

Acteurs inconnus de cette grande tragédie qu’est la guerre présente, ceux qui auront aimé Marcus et ses camarades n’auront même pas la consolation de dire ce que l’on disait des soldats d’Austerlitz : « Ils étaient à telle bataille. » Il n’y a plus de batailles, c’est un embrasement général. Mourir le cœur troué par une balle ou une baïonnette ennemie, c’est triste, sans doute, mais au moins ce genre de mort se présente sous un aspect plus invitant, au moins on peut mesurer ses forces et son adresse personnelles avec celles de l’adversaire. Autre chose est de se faire occire à distance par un engin qui vous tombe dessus sans crier gare et contre lequel vous ne pouvez rien. C’est là l’épée de Damoclès constamment suspendue sur notre tête.

 

«Grimoire d’un lignard»
Le Devoir, le samedi 23 octobre 1915

Notons tout d’abord ceci que le paysan ou mieux, l’agriculteur français et sa famille sont habitués, dès les temps de paix, à loger, à certaines époques de l’année, lors des grandes manœuvres, par exemple, un certain nombre de militaires de passage dans leur localité. […] Mais en temps de paix, les troupes ne sont que de passage, elles ne font, chez l’habitant, que de courts séjours. Autre chose est, par exemple, d’avoir à loger pendant une année une quantité de militaires allant jusqu’à 40 et 50 par ferme — en passant, il est bien entendu que le soldat couche dans les granges — de voir les unités se remplacer périodiquement par d’autres et partant, d’avoir presque toujours affaire à de nouvelles figures.

 

«Bloc-notes d’un fourrier»
Le Devoir, le samedi 15 avril 1916

Dans ma dernière lettre, je notais au meilleur de ma connaissance les impressions qui m’étaient suggérées par la chute aux abords du village où nous sommes cantonnés d’une certaine quantité d’obus allemands. J’appréhendais aussi que les projectiles dont il était question […] seraient suivis de nombreux autres. Les faits sont venus depuis, et presque quotidiennement, confirmer mes prévisions. Les « marmites » de l’autre jour n’étaient, en effet, que le prodrome de bombardements plus intenses et très fréquents que le village de X n’a cessé de subir depuis. Heureusement, peu de coups portent, et jusqu’à ce jour, nous n’avons que d’insignifiantes pertes à enregistrer. Somme toute, les « boches » tirent assez mal. Toutefois, certaines de leurs marmites poussent parfois l’indiscrétion un peu loin, à preuve, celle qui, ce même jour de février, tombait sur l’habitation où nous avions notre bureau, provoquant un incendie que nous avons été impuissants à réduire avant qu’il eût accompli son œuvre destructrice.

 

«Propos d’un aspirant»
Le Devoir, le samedi 3 février 1917

À l’aube de 1917, le poilu n’a rien perdu de cette superbe confiance dans le succès qui, depuis les jours déjà lointains d’août 1914, ont, je ne dirai pas révélé au monde l’endurance du soldat français, car de toujours, le militaire français, qui n’a rien du mercenaire, a été à la hauteur des circonstances. Et tel on le trouvait à la veille de Noël 1914, on le retrouve en 1916. Peut-être a-t-il perdu un peu […] de sa fougueuse ardeur […], mais en revanche, il a gagné en stoïcisme, en patiente ténacité. […] [L]e poilu tiendra. Et tiendra jusqu’à la victoire finale.

Récits de Kabylie - 1858

L’état déplorable de l’armée Française!

juil13

Interview du général Pinard Legry, Saint-cyrien, ancien chef de corps du 4e Régiment étranger, qui a terminé sa carrière à la Direction du Renseignement Militaire (exploitation du renseignement). Il est désormais le président de l’Association de soutien à l’Armée Française (Asaf).


Traduction

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